Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexion sur Israël et la civilisation occidentale

Publicité

Israël : Le retournement de Trump était couru d'avance

Israël : Le retournement de Trump était couru d'avance

Dès le début de l'idylle entre le Premier ministre israélien et le président américain, ce qui a grandement frappé l'opinion mondiale au point que d'aucuns ont cru voir un assujettissement de la grande puissance horizontale (dont l'influence s'étend en surface) temporaire en déclin à la grande puissance verticale (de relation transcendantale et au-dessus du temps) permanente, avec l'aide de D., quelque chose en soi ne tournait pas rond.

C'est connu, la presse antisionisto-sémite sait à sa manière faire plaisir aux Sionisto-juifs. Car une caractéristique médiatique nous a peut-être échappé : les plus enclins à penser que Trump eût été l'homme de main, l'élève, le boy, l'obligé, etc., de Netanyahou sont les organes de presse les plus virulents à l'égard d'Israël (la presse antisioniste mais pas antisémite et ce n'est pas de sa faute s'il y a des Juifs en Israël). Cette presse est optimiste et flatteuse pour les Juifs. Ils n'ont aucun souci à se faire, puisque ce sont eux qui donnent le la à la planète entière. Entre une presse juive souvent réalistement pessimiste (que se passe-t-il, est-ce que c'est bon pour nous?), et une presse antijuive qui voit en nous des gens heureux qui les baladent, des gens sûrs d'eux et dominateurs, on peut se laisser tenter.

De fil en aiguille, forts du conseil des Proverbes (XXIV, 6) – par des subterfuges tu feras la guerre – on peut aussi se laisser porter par le rêve d'un coup monté par la ruse, d'un clin d'œil discret entre les deux protagonistes, ayant mis en place leurs pions sur l'échiquier de la stratégie mondiale pour attirer par la fabuleuse proposition de paix de Trump le dernier dictateur iranien non encore irradié par Israël dans un piège qui finira par un haro sur le dernier baudet de la lignée des ayatollahs. Il est permis de rêver, mais est-ce là le juste rêve? Toujours est-il qu'en attendant le réveil, ça a de quoi rassurer. Chacun sait que l'angoisse est mauvaise conseillère, mais s'appuie-t-on sur la base la plus adéquate pour préserver sa santé de maux réels qui, c'est bien connu, sont de manière psychosomatique générés par l'angoisse et l'incertitude?

Néanmoins, il est permis de penser que si jamais le vent devait encore tourner et faire se retourner la girouette contre l'Iran, ce ne serait pas le résultat d'un calcul savant de Trump à Netanyahou, mais d'une contrainte imposée par la dure réalité du bras de fer inter-idéologique. Certes, l'idée des ayatollahs se résume simplement, islamisme, expansionnisme, annihilation de toute liberté et de tout droit au bonheur simple pour toute la terre. Le problème, c'est que le contre-poids occidental est un peu faible : l'ultime définition existentielle se résume un peu trop simplement : le prix du baril, ou la religion du pétrolisme (sur laquelle nous reviendrons peut-être dans un futur papier). Ah! Mais alors l'Iran et les Usa peuvent s'entendre. Il faut et il suffit que les Usa laissent l'Iran maître de l'économie énergétique, et leur prix sera le leur. C'est d'une logique évidente pour un président milliardaire. Trump semble être revenu à la case départ de sa qualité d'homme d'affaires, brasseur de sous, et avoir oublié pourquoi tout compte fait il avait dans les premiers temps attaqué l'Iran.

Considérations religieuses…

Mon scepticisme dès le départ quant à l'idylle précitée m'avait valu bien des bouderies et des blocages, pas seulement psychologique. «Ҫa te fait tellement plaisir de toujours être le rabat-joie ? Jusqu'à ce que nous ayons enfin face à nous un président américain sincère, courageux, un véritable ami d'Israël… D'accord, même en admettant qu'il n'y a pas d'amitié vraie mais juste des convergences d'intérêts, un homme d'Etat qui comprend enfin que l'intérêt de l'Occident n'est pas de caresser le mal dans le sens du poil mais de le combattre, faut-il à ce point le déconsidérer?»

