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21 mai 2019 2 21 /05 /mai /2019 20:30
Ariel Sharon en fév. 94, prend part à un grand rassemblement à Kiryat-Arba-Hébron

Un grand débat s'articule autour de la formation du gouvernement de Netanyahou et de son intention de faire voter un amendement visant à restituer aux dirigeants élus l'immunité parlementaire minimale pour diriger le pays selon la volonté du peuple, retirée aux élus en 92. Toutefois, depuis 77, nous assistons à de l'activisme judiciaire qui écarte du pouvoir ceux qui dérangent les juges ou qui les fait marcher au pas. l'un n'empêche pas l'autre cependant, et nous verrons comment, de Rabin à Sharon, les dirigeants sont disqualifiés avant d'entrer dans les rangs. Netanyahou résistera-t-il à cette avalanche de dossiers établis à dessein contre lui? 

Réactivité variable du système judiciaire

Le 3 juin 74, Rabin remplace Golda Meir à la tête du gouvernement de la huitième Knesset. Il devient le cinquième Premier ministre de l'Etat d'Israël et établit le dix-septième gouvernement. Puis, suite à une motion de censure déposée le 14 déc. 76, et à l'abstention pour laquelle optent les ministres du parti National religieux, Rabin décide de les considérer comme démissionnaires. En conséquence, le 20, il présente au président sa propre démission. Mais il conserve son poste avantageusement, car il dirige un gouvernement de transition, jusqu'au 17 mai 77, ce qui le met parlementairement à l'abri d'un nouveau vote de désapprobation. Ensuite, Rabin vainc Pérès une deuxième fois à la tête du parti travailliste et se trouve en bonne position pour prolonger son mandat suite aux élections de la neuvième Knesset qui approchent.  

Mais la rédaction du célèbre Haaretz ne l'entend pas de cette oreille. Dans l'édition du 15 mars 77, le journaliste Dan Margalit, qui n'est pas encore ce dinosaure bien connu de la profession, dévoile l'affaire des comptes en dollars. Le couple Rabin (Yitzhak et Léa), détient un compte aux Usa avec un crédit de 30 000 $. La loi du contrôle des devises étrangères l'interdit. Le ministre du Trésor, Yéochoua Rabinovitz, estime que Rabin doit payer une amende, ce qui lui épargnera un acte d'accusation.

Mais le Conseiller juridique du gouvernement estime que l'affaire relève des compétences du Parquet. Retenons bien son nom : Aaron Barak. Quand celui-ci apprend que Rabin entend renoncer à son poste de Premier ministre, il minimise l'affaire et se contente de mettre en examen son épouse (ce qui sauve d'office l'éligibilité du précédent) non sans soumettre l'époux au règlement d'une amende. Rabin annonce publiquement à la télévision sa démission, le 7 avril 77. Qui le remplace? Facile : Pérès. Dans son livre autobiographique, «Carnet de service» paru en 79, Rabin lui attribuera le sobriquet qui ne le lâchera plus par la suite : «le subversif infatigable».

[Soit dit en passant, Rabin l'affublera d'un autre surnom, «le serpent», au cours des deux derniers mois de sa vie, période elle-même qualifiée de «lune de miel» entre les deux hommes politiques. Il répondra à la question du journaliste Meir Flavski : «Comment se porte le serpent» : «Il mord toujours».]

Il n'est pas inutile de préciser que l'affaire des dollars ne s'est pas arrêtée sur la simple personne de Rabin. Une autre personnalité de la scène politique, et non des moindres, a elle aussi ouvert un compte en dollars à l'étranger. Aba Eban y détient à son avantage la somme de 300,000 $. Rabin voit juste quant au risque nul qu'encourt Eban : «Ils le laisseront tranquille, il est des leurs». Précisons encore que Rabin, dans la dichotomie entre colombes et faucons, avant qu'il ne n'en reste que des vrais, était à cette époque considéré comme l'aile dure du Ma'arakh (parti travailliste).

 C'est dire s'il n'était pas dans les petits papiers de son conseiller juridique.

Nous retrouvons Rabin, ministre de la Défense, dans le gouvernement de coalition sous l'égide de Shamir. Face à la recrudescence de la violence arabe contre Israël, c'est lui qui dira à l'intention des émeutiers les plus nocifs, en 87, qu'il faut «leur briser les mains et les pieds». Concernant l'expulsion au Liban de 400 terroristes, en 92, il répond au recours déposé par «l'Union pour les droits du citoyen», en qualifiant celle-ci d'«Union pour les droits du Hamas». Il campera sur ses réticences, et n'affectionnera jamais les terroristes de l'Olp. «On prendra un cachet contre les vomissements», répondra-t-il en 93 à la question sur sa prédisposition à serrer la main d'Arafat. Les retransmissions tristement célèbres montrent bien que Rabin ne l'a pas fait de gaité de cœur, contrairement à son rival en quasi extase. Puis il dira, en 94, au sujet de la limitation des prérogatives de l'autonomie arabe en terre d'Israël : «Si nous accordons à Arafat un Etat bien à lui, il aura vite fait de prendre en passant le nôtre.»

Rabin semblait s'appuyer sur la rivalité entre les factions terroristes de l'Olp et du Hamas, quand il déclara en mars 94, que la police de cette première organisation : «s'occuperait des terroristes du Hamas sans Cour suprême et sans Betselem». Quand Moubarak, l'Egyptien, obtenait de bons résultats contre le terrorisme, dont il se flattait en racontant qu'il leur rasait leurs maisons, ce qui laisse probablement sous-entendre qu'il le faisait par quartiers entiers, Rabin avait rétorqué qu'il n'avait affaire ni à «Bestselem ni [à la] Cour suprême».

S'est-il plongé dans cette aventure politique invraisemblable des accords intérimaires ou d'Oslo par résignation, en faisant fortement allusion à l'institution qui détient véritablement les rênes du pays, institution qui entrave la liberté de mouvement et d'action des élus contre les ennemis du pays, comme il l'avait personnellement éprouvé en 77[1]?

Aaron Barak

Quoi qu'il en soit, que Rabin se soit ou non senti contraint d'introduire en Israël l'Olp, le Fatah et autres produits dangereux, les électeurs israéliens ont été majoritairement guéris de leur rêve de : «C'est avec ses ennemis qu'on fait la paix». Ce qui peut paraître curieux, c'est que, malgré le principe qui veut que les mêmes erreurs conduisent aux mêmes résultats, l'électeur moyen n'a pas tenu compte du précédent de Chamberlain et des accords de Munich, fin septembre 38. C'était pourtant bien là un accord «avec ses ennemis», avec toutes les concessions «très» douloureuses qui s'imposent, qu'il avait signé avec l'Allemagne, et, tout comme le sort de la Tchécoslovaquie fut alors bradé, les accords intérimaires du Proche-Orient prévoyaient au minimum une certaine précarité pour les habitants juifs de Judée-Samarie. A moins que l'électeur moyen n'ait pas été au courant pour les accords de Munich!?!

En tout état de cause, la terrifiante réalité du chaos consécutif au doux rêve de la paix, allait rendre désormais moins évidente la poursuite de l'imposition de cette complaisance politique envers les organisations terroristes par les urnes. Le sentiment d'intransigeance envers les habitants juifs des régions libérées suite à la guerre des Six jours, n'allait plus être si aisément acquis à la cause du repli territorial volontaire. Les dirigeants qui avaient fait miroiter une drôle de paix au peuple en 92 n'allaient plus pouvoir compter sur les voies de la démocratie pour maintenir leur pouvoir.

Effectivement, le militantisme des médias ne parvient pas à faire élire Pérès lors des élections pour la quatorzième Knesset, le 29 mai 96. Les médias ont bien tenté d'en faire à l'avance le gagnant avec les sondages, ce qui a poussé notamment des groupes religieux à s'organiser en collectifs pour négocier et implorer son indulgence en échange de leur soutien – ce qui avait alors provoqué la réaction courageuse du grand rabbin Mazouz, sommité proche du Rav Ovadia Yossef, qui avait alors déclaré que c'était une interdiction de la Torah que de voter pour Pérès – mais sans succès.

Aaron Barak, de son côté, n'est pas resté les bras croisés. C'est comme s'il avait anticipé la fin de la crédibilité de la fantaisie d'un échange entre la paix et le sol. En 95, il obtient le poste de président de la Cour suprême, qu'il occupera jusqu'en 2006. Les nominations de juges sous sa houlette provoqueront de nombreuses protestations, les critères de sélection étant régis selon bien des observateurs par la méthode d'«un ami en apporte un autre».

Une autre démission ministérielle est à l'actif de son équipe. Juge de la Cour suprême dès 78, Barak prend part à la commission d'enquête d'Etat[2] dont les conclusions sont publiées en février 83 sur les incidents de Sabra et Chatila, suite aux exactions sanglantes des forces libanaises contre lesdites localités. Bien que les faiseurs d'opinion de l'étranger établissent un raccourci entre cette affaire et Sharon, à qui on reproche de n'avoir pas prévenu et empêché ce massacre, ce n'est pas la pression internationale qui l'a poussé à démissionner, mais bien les conclusions de ladite commission. Sharon occupait alors le poste de ministre de la Défense. D'aucuns diront que cette destitution le verra revenir au pouvoir en tant que Premier ministre (Ouri Dan, l'un de ses proches, avait alors déclaré, environ vingt ans auparavant : «Celui qui n'en veut pas comme ministre de la Défense l'aura comme Premier ministre») mais qu'à cela ne tienne, il sera attendu au tournant, et virera, comme Rabin, à l'extrémité de l'extrême gauche.

Pour Barak, tout est justiciable – 17 mars 92 : le tournant

Barak considère que la Knesset lui est subordonnée. La législature a des comptes à rendre au pouvoir judiciaire. La magistrature n'est pas chargée de requérir la justice au nom de l'Etat mais contre l'Etat[3]. Seulement, son pouvoir n'est pas assez étendu pour lui permettre de mettre en pratique son principe. C'est en 92 qu'il se met à œuvrer plus intensément pour l'élargissement des pouvoirs des juges. Il comprend qu'il doit faire passer deux lois fondamentales : la dignité du citoyen et le libre droit d'entreprise.

De Klinghoffer à Rubinstein, la révolution constitutionnelle étouffée dans l'œuf trente ans plus tôt s'impose

Il ne convient pas de voir en ces lignes une interprétation ou un jugement de valeur à endroit d'Aaron Barak, car c'est un combat qu'il revendique personnellement : «La révolution constitutionnelle» (המהפכה החוקתית). Mais c'est en 95, depuis qu'il devient président de la Cour suprême qu'il peut concrètement se mettre au travail et donner libre cours à son activisme juridictionnel. Il ne s'agit plus de se contenter de donner un sens à la loi, mais de la définir, de la modeler à l'image de ses conceptions, quitte à invalider des lois qui seraient selon lui incompatibles avec les lois fondamentales. Il concurrence la Knesset. 

Aux fins de concrétiser cette aspiration, Barak obtient de celle-ci le vote de deux nouvelles lois fondamentales. La manœuvre peut passer pour anodine à première vue. La première loi s'intitule donc : «La dignité de l'homme et sa liberté», la seconde : «La liberté d'entreprise».

La tentative de 92 n'est pas une idée nouvelle. Déjà, en janvier 64, le membre de la Knesset Yitzhak Hans Klinghoffer, du Bloc de la liberté des libéraux (גח"ל = גוש חרות ליברלים), mais avant tout professeur en droit de l'Université hébraïque, avait envisagé de proposer ces lois fondamentales, qui ne furent pas du goût de l'autorité législative, bien que son initiateur se fût montré rassurant dans son discours :

«Je ne pense pas non plus qu'il puisse exister une loi, quelle qu'elle soit, qui se situe au-dessus du "législateur habituel". Il n'y a pas deux législateurs. Nous n'avons qu'un parlement, et, à mon avis, il est impossible, par le biais d'une loi de la Knesset, de limiter son droit de légiférer, et, s'il se trouvait un alinéa en ce sens, la Knesset serait en droit, je pense, de décider sur la base de la majorité simple d'annuler cet alinéa qui limiterait son bon droit».

C'est presque trente ans plus tard que l'idée réapparaît, à la différence près que, cette fois-ci, c'est la bonne. La révolution marque son territoire.

Lors du mandat de la dixième Knesset, le parlementaire Amnon Rubinstein reprend la proposition de loi de Klinghoffer, sans mettre de gants : «Cette proposition a aussi pour but de restreindre le parlement. Elle vient aussi bien défendre le citoyen d'une législation venue bafouer ses droits basiques, et c'est l'idée qui se tient derrière le terme de constitution. Le sens même du terme constitution signifie la limitation et le blocage de la souveraineté toute puissante de la Knesset en tant qu'institution légiférante.»

Sa proposition est rejetée, mais il ne se décourage pas. Il s'adresse au ministre Dan Meridor, qui traite sa demande au sein de la commission législative de la douzième Knesset (88-92). Les deux lois fondamentales sont débattues sous la direction du président de la commission, Ouriel Line qui, pour finir, fait passer cet amendement fondamental le 17 mars 92 en deuxième et troisième lectures, par 32 voix pour et 21 voix contre.

Il aura cette antiphrase, qui exprime le contraire de ce qu'elle implique : «Nous ne renonçons pas à la prépondérance [du pouvoir légiférant] en faveur du tribunal de haute instance. Il ne s'agit pas de mettre en place un tribunal apte à invalider des lois.»

C'est pourtant bien cette démarche qui permettra au tribunal de considérer comme non raisonnables des lois de la Knesset. Déjà en 90, Aaron Barak, alors simple juge du tribunal de haute instance, minoritaire cependant dans le dossier 142/89 traité par la Cour suprême, affirmait que rien n'empêcherait le tribunal de remettre en question des lois de la Knesset, même sans que cela ne soit explicitement prévu par la loi :

«Sur le principe, dans une société démocratique, le tribunal peut prononcer l'invalidité d'une loi, si elle est essentiellement en contradiction avec les principes fondamentaux du système».

Mais dès 92, il suffit alors, d'après l'approche de Barak et de son école, qu'une loi votée par la Knesset soit considérée comme entrant en contradiction avec l'une de ces deux lois fondamentales pour que le vote perde toute pertinence. Cette révolution permet de doubler la Knesset, pouvoir légiférant, ainsi que le gouvernement, pouvoir exécutif. L'activisme de Barak n'a pourtant pas fait l'unanimité parmi les juges : Moshé Landau, président du tribunal de Haute instance, Menahem Alon, le vice-président, et le professeur Ruth Gabison ont contesté cette méthode.

Aaron Barak ou la constitution

L'intensification du pouvoir des juges s'est concrétisée au moment du «décret de l'affaire de la banque Mizrahi». Alors qu'il est question au départ d'un litige qui oppose cette banque à l'union des agriculteurs, les magistrats se saisissent de l'occasion pour mettre au point le sens tout nouveau de leur pouvoir. Nous sommes toujours en 92, après l'introduction des deux lois fondamentales précitées.

En marge du jugement[4], les juges ont défini, par 7 voix contre deux, le sens général que revêtent les lois fondamentales en deux points :

1. Constitution : il a été établi que l'Etat d'Israël dispose d'une constitution : ce sont les lois fondamentales. Elles prévalent sur les lois courantes de la Knesset et leur sont supérieures.

2. Remise en question juridique : le tribunal s'est arrogé le droit de remettre en question les lois de la Knesset et de les déclarer invalides si elles entrent en contradiction avec une loi fondamentale.[5]

Nomination des juges

En outre, les nouveaux juges sont nommés par une commission considérée par de nombreux observateurs comme la forteresse de la gauche. La composition de cette commission (le ministre de la Justice, qui préside la commission, un second ministre désigné par le gouvernement, deux parlementaires, l'un de la coalition l'autre de l'opposition, deux membres du barreau désignés par vote secret, le président du tribunal de haute instance ainsi que deux autres juges de cette institution), fait concrètement que six à huit de ses représentants sont acquis à la cause du président du tribunal. On le verra lors de la nomination de la controversée Edna Arbel, approuvée par 7 voix contre 2 (le ministre de la Justice et le parlementaire Benyamin Alon).

