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Réflexion sur Israël et la civilisation occidentale

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Israël ; de l'orthodoxe au sioniste religieux, des commandements individuels-communautaires aux commandements collectifs-nationaux

D'une certaine manière, l'idéal sioniste religieux est la synthèse et l'aboutissement des différentes tendances israéliennes dont chacune présente une facette de la pensée juive et de l'être juif dans notre société moderne.

Son école donne le sentiment d'être dans le vrai. Elle se fonde sur une synthèse des commandements judaïques qui s'harmonisent sous deux grands principes fondateurs complémentaires : l'aspect individuel-communautaire et l'aspect collectif-national. Elle se présente en outre sous l'équation suivante, chantonnée par ailleurs, qui repose sur les trois piliers suivants, ou la solide triple-corde : le peuple d'Israël, la Torah d'Israël, la terre d'Israël. La Torah a été donnée sur le mont Sinaï pour être observée en terre d'Israël : «car de Sion sortira la Torah et la parole de D. de Jérusalem»[1]. La contradiction que l'on pourrait relever serait tout au plus apparente. Car si elle descend sur terre par le mont Sinaï, elle ne peut s'épanouir et s'exprimer qu'à Jérusalem. Ce dédoublement géographique renforce ce principe. Jérusalem est nommément désignée, c'est un objectif, une raison première. Si on l'avait reçue à Jérusalem, on aurait pu se dire qu'il n'y a rien là d'essentiel, et que puisque c'est là qu'on la reçue, la Torah, autant y rester.

Le laïc, l'orthodoxe et le sioniste religieux

La société israélienne se répartit dans l'idéologie et la réalisation grosso modo en trois catégories : laïcs, orthodoxes, sionistes religieux. Les premiers s'attachent à l'aspect national de la nation d'Israël : la primordialité du sol, la souveraineté, les infrastructures, les fondements de la direction politique, etc. Les deuxièmes s'attachent à l'aspect spirituel d'Israël : l'étude de la Torah et l'application de ses commandements, mais cela se passe sur le plan communautaire individuel. Le sioniste religieux est l'harmonisation de ces deux piliers fondamentaux. À l'aune de cette approche, on gardera aussi bien la cacherout, les tefillins, la prière – commandements individuels – que l'enrôlement dans l'armée et la conquête de la terre – commandements nationaux. Par extension, toute fonction publique, du ministre à l'épicier, tombera sous la définition des préceptes religieux nationaux, puisqu'ils relèvent tous deux de la mitsva de vivre en Israël : «et vous vous y installerez»[2].

Individuel et national

Ceci étant, cette construction idéologique aboutie n'est pas sans risque. À titre individuel, le sioniste religieux doit être solidement campé sur ses jambes – «qui se tiennent entre tes portes, Jérusalem»[3] – et résister au tiraillement entre deux forces d'attraction contradictoires, entre ciel[4] et terre. L'une est prévisible : attiré par les aspects nationaux, il tendra à retirer la kippa, allègera jusqu'à zéro gramme son observance du casher, du Chabbat, etc. D'ailleurs, plus d'un Juif né en dehors d'Israël a exprimé après son Alya une difficulté dans la fidélité aux préceptes religieux alors que cela allait de soi Paris. Normal, puisque le judaïsme à l'étranger se limite à sa dimension communautaire-individuelle (casher, synagogue, commerces communautaires librairies judaïques), alors qu'en Israël intervient la dimension collective et nationale, souveraine.

A contrario, l'adhésion sans concession à l'aspect communautaire-individuel de la religion, en Israël, peut atténuer le côté collectif-national de l'adhésion à la Torah.

Il ressort de ce qui précède une revendication vindicative chez chacun des groupes définis. Le laïc exigera que l'enrôlement à l'armée ne tienne pas compte des désidératas des religieux ; l'orthodoxe refusera de faire l'armée s'il n'y rencontre pas toutes les conditions de la vie civile : environnement propice à la préservation de la décence, de la cacherout, de l'étude et de la prière ; et le sioniste religieux exigera les deux garanties : celle de l'armée qui défendra les droits bibliques inaltérables du peuple juif sur sa terre et celle de l'évidence acquise de l'observance des mêmes préceptes que les orthodoxes.

On remarquera plus loin en ces lignes, dans cette nouvelle équation, un certain affaiblissement idéologique du laïc, qui n'exige plus depuis longtemps que son engagement pour la guerre soit assujetti à la détermination sans faille du gouvernement de vaincre et d'asseoir les acquis de la victoire sur le terrain.

