Réflexion sur Israël et la civilisation occidentale
Dans ses différents textes, l'auteur Roland Assaraf propose une approche intéressante de la notion du dirigeant et de ses motivations, et de la soumission entretenue des peuples électeurs.
Citons ci-après les deux principes sur lesquels repose le système de la relation entre le pouvoir et le peuple, établis par cet auteur :
«1 Une population traumatisée, à qui l’on désigne en permanence un ennemi à haïr et à craindre.
2 L’absence de foi en un Dieu abstrait et transcendant, qui pourrait offrir un autre rapport au monde que celui de la peur.»
Si on résume un peu ce qui est présenté plus généralement par M. Assaraf, il se trouve que les peuples ne sont pas souverains dans les faits. Les dirigeants politiques, quoiqu'élus, maintiennent les populations dans une mentalité de peur et de dépendance qui fait de ces derniers des sauveurs desquels on aspire d'une manière permanente à la délivrance. Ces dirigeants entretiendraient donc des états d'instabilité, de guerre, etc., de sorte que les citoyens restent bloqués tout en prenant leur mal en patience, et s'abstiennent de critiquer le pouvoir pour ne pas le mettre davantage en difficultés surtout en temps de guerre.
Donc, dans le sens de la relation allant du pouvoir au peuple, le dirigeant n'a pas intérêt à remporter cette guerre (point 1 de l'analyse de Roland). En termes simplificateurs, la démocratie vue sous cet angle consiste à offrir aux électeurs le libre choix de leur dictateur. Par ailleurs (le point 2), dans le sens de la relation allant du peuple au pouvoir, celui-là entretient une forme de culte à l'égard de son dictateur, et la foi qui devrait être spirituelle et vouée au D. d'Israël (dans notre cas) oublie la transcendance (à la Spinoza) et reporte ses croyances, espoirs et ainsi de suite sur le politicien.
Néanmoins, on peut voir dans la réalité une position entre deux eaux. Prenons Begin. Il fut un temps où des gens chantaient «Begin, roi d'Israël» (sur l'air de David Melekh Israël) avant de déchanter (Sinaï, promesses futures au terrorisme). J'ai lu un peu partout ces derniers temps que certains commençaient à se demander si Netanyahou ne serait pas par hasard le Machiah (descendant du roi David attendu à l'époque de la rédemption qui couronne le retour du peuple d'Israël sur sa terre). Ce n'est pas anodin, car d'aucuns ont récité le Hallel (prière spéciale de louange) au lendemain des derniers bombardements (américains pour leur part) qui signifie la neutralisation (réelle ou supposée) de l'arsenal atomique iranien. On le prenait pour un faible, à commencer par l'Iran, mais il l'a fait. Pour sa part, le Rav Aviner, interrogé, a énuméré trois motifs pour ne pas réciter le Hallel en cette occurrence. La décision dans la pratique doit être prise au niveau du grand Rabbinat, et ne pas faire l'objet de décisions personnelles voire communautaires prises çà et là ; sur le plan spirituel, la guerre n'est pas terminée, des soldats tombent encore à Gaza et les personnes kidnappées souffrent effroyablement. De plus, certains observateurs et/ou spécialistes estiment que l'avènement de la paix et le retour à la tranquillité pourraient bien ne pas être pour demain.
Quoi qu'il en soit, sur la base de ce qui précède, on constate que dans le monde concret, matériel, la société n'érige pas certaines personnalités charismatiques au niveau d'un dieu, mais d'un dirigeant qui sera doué de l'inspiration divine, et/ou de l'aide divine. C'est donc un représentant, un émissaire, voire un intermédiaire, et dans le meilleur de cas un serviteur de D., qui s'attache à faire de Sa volonté la sienne.
Si nous considérons des événements plus anciens de la politique d'Israël, on peut voir tout au long du livre des Juges que dans les situations calmes, les tribus étaient fédérées selon les critères courants de leurs hiérarchies internes (les chefs de dix, de cent, jusqu'aux phylarques). Et c'est effectivement en cas de troubles que les gens cherchaient à désigner un meneur. Le plus frappant est certainement le cas d'Yfta'h (Jephté), qui reproche aux anciens venus lui demander de prendre cette place de dirigeant, de l'avoir mis précédemment à l'écart. On peut donc en effet se dire que ce sont les périodes ou situations de troubles qui hérissent à la tête de la nation un dirigeant.
Nous avons dans le livre suivant, Samuel, la demande d'un roi. Cette demande provoque la colère, car en effet elle semble vouloir dire que le roi remplacerait D. Mais il n'en demeure pas moins que le principe de la désignation d'un roi était déjà à l'ordre d'un jour futur dans la génération du désert («Tu mettras au-dessus de toi un roi» Deutéronome XVII, 15). Il est également écrit que le sceptre royal ne s'écartera pas de Yéhouda (Genèse XLIX, 10).
Et ce n'est pas tout. Si toute la période qui couvre l'esclavage égyptien et les quarante années des pérégrinations du peuple hébreu dans le désert, est ponctuée dans le texte biblique d'injonctions introduites à des dizaines de reprises par le verset : «L'Eternel s'adressa à Moïse en disant», comme sous la forme d'un monologue à sens unique, on ne trouve en revanche qu'une seule fois dans le texte une demande similaire allant de l'homme à D. : «Moïse s'adressa à l'Eternel en disant» (Nombres XXVII, 15). Et c'est précisément pour soumettre la demande de ne pas laisser le peuple dans l'errance, aussi bien physique que spirituelle : «de désigner un homme au-dessus de la communauté» (id. 16), de sorte que «l'assemblée de l'Eternel ne soit pas comme un troupeau de menu bétail privé de berger» (id. 17).