Quant aux prises de fonctions du président de la Cour, il s'agit du membre le plus âgé qui prend la place du précédent au moment de son départ pour la retraite.[6] L'héritier du trône n'est pas le fils du précédent mais son disciple. C'est sans doute la raison pour laquelle on n'a pas senti un grand changement quand Barak s'est retiré de la scène juridico-judiciaire en faveur de Dorith Beinich, puis de Gronis, Naor, Hayot.

Contre-révolution risquée, ou tentatives périlleuses de contre-révolution

En 96, Netanyahou débute sa carrière de Premier ministre. Il déplait d'emblée à Aaron Barak qui vient, comme signifié plus haut, d'accéder au poste de président de la Cour suprême. Le conseiller juridique, Michael Ben-Yaïr, est loin d'être acquis à la cause du gouvernement et fait obstruction à la bonne marche de ce dernier. Le ministre de la Justice est en droit de s'en défaire. Ya'acov Neeman s'engage donc à le destituer. Mais la situation se renverse et c'est le conseiller qui prend le dessus : il concocte un chef d'accusation qui l'oblige à démissionner. Le temps que le ministre soit mis hors de cause, la situation est irréversible. Il ne reprendra pas son poste. Et Tsahi Hanegbi (le fils de la célèbre Guéoula Cohen) qui prend la relève, n'osera pas s'opposer à la magistrature.

Pareillement, Reuben Rivlin (l'actuel président d'Israël), est disqualifié quand il doit prendre la place de ministre de la Justice du premier gouvernement Sharon. Meir Shitrit le remplacera, mais il ne fera pas de vagues.

En 2006, le gouvernement Olmert a pour ministre de la Justice Haïm Ramon. Il tient à contrer la révolution constitutionnelle qui s'est imposée plus de dix ans plus tôt. Sa première démarche consiste à exiger la rédaction en bonne et due forme de procès-verbaux de la commission pour la nomination des juges. Il considère en outre qu'il est parfaitement en droit de nommer le prochain président de la Cour suprême. Ceux qui ont compris le principe commencent déjà à ressentir une impression bizarre et à craindre pour sa personne. Sensation aussitôt confirmée. Une officier de Tsahal se plaint d'avoir été embrassée par le ministre contre son gré. C'est l'affaire médiatique fracassante du «baiser français». Des écoutes révèlent une conversation entre le général Shemani et la commandante de la plaignante, au cours de laquelle celui-ci raconte que la divisionnaire Miri Golan, qui a convaincu l'officier de porter plainte, lui a déclaré : «Et cet homme désignerait le président du tribunal de Haute instance?» Ramon soutiendra devant le tribunal que c'est un coup monté. Le tribunal lui répondra que l'argument est digne de l'attitude d'un voyou de grand chemin.

Les ministres de la Justice ne sont pas les seuls à être écartés du pouvoir. Le tribunal fait dans ses propres rangs le ménage. En 96, Deror Hoter-Ychaï est président du barreau (institution cependant indépendante du tribunal, mais alignée sur les positions de ce dernier). Lui aussi fait partie de la commission de nomination des juges. En novembre, il est interviewé par le journal orthodoxe Yated Neeman. Il critique l'activisme judiciaire et la position de Barak qui prétend que tout peut être jugé. Il ne faut pas longtemps pour qu'un dossier de fraude fiscale soit ouvert contre notre juriste. Il est condamné à six mois de prison avec sursis et à une amende de 50 000 Nis. Il interjettera appel et sera lavé de tout soupçon. Bien entendu, il ne réintègrera pas la commission.

Neeman et Hoter-Ychaï dénonçaient le militantisme des juges et leur sentiment de toute-puissance sur les affaires du pays, mettant notamment en cause la méthode : «Un ami en apporte un autre». Aaron Barak s'est débarrassé la même année (96) de deux membres dissidents à son endroit.

Un autre ministre de la Justice a donné du fil à retordre au tribunal. Daniel Friedman occupe ce poste sous l'égide du Premier ministre Olmert. Daniel Friedman est-il un incorruptible? N'y a-t-il pas moyen de l'accuser de quelque délit, quitte à ce qu'il soit par la suite innocenté? Friedman, qui, dans son livre «Le portefeuille et le glaive» (הארנק והחרב), établira le constat d'une forte désapprobation des parlementaires vis-à-vis de la mainmise du tribunal sur la Knesset, qui reste silencieuse car ils craignent d'être traînés en justice, sera démis de ses fonctions d'une manière indirecte ! Moshé Lador, conseiller juridique du gouvernement, maintient ouvert le dossier contre Olmert, dans l'affaire de la banque Leumi, malgré la recommandation par la police de le classer sans suite, en novembre 07. Lador le fermera au lendemain de la démission d'Olmert.

Bras de fer Aaron Barak / Ariel Sharon

Nous avons vu plus haut que Barak avait écarté Sharon de la vie politique, sur la base des circonstances de l'opération Paix en Galilée. Ce n'était que partie remise. En février 2003, le peuple israélien le plébiscite à raison de près de 70% des suffrages, et, soudain, un vent de délivrance souffle sur le pays. Le désastre des accords conclus avec les factions terroristes arabes et leur introduction au cœur même du pays ne seront dans peu de temps, semble-t-il, qu'un mauvais souvenir. Plus de concessions devant l'ennemi, plus d'humiliation…

Ses débuts sont grandioses. En 2002, avec l'opération Rempart, Sharon efface de facto les frontières de la zone A, dessinées par les accords, qui contiennent tous les fiefs des terroristes et qui leur assuraient la tranquillité dans leurs préparations de bombes et la mise en place de toute la logistique allant de la planification au détonateur fanatisé par la promesse inspirée du culte musulman d'un paradis fameux.

L'une des multiples pressions d'Obama sur Netanyahou par la suite consistera à tenter de le contraindre à renoncer aux opérations de terrain, ce à quoi Netanyahou résistera, soutenant que la sécurité de ses citoyens en dépend. Aucun gouvernement, en dix ans, n'avait mis fin à cette situation de chaos avant Sharon. Je me souviens d'une période de réserve, quand Ehoud Barak était Premier ministre. Nous avions à plusieurs reprises manqué de peu la capture de terroristes. Nous n'avions le droit de les poursuivre que jusqu'à la limite de la zone A. 

Mais le parquet et le tribunal ne chôment pas. Le fruit est juteux, il ne restera bientôt plus qu'à le cueillir. La plus grosse affaire est celle de l'île grecque, divulguée par la presse en mars 2001 (ces divulgations de fuites à première vue sont évidemment illégales). Sharon est soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin de la part de l'homme d'affaires David Appel, maquillés en très gros salaires versés à son fils Guilad.  Le conseiller juridique du gouvernement le disculpera en juin 2004, mais il sera trop tard. Les dossiers s'accumulent. Sharon aurait obtenu le financement de sa campagne interne au sein du Likoud d'une manière douteuse : l'homme d'affaires autrichien, Martin Schlaf, l'aurait couverte financièrement, tandis que l'homme politique aurait présenté cet argent comme un prêt avancé par Cyril Keren, ancien compagnon d'armes de Sharon.

Omri Sharon, lui aussi fils de l'intéressé, est accusé d'avoir créé une société fictive pour blanchir de l'argent ayant servi illégalement à couvrir les frais de campagne au sein du Likoud, et d'avoir fait un faux témoignage tout en enfreignant la loi du financement des partis politiques. Lorsque Omri est condamné (pour finir le 15 nov. 05), suite à une négociation de peine, à sept mois de prison, un public conditionné désavoue Sharon le père et soutient qu'il aurait sacrifié son fils pour échapper aux interrogatoires et à une éventuelle disqualification de la direction des affaires publiques.

Sharon capitule

Sharon change de cap. A la conférence d'Herzliya, en 2003, il fait part de son intention de mettre en route le «désengagement». L'expulsion et l'anéantissement du judaïsme de Gaza et le champ libre conséquemment laissé aux organisations terroristes, allaient à l'encontre de l'idéologie pour laquelle il s'était battu tout au long de sa carrière politique. Pourtant, peu de temps avant cette métamorphose, il répétait encore souvent : «Le cas de Netzarim est le même que celui de Tel-Aviv» ; c'est-à-dire que la localité de Netzarim, dans la bande de Gaza, que ses opposants considéraient comme déplaçable, en raison de la difficulté à la défendre puisqu'elle était relativement isolée, avait droit à la même considération que la métropole de Tel-Aviv. Au lieu de cette protection, c'est par les bombardements essuyés que ces deux localités ont fini par se ressembler.

Mais le Likoud n'était pas prêt à supporter cette trahison de ses fondements et de ses idéaux. Sharon s'oppose à un référendum, mais il doit obtenir l'aval des membres du parti. L'opinion se mobilise pour contacter ces membres, les soutenir et les empêcher de flancher. Des «lettres aux membres du Likoud» sont rédigées et expédiées via Internet ou distribuées de porte en porte. Le 2 mai 2004, la réponse du Likoud est nette et définitive : c'est non.

Sharon multiplie les manœuvres, écarte ses opposants, intègre Pérès dans son gouvernement, et parvient à ses fins en faisant approuver la reddition volontaire par ce dernier, puis par la Knesset. La Cour suprême ne trouve rien à redire et approuve toutes les manigances. Toutes ces contradictions ne l'ont pas empêché d'aller jusqu'à la réalisation de l'impensable catastrophe nationale. La précipitation, la course contre la montre, lui ont permis d'y parvenir. Ce n'est que lorsqu'il a fallu s'arrêter qu'il n'a plus été possible de rester décemment et logiquement à la tête du Likoud, et que Sharon a fondé un autre parti autant rassembleur qu'éphémère : Kadima.

Le jeu de la Cour suprême : «La profondeur du retrait sera égale à la profondeur de l'enquête»

L'agenda extrême-gauchiste de la Cour suprême est la seule explication plausible du silence des juges. L'expulsion a été rendue légale dans l'hémicycle de la Knesset.  De la démission de Rabin à ses accords intérimaires avec les factions terroristes, et de l'extraordinaire combattivité de Sharon contre les ennemis d'Israël à l'endommagement de son entendement, les dirigeants politiques sont domptés et rendus dociles par le pouvoir juridique. Ils font ami-ami avec les juges.

Yossi Sarid avait suggéré à Zwi Händel, membre de la Knesset qui vivait dans la bande de Gaza, concernant le retournement de veste de Sharon,  la formule suivante : «La profondeur du retrait sera égale à la profondeur de l'enquête».

Car comment est-il possible que la Cour suprême, si avide de justice, n'ait pas opposé à Sharon : «Vous avez été élu en revendiquant la charte du grand Israël? A présent vous cherchez à faire le contraire?! Alors, démissionnez et présentez-vous comme candidat sur la base de l'expulsion ; que faites-vous de l'opinion de l'électeur»? 

Le docteur Yitzhak Cytrin, professeur d'histoire au Centre universitaire de l'Ouest de la Galilée, à Haïfa, et président de la chaire d'histoire de l'université religieuse Cha'anan de Haïfa, a publié[7] en 2015 un ouvrage, «le Programme unilatérale du désengagement», sur les effets de l'expulsion sur les adolescents et les enfants.

«Le gouvernement n'est pas parvenu à les reconstruire. Le traumatisme a entraîné une crise dans la cellule familiale, l'autorité parentale a été presque totalement détruite, les jeunes considèrent le monde adulte avec défiance, ils sont affaiblis et ne font plus confiance aux institutions étatiques.» Cytrin explique que les jeunes nés à Gaza se sentaient partie intégrante du lieu, et que le déracinement en a été d'autant plus pénible et traumatisant.

Où est donc passé le principe si cher à la Cour suprême qui exige que les lois fondamentales de la dignité citoyenne soient à même d'invalider des lois votées par la Knesset? Mettre toute une population sur la paille, leur détruire leurs foyers, leurs repaires et leurs écoles, leurs exploitations agricoles, les expulser sans eau ni nourriture, du moins dans un premier temps, sans qu'aucun cadre de remplacement n'ait été prévu et préparé, ne contredit-il pas le principe pour lequel les juges se sont battus?

C'est que la critique des lois votées par le législateur est un privilège qui revient exclusivement aux juges, et que les droits du citoyen, ainsi que son droit à l'entreprise, comme faire pousser des mangues ou des tomates cerise, ne sont pas absolus : ils sont assujettis au bon vouloir de cette caste. Il se peut que votre dignité, votre travail, ne valent pas la peine que les juges se mobilisent en votre faveur.

Netanyahou

Quand les chefs d'accusation contre un homme politique se multiplient, les conditionnés diront : «Oh, comme cet homme est corrompu!» mais les observateurs n'ayant rien perdu de leur acuité ni de leur esprit critique diront : «Cet homme s'est mis à dos un leadership qui n'aime pas que l'on empiète sur ses platebandes.»

Pourtant, coup sur coup, Netanyahou s'est montré docile et bien sage, quand la Cour suprême a décrété que telle ou telle localité juive devait être effacée. Les trois maisons de Migron et les trente appartements du quartier de la Oulpena, à Bet-El, démantelés et détruits sous  les ordres de son ministre Ehoud Barak ; les immeubles du quartier Dreinof, toujours à Bet-El, détruits par d'immenses pelles sous les ordres de son ministre Yaalon ; le village d'Amona, effacé après un décret émis par le général Rony Nouma, sous les ordres de son ministre Liebermann…

Il aurait pu dans tous ces cas de figure invoquer les risques de perturbation de l'ordre public, l'état de guerre permanent qui risquerait de donner à l'ennemi l'impression que notre gouvernement saborde le pays pour lui. Il aurait pu donner raison aux juges sans mettre en pratique leur décision car irréalisable.

C'est que Netanyahou les enferme dans leur propre piège. Ils exigent le respect de ce qu'ils définissent comme le droit. Netanyahou fait comme s'il les considérait comme sincères et se plie aux exigences dudit droit. Les juges ne peuvent plus que ronger leur frein. Car il est clair qu'il n'y a pas ici une question de droit, mais de lutte politique quant à l'avenir de la Judée-Samarie, en tant que province d'Israël ou énième pays arabe. Chaque fois, Netanyahou reconstruit un peu plus loin la localité détruite, mais toujours en Judée-Samarie.

Aujourd'hui, Netanyahou lutte pour sa survie politique. Il doit non seulement mettre en place son gouvernement, mais également rendre à la Knesset ses lettres de noblesse.

Ayeleth Shaked

Ayeleth Shaked est la ministre sortante de la Justice, entrée en fonction le 14 mai 15. A-t-elle subi le même sort que Daniel Friedman, cité plus haut, contraint de renoncer à ses fonctions parce que son employeur Premier ministre a cessé d'être au pouvoir? Elle a, à son tour, tenté de réformer le système judiciaire, et sa plus grande victoire a consisté dans l'introduction, dès février 2017, de juges qui ne considèrent pas que tout peut ou doit être jugé, comme ce nouveau juge de la Cour suprême, Alex Stein[8], favori lui aussi de Shaked, qui reconnaît formellement la liberté de mouvement des élus en matière de législation. Amit Segal[9], commentateur des affaires juridiques, entre autres journaliste de la deuxième chaîne, salue une victoire certaine de Shaked, qui parvient partiellement à mettre au pas Miryam Naor ou Esther Hayouth, la seconde ayant remplacé la première en 2017 à la tête de la Cour suprême. D'autres considèrent que son travail est de la poudre aux yeux[10].  

En quatre ans de ministère, Ayeleth Shaked a fait un travail fulgurant. Mais il convient de tenir compte de la précarité du pouvoir démocratique. Des erreurs tactiques ont refoulé Shaked à l'extérieur de l'hémicycle de la Knesset. Que valent les 4 ans de Shaked au gouvernement, comparés aux 30 de carrière activiste d'un Barak confortablement et durablement installé à la tête du Tribunal, qui laisse après lui des héritiers de son bord nommés d'office?

 

Yéochoua Sultan ©

 

 

 

[1]  Pourquoi Aaron Barak a-t-il renoncé à poursuivre Rabin? Il a expliqué alors le motif de son abstention : «Je suis parti du principe que Rabin avait déjà subi une sanction suffisamment lourde en ayant été contraint de renoncer à son poste. Il n'y avait pas lieu de le sanctionner une fois de plus». (Extrait du chapitre «Le tour de Rabin est arrivé», du livre de Maître Yossi Dar, dans son livre : Aaron Barak et les joyeusetés du pouvoir de la loi).  

