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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:30

Loin de réagir et de satisfaire ses électeurs, Netanyahou s'est inscrit dans la ligne droite des accords d'Oslo, continuant à foncer droit dans le mur. Ce mur, c'est probablement le mur de  sécurité, qui endort l'opinion et cherche à la conforter, laissant entendre que, puisque ce mur nous défendrait, pourquoi s'inquiéter de ce qui se passe de l'autre côté, et pourquoi par conséquent s'opposer à ce qu'il y ait un Etat terroriste?

La tête dans le mur. Qui n'a pas entendu cette expression israélienne, Rosh bakir, qui désigne un entêtement borné à s'attacher à une voie vouée d'avance à l'échec, attitude pour laquelle opte quiconque refuse de tenir compte de certaines réalités qui ont pu lui échapper. «Non, monsieur, ici c'est une impasse», pourrait-on dire à celui qui s'obstinerait à essayer de poursuivre son chemin alors qu'il s'est engagé dans un cul-de-sac. «Vous devez repartir en arrière… Bien sûr, vous allez vous éloigner de votre destination. Mais il vous faut sortir de l'impasse, contourner le pâté de maisons et reprendre la rue principale.» On s'attendrait en principe à être écouté et remercié poliment. Mais pas à ce que la personne nous réponde: «Mais non. Je sais ce que je fais. Seuls les novices ou ceux qui ne comprennent rien à rien pensent que c'est une impasse. Il ne faut pas se décourager, ça va passer.» Je sais qu'il y a des noms pour qualifier une telle attitude, mais ils relèvent d'un contexte médical précis.

A une certaine époque, nous avions en Israël deux partis dominants, le Likoud, parti rassembleur, et le Ma'arakh, parti travailliste. Le premier défendait dans sa charte les droits du peuple juif à s'installer sur l'ensemble de la partie ouest de la terre d'Israël, le second pensait que des concessions douloureuses apporteraient une messianique paix. Quand le Ma'arakh a repris le pouvoir, il a abrogé la loi interdisant l'intelligence avec l'ennemi terroriste, a fait des concessions douloureuses avec un grand sourire, mais a refusé de déchanter quand la réalité vécue des dites concessions a démenti la paix idyllique, religieusement escomptée pour devenir cauchemardesque. Si le Ma'arakh appuyait encore plus fort sa tête contre le mur, en soutenant que si les terroristes étaient restés méchants, c'était parce qu'on n'avait pas été assez gentils avec eux pour les convaincre de nous aimer, le public, lui, malgré une arnaque propagandiste travaillant sur l'affectivité pour submerger les capacités d'analyse cartésienne, a préféré se rabattre sur le Likoud.

Ce qui avait fait voter Ma'arakh, c'était la certitude distillée par ce dernier qui voulait que, tant qu'on n'aurait pas essayé de faire la paix avec les terroristes, on ne pourrait jamais affirmer avec certitude et en toute honnêteté que ça n'aurait pas marché, et on ne pourrait que se dire qu'on s'est borné à refuser une occasion historique de transfigurer non seulement les relations des pays arabo-musulman envers Israël, mais de créer un nouveau Moyen-Orient. Le pacte avec le diable devait le dédiaboliser. On a voté, on a vu et on a compris. On a essayé, et on a compris que c'était réellement de la folie furieuse.

Ce qui s'est passé pendant la nuit qui a suivi les élections qui ont de nouveau destitué le Ma'arakh vaut la peine d'être retenu. Mais si on remonte juste quelques jours en arrière, c'est fort de manipulation médiatique. Le leader du Ma'arakh, à l'époque Pérès, toujours le même, avait été donné gagnant par tous les journaux, avec des résultats variant de quatre à sept points d'avance sur son rival. A la fermeture des urnes, il était toujours donné gagnant. Mais, à mesure que le dépouillement des voix avançait, son avantage se resserrait. Les commentateurs, les spécialistes en tous genres, de l'extrême gauche jusqu'à la gauche, étaient partis pour une nuit blanche radiophonique.

Ce qui est intéressant, c'est qu'ils étaient unanimes sur un argument, confirmé et rabâché dès minuit, et on pouvait entendre la litanie suivante : «Même s'il s'avère pour finir que la victoire de Pérès ne tiendra qu'à une voix d'écart, nous pourrons légitimement continuer les accords d'Oslo. Parce que c'est ça, la démocratie. Et ça fait partie des règles du jeu». Or, à cinq heures du matin, coup de théâtre, le journaliste de service, en direct, perd les pédales. Il annonce un retournement de la situation, et espère à haute voix qu'il ne peut s'agir que d'une erreur, et qu'il attend un démenti qui n'allait certainement pas tarder. Inutile de préciser que la victoire du Likoud se fit avec bien plus d'une voix d'écart, et que son nouveau dirigeant, Netanyahou, aurait pu se référer aux affirmations des spécialistes de la radio, pour revendiquer la légitimité du changement de cap qui s'imposait et qui, logiquement, allait faire oublier les catastrophiques accords d'Oslo, dont la réalisation avait profité des faux espoirs insufflés à la population, et de tirades fortement démagogiques et implacables comme celle qui exigeait que c'est avec ses ennemis qu'on fait la paix. «Eh ben oui, forcément», s'était-on dit trop facilement.

On peut aussi ajouter au contexte électoral, outre le «juste châtiment» et la sanction qu'aurait mérité Netanyahou pour le meurtre de Rabin («Tu as tué, et voilà que tu as hérité !», vitupéraient à longueur de journée les intellectuels interviewés), que les médias avaient fait passer sa possible victoire pour apocalyptique. «Si le Likoud reprend le pouvoir, c'est la guerre!» disaient à mi-mot ou de vive voix les maîtres de la pensée prémâchée. Pourtant, encore tout au début, beaucoup de férus de démocratie vraie fêtèrent cette victoire. Oslo et les terroristes allaient être balayés dans les oubliettes de l'histoire. Les propagandistes n'avaient qu'à bien se tenir. Ils avaient d'ailleurs préparé leurs valises avant qu'une mauvaise pitié ne les laisse maîtres de la place et torpiller toute volonté saine de ramener la tranquillité et la joie de vivre dans le pays.

Le nouveau premier ministre aurait dû s'atteler à la tâche avec méthode, faire valoir l'illégalité des accords, et poursuivre pour haute trahison les responsables politiques qui avaient manigancé pour importer les terroristes de l'Olp, les armer et leur donner un champ de manœuvre, à savoir les territoires placés sous leur autonomie exclusive, ou, à défaut, se contenter de s'appuyer sur l'irrespect des clauses par la partie adverse pour désengager Israël, un accord, quel qu'il soit, étant invalidé dès que l'une des partie engagées s'en dédit concrètement. Il devait en outre rétablir l'octroi des prêts hypothécaires qui avaient été l'unique mesure prise par le gouvernement Rabin pour geler la construction, en dehors des centaines de maisons construites dans les derniers soubresauts du gouvernement Shamir-Sharon, alors que ces derniers, brusquement conscients de leurs manquements à la volonté de l'électorat, sentaient qu'ils perdraient probablement les élections conséquentes aux accords de Madrid.

Malheureusement, le lendemain, le vainqueur frais émoulu déclarait piteusement qu'il respecterait tous les accords signés par ses prédécesseurs. C'était à se demander pourquoi il s'était présenté. Pendant près d'un an, c'était comme si le Ma'arakh avait gagné. Les électeurs, les membres actifs, les bénévoles qui avaient participé à la campagne n'y comprenaient plus rien.

Il aura fallu qu'un événement tragique survienne, l'assassinat de sang froid par des terroristes musulmans d'Ita Tsour et de son enfant, Ephraïm, pour que Netanyahou semble enfin se ressaisir. Il se rendit personnellement à l'enterrement des victimes de l'antisémitisme arabo-musulman très agressif sur la terre d'Israël mais rebaptisé depuis longtemps «nationalisme», et sembla approuver le veuf et père éploré, Yoël Tsour qui, stoïquement, retenant ses larmes, affirma que le peuple juif contre ceux qui l'assassinent répondait à la mort par la vie, et puisque les ennemis d'Israël considéraient comme plus grave de voir les Juifs se multiplier et s'étendre que de subir dans leur camp des pertes dites humaines, qu'un nouveau quartier, sur la colline déserte surplombant le cimetière, allait voir le jour à la mémoire des disparus.

Les plaisantins de la génération profitèrent de la situation pour jeter le discrédit et accuser le village victime de cette tuerie de « danser sur le sang». Tragique ironie de la politique bégayante de Netanyahou: au lieu de construire tout simplement parce que des centaines de milliers d'électeurs l'avaient mandaté dans cet objectif, il ne prit de résolution qu'à partir de cette énième utilisation des armes d'Oslo ; et encore, il ne réagit que partiellement. S'il permit peu après aux banques de renouveler les prêts bloqués par le gouvernement Rabin, il ne fit rien fait pour modifier le statut de terrains risquant à tout moment faire l'objet d'une revendication de particuliers hostiles se basant sur des documents remontant à l'occupation ottomane ou jordanienne. Tous ceux qui avaient occupé la terre d'Israël pendant l'exil de ses habitants, avaient annulé les prérogatives des précédents, sauf, à son retour, Israël. Et si l'attentat date de décembre 96, par voie de conséquence sur le long terme, la destruction des trente logements du quartier préconisé par Yoël Tsour date de juillet 12, soit seize ans plus tard, et qui plus est sous l'égide de ce même Netanyahou qui semblait avoir pourtant approuvé cette aspiration par des hochements de tête, au cours du double enterrement de la mère et de l'enfant.

Il va sans dire que les médias n'ont eu de cesse qu'ils n'aient jamais mis le Premier ministre au pied du mur, et ne lui demandèrent jamais tout simplement ce qu'il faisait de l'opinion de ses électeurs. Cette trahison récurrente s'est répétée avec le gel de la construction, l'expulsion des habitants de Migron, après la destruction, une nuit d'hiver, de trois de leurs maisons, l'expulsion des acquéreurs d'un bâtiment de Hébron, avant Pessah l'année dernière, et, tout dernièrement, la prise pour ainsi dire des pleins pouvoir, depuis qu'il interdit au ministre du Logement, Ouri Ariel, de valider tout appel d'offre pour les grands projets immobiliers des villes de Judée-Samarie comme Ariel ou Modi'in Ilit, et de Jérusalem, là où il est permis de se demander si une telle mesure ne serait pas illégale, le statut des zones de la ville récupérées à la suite de la guerre des Six jours n'étant pas soumis à l'administration du ministère de la Défense, mais étant l'égal de Ramat-Gan ou de Kiryat-Gat. La situation est aberrante. Alors qu'en 94, Yossi Sarid, le champion de l'extrême gauche, s'emportait quand on lui demandait s'il voulait renoncer à la moitié de Jérusalem, Netanyahou, champion a priori de la droite, empêche les quartiers juifs de s'y épanouir deux décennies plus tard.

Concrètement, par conséquent, depuis que Netanyahou a pris la direction du Likoud, plus aucun gouvernement ne tend plus à «judaïser» la Judée pour faire en sorte que le nationalisme exacerbé du monde arabe qui cherche à s'accaparer le territoire d'Israël – et pas seulement les régions reprises en 67, contrairement à ce que l'ensemble de la caste politique et journalistique passe son temps à se convaincre du matin au soir – s'amoindrisse et tente peu à peu à disparaître. Au contraire, la non construction et la menace d'expulsion qui pèse sur les Juifs (voir les précédents du Sinaï et de Goush Katif, malgré la précarité de la situation sécuritaire et les guerres impliquées directement par les mêmes précédents) galvanise l'appétit des ennemis d'Israël territoriaux, et conforte l'Europe et les E-U dans leur attitude d'ennemis ex-territoriaux.

Il est évident, contrairement à la litanie politico-journalistique, qu'une revendication formelle confirmée dans les actes de la Palestine par les Palestiniens juifs, soulignée d'un refus que leur appellation leur soit arrachée pour être attribuée au tout venant des populations arabo-bédouines accourues des alentours et devenues au regard de l'attitude israélienne frileuse les «propriétaires», et une israélisation massive de la Samarie qui se trouve à deux pas de Tel-Aviv, fera admettre à l'opinion et à ses faiseurs le point de vue du Juif redevenu Judéen.

Les discours de Netanyahou sont au moins aussi brillants que l'argumentation des défenseurs d'Israël et de ses droits légitimes, mais ils ne sont pas suivis par des actes. En hébreu, en anglais, et même en français, il sait chanter l'espérance multimillénaire et les souffrances d'un peuple enfin revenu chez lui. Il sait dire avec brio que les mouvements terroristes ont un double-langage, l'un en anglais, l'autre en arabe, mais que si l'Occident leur font confiance en anglais, lui ne les considère comme sérieux que sur la base de l'arabe. Mais, concrètement, il est toujours aussi difficile, si vous êtes juif, d'obtenir un permis de construire à dix minutes de route de Jérusalem.

Dans la pratique, Netanyahou obéit aux injonctions du président américain. Il y a un peu moins de vingt ans, c'était Clinton. Dès l'investiture de son deuxième mandat, il est parti chez Obama. «On arrête la construction pour dix mois», avait-il rapporté dans ses valises. Officiellement, le but de ce gel était de montrer que l'impasse des pourparlers avec les terroristes n'était pas imputable à Israël. Mais réellement, c'était parce qu'Obama ne voulait pas. Le nouveau gel, et ce malgré l'attribution du ministère du Logement à un militant des droits d'Israël sur l'ensemble de son territoire, à savoir Ouri Ariel, lui-même habitant d'une implantation juive de taille moyenne, Kfar-Adoumim, sur la route de la Mer Morte, est la conséquence directe de la visite d'Obama en Israël, survenue juste avant que Netanyahou ne termine de mettre en place sa coalition. Netanyahou est élu par le peuple d'Israël pour se soumettre, et le pays avec, aux ordres de l'Amérique. Cette soumission qui sape les bases de l'indépendance d'Israël est largement admise comme incontournable, justifiée bien entendu par les infatigables maîtres des mass-médias. L'erreur, s'il 'agit bien d'une erreur, est de s'imaginer que le soutien des USA à Israël serait motivé par une amitié qu'il serait dommageable de brimer, et non pas en raison d'un ordre mondial américain strictement dépendant de la carte de leurs intérêts. Beaucoup n'assouplissent en rien leurs positions, comme les Egyptiens ou Erdogan le Turc, rétorquent avec franchise aux interpellations d'Obama, sans pour autant changer la politique américaine à leur égard.

Pourtant, il faut reconnaître que Netanyahou a su, sur un point, et non des moindres, résister aux pressions obamesques, et ne pas se laisser impressionner par des menaces qui, comme nous venons de le voir ci-dessus, ne sont de toute façon pas exécutées. Obama avait très expressément exigé, ce qui remonte à leur tout premier entretien, de Netanyahou de procéder à un retrait des forces de Tsahal des villes administrées par Abbas. Mais Netanyahou a tenu bon. Pourtant, peu sont ceux qui ont fait attention à ce bras de fer, et pour cause. Tout le monde s'accorde aujourd'hui pour admettre que la sécurité retrouvée serait le résultat du mur du même nom. Or, la quasi-totalité des attentats résulte d'un déplacement motorisé des terroristes. Dans peu d'autres situations, le matériel passe au-dessus de la barrière, pour être récupéré par un acolyte, de l'autre côté.

Ce fut le cas d'un attentat déjoué alors qu'une ceinture d'explosifs était arrivée jusqu'à Tel-Aviv, avant d'être interceptée. Sous le gouvernement de Barak, lorsque Tsahal poursuivait des terroristes, il lui était interdit de dépasser la limite des zones attribuées à l'époque des accords d'Oslo à l'Olp. La classe politique voulait dans sa dialectique qu'Israël ne se mît pas lui aussi à ne pas respecter les accords, ce qui ferait perdre tout espoir tangible de voir l'autre partie abandonner le terrorisme pour les respecter un jour.

