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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 23:05

Ce soir, le 27 nissan, commence la Journée du souvenir de la Shoah. On se souvient des victimes. On n'oublie pas l'incarnation du mal en la personne d'Hitler, mais souvenons-nous dans une équitable mesure du pendant de cette incarnation en la personne de Husseini? Plusieurs indices induisent à penser que le rôle du monde musulman dans la Shoah est largement minimisé.

Les travaux de certains chercheurs tendent à minimiser la position d'alter ego du nazisme que l'on retrouve pendant la guerre dans l'islam.

Le professeur Ben Soussan déclare, dans une conférence diffusée sur Akadem : «L'Allemagne n'a pas pensé limiter le génocide aux seules frontières de l'Europe. C'est Hans Frank, le gouverneur général de Pologne qui disait, en décembre 41 : "Nous devons détruire les Juifs partout où nous les trouvons.»

1 Le durcissement de la position d'Hans Frank

Ce dernier est nommé gouverneur général de Pologne en octobre 1939. Installé à Cracovie, s'il prône en effet l'élimination des élites locales et le pillage de ce pays au profit de l'industrie de guerre allemande, il ne se déclare pas d'emblée favorable à l'extermination des Juifs. A cette époque, ils sont 1.4 millions à vivre dans la zone placée sous son contrôle. L'élimination systématique n'est pas encore pratiquée, et il se plaint d'être submergé par les Juifs, quand leur nombre passe à 2 millions, suite à la déportation sous l'ordre d'Himmler depuis les régions de la Pologne annexées à l'Allemagne de quelque six cent mille Juifs, peu après sa nomination. Sa première requête se limitera à exiger que l'ensemble de la population juive soit expulsée de tout le reste de la Pologne. En janvier 40, il obtient d'Hitler la suspension de la déportation des Juifs qui l'envahissent, «dans l'attente d'un meilleur traitement de la question juive». En attendant, il prend des mesures et met en place les premiers ghettos.

Au printemps 41, il n'est toujours pas question d'extermination. Hitler promet à Frank l'expulsion des Juifs vers l'Urss, dès après la victoire escomptée. Cette partie de la Pologne, occupée mais non annexée, sera alors judenfrei. Or, bien avant qu'une défaite face aux Russes ne soit envisagée, Alfred Rosenberg, alors préposé aux régions de l'Urss sous la botte de l'Allemagne, s'y refuse énergiquement. Hans change de cap, et c'est donc le 16 dec. 41, alors que ses conseillers lui suggèrent d'affamer les Juifs dans les ghettos, qu'il fait part, de retour de Berlin, de son projet d'extermination, et c'est encore en décembre que sont expérimentés près de Lublin les premiers gazages. Des camps d'extermination sont érigés, peut-être sous l'impulsion d'Hans Frank, ou par un concours de circonstances ou d'affinités, quatre, dont Treblinka et Sobibor, en Pologne occupée, et deux en Pologne annexée par le 3ème Reich.

Les développements précités semblent montrer qu'avant les pressions exercées par Hans Frank, sinon sur le plan de l'idéologie du moins sur le plan politique concret, la solution finale et l'extermination systématiques n'étaient pas sous le feu de l'actualité. Quant à la virulence des exigences de Frank, rien ne permet d'affirmer qu'elles devaient s'étendre jusqu'à la Palestine, sa portée s'étant limitée à l'Europe.

2 De la haine d'Adolf Hitler à la haine d'Amin Husseini

L'affirmation selon laquelle les Allemands voulaient exterminer les Juifs en tout état de cause et à tout moment manque de nuances et se trouve par conséquent loin d'être infaillible. La radicalisation de la position d'Hans Frank et de ses co-criminels va nous conduire à nous pencher sur une autre partie du globe, ce qui est loin d'être hors-sujet, puisque la guerre est mondiale. Le durcissement progressif du leadership nazi va venir réfuter et invalider la sous-évaluation de la place de la haine arabe à l'endroit de la haine allemande.

Cette sous-estimation est la résultante d'un raisonnement soutenant que quels qu'aient été les agissements des émeutiers arabes fanatisés par Amin Husseini, les Allemands auraient eu en tout état de cause l'intention de déferler sur les côtes de la Palestine et d'y poursuivre leur besogne d'anéantissement. A l'issue de la guerre mondiale, la population juive de Palestine, estimée à quelque six cent mille habitants, était environ cinq fois plus importante que celles des pays de domination arabo-musulmane ou musulmane que furent les communautés juives du Maroc ou de l'Irak, avoisinante les cent vingt mille membres pour chacune d'elles. Mais nous verrons plus loin qu'elles n'ont pas été en dépit de leur situation géographique les plus menacées par le mufti et ses adeptes.