[2] La commission Cohen, du nom du président de la Cour suprême alors en poste Isaac Cohen. Menahem Begin, alors Premier ministre, accepte la mise en place de cette commission, qui s'ouvre le 1 nov. 82. Les membres de la commission sont le président de la Cour précité, l'ancien conseiller juridique et présentement juge de ladite Cour, Aaron Barak, et le général de réserve Yona Ephrat. Les responsables du recueil de témoignages ne sont pas n'importe qui. Deux d'entre eux ne sont autres que Dorith Beinich et Edna Arbel, dont la première remplacera Aaron Barak qui laissera sa place de président en 2006, et prendra la tête de la Cour suprême de 2006 à 2012, non sans être passée par la case de Procureur de l'Etat (de 89 à 95) ; et la seconde fera partie de cette caste très fermée de ladite Cour de  2004 à 2014 (et également Procureur de l'Etat de 96 à 04).

Le travail de cette commission manque de rigueur et de professionnalisme, malgré ses membres : les deux femmes juges veulent se rendre à Beyrouth pour y recueillir des témoignages directs, à Sabra et Chatila. Amir Drori, commandant de la région Nord, les accompagne. Mais un barrage de l'armée du Liban leur bloque le passage : pas de témoignages des principaux intéressés. On tente de se contenter de témoins plus éloignés, en s'adressant à la Croix Rouge : idem. Elle refuse d'y envoyer son personnel, mais elle accepte tout de même de fournir certains documents. Il reste le correspondant du New-York Times, mais c'est du pareil au même : le journal craint un précédent qui obligerait ses envoyés spéciaux à témoigner en d'autres lieux. On parvient cependant à interroger le chef des Phalanges. La conclusion du rapport publié le 7 fév. 83 veut qu'il est impossible d'impliquer la responsabilité directe de Tsahal, mais on estime que certains de ses officiers savaient ce qu'il se tramait sans s'impliquer pour séparer les belligérants. Ça vaut bien une petite démission. 

[3] Il n'est pas rare d'entendre dans les journaux télévisés ou radiophoniques la tournure : «L'Etat doit rendre sa réponse à la Cour suprême».

[4] הערת אגב en hébreu.

[5]  Wikipedia : la révolution constitutionnelle. Affaire de la banque Mizrahi.

[6] Wikipédia : la commission de nomination des juges. הוועדה לבחירת שופטים. . Voir aussi : le président de la Cour suprême. נשיא בית המשפט העליון

[8]  La révolution démocratique d'Alex Stein, sur le média Internet Mida, par Zéev Lec, le 24 dec. 18

[9] https://www.makorrishon.co.il/nrg/online/1/ART2/865/905.html De la victoire de Shaked sur  le tribunal.

[10] Article du journaliste Moshé Ifergan : la révolution qui n'a pas eu lieu : Ayeleth Shaked se moque de vous tous.

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 11:55
Le caractère d'une société se définit sur la base de sa population

Ce n'est pas le pays qui fait l'homme, c'est l'homme qui fait le pays. Ce n'est pas l'époque qui fait l'homme, mais encore une fois l'inverse.

Certaines phrases édictées péremptoirement comme des axiomes sonnent bien et suscitent le respect. Néanmoins, beaucoup ne veulent rien dire. Le langage journalistique dit qu'untel a trouvé la mort. Que gagnerait-on à le contredire en affirmant le contraire : que c'est la mort qui l'a trouvé? Certaines inversions de phrases impliquent une inversion de sens. Un chansonnier inversait le sujet et le complément d'objet de la prise entre l'homme et la mer. Son jeu de mot inversait le rapport de domination. Si vous prenez la mouche, ça a un sens. Si c'est la mouche qui vous prend, c'est déjà moins évident. Trêve d'élucubrations pseudo-comiques.

L'énoncé de départ peut susciter l'agacement. Prenons un pays dangereux au hasard : la Syrie. En quoi est-ce que ça change quelque chose, pour celui qui se retrouverait malencontreusement dans ce pays, que la Syrie ait rendu le Syrien dangereux ou que le Syrien ait rendu la Syrie infréquentable? Ça revient strictement au même.

Le problème réel démarre si vous décalez votre référentiel et que vous le placiez mettons en France. Bien que notre énoncé si joliment posé semble dénué de fond, nous pensons tous (ou presque) sans y penser que c'est le pays qui fait l'homme. Cette approche remonte à notre plus tendre enfance. Les cours de géographie nous présentent des pays déplorables et d'autres ou il fait bon vivre. Donc : vous êtes né au bon endroit. Les cours d'histoire nous présentent des époques de servage et de misère, d'autres avec une guillotine à chaque coin de rue, et enfin pour les plus jeunes une époque où vous ne courrez plus le risque d'être retranché de la vie en cas d'erreur judiciaire à votre détriment. Donc : vous êtes né à la bonne époque.

Pour vous, pour nous, c'est bien le pays et l'époque qui font que nous ne sommes pas des pilleurs violeurs trancheurs de têtes et que nous ne sommes plus des guillotineurs ou des guillotinés.

Et c'est précisément cette approche qui met en péril les acquis de notre civilisation. Nous l'allons montrer instamment. Notre indignation, jusqu'à une période encore récente, quand la société n'était pas trop moribonde, nous poussait à nous écrier : «Mais enfin nous sommes en France!» ou : «Mais enfin, nous ne sommes plus au moyen-âge!»  L'implication logique desdites exclamations exige que toute personne débarquée d'un autre pays ou d'une autre époque – cette dernière éventualité reste tout à fait réaliste dans la mesure où certains pays vivent relativement à des époques reculées technologiquement et mentalement, la seconde tare étant bien plus difficile à soigner que la première – se transforme d'un coup de baguette magique – en citoyen français moderne et empreint de civilité (nous évitons ici «civilisé» ou «civilisation» pour ne pas ouvrir la porte à une autre polémique, tout groupe ayant ses codes civilisationnels). 

Nous ne sommes pas capables de concevoir que des populations en migration d'Est en Ouest ou du Sud au Nord, pour converger vers la France et le reste du vieux continent, soient à même de faire basculer notre civilisation dans la misère et la violence qui sévit à leurs différents points de départ. Mais pourquoi serait-ce donc à ce point inimaginable?

C'est précisément parce que nous pensons que c'est le lieu et l'époque qui font la civilisation que le raisonnement suivant est possible : l'Europe souffre d'un déficit des naissances et d'un vieillissement de la population. Laissons-y un sang nouveau s'installer, et ce double problème sera réglé. D'où les mines attendries et hébétées d'officiels coupés du monde réel au regard de la forte natalité des natifs d'autres continents se retrouvant magiquement, d'un coup de naturalisation, nouveaux Européens qui travailleraient démographiquement pour l'Europe.

On n'a pas seulement fait appel à des mères porteuses venant remédier à la fatigue et au doute civilisationnels qui font qu'à quarante-cinq ans, on se demande encore si on n'est pas trop jeune pour fonder une famille ; on a réussi aussi à faire venir les inséminateurs. Il ne nous reste plus qu'à nous installer confortablement dans notre fauteuil et laisser le travail se faire tout seul, un peu à la manière du robinet qui remplit votre baignoire – que c'est beau le progrès – sans qu'il vous faille transporter de lourds seaux remplis d'eau.

Et c'est encore une fois cette conceptualisation qui nous fait éprouver de la compassion pour tel sujet débarqué de tel régime obscurantiste mû par un dogme politico-religieux prônant la razzia et l'égorgement de l'infidèle. C'est elle qui fait que nous sommes incapables de prudence qui devrait faire que nous le considérions a priori comme le fidèle ambassadeur de son pays. En offrant à ces arrivants l'égalité, l'insertion, en mettant à leur disposition d'énormes budgets d'intégration,  en les accueillant dans nos villes et nos banlieues, nous pensons en faire à terme nos égaux, nous pensons qu'ils s'estimeront heureux : «Et dire que mes parents étaient d'origine… Ah, ce qu'on est bien, ici! Quelle chance de vivre ici et maintenant!»

Néanmoins nous avons vu ces arrivants reforger le pays à leur image, les langues européennes s'étioler et s'absenter de l'école publique, la rue du folklore local d'antan disparaître du paysage et l'exotisme locataire se faire indigène et propriétaire, la soumission et l'absence de la femme de l'espace public représenter désormais le nouveau concept de sa liberté, les haut-parleurs modernes et hurlants supplanter progressivement les vieilles cloches d'airain non moins bruyantes cependant…

A contrario, doit-on faire sienne irrémédiablement l'autre extrémité de notre premier énoncé? Serions-nous réduits à la morale de la chatte métamorphosée en femme du sieur Lafontaine?

Brièvement, c'est l'histoire d'un homme seul qui apprécie tellement sa chatte (l'animal portant ce nom) qu'à force de prière, elle se transforme en femme. (Tout ce qui est souligné est extrait du texte original, sans changer une virgule).

«Il l'amadoue, elle le flatte». Le Français amadoue beaucoup celui dont il veut faire son égal, mais c'est encore lui qui le flatte. L'immigré le ressent bien : «Il m'amadoue, il me flatte».  Or donc : «Il n'y trouve plus rien de chatte, et poussant l'erreur jusqu'au bout, la croit femme en tout et partout, lorsque quelques souris qui rongeaient la natte troublèrent le plaisir des nouveaux mariés. Aussitôt la femme est sur pieds. Souris de revenir, femme d'être en posture […] tant le naturel a de force.» Puis : «En vain de son train ordinaire on le veut désaccoutumer.» Et enfin : «Qu'on lui ferme la porte au nez, il reviendra par les fenêtres». En termes plus actuels : «Chassez le naturel, il reviendra au galop».

Faudrait-il donc comprendre qu'incurablement, le rustre le sera pour l'éternité? Pas nécessairement. Car d'humain à humain, il ne s'agit pas d'une métamorphose, mais d'un changement de milieu. Mais alors, dans ce cas, nous contredirions-nous en disant que c'est le pays qui fait l'homme?

On peut appréhender la parabole de Lafontaine également ainsi : tant que cette créature vivra en côtoyant les gens de son nouveau milieu, elle poursuivra son effort d'adaptation. Et, même si elle compte encore dans sa langue de départ, ses enfants compteront dans celle d'arrivée. Mais qu'elle retrouve ce qui faisait d'elle ce qu'elle était, et automatiquement elle replongera. Le convalescent revenu d'une addiction ne doit plus rencontrer ses fréquentations du temps de son addiction.

Il ne faut pas laisser de souris ronger la natte! Si je suis un enfant martien admis dans une classe de terriens, si les terriens m'acceptent comme l'un des leurs et que je fasse tous les efforts pour être comme eux, je pourrais toutefois manger chez moi sans l'afficher ma nourriture martienne avec quelques autres comparses de ma petite minorité. Mais que des milliers de martiens débarquent, et ils me malmèneront et me considèreront comme un traître : «Toi? Terrien? Non mais pour qui tu te prends?»

Le Rav Aviner, dans son livre, «les Princes de l'humanité», s'interroge quant au plus sage des hommes. Comment pourrait-on accuser le roi Salomon, épris de piété, d'avoir épousé des femmes idolâtres? Il répond qu'il n'a jamais été question de cela en réalité. Salomon ne pouvait épouser une felle n'adhérant pas au monothéisme d'Israël. Seulement, les prosélytes étaient vraisemblablement acceptés en trop grand nombre à la fois, et cette quantité nuisait à la qualité de leur sincérité à la fois non éprouvée et mise à trop dure épreuve. Et certaines nouvelles venues avaient conservé leurs fétiches dans leurs bagages.

Conversion ou naturalisation, il faut laisser au corps absorbant sa capacité d'absorption, et l'abus de naturalisation ne saurait chasser le naturel.

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 20:15
Le rassemblement des exilés d'Israël, réalisation humaine laïque ou concrétisation d'une antique prophétie?

L'histoire ou la face cachée

Une tempête de siècle, ou plus simplement un vent violent, un raz-de-marée, une déclaration politique inattendue… autant d'événements qui peuvent être associés à la volonté du Créateur ou dissociés d'elle.

Deux angles opposés et de même sommet et de charges identiques s'affrontent dans l'appréhension du cosmos et de tout ce qu'il contient : le religieux et le laïc. Le premier attribue des forces supranaturelles, transcendantales, à la création. Le second explique tout scientifiquement, rationnellement, approche qu'il nie au premier, et ce qu'il ne parvient pas à résoudre n'est que partie remise. Nous allons nous interroger sur les principes de dichotomie ou de compatibilité entre la foi et le cartésien.

Le superstitieux et le rationnel

Un volcan entre en éruption. Une peuplade primitive vit en-dessous de lui, dans la plaine. Elle humanise le volcan, lui prête des intentions, de la colère. Elle s'en remet à sa clémence, sa magnanimité. Ses notables déposent des offrandes, des simples oranges aux sacrifices humains, pour l'apaiser. Que le volcan cesse de gronder, et ils attribueront cette annulation du funeste décret à leur intervention. Le scientifique sourit, et peut leur expliquer, si seulement ils sont prêts à l'écouter, les phénomènes tectoniques sous-jacents, les faiblesses et les failles de la croûte terrestre, le magma qui sommeille en-dessous.  

Récemment encore, chez les Papous, on se livrait au cannibalisme. Ça n'avait rien de méchant ; au contraire, on montrait en consommant la chair fumée des chers disparus combien on les aimait. D'ailleurs, tout le monde n'avait pas droit à ce privilège, seulement les plus proches, et un rituel précis prévoyait la répartition des membres du défunt entre ceux de la famille. Ainsi, dans une contrée de l'Est de la Nouvelle-Guinée, chez les tribus Foré,  alors colonie britannique, beaucoup mouraient, frappés par le kuru. Deux groupes courroucés se livraient une guerre acharnée, s'accusant mutuellement de dispenser généreusement des malédictions à l'autre camp. Le kuru, qui faisait perdre au malade le sens de l'équilibre, sa lucidité, son appétit, provoquait aussi des tremblements dont l'origine remontait sans coup férir à des pratiques de sorcellerie de l'autre camp. Plus rationnellement, cette maladie surprenante a été comparée à celle de la vache folle ou plus exactement, dans leur cas, au syndrome de Creutzfeldt-Jakob. Et pourtant, impossible de conjurer le mauvais sort. Les Anglais, garants de la civilisation et de ses valeurs, interdirent le cannibalisme, et, pour se faire obéir, ils désignèrent des surveillants locaux. De la sorte, cette pratique prit fin.

Simultanément, par extraordinaire, alors que les recherches de médecins européens ayant longtemps vécu au milieu des Papous n'ont pratiquement rien donné, bien qu'ils soient allés jusqu'à mettre en confiance un chef pour qu'il les laissât prélever un échantillon de cerveau d'une jeune victime, afin de l'inoculer à des bonobos et de constater que, de cette manière, le mal était contagieux, la maladie disparut comme par enchantement. Au lieu de mêler les bonobos une fois le chef en confiance, ils auraient dû plus simplement prendre le risque et part eux-mêmes à ce curieux festin, ce qui aurait eu l'avantage de simplifier l'expérience scientifique.

Nous pourrions conclure que, s'étant humanisés, ils obtinrent une bénédiction du Ciel qui leur accorda la grâce et la guérison miraculeuse. On peut dire aussi que la consommation des cellules malades et contagieuses des défunts ayant pris fin, les jeunes papous comme les vieux ont tout simplement arrêté de se contaminer.

Mais l'un empêche-t-il l'autre?

Expliquons-nous. Il est effectivement facile de s'accorder le beau rôle du scientifisme et de l'athéisme en se mesurant à des superstitieux, à des gens qui se réfèrent à mille et un dieux, qu'ils soient sophistiqués comme ceux de l'Olympe ou plus bruts, impliquant la déification de chaque élément, montagne, torrent, soleil, et à plus forte raison les éléments frappant l'imagination ou frappants tout court comme les volcans, les tsunamis, les éclairs et le tonnerre... Mais il est peut-être moins aisé de s'attaquer au véritable monothéisme, celui des Hébreux devenus Juifs et témoins de la Révélation. Car qui a dit qu'un phénomène naturel explicable scientifiquement n'est pas en soi l'émissaire qui vient exécuter la sentence divine?