Inutile de préciser qu'il était fort rare que des terroristes se fassent prendre avant de refranchir cette ligne, et qu'ils avaient le champ libre de tout préparer sans être dérangés, le plus dur étant le passage par les régions où Tsahal restait en droit d'agir. Il aura fallu attendre l'opération Rempart, Homat Maguen, avec Sharon, pour que Tsahal réinvestisse la place. Aussi, dans les dépêches du matin, on peut voir régulièrement que tant de suspects recherchés ont été appréhendés. Ces mêmes suspects sont ceux qui, quand Tsahal avait été exclu de la scène, fomentaient les attentats et s'occupaient de toute la logistique de a à z, de la préparation des explosifs au recrutement des candidats aux attentats suicides, formés à cet effet. Alors à quoi sert ce mur? Comme mentionné plus haut, il sert paradoxalement les intérêts de l'extrême gauche et des partisans de l'intérieur comme de l'extérieur à la fondation d'un Etat terroriste à un pas de l'aéroport international Ben-Gourion. Puisque le mur serait le facteur ayant pratiquement mis un terme aux attentats, Israël n'a plus de raison d'être présent des deux côtés. Et c'est là que se trouve le véritable danger. En effet, si Netanyahou arrivait à la solution d'un Etat arabo-musulman dit palestinien, quel motif pertinent aura-t-il l'intention d'invoquer pour ne pas retirer totalement Tsahal des bastions qui entourent Jérusalem sur trois côtés, jouxtent Netanya, Kefar Saba ou Petah-Tikva?

Par conséquent, on comprend que cet acharnement à ne pas s'affranchir des conceptions des «territoires contre la paix», «des accords d'Oslo», «des deux pays pour deux peuples», sous toutes sortes d'étiquettes, ne peut présager de solution juste et viable. La nation arabo-islamique ne veut pas d'Israël, et elle ne se contentera pas des régions perdues par Israël en 49 pour être reprises en 67. Le conflit est antérieur à cette dernière date, et ce qu'ils appellent la libération de la Palestine ne se limite pas à leur mainmise sur les villes à forte population arabe et interdites aux Juifs, n'en déplaise aux politiciens de l'intérieur, qui veulent penser à la place de nos ennemis ce qu'ils pensent vraiment.

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:07

L'image du déroulement de la libération du Mont du Temple au cours de la guerre des Six jours s'est arrêtée dans beaucoup d'esprits sous la forme suivante: après avoir écrasé et mis en fuite la légion jordanienne, réputée comme l'une des plus puissantes du monde arabe, Moshé Dayan accepte la capitulation musulmane, mais, «beau joueur», ou complètement dépassé par les événements, il remet simultanément aux autorités musulmanes la clé du lieu le plus saint du judaïsme. Selon cette compréhension, ce dernier ne serait resté qu'un très court instant entre les mains d'Israël, autrement dit jamais. On ignore souvent pourtant qu'une synagogue et un beth midrash, centre d'étude juif, y ont été ouverts et ont été fréquentés pendant plusieurs semaines. Le livre d'Avi Rat, Beoz Veta'açoumth (Avec ardeur et détermination) donne un nouvel éclairage sur une période occultée.

On a trop tendance à considérer aujourd'hui que le gouvernement de Lévy Eshkol, dont Moshé Dayan incarna les fonctions de ministre de la Défense, aurait été trop effrayé par une sorte d'accélération de l'histoire, et préféra ne pas mettre la main sur le Mont du Temple, pour ne pas réveiller les démons qui se seraient jetés sur le jeune Etat d'Israël qui n'avait, ne l'oublions pas, que 19 ans. Nous allons citer ici quelque passage de l'édifiant travail de documentation de l'auteur israélien Avi Rat, qui a rassemblé d'innombrables documents, des coupures de presse aux interviews couchées sur le papier, afin de dresser le parcours du grand rabbin de Tsahal, le Rav Shlomo Goren, dont de nombreux événements vécus se fondent dans l'histoire de la renaissance du peuple juif sur sa terre.

L'ouvrage est présenté comme une autobiographie, bien que l'auteur reconnaisse que si le grand rabbin militaire avait lui-même écrit ses mémoires, il aurait peut-être mis l'accent sur d'autres points que ceux choisis ici. (p294, édition Yédi'oth Sefarim).

«Nous nous implantâmes solidement sur le Mont du Temple. J'y ouvris un institut, près de la porte des Occidentaux (Cha'ar haMograbim) et j'y accrochai une enseigne: "L'institut du rabbinat militaire sur le Mont du Temple". (…) Nous commençâmes à y prier régulièrement. Nous procédions à la lecture des rouleaux de la Torah que nous avions mis à notre disposition sur le Mont du Temple, où nous entreposâmes également des livres saints. Pendant la période où j'exerçais mon autorité sur le Mont du Temple, j'avais convoqué le corps du génie militaire pour lui demander de prendre des mesures précises. Ils travaillèrent pendant environ deux semaines sur les relevés, et mirent au point des cartes qu'ils me remirent. Je désignai dix officiers du Mont du Temple, et les dotai de brassards qui portaient l'inscription: "Officier du Mont du Temple." Ils y exercèrent pendant toute cette période, qui dura à peu près quarante jours, à compter de la libération du Mont du Temple, jusqu'au moment où Dayan l'offrit aux Musulmans.

Un jour, Dayan vint me voir et m'annonça que je devais plier bagages et abandonner l'institut qui se trouvait sur le Mont du Temple, qu'il fallait enlever les livres et tout ce que nous possédions sur place, et congédier les officiers, parce qu'il avait remis l'autorité des lieux au Waqf musulman. J'eus le sentiment de recevoir un coup de tonnerre au beau milieu d'un jour serein. Il me dit qu'il le faisait en conformité avec la position du gouvernement. Je le mis en garde contre le fait de confier le Saint des Saints de la nation au Waqf musulman, fervent ennemi d'Israël. Or, bien que Begin était lui aussi membre du pouvoir, du gouvernement de l'union nationale, il agit très faiblement pour défendre nos intérêts et nos droits, ni pour la caverne de Makhpella, quand il apprit que la question était critique, ni pour le Mont du Temple.

Le 9 av 5727, je me fis accompagner d'un public d'environ cent fidèles, et montai sur le Mont du Temple en passant par la Porte des Occidentaux. Nous récitâmes la prière de l'après-midi, lûmes la Torah et je pris le dernier passage suivi du Prophète (Isaïe 56, 7) qui s'achève en ces termes: "Et Je les ramènerai sur Ma montagne sainte, Je les réjouirai dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront acceptés sur mon autel, car ma maison, maison de prière, sera ainsi nommée pour toutes les nations. Parole de l'Eternel Cevaoth, rassembleur des rejetés d'Israël, je les rassemblerai certes en ce lieu".

Le lendemain, le journal Haaretz informa ses lecteurs de cet événement. Ils ajoutèrent que les Arabes envisageaient de manifester contre ma personne dans la Vieille Ville. Ils étaient remontés contre notre prière et ma déclaration de revenir pour le shabbat de la Consolation, la semaine suivante, en invitant cinquante mille fidèles à me rejoindre, afin de prier et de revendiquer notre droit sur le Mont du Temple, et pas seulement sur le Mur Occidental. Je précisai que je n'avais pas l'intention de porter atteinte aux mosquées, mais seulement d'exercer notre droit de prier en cet éminent lieu saint.

Le jeudi qui précéda ce shabbat, je reçus un coup de téléphone de Dayan. Il me parlait depuis la réunion ministérielle, et m'informa que le gouvernement avait décidé d'exiger de moi l'annulation de la prière sur le Mont du Temple. Je lui fis part de mon refus. Il me demanda alors au nom du Premier ministre d'accepter au moins de repousser cette prière à une date ultérieure. Je lui répondis que s'il était juste question de la reporter à un autre shabbat, j'acceptais, à condition qu'il m'informât de quel shabbat il serait question, et qu'il conclût avec moi un accord. Il était d'accord, et me demanda de faire stopper les messages diffusés en permanence à la radio, et qui invitaient cinquante mille fidèles à me rejoindre. J'acceptai qu'il transmît en mon nom que la prière était repoussée. Mais la parole de Dayan ne pesait pas lourd, et toute la journée et la nuit suivante, il fit diffuser sur les ondes à dix reprises que j'annulais la prière et non pas que je la reportais.

Tous les jours de  ma vie, le remord me ronge pour avoir renoncé si facilement à notre droit de prier sur le Mont du Temple. J'aurais dû démissionner de l'armée et tout faire pour que nous puissions continuer à prier sur le Mont du Temple.

Au moment où la charge du Mont du Temple fut cédée au Waqf, la porte des Occidentaux ne nous était pas encore réservée, et nous entrions par la Porte des Lions. Les Arabes la condamnèrent avec des planches. Pendant cette même période, nous nous réunissions pour des congrès du rabbinat militaire sur le Mont du Temple, des journées d'études approfondies et des prières. Quand je vis que la porte était fermée, j'ordonnai à l'un des officiers de prendre un levier sur l'un des tanks, de  l'apporter et de briser le portail, et c'est ainsi que nous entrâmes. Quand nous voulûmes ressortir, ils fermèrent la porte des Occidentaux avec une clé qu'ils refusèrent de nous remettre. Je contactai le commandant de la région et demandai de m'envoyer un bataillon de jeeps avec des canons afin de forcer le portail qui était très solide. Il informa les Arabes que s'ils s'obstinaient à refuser de nous remettre la clé, nous enfoncerions la porte. Ils capitulèrent, et le commandant de la région appela Dayan et des photographes, et ils s'introduisirent par cette porte. Aujourd'hui encore, la photo où l'on peut voir Dayan et Ouzi Narkis passer par la porte des Occidentaux est restée célèbre. Il fut décidé que cette porte resterait sous l'autorité de la police militaire et qu'elle serait empruntée par les Juifs.»

Le Rav Goren précise ensuite que les relevés effectués par le génie militaire ont permis de déterminer avec précision qu'il est permis ou interdit de fouler sur le Mont du Temple. Avec un groupe restreint de fidèles, le Rav continua à disposer d'une certaine immunité qui lui permit de continuer à se rendre sur les lieux, à prier et se prosterner face contre terre, comme à l'époque où le Temple était encore en place. Il organisa même un office de Kippour l'année qui suivit la libération de la ville.

Cette politique émanant du pouvoir de l'intérieur et qui porte atteinte aux droits les plus légitimes du peuple juif ne date pas d'aujourd'hui, quand nous assistons impuissants aux décisions de gel sélectif de la construction qui ne passent plus depuis longtemps aux yeux du monde pour des gestes de bonne volonté, mais pour une attitude on ne peut plus normale. «Tes destructeurs et les auteurs de ta ruine proviennent de toi.»(Isaïe 49, 17) Le grand rabbin de Tsahal ne cessa de reprocher à Dayan, ministre de la Défense, d'avoir remis de ses propres mains et délibérément le Saint des Saints aux adeptes d'un autre culte. Dayan se défendit en soutenant que le gouvernement était d'accord et que personne n'avait réellement tenu ni exigé qu'une partie au moins de l'esplanade du Temple fût consacrée à la prière des enfants d'Israël.

Ce témoignage nous enseigne sans ambiguïté qu'il ne fut jamais question d'une sorte de frayeur qui aurait empêché le gouvernement d'investir le lieu le plus saint du judaïsme, mais que, bien au contraire, la souveraineté totale d'Israël s'y était exercée pendant quarante jours.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 22:51

La foi est-elle produite par la mode et les spectacles ou est-elle profondément ancrée dans les consciences ? Peu après l'indépendance d'Israël, et à l'approche du jour de la réunification de Jérusalem, cette question vaut la peine d'être creusée.

Aux principes fondamentaux de la foi d'Israël s'impose depuis quarante-six ans une foi de substitution, superficielle et artificielle, ou une certaine forme de culte étranger, qui cherche à supplanter le lien authentique qui rattache ce peuple à ses racines morales et spirituelles. Pourquoi un nombre si précis d'années?

Parce que cet idéal mutagène de paix universelle, qui renie les voies tracées depuis la nuit des temps dans l'authentique tradition où s'inscrivent l'exil et le retour, et qui cherche à en modifier l'aboutissement, quand un Camp David veut à tout prix écraser l'avènement de la descendance du véritable roi David, a obtenu une monnaie d'échange, à marchander et négociable, le Sinaï et l'axe géographique des principaux sites originaux de l'histoire juive, s'étendant de Sichem au Nord à Hébron au Sud.

Les adeptes de cette foi usent des moyens qu'offrent les médias et les spectacles pour miser sur l'émotion du grand public ou se jouer de lui. Cependant, nous allons voir que l'interpellation de l'émotion, qui remplace plus qu'elle ne complète un véritable travail de fond, a existé bien avant l'invention du cinéma et de la télévision.

***

Il y a bien longtemps, encore jeune écolier, je m'étais mis à lire le livre des Rois. Connaissant par tradition familiale le récit de l'esclavage en Egypte et de sa sortie, événement couronné par le don de la Torah et l'entrée en terre d'Israël, où devait culminer le Temple, (ces éléments figurent eux aussi dans la Haggadah, dans le chant Dayénou, Cela nous aurait suffi) je fus effaré de lire que des rois d'Israël s'adonnèrent à l'idolâtrie, alors que D. avait tiré les ficelles de l'histoire afin de voir son règne éclairer le monde en rayonnant de Jérusalem, où devait se réaliser la jonction entre le pouvoir céleste et le pouvoir terrestre.

Mais, comble d'horreur, le roi Jéroboam (I Rois, XII, 28-29) empêche le peuple d'Israël d'adorer D., et le contraint à faire des offrandes à deux idoles, deux veaux d'or (décidément notre bête noire attitrée), qu'il érige à Beit-El et à Dan. En refermant le Livre, j'ai regardé autour de moi, et je me suis dit : «Heureusement que je ne vis pas à cette époque terrifiante ; heureusement que l'injustice entre les hommes, et à plus forte raison une iniquité d'Etat, sont aujourd'hui révolues.»

Cette douce impression devait s'estomper d'abord, pour finalement s'évanouir. Et pourtant, dans un premier temps, en refermant mon livre, comme j'ai pu être bercé par les nouvelles, par cette paix signée entre Israël et son très ancien oppresseur, l'Égypte, avant de comprendre, bien plus tard, que j'étais loin d'avoir été le seul à m'être laissé berner par cette ambiance d'une ère de paix factice, plus forte encore que le messianisme biblique, introduite par des mises en scène que le progrès de la télévision a su mettre à la portée du monde entier.

Qui n'a pas vu, qu'il fût âgé de sept ans ou de soixante-dix-sept, ce happy-end de l'histoire mondiale, dont le souvenir le plus ancien, les relations pharaoniques et hébraïques, remontaient sur le devant de la scène, comme pour boucler la boucle?

Qui n'a pas assisté en direct à la reddition du vainqueur en faveur du vaincu, cette capitulation voulue par les dirigeants israéliens, cette signature d'un accord de paix tant attendu, censé faire du loup qu'est l'Egypte, et que seule une série ininterrompue de miracles a empêché de ne faire qu'une bouchée d'Israël, le voisin pacifié de la brebis ? Cette cérémonie avait tout pour plaire. Le président de la plus grande puissance du moment supervise le parachèvement heureux des destinées de la terre, par ce très officiel accord de paix.