Certains ont vu dans ces réserves une sorte de pressentiment ésotérique, messianique, donc quoi qu'il en soit d'ordre religieux. Peut-être, mais pas forcément. Peut-être, parce que l'avertissement biblique s'est inscrit mentalement devant mes yeux à la vue de trop de jubilation : «béni soit l'homme qui met sa confiance en l'Eternel (Jérémie XVII, 7)» ; «maudit soit l'homme qui met sa confiance en l'homme (id. id. 5)». A ce propos, la plus grande secousse ressentie pendant la guerre du Golfe en 91 m'est revenue en mémoire. Un grand miracle venait de se produire en Israël, quand une série de scuds n'avait fait que peu de dégâts et pas de victimes. Une foule en liesse se forma spontanément dans les rues pour chanter à la gloire – du D. d'Israël ? – non, des antimissiles patriotes et des Américains, alors qu'en cette même occurrence, seuls ce qui l'ont vu de visu avait réellement constaté le ratage du système de défense. J'avais eu un mauvais pressentiment, et la plus retentissante déflagration intervint la nuit suivante.

Certes, les messagers existent. Tout porteur d'une mission divine a droit au respect, mais il n'est pas un dieu. Et de même qu'il faut craindre modérément un homme mauvais ou une situation périlleuse, prier et se préparer, de même il ne faut pas trop faire dépendre notre salut d'un homme méritant. Hillel disait : «Ne te fais pas confiance à toi-même jusqu'au jour de ta mort», car la possibilité de mal tourner peut toujours être envisagée. Si la personne qui a su conquérir la confiance venait à nous décevoir, alors «l'apaisement et la délivrance viendront pour les Juifs d'un autre endroit» (Rouleau d'Esther, parole de Mardochée IV, 14)». D'ailleurs, même le Machia'h, le Messie, lorsqu'il se présentera, devra être apprécié à sa juste valeur sans perte de repères ni de proportions.

Une autre approche a été exprimée, dont la logique est transcendante. Les paroles du Grand Rabbin d'Israël, le Rav Ytzhak Yossef, méritent réflexion : «La Torah nous protège. C'est à cause des décrets contre la Torah que Trump s'est retourné contre nous.»[1].

… Ou terre-à-terre

Sur le plan des relations interhumaines, le pot-de-vin n'est pas le meilleur conseilleur. La corruption rend les plus avisés idiots ; «car la corruption aveugle les yeux des sages et déforme les paroles des Justes» (Deutéronome XVI, 19). Il semble que cet énoncé s'applique aussi aux milliardaires. Trump, dès sa seconde entrée en fonctions, a cherché à remplacer l'avion présidentiel. Quand il a été question de recevoir le Boeing 747, les conseillers juridiques américains n'y ont vu que du feu, ou plutôt, ils ont déclaré qu'aucune opposition de principe ne pouvait empêcher «tout roi ou prince d'un pays étranger»[2] de faire un cadeau aux Usa. La modique somme de quatre cent millions de dollars, valeur du cadeau, ne saurait être un bien corrupteur. A ses proches collaborateurs outrés, Trump avait rétorqué que le Qatar lui devait bien ça, sans compter que pour finir l'avion est américain ; le Qatar étant bien trop arriéré – pêcheurs et revendeurs de perles avant les hydrocarbures – pour concevoir ou fabriquer cette «Maison Blanche volante».[3] Eléphantesque !