D'un côté, les musulmans qui occupaient la Palestine attendaient le signal de Rommel pour se joindre à la curée antijuive, persuadés qu'ils étaient que la fin de la traversée du désert de Libye par ses troupes n'était qu'une question d'heures ou de jours ; de l'autre, Montgomery a fait avorter le projet et il ne leur est resté que la rage et les pleurs, entretenus continuellement et ravivés chaque année lors de célébrations fixées à la date chrétienne de l'Indépendance d'Israël, souveraineté rendue possible directement par la chute de Rommel, apocalypse aussi bien pour les Allemands que pour les Arabes, à la différence près que ceux-là s'en sont remis depuis.

Pourtant, les déclarations du mufti positionné à Jérusalem par les Anglais dans les années 1920, bien que destitué et en fuite par la suite, s'alignent sur les déclarations d'Hans Frank : «Tuer les Juifs où qu'ils soient, voilà ce que nous commande D., l'histoire et la religion», disait-il au micro de Radio Berlin en mars 1943. Ce ne sont pas que des paroles, ou l'expression d'une rancœur quelconque. De graves agressions de masses sont perpétrées sous son impulsion : en été 1929, l'islam marque des points en terre d'Israël : après le massacre de 62 membres de la communauté juive de Hébron, il parvient à en faire une ville sans Juifs dont les conséquences sont tangibles encore aujourd'hui.

Cela n'empêchera pas les historiens de s'en tenir largement à la considération suivante : «Nous ne cherchons ni la polémique ni le procès d'intention. Concrètement, l'Allemagne a exterminé six millions de Juifs, quant aux Arabes, ils ont vu leurs espoirs anéantis en 1942 à El Alamein.»

Relativisation de l'affaire des enfants juifs de Bulgarie

Dans cette optique, le taux de nocivité actif de l'islam pendant la guerre est systématiquement minimisé. Prenons l'affaire des enfants juifs de Bulgarie. Toute la guerre durant, Husseini s'attaque sauvagement au sauvetage de toute population juive en partance pour la Palestine. Alors que les Juifs sont déjà largement décimés en Europe, toujours sur Radio Berlin, le 2 novembre 1943, ne tarit pas d'éloges pour les Allemands qui «savent comment se débarrasser des Juifs». Quatre mois plus tard, le 1 mars 44, sur les mêmes ondes, il attise la haine de ses semblables : «Arabes! Levez-vous comme un seul homme et guerroyez pour vos saints droits! Egorgez les Juifs où vous les trouverez!»

Des Juifs, il ne reste guère plus que des veuves et des orphelins. C'est avec un acharnement inédit que Husseini s'attache à torpiller toute opération de sauvetage, lorsque les nazis semblent quant à eux rassasiés.

Revenons aux enfants de Bulgarie. Sir Stanley Oliver, ministre des colonies, annonce le 3 février 43 devant la Chambre Basse l'approbation du projet de l'émigration de 4500 enfants juifs de la région des Balkans, en sus de l'application des restrictions du Livre Blanc, sur lequel nous reviendrons plus loin, pour la terre d'Israël. Husseini se démène, envoie des courriers à tour de bras.

Il envoie une lettre de protestation acérée à Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du 3ème Reich, le 13 mai 43, déplorant que plus de 4000 enfants aient été épargnés, qualifiant le fait de scandale intolérable. Il lui écrit que de sources sûres, il a appris qu'une intervention diplomatique a pour objectif de permettre le départ de ces enfants pour la Palestine. Un autre courrier est adressé à Mussolini le 10 juin 43, alors personnellement ministre italien des Affaires étrangères. Husseini dénonce, entre autres : «L'arrivée fin mars d'un groupe de 75 Juifs en Palestine, en partance de Bucarest le 10 mars ; l'intention du ministre britannique des colonies de permettre un départ supplémentaire de 45000 Juifs ; le déplacement pour la Palestine de 270 jeunes Juifs, dont une partie est déjà arrivée mais dont 75 sont encore à Bucarest, de 700 femmes et enfants de Pologne ayant des parents en Palestine, et de 5000 réfugiés de Bulgarie, Roumanie, Hongrie et Slovaquie, tous menus de certificats ».

Il ne se prive pas de signifier que le peuple arabe, grand admirateur de l'Axe, en a ressenti une profonde humiliation. Des courriers semblables sont adressés depuis Rome par Husseini le 28 juin 43, aux ministres hongrois et roumain des Affaires étrangères.