Il n'est cependant pas erroné de considérer que l'éblouissement et l'énorme satisfaction suscités par cette fin en apothéose ne s'alimentaient pas à la source de l'optimisme, ou que ceux qui, en Israël, dont les sentiments allaient du scepticisme à la sensation de s'être fait duper, refusèrent de s'en émouvoir, ne souffraient pas nécessairement de pessimisme. Comme dans beaucoup d'affaires concernant l'Amérique, on a trop souvent tendance à réduire la réalité à l'image rendue au travers du prisme du rêve, voire du fantasme, cinématographique. Or, la vie continue, et la terre ne s'arrête pas de tourner à la suite de chaque happy-end, ou chaque fois que le mot fin apparaît. Un optimisme forcé, artificiel, reste le lot du spectateur qui joue le jeu de la production hollywoodienne, soit par manque de connaissance des enjeux et des réalités de terrain, comme ce fut le cas du jeune écolier ébahi que j'étais, encore bien trop jeune pour analyser le terrain, soit par autosuggestion, en dépit des exigences conjoncturelles.

Plus de trente ans plus tard, on ne peut que constater les dégâts. «Qui est l'homme avisé? Celui qui est (pré)voyant». (Traité Aboth). Du surarmement du Hamas de Gaza livré avec ou sans tunnels depuis le Sinaï, aux bombardements sciemment dirigés contre les civils d'Israël, en passant par l'attaque terroriste sur la route d'Ovda à Eilath, ou encore par l'immigration illégale qui a transfiguré le sud de Tel-Aviv, toutes ces plaies doivent être envisagées sous le regard du prisme des conséquences du happy-end tripartite Begin-Carter-Sadate.

Par ailleurs, à propos du remplacement de population qui touche une bonne partie de Tel-Aviv, il faut bien comprendre que, contrairement à ce qu'on voudrait bien croire, l'attitude des autorités et des mass-médias en Israël est exactement la même qu'en Europe. On a tendance à penser que les Israéliens ne se laissent pas submerger. L'équation commune est pourtant la suivante: «Si vous ne voulez pas devenir minoritaires dans vos propres pays, pour être remplacés d'abord démographiquement puis pour voir les derniers des vôtres se faire chasser ou anéantir, arrangez-vous pour avoir plus d'enfants que les ressortissants d'origine étrangère.»

La famille israélienne apporte ses quatre ou cinq enfants, certaines mères dépassent les dix, à l'instar de la génération captive en Egypte, pour les membres de laquelle le texte rapporte que, plus on les maltraitait, plus ils se multipliaient.

Quant à Carter, il est plus que probable qu'il savait pertinemment que le repli israélien du Sinaï n'apporterait que le chaos. En conséquence, son parti-pris contre Israël pendant toutes les années ultérieures aux célèbres signatures ne sont par en contradiction avec sa motivation pour cet accord, imposé à Israël par son administration.

L'Égypte, de son côté, avait tout à gagner: d'abord le Sinaï, que ses dirigeants n'ont pas réussi à reprendre militairement, pas même à la guerre de Kippour ; ensuite, économiquement, puisque ce pays, incapable de se prendre en main, vit de l'aide américaine. En ce qui concerne les «Frères» de Sadate qui l'ont assassiné, leur position, insensée, peut être comparée à celle d'un serpent qui s'empoisonnerait tout seul, ou d'un scorpion qui s'inoculerait de son propre venin. La politique des opposants de Sadate dans son propre pays consiste depuis le début à scier la branche sur laquelle l'Égypte est assise. Bien que les médias s'y intéressent assez peu à l'heure actuelle, elle est sur le bord de l'implosion. Et pour ce qui est de sa paix avec Israël, il ne lui manque plus qu'à lui rétrocéder le Sinaï, puisqu'elle ne s'acquitte plus du tout de ses obligations, et que la péninsule est devenue un nid de factions terroristes armées qu'elle n'ose plus affronter et sur laquelle elle n'exerce plus de facto son autorité.

Revenons aux chapitres des Rois. On ne doit pas juger son prochain tant que l'on ne s'est pas retrouvé dans sa situation. Ce sage principe fait que nous nous demandons quelle aurait été notre attitude si nous avions vécu à l'époque de Jéroboam, d'Achab ou de Ménaché. La Guemara (Sanhédrin 102b) rapporte qu'un éminent rabbin et enseignant évoqua son souvenir avec mépris: «Rav Achi termina son cours la veille d'une leçon qui porterait sur trois rois. Il dit à ses élèves: "Demain, nous ouvrirons le cours sur nos 'amis'." Vint Ménaché, qui lui apparut dans un songe. Il lui dit: "C'est nous que tu appelles 'tes amis et les amis de ton père'? De quel côté faut-il couper le pain quand on s'apprête à prononcer dessus la bénédiction?" Il lui dit: "Je l'ignore". "De quel côté il faut couper le pain, tu ne le sais pas, et tu nous appelles tes amis?"Rav Achi lui dit: "Apprends-le moi, et demain j'enseignerai cette halakha en ton nom." Il lui dit: "Là où la cuisson forme une croûte". Rav Achi rétorqua: "Puisque vous étiez si instruits, comment se fait-il que vous ayez fait de l'idolâtrie?" Il lui répondit: "Si tu y avais été, tu aurais soulevé le pan de ton manteau pour me suivre et courir plus vite". Le lendemain il commença sa leçon: "Aujourd'hui nous allons parler de nos maîtres". ».

Il est vrai que les Sages (Yoma 69b Zacharie V, 8) ont prié pour que fussent refroidies les pulsions extrêmement puissantes qui poussaient à cette forme de débauche, et qu'il est mal aisé pour une génération qui vit après l'exécution du mauvais penchant de l'idolâtrie de juger ceux qui le voyaient littéralement danser au milieu d'eux.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas interdit de trouver quelque similitude entre l'époque des Rois et l'époque du cinéma hollywoodien. Il semblerait bien que, de même que l'emballement provoqué par le cinéma, la mise en scène, le point de vue de la caméra, conquiert le spectateur moderne à la cause pour laquelle il est sensibilisé, la génération antique affectionnait le spectacle et fixait son opinion en fonction de l'impression qu'il lui laissait. Là aussi, il fallait que le film soit bon. L'impression l'emportait sur la raison.

Dans le livre des Rois (I Rois, XVIII), le prophète Elie défie les prêtres du Baal. Il les attaque sur leur propre terrain, celui du grand spectacle, si l'on peut dire. Il leur impose pour ainsi dire un concours, une compétition, d'où se développera une sorte de scénario. C'est à celle des deux «équipes», la sienne et celle de ces prêtres, qui réussira à invoquer la force divine dont elle se réclame pour qu'une offrande et le bois déposés sur un autel soient immolés sans que la main de l'homme n'y mette le feu. Le peuple accourt en masse. C'est dire s'il a le goût du spectacle. Le prophète exagère volontairement les effets théâtraux. «Criez plus fort, peut-être que c'est l'heure de sa sieste» (traduction libre). Il les relance, il se moque d'eux. Et que fait le public, pendant ce temps? Il ne perd pas une miette de la production, il est saisi par le suspens, et, hésitant, indécis, il est prêt bien entendu à se rallier à la cause du futur vainqueur.

Les prêtres idolâtres s'épuisent et s'avouent vaincus, mais espèrent le match nul. Puis, quand vient le tour du prophète, il accentue les effets. Il fait creuser une tranchée autour de l'autel, demande que de l'eau soit versée en grande quantité sur l'offrande, au point de remplir et de faire déborder la rigole. Il implore l'Eternel, et un feu dévorant descend du ciel, consumant les pierres de l'autel avec l'offrande. Le peuple se prosterne et reconnaît la suprématie de D.

Mais que signifie donc tout ceci? Un peuple dont la foi est ancrée dans sa tradition qui remonte aux patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui est sorti d'Égypte quatre cents ans après la naissance du deuxième, a été accompagné par la Présence Divine et sa manifestation évidente tout au long de sa libération, du don de la Torah et de son entrée en terre de Canaan, peut-il remettre en question la primordialité du fondement de son identité et faire dépendre son avenir et sa foi de l'issue d'un spectacle, avec tout le respect dû aux Ecritures?

C'est pourtant le stade où ils sont descendus pour que le prophète Elie s'implique de la sorte, et surtout pour que D. s'adresse au peuple dans le langage qu'il comprend, le langage du spectacle. Et que se serait-il passé si, par extraordinaire, les prêtres du Baal avaient réussi à allumer ce feu, et si D. avait décidé pour finir de ne pas révéler sa présence de la sorte?

Il est par conséquent possible d'admettre que l'homme dont la foi était suffisamment stable et profonde à cette époque et qui n'avait pas besoin de passer par un «concours» interpelant la superficialité de sa personnalité et provoquant une réaction quasi épidermique, préfigure celui qui, aujourd'hui, par effet inversement proportionnel, ne se laisse pas impressionner par le goût du spectacle des nouveaux partisans du Baal.

Aujourd'hui, D. ne se prête pas à ce jeu, et le fidèle doit prouver son attachement par la profondeur de sa foi et la solidité de ses convictions, motivées à présent par une tradition devenue multimillénaire. C'est pourquoi le Baal, demeuré seul acteur sur la scène, triomphe. Au point qu'un Carter sera dans l'impossibilité de garder son sérieux tout au long de la cérémonie, s'esclaffant sans cesse de la réussite de son tour.

Pourtant, ceux qui se délectent des effets propres aux spectacles sons et lumières devraient être attentifs aux effets à retardement, lorsqu'effectivement un feu surgit du ciel, mais propulsé sous la forme de missiles ; un peu comme si les événements venaient nous dire: «Vous avez apprécié le spectacle, vous avez applaudi le prêtre Carter et son autel, la fameuse "table" sur laquelle ont été signés les traités à répétition (cf. les accords d'Oslo), appréciez donc aussi comment le feu va s'abattre.»

Or, si l'idolâtrie était le faible des générations qui ont précédé la destruction et la dispersion, celle du retour en Palestine souffre d'un éloignement de la foi qui s'exprime sous une autre forme. Il s'agit moins d'une substitution de la foi en D. par un attachement aux cultes étrangers que d'un détournement d'une autre nature. Pour revenir aux similitudes ou différences entre la démonstration spectaculaire d'Elie le prophète d'un côté et les accords de paix à grand spectacle de l'autre, nous remarquerons que si le premier cas concerne le choix entre la foi en D. et l'idolâtrie, le second s'attache à l'acceptation ou au rejet du plan divin énoncé dans l'histoire d'Israël et des nations, et écrit au passé et au futur dans la Bible.

Dans cette optique, nous ne pouvons que constater que tous les «efforts de paix» sont des tentatives de faire échouer le plan divin du retour d'Israël sur sa terre, condition sine qua non de la rédemption qui ne se limite pas aux seules affaires du peuple juif. Il suffit de voir la mesure de la focalisation de l'attention mondiale sur le sort de l'aboutissement de ce programme en marche pour comprendre à quel point toute la planète est concernée.

Au moment des accords avec l'Égypte, la question qui revenait souvent dans les milieux profondément sionistes, autrement dit là où le sionisme se conçoit comme l'amour que voue le peuple d'Israël à Sion, avec tout le poids de son identité et de sa tradition, était de savoir si le Sinaï faisait oui ou non partie de la terre d'Israël, dont la superficie s'étend jusqu'au fleuve d'Égypte, qui n'est pas nécessairement identifié au Nil, selon les exégètes bibliques. Il est évident que la question ne s'est plus posée dès lors que les concessions territoriales qui allaient suivre, et que prévoyaient les premiers accords, ont concerné directement des parties très centrales du patrimoine d'Israël.

Le plus étonnant dans l'entêtement de ceux qui, de l'intérieur, imposent au peuple d'Israël cette politique de repli et de reddition, c'est qu'ils persistent dans cette voie malgré les échecs qui ne relèvent absolument pas de l'analyse géopolitique mais de l'évidence la plus flagrante. A croire qu'ils adhèrent à un autre système, à une autre croyance. Certains indices abonderaient dans ce sens. Les partisans des concessions territoriales ont toujours prétendu qu'ils agissaient pour la paix. Ils prient pour la paix, espèrent en son avènement, croient en la paix, pour reprendre leurs propres tournures. «Paix! Paix! Et il n'y a pas de paix!» nous dit le prophète. (Jérémie, VI, XIV). Cette croyance dans la paix telle qu'elle est conçue dans ce contexte, contredit et bafoue la foi multimillénaire d'Israël, qui n'est certainement pas revenu dans son pays pour le céder à une autre nation, en l'occurrence la nation arabo-musulmane, qui veut faire de la Palestine une de ses provinces, purifiée des Palestiniens légitimes, les  Judéens ou Juifs.

Que ce soit un fait voulu ou inconscient, cette croyance en cette paix adopte la position de l'ennemi en minimisant cette dernière et en y greffant l'espoir qu'il se contentera d'un compromis, d'une partie du sol alors qu'il réclame le tout.

Il est clair que cette «greffe» va être rejetée, et pourtant les adeptes de cette vision de la paix n'en démordent pas. En hébreu, le mot paix, Chalom, désigne l'un des noms du Saint béni soit-Il. Le commandant de la Région Centre, prononçant une allocution lors de la cérémonie du souvenir des soldats tombés au combat et des victimes du terrorisme, le 5 yar 5773, (veille de l'indépendance 2013) conclut son discours en modifiant le verset «… jusqu'à l'avènement de Šilo» (Genèse XLIX, 10) en «… jusqu'à l'avènement de la paix». La notion messianique de rédemption – Šilo étant le roi Machia'h, l'oint, nous indique Rashi en citant le Midrash Raba – se voit supplantée par la notion politique d'une paix de renoncements et de concessions.

D'aucuns se souviennent de la réaction gouvernementale à la suite de chacun des atroces carnages qui ont accompagné ce que l'on appelait encore le «processus de paix», notion mensongère ou illusoire créée artificiellement et imposée arbitrairement par voie médiatique après la signature des accords d'Oslo et leur mise en application. Les innocents assassinés étaient appelés, selon la traduction courante : «les victimes de la paix». Or, le terme hébraïque employé, korbanoth, signifie à l'origine sacrifices. Les concessions politiques furent donc élevées – ou rabaissées – au rang d'un culte, avec des sacrificateurs et des sacrifiés. L'ironie du sort a voulu que les partisans du processus ci-dessus et par extension des sacrifices humains étaient les plus acharnés dans leur mépris pour les sacrifices d'animaux dont les règles sont énoncées dans la Torah. Il semble que les sacrifices humains entraient par contre pour eux dans une certaine logique.

Nous sommes donc très clairement les témoins d'une «religion» qui nomme du Nom de D. un principe qui va à l'encontre de Sa volonté. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il a connu un antécédent à une époque qui ressemble un peu à la nôtre, celle  de la sortie d'Égypte, puisqu'elle consistait elle aussi dans un mouvement de libération du peuple d'Israël, se déplaçant de l'étranger vers sa terre.

Les courants contraires se renforcent vraisemblablement chaque fois qu'il est question pour Israël de rentrer au bercail. Lorsque le veau a jailli du moule d'or en fusion, on s'écria : «Voici ton Dieu, Israël!», la désignation du veau massékha, masque venu cacher et éclipser la Présence divine, se fait sous le nom: E-lohékha, contraction d'E-lohim chelkha, ton E-lohim.

«Non», vient-on nous dire, «ton D. n'est pas immatériel, omnipotent et omniprésent. Il est on ne peut plus matériel et limité dans l'espace. Le message de ton D. n'est pas de te ramener en tes frontières et de te rendre tes villes de Jérusalem, Hébron, Sichem, mais de te contraindre à y renoncer.» L'exégèse exige que cette annonce a été proclamée par un tiers, qui a décrété que ce veau serait un dieu, sans quoi le texte aurait été entièrement à la première personne: «Voici notre Dieu, Israël».