Or il semble que certains dirigeants du public sioniste religieux emboîtent le pas du laïc en s'assouplissant ou se ramollissant sur l'aspiration qui veut que si nous sommes prêts à faire des sacrifices (absences prolongées et répétées du foyer familial, renoncement à notre cadre d'étude ou de travail, à la dynamique d'une vie paisible, voire celui d'être blessé ou tué), nous devons conditionner notre engagement à une détermination formelle du gouvernement à ce que nos efforts ne soient pas vains, et qu'il fasse preuve de courage politique là ou nous faisons preuve d'abnégation.

Le PM BBN n'est pas le déclencheur direct du 7 oct. Ronen Bar, Hartsi Halévy, Aaron Haliva, Yaron Finkelman[5], occupaient les plus hautes fonctions sécuritaires sur le terrain. C'est à leur nez et à leur barbe que les terroristes ont déferlé par centaines. Le Premier ministre n'a pas été prévenu en temps réel. Il est aisé de démontrer que BBN a pour ainsi dire fait l'objet d'une forme de coup d'Etat. Il n'a pas été destitué, nous sommes d'accord. Seulement, tout ce qui relève du pouvoir représentatif du peuple, dont les prises de décision visant la défense et/ou à une contrattaque d'urgence absolue, qui s'imposait au moment où les pogromistes progressaient dangereusement, a été neutralisé par le défaut de transmission des informations critiques à qui de droit. Et il se trouve que les chefs de l'armée et des services de renseignement se sont emparés de facto du pouvoir exécutif et ont décidé de ne rien faire.

Mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Une bonne partie des pogromistes ont été libérés par l'intéressé, au nombre de 1027, dans l'échange d'octobre 2011, la transaction Chalit. Pendant toutes les années qui ont suivi, une file ininterrompue de camions, de bétonneuses, ont transité par le passage Kerem Chalom. Les manifestations contre cet enrichissement des terroristes et l'aide à leur préparation (tunnels etc.) ont été durement réprimées. Outre la violence policière, certains ont vu leurs comptes bancaires bloqués. Plus loin, en 2005, BBN avait voté en faveur du «désengagement», qu'il serait trop incorrect et brutal de qualifier d'épuration ethnique.

Donc, si BBN n'est pas le déclencheur direct du 7 oct., il en a été l'entreteneur. Or cet enrichissement indulgent et négligent de l'ennemi n'a été utile en rien pour Israël. Au lieu de gagner la sympathie généralisée de l'opinion publique internationale, la propagande antisioniste-sémite s'est fixée comme un disque rayé sur le mensonge du «camp de concentration à ciel ouvert». L'inversion des rôles est passée depuis aux accusations de génocide.

Le sioniste religieux, quand les 1027 bêtes inhumaines ont grossi jusqu'au cauchemar cette marabunta qui en une journée a assassiné 2000 Juifs innocents, en a kidnappé et torturé 250, a voulu se dire que BBN avait enfin compris. BBN n'a-t-il pas personnellement déclaré qu'il ne s'agissait plus d'une opération militaire mais d'une véritable guerre, et qu'à présent on allait éliminer le Hamas? Une survivante des massacres, habitante d'un kibboutz et déplacée en attendant de pouvoir rentrer disait : «Il sera impossible de vivre ici s'ils restent là. Pour que nous puissions rentrer chez nous dans la paix, ils ne doivent plus être là.» Le sioniste religieux est débonnaire. Maintenant que cette membre de kibboutz a métonymiquement compris, BBN a les coudées franches. Il ne pouvait pas œuvrer contre l'occupation ennemie de la bande côtière de notre terre sans un large consensus à la base. Il le voulait bien mais il ne pouvait pas faire tout ce qu'il veut.

Le discours de BBN est paradoxal. Il crée une dissonance cognitive. Car non seulement 1000 jours après le Hamas est toujours en place ; non seulement nous avons perdu quelque 900 soldats sans devenir maîtres de la place, mais BBN empêche le peuple juif de reprendre ses droits. Il interdit de facto la reconstruction des ruines du Goush Katif. Dimanche[6], une marche exigeant la réinstallation a réuni près de dix mille participants, n'a pas été autorisée à franchir l'emplacement de la barrière d'insécurité imposée suite à l'expulsion du judaïsme de Gaza.