Une difficulté majeure se retrouve dès qu'il est question de châtier les créatures, quand leur sort est irréversiblement scellé. Nous nous arrêterons succinctement sur trois événements bibliques significatifs. La génération dite du déluge, la plaie des sauterelles et l'anéantissement de l'armée pharaonique dans les eaux de la mer des Joncs. Si nous partons du principe que l'Eternel a non seulement créé les cieux, la terre, etc., mais que de surcroît il en maintient à tout instant l'existence, pourquoi ses décrets sont-ils réalisés par les voies naturelles? Au lieu de retirer la vie à la génération de Noé, comme il le fit en ne restituant pas leurs âmes aux soldats de Sennachérib assiégeant Jérusalem sous le règne d'Ézéchias, nous constatons en lisant simplement le texte qu'il faut d'abord quarante jours de pluies, puis une deuxième période équivalente pour que les montagnes les plus hautes soient submergées, et enfin une dernière pour que le niveau redescende. Pour la plaie des sauterelles, le texte est explicite : c'est un vent qui les apporte, et c'est encore un vent qui les emporte. Quant à l'ouverture de la mer, il est bien précisé qu'un vent puissant a soufflé toute la nuit précédente. Donc, tous ces phénomènes peuvent être expliqués scientifiquement : la pluie, l'inondation, la tempête, un phénomène ponctuel de marée basse…

Les sources racontent que Titus avait bien compris le principe. Dieu se sert des éléments pour exécuter ses décrets. Après la destruction du Temple, Titus prend la mer. Elle commence à s'agiter. Il défie le Créateur. «Bien sûr, tu ne te sens fort que sur l'eau. Tu es bien moins efficient sur la terre ferme.» La mer redevient calme. Puis un insecte ailé s'introduit dans la narine de Titus, se loge dans ses sinus et bourdonne. Impossible de l'en extraire. Le supplice se fait de plus en plus insoutenable, et ce n'est qu'en se tenant près d'un forgeron qui frappe le métal que Titus peut ressentir un semblant de soulagement. A sa mort, on retira de son cerveau un énorme moustique. Quel entomologiste zélé nous donnera le nom de ce nématocère? Car voici encore un phénomène qui peut s'expliquer rationnellement.

Dans ce contexte, un autre phénomène remarquable met en scène les éléments naturels. D'ailleurs  il nous ramène une fois de plus au thème du volcan. Pompéi est bien connue, moins qu'Herculanum, Oplontis ou Stables. Ces quatre imposantes cités romaines de Campanie ont été détruites en quelques heures par un feu tombé du ciel, soit par l'éruption du Vésuve, plus rationnellement parlant. Cette brutale disparition de villes entières n'est pas sans rappeler les quatre villes dont la culture générale a surtout retenu les noms de Sodome et Gomorrhe. Dans les deux cas, les sites sont restés dans leur état de désolation. Le plus fort, c'est qu'à Pompéi, si jamais on cherchait à remettre en question cet événement, des fouilles ont permis de retrouver les habitants de la ville  dans le feu de l'action, si l'on peut dire, dans ce à quoi ils étaient occupés au moment où la pluie incandescente les a surpris. C'est à Pompéi que vivaient les dirigeants romains, le gratin d'une société qui n'était pas étrangère à la destruction du Temple. En 62 de l'ère vulgaire, la région subit un premier tremblement de terre. Le sol se montre nerveux en 70. Du mois d'août 70 au mois d'août de l'an 79, de la destruction de Jérusalem aux villes nanties de Rome anéanties dans la foulée, il est bien entendu tout à fait possible d'expliquer le plus scientifiquement qu'il soit ce qui s'est produit.

L'observation de la nature, remercier Dieu ou le renier

Il est en principe impossible de prouver scientifiquement l'existence de D., puisque le scientifique raisonne sur le mesurable. Mais il nous reste le raisonnement par l'absurde. Ce procédé démontre que ci le phénomène y qui représente l'antithèse du phénomène x est impossible, alors la réalité d'y s'impose.

Aristote, Platon, et les autres, sont connus pour leur position sur la question de la création. Ce qui les dérange, c'est qu'il ne peut y avoir de création sans créateur, et on le retrouve à tous les niveaux de ce qui est fabriqué sur terre dès que l'on se penche sur les êtres vivants : la maison de l'homme, le barrage du castor, le nid de la pie… Et c'est là que la solution desdits philosophes est originale. Pour eux, le monde n'a pas été créé, pour la bonne raison qu'il a toujours existé. C'est une situation donnée connue depuis toujours, depuis que l'homme est homme. Leur position est solide. Ce n'est pas à eux de prouver que le monde a toujours existé, mais à ceux qui le contestent de prouver son contraire. Tout au plus admettent-il cependant une cause créatrice, mais pas dans le sens où l'entend le judaïsme, ni les religions qui en dérivent ou s'y greffent, et la nuance est énorme : car pour eux la matière est préexistante et c'est elle qui permet à l'entité créatrice d'inférer des formes à la matière, un peu comme le plus brillant des peintres utilisera dans tous les cas des matériaux, toile, couleurs, et des outils, contenants, pinceaux… dont l'existence est plus ancienne que la sienne.

C'est un problème de vocabulaire qui nous fait penser que le philosophe et le rabbin ne discutent pas sur un malentendu, dans un total quiproquo, et qu'ils débattraient sur la même longueur d'onde. En effet, le verbe bara, dans le premier verset de la Genèse, est traduit par créa [les cieux et la terre]. Le problème, c'est que le verbe suivant, qui porte la racine yaçar, est aussi rendu par créer. Or, il ne peut en être ainsi, puisque le premier verbe indique une création à partir du néant, et le second à partir de la matière, c'est-à-dire un façonnage. Ce second sens se retrouve aujourd'hui encore, puisque l'homme se crée à partir de la terre, en tant que dernier échelon de la chaîne alimentaire qui démarre à partir des sels minéraux contenus dans le sol, de l'eau qui est aussi un minéral, et subissent diverses transformations pour devenir la matière physique de l'homme. Yaçar devrait, au nom de la précision scientifique linguistique, être rendu par former, ou transformer.

En revanche, l'idée créatrice et le principe de l'expansion de l'univers chers à la physique cantique n'impliquent non seulement aucune contradiction entre l'idée du Créateur et le raisonnement scientifique, mais pourraient bien signifier que tous ces phénomènes physiques et biologiques doivent bien avoir un auteur, qui créa le temps en même temps qu'il créa l'espace.

Il en est de même pour la difficulté de l'incompatibilité à première vue entre la matière et le spirituel. Or, l'idée générale des tissus, qui se restreint aux dimensions de la molécule, puis de l'atome, lui-même composé d'un noyau aux protons chargés positivement et aux électrons de charge négative qui gravitent autour de celui-ci en laissant un énorme vide, aboutit au principe de la non-existence de la matière, pure apparence, qui se réduit à un assemblage, une relation, une interaction entre des phénomènes et des forces qui donnent l'image si réelle et si solide de ce qui devient concret pour la perception de nos sens.

Une autre idée, celle de l'élaboration des espèces, quand sont extraits des couches géologiques plus profondes – donc anciennes – des organismes moins complexes que ceux des couches plus superficielles, suit elle aussi le déroulement chronologique biblique des six jours de la création, allant d'une mer déserte à l'apparition des continents, puis du protozoaire au mammifères dont l'homme est le sommet, s'il est permis de s'attacher dans le récit de la création au sens obvie du texte.

Donc, les mêmes réalités entraînent des effets opposés, puisque des mêmes observations on aboutit à de véritables postulats, à deux systèmes dont l'un reconnait le Créateur, et l'autre le renie. Et s'il existe un élément qui, par excellence, illustre cette divergence, c'est bien le singe. Sa ressemblance avec l'homme est plus que frappante. Il est immanquable que, lors d'une visite au jardin des plantes ou dans n'importe quel zoo, vous ne trouviez un air de famille entre tel orang-outan et tel voisin pensif, ou telle antelle ou ouistiti et tel enfant turbulent de votre voisinage. Encore une fois, les réactions seront divergentes. Soit vous vous attacherez au dogme évolutionniste qui vous fera voir en ce singe par raccourci votre grand-père, soit vous remercierez Dieu pour avoir échappé à ce côté identique par la différenciation que vous procure «juste l'âme pure dont la finalité consiste à comparaître devant le Roi des Rois, le Saint béni soit-Il», cette âme qui vous attribue le discernement et le libre arbitre, comme le suggère le rituel de prière, le Sidour, au chapitre de la prière du matin, qui postule sans elle : «Point de différence de la bête à l'homme».

Le gardien de son frère

Une autre difficulté, de taille, elle aussi, se retrouve dans les brefs récits de la Genèse que le monde entier connaît par cœur. C'est cette sorte de mouvement d'aller-retour constant, d'approche et d'absence, pour ainsi dire, du Créateur auprès de sa création. Un ordre est donné, ou établi. Adam ne doit pas consommer le fruit de la connaissance – préférons à ce terme celui de discernement – et Caïn, froissé de s'être vu refuser son offrande, reçoit un encouragement divin doublé d'une terrible mise en garde. Il lui est enjoint de s'améliorer, sans quoi le péché, tapis à sa porte, prendra possession de lui. On remarquera qu'à chaque fois, après la faute, Dieu interroge le fauteur. Il cherche quelqu'un : «Où es-tu?» «Où est ton frère?» Adam reste humble. Il tente piteusement de se justifier, aggravant en fait son cas, puisqu'il est qualifié d'ingrat par les exégètes, reprochant au Créateur son merveilleux cadeau : «c'est la femme que tu m'as donnée». Quant à Caïn, il renvoie l'accusation à Dieu ; car lorsqu'il rétorque : «Suis-je le gardien de mon frère?», qu'insinue-t-il exactement? «Le gardien, c'est toi. Où étais-tu quand cet assassinat s'est produit?» Un homme en assassine un autre, et la question, c'est de savoir où était Dieu à ce moment-là?!

Qui responsabilise l'homme acquitte Dieu. Et qui déresponsabilise l'homme l'accuse. Le prophète vient renforcer cette double relation, avec les deux côtés de la même médaille : «Béni soit l'homme qui place sa confiance en Dieu…» «Maudit soit l'homme qui place sa confiance en l'homme». Peut-être cette mise en garde vient-elle nous prévenir qu'il faut prendre au sérieux les menaces des régimes humains, des mouvements idéologiques destructifs et menaçants, sans chercher à les excuser et à minimiser le danger potentiel qu'ils représentent, sans les décharger en accusant la conjoncture, sans se dire qu'ils finiront par se calmer, qu'ils ne pensent pas vraiment ce qu'ils disent. Il est très important de ne pas négliger les signes avant-coureurs d'une catastrophe qui se prépare, fomentée par le genre humain.

Mais le libre arbitre de l'homme peut-il faire échouer le programme de Dieu, qui consiste à l'amendement du genre humain, en imposant à la marche du monde une direction radicalement opposée? Puisque l'homme part dans toutes les directions, c'est à l'homme, à titre individuel, de distinguer et de déterminer dans quelle voie humaine se retrouve celle de Dieu. Prenons le cas de la destinée nationale du peuple d'Israël. Plusieurs directions, plusieurs tentatives ont animé les Juifs. Certaines options venaient de leur propre cru, d'autres avaient été suggérées de l'extérieur. Il y a eu les aspirations du Bund, l'idée du Birobidjan, l'idée de trouver une terre promise dans l'immensité de l'Amérique du Nord, ou encore l'option d'invention britannique de l'Ouganda. Il y a eu aussi l'idée de faire partie prenante d'autres nations éclairées. Une seule option a fonctionné, en dépit de toutes les forces qui s'acharnent contre elle pour la faire échouer ou la vider de sa substance, de ces forces qui tentent d'en faire un pays comme les autres, pas mêmes exclusivement celui de la nation juive.

La reconnaissance proclamée par la déclaration Balfour, un événement politique parmi tant d'autres, remonte à l'époque de l'aube de la décolonisation, quand les nationalismes du monde entier se sont mis à revendiquer leur indépendance. A première vue, on peut penser que cette toile de fond a fait que les Juifs ont pris le train en marche et se sont dit qu'ils méritaient bien eux aussi le retour de leur souveraineté perdue, ces Juifs redevenus Palestiniens, puis Israéliens dès leur indépendance. Mais on peut sous l'optique de la Providence inverser la cause et l'effet : le train s'est précisément mis en marche car le temps de la rédemption d'Israël était arrivé. Quoi qu'il en soit, c'est une fois de plus par les voies naturelles et politiques que l'histoire avance à grands pas. D'un pharaon tyrannique qui pousse naturellement vers la sortie d'Egypte, en 2448 de notre calendrier, à une Europe et un monde arabe chaotiques, qui poussent vers la sortie d'Edom, en cette fête de Pessah 5779.

L'histoire, l'avancée de la destinée collective de l'humanité, derrière laquelle le Créateur cache ou révèle sa face ; les trois lettres STR, selon le système étymologique consonantique hébraïque ou plus largement sémitique, racine du mot hiSToiRe, forment en hébreu le mot SéTeR, caché «cacher je cacherai ma face», «aster astir panaï». A l'homme de le voir ou de ne pas le voir.

Yéochoua Sultan ©

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 10:09

Un petit pays qui fait trembler les grands, ou, comme dirait à peu près en ces termes un vieux spot publicitaire, que reste-t-il aux grands?

La confiscation par Israël sous l'égide de son Premier ministre Netanyahou rappelle les moments forts de l'histoire renouvelée du pays juif. Israël fait littéralement trembler la terre des pays avoisinants. Déjà, dimanche (29 avril 18), Al-Hama, près de Homs en Syrie, donc du site nucléaire anéanti en septembre 07, lors de l'opération «mi'houç la-koufsa» (mot à mot en dehors de la boîte), a été secoué par un tremblement de terre de magnitude 2.6. Des témoins auraient vu une boule de feu céleste et dix-huit généraux iraniens auraient été éliminés. Deux-cents missiles sophistiqués ont été détruits dans cette attaque.

Les protestations de l'Iran confirment leur mainmise sur la région frontalière. Ce pays n'en est pas à sa première provocation. Auparavant, le drone abattu par Tsahal après avoir franchi la frontière israélienne en février portait une charge explosive et avait échappé aux radars des forces internationales présentes dans la région, à moins qu'elles n'aient  fermé volontairement les yeux. En avril, la base syrienne T-4, véritable usine de drones iraniens et centre de téléguidage, a été sérieusement visée, contrairement à l'attaque internationale qui a loupé ses objectifs le 14 de ce même mois. Ces volées de coups répétées montrent que l'Iran aurait dû réfléchir avant de venir narguer Israël sur son palier.  

Mais le plus bel exploit qui restera gravé dans les annales de l'histoire, c'est certainement la confiscation du programme nucléaire iranien, à environ mille six cents kilomètres d'Israël. Netanyahou a fait état lundi soir (30 avril 18) d'une demi-tonne de documents saisis, soit cent mille documents secrets prélevés dans les archives secrètes de Téhéran. En comparaison, le légendaire (et imaginaire) James Bond passe pour un minable. Alors que ce dernier parvenait après bien des péripéties et un suspens à la limite de l'insupportable, à ramener un tout petit microfilm, le Mossad a pour sa part saisi un quintal de documents secrets et de preuves accablantes en démasquant les menteurs patentés qui continuent de nier la main dans le sac. Il faut dire que leur doctrine religieuse encourage le mensonge, en dehors du fait que là où elle prend racine, peu à peu le désert avance.

Cette opération sans précédent s'inscrit dans la période qui relie les fêtes de Pessah et Chavouot, de la sortie d'Egypte au don de la Torah. Après l'effroyable recul résigné d'Israël traduit par des événements que l'on ne pensait plus possibles, comme l'introduction des structures terroristes au beau milieu de son territoire ou l'expulsion inouïe des Juifs de Gaza, on aimerait y voir le signe d'un redressement durable qui, en s'inscrivant dans la lignée glorieuse des événements de l'indépendance et de la libération de Jérusalem ou encore de Hébron, vient contrebalancer la difficile période qui marque le deuil encore observé aujourd'hui de l'épidémie ayant décimé les vingt-quatre mille disciples de Rabbi Akiva, à l'époque de la Michna.