Et ce tiers, c'est le 'Erev Rav, un mélange de nations qui a feint d'adhérer au message porté par Israël au moment de sa sortie d'Égypte. Plus loin, D. reproche à Moshé: «Le peuple que tu as fait monter d'Égypte a fauté», le peuple que «tu as fait monter», et non pas le peuple que «J'ai fait monter». Un autre verset confirme cette affirmation: «Les enfants d'Israël qui sont montés d'Égypte représentaient le cinquième». Il s'agit soit du cinquième de la population des Hébreux présents en Egypte, les autres, très attachés à leur terre d'exil, n'ayant pas voulu partir, ayant péri sous le coup de la plaie de l'obscurité ; soit du cinquième de la population ayant quitté le sol égyptien.

Le Rav Goren, ancien grand rabbin de Tsahal, et que l'on peut voir sur les films d'archives sonnant du schofar lors de la  libération de l'esplanade du Temple, interrogé par des étudiants de la yéchiva de Beit-El à la suite d'une conférence qu'il donna à l'occasion du jour de l'indépendance d'Israël, en 91, affirma que les partisans acharnés d'une paix consistant à chasser Israël de ses terres sont le 'Erev Rav de notre génération. Cet avis n'est pas partagé par tous les rabbins, dont le Rav Z.B. Melamed qui l'avait invité, et qui pense qu'il s'agit de gens honnêtes qui sont dans l'erreur. D'autres pensent que ceux qui se laissent convaincre sont en effet dans l'erreur, tandis que ceux qui défendent à la racine ce principe distillent leur méthode avec préméditation.

Les forces qui s'opposent à la rédemption, aussi bien à la sortie d'Egypte qu'à celle de l'exil d'Edom, sont féroces, troublantes, perturbantes, et il semble bien que le travail de tout un chacun, sur le plan de la véritable foi, doit se faire en profondeur, et que ni D. ni le prophète ne joueront le même jeu que celui qui avait consisté à ridiculiser sur la scène les adeptes du Baal, malgré la forte sanctification du Nom qui s'était ensuivie. Pourtant, ceux qui ont des yeux voient que, sur une scène beaucoup plus vaste et non sur un «autel-podium», D. intervient, non seulement dans des guerres comme celle des Six jours ou de Kippour, mais au jour le jour, sans quoi la brebis aurait été depuis longtemps engloutie par les soixante-dix loups qui l'entourent, au sens propre comme au figuré.    

 

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan - dans Analyses en français
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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 18:49

Ou: L'amalgame, un principe à trois vitesses

La notion d'amalgame, dans le langage politique et médiatique, est apparente dans un seul contexte, dans lequel elle revêt une puissance tellement grande qu'elle fustige et anéantit les notions de liberté d'expression et de démocratie. Cet amalgame est synonyme de terreur.  Par Yéochoua Sultan

Dans pratiquement tous les forums mis sur le devant de la scène par les grands médias, les intervenants, invités, participants, sont soigneusement filtrés, afin que tous émettent sur la même longueur d'onde. Les concepts servant de base à un faux débat sont acceptés par tous. Il est inutile de rappeler, dans ces lignes, qu'une certaine tranche de la population, en Europe, risque à la longue, et pas seulement aux dires des autochtones, de transfigurer ce continent, si ce n'est déjà fait. (Voir Le nouveau monde arabe et la résistance des irréductibles).

Imaginons un seul instant le dérapage suivant, et supposons que l'un des participants à un débat sur la crise économique ou sur l'insécurité, sur un plateau en direct, ne parle pas des problèmes posés par les jeunes mais par les musulmans. Encore, si sa langue ne fourchait qu'en employant le terme islamistes, on le remettrait gentiment en place, en ne faisant que légèrement clignoter un voyant rouge. Et s'il ajoutait là-dessus que ces prétendus jeunes peuvent être âgés aussi bien de quinze ans que de quarante ou cinquante, le téléspectateur verrait alors apparaître automatiquement sur son écran la fameuse note annonçant: «Dans quelques instants, reprise de notre programme». Mais ce genre d'incident ne risque pas d'arriver, vu le nombre de précautions plus draconiennes les unes que les autres, que l'on se rassure.

En revanche, si vous voyez que l'on accorde le droit de parole à une personnalité qui reste persuadée que le déséquilibre sécuritaire et social est dû à une trop forte immigration et à une indulgence sans nom de la justice envers la délinquance d'origine étrangère, vous constaterez assez rapidement qu'il s'agit d'un piège prémédité et destiné à une coupure de la parole dans les règles, avec une contre argumentation souvent fautive et de toute façon fondée sur des remontrances pseudo morales comme : «Vous n'avez pas honte, à notre époque civilisée, de soutenir des propos qui ne sont que l'expression de la haine etc.»

Dans ce dernier cas, de deux choses l'une: ou bien l'antagoniste, insuffisamment préparé parce qu'il s'attendait réellement à un débat équilibré, bafouille ; ou bien il a tout prévu et est prêt à parer en contrattaquant, mais alors on lui fera clairement comprendre qu'il a déjà trop usé et abusé de son temps de parole et qu'il doit penser à laisser aussi aux autres le droit de s'exprimer. La perversité du jeu médiatique aura fait passer pour intolérante et totalitariste une personne à laquelle il aura catégoriquement coupé la parole.

Une autre méthode consiste, au même niveau, à faire démarrer le générique de la fin, celui qui accompagne le défilement des noms, le tout ayant été savamment calculé pour que celui qui soutient que les invasions ne se font plus par les armes mais par l'infiltration de masse ne puisse faire valoir des faits, chiffres ou arguments. Quoi qu'il en soit, le ton de ces émissions est dans tous les cas celui de la terreur. Le mot amalgame s'allume et se met à clignoter: «Attention, vous n'êtes pas dans un débat. Vous assistez à votre propre procès. Tout ce que vous allez dire peut se retourner et être retenu contre vous.»

Le cerveau de la propagande est si fort que le concept de l'amalgame entrera exclusivement dans le contexte de l'islam, l'immigration, et de la délinquance qui en découle. Pourtant, à l'envers du décor, un autre amalgame est tellement admis, évident, que son nom n'est jamais invoqué. Celui-ci concerne les Juifs. S'il est interdit de condamner un criminel musulman en établissant un lien entre son acte et son idéologie, il n'en est pas de même quand on parle d'un Juif.

Si un Juif tue deux Arabes et est condamné à deux peines de réclusion à perpétuité, alors qu'il avait été dans un premier temps sur le point d'être déclaré mentalement irresponsable, reconnu de surcroît, par ceux qui l'avaient côtoyé, au minimum comme un original, les médias, à commencer bien entendu par les plus gros, associeront avec appétence les mots: terroriste et juif.

Or, non seulement cet acte, en admettant qu'il relève d'un tel motif, apparait  dans une proportion bien plus diluée qu'un composant actif dans un dosage homéopathique, comparé au terrorisme directement motivé par l'anti-paix (s[a]lam = paix ; i-slam = non-paix ; le préfixe i, ou in, existe dans de nombreuses langues, dont l'hébreu et le français, voir: réel, irréel, possible, impossible), mais le terrorisme musulman est toujours présenté de sorte que les termes terrorisme et musulman n'apparaissent jamais côte à côte. Et pourtant, les agressions musulmanes, du jet de pierre à l'attentat suicide, en passant par le tir de missile, sont systématiquement précédées par la formule «Allah est grand!» (Nous ne traduirons pas ici le nom Allah pour ne pas entrer dans un autre débat, puisqu'il peut vouloir dire E-l, D., ou Elil, dieu païen, ce que semble justifier le doublage de la consonne).  

Et on s'éloigne d'autant plus du principe de terrorisme musulman que l'on ne se contente pas de dissocier l'adjectif du nom, mais que l'on édulcore ce dernier en le rebaptisant activisme. Ce n'est donc pas par souci d'éviter le pléonasme que les médias ne disent pas terrorisme musulman ou terrorisme islamique, mais pour ne pas réveiller les démons.

Illustrons le principe de la terreur de l'amalgame : le plus effarant des massacres antisémites, perpétré en France au cours de la nouvelle période, est désigné sous le titre d'affaire du mal, l'Affaire Mérah (mérah signifiant du mal, tout comme Arafat voulait dire guillotine, Hamas dépouillement, ou vol aggravé etc.). On constate qu'il n'est question ni de terrorisme ni d'islam, et encore moins d'antisémitisme, comme si le fait que le massacreur était antifrançais annulait le fait qu'il détestait aussi les Juifs, puisque moins par moins, ça fait plus. ( – x – = +) Mais là, c'est – + –. Non seulement il s'agit d'un antifrançais, mais aussi d'un antisémite, ou réciproquement.   

Le premier amalgame, prohibé, qui protège la population musulmane dans son ensemble, avec toutes les conséquences auxquelles s'expose le contrevenant, ouvre la voie au second, plus qu'autorisé, tacite et incontournable, qui met en danger la population juive dans son ensemble.

Or, ce qui montre pourquoi l'amalgame interdit est intrinsèquement lié à l'amalgame recommandé, c'est, par défaut, une situation qui ne jouit pas d'un amalgame protecteur. Un retour en arrière avec arrêt sur image, nous ramène devant l'école Ozar HaTorah de Toulouse, au moment où on ne connait pas encore l'appartenance ethnico-religieuse du criminel. Deux possibilités sont alors envisagées : celle qui s'est avérée réelle, encore à peine retenue, et celle de l'extrême droite, encouragée en raison de la religion dont les deux précédentes victimes étaient les adeptes.

Il fallait voir l'ampleur de l'indignation contre l'idéologie incriminée par supposition. On cherchait au tueur des motifs idéologiques, des fréquentations, une école, des maîtres, des coupables. Puis, l'attitude générale caressante, indulgente, compréhensive, vis-à-vis de l'idéologie musulmane, a présenté un caractère disproportionné, très loin du savon que l'on s'apprêtait à passer à l'extrême droite.

Sans vouloir prendre le parti d'une idéologie qui met souvent les Juifs dans le même panier que l'islam, nous serions-nous attendu à entendre une complainte officielle pleurant : «Pauvre extrême droite, à cause d'un acte isolé d'un seul forcené, des gens violents et impulsifs vont encore faire l'amalgame, et s'en prendre à ses membres sans raison» ?

Donc, l'islam est protégé. Et il est d'autant plus protégé qu'il s'attaque à des Juifs, surtout si l'on sait que les Juifs sont sous la férule despotique d'un amalgame mijoté avec beaucoup de soins depuis non pas treize ans mais trente-et-un. Jusque là, le Juif était protégé ; pas depuis bien longtemps, il est vrai, depuis la fin de la Seconde (ou Deuxième) guerre mondiale, soit environ trente-sept ans. Mais le concept d'antisémitisme était si fortement abject qu'il a fallu, dans un système de valeurs qui régit les emportements politiques et médiatiques, en inventer un autre pour le contourner. Car on ne pouvait plus dire: «Il faut haïr les Juifs, ou s'indigner contre les Juifs.»

Mais on pouvait en distinguer une catégorie et haïr par extension, par amalgame, donc, tous les autres. On a travaillé avec acharnement sur l'axiome: «Israël est haïssable». Et ce travail a été fait à partir de la propagande lancée pendant la guerre du Liban (voir le roman Comme l'amandier en hiver). Des commentaires haineux et accablants étaient énoncés sur fond d'étoile de David, filmée en gros plan sur le drapeau d'Israël.

Et les premiers effets se sont fait sentir rapidement, dans toute la France, comme une traînée de poudre. Les Juifs étaient partout pris à partie, par amalgame. S'ils répondaient honnêtement qu'ils se sentaient solidaires de l'Etat d'Israël, puisqu'enfin il existait des Juifs non apatrides, et qui se défendent stoïquement dans un océan de pays totalitaires qui refusent le dialogue, malgré sa main tendue pour faire la paix, ils s'exposaient à une colère d'autant plus virulente. On exigeait qu'ils fassent acte d'apostasie, qu'ils se fassent ennemis de la cause d'Israël, qu'ils approuvent les antisionistes appelant à l'anéantissement du seul pays juif, tout comme leurs ancêtres devaient, au moyen-âge, dans des cas pas nécessairement extrêmes, et afin de s'attirer la sympathie de leur entourage, renier le judaïsme.

L'affaire Enderlin, survenue quant à elle voici treize ans, est par excellence l'illustration de l'amalgame dont sont victimes aussi bien les Israéliens que les Juifs encore en exil. Certes, comme l'a démontré le courageux Philippe Karsenty, le reportage montrant un enfant musulman prétendument tombé sous les balles de l'armée israélienne était un faux, et les tribunaux français refusent, sur des problèmes de forme, de lui donner définitivement raison. Il est regrettable que le gouvernement israélien, dont le bureau du Premier ministre a pourtant produit un document remettant en cause l'authenticité du reportage, ne vienne pas demander des comptes à la chaîne française coupable de la diffusion de ce faux, ainsi qu'à l'Etat français, sous l'autorité duquel il se passe de drôles de choses, sans parler bien sûr du correspondant.

Mais supposons qu'il ne se soit pas agi d'un faux ; ou encore, pour mieux comprendre qu'il est bien question d'un problème d'amalgame, transposons ce problème dans un autre pays. Imaginons qu'en Syrie, un partisan du régime alaouite assassine une femme (l'exemple de l'enfant ne nous éloigne pas assez du contexte du faux du carrefour de Netzarim), après lui avoir fait subir les derniers outrages, parce qu'il suppose qu'elle est opposante ; ou qu'un opposant d'Assad s'en prenne à une partisane de ce même régime.

Ou alors imaginons qu'un policier égyptien, musulman, tire sur une foule de fidèles coptes à la sortie de la messe. En ayant suffisamment d'imagination pour nous dire que ce n'est qu'une simple supposition, et pour penser que quelqu'un s'en offusquerait dans le camp des partisans ou des opposants, ou chez les Egyptiens musulmans, ou encore sur le plan de l'opinion mondiale, nous viendrait-il à l'idée de nous fâcher sans appel contre un habitant de Paris, sous prétexte qu'il soit partisan ou opposant au régime d'Assad, ou de nationalité égyptienne et de religion musulmane?

Cette transposition, imaginaire bien sûr, nous montre très clairement dans quelle mesure les Juifs sont, par excellence, les victimes de l'amalgame, amalgame dont le nom, antisémitisme, a été mis à jour et changé en antisionisme (cas rare où l'état civil le permet), en raison de la trop forte teneur qu'il renfermait.

Il est donc permis de vilipender, dans les rues de Paris, des Juifs, qui tombent sous le coup de l'anathème de l'amalgame, et à plus forte raison si les agresseurs sont musulmans, puisqu'ils sont, eux, immunisés contre toute attaque qui les mettrait dans un seul et même panier, et qu'ils sont aussi un peu les victimes, amalgame oblige, amalgame déguisé en solidarité ethnico-religio-culturelle, du méchant sionisme.

Le seul moyen qui resterait à un pays comme la France de guérir de son antisémitisme serait de se soigner dans un premier temps de son antisionisme, qui sert de tremplin à ce premier mal. Seule une forte campagne de relégitimation d'Israël, et une condamnation continue des actes inhumains perpétrés dans les dictatures qui l'entourent, en bref un amour du sionisme, peut guérir l'Europe de son antisémitisme réhabilité sous l'identité de l'antisionisme.  

En cette veille du soixante-cinquième anniversaire de la renaissance de l'indépendance d'Israël, il serait peut-être temps de penser à se soumettre à une sérieuse thérapie (de   רפואה réfoua, ou תרופה teroufa, en hébreu).