Comment harmoniser toutes ces données comme si une stratégie logique et préétablie motivait BBN? Tout va bien, veut croire le sioniste religieux. Patience, il a juste dit que ce n'était pas encore le moment. Or 1000 jours et des poussières plus tard, ça ne l'est toujours pas. Idem au Liban, le Hezbollah y est encore, alors que sous tous les angles Israël doit l'annexer et le judaïser : perspective juive : cette région fait partie intégrante de la terre d'Israël historique où nous nous rassemblons : terre d'Acher ; perspective non-juive : un Etat agressé qui parvient à occuper la terre occupée par son voisin est en droit de l'annexer.

Ou alors, on opposera que l'Américain n'est pas d'accord. Ah bon? Mais au contraire, l'Américain a dit après le 7 oct. que cet ennemi ne pouvait pas rester là. Mais comme il a vu que BBN ne suivait pas, pourquoi se mouiller dans une querelle qui ne le concerne pas, et pourquoi aider quelqu'un qui ne revendique même pas ses droits et ne se querelle pas?

Oui mais l'Américain a changé d'avis, et BBN ne peut pas désobéir à l'Américain, nous oppose-t-on. Mais bien sûr que si. La preuve, c'est que quand l'Américain a exigé du président Herzog d'accorder à BBN la grâce présidentielle dans les fausses affaires de corruption qu'un tribunal politique exploite pour saper les bases du pouvoir, eh bien, il n'en a rien fait.

En quoi se définissent la défaite et la victoire pour BBN ?

L'idée de rédemption politique d'Israël que se fait son dirigeant est problématique. Elle reste figée dans les prémisses de l'exil, c'est-à-dire que l'objectif des Juifs doit consister à ce que leur existence soit tolérée même au prix de compromis et de renoncements ; et à éviter une nouvelle Shoah.

En cela BBN est profondément empêtré dans une mentalité d'exil. Pour lui, ce qu'il faut, ce n'est pas reprendre intégralement possession de notre terre, de la grande mer au grand fleuve. On ne reprend pas Gaza, on ne prend pas possession du (Sud-)Liban. C'est le compromis. Pour lui, la question n'est pas de savoir si Israël a gagné la guerre. Pour lui, ce n'est pas la bonne question. Ce qui compte, c'est que le Hamas ne l'a pas gagnée. C'est l'empêchement d'une nouvelle Shoah.

Il sait pertinemment que les alliés musulmans du nazisme n'ont pas capitulé en 45. Le nazisme a été mis hors d'état de nuire. Il sait que leurs alliés n'ont pas été écrasés par cette défaite, et qu'ils aspirent  à la reprise de la besogne nazie stoppée par la défaite des forces de l'Axe à la fin de la deuxième Guerre mondiale. Donc BBN dans sa logique, quand vous lui poserez la question si nous avons gagné la guerre, vous répondra que nos ennemis ne l'ont pas gagnée. Ils ont franchi la barrière et ont relancé la dynamique du génocide, avançant à grandes enjambées : d'abord la barrière et les observatrices, les bases militaires attenantes, puis les kibboutzim, puis les villes de Sdérot, Nétivot et Ofakim. Ils étaient en route pour tuer tous les six millions de Juifs que nous sommes, D. préserve! Mais ils n'y sont pas parvenus. Ils se sont contentés d'un méga-pogrom, donc ils n'ont pas gagné la guerre. Voilà où nous mène la logique d'une mentalité qui continue à être prisonnière du cauchemar apocalyptique de la Shoah : la peur du génocide, mais pas d'aspiration à une réalité où les attentats voire les pogroms cesseraient d'être une menace permanente. On retrouve cette préoccupation de la Shoah quand l'Iran menace de préparer sa bombe. La crainte est motivée, responsable. Mais on compose avec l'attentat et depuis le 7 le pogrom.

Un autre positionnement de BBN reste problématique. Quelle différence y a-t-il entre les 10 mois de gel de la construction et le dossier 4000 ?

Aucune. Au lieu de construire de plein droit et de refuser de se présenter aux convocations du tribunal – et ne parlons pas des mesures jamais prises contre une Cour suprême qui n'a que faire de la justice – dans les deux cas, BBN va jusqu'au bout pour prouver au monde entier à quel point il est bon et gentil, et à quel point ce sont les autres les méchants. Et il y parvient. Les dix mois de gel ont montré à Obama que ce n'était pas l'expansion de la présence juive au cœur de la terre d'Israël qui provoquait la haine arabo-musulmane environnante ; le dossier 4000 lui a permis de prouver à quel point les juges sont corrompus, politisés, prêts à tout pour faire le mal.