Quant à la leçon que nous pourrions retenir, dans ce rapprochement évident entre la tournure de la guerre des Six Jours et de l'opération de saisie du programme iranien, ce que toutes les puissances occidentales réunies ne sont pas parvenues à réaliser, c'est de faire preuve d'humilité devant le Créateur qui rassemble les exilés des quatre «ailes» de la terre, et qui nous «donne la force de vaincre».

Savoir le remercier, et ne pas oublier que la dimension du peuple d'Israël a toujours été intrinsèquement liée à son D., consiste dans une composante clé qui a accompagné le peuple juif tout au long de son histoire. Le Rav Chabtaï Sabato, recteur de l'école talmudique du village de l'Observatoire de Jéricho, et connu depuis longtemps pour son explication linéaire du Talmud en plus de mille cassettes (numérisées depuis), a insisté sur l'humilité que doit ressentir l'homme vis-à-vis de son Créateur et des forces établies dans la nature. Que l'homme ne s'enorgueillisse pas en se disant qu'il a conquis la planète et l'espace. Si la catastrophe qui a vu dix jeunes d'une école périr emportés par un torrent de pierres et de boue, la leçon à l'échelle nationale consiste précisément dans cette humilité.

Pour revenir à l'issue de la libération de la Judée-Samarie, on est malencontreusement passés de la terrible sensation d'un étau mortel écrasant Israël à une prétention qui a consisté à prendre les Arabes pour les pires idiots de la terre, en illustrant ce sentiment notamment par l'abandon des soldats égyptiens de leurs chaussures pour mieux prendre la fuite, revenant tout à coup à l'état sauvage et se débarrassant d'atours encombrants et superflus pour eux. Il faudrait éviter, suite à la présente opération en Iran, de retomber dans ce travers, qui consisterait à se flatter en prenant les Iraniens pour des arriérés, même s'ils peuvent l'être par ailleurs. Il faut reconnaître la סייעתא דשמיא  , l'Assistance Providentielle, quel que soit le degré d'intelligence et d'audace mis en œuvre pour la réussite des opérations de l'armée ou des services secrets.

Le copilote de l'opération Entebbe révéla au début des années 90, qu'à leur arrivée sur les lieux, une imprécision de leurs cartes et appareils lui donnèrent un horrible doute, si bien qu'il commença à se demander si le commando n'avait pas dépassé l'aéroport où étaient parqués les otages d'Air France. C'est alors qu'il le vit s'allumer. Il décrit ce qui lui parut être un chandelier de Hanoukka sous ses yeux. Les Asmonéens sont victorieux, malgré leur petit nombre et leur armement proportionnellement dérisoire, mais ils sont précédés par la Présence Divine. Il ordonna alors l'atterrissage. Et les lumières s'éteignirent instantanément. Il arrive également que des gens laïcs deviennent religieux suite à des opérations périlleuses.

Si Israël doit servir de phare pour l'ensemble de l'humanité dont les yeux sont, quoi qu'il arrive, constamment rivés sur ce tout petit pays, ce n'est pas en prenant la matraque des mains de ses agresseurs pour leur permettre de se reposer en continuant à se frapper tout seul, mais au contraire en leur infligeant de cuisantes défaites. Un dénominateur  commun caractérise les divers développements glorieux de l'histoire récente d'Israël. Il s'agit du côté rationnellement irréalisable. En toute logique, les médias européens avaient en 67 dressé le bilan de l'histoire des Juifs : «Ils auront réussi à garder leur indépendance pendant dix-neuf ans». Les mêmes pays rationnels et sceptiques ont, motivés par leur lâcheté inhérente, signé des accords avec l'Iran, en feignant de croire à ses mensonges, bien qu'ils n'aient jamais pu établir la vérité, puisque les inspecteurs de l'IEA étaient systématiquement menés en bateau dès qu'ils arrivaient pour effectuer des contrôles, ou alors ils visitaient des endroits qui n'étaient pas les bons. Et on préfère sinon fermer les yeux, du moins porter des œillères, et, tel l'âne dirigé par son maître ânier, regarder là où il le réclame. Les révélations indiscutables apportées par Israël quant à la réalité des intentions de Téhéran sont pour le moins gênantes pour l'Europe, France et Allemagne en tête.

Ce travail de Netanyahou rappelle le fond de la polémique chez les Juifs qui vivaient aux Usa pendant la seconde Guerre mondiale. Fallait-il révéler aux Alliés le génocide ou exiger du gouvernement américain une intervention directe ? En Europe, on a longuement tergiversé : «Est-ce vrai ce que l'on raconte ? Y aurait-il réellement des camps d'extermination?» S'il s'est avéré plus tard que toutes les forces en lice savaient, c'est qu'elles préféraient fermer les yeux.

Les questionneurs minés par l'incompréhension et  motivés par la révolte ou l'indignation morale qui consiste à se demander comment il a pu être possible que l'on n'ait pas su, ou comment il a pu être possible que l'on n'ait rien fait trouveront peut-être des explications dans un contexte plus abordable car actuel : l'indifférence des démocraties occidentales même après que Netanyahou a fait lesdites révélations a priori fracassantes. A la limite, Netanyahou pourrait être considéré comme naïf. «Mais vous le savez bien que ça ne sert à rien d'apporter des preuves. Ils le savent très bien, tout ça», pourrait-on lui rétorquer. Il aura au moins eu le mérite d'avoir confondu les menteurs et ceux que leurs mensonges arrangent et confortent.  

A moins de trouver au contraire dans la même attitude molle de l'Occident de grandes qualités. Car si Israël a été capable de piquer aux Iraniens, à leur nez et à leur barbe, leur programme nucléaire, tout comme il avait récupéré ses vedettes bloquées par l'animateur de radio-Londres, il sera bien capable, le moment venu, de confisquer à l'Iran ses ogives nucléaires. Et si Israël n'a pas à ce jour liquidé les dirigeants du régime iranien, Ali Khamenei et les autres, dont son prédécesseur Ahamdinejad, ni Nasrallah qui se terre dans son bunker, c'est que probablement ce sont des agents du Mossad.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:30

Loin de réagir et de satisfaire ses électeurs, Netanyahou s'est inscrit dans la ligne droite des accords d'Oslo, continuant à foncer droit dans le mur. Ce mur, c'est probablement le mur de  sécurité, qui endort l'opinion et cherche à la conforter, laissant entendre que, puisque ce mur nous défendrait, pourquoi s'inquiéter de ce qui se passe de l'autre côté, et pourquoi par conséquent s'opposer à ce qu'il y ait un Etat terroriste?

La tête dans le mur. Qui n'a pas entendu cette expression israélienne, Rosh bakir, qui désigne un entêtement borné à s'attacher à une voie vouée d'avance à l'échec, attitude pour laquelle opte quiconque refuse de tenir compte de certaines réalités qui ont pu lui échapper. «Non, monsieur, ici c'est une impasse», pourrait-on dire à celui qui s'obstinerait à essayer de poursuivre son chemin alors qu'il s'est engagé dans un cul-de-sac. «Vous devez repartir en arrière… Bien sûr, vous allez vous éloigner de votre destination. Mais il vous faut sortir de l'impasse, contourner le pâté de maisons et reprendre la rue principale.» On s'attendrait en principe à être écouté et remercié poliment. Mais pas à ce que la personne nous réponde: «Mais non. Je sais ce que je fais. Seuls les novices ou ceux qui ne comprennent rien à rien pensent que c'est une impasse. Il ne faut pas se décourager, ça va passer.» Je sais qu'il y a des noms pour qualifier une telle attitude, mais ils relèvent d'un contexte médical précis.

A une certaine époque, nous avions en Israël deux partis dominants, le Likoud, parti rassembleur, et le Ma'arakh, parti travailliste. Le premier défendait dans sa charte les droits du peuple juif à s'installer sur l'ensemble de la partie ouest de la terre d'Israël, le second pensait que des concessions douloureuses apporteraient une messianique paix. Quand le Ma'arakh a repris le pouvoir, il a abrogé la loi interdisant l'intelligence avec l'ennemi terroriste, a fait des concessions douloureuses avec un grand sourire, mais a refusé de déchanter quand la réalité vécue des dites concessions a démenti la paix idyllique, religieusement escomptée pour devenir cauchemardesque. Si le Ma'arakh appuyait encore plus fort sa tête contre le mur, en soutenant que si les terroristes étaient restés méchants, c'était parce qu'on n'avait pas été assez gentils avec eux pour les convaincre de nous aimer, le public, lui, malgré une arnaque propagandiste travaillant sur l'affectivité pour submerger les capacités d'analyse cartésienne, a préféré se rabattre sur le Likoud.

Ce qui avait fait voter Ma'arakh, c'était la certitude distillée par ce dernier qui voulait que, tant qu'on n'aurait pas essayé de faire la paix avec les terroristes, on ne pourrait jamais affirmer avec certitude et en toute honnêteté que ça n'aurait pas marché, et on ne pourrait que se dire qu'on s'est borné à refuser une occasion historique de transfigurer non seulement les relations des pays arabo-musulman envers Israël, mais de créer un nouveau Moyen-Orient. Le pacte avec le diable devait le dédiaboliser. On a voté, on a vu et on a compris. On a essayé, et on a compris que c'était réellement de la folie furieuse.

Ce qui s'est passé pendant la nuit qui a suivi les élections qui ont de nouveau destitué le Ma'arakh vaut la peine d'être retenu. Mais si on remonte juste quelques jours en arrière, c'est fort de manipulation médiatique. Le leader du Ma'arakh, à l'époque Pérès, toujours le même, avait été donné gagnant par tous les journaux, avec des résultats variant de quatre à sept points d'avance sur son rival. A la fermeture des urnes, il était toujours donné gagnant. Mais, à mesure que le dépouillement des voix avançait, son avantage se resserrait. Les commentateurs, les spécialistes en tous genres, de l'extrême gauche jusqu'à la gauche, étaient partis pour une nuit blanche radiophonique.

Ce qui est intéressant, c'est qu'ils étaient unanimes sur un argument, confirmé et rabâché dès minuit, et on pouvait entendre la litanie suivante : «Même s'il s'avère pour finir que la victoire de Pérès ne tiendra qu'à une voix d'écart, nous pourrons légitimement continuer les accords d'Oslo. Parce que c'est ça, la démocratie. Et ça fait partie des règles du jeu». Or, à cinq heures du matin, coup de théâtre, le journaliste de service, en direct, perd les pédales. Il annonce un retournement de la situation, et espère à haute voix qu'il ne peut s'agir que d'une erreur, et qu'il attend un démenti qui n'allait certainement pas tarder. Inutile de préciser que la victoire du Likoud se fit avec bien plus d'une voix d'écart, et que son nouveau dirigeant, Netanyahou, aurait pu se référer aux affirmations des spécialistes de la radio, pour revendiquer la légitimité du changement de cap qui s'imposait et qui, logiquement, allait faire oublier les catastrophiques accords d'Oslo, dont la réalisation avait profité des faux espoirs insufflés à la population, et de tirades fortement démagogiques et implacables comme celle qui exigeait que c'est avec ses ennemis qu'on fait la paix. «Eh ben oui, forcément», s'était-on dit trop facilement.

On peut aussi ajouter au contexte électoral, outre le «juste châtiment» et la sanction qu'aurait mérité Netanyahou pour le meurtre de Rabin («Tu as tué, et voilà que tu as hérité !», vitupéraient à longueur de journée les intellectuels interviewés), que les médias avaient fait passer sa possible victoire pour apocalyptique. «Si le Likoud reprend le pouvoir, c'est la guerre!» disaient à mi-mot ou de vive voix les maîtres de la pensée prémâchée. Pourtant, encore tout au début, beaucoup de férus de démocratie vraie fêtèrent cette victoire. Oslo et les terroristes allaient être balayés dans les oubliettes de l'histoire. Les propagandistes n'avaient qu'à bien se tenir. Ils avaient d'ailleurs préparé leurs valises avant qu'une mauvaise pitié ne les laisse maîtres de la place et torpiller toute volonté saine de ramener la tranquillité et la joie de vivre dans le pays.

Le nouveau premier ministre aurait dû s'atteler à la tâche avec méthode, faire valoir l'illégalité des accords, et poursuivre pour haute trahison les responsables politiques qui avaient manigancé pour importer les terroristes de l'Olp, les armer et leur donner un champ de manœuvre, à savoir les territoires placés sous leur autonomie exclusive, ou, à défaut, se contenter de s'appuyer sur l'irrespect des clauses par la partie adverse pour désengager Israël, un accord, quel qu'il soit, étant invalidé dès que l'une des partie engagées s'en dédit concrètement. Il devait en outre rétablir l'octroi des prêts hypothécaires qui avaient été l'unique mesure prise par le gouvernement Rabin pour geler la construction, en dehors des centaines de maisons construites dans les derniers soubresauts du gouvernement Shamir-Sharon, alors que ces derniers, brusquement conscients de leurs manquements à la volonté de l'électorat, sentaient qu'ils perdraient probablement les élections conséquentes aux accords de Madrid.

Malheureusement, le lendemain, le vainqueur frais émoulu déclarait piteusement qu'il respecterait tous les accords signés par ses prédécesseurs. C'était à se demander pourquoi il s'était présenté. Pendant près d'un an, c'était comme si le Ma'arakh avait gagné. Les électeurs, les membres actifs, les bénévoles qui avaient participé à la campagne n'y comprenaient plus rien.

Il aura fallu qu'un événement tragique survienne, l'assassinat de sang froid par des terroristes musulmans d'Ita Tsour et de son enfant, Ephraïm, pour que Netanyahou semble enfin se ressaisir. Il se rendit personnellement à l'enterrement des victimes de l'antisémitisme arabo-musulman très agressif sur la terre d'Israël mais rebaptisé depuis longtemps «nationalisme», et sembla approuver le veuf et père éploré, Yoël Tsour qui, stoïquement, retenant ses larmes, affirma que le peuple juif contre ceux qui l'assassinent répondait à la mort par la vie, et puisque les ennemis d'Israël considéraient comme plus grave de voir les Juifs se multiplier et s'étendre que de subir dans leur camp des pertes dites humaines, qu'un nouveau quartier, sur la colline déserte surplombant le cimetière, allait voir le jour à la mémoire des disparus.

Les plaisantins de la génération profitèrent de la situation pour jeter le discrédit et accuser le village victime de cette tuerie de « danser sur le sang». Tragique ironie de la politique bégayante de Netanyahou: au lieu de construire tout simplement parce que des centaines de milliers d'électeurs l'avaient mandaté dans cet objectif, il ne prit de résolution qu'à partir de cette énième utilisation des armes d'Oslo ; et encore, il ne réagit que partiellement. S'il permit peu après aux banques de renouveler les prêts bloqués par le gouvernement Rabin, il ne fit rien fait pour modifier le statut de terrains risquant à tout moment faire l'objet d'une revendication de particuliers hostiles se basant sur des documents remontant à l'occupation ottomane ou jordanienne. Tous ceux qui avaient occupé la terre d'Israël pendant l'exil de ses habitants, avaient annulé les prérogatives des précédents, sauf, à son retour, Israël. Et si l'attentat date de décembre 96, par voie de conséquence sur le long terme, la destruction des trente logements du quartier préconisé par Yoël Tsour date de juillet 12, soit seize ans plus tard, et qui plus est sous l'égide de ce même Netanyahou qui semblait avoir pourtant approuvé cette aspiration par des hochements de tête, au cours du double enterrement de la mère et de l'enfant.