 

 

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:53

Nous ouvrirons ces lignes en reprenant un peu la rhétorique d'une des fables les plus connues de la Fontaine, puisqu'elle est apprise par cœur en cours primaire. «Les cigales ayant chanté tout l'été se trouvèrent fort dépourvues lorsque la bise fut venue ; elles allèrent crier famine chez les fourmis leurs voisines, les priant de leur prêter quelques grains pour subsister jusqu'à la saison nouvelle.»

Comme dans le texte original, et comme le disait bien avant Esope et la Fontaine le roi Salomon, «Va voir la fourmi, fainéant!», les fourmis resteront dans ce propos le symbole du courage et les cigales de l'insouciance mal placée. A la différence près qu'il s'agira ici non pas d'individus mais de civilisations, les civilisations travailleuses et consciencieuses, d'un côté, et les civilisations incapables de mettre en valeur leurs ressources, de l'autre.

Bien que l'on puisse aisément admettre qu'à titre individuel, des ressortissants de pays qui ne font rien pour s'en sortir puissent honnêtement tenter leur chance ailleurs, et réussir, puisqu'ils ne quémanderont pas quelques grains mais se mettront sérieusement au travail et auront mérité le fruit de leur labeur, il ne faut pas se voiler la face vis-à-vis des autres, dont l'attitude est d'autant plus désobligeante pour les gens courageux venus des pays des cigales qu'elle les fait regarder d'un mauvais œil par généralisation du cas.

Déchantant en été et ne chantant plus, les cigales choisissent pour finir d'autres horizons, plus prospères. Le danger consiste à généraliser d'une manière abusive, et de prendre en pitié, dans les contrées des fourmis travailleuses, sans aucune distinction, tous les ressortissants de tous les pays cigaliens, qui en général se gaspillent en guerres de religions ou interethniques, en incluant dans le lot les plus grands fauteurs de troubles des pays de départ. Aussi, l'ambiance tiers-mondiste se fait même en plein hiver une place au soleil des grandes villes européennes ou d'autres pays qui travaillent. Ce qui est plaisant au départ pour tout le monde, autant pour le nouvel arrivé que pour l'ancien habitant, c'est que des systèmes sociaux soutiennent les plus faibles économiquement. Le nouveau est très content de l'accueil, et l'ancien de ne pas avoir près de chez lui un dépouilleur potentiel. L'ennui, c'est que ces systèmes ont été prévus pour soutenir l'équilibre social. Un demandeur d'emploi remerciera son pays de ne pas l'oublier le temps de retrouver un poste, de la même façon qu'il sait que lorsqu'il travaillait, ses cotisations servaient à soutenir des gens ayant enduré les épreuves qu'il éprouve à son tour. Il sait aussi que sa retraite est alimentée par la vie active, tout comme il payait au même âge celle des anciens du temps.

Le décalage entre les cultures des cigales et des fourmis veut que les premières passent de reconnaissantes pour le somptueux cadeau, manne inespérée et extraordinaire, à exigeantes, quand elles s'habituent à ne jamais rien faire d'autre qu'à protester si les allocations désignées par toutes sortes d'initiales administratives ne viennent pas assez vite ou ne sont pas assez larges ; et que les dernières croulent sous le déficit, se demandant bien quand les cigales aux circonstances atténuantes pour les uns et exténuantes pour les autres deviendront enfin des fourmis. Mais c'est encore un problème dû au décalage des cultures, car les cigales trouvent normal qu'ayant gaspillé toutes les ressources de leurs pays, elles migrent vers les pays où il y a encore quelque chose à se mettre sous la dent. Après avoir razzié sous certaines latitudes, on razzie plus au Nord, à la grande lassitude des grandes fourmilières. Mais nous respecterons l'image choisie par le fabuliste et ne remplacerons pas le «concept» de cigale par celui de sauterelle.

Une autre anomalie consiste à l'extrême indulgence qui continue à rendre intouchables mais surtout à l'abri de toute critique les émigrants des pays où c'est l'été toute l'année, quand ils commencent à troubler l'ordre social des pays vers lesquels ils migrent. Les réfugiés menacés par les catastrophes humaines existent, autant que les victimes de catastrophes naturelles, mais la plupart des immigrants que peuvent voir arriver les fourmis dans leurs pays ne sont pas des apatrides. Leurs différentes patries ne sont pas dépourvues de ressources, et ce sont même les plus riches en métaux et minerais précieux.

En comparaison, les sols pauvres en pétrole, chez maintes fourmis, obligent leurs habitants à avoir des idées. Souvent, voire systématiquement, un manque d'humanité séculaire, aux pays des cigales, qui diffère peu de la mentalité des époques sombres et non encore totalement révolues de l'esclavage, empêche les travailleurs de jouir d'un minimum de conditions sociales et de salaire. La misère qui résulte de la mauvaise répartition du fruit de l'exploitation des ressources est édifiante. Les associations humanitaires, les vraies, pas celles qui engraissent par mauvaise pitié des terroristes déjà gras, s'emploient à œuvrer sur le terrain pour lutter contre la famine et la maladie.

En Cigalie, des armes et du matériel de combat des plus sophistiqués sont achetés par des Etats qui n'investissent pas le moindre sou dans l'irrigation et l'exploitation du sol dans le secteur primaire, celui de l'agriculture et de l'élevage. Mais est-ce bien là le seul problème?

Ou alors, serait-on obligés d'approuver le célèbre chanteur, qui par ailleurs travaille comme la fourmi, quand il considère que la misère serait moins pénible au soleil, autrement dit qu'il ferait trop chaud pour travailler, chez les cigales? Pas facile!

Une troisième question qui saute tout de suite à l'esprit dans ce contexte reste celle de l'avancée du désert. Les hommes sont-ils les victimes du désert, au Sahara et au Sahel, ou est-ce le contraire qui est vrai? Ne serait-ce pas le sol qui serait la victime des débordements de l'espèce humaine?

Et pourtant, a priori, rationnellement parlant, la réalité d'Israël répond à ces trois questions. Du Sahel à Israël, il n'y a qu'un pas. Israël est contraint, en raison de son environnement inhumain et hostile motivé par le domaine de la guerre et une religion intolérante et destructrice, d'être à la pointe du progrès sur le plan de l'armement. Or, cet armement est destiné à garantir la paix et la prospérité de la population civile, mais il n'empêche pas le salaire minimum, 4100 NIS, les congés payés, les soins médicaux pris en charge et les indemnités en cas de perte de l'emploi d'exister.

Sur le plan du soleil et de la misère qu'un temps estival coriace devrait encourager au même titre qu'une prolifération de cigales, c'est en centaines d'heures qu'est évaluée la différence entre le temps de travail en Israël et des pays où le climat favoriserait selon le poète la prédominance des fourmis, en dépit du prétendu réchauffement climatique démenti par la conférence au sommet à ce sujet annulée à Copenhague il y a peu en raison d'un froid trop intense. Et ce ne sont pas les pays de l'hiver qui travaillent le plus.

Et en ce qui concerne la pauvreté des ressources et du sol, Israël bénéficie certes de la promesse de voir sa terre cesser d'être un désert dur comme le cuivre et reverdir à son retour, mais non sans efforts. Pour reprendre une autre célèbre phrase, «Aide-toi, le Ciel t'aidera». Israël développe depuis des dizaines d'années des systèmes d'irrigation de pointe, allant du goutte à goutte selon les besoins exacts de chaque espèce végétale et permettant d'en goûter les saveurs, à la récupération de l'eau par condensation de l'hygrométrie de l'air. Des eucalyptus ont été plantés là où l'insalubrité l'exigeait, pour drainer l'eau croupie, siège du paludisme et de la malaria. Des haies de cyprès ont été dressées pour freiner le vent et le sable. Seulement, les cigales avoisinantes ne le comprennent pas et veulent par jalousie et mesquinerie dépouiller les Juifs de ce qu'ils obtiennent par leur labeur et la bénédiction du Ciel. Les cigales voient un pays verdoyant, un pays où le climat a été adouci, où des oasis transfigurent le désert. Et, comparant le pays d'Israël au sol qu'elles occupent, les cigales en meurent de jalousie, protestent que les Juifs aient accaparé les terres les plus fertiles, et se mettent à convoiter un terrain dont elles n'ont fait que souligner la désolation pendant des siècles, comme cet ancien Turc qui a saisi la Cour suprême israélienne, voyant comment un sol rocailleux et à première vue sans valeur a été transformé en cité verdoyante où il fait bon vivre, s'étant soudain rappelé que les étrangers qui avaient occupé la terre d'Israël dont ils avaient perpétué la pauvreté avaient inscrit cette parcelle à son nom.

De la même façon, comment pourrait-on reprocher à des Israéliens d'être mécontents de voir affluer par milliers des ressortissants de Somalie et Erythrée qui n'ont rien fait de leur pays et qui viennent profiter du labeur d'une nation dont le sol n'avait rien d'enviable au départ, même comparé à celui des cigales?

Le seul angle sous lequel on pourrait approuver les migrations des cigales, puisque, une fois encore, c'est le terme qui a été choisi, serait de considérer que le dicton qui exige que les succès ne viennent qu'après l'effort devrait être réfuté et modifié en: «Tu peux toujours t'aider, le Ciel jamais ne t'aidera», et de considérer alors que ces pays et leurs habitants seraient désespérément maudits par D. jusqu'à la fin des temps. Mais pour s'en assurer, encore faudrait-il essayer! Comprenne qui pourra! 

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 14:44

Obama a-t-il tenté une conversion au judaïsme?

Le premier mandat d'Obama s'est ouvert sur un assommant voyage en Egypte. Le second, à l'opposé, l'a vu effectuer son premier voyage en Israël. De l'oppression et l'obscurité de l'Egypte à la lumière d'Israël, est-ce ainsi que doit être perçue l'évolution de ce singulier président américain ?

Après bien des tractations, des arrangements, mais aussi des prières, Obama est devenu président des Etats-Unis, et plutôt deux fois qu'une. Son premier mandat, il l'a entamé sous le signe de l'Egypte, dont la racine étymologique trilitère signifie oppression. Aujourd'hui, elle reste synonyme de répression. Quant à son second, tout porterait à croire qu'il a voulu le placer sous le signe de la liberté et des valeurs humaines et universelles d'Israël, peu avant la fête nationale de sa rédemption qui l'a vu s'extirper justement du pays qui précède.

Tout semble aller pour le mieux. Dans l'expectative, Israël, d'abord sceptique – une annulation du dernier moment étant toujours possible – va réellement voir ce président américain pour la première fois sur son sol. Pourtant, cette visite est marquée par une profonde déception. On s'attendait à ce qu'Obama amène dans ses bagages un important prisonnier de Sion, un Juif inculpé et incarcéré pour des broutilles. C'est à se demander si c'est la judéité de celui-ci qui a provoqué une si forte condamnation, sachant d'une part qu'il s'est contenté de fournir des informations à Israël qui concernaient ses ennemis régionaux et certainement pas les Etats-dits-Unis, et, d'autre part, que des prisonniers accusés d'actes réellement dangereux sont souvent graciés par le dit président. Mais non, Obama s'est ramené les mains vides, malgré une pétition qui a rassemblé le quart du million de signatures.

Il a rencontré les nouveaux ministres, le gouvernement ayant été établi in extremis. Pas in extremis à cause de la venue d'Obama, mais à cause du dernier instant du second et dernier délai accordé au candidat au poste de Premier ministre qui, le cas échéant, se serait vu dessaisir du dossier qui aurait été remis à un autre, probablement à l'animateur télé reconverti dans la politique.

On raconte qu'Obama est déjà passé par le christianisme et l'islam. Il serait né chrétien et devenu musulman ou le contraire. Mais ce ne sont que des on-dit. On dit aussi que ce qui a justifié sa visite en Israël, le première hors des frontières de son pays après sa réélection, serait sa volonté de casser son image du président américain le plus hostile à Israël et dont tout effort diplomatique de sa part n'inspire rien d'autre que la méfiance. Difficile d'admettre cette supposition, elle aussi source d'un nouvel on-dit, puisque si ça avait été le cas, il nous aurait ramené notre prisonnier politique. (Politique parce qu'on n'admet pas aux States que des Juifs prennent position trop ouvertement pour Israël, surtout dans des affaires de ce genre. Tout citoyen américain doit toujours prendre fait et cause pour l'Amérique, même si elle part en guerre de destruction. Un précédent historique a vu les Américains originaires du Japon s'engager dans les troupes américaines, après avoir été cantonnés dans des régions isolées parce qu'ils n'inspiraient pas confiance, pendant la Seconde ou deuxième guerre mondiale. Aux USA, un Juif ne doit pas mettre des bâtons dans les roues quand une guerre, même indirecte, est menée contre l'Etat d'Israël, à savoir quand les dictatures fanatiques disposent d'armement et travaillent selon une stratégie inconnue d'Israël, ce qui pourrait bien les aider à gagner dans leur guerre totale d'extermination. Et qu'importe si le Japon avait tort et si Israël a raison, la seule raison, c'est la raison d'Etat, et l'Etat, c'est l'Amérique. Fermons la parenthèse).

Donc, le président américain débarque, ou plutôt, étymologiquement, se «désavionne», et tous les membres du gouvernement israéliens attendent, tendus, plein d'un espoir illusoire. L'illusion se confirme bientôt devant une assistance glacée qui a beau attendre mais ne voit personne descendre à sa suite. Seul le ministre du Logement lui glissera à l'oreille qu'on s'attend toujours malgré tout à le voir faire un geste de bonne volonté et libérer notre très ancien espion. Le prisonnier de Sion est donc toujours prisonnier. Vous parlez d'un ami!

Ce n'est donc pas la tentative de briser sa solide réputation d'ennemi qui l'a fait venir en Israël, auquel cas, comme nous venons de le démontrer, et pour donner le change, il se serait fait accompagner de notre concitoyen, sans que cela ne lui en coûte. Et le Premier ministre israélien a bien raison de faire dépendre tout ce qu'il y a de désastreux dans sa propre politique de la férocité de Obama. Jamais auparavant aucun village juif nouveau n'avait vu le jour en Judée, jamais la construction n'avait été interdite uniquement aux Juifs à Jérusalem. Et tout est la faute d'Obama. Jamais on ne s'était retenu de bombarder tout début de fabrication d'une bombe atomique, à Ossirak ou en Syrie. Toute est encore une fois la faute d'Obama.

Pourtant, nous diriez-vous, le président américain a pris la parole devant un public estudiantin, en faisant comme s'il parlait au «peuple» qui devrait selon lui faire pression sur le «pouvoir» et l'obliger à «faire la paix». Ah, ces Américains, toujours le mot pour rire! Sortis d'Hollywood, ils prennent la réalité pour du cinéma : ils vont servent du peuple, du pouvoir, du bon, du méchant, du happy end, et hop! le tour est joué. Les étudiants triés sur le volet ne sont pas plus le peuple que la poignée de figurants, venus figurer le rôle de plusieurs millions d'hommes, femmes et enfants, au sortir de l'Egypte, ne représente le peuple hébreu. Des figurants de Cecil B. 2000, à la petite centaine de figurants étudiants d'opinion minoritaire, il n'y a qu'un pas, franchi allégrement par Obama.

Mais alors, qu'est venu chercher le président américain? D'aucun vous diront qu'il a cherché à voir de plus près comment on fait pour devenir juif. Du blond aux yeux bleus au citoyen de teint nubien, toutes les couleurs de l'arc-en-ciel se retrouvent dans le peuple juif, alors pourquoi pas lui?