BBN cherche à prouver qui est la véritable victime. Il n'est pas un battant. Il veut montrer son innocence, ou celle d'Israël. Quant au tournant qu'aurait pu apporter chez lui le 7 oct., il n'y a pas de changement essentiel. L'idée de faire remplacer le Hamas par le Fatah court toujours, de même que celle de faire remplacer le Hezbollah par l'armée libanaise régulière. C'est un double échec : stratégique et idéologique. Stratégique : le Fatah ne peut présenter qu'un changement d'enseigne terroriste. Ce changement d'enseigne n'est pas un principe novateur. La première guerre du Liban avait forcé l'Olp à fermer boutique. Mais plus tard, elle a été rouverte par le Hezbollah. L'armée libanaise, même en cas de sincérité, n'est pas en mesure de neutraliser cette dernière organisation terroriste.

Le manque d'intransigeance du sioniste religieux

Le sioniste religieux n'est pas de ceux qui tapent du poing sur la table. Vu sous un certain angle, il souffre de conformisme et de manque de créativité, de sens de l'initiative, bien qu'il ait globalement le sens de l'entreprise. Il s'accroche à BBN, prenant pour canne un roseau brisé[7]. Le sioniste religieux souffre d'un respect obséquieux pour le sioniste tout court. Il se sent modeste à ses côtés. Il a peur du vide, tel cet oiseau pourtant en phase de devenir adulte qui a le vertige et refuse de voler de ses propres ailes. Il ne se sent pas capable, il faut que l'oiseau père ou mère le porte sur son dos. Pourtant, cette admiration devient progressivement de plus en plus irrationnelle, car depuis la Haganah, le Palmah et le Etzel, l'initiative de la guerre des Six jours, il y a eu entretemps la logique insensée et complexée des territoires contre la paix, puis le direction politique importatrice d'organisations terroristes, d'attentats et de guerres, et enfin les kapplanistes anti-militaristes dont la notoriété médiatique participe de la motivation des pogromistes du 7. En termes plus durs, le sioniste laïc n'est plus. À la place, nous faisons face à du post-sionisme, l'Etat de tous ses citoyens, idée qui, si elle prend de la vitesse, pourrait bien faire en sorte qu'aucun des citoyens concernés ne soit juif. Cet «en même temps» - on fait la guerre mais on ne reprend pas le terrain – de BBN le démarque lui aussi du sionisme laïc et de ses idéaux.

On objectera que le sioniste religieux ne dispose pas d'un grand parti comme le Likoud, et qu'il est donc obligé de respirer profondément, de ne pas se montrer trop vindicatif. Reconnaissons que là où il le peut, il est influent. Il n'est pas étranger à l'expansion grâce à D. sans précédent de la présence juive en Judée-Samarie. Il est le moteur de l'élargissement de la route 60, de l'annulation de la loi antisémite qui interdisait aux Juifs le Nord de la Samarie, il a à son actif la reconstruction de Homech, de Sa-Nour…

Néanmoins, sa frilosité souveraine, son manque d'imposition de conditions, tout cela ne fait que renforcer le sentiment que tous les soldats qui sont morts dans la guerre contre le Hamas et au Sud-Liban sont partis pour rien. Nous regrettons amèrement untel, mort pour le salut de toute notre nation. Pourtant, l'ennemi est toujours là, il se réarme pour le prochain round. Pouvons-nous nous dire : Untel est tombé au champ d'honneur, mais à présent la région est pacifiée, les jeunes enfants de notre peuple jouent dans les rues de nos localités reconstruites et retrouvées? C'est loin d'être le cas.

Pire, les soldats d'Israël sentent qu'ils ont été utilisés comme une armée de mercenaires au profit d'autres entités incapables de se battre : c'est Tsahal qui frappe le Hamas à Gaza, mais ce ne sera pas Israël qui cueillera les fruits de la victoire. C'est Tsahal qui libère le Sud-Liban de l'occupation du Hezbollah, mais le gouvernement conclut un pacte avec une force étrangère, désignée bénéficiaire de la victoire de nos soldats.