Il va sans dire que les médias n'ont eu de cesse qu'ils n'aient jamais mis le Premier ministre au pied du mur, et ne lui demandèrent jamais tout simplement ce qu'il faisait de l'opinion de ses électeurs. Cette trahison récurrente s'est répétée avec le gel de la construction, l'expulsion des habitants de Migron, après la destruction, une nuit d'hiver, de trois de leurs maisons, l'expulsion des acquéreurs d'un bâtiment de Hébron, avant Pessah l'année dernière, et, tout dernièrement, la prise pour ainsi dire des pleins pouvoir, depuis qu'il interdit au ministre du Logement, Ouri Ariel, de valider tout appel d'offre pour les grands projets immobiliers des villes de Judée-Samarie comme Ariel ou Modi'in Ilit, et de Jérusalem, là où il est permis de se demander si une telle mesure ne serait pas illégale, le statut des zones de la ville récupérées à la suite de la guerre des Six jours n'étant pas soumis à l'administration du ministère de la Défense, mais étant l'égal de Ramat-Gan ou de Kiryat-Gat. La situation est aberrante. Alors qu'en 94, Yossi Sarid, le champion de l'extrême gauche, s'emportait quand on lui demandait s'il voulait renoncer à la moitié de Jérusalem, Netanyahou, champion a priori de la droite, empêche les quartiers juifs de s'y épanouir deux décennies plus tard.

Concrètement, par conséquent, depuis que Netanyahou a pris la direction du Likoud, plus aucun gouvernement ne tend plus à «judaïser» la Judée pour faire en sorte que le nationalisme exacerbé du monde arabe qui cherche à s'accaparer le territoire d'Israël – et pas seulement les régions reprises en 67, contrairement à ce que l'ensemble de la caste politique et journalistique passe son temps à se convaincre du matin au soir – s'amoindrisse et tente peu à peu à disparaître. Au contraire, la non construction et la menace d'expulsion qui pèse sur les Juifs (voir les précédents du Sinaï et de Goush Katif, malgré la précarité de la situation sécuritaire et les guerres impliquées directement par les mêmes précédents) galvanise l'appétit des ennemis d'Israël territoriaux, et conforte l'Europe et les E-U dans leur attitude d'ennemis ex-territoriaux.

Il est évident, contrairement à la litanie politico-journalistique, qu'une revendication formelle confirmée dans les actes de la Palestine par les Palestiniens juifs, soulignée d'un refus que leur appellation leur soit arrachée pour être attribuée au tout venant des populations arabo-bédouines accourues des alentours et devenues au regard de l'attitude israélienne frileuse les «propriétaires», et une israélisation massive de la Samarie qui se trouve à deux pas de Tel-Aviv, fera admettre à l'opinion et à ses faiseurs le point de vue du Juif redevenu Judéen.

Les discours de Netanyahou sont au moins aussi brillants que l'argumentation des défenseurs d'Israël et de ses droits légitimes, mais ils ne sont pas suivis par des actes. En hébreu, en anglais, et même en français, il sait chanter l'espérance multimillénaire et les souffrances d'un peuple enfin revenu chez lui. Il sait dire avec brio que les mouvements terroristes ont un double-langage, l'un en anglais, l'autre en arabe, mais que si l'Occident leur font confiance en anglais, lui ne les considère comme sérieux que sur la base de l'arabe. Mais, concrètement, il est toujours aussi difficile, si vous êtes juif, d'obtenir un permis de construire à dix minutes de route de Jérusalem.

Dans la pratique, Netanyahou obéit aux injonctions du président américain. Il y a un peu moins de vingt ans, c'était Clinton. Dès l'investiture de son deuxième mandat, il est parti chez Obama. «On arrête la construction pour dix mois», avait-il rapporté dans ses valises. Officiellement, le but de ce gel était de montrer que l'impasse des pourparlers avec les terroristes n'était pas imputable à Israël. Mais réellement, c'était parce qu'Obama ne voulait pas. Le nouveau gel, et ce malgré l'attribution du ministère du Logement à un militant des droits d'Israël sur l'ensemble de son territoire, à savoir Ouri Ariel, lui-même habitant d'une implantation juive de taille moyenne, Kfar-Adoumim, sur la route de la Mer Morte, est la conséquence directe de la visite d'Obama en Israël, survenue juste avant que Netanyahou ne termine de mettre en place sa coalition. Netanyahou est élu par le peuple d'Israël pour se soumettre, et le pays avec, aux ordres de l'Amérique. Cette soumission qui sape les bases de l'indépendance d'Israël est largement admise comme incontournable, justifiée bien entendu par les infatigables maîtres des mass-médias. L'erreur, s'il 'agit bien d'une erreur, est de s'imaginer que le soutien des USA à Israël serait motivé par une amitié qu'il serait dommageable de brimer, et non pas en raison d'un ordre mondial américain strictement dépendant de la carte de leurs intérêts. Beaucoup n'assouplissent en rien leurs positions, comme les Egyptiens ou Erdogan le Turc, rétorquent avec franchise aux interpellations d'Obama, sans pour autant changer la politique américaine à leur égard.

Pourtant, il faut reconnaître que Netanyahou a su, sur un point, et non des moindres, résister aux pressions obamesques, et ne pas se laisser impressionner par des menaces qui, comme nous venons de le voir ci-dessus, ne sont de toute façon pas exécutées. Obama avait très expressément exigé, ce qui remonte à leur tout premier entretien, de Netanyahou de procéder à un retrait des forces de Tsahal des villes administrées par Abbas. Mais Netanyahou a tenu bon. Pourtant, peu sont ceux qui ont fait attention à ce bras de fer, et pour cause. Tout le monde s'accorde aujourd'hui pour admettre que la sécurité retrouvée serait le résultat du mur du même nom. Or, la quasi-totalité des attentats résulte d'un déplacement motorisé des terroristes. Dans peu d'autres situations, le matériel passe au-dessus de la barrière, pour être récupéré par un acolyte, de l'autre côté.

Ce fut le cas d'un attentat déjoué alors qu'une ceinture d'explosifs était arrivée jusqu'à Tel-Aviv, avant d'être interceptée. Sous le gouvernement de Barak, lorsque Tsahal poursuivait des terroristes, il lui était interdit de dépasser la limite des zones attribuées à l'époque des accords d'Oslo à l'Olp. La classe politique voulait dans sa dialectique qu'Israël ne se mît pas lui aussi à ne pas respecter les accords, ce qui ferait perdre tout espoir tangible de voir l'autre partie abandonner le terrorisme pour les respecter un jour.

Inutile de préciser qu'il était fort rare que des terroristes se fassent prendre avant de refranchir cette ligne, et qu'ils avaient le champ libre de tout préparer sans être dérangés, le plus dur étant le passage par les régions où Tsahal restait en droit d'agir. Il aura fallu attendre l'opération Rempart, Homat Maguen, avec Sharon, pour que Tsahal réinvestisse la place. Aussi, dans les dépêches du matin, on peut voir régulièrement que tant de suspects recherchés ont été appréhendés. Ces mêmes suspects sont ceux qui, quand Tsahal avait été exclu de la scène, fomentaient les attentats et s'occupaient de toute la logistique de a à z, de la préparation des explosifs au recrutement des candidats aux attentats suicides, formés à cet effet. Alors à quoi sert ce mur? Comme mentionné plus haut, il sert paradoxalement les intérêts de l'extrême gauche et des partisans de l'intérieur comme de l'extérieur à la fondation d'un Etat terroriste à un pas de l'aéroport international Ben-Gourion. Puisque le mur serait le facteur ayant pratiquement mis un terme aux attentats, Israël n'a plus de raison d'être présent des deux côtés. Et c'est là que se trouve le véritable danger. En effet, si Netanyahou arrivait à la solution d'un Etat arabo-musulman dit palestinien, quel motif pertinent aura-t-il l'intention d'invoquer pour ne pas retirer totalement Tsahal des bastions qui entourent Jérusalem sur trois côtés, jouxtent Netanya, Kefar Saba ou Petah-Tikva?

Par conséquent, on comprend que cet acharnement à ne pas s'affranchir des conceptions des «territoires contre la paix», «des accords d'Oslo», «des deux pays pour deux peuples», sous toutes sortes d'étiquettes, ne peut présager de solution juste et viable. La nation arabo-islamique ne veut pas d'Israël, et elle ne se contentera pas des régions perdues par Israël en 49 pour être reprises en 67. Le conflit est antérieur à cette dernière date, et ce qu'ils appellent la libération de la Palestine ne se limite pas à leur mainmise sur les villes à forte population arabe et interdites aux Juifs, n'en déplaise aux politiciens de l'intérieur, qui veulent penser à la place de nos ennemis ce qu'ils pensent vraiment.

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 13:07

L'image du déroulement de la libération du Mont du Temple au cours de la guerre des Six jours s'est arrêtée dans beaucoup d'esprits sous la forme suivante: après avoir écrasé et mis en fuite la légion jordanienne, réputée comme l'une des plus puissantes du monde arabe, Moshé Dayan accepte la capitulation musulmane, mais, «beau joueur», ou complètement dépassé par les événements, il remet simultanément aux autorités musulmanes la clé du lieu le plus saint du judaïsme. Selon cette compréhension, ce dernier ne serait resté qu'un très court instant entre les mains d'Israël, autrement dit jamais. On ignore souvent pourtant qu'une synagogue et un beth midrash, centre d'étude juif, y ont été ouverts et ont été fréquentés pendant plusieurs semaines. Le livre d'Avi Rat, Beoz Veta'açoumth (Avec ardeur et détermination) donne un nouvel éclairage sur une période occultée.

On a trop tendance à considérer aujourd'hui que le gouvernement de Lévy Eshkol, dont Moshé Dayan incarna les fonctions de ministre de la Défense, aurait été trop effrayé par une sorte d'accélération de l'histoire, et préféra ne pas mettre la main sur le Mont du Temple, pour ne pas réveiller les démons qui se seraient jetés sur le jeune Etat d'Israël qui n'avait, ne l'oublions pas, que 19 ans. Nous allons citer ici quelque passage de l'édifiant travail de documentation de l'auteur israélien Avi Rat, qui a rassemblé d'innombrables documents, des coupures de presse aux interviews couchées sur le papier, afin de dresser le parcours du grand rabbin de Tsahal, le Rav Shlomo Goren, dont de nombreux événements vécus se fondent dans l'histoire de la renaissance du peuple juif sur sa terre.

L'ouvrage est présenté comme une autobiographie, bien que l'auteur reconnaisse que si le grand rabbin militaire avait lui-même écrit ses mémoires, il aurait peut-être mis l'accent sur d'autres points que ceux choisis ici. (p294, édition Yédi'oth Sefarim).

«Nous nous implantâmes solidement sur le Mont du Temple. J'y ouvris un institut, près de la porte des Occidentaux (Cha'ar haMograbim) et j'y accrochai une enseigne: "L'institut du rabbinat militaire sur le Mont du Temple". (…) Nous commençâmes à y prier régulièrement. Nous procédions à la lecture des rouleaux de la Torah que nous avions mis à notre disposition sur le Mont du Temple, où nous entreposâmes également des livres saints. Pendant la période où j'exerçais mon autorité sur le Mont du Temple, j'avais convoqué le corps du génie militaire pour lui demander de prendre des mesures précises. Ils travaillèrent pendant environ deux semaines sur les relevés, et mirent au point des cartes qu'ils me remirent. Je désignai dix officiers du Mont du Temple, et les dotai de brassards qui portaient l'inscription: "Officier du Mont du Temple." Ils y exercèrent pendant toute cette période, qui dura à peu près quarante jours, à compter de la libération du Mont du Temple, jusqu'au moment où Dayan l'offrit aux Musulmans.

Un jour, Dayan vint me voir et m'annonça que je devais plier bagages et abandonner l'institut qui se trouvait sur le Mont du Temple, qu'il fallait enlever les livres et tout ce que nous possédions sur place, et congédier les officiers, parce qu'il avait remis l'autorité des lieux au Waqf musulman. J'eus le sentiment de recevoir un coup de tonnerre au beau milieu d'un jour serein. Il me dit qu'il le faisait en conformité avec la position du gouvernement. Je le mis en garde contre le fait de confier le Saint des Saints de la nation au Waqf musulman, fervent ennemi d'Israël. Or, bien que Begin était lui aussi membre du pouvoir, du gouvernement de l'union nationale, il agit très faiblement pour défendre nos intérêts et nos droits, ni pour la caverne de Makhpella, quand il apprit que la question était critique, ni pour le Mont du Temple.

Le 9 av 5727, je me fis accompagner d'un public d'environ cent fidèles, et montai sur le Mont du Temple en passant par la Porte des Occidentaux. Nous récitâmes la prière de l'après-midi, lûmes la Torah et je pris le dernier passage suivi du Prophète (Isaïe 56, 7) qui s'achève en ces termes: "Et Je les ramènerai sur Ma montagne sainte, Je les réjouirai dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront acceptés sur mon autel, car ma maison, maison de prière, sera ainsi nommée pour toutes les nations. Parole de l'Eternel Cevaoth, rassembleur des rejetés d'Israël, je les rassemblerai certes en ce lieu".

Le lendemain, le journal Haaretz informa ses lecteurs de cet événement. Ils ajoutèrent que les Arabes envisageaient de manifester contre ma personne dans la Vieille Ville. Ils étaient remontés contre notre prière et ma déclaration de revenir pour le shabbat de la Consolation, la semaine suivante, en invitant cinquante mille fidèles à me rejoindre, afin de prier et de revendiquer notre droit sur le Mont du Temple, et pas seulement sur le Mur Occidental. Je précisai que je n'avais pas l'intention de porter atteinte aux mosquées, mais seulement d'exercer notre droit de prier en cet éminent lieu saint.

Le jeudi qui précéda ce shabbat, je reçus un coup de téléphone de Dayan. Il me parlait depuis la réunion ministérielle, et m'informa que le gouvernement avait décidé d'exiger de moi l'annulation de la prière sur le Mont du Temple. Je lui fis part de mon refus. Il me demanda alors au nom du Premier ministre d'accepter au moins de repousser cette prière à une date ultérieure. Je lui répondis que s'il était juste question de la reporter à un autre shabbat, j'acceptais, à condition qu'il m'informât de quel shabbat il serait question, et qu'il conclût avec moi un accord. Il était d'accord, et me demanda de faire stopper les messages diffusés en permanence à la radio, et qui invitaient cinquante mille fidèles à me rejoindre. J'acceptai qu'il transmît en mon nom que la prière était repoussée. Mais la parole de Dayan ne pesait pas lourd, et toute la journée et la nuit suivante, il fit diffuser sur les ondes à dix reprises que j'annulais la prière et non pas que je la reportais.

Tous les jours de  ma vie, le remord me ronge pour avoir renoncé si facilement à notre droit de prier sur le Mont du Temple. J'aurais dû démissionner de l'armée et tout faire pour que nous puissions continuer à prier sur le Mont du Temple.

Au moment où la charge du Mont du Temple fut cédée au Waqf, la porte des Occidentaux ne nous était pas encore réservée, et nous entrions par la Porte des Lions. Les Arabes la condamnèrent avec des planches. Pendant cette même période, nous nous réunissions pour des congrès du rabbinat militaire sur le Mont du Temple, des journées d'études approfondies et des prières. Quand je vis que la porte était fermée, j'ordonnai à l'un des officiers de prendre un levier sur l'un des tanks, de  l'apporter et de briser le portail, et c'est ainsi que nous entrâmes. Quand nous voulûmes ressortir, ils fermèrent la porte des Occidentaux avec une clé qu'ils refusèrent de nous remettre. Je contactai le commandant de la région et demandai de m'envoyer un bataillon de jeeps avec des canons afin de forcer le portail qui était très solide. Il informa les Arabes que s'ils s'obstinaient à refuser de nous remettre la clé, nous enfoncerions la porte. Ils capitulèrent, et le commandant de la région appela Dayan et des photographes, et ils s'introduisirent par cette porte. Aujourd'hui encore, la photo où l'on peut voir Dayan et Ouzi Narkis passer par la porte des Occidentaux est restée célèbre. Il fut décidé que cette porte resterait sous l'autorité de la police militaire et qu'elle serait empruntée par les Juifs.»

Le Rav Goren précise ensuite que les relevés effectués par le génie militaire ont permis de déterminer avec précision qu'il est permis ou interdit de fouler sur le Mont du Temple. Avec un groupe restreint de fidèles, le Rav continua à disposer d'une certaine immunité qui lui permit de continuer à se rendre sur les lieux, à prier et se prosterner face contre terre, comme à l'époque où le Temple était encore en place. Il organisa même un office de Kippour l'année qui suivit la libération de la ville.