Sa venue en Israël ne coïncide pas fortuitement avec la dernière ligne droite des préparatifs de Pessah, qui est la fête de la libération du peuple juif à sa sortie d'Egypte. Au début de son premier mandat, Obama est profondément embourbé dans la fange égyptienne. Il entame la présidence du pied gauche. Ses prédispositions mentales et morales relèvent de la période antérieure à la sortie d'Egypte, et il le montre bien en faisant son premier voyage au pays de l'esclavage, du matérialisme et du culte idolâtre. Si le pouvoir égyptien n'est plus celui des pharaons, le président américain s'agenouille cependant devant celui qui en représente du moins symboliquement l'héritier. Et si la civilisation égyptienne d'aujourd'hui n'écrit plus en hiéroglyphes, ce n'est pas pour rien que le nom de ce pays n'a jamais été changé, contrairement à cette tentative entamée par Hadrien, motivé par la volonté d'effacer le nom d'une civilisation qui, elle, en revanche, écrit toujours en hébreu.

Mais là, cette fois, il se dit qu'il va briser les chaînes de ses conceptions qui l'attachaient (et le maintiennent cependant toujours) prisonnier de l'une des cultures les plus oppressantes et répressives que la terre ait jamais portée. Et il va aller de l'autre côté, à l'aboutissement du long périple qui a fait passer le peuple hébreu de l'obscurité à la lumière, de l'esclavage à la souveraineté, en passant par la Révélation sur le Mont Sinaï.

Obama fera peut-être comme les Khazars, dont le roi était venu retrouver Rabbi Yéhouda Ha-Lévy, roi qui avait entraîné à sa suite son peuple, venu s'inscrire dans la destinée du peuple d'Israël.

Il tente de briser la glace, et change sa tactique d'approche. Il apostrophe le nouveau chef du parti national religieux, et lui fait part de son admiration quant à son ascension fulgurante, et comment, sorti du néant, il est devenu ministre et l'un des principaux collaborateurs du Premier. Obama fait peut-être allusion à sa propre condition, lui aussi en a parcouru, du chemin, avant de devenir: Président des Etats-Unis! On ne va pas refuser l'entrée au sein du peuple juif à quelqu'un qui est tellement important que toutes les routes sont fermées à son passage, même si on pourrait a priori ne pas trop s'inquiéter pour sa santé, vu qu'un vice-président est là pour le remplacer comme si de rien n'était en cas de pépin.

Mais le président américain est aigri, maladroit, et suscitera cette réaction chez le même nouveau ministre surgi du néant dont il avait tenté de s'attirer la sympathie: «On ne dit pas qu'un peuple est colonisateur dans son propre pays». Le gouvernement, rancunier, tenace, à la nuque raide, moins indulgent que les grands rabbins qui reprocheront à ce dernier son opiniâtreté dans son refus d'accepter Obama dans l'Alliance, lui réservera un accueil des plus glacials, en choisissant une mélodie chrétienne pour accompagner sa venue: «Reste où tu es, Obama, tu n'es pas des nôtres», exprime l'Etat judéen par le choix de cette musique. Les rabbins le regrettent, personne n'est foncièrement ni irrémédiablement mauvais, et tout un chacun peut s'amender et revenir de loin. Et Obama est reparti, déconfit, la tête basse, malgré une satisfaction de façade, sans avoir rien obtenu de nouveau.

 

 

 

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:26

Le gel du printemps révolutionnaire

 

La capture des soldats de l'Onu par les insurgés va-t-elle rendre ce pays plus intéressant aux yeux de l'opinion mondiale? Il semblerait que non. Nous lisons que mercredi, près de quarante personnes ont été tuées par des bombardements aériens sur la ville de Raqa, par le régime d'Assad fâché que la ville ait été prise par les insurgés. Que retient l'informé moyen de ces deux dépêches? Rien, justement. Et pourquoi rien?

Parce que, que ce soit voulu ou non, la situation qui veut que personne ne s'intéresse au conflit se perpétue. Il ressort en effet de ces deux événements que le «compte» est toujours à zéro. De quel compte s'agit-il? De celui qui pourrait faire qu'il y ait un conflit entre les bons et les méchants. Voyons cela de plus près : les insurgés kidnappent les observateurs de l'Onu… alors «les méchants», ce sont les insurgés? Oui, mais l'armée syrienne, toujours dans les mains d'Assad, fait des dizaines de victimes parmi la population qui se trouve sous la tutelle des insurgés. Alors, les insurgés sont du coup les victimes, les «gentils»?

Nous l'avons compris : un conflit n'a d'intérêt que s'il symbolise la guerre entre le bien et le mal. Si tout le monde est méchant, ou si tout le monde est gentil, il ne présente aucun intérêt. Considérons par exemple le conflit qui a déchiré l'ex Yougoslavie pendant des années. L'Européen de l'Ouest a du mal à saisir le fait que des pays comme la Yougoslavie, ou encore la Tchécoslovaquie, portent en réalité des noms composés.

Lui qui, alors qu'il était écolier, avait tellement de mal à les apprendre par cœur pour réussir sa composition de géographie, voilà qu'il doit réaliser tout à coup qu'il y a des Tchèques, des Croates, des Serbes et des Slovaques. Quand il apprend au journal télévisé que les syllabes de noms de pays se dissocient et qu'elles se font la guerre, c'est aussi invraisemblable pour lui que si on lui disait qu'il n'y a plus de Français, mais des «Frans» contre des «Çais»,  ou qu'il n'y a plus d'Allemagne, mais des «Alles» contre des «Magnes».

Pour ne pas trop persécuter le téléspectateur, les médias, en France notamment, ont eu beau faire passer au journal de 20h ou de 22h les douleurs de genoux du footballer X ou Y avant la tragédie en Yougoslavie, il n'en demeurait pas moins que le téléspectateur par la force des choses était assez agacé de voir les fastidieuses leçons d'histoire de son enfance s'imposer à nouveau devant ses yeux.

L'audimat montrait un certain désintéressement de la question, et beaucoup éteignaient leur poste après l'information sur la convalescence du mollet de tel ou tel marqueur de buts. Comme le Csa ne pouvait tout de même pas fermer les yeux sur de graves conflits qui secouaient l'Europe, une solution miracle a été trouvée pour forcer l'opinion à s'y intéresser, car tous ces pays, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro ou encore la province du Kosovo, ou encore un Etat Oustachi, ça faisait un mélange un peu étourdissant pour des gens rentrés du bureau et confinés devant leur poste avant d'aller dormir.

Désormais, on présenterait une version allégée, et on passerait à la guerre entre les méchants Slaves et les gentils Bosniaques. Drôle de choix, quand on pense que ce sont ces derniers qui ont prêté main forte aux forces des Waffen SS en s'y enrôlant massivement, sans compter que Tito, qui a drôlement pesé sur l'Occident, était lui aussi croate. Enfin, quoi qu'il en soit, on pouvait jouer sur les sentiments d'indignation et de compassion interpelés sélectivement chez le téléspectateur dans une présentation simplifiée et digeste de l'info.

Revenons à présent à la Syrie. Pourquoi n'y a-t-il pas eu de distinction arbitraire et artificielle comme ce fut le cas pour la Yougoslavie? C'est pourtant simple comme un match de foot. Si vous êtes pour les verts, vous hurlez de joie quand ils marquent un but et de désespoir quand ils s'en prennent un. Si vous êtes pour les rouges, c'est vice-versa. Mais si vous n'êtes pour personne, vous bayerez d'ennui, qu'il y ait ou non des buts.

Pareillement, si vous n'êtes ni pour Assad, ni pour les insurgés, le conflit ne vous intéressera pas. Certes, ce conflit a fait près de cinquante mille morts, et il peut paraître indigne de comparer le fonctionnement de l'intérêt pour le foot à celui de l'intérêt pour la guerre, sachant que le foot fait nettement moins de morts (cent au maximum et encore parmi les spectateurs) ; mais ce n'est pas à l'auteur de ces lignes qu'il faut reprocher le désintéressement et l'indifférence face à cette effroyable tragédie humaine.

Récemment, un certain Arafat (pardonnez-moi si j'ai oublié le nom de famille) est mort en Israël d'un arrêt du cœur, en prison. Le monde entier s'en est ému, et des enquêtes et contrenquêtes ont été exigées pour tirer au clair les raisons de son décès, et pour être sûr qu'il n'y avait pas eu de négligences, voire, pourquoi pas, de tortures. Eh oui! Un seul mort en Israël pèse plus lourd que plus de quarante mille déjà confirmés en Syrie. C'est normal. En Israël, la distinction entre les méchants et les gentils est on ne peut plus claire, même si elle prend une tournure de fin des temps, quand les nations se liguent contre le Créateur et son oint.

Le flottement, ou l'immobilisme qui empêche de désigner un camp des bons ou des méchants, en Syrie, est un revers tragique de la déception due aux fiascos de ce qu'on s'est empressé de nommer le printemps arabe. Le point commun avec le printemps saisonnier semble devoir se résumer au réchauffement uniquement. Pourtant, au début, il sentait bon la lavande, ou le jasmin, le renouveau, le réveil ou l'éveil.

Ah, les gentils révolutionnaires, qui se battent avec des fleurs et qui mettent en déroute les méchants dictateurs. J'ose cependant penser qu'en Tunisie, beaucoup étaient réellement motivés par de nobles intentions, mais que leur effort de démocratisation a été court-circuité et récupéré par l'obscurantisme. Comme tout paraissait soudain si facile! Tunisie, Egypte… et en avant! La Libye! Les dominos continuent de chuter.

Vivent les gentils insurgés, vivent le gentil Sarkozy et ses gentils intellectuels de cour dépêchés en éclaireurs éclairés sur le champ médiatique pour conditionner l'opinion! On était tellement certains qu'il n'y avait pas pire que Kadhafi, le campeur de la pelouse de l'Elysée, (dont le refus du confort a peut-être été directement inspiré par une scène d'un film des «Inconnus»…) Et pourtant!

Le fameux arsenal d'armement en grande partie français s'est retrouvé en vente libre dans tout le Maghreb et le Sahara, et a été récupéré largement par l'Aqmi (en vo: القاعدة في بلاد المغرب الإسلامي  ), déstabilisant jusqu'au bon Mali. Et puis, il y a aussi la Russie, qui a bien fait comprendre qu'elle ne permettrait pas qu'une incursion comme celle de Tripoli se produise en Syrie. Alors, entre l'axe Iran-Hezbollah-Assad, et entre les frères musulmans, et les Hassan et autres Hussein, plus effrayants que les frères Dalton, on préfère ne pas courir trop vite. Pas de bons, pas de méchants, le match est nul et tant pis pour les civils Syriens. Vu d'Israël, il est heureux que Hanan Porat n'ait pas donné l'occasion à Netanyahou et Sharon d'importer cette guerre civile jusqu'aux hauteurs du Lac de Tibériade.

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:25

Se souvenir d'Amalek, et des horribles exactions subies par les Juifs en exil, constitue l'observation d'un commandement explicite de la Torah. Le shabbat qui précède Pourim est appelé Shabbat Zakhor, le shabbat du souvenir, et la lecture du passage de la Torah qui relate l'agression par Amalek des enfants d'Israël à la sortie d'Egypte, ainsi que la répugnance qu'il inspire à D. pour toutes les générations, comme le mentionne explicitement le texte biblique, est un ordre non pas d'ordre rabbinique mais de la Torah. L'Etat d'Israël respecte ce commandement du souvenir. Même si on veut le définir comme laïc, l'effort de mémoire, de ne pas oublier la haine irrationnelle et ses conséquences tragiques, est une des affaires qui sont à l'ordre du jour. C'est d'autant plus étonnant qu'il se peut que la fidélité à ce commandement ne soit pas motivée par un sentiment religieux mais par les circonstances de l'histoire qui ont fait venir des jours sans espoir très peu de temps avant l'avènement de la souveraineté juive en Palestine. Et ce respect du commandement de Zakhor, souviens-toi, comme fatalement imprimé dans la conscience collective, voit le pays d'Israël s'installer dans une attente, où la motivation pour les jours de la rédemption s'estompe, et où une attitude passive en ce qui concerne la réparation de ce qui a été détruit avec le départ en exil de la montagne sainte fait qu'on en diffère activement l'échéance.

Il y a quelques mois, le gouvernement a annoncé que les voyages en Pologne au départ d'Israël allaient s'intensifier, et que les frais des billets et des séjours allaient être partiellement pris en charge par l'Etat pour les lycéens, de sorte que les élèves issus des milieux les moins aisés pourraient y participer, ainsi que ceux des classes moyennes, dont les parents ne devront plus qu'assumer une partie de leurs propres deniers. Mais pour quel motif? Qu'est-ce qui fait que le gouvernement et les différentes instances, de l'enseignant aux commissions parlementaires en passant par les proviseurs, s'attachent religieusement et consciencieusement à la réalisation du commandement «Souviens-toi de ce que t'a fait 'Amalek, en chemin, à ta sortie d'Egypte», précepte qui englobe toutes les vicissitudes subies par le peuple juif au cours de ses pérégrinations en exil? Ou alors, le peuple d'Israël a-t-il pris par la force des choses l'habitude, dans un monde où la misère, feinte ou réelle, est plus écoutée et persuasive politiquement que le glaive préventif ou défensif, de s'attacher au rôle de la victime inéluctable, comme si un chétif Etat d'Israël avait réellement été offert sur un plateau d'argent par les Nations Unies à des Juifs affaiblis de retour dans leur Palestine? Nous envisagerons également l'extraordinaire tendance, chez des Juifs de toutes obédiences, à faire en sorte que cette image de l'opprimé reste bien vivace, jusqu'à constituer, certainement inintentionnellement, un dernier frein à la victoire éclatante du retour d'Israël. Mais une véritable fermeté aurait certainement calmé les nations qui auraient trouvé la légitimité d'Israël tellement évidente que l'on n'aurait peut-être pas assisté à cette extraordinaire coalition qui pourrait n'être que la tentative ultime de guerre des nations contre le peuple qui a reçu la Torah.

Cette décision gouvernementale, qui a choisi d'officialiser et de répandre largement ce que l'on pourrait considérer comme de véritables pèlerinages à Auschwitz, a choisi le symbole de l'attitude amalécite par excellence. C'est là que s'est produite l'issue la plus tragique de la mésaventure de l'exil européen pour trois millions de Juifs polonais, et pour autant des contrées voisines. Orthodoxes ou intégrés depuis plusieurs générations, tous furent traqués, dans une telle haine que même des non-juifs furent poursuivis pour un arrière grand-père ayant appartenu au peuple d'Israël. Peut-être que les négateurs de la Shoah sont motivés tout simplement par une volonté d'étouffer l'importance du commandement qui vaut une lecture spéciale de la Torah ce shabbat, et d'en désactualiser l'impact.

Quant au jeune Israélien, né dans un environnement proche sécurisant, il risque de ne pas être capable d'apprécier à sa juste mesure l'ampleur de la haine qui remonte à la nuit des temps, l'époque prénatale d'Esaü – «C'est un fait, Esaü hait Israël» – et il peut s'imaginer que ce passé, pourtant récent sur l'échelle de l'histoire, pourrait être à dissocier du présent, et que sous un certain angle, l'organisation du peuple juif en un Etat n'aurait plus de raison d'être, les temps ayant changé et les nations s'étant pacifiées.

A l'instar d'un demi-million de ses compatriotes qui vivent à l'étranger sans y être nés, l'Israélien qui n'a pas connu la vie de l'exil risque de se dire que l'antisémitisme et ses dangers font définitivement partie des annales d'une histoire désormais obsolète. De la sorte, les pouvoirs sont conscients qu'il faut sceller en un contenu moral ou spirituel, et en une motivation autre qu'économico sociale, le sens de la vie israélienne. Ainsi, le catalyseur que représentent ces voyages extrascolaires, qui est certes fondé sur des motifs tangibles, consiste à inculquer dans la conscience des jeunes générations que l'Europe n'est pas si avenante que l'on pourrait le croire, quand vient se greffer à cet enseignement sur le terrain l'indifférence ou la complicité d'Etats paradoxalement coauteurs de la reconnaissance universelle des droits de l'homme.