Une terrible catastrophe s'ensuivit et mit fin à l'espoir d'une vie nouvelle. La Bulgarie, élargie considérablement par les régions yougoslaves et grecques annexées, qui devait autoriser leur passage, rendit ce dernier irréalisable sous l'intervention d'Adolf Beckerle, ambassadeur du Reich à Sofia. Les réfugiés en partance pour la Palestine sont arrêtés, retenus pour la plupart à Scopie, aujourd'hui capitale de la république de Macédoine, puis livrés aux Allemands. Envoyés à Treblinka, ils seront tous exécutés à leur arrivée. Les autres sont acheminés sur la ville portuaire bulgare de Lom, avant d'être entassés sur des bateaux pour Vienne via le Danube, et de finir eux aussi à Treblinka. [1]

Une fois encore, nous diront les historiens, que représentent quelque cinq mille victimes, comparées à six millions?

3 L'activisme musulman auprès de l'Allemagne

Si l'avènement du nazisme date de 1933, la propagande musulmane et la pression exercée sur l'Allemagne a devancé l'élection d'Hitler de 3 ans.

Dès 1930, d'éminentes autorités musulmanes, ayant eu vent de la constitution d'une commission désignée pour étudier les lieux saints en Palestine, demandent à l'Allemagne de s'y opposer. Le 28 juin 30, le mufti Husseini contacte le ministère allemand des Affaires étrangères, et se plaint de la politique britannique qui, selon lui, ne favoriserait que leurs propres intérêts et ceux des sionistes.

Il menace également de soulever contre les Anglais toutes les populations musulmanes jusqu'à l'Inde. L'Allemagne, non encore nazie, ne se laisse pas impressionner. Elle reste fidèle à sa ligne neutre, penchant pour les décisions de la commission Shaw de 1929, dont l'objectif consistait à œuvrer pour la paix entre les populations présentes en Palestine.

Le mufti persiste, et, seulement deux mois après la prise du pouvoir par Hitler, il rend une visite de courtoisie à Heinrich Wolf, le consul général allemand, fraîchement nommé à Jérusalem. Le consul en informe sa hiérarchie, et cite le mufti : «L'influence juive cause des dégâts partout et il faut lui faire la guerre. Afin de toucher l'économie juive, les Arabes attendent de l'Allemagne qu'elle proclame le boycott contre les Juifs d'Allemagne, boycott auquel se ralliera l'ensemble du monde musulman». Mais l'un des points les plus préoccupants des requêtes arabes auprès de l'Allemagne reste cette demande de ne pas se débarrasser de ses Juifs en permettant leur départ pour la Palestine.

4 Le lien entre le «peuple arabe» de Husseini et la solution finale

On peut concéder aux historiens que le préjudice décrit plus haut, dans toute son immoralité et son inhumanité, causé par Husseini n'arrive pas à la cheville de l'effroyable machine nazie.

Cependant, on évoque souvent le retournement de la veste à double face de l'Angleterre. Comment le pays à l'origine de la reconnaissance politique mondiale du droit des Juifs à recréer un foyer national en Palestine, pourtant passé de la parole aux actes entre la déclaration Balfour et la conférence de San Remo, quand le mandat lui est confié afin de préparer la réalisation de ce projet, a-t-il pu revenir d'une façon si flagrante sur son engagement? Comment a-t-il pu promulguer le Livre blanc, interdisant l'accès aux Juifs sur leur patrie en pleine renaissance (les grands mouvements du Retour datent de 1880), condamnant les Juifs à voir les frontières de l'Europe se refermer sur eux et transformer ce continent en tombeau?

Pourtant, comme l'a dénoncé Husseini, les Anglais se sont-ils pas à l'origine de tentatives de sauvetages ? Quel en est donc le déclencheur historique ?

C'est que les Arabes ne se sont pas montrés pressants uniquement à l'encontre des Allemands. En novembre 36, ils exigent du gouverneur britannique d'interdire la vente de terrains aux Juifs ainsi que leur immigration. Dans la foulée, les Arabes déclenchent des émeutes contre les Juifs, et entament une grève générale qui durera près de six mois, du 19 avril 36 au 12 octobre. Les différentes factions arabes trouvent un terrain d'entente, et fondent le Comité arabe suprême, qui décide de poursuivre la grève jusqu'à obtenir gain de cause. La police de Jérusalem, selon les sources journalistiques de l'époque, constate que les organisateurs de la grève ont touché un montant de 70 000 lires palestiniennes de sources européennes. Le Daily Mile de Londres donne plus de détails sur cette comptabilité. Quoi qu'il en soit, le mufti tente de mettre sur le compte des Juifs la dégradation de la situation économique d'une population qui a pris six mois de vacances, et fustige l'Egypte où seuls les Frères musulmans et le parti fasciste égyptien soutiennent son combat. La méthode pour convaincre l'opinion est simple : prêcher contre les Juifs dans les mosquées, leur attribuer des massacres imaginaires de femmes et enfants arabes et de profanations de lieux de culte musulmans. [2]