Cette fabuleuse histoire vraie n'est pas sans rappeler presqu'à l'identique un fait consigné dans le Talmud, traité Ketouboth, 105b. Rabbi Ismaël fils de Rabbi Yossé (p 473 ligne 10 édition Steinzalz) siégeait au tribunal. Il avait un champ où travaillait un métayer. Celui-ci venait lui apporter chaque veille de Chabbat une corbeille de fruits de qualité. Bousculant son habitude, il se présenta un beau jour un jeudi. Il s'enquit auprès de lui du motif de ce changement. Le cultivateur s'expliqua : «Vu que j'ai aujourd'hui un procès, je me suis dit que tant qu'à faire, j'allais apporter aussi les fruits». Rabbi Ismaël lui répondit que puisqu'il en était ainsi, il ne pouvait pas officier en tant que juge. Il refusa par ailleurs la corbeille de fruits. Il désigna à sa place d'autres juges. Alors qu'il allait et venait dans la salle des pas perdus, il se dit : «Il devrait présenter tels arguments et renoncer à tels autres». Puis il s'écria en lui-même : «Que s'envole l'âme des receveurs de pots-de-vin! Si moi-même, qui n'ai pas pris les fruits, alors que même si je l'avais fait, de toute façon ils m'appartiennent, à plus forte raison ceux qui prennent vraiment des biens corrupteurs ont un problème!»

Or, c'est ce 19 juin que Trump a présenté son nouvel avion, presque un an après l'avoir reçu, et surtout juste après son accord avec l'Iran. C'est comme s'il nous disait : «Vous voulez comprendre pourquoi j'ai jugé bon de faire un accord pareil avec l'Iran? Eh bien, voilà, c'est à cause de cet avion. Et que celui qui est capable de comprendre le comprenne!»

Eh oui! l'avion est américain tout comme les fruits appartenaient à Rabbi Ismaël fils de Rabbi Yossé.

Un autre signe précurseur ou révélateur a bien entendu consisté dans les excuses présentées par la direction d'Israël suite à l'opération d'élimination ciblée au Qatar. L'opinion s'en était pourtant félicitée : enfin, on arrête de tourner autour du pot et on s'attaque directement au petit Satan islamique (autorisons-nous à renvoyer le compliment : si les Usa et Israël sont pour les adeptes des versets sataniques le grand et le petit Satan, l'Iran et le Qatar peuvent se regarder dans la glace), celui qui finance largement le réseau de tunnels de Gaza et du Liban occupés par ses succursales du Hamas et du Hezbollah.

On retiendra aussi cette leçon : le cadeau corrupteur n'agit pas instantanément. Il incube assez longtemps et autorise des démarches spectaculaires, telles les opérations du peuple qui comme un lion se lève et la suivante, mais le mal s'agite invisible. A ce stade – notion particulièrement appréciée par les acheteurs de la coupe de foot dont les chantiers ont tué quelque six mille travailleurs rendus esclaves – il semblerait que l'Iran et son petit alter ego s'en tirent mieux que prévu, mais ce n'est que partie remise.

Soyons tout de même reconnaissants envers l'Américain qui a mis fin à l'affaire la plus terrifiante de notre histoire moderne : la crise des otages. Là, son rôle d'émissaire de la bonne cause a été royalement assumé, il faut le reconnaître.

 

[1]  https://www.instagram.com/reel/DZ0jJaUoAan/

Cette allocution intervient dans le contexte de l'arrestation de jeunes pères de familles considérés comme déserteurs. En fait, rien n'est fait pour faciliter l'enrôlement des jeunes orthodoxes. Netsa'h Yéhouda est une unité combattante orthodoxe, mais elle n'est pas élargie et aucun cadre semblable n'est ouvert. Le commandant de cette unité a été remercié. D'autres bâtons dans les roues sont tendus contre le public sioniste-religieux, quand le haut-commandement décide d'intégrer des soldates à l'intérieur des unités de blindés, ce qui a valu un courrier de plusieurs écoles talmudiques sous contrat.

Un dessin humoristique paru dans la presse, sur le fond de la polémique visant à intégrer l'élément féminin dans des unités exclusivement masculines, présenta un joueur de ballon (foot ou basket, je ne sais plus) réfléchissant et consultant un coéquipier, suggérant qu'il serait temps d'intégrer des femmes dans leurs équipes. L'autre lui répond qu'ils ne peuvent pas se le permettre, car ils ont pour but de gagner.

[3] Cette dernière observation n'est pas de Trump.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article