Mais d'autres motifs, inavouables, peuvent rejoindre par d'autres chemins l'appréciation de ce qu'enjoint la Torah. Qu'est-ce qui peut motiver une décision gouvernementale précitée, qui interpelle tout l'éventail politique, hormis les minorités récalcitrantes tolérées? Si, dans le fond, l'âme du peuple veut la réalisation du commandement de ne pas oublier ce qu'a fait Amalek aux descendants des Hébreux pendant toutes les générations ; une considération stratégique de la doctrine sécuritaire n'est pas nécessairement absente: brader le Sinaï aux Egyptiens, garder ou brader le contrôle de Gaza ou du cœur de la terre d'Israël, tout est passé au prisme de la défense d'un intérêt assimilé par erreur à de la sécurité, alors qu'il s'agit très souvent de faire perdurer l'image d'Israël en tant qu'opprimé . De la même façon, se rendre en Pologne et constater de visu ce que les nations les plus éclairées sont capables de faire aux Juifs, revêt ici un double emploi: montrer aux nations que le rapport bourreau/victime est toujours saillant, et en transmettre le vif sentiment aux jeunes générations israéliennes, qui n'ont pas connu cette indicible horreur, et qui préfèreront ne pas négliger l'importance de leur Etat-nation, la situation risquant de se retourner à tout instant en étant à la merci d'une haine potentiellement renouvelable. On retombe donc sur le sionisme-refuge, sionisme d'a posteriori, bien moins noble que l'amour de la terre d'Israël offerte par D. à son peuple qui a reçu la Torah pour l'y réaliser dans toute sa dimension, qu'il y ait ou non danger ailleurs.

Il n'en demeure pas moins que cette image de la victime, que l'on peut reprocher à la direction politique israélienne de préserver et entretenir, reste justifiée, puisque les poursuites irrationnelles dont les Juifs ont toujours fait l'objet, de l'Espagne sous-développée à la laborieuse Allemagne, jusqu'à la Shoah, ont effectivement fait d'Israël la victime des nations, aussi bien en exil que dans son Etat boycotté et assailli de tous côtés. Ce qu'il convient de relever tout de même ici, c'est cet attachement à ne pas se débarrasser de cette image, au point de se mettre en péril pour la garder. Le gouvernement de Golda Meir a mis le pays en danger pour montrer au monde entier que les agresseurs étaient bien les pays avoisinants, surtout depuis que le «malentendu» de la guerre des Six jours, où les agressions arabes, comme le rassemblement des troupes de l'ennemi aux frontières d'Israël, les menaces d'anéantissement et la fermeture du détroit de Tyran ne constituaient pas un casus belli assez flagrant pour l'opinion mondiale. On a voulu aussi faire des cadeaux aux tueurs, pour bien montrer au monde la gentillesse israélienne, et à quel point les Olp et autres assassins n'ont aucune raison de nous en vouloir. On s'est même convaincus qu'en étant gentils avec eux, ils allaient regretter leur animosité injustifiée et peut-être même essuyer une larme.

Pourtant, cette conception n'est en rien une ruse ou une tactique politique. Elle est profondément ancrée dans l'inconscient collectif d'un peuple qui a vécu un exil bimillénaire, expérience inexistante et inconcevable dans la culture de tout autre peuple. Or, l'exil exerce une profonde empreinte chez celui qui l'a vécu ; il impressionne indéniablement les mentalités. Ainsi, de nombreuses similitudes font se ressembler deux générations nées en exil à un peu plus de trois mille deux cents ans d'intervalle.

Le caractère soumis forgé par la captivité en Egypte n'avait pas non plus facilité la tâche de la rédemption, et les esclaves libérés s'étaient révoltés non pas contre la dure condition qui avait préludé à leur libération, quand ils étaient opprimés, mais contre leur statut d'hommes libres à plus d'une occasion, quand ils se sont révoltés contre Moshé à plusieurs reprises en exigeant de retourner en Egypte: «Voici qu'ils m'ont mis à l'épreuve à dix reprises». Mais ne nous laissons pas aller à juger nos ancêtres les Hébreux à la légère. Les épreuves qu'ils avaient eux-mêmes endurées dans le désert auraient fait tomber plus d'un homme de notre époque moderne et blasée. Se retrouver avec femmes et enfants dans un environnement hostile, sans eau ni nourriture, ou voir s'avancer une armée entière qui s'apprête à écraser toute une population civile en frappant de l'épée toute tête qui pointe, alors qu'il ne semble pas du tout évident que la mer va s'ouvrir, a de quoi glacer le sang dans les veines de plus d'un homme courageux. Ce qui est reproché au peuple libéré, outre le manque d'une foi à toute épreuve dans les miracles, puisqu'il s'agit d'une époque où il fallait compter sur le miracle, c'est de ne pas fonder le cheminement de sa pensée sur le moyen d'aller plus loin mais au contraire sur le moyen de redevenir des esclaves "peinards" sans histoires. Le Saint béni soit-Il, à la dernière épreuve, quand le peuple se met à pleurer de rage – convaincu qu'il ne pourra pas vivre la réalisation de l'installation en terre promise – décide d'en finir avec les natifs d'un lieu qui n'en finit pas de leur servir de référentiel, et donne à une génération définitivement débarrassée de ce carcan quarante ans pour se reconstituer sur de nouvelles bases, non seulement physiquement, avec la liberté, mais également mentalement, avec la fin de la dépendance? Cette nouvelle génération du désert sera donc contrairement à la précédente débarrassée des chaînes spirituelles qui ont prolongé les chaînes matérielles et elle sera apte à se lever et de marcher sur la terre promise pour en prendre possession.

Donc, la génération d'aujourd'hui présente une analogie avec celle de la sortie d'Egypte sur le plan de ce blocage mental et de ce refus de s'affranchir de l'autorité et de l'opinion de ses anciens maîtres, européens pour la génération d'aujourd'hui, Egyptiens il y a 3325 ans. Dans les deux cas, une certaine prospérité a pu être de mise, mais toujours avec l'aval des non-juifs. Aujourd'hui encore, on ressent fortement la désagréable impression que les dirigeants de l'Etat d'Israël attendent toujours l'accord de leurs «patrons» américano-européens pour prendre les devants en cas de menace extérieure, par exemple, ou même pour se défendre, ou pour prospérer. «Regardez, on a encore bombardé nos villes, tiré sur nos civils et nos soldats. Un tyran fou est en train de s'équiper de l'arme nucléaire. Nous permettriez-vous de nous défendre, ou de contrattaquer?» Les réponses souvent évasives fusent après coup, avec les condamnations à l'Onu. Parfois, les dirigeants américano-européens s'inquiètent quand les Juifs – qui sont désolés de les déranger  – se multiplient sans que l'on puisse les limiter, tout comme les Egyptiens constatèrent que plus les Hébreux étaient opprimés, plus ils devenaient nombreux, à la différence près qu'aujourd'hui ils s'établissent de nouveau au cœur de leur terre promise et non sur une terre de captivité.

Il faut savoir cependant qu'une portion non négligeable du peuple d'Israël n'est pas sujette à la mentalité d'exil. En Egypte, beaucoup s'en étaient débarrassés très tôt. Les femmes, n'en déplaise aux féministes politiques qui cherchent toujours à critiquer le judaïsme, n'ont pas fauté par ce défaut et ne sont pas tombées sous le coup du serment divin interdisant à la génération du désert l'entrée en terre de Canaan, pas plus que la tribu de Lévi. Yéochoua et Calev se sont distingués d'entre tous les explorateurs. Puis, conscients de leur faute, des gens du peuple, les Ma'apilim, ont voulu s'amender, mais c'était trop tard. Ils devaient finir leur vie en exil.  Dans la génération sortie d'Europe (nous inclurons dans l'Europe ici l'Afrique et l'Asie, étant donné que ces deux continents étaient encore sous domination et gestion européenne au moment du retour d'Israël et de son indépendance). La génération de la sortie de l'exil d'Europe, plus de trois mille ans plus tard, possède aussi ses nouveaux Ma'apilim, qui en reprennent la désignation, et s'établissent en terre d'Israël en dépit du Livre blanc britannique. Une plaque commémorative, qui peut être citée ici pour exemple, a même été placée près du célèbre escalier des 154 marches de la plage de Netanya. Elle porte le titre de l'Alya de «Et bien quand même». Un réveil extraordinaire a fait bouger des dizaines de milliers de Juifs qui n'ont plus craint l'opposition des Nations, d'autant plus qu'il ne pouvait plus s'agir d'une révolte contre elles dès le vote en faveur du rétablissement du Foyer juif en Palestine. Si la Guemara (Ketoubot 103) rapporte que le peuple d'Israël a prêté le serment de ne pas monter en armée ni de se révolter contre les nations, et si on peut craindre de transgresser ces affirmations qui n'ont pas été relevées par la halakha, on ne peut que se féliciter de cette acceptation internationale.

Et pourtant, on sait que le peuple juif n'a pas unanimement œuvré pour concrétiser son retour en sa Palestine chérie, et qu'il ne s'est pas délesté de la mentalité forgée par son exil. Certes, concernant la génération de la sortie d'Egypte, il a simplement fallu, comme nous l'avons vu plus haut, qu'à ceux qui étaient nés esclaves se substitue une génération d'hommes nés libres. Mais à la sortie d'Edom, paradoxalement, l'élan extraordinaire de soif de libération nationale, ressenti en exil, semble s'essouffler précisément auprès d'une génération d'homme nés dans la liberté, au point de voir des descendants des libérateurs manifester main dans la main avec les ennemis d'Israël contre une barrière de sécurité, par exemple, ou contre l'expansion d'une localité juive orthodoxe.

Il convient donc de reconnaître que le mouvement de libération à toutes ses époques, même les plus fastes, est loin d'avoir fait l'unanimité de tout le peuple, et a pu également ne pas se poursuivre pleinement auprès des générations qui ont suivi. On peut constater là-dessus que les différentes sorties d'exil n'ont pas fait l'objet d'un référendum ni d'un vote remporté par la majorité, n'en déplaise aux partisans de la démocratie à tout prix. Commençons par la sortie d'Egypte. Le texte rapporte que seulement un cinquième ou un cinquantième des Hébreux sont sortis d'Egypte (L'exode). Au retour de Babylone, ils n'étaient que quarante mille (Talmud Kidouchin). Au retour d'Edom, l'auteur de Em Habanim Semeha, le Rav Tichtel, interné dans un camp de concentration, regrette l'attitude des maîtres de la Torah qui ont largement rejeté l'appel au retour en la mère patrie, notion perçue comme étrangère ; puis, comme ce fut le cas au retour de Babylone, ce ne sont pas les plus grands dirigeants spirituels et religieux qui ont pris les rênes du rétablissement en terre d'Israël, et malgré le ferme volonté qui a conduit à l'expansion économique et démographique du pays, même si les Juifs n'étaient que six cent mille lors de la proclamation de leur indépendance renouvelée, la lutte pour la libération de Jérusalem a été interrompue. Sans oublier que le Yichouv a enduré de lourdes pertes et subi les exactions de non-Juifs fanatisés, il faut reconnaître que la lutte a été suspendue aussi de l'intérieur, au point que les renforts arrivés par bateau avaient été coulés sous l'ordre du tout nouveau Premier ministre du tout nouvel Etat. Ce recul de la volonté de vaincre, inadéquat en cette période du retour d'Israël, a dû être partiellement compensé par un événement qui ne dépendait plus de la volonté du commandement politique ou militaire, avec l'avènement de la guerre des Six jours, casus belli sans lequel aucune démarche ou action n'eût été entreprise par aucun des partis de la Knesset. Le pouvoir recule encore avec la formule de la paix contre les territoires, avec les accords d'Oslo, qui n'ont pas apporté la paix, loin s'en faut.

Tout ce déroule comme si le peuple juif s'effrayait de son destin, de sa rédemption, comme s'il était épouvanté par un processus vertigineux auquel il ne pouvait être habitué. 400 ans d'exil en Egypte ont pu être surmontés en passant à une génération nouvelle, mais 2000 ans d'exil d'Edom, c'est trop pour l'entendement humain. Plusieurs générations sont nées libres, mais elles ne parviennent toujours pas à se débarrasser de cette mentalité de soumission. On continue à aimer l'exil, à vanter les mérites de la «marmite de viande» que l'on pouvait contempler dans les vitrines égyptiennes, mais dont on ne mangeait pas. Ce qui se trouve à l'étranger suscite admiration et passion, mais ce qui est en Israël est à peine regardé. Un jour, à l'aéroport d'Orly, je me suis retrouvé devant un jeune Israélien dont le visage exprimait l'extase. Au début, je n'ai pas voulu abîmer sa félicité béate. Mais, ayant perdu un peu patience dans une file qui n'avançait pas, je me suis vengé de la lenteur du service des douanes sur cet innocent. Je lui ai demandé s'il se réjouissait de revoir des parents ou des amis chers, et il m'a répondu qu'il allait voir la tour Effel, et même y monter. Je lui ai alors demandé s'il y voyait un motif particulièrement réjouissant, ce qui a provoqué une sorte de déconfiture étonnée sur ses traits. La file s'est enfin décidée à avancer, mais il ne fut qu'à moitié rassuré quand je lui ai pourtant certifié que d'une certaine façon, on pouvait se réjouir d'un tel motif.

Or, D. connaît la mentalité de son peuple. Nous avons vu que la génération de la sortie d'Egypte voulait à la moindre difficulté retrouver ses chaînes, l'esclavage lui ayant paru bien plus tranquille que la liberté. Il sait aussi qu'une génération plus tard, cette tendance avait été effacée, mais que le cas est bien plus préoccupant à l'époque que nous vivons, quand l'extinction de la fin de la vieille génération n'insuffle plus à la nouvelle un vent de liberté, et ce qui a fonctionné pour l'après-Egypte ne fonctionne plus de la même façon à l'époque de la sortie d'Edom.  

Aujourd'hui, aucune des variantes de la mentalité juive ne va dans le sens de la rédemption, pas même le public qualifié de sioniste religieux, et une attitude stratégique d'acceptation de la présence massive de leurs ennemis sur leur terre se transforme en une nouvelle nature. Le dialogue donne des résultats singuliers: ils vous diront que cette présence hostile ne les dérange pas, «du moment qu'ils acceptent la souveraineté d'Israël et qu'ils se montrent reconnaissants pour le bienêtre que leur procure cette proximité avec lui.» En insistant, ils vous diront qu'il ne faut pas généraliser, ou qu'ils finiront bien par reconnaître qu'ils n'ont aucune raison d'haïr les Juifs, ou encore que le peuple d'Israël n'est pas encore prêt à s'indigner et à se révolter. En revanche, ils travaillent au rapprochement entre les différents modes de vie israéliens, et servent dans une large mesure de trait d'union entre les laïcs et les orthodoxes.  Mais percevoir ou non la rédemption n'est pas une attitude passive, car elle implique que l'on œuvre dans son sens ou à contresens. Rester en exil pour de nombreux rabbins d'avant la seconde guerre mondiale a immanquablement affaibli l'importance du retour en Palestine, en laissant de surcroît une idéologie laïque y occuper le vide ainsi laissé. Pour l'Etat juif en général, la remise de la clé du mont du Temple à des étrangers lui a permis de ne pas se regarder en face, devant une esplanade qui n'attendait que le retour de ses enfants. Ils peuvent se prévaloir d'une attitude qui se cache derrière une réalité nouvelle: «Que voulez-vous que l'on fasse? Il y a déjà des gens!», peut-on facilement soutenir. C'est chose commode que de laisser les ennemis sur le Mont du Temple en se persuadant que c'est pour cette raison qu'il n'est pas reconstruit. Faire vider les lieux pourrait en effet être comme une invitation à réaliser ce que l'on doit.