Cette politique émanant du pouvoir de l'intérieur et qui porte atteinte aux droits les plus légitimes du peuple juif ne date pas d'aujourd'hui, quand nous assistons impuissants aux décisions de gel sélectif de la construction qui ne passent plus depuis longtemps aux yeux du monde pour des gestes de bonne volonté, mais pour une attitude on ne peut plus normale. «Tes destructeurs et les auteurs de ta ruine proviennent de toi.»(Isaïe 49, 17) Le grand rabbin de Tsahal ne cessa de reprocher à Dayan, ministre de la Défense, d'avoir remis de ses propres mains et délibérément le Saint des Saints aux adeptes d'un autre culte. Dayan se défendit en soutenant que le gouvernement était d'accord et que personne n'avait réellement tenu ni exigé qu'une partie au moins de l'esplanade du Temple fût consacrée à la prière des enfants d'Israël.

Ce témoignage nous enseigne sans ambiguïté qu'il ne fut jamais question d'une sorte de frayeur qui aurait empêché le gouvernement d'investir le lieu le plus saint du judaïsme, mais que, bien au contraire, la souveraineté totale d'Israël s'y était exercée pendant quarante jours.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 22:51

La foi est-elle produite par la mode et les spectacles ou est-elle profondément ancrée dans les consciences ? Peu après l'indépendance d'Israël, et à l'approche du jour de la réunification de Jérusalem, cette question vaut la peine d'être creusée.

Aux principes fondamentaux de la foi d'Israël s'impose depuis quarante-six ans une foi de substitution, superficielle et artificielle, ou une certaine forme de culte étranger, qui cherche à supplanter le lien authentique qui rattache ce peuple à ses racines morales et spirituelles. Pourquoi un nombre si précis d'années?

Parce que cet idéal mutagène de paix universelle, qui renie les voies tracées depuis la nuit des temps dans l'authentique tradition où s'inscrivent l'exil et le retour, et qui cherche à en modifier l'aboutissement, quand un Camp David veut à tout prix écraser l'avènement de la descendance du véritable roi David, a obtenu une monnaie d'échange, à marchander et négociable, le Sinaï et l'axe géographique des principaux sites originaux de l'histoire juive, s'étendant de Sichem au Nord à Hébron au Sud.

Les adeptes de cette foi usent des moyens qu'offrent les médias et les spectacles pour miser sur l'émotion du grand public ou se jouer de lui. Cependant, nous allons voir que l'interpellation de l'émotion, qui remplace plus qu'elle ne complète un véritable travail de fond, a existé bien avant l'invention du cinéma et de la télévision.

***

Il y a bien longtemps, encore jeune écolier, je m'étais mis à lire le livre des Rois. Connaissant par tradition familiale le récit de l'esclavage en Egypte et de sa sortie, événement couronné par le don de la Torah et l'entrée en terre d'Israël, où devait culminer le Temple, (ces éléments figurent eux aussi dans la Haggadah, dans le chant Dayénou, Cela nous aurait suffi) je fus effaré de lire que des rois d'Israël s'adonnèrent à l'idolâtrie, alors que D. avait tiré les ficelles de l'histoire afin de voir son règne éclairer le monde en rayonnant de Jérusalem, où devait se réaliser la jonction entre le pouvoir céleste et le pouvoir terrestre.

Mais, comble d'horreur, le roi Jéroboam (I Rois, XII, 28-29) empêche le peuple d'Israël d'adorer D., et le contraint à faire des offrandes à deux idoles, deux veaux d'or (décidément notre bête noire attitrée), qu'il érige à Beit-El et à Dan. En refermant le Livre, j'ai regardé autour de moi, et je me suis dit : «Heureusement que je ne vis pas à cette époque terrifiante ; heureusement que l'injustice entre les hommes, et à plus forte raison une iniquité d'Etat, sont aujourd'hui révolues.»

Cette douce impression devait s'estomper d'abord, pour finalement s'évanouir. Et pourtant, dans un premier temps, en refermant mon livre, comme j'ai pu être bercé par les nouvelles, par cette paix signée entre Israël et son très ancien oppresseur, l'Égypte, avant de comprendre, bien plus tard, que j'étais loin d'avoir été le seul à m'être laissé berner par cette ambiance d'une ère de paix factice, plus forte encore que le messianisme biblique, introduite par des mises en scène que le progrès de la télévision a su mettre à la portée du monde entier.

Qui n'a pas vu, qu'il fût âgé de sept ans ou de soixante-dix-sept, ce happy-end de l'histoire mondiale, dont le souvenir le plus ancien, les relations pharaoniques et hébraïques, remontaient sur le devant de la scène, comme pour boucler la boucle?

Qui n'a pas assisté en direct à la reddition du vainqueur en faveur du vaincu, cette capitulation voulue par les dirigeants israéliens, cette signature d'un accord de paix tant attendu, censé faire du loup qu'est l'Egypte, et que seule une série ininterrompue de miracles a empêché de ne faire qu'une bouchée d'Israël, le voisin pacifié de la brebis ? Cette cérémonie avait tout pour plaire. Le président de la plus grande puissance du moment supervise le parachèvement heureux des destinées de la terre, par ce très officiel accord de paix.

Il n'est cependant pas erroné de considérer que l'éblouissement et l'énorme satisfaction suscités par cette fin en apothéose ne s'alimentaient pas à la source de l'optimisme, ou que ceux qui, en Israël, dont les sentiments allaient du scepticisme à la sensation de s'être fait duper, refusèrent de s'en émouvoir, ne souffraient pas nécessairement de pessimisme. Comme dans beaucoup d'affaires concernant l'Amérique, on a trop souvent tendance à réduire la réalité à l'image rendue au travers du prisme du rêve, voire du fantasme, cinématographique. Or, la vie continue, et la terre ne s'arrête pas de tourner à la suite de chaque happy-end, ou chaque fois que le mot fin apparaît. Un optimisme forcé, artificiel, reste le lot du spectateur qui joue le jeu de la production hollywoodienne, soit par manque de connaissance des enjeux et des réalités de terrain, comme ce fut le cas du jeune écolier ébahi que j'étais, encore bien trop jeune pour analyser le terrain, soit par autosuggestion, en dépit des exigences conjoncturelles.

Plus de trente ans plus tard, on ne peut que constater les dégâts. «Qui est l'homme avisé? Celui qui est (pré)voyant». (Traité Aboth). Du surarmement du Hamas de Gaza livré avec ou sans tunnels depuis le Sinaï, aux bombardements sciemment dirigés contre les civils d'Israël, en passant par l'attaque terroriste sur la route d'Ovda à Eilath, ou encore par l'immigration illégale qui a transfiguré le sud de Tel-Aviv, toutes ces plaies doivent être envisagées sous le regard du prisme des conséquences du happy-end tripartite Begin-Carter-Sadate.

Par ailleurs, à propos du remplacement de population qui touche une bonne partie de Tel-Aviv, il faut bien comprendre que, contrairement à ce qu'on voudrait bien croire, l'attitude des autorités et des mass-médias en Israël est exactement la même qu'en Europe. On a tendance à penser que les Israéliens ne se laissent pas submerger. L'équation commune est pourtant la suivante: «Si vous ne voulez pas devenir minoritaires dans vos propres pays, pour être remplacés d'abord démographiquement puis pour voir les derniers des vôtres se faire chasser ou anéantir, arrangez-vous pour avoir plus d'enfants que les ressortissants d'origine étrangère.»

La famille israélienne apporte ses quatre ou cinq enfants, certaines mères dépassent les dix, à l'instar de la génération captive en Egypte, pour les membres de laquelle le texte rapporte que, plus on les maltraitait, plus ils se multipliaient.

Quant à Carter, il est plus que probable qu'il savait pertinemment que le repli israélien du Sinaï n'apporterait que le chaos. En conséquence, son parti-pris contre Israël pendant toutes les années ultérieures aux célèbres signatures ne sont par en contradiction avec sa motivation pour cet accord, imposé à Israël par son administration.

L'Égypte, de son côté, avait tout à gagner: d'abord le Sinaï, que ses dirigeants n'ont pas réussi à reprendre militairement, pas même à la guerre de Kippour ; ensuite, économiquement, puisque ce pays, incapable de se prendre en main, vit de l'aide américaine. En ce qui concerne les «Frères» de Sadate qui l'ont assassiné, leur position, insensée, peut être comparée à celle d'un serpent qui s'empoisonnerait tout seul, ou d'un scorpion qui s'inoculerait de son propre venin. La politique des opposants de Sadate dans son propre pays consiste depuis le début à scier la branche sur laquelle l'Égypte est assise. Bien que les médias s'y intéressent assez peu à l'heure actuelle, elle est sur le bord de l'implosion. Et pour ce qui est de sa paix avec Israël, il ne lui manque plus qu'à lui rétrocéder le Sinaï, puisqu'elle ne s'acquitte plus du tout de ses obligations, et que la péninsule est devenue un nid de factions terroristes armées qu'elle n'ose plus affronter et sur laquelle elle n'exerce plus de facto son autorité.

Revenons aux chapitres des Rois. On ne doit pas juger son prochain tant que l'on ne s'est pas retrouvé dans sa situation. Ce sage principe fait que nous nous demandons quelle aurait été notre attitude si nous avions vécu à l'époque de Jéroboam, d'Achab ou de Ménaché. La Guemara (Sanhédrin 102b) rapporte qu'un éminent rabbin et enseignant évoqua son souvenir avec mépris: «Rav Achi termina son cours la veille d'une leçon qui porterait sur trois rois. Il dit à ses élèves: "Demain, nous ouvrirons le cours sur nos 'amis'." Vint Ménaché, qui lui apparut dans un songe. Il lui dit: "C'est nous que tu appelles 'tes amis et les amis de ton père'? De quel côté faut-il couper le pain quand on s'apprête à prononcer dessus la bénédiction?" Il lui dit: "Je l'ignore". "De quel côté il faut couper le pain, tu ne le sais pas, et tu nous appelles tes amis?"Rav Achi lui dit: "Apprends-le moi, et demain j'enseignerai cette halakha en ton nom." Il lui dit: "Là où la cuisson forme une croûte". Rav Achi rétorqua: "Puisque vous étiez si instruits, comment se fait-il que vous ayez fait de l'idolâtrie?" Il lui répondit: "Si tu y avais été, tu aurais soulevé le pan de ton manteau pour me suivre et courir plus vite". Le lendemain il commença sa leçon: "Aujourd'hui nous allons parler de nos maîtres". ».

Il est vrai que les Sages (Yoma 69b Zacharie V, 8) ont prié pour que fussent refroidies les pulsions extrêmement puissantes qui poussaient à cette forme de débauche, et qu'il est mal aisé pour une génération qui vit après l'exécution du mauvais penchant de l'idolâtrie de juger ceux qui le voyaient littéralement danser au milieu d'eux.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas interdit de trouver quelque similitude entre l'époque des Rois et l'époque du cinéma hollywoodien. Il semblerait bien que, de même que l'emballement provoqué par le cinéma, la mise en scène, le point de vue de la caméra, conquiert le spectateur moderne à la cause pour laquelle il est sensibilisé, la génération antique affectionnait le spectacle et fixait son opinion en fonction de l'impression qu'il lui laissait. Là aussi, il fallait que le film soit bon. L'impression l'emportait sur la raison.

Dans le livre des Rois (I Rois, XVIII), le prophète Elie défie les prêtres du Baal. Il les attaque sur leur propre terrain, celui du grand spectacle, si l'on peut dire. Il leur impose pour ainsi dire un concours, une compétition, d'où se développera une sorte de scénario. C'est à celle des deux «équipes», la sienne et celle de ces prêtres, qui réussira à invoquer la force divine dont elle se réclame pour qu'une offrande et le bois déposés sur un autel soient immolés sans que la main de l'homme n'y mette le feu. Le peuple accourt en masse. C'est dire s'il a le goût du spectacle. Le prophète exagère volontairement les effets théâtraux. «Criez plus fort, peut-être que c'est l'heure de sa sieste» (traduction libre). Il les relance, il se moque d'eux. Et que fait le public, pendant ce temps? Il ne perd pas une miette de la production, il est saisi par le suspens, et, hésitant, indécis, il est prêt bien entendu à se rallier à la cause du futur vainqueur.

Les prêtres idolâtres s'épuisent et s'avouent vaincus, mais espèrent le match nul. Puis, quand vient le tour du prophète, il accentue les effets. Il fait creuser une tranchée autour de l'autel, demande que de l'eau soit versée en grande quantité sur l'offrande, au point de remplir et de faire déborder la rigole. Il implore l'Eternel, et un feu dévorant descend du ciel, consumant les pierres de l'autel avec l'offrande. Le peuple se prosterne et reconnaît la suprématie de D.

Mais que signifie donc tout ceci? Un peuple dont la foi est ancrée dans sa tradition qui remonte aux patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui est sorti d'Égypte quatre cents ans après la naissance du deuxième, a été accompagné par la Présence Divine et sa manifestation évidente tout au long de sa libération, du don de la Torah et de son entrée en terre de Canaan, peut-il remettre en question la primordialité du fondement de son identité et faire dépendre son avenir et sa foi de l'issue d'un spectacle, avec tout le respect dû aux Ecritures?

C'est pourtant le stade où ils sont descendus pour que le prophète Elie s'implique de la sorte, et surtout pour que D. s'adresse au peuple dans le langage qu'il comprend, le langage du spectacle. Et que se serait-il passé si, par extraordinaire, les prêtres du Baal avaient réussi à allumer ce feu, et si D. avait décidé pour finir de ne pas révéler sa présence de la sorte?

Il est par conséquent possible d'admettre que l'homme dont la foi était suffisamment stable et profonde à cette époque et qui n'avait pas besoin de passer par un «concours» interpelant la superficialité de sa personnalité et provoquant une réaction quasi épidermique, préfigure celui qui, aujourd'hui, par effet inversement proportionnel, ne se laisse pas impressionner par le goût du spectacle des nouveaux partisans du Baal.

Aujourd'hui, D. ne se prête pas à ce jeu, et le fidèle doit prouver son attachement par la profondeur de sa foi et la solidité de ses convictions, motivées à présent par une tradition devenue multimillénaire. C'est pourquoi le Baal, demeuré seul acteur sur la scène, triomphe. Au point qu'un Carter sera dans l'impossibilité de garder son sérieux tout au long de la cérémonie, s'esclaffant sans cesse de la réussite de son tour.

Pourtant, ceux qui se délectent des effets propres aux spectacles sons et lumières devraient être attentifs aux effets à retardement, lorsqu'effectivement un feu surgit du ciel, mais propulsé sous la forme de missiles ; un peu comme si les événements venaient nous dire: «Vous avez apprécié le spectacle, vous avez applaudi le prêtre Carter et son autel, la fameuse "table" sur laquelle ont été signés les traités à répétition (cf. les accords d'Oslo), appréciez donc aussi comment le feu va s'abattre.»

Or, si l'idolâtrie était le faible des générations qui ont précédé la destruction et la dispersion, celle du retour en Palestine souffre d'un éloignement de la foi qui s'exprime sous une autre forme. Il s'agit moins d'une substitution de la foi en D. par un attachement aux cultes étrangers que d'un détournement d'une autre nature. Pour revenir aux similitudes ou différences entre la démonstration spectaculaire d'Elie le prophète d'un côté et les accords de paix à grand spectacle de l'autre, nous remarquerons que si le premier cas concerne le choix entre la foi en D. et l'idolâtrie, le second s'attache à l'acceptation ou au rejet du plan divin énoncé dans l'histoire d'Israël et des nations, et écrit au passé et au futur dans la Bible.

Dans cette optique, nous ne pouvons que constater que tous les «efforts de paix» sont des tentatives de faire échouer le plan divin du retour d'Israël sur sa terre, condition sine qua non de la rédemption qui ne se limite pas aux seules affaires du peuple juif. Il suffit de voir la mesure de la focalisation de l'attention mondiale sur le sort de l'aboutissement de ce programme en marche pour comprendre à quel point toute la planète est concernée.