Les livres blancs

Contrairement aux Allemands, les Anglais sont dès le départ sensibles aux menaces de ladite nation arabe, dont Husseini se présente toujours comme le représentant, sans qu'il ne soit contredit. Sentant l'animosité de ce monde arabe en ébullition, les Anglais se démarqueront de leur position première, et un déferlement d'ordonnances et de décrets vient noircir leur conscience.

Le premier décret venu trahir les Juifs, ou premier Livre blanc, vient limiter la superficie du territoire devant leur revenir suite à la décolonisation. C'est le livre blanc de Churchill, en date du 3 juin 1922, quand non seulement 80% du sol est donné en pâture à l'émir Abdallah, mais quand de surcroît la réaffirmation du droit au retour du peuple juif sur sa Palestine ancestrale est minorée d'une réserve selon laquelle le futur foyer ne saurait être exclusivement juif, réserve sans équivalent vis-à-vis du territoire cédé aux Arabes. Cette mesure est une capitulation face à la réaction violente de la population arabe qui occupe partiellement la Palestine.

Le deuxième, huit ans plus tard, le 21 oct. 1930, le Livre blanc de Lord Passfield, est une nouvelle concession à la violence arabe, après que les forces de sécurité britanniques, en la personne d'une patrouille armée, se gardent bien d'intervenir en plein pogrom à Hébron, alors qu'un simple tir en l'air a suffi pour disperser les émeutiers avides de sang dès qu'ils ont eu cherché à s'en prendre à cette police montée.

La herse se referme

Mais c'est véritablement le troisième Livre blanc, du 17 mai 1939, de Malcolm MacDonald, qui va condamner les Juifs à rester piégés en Europe. La menace de secouer l'Empire britannique jusqu'en Inde n'était pas une simple parole vide de conséquence. Ce décret est motivé quant à lui par les émeutes poliment anoblies du titre de «Grande révolte arabe en Palestine».

Et, tandis que jusqu'en 1941, non seulement Hans Frank, en Pologne, mais également Rosenberg chargé des territoires conquis sur l'Urss, et Hitler lui-même, ne savent comment se débarrasser de leurs Juifs, ce troisième et dernier Livre blanc ne permet officiellement qu'à seulement 75 000 Juifs de fuir le piège mortel de la solution finale, tandis que 6 000 000 d'autres n'auront plus la chance de quitter l'exil et de rentrer chez eux.

Jusqu'en 1941, les Allemands ne se seraient pas opposés au départ des Juifs pour leur ancienne-nouvelle patrie, mais le décret avait de deux ans anticipé le génocide.

En outre, le revirement des Allemands qui, à l'instar du pharaon qui avait regretté la permission accordée aux Hébreux de partir pour la Palestine avant de leur donner la chasse, semblaient vouloir les rattraper avec l'avancée de Rommel, ne devait pas aboutir.

Or, pour reprendre la préoccupation des historiens, on ne peut faire de procès sur les intentions mais seulement sur les résultats. Hitler n'a pas concrétisé ses intentions de massacrer le Ychouv en Palestine ; Husseini a concrètement provoqué l'impossibilité pour les Juifs d'Europe de sortir du coupe-gorge.

Les Arabes ont joué le rôle de rabatteurs, permettant aux chasseurs de prendre tout leur temps de se délecter et de se repaître de leurs victimes immobilisées. Les Britanniques auront eu le rôle d'hommes de mains.

Article de Yéochoua Sultan

Sources .

Haj Amin and Berlin, Jennie Lebel, Tel-Aviv 1996

Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, Livre de Poche, tome 2

https://www.youtube.com/watch?v=OWMqXg84j8o 3'30" témoignage pogrom Bagdad 41

http://www.akadem.org/pour-commencer/histoire-de-la-shoah/les-sympathies-nazies-du-monde-arabe-23-04-2014-58875_4522.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_blanc_(Palestine_mandataire)

le livre blanc

http://www.amalnet.k12.il/meida/history/hisi1115.htm

nb : la critique du rôle des historiens n'est pas dirigée contre P. Ben Soussan

[1] (Hadj Amin et Berlin, p. 186-190).

[2] Idem, P 36-7.

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