Pourtant, les responsables de cette autre religion avaient déjà préparé leur départ, sentant bien que le propriétaire était rentré chez lui. D'autres symptômes ont marqué cette manière de ne pas s'impliquer dans la restauration de la splendeur des temps des rois David et Shlomo. L'aide de la Haganah avait été refusée en 1929 à Hébron. Sachant qu'un seul coup de feu tiré par une patrouille britannique a suffi, mais trop tard, à disperser des émeutiers musulmans galvanisés par le pogrom qu'ils étaient en train de perpétrer, on peut se représenter quelle eût été la situation d'Hébron aujourd'hui si l'organisation de défense juive y était restée. D'autres se placent en observateurs passifs, laissant les décisions à des politiciens qui n'ont pas ou plus foi en la rédemption même uniquement géographique du peuple juif. Ou alors, quand ils s'organisent en formations politiques, c'est, comme ils l'affirment, uniquement pour défendre leurs droits qui n'étaient pas honorés quand ils ne faisaient pas le poids. Pire, ils abondent dans le sens de décisions qui font reculer l'hégémonie et la présence juives au cœur de la terre d'Israël. Ne pas prendre part à l'édification de l'Etat parce qu'on a décidé que le temps de la délivrance n'est pas encore venu signifie que l'on diffère cette délivrance. Quant au sionisme non religieux, il implique une rédemption physique qui n'oblige pas toujours la récupération de Jérusalem: on accepte des lignes de cessez-le-feu en rechignant sur les armes apportées par l'Altalena qui auraient pu permettre de poursuivre la lutte pour libérer Jérusalem ; et quand Jérusalem est libérée, on fait cadeau de son centre à des ennemis jamais transformés en amis.

Le refus actif d'oublier Amalek, s'il ne relève pas nécessairement de la volonté de s'acquitter d'un devoir religieux, ne s'inscrit pas non plus dans une tactique selon laquelle Israël se complairait à se placer en éternelle victime, pour en tirer un quelconque intérêt. Cet attachement à perpétuer par des visites officialisées en Pologne le souvenir des vicissitudes de l'exil et, par extension, à se maintenir dans une attitude dénuée de combativité, semble plutôt être la conséquence d'une trop longue errance qui a marqué les esprits à un tel point qu'il leur est difficile de s'en libérer. «Il arrivera un temps où il n'y aura plus de volonté.»  -Kohéleth 12, 1). Le peuple d'Israël est ressorti physiquement de l'esclavage des nations ; il lui faut encore s'en sortir mentalement et spirituellement.

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:17

Vous est-il déjà arrivé de voir notre tradition prise pour une légende? Cette considération peut provenir même de personnes qui voient le judaïsme d'un œil favorable, et qui peuvent tout simplement vous souhaiter une bonne fête tout en ajoutant sans la moindre intention cynique: «J'éprouve beaucoup de respect pour les légendes de votre culture». Par ailleurs, nous avons nous-mêmes bien du mal à localiser avec précision les événements qui ont fixé pour les générations à venir la fête de Pourim, du «sort», dont l'origine semble se noyer dans la nuit des temps, et la rapprocher bien à tort dans notre entendement aux mille et une nuit. Certes, récemment, l'un des plus grands ennemis d'Israël, descendant des Perses ou des Mèdes, a attesté l'authenticité de l'origine de notre tradition, en s'insurgeant contre une pratique qui célèbre la mort de centaines des compatriotes de ses ancêtres.

Nous sommes aujourd'hui en l'an 5773 (inutile de compter d'après l'ère «vulgaire», elle est trop jeune et les calculs marchent à l'envers, avec des soustractions à n'en plus finir). Nous n'indiquerons ici que les dates du calendrier «d'après lequel nous comptons», (שאנו מונים בו  ), comme on le dit dans la tradition, ce qui nous permettra de nous repérer dans le temps, et de bien saisir la distance temporelle qui nous sépare de l'origine de Pourim, dont le texte de la prière veut que nous réitérions, chaque année, notre vœu de voir le verset de sa chronique, «Et il y eut un renversement, quand les Juifs dominèrent eux-mêmes leurs ennemis», se réaliser de nos jours.

L’exil de Babel et la destruction du Premier Temple ne se sont pas produits simultanément. L’exil est en effet antérieur de 11 ans à la destruction, lorsque Nabuchodonosor exila Ieconia, le roi de Judée, en 3327. L’exil, prédit par Jérémie, devait durer au total 70 ans. Les rois perses et mèdes surveillèrent de près ces événements, bien déterminés à démentir la prophétie. Daniel, lui aussi, chercha à en déterminer l’issue, mais dans le but de savoir à quel moment exactement cette épreuve nationale prendrait fin. Mais aucun des « calendriers » fixés par Assuérus, Balthasar ou Daniel ne s’avéra exact.

Le premier roi à s’être fourvoyé fut donc Balthasar, qui remplace le successeur de Nabuchodonosor (Evil Mérodakh). C’est en effet avec ce dernier, en 3319, que commence une ère nouvelle, celle de la royauté de Babylone. Le royaume des Perses est le reflet fidèle de la grande puissance de l’époque, dont l’apogée couvre une surface impressionnante, qui englobe 127 contrées, les guerres les plus lointaines d’où les armées revinrent victorieuses s’étendant jusqu’à l’Inde à l’Est et l’Erythrée au Sud.

En 3389, soit 70 ans plus tard, Balthasar se réjouit de voir s’évanouir le rêve de rédemption du peuple juif, et organise un grand festin. Mal lui en prend, et une vision cauchemardesque signera son arrêt de mort. Une main, comme détachée d’un corps, inscrit sur la chaux du mur du palais royal quelques mots indéchiffrables, au beau milieu de cette somptueuse réception, juste au moment où ce roi se permet d’étaler les richesses du Temple de Jérusalem pillé.

Alors que les doigts écrivaient, le roi fut bouleversé et sa figure se décomposa (Daniel V). Aucun des sorciers ni des sages ne purent en déchiffrer le sens. Il promit une fortune à celui qui lui en donnerait le sens. Daniel, connu du père du roi, Nabuchodonosor, fut aussitôt appelé et introduit auprès du roi, dont il refusa les dons qu’il lui somma de garder pour lui. Il comprit immédiatement ce que l’inscription voulait dire: « compté, pesé, et les Perses ». Les jours de Balthasar étaient comptés, son jugement soigneusement pesé, et le royaume perse considéré comme trop léger et voué à une fin proche; les Mèdes allaient prendre la relève. Balthasar s’était trompé, les 70 ans ne correspondaient pas au pouvoir de sa dynastie. Il n’y avait pas lieu donc d’«offenser le Maître du Ciel » (idem V, 22).

Pourtant, le calendrier de Daniel des 70 ans d’exil devait expirer un an après celui de Balthazar, en 3390. Il est bien évident que ses intentions étaient radicalement opposées à celle du roi qui voulait réfuter la vérité des prophéties; alors qu’il cherchait à l’incriminer, Daniel espérait en la rédemption. La date de départ fixée par Daniel coïncide avec le début des souffrances endurées en Judée du fait du pouvoir perse, soit un an après l’avènement de celui-ci, quand les vagues de l’exil ont commencé.

Cependant, en 3390, un espoir est né: c’est la Déclaration Koresh, (Cyrus), qui autorise la reconstitution du foyer juif en « Palestine », mais surtout, qui donne aux Juifs l’autorisation officielle de reconstruire le Temple de Jérusalem. Les travaux commencent aussitôt, mais les bâtisseurs sont contraints de manier la truelle d’une main et l’arme de l’autre (Ezra I). Malheureusement, Koresh est tué en 92 et le gel de la construction est décrété en 93 (Ezra IV, 2-6).

Vient Assuérus, personnage qui nous est quasi familier, car nous écoutons le récit des événements le concernant religieusement deux fois par an (ou quatre, si nous passons le 15 adar à Jérusalem ou Hébron). La troisième année de son règne, il organise un festin extraordinaire, 150 jours. Tout le monde y est convié, et les Juifs ont droit à un service super cachère. Nous faisons moins attention à sa localisation temporelle. Il n’est question ni de contes, ni de légendes et ces événements historiques se déroulent à des dates bien précises. En 3392 de l’ère hébraïque, qui ne s’encombre pas de comptes à rebours, Assuérus prend le pouvoir. Il s’attend à la fin de l’exil de Babel. En effet, pour lui, il ne reste que trois ans. Entretemps, il exécute son épouse, et entreprend de se remarier etc., et ce n’est pas par hasard qu’il choisit l’année 3395 pour organiser ces festivités, soit 68 ans (et non pas 70) après le début de l’exil de Mardochée (se fondant sur la transition entre les royautés des Perses et des Mèdes, il se trompe de 2 ans).

La participation des Juifs à ces mondanités est considérée comme un crime, la nourriture cachère ne rend pas cachère à son tour la célébration de la défaite (certes supposée) du D. d’Israël. Cette embuche (cachère) n’a pas été claire pour tout le monde. Le 13 nissan  3404 s’ensuit une terrible décision, celle de détruire les Juifs où qu’ils se trouvent. Mais la situation est renversée et ils sortent victorieux, écrasent leurs ennemis, et célèbrent pour la première fois en 3405 la fête de Pourim, il y a 2366 ans. En 3406, Assuérus meurt et laisse sa place au dauphin, Darius, son fils qu’il a eu d’après la tradition avec Esther.

Le gel de la construction en Judée est annulé en 3408 (Haggai II, 18). En 3412, les travaux sont terminés, et Ezra fait son Aliya. En 3425, Néhémie est nommé pacha, gouverneur, de toute la terre d’Israël. Les 70 ans de cet exil se sont donc écoulés à partir de la destruction du Temple en 3338 pour s’achever en 3408 avec la dernière ligne droite des travaux de reconstruction, avec le Second Temple qui allait se maintenir 420 ans. A suivre…

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 12:36

IMG_1198.jpgSi les petits partis devaient être éliminés par le seuil d'éligibilité, d'autres, un tout petit peu plus gros, ont pris la relève.

Les tractations pour la formation du nouveau gouvernement vont bon train. Le Premier ministre a tenu une conférence de presse avec Tzippi Livni, mardi 19 février 2013. Elle est l'ancienne patronne du plus grand parti de la précédente Knesset. Ils viennent en effet de signer un accord en vue de la prochaine coalition gouvernementale.

La politique ne tourne pas rond ; et on tourne en rond

Aujourd'hui, il n'a fallu donc à l'ex dirigeante politique que six sièges sur cent-vingt pour obtenir le ministère de la Justice, et la direction des pourparlers avec les terroristes du Fatah, négationnistes au sens large (Shoah, droit d'Israël à l'existence etc.), mais toujours considérés par Netanyahou comme partenaires de la paix, en dépit des discours enflammés et déterminés du Premier ministre suite à  l'adhésion d'une Palestine non-juive à l'Onu, proclamée par le boucher de Ma'aloth.

Nous nageons par conséquent dans une criante incohérence politique qui ne fait que continuer. Le seuil d'éligibilité, qui est de 2% aujourd'hui, a été arbitrairement établi pour empêcher des petits partis de faire la loi et d'obliger les grandes formations politiques à se plier à leurs revendications. Son principe a été défini au cours d'une conversation entre Ben-Gourion et Pinhas Rozen, au début des années 50. Quand les partis religieux risquaient de monter au créneau et de se montrer trop exigeants, les grands partis, Mapaï et les Sionistes généraux, en 54, lors de la mise en place de la coalition pour la cinquième Knesset, ont tenté d'élever à 4% le seuil d'éligibilité.

Ce qui voulait dire que les formations n'atteignant pas l'équivalent de 5 députés seraient d'emblée réduites au silence. Mais les progressistes refusèrent pour finir une telle condition et le vote fut reporté à plus tard, pour être avorté. Si le seuil d'éligibilité a longtemps été d'un pour cent, c'est-à-dire un peu plus haut que le nombre de voix nécessaire à l'obtention d'un siège au parlement, il est monté à 1.5% au cours de la treizième Knesset, celle qui a succédé au gouvernement de rotation entre Pérès et Shamir. L'inflation s'est ressentie une fois de plus au moment des élections de la dix-septième Knesset. Le seuil s'élève depuis à 2%.

Il faut donc obtenir un score de l'équivalent de 2.4 sièges pour avoir droit au chapitre démocratique. Bien entendu, les gagnants sont les gros poissons, qui se partagent entre eux la dépouille des petits. Bien sûr, pourrait-on objecter, on ne peut pas faire siéger à la Knesset concrètement ce 0.4 siège, soit quatre dixièmes d'un être humain.

En effet, peut-on admettre, en trouvant cette évidence logique et donc admissible. Pourtant, cela signifie clairement que si vous atteignez effectivement ce seuil, en obtenant l'équivalent par exemple de 2.5 sièges, vous vous ferez souffler 20% de votre poids électoral. Inutile de préciser que si vous obtenez tout juste l'équivalent d'un député, et même de deux députés, la démocratie telle qu'elle est configurée vous fera taire.

Ce qui est aberrant, c'est que personne n'a jamais exigé que le nombre de députés soit revu à la hausse. Si 120 députés représentaient 3 millions d'habitants, voici environ trente ans, ils en représentent aujourd'hui plus du double. Ne pourrait-on pas considérer ce phénomène comme la division par deux du fameux pouvoir du peuple? Plus on est nombreux sur un député, moins il y a d'affinités entre le pouvoir et les électeurs. Quoi qu'il en soit, 29 000 électeurs n'ont un pouvoir démocratique à proprement parler que s'ils ont voté pour une formation qui a obtenu au moins presque trois fois leur nombre, puisque les 66 840 électeurs d'Arié Eldad sont considérés comme nuls et non avenus.

Par contre, le nombre des ministres a, quant à lui,    augmenté progressivement. Forcément, puisqu'il ne concerne plus directement la représentativité du peuple mais le besoin de régner d'élus qui font abstraction de ces mêmes électeurs dès qu'ils n'ont plus besoin de lui à court terme.

Le 23ème gouvernement (12ème Knesset) comptait 21 ministres, plus 6 sans portefeuille, et le 24ème (12ème Knesset, Shamir) en comptait 22, plus un sans portefeuille. Le nouveau poste fut celui du ministre des Affaires de Jérusalem. La 14ème Knesset (27ème gvnt), en 1996 avec Netanyahou, compte toujours 22 ministres, si on omet le nouveau ministre préposé au secteur arabe, Moshé Katzav. Mais voyons ce que fait le Premier ministre du 28ème gouvernement, Ehoud Barak. (15ème Knesset). Il fait passer à 25 le nombre des ministères, tractations obligent, puisqu'il n'avait pas assez de postes pour tout le monde.

Sur l'heure, Netanyahou vient donc de mettre la présidente d'un parti de 6 députés à la tête d'un ministère de taille, puisqu'il s'agit de celui de la Justice. Il n'en est pas à sa première expérience dans ce domaine. Ehoud Barak avait gardé le poste de ministre de la Défense – n'oublions pas que c'est lui qui (ne) signe (pas) les autorisations de construire dans toute la région de Jérusalem libérée à la guerre des Six jours et de la Judée et Samarie, pour les Juifs, bien sûr, les autres n'en ayant pas besoin – après s'être retrouvé à la tête d'un parti de 5 députés, Atsmaout.

L'avenir nous dira, s'il y parvient, de quelle manière Netanyahou aura formé sa nouvelle coalition, qui doit être la plus large possible, et qui, si on reprend les termes de la conférence de presse de ce soir, ne semble pas devoir suivre la voie des pionniers du recouvrement d'Israël de ses droits ancestraux sur sa terre, ni se conformer à la charte et aux principes du Likoud, puisqu'il a réitéré son intention du fameux discours de Bar-Ilan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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