Tout observateur objectif comprend bien que le but de la guerre à Gaza ne peut consister dans la démarche se contentant d'y faire un tour pour éliminer le plus grand nombre de terroristes du moment, puis de repartir le temps du calme entre deux tempêtes. On ne peut éternellement se contenter d'une sorte de descente de police dans un quartier chaud. On sait qu'il est impératif d'assainir ce quartier malfamé et d'y installer des gens normaux.

BBN sent que le sioniste religieux commence à prendre ses distances. «Qu'est-ce à dire? s'insurge le souverain. Le sioniste religieux souffre d'une chute de motivation? Qu'à cela ne tienne! L'orthodoxe nous fournira à son tour sa quotepart de chair à canon. Quelques arrestations spectaculaires, et le tour et joué. Ah, ben, non, ça ne marche pas. Il y en a même des qui ont dit "nous mourrons et nous ne nous enrôlerons pas". Ah? Mourir pour mourir, vous ne voulez pas vous faire tirer dessus dans les tunnels du Hamas ou sous les drones ukrainiens du Hezbollah?»

(En fait, les orthodoxes font l'armée, n'en déplaise à ceux qui prétendent le contraire alors que ce sont eux qui ne s'enrôlent pas. La discorde naît toujours chez les mêmes. Les mêmes qui disaient avant le 7 qu'on n'aurait plus d'armée, les mêmes qui s'opposent à Tsahal prétendument armée d'occupation. Ce qu'il y a avec les orthodoxes, c'est qu'il faut le leur demander gentiment, et aussi élargir les structures à même de les accueillir au sein de Tsahal…)

Est-ce à dire que le sioniste religieux aurait dû émettre la condition qu'il ne ferait la guerre qu'afin d'accéder à la victoire au profit d'Israël? «Nous sommes prêts à risquer notre vie, mais en cas de victoire, avec l'aide du D. des Armées, nous redeviendrons maîtres du terrain». Mais c'est inconcevable, car pendant que nous nous serions embourbés dans de telles tractations face à BBN, la vague déferlante aurait vite étendu le pogrom jusqu'à Béer-Cheva, Ashkelon, etc.

Ce n'est pas ou tout ou rien. Après un premier enrôlement, qui d'ailleurs a été fait spontanément, par sursaut national du peuple d'Israël, sans que le gouvernement ait émis un ordre de mobilisation générale, ces conditions auraient dû être négociées.

Car ce qui est décevant chez le sioniste religieux, c'est qu'il conserve sous un certain angle les réflex du judaïsme de l'exil, celui qui le cantonne dans les commandements individuels-communautaires. 

La remise en cause de la non-mixité des unités blindées

Si vouloir imposer des conditions risque de semer entre nous une zizanie inespérée pour nos ennemis, en ce cas l'obéissance restera de mise quoi qu'il en coûte. Pourtant, la réaction des recteurs des écoles talmudiques sous contrat avec l'armée a vivement fustigé ceux qui, en amont, viennent de décider d'incorporer des soldates dans les unités de blindés[8]. Là, il n'est plus question d'attendre que le commandement remette tout seul et plus tard en question sa décision. Que les décideurs se demandent, par exemple, pourquoi l'élément féminin est totalement absent des équipes de foot, et pourquoi aucun mouvement féministe ne fait de bruit. De fil en aiguille, il parviendra à la conclusion que la compétition sportive cherche la victoire coûte que coûte, d'où l'exclusion sexiste de la gente féminine. Le commandement et les religieux finiraient alors par se mettre d'accord bien que leurs motivations soient différentes.

Le problème, c'est qu'il faut se demander si le commandement qui n'a pas été remanié en profondeur depuis le 7, a pour projet la victoire.

Il est remarquable qu'en cette occurrence, c'est précisément un aspect relevant de l'identité individuelle-communautaire du judaïsme qui a fait s'insurger les rabbins. On peut donc en conclure qu'à l'instar des orthodoxes, ils se mobilisent bien plus pour cette approche judaïque individuelle-communautaire que pour l'approche collective-nationale.

Dans notre prochaine causerie, sans engagement formel, nous nous pencherons sur le corps de ces deux approches.

 

[1] Isaïe II, 3.

[2] Nombres XXXIII, 53 ; Deutéronome XI, 31.

[3] Psaumes CXXII, 2.

[4] Pour éviter le lieu commun du matériel et du spirituel.

[5] Respectivement à la tête du Shin Beth, de l'état-major, du Renseignement, de la région Sud.

[6]  Le 5 av 5786, 19 juillet 2026.

[7] Isaïe XXXVI, 6.

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