S'il en est ainsi, pourquoi la demande d'un roi, bien plus tard, à l'époque du prophète Samuel, déclencha-t-elle la colère divine qui se manifesta par de fortes précipitations à la période de la fête des moissons?
La réponse tient dans la place que l'on accorde à ce roi. Si le peuple se conforme à la mentalité prévue par le second point (partie 2. précitée) de l'exposé de Roland Assaraf, alors effectivement nous avons un problème.
Mais restons sur le premier point (partie 1 id.). La relation proposée – population en proie à un ennemi duquel elle doit se protéger ou être protégée – est-elle symétrique? Dans le livre des Juges, comme dans l'affaire de Déborah et de Baraq, c'est l'ennemi qui est la cause et le leadership qui est la conséquence, et non pas l'inverse (Juges chap. IV, V).
Mais cela n'interdit pas de penser que le dirigeant, une fois à la tête du pouvoir, pourrait ne plus vouloir laisser la place. C'est en effet le cas de l'histoire de Hanoukka, quand les Asmonéens, Cohanim de la tribu de Lévy, ne cherchent pas ce descendant de Yéhouda pour lui remettre les rênes du pouvoir une fois la guerre réglée contre les Grecs.
Mais tout ne peut être réduit à la pensée de Mme Biléran, avec tout le respect qui lui est dû, bien que sa théorie soit fondée, puisque souvent des tyrans, pervers, égocentriques (pervers narcissiques pour reprendre la graphie aujourd'hui courante), dominent avec ruse, fourberie, veulerie, et j'en passe, leurs administrés.
Mais on peut refuser de quitter le pouvoir sans être nécessairement affublés de tant de vilains défauts. Car si le dirigeant en tant que tel refuse de quitter son poste, il peut s'agir au départ d'un personnage éminemment modeste et sans histoires qui ne veut surtout pas aller au devant de problèmes.
Moché refuse d'aller se poster comme dirigeant pour faire sortir les Hébreux d'Egypte. Saül est caché derrière les ustensiles, David est hors-jeu quand le prophète se présente chez Ychaï, son père. N'as-tu donc pas un autre fils? Or, il était occupé à surveiller les troupeaux. En revanche, une fois qu'ils y sont, ils y restent. Moché prie devant l'Eternel pour qu'il lui permette l'entrée en terre d'Israël – ce qui implique même implicitement le maintien de son rôle de dirigeant – alors qu'il sait déjà que Yéochoua est son successeur. Saül cherche à éliminer politiquement donc physiquement David.
Si on revient à notre histoire contemporaine, la question peut se poser différemment. Netanyahou est élu au départ pour mettre fin aux accords d'Oslo. On voit bien ici que le peuple ne veut plus de tels dirigeants qui leur désignent comme ennemi à haïr leurs propres frères, comme si les pires antisémites allaient enfin se contenter de cadeaux mirobolants. Le peuple veut s'affranchir des chantages de politiciens qui leur mentent en prétendant que si le processus de paix ne marche pas, ce n'est pas le principe qui est mauvais, mais tout simplement parce qu'on n'a pas assez fait de sacrifices.
Tout le monde a compris l'ampleur de l'arnaque. Mais voilà, le peuple n'a plus son mot à dire. Il s'est fait duper. Trop tard, car non seulement Netanyahou ne fera rien contre les dirigeants qui ont importé les criminels et les attentats-suicides, mais il poursuivra lesdits accords. Ça lui coûtera quand même son poste, puisqu'il dégagera jusqu'à 2009. Il est par contre assez étonnant qu'il ait quand même eu un rappel du public en 2009. Certes, il a su manœuvrer pour écarter tout concurrent potentiellement sérieux, mais c'est un autre sujet. Il est considéré à droite comme le moindre mal, ou comme le seul capable de fédérer celle-ci contre la gauche qui pour sa part fonce tête baissée dans le mur.
Aujourd'hui, il semble bien que Netanyahou aurait tout intérêt à terminer la guerre en la gagnant, sans la laisser en plan comme un énième round (voir ma lettre au Premier ministre, où je lui demande en titre de faire preuve de souveraineté ou de faire un référendum). Mais il reste trop servile face au putsch juridique. Il ne faut pas non plus perdre de vue que Netanyahou n'est pas l'homme des changements. Il est l'artisan de la gestion la moins bancale possible des situations dont il hérite. Ce n'est pas lui qui a fait fermer l'Orient-House, et ce n'est pas lui qui a mis fin à la mainmise de l'Olp sur les territoires cédés au cours du processus d'Oslo. Avant son court-circuit, Sharon est ce dirigeant qui a fait fermer cette raillerie permanente, avec ce triste et sinistre Husseini qui recevait de véritables dirigeants du vaste monde comme si ça avait été lui le roi de Jérusalem. Et c'est aussi lui qui a réintroduit Tsahal et/ou la liberté de mouvement dans les territoires cédés, ce qui a enfin stoppé la danse infernale des autobus qui sautaient le dimanche à Jérusalem et le lundi à Tel-Aviv, entre autres.
Si Netanyahou continuait sur sa lancée de lion comme face à l'Iran aussi face à Gaza, alors les électeurs le désigneraient en grand.
Pour ce qui est de la Suisse, où le peuple prend les grandes décisions sous la forme de référendums, c'est un cas spécial. Ses voisins ne risquent pas de l'attaquer puisqu'elle garde leur argent et qu'ils ne cherchent pas d'esclandre. Clin d'œil de la réalité : Genève, c'est la racine trilitère de Ganav (GNB) voleur.