Au moment des accords avec l'Égypte, la question qui revenait souvent dans les milieux profondément sionistes, autrement dit là où le sionisme se conçoit comme l'amour que voue le peuple d'Israël à Sion, avec tout le poids de son identité et de sa tradition, était de savoir si le Sinaï faisait oui ou non partie de la terre d'Israël, dont la superficie s'étend jusqu'au fleuve d'Égypte, qui n'est pas nécessairement identifié au Nil, selon les exégètes bibliques. Il est évident que la question ne s'est plus posée dès lors que les concessions territoriales qui allaient suivre, et que prévoyaient les premiers accords, ont concerné directement des parties très centrales du patrimoine d'Israël.

Le plus étonnant dans l'entêtement de ceux qui, de l'intérieur, imposent au peuple d'Israël cette politique de repli et de reddition, c'est qu'ils persistent dans cette voie malgré les échecs qui ne relèvent absolument pas de l'analyse géopolitique mais de l'évidence la plus flagrante. A croire qu'ils adhèrent à un autre système, à une autre croyance. Certains indices abonderaient dans ce sens. Les partisans des concessions territoriales ont toujours prétendu qu'ils agissaient pour la paix. Ils prient pour la paix, espèrent en son avènement, croient en la paix, pour reprendre leurs propres tournures. «Paix! Paix! Et il n'y a pas de paix!» nous dit le prophète. (Jérémie, VI, XIV). Cette croyance dans la paix telle qu'elle est conçue dans ce contexte, contredit et bafoue la foi multimillénaire d'Israël, qui n'est certainement pas revenu dans son pays pour le céder à une autre nation, en l'occurrence la nation arabo-musulmane, qui veut faire de la Palestine une de ses provinces, purifiée des Palestiniens légitimes, les  Judéens ou Juifs.

Que ce soit un fait voulu ou inconscient, cette croyance en cette paix adopte la position de l'ennemi en minimisant cette dernière et en y greffant l'espoir qu'il se contentera d'un compromis, d'une partie du sol alors qu'il réclame le tout.

Il est clair que cette «greffe» va être rejetée, et pourtant les adeptes de cette vision de la paix n'en démordent pas. En hébreu, le mot paix, Chalom, désigne l'un des noms du Saint béni soit-Il. Le commandant de la Région Centre, prononçant une allocution lors de la cérémonie du souvenir des soldats tombés au combat et des victimes du terrorisme, le 5 yar 5773, (veille de l'indépendance 2013) conclut son discours en modifiant le verset «… jusqu'à l'avènement de Šilo» (Genèse XLIX, 10) en «… jusqu'à l'avènement de la paix». La notion messianique de rédemption – Šilo étant le roi Machia'h, l'oint, nous indique Rashi en citant le Midrash Raba – se voit supplantée par la notion politique d'une paix de renoncements et de concessions.

D'aucuns se souviennent de la réaction gouvernementale à la suite de chacun des atroces carnages qui ont accompagné ce que l'on appelait encore le «processus de paix», notion mensongère ou illusoire créée artificiellement et imposée arbitrairement par voie médiatique après la signature des accords d'Oslo et leur mise en application. Les innocents assassinés étaient appelés, selon la traduction courante : «les victimes de la paix». Or, le terme hébraïque employé, korbanoth, signifie à l'origine sacrifices. Les concessions politiques furent donc élevées – ou rabaissées – au rang d'un culte, avec des sacrificateurs et des sacrifiés. L'ironie du sort a voulu que les partisans du processus ci-dessus et par extension des sacrifices humains étaient les plus acharnés dans leur mépris pour les sacrifices d'animaux dont les règles sont énoncées dans la Torah. Il semble que les sacrifices humains entraient par contre pour eux dans une certaine logique.

Nous sommes donc très clairement les témoins d'une «religion» qui nomme du Nom de D. un principe qui va à l'encontre de Sa volonté. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il a connu un antécédent à une époque qui ressemble un peu à la nôtre, celle  de la sortie d'Égypte, puisqu'elle consistait elle aussi dans un mouvement de libération du peuple d'Israël, se déplaçant de l'étranger vers sa terre.

Les courants contraires se renforcent vraisemblablement chaque fois qu'il est question pour Israël de rentrer au bercail. Lorsque le veau a jailli du moule d'or en fusion, on s'écria : «Voici ton Dieu, Israël!», la désignation du veau massékha, masque venu cacher et éclipser la Présence divine, se fait sous le nom: E-lohékha, contraction d'E-lohim chelkha, ton E-lohim.

«Non», vient-on nous dire, «ton D. n'est pas immatériel, omnipotent et omniprésent. Il est on ne peut plus matériel et limité dans l'espace. Le message de ton D. n'est pas de te ramener en tes frontières et de te rendre tes villes de Jérusalem, Hébron, Sichem, mais de te contraindre à y renoncer.» L'exégèse exige que cette annonce a été proclamée par un tiers, qui a décrété que ce veau serait un dieu, sans quoi le texte aurait été entièrement à la première personne: «Voici notre Dieu, Israël».

Et ce tiers, c'est le 'Erev Rav, un mélange de nations qui a feint d'adhérer au message porté par Israël au moment de sa sortie d'Égypte. Plus loin, D. reproche à Moshé: «Le peuple que tu as fait monter d'Égypte a fauté», le peuple que «tu as fait monter», et non pas le peuple que «J'ai fait monter». Un autre verset confirme cette affirmation: «Les enfants d'Israël qui sont montés d'Égypte représentaient le cinquième». Il s'agit soit du cinquième de la population des Hébreux présents en Egypte, les autres, très attachés à leur terre d'exil, n'ayant pas voulu partir, ayant péri sous le coup de la plaie de l'obscurité ; soit du cinquième de la population ayant quitté le sol égyptien.

Le Rav Goren, ancien grand rabbin de Tsahal, et que l'on peut voir sur les films d'archives sonnant du schofar lors de la  libération de l'esplanade du Temple, interrogé par des étudiants de la yéchiva de Beit-El à la suite d'une conférence qu'il donna à l'occasion du jour de l'indépendance d'Israël, en 91, affirma que les partisans acharnés d'une paix consistant à chasser Israël de ses terres sont le 'Erev Rav de notre génération. Cet avis n'est pas partagé par tous les rabbins, dont le Rav Z.B. Melamed qui l'avait invité, et qui pense qu'il s'agit de gens honnêtes qui sont dans l'erreur. D'autres pensent que ceux qui se laissent convaincre sont en effet dans l'erreur, tandis que ceux qui défendent à la racine ce principe distillent leur méthode avec préméditation.

Les forces qui s'opposent à la rédemption, aussi bien à la sortie d'Egypte qu'à celle de l'exil d'Edom, sont féroces, troublantes, perturbantes, et il semble bien que le travail de tout un chacun, sur le plan de la véritable foi, doit se faire en profondeur, et que ni D. ni le prophète ne joueront le même jeu que celui qui avait consisté à ridiculiser sur la scène les adeptes du Baal, malgré la forte sanctification du Nom qui s'était ensuivie. Pourtant, ceux qui ont des yeux voient que, sur une scène beaucoup plus vaste et non sur un «autel-podium», D. intervient, non seulement dans des guerres comme celle des Six jours ou de Kippour, mais au jour le jour, sans quoi la brebis aurait été depuis longtemps engloutie par les soixante-dix loups qui l'entourent, au sens propre comme au figuré.    

 

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 18:49

Ou: L'amalgame, un principe à trois vitesses

La notion d'amalgame, dans le langage politique et médiatique, est apparente dans un seul contexte, dans lequel elle revêt une puissance tellement grande qu'elle fustige et anéantit les notions de liberté d'expression et de démocratie. Cet amalgame est synonyme de terreur.  Par Yéochoua Sultan

Dans pratiquement tous les forums mis sur le devant de la scène par les grands médias, les intervenants, invités, participants, sont soigneusement filtrés, afin que tous émettent sur la même longueur d'onde. Les concepts servant de base à un faux débat sont acceptés par tous. Il est inutile de rappeler, dans ces lignes, qu'une certaine tranche de la population, en Europe, risque à la longue, et pas seulement aux dires des autochtones, de transfigurer ce continent, si ce n'est déjà fait. (Voir Le nouveau monde arabe et la résistance des irréductibles).

Imaginons un seul instant le dérapage suivant, et supposons que l'un des participants à un débat sur la crise économique ou sur l'insécurité, sur un plateau en direct, ne parle pas des problèmes posés par les jeunes mais par les musulmans. Encore, si sa langue ne fourchait qu'en employant le terme islamistes, on le remettrait gentiment en place, en ne faisant que légèrement clignoter un voyant rouge. Et s'il ajoutait là-dessus que ces prétendus jeunes peuvent être âgés aussi bien de quinze ans que de quarante ou cinquante, le téléspectateur verrait alors apparaître automatiquement sur son écran la fameuse note annonçant: «Dans quelques instants, reprise de notre programme». Mais ce genre d'incident ne risque pas d'arriver, vu le nombre de précautions plus draconiennes les unes que les autres, que l'on se rassure.

En revanche, si vous voyez que l'on accorde le droit de parole à une personnalité qui reste persuadée que le déséquilibre sécuritaire et social est dû à une trop forte immigration et à une indulgence sans nom de la justice envers la délinquance d'origine étrangère, vous constaterez assez rapidement qu'il s'agit d'un piège prémédité et destiné à une coupure de la parole dans les règles, avec une contre argumentation souvent fautive et de toute façon fondée sur des remontrances pseudo morales comme : «Vous n'avez pas honte, à notre époque civilisée, de soutenir des propos qui ne sont que l'expression de la haine etc.»

Dans ce dernier cas, de deux choses l'une: ou bien l'antagoniste, insuffisamment préparé parce qu'il s'attendait réellement à un débat équilibré, bafouille ; ou bien il a tout prévu et est prêt à parer en contrattaquant, mais alors on lui fera clairement comprendre qu'il a déjà trop usé et abusé de son temps de parole et qu'il doit penser à laisser aussi aux autres le droit de s'exprimer. La perversité du jeu médiatique aura fait passer pour intolérante et totalitariste une personne à laquelle il aura catégoriquement coupé la parole.

Une autre méthode consiste, au même niveau, à faire démarrer le générique de la fin, celui qui accompagne le défilement des noms, le tout ayant été savamment calculé pour que celui qui soutient que les invasions ne se font plus par les armes mais par l'infiltration de masse ne puisse faire valoir des faits, chiffres ou arguments. Quoi qu'il en soit, le ton de ces émissions est dans tous les cas celui de la terreur. Le mot amalgame s'allume et se met à clignoter: «Attention, vous n'êtes pas dans un débat. Vous assistez à votre propre procès. Tout ce que vous allez dire peut se retourner et être retenu contre vous.»

Le cerveau de la propagande est si fort que le concept de l'amalgame entrera exclusivement dans le contexte de l'islam, l'immigration, et de la délinquance qui en découle. Pourtant, à l'envers du décor, un autre amalgame est tellement admis, évident, que son nom n'est jamais invoqué. Celui-ci concerne les Juifs. S'il est interdit de condamner un criminel musulman en établissant un lien entre son acte et son idéologie, il n'en est pas de même quand on parle d'un Juif.

Si un Juif tue deux Arabes et est condamné à deux peines de réclusion à perpétuité, alors qu'il avait été dans un premier temps sur le point d'être déclaré mentalement irresponsable, reconnu de surcroît, par ceux qui l'avaient côtoyé, au minimum comme un original, les médias, à commencer bien entendu par les plus gros, associeront avec appétence les mots: terroriste et juif.

Or, non seulement cet acte, en admettant qu'il relève d'un tel motif, apparait  dans une proportion bien plus diluée qu'un composant actif dans un dosage homéopathique, comparé au terrorisme directement motivé par l'anti-paix (s[a]lam = paix ; i-slam = non-paix ; le préfixe i, ou in, existe dans de nombreuses langues, dont l'hébreu et le français, voir: réel, irréel, possible, impossible), mais le terrorisme musulman est toujours présenté de sorte que les termes terrorisme et musulman n'apparaissent jamais côte à côte. Et pourtant, les agressions musulmanes, du jet de pierre à l'attentat suicide, en passant par le tir de missile, sont systématiquement précédées par la formule «Allah est grand!» (Nous ne traduirons pas ici le nom Allah pour ne pas entrer dans un autre débat, puisqu'il peut vouloir dire E-l, D., ou Elil, dieu païen, ce que semble justifier le doublage de la consonne).  

Et on s'éloigne d'autant plus du principe de terrorisme musulman que l'on ne se contente pas de dissocier l'adjectif du nom, mais que l'on édulcore ce dernier en le rebaptisant activisme. Ce n'est donc pas par souci d'éviter le pléonasme que les médias ne disent pas terrorisme musulman ou terrorisme islamique, mais pour ne pas réveiller les démons.

Illustrons le principe de la terreur de l'amalgame : le plus effarant des massacres antisémites, perpétré en France au cours de la nouvelle période, est désigné sous le titre d'affaire du mal, l'Affaire Mérah (mérah signifiant du mal, tout comme Arafat voulait dire guillotine, Hamas dépouillement, ou vol aggravé etc.). On constate qu'il n'est question ni de terrorisme ni d'islam, et encore moins d'antisémitisme, comme si le fait que le massacreur était antifrançais annulait le fait qu'il détestait aussi les Juifs, puisque moins par moins, ça fait plus. ( – x – = +) Mais là, c'est – + –. Non seulement il s'agit d'un antifrançais, mais aussi d'un antisémite, ou réciproquement.   

Le premier amalgame, prohibé, qui protège la population musulmane dans son ensemble, avec toutes les conséquences auxquelles s'expose le contrevenant, ouvre la voie au second, plus qu'autorisé, tacite et incontournable, qui met en danger la population juive dans son ensemble.

Or, ce qui montre pourquoi l'amalgame interdit est intrinsèquement lié à l'amalgame recommandé, c'est, par défaut, une situation qui ne jouit pas d'un amalgame protecteur. Un retour en arrière avec arrêt sur image, nous ramène devant l'école Ozar HaTorah de Toulouse, au moment où on ne connait pas encore l'appartenance ethnico-religieuse du criminel. Deux possibilités sont alors envisagées : celle qui s'est avérée réelle, encore à peine retenue, et celle de l'extrême droite, encouragée en raison de la religion dont les deux précédentes victimes étaient les adeptes.

Il fallait voir l'ampleur de l'indignation contre l'idéologie incriminée par supposition. On cherchait au tueur des motifs idéologiques, des fréquentations, une école, des maîtres, des coupables. Puis, l'attitude générale caressante, indulgente, compréhensive, vis-à-vis de l'idéologie musulmane, a présenté un caractère disproportionné, très loin du savon que l'on s'apprêtait à passer à l'extrême droite.

Sans vouloir prendre le parti d'une idéologie qui met souvent les Juifs dans le même panier que l'islam, nous serions-nous attendu à entendre une complainte officielle pleurant : «Pauvre extrême droite, à cause d'un acte isolé d'un seul forcené, des gens violents et impulsifs vont encore faire l'amalgame, et s'en prendre à ses membres sans raison» ?

Donc, l'islam est protégé. Et il est d'autant plus protégé qu'il s'attaque à des Juifs, surtout si l'on sait que les Juifs sont sous la férule despotique d'un amalgame mijoté avec beaucoup de soins depuis non pas treize ans mais trente-et-un. Jusque là, le Juif était protégé ; pas depuis bien longtemps, il est vrai, depuis la fin de la Seconde (ou Deuxième) guerre mondiale, soit environ trente-sept ans. Mais le concept d'antisémitisme était si fortement abject qu'il a fallu, dans un système de valeurs qui régit les emportements politiques et médiatiques, en inventer un autre pour le contourner. Car on ne pouvait plus dire: «Il faut haïr les Juifs, ou s'indigner contre les Juifs.»

Mais on pouvait en distinguer une catégorie et haïr par extension, par amalgame, donc, tous les autres. On a travaillé avec acharnement sur l'axiome: «Israël est haïssable». Et ce travail a été fait à partir de la propagande lancée pendant la guerre du Liban (voir le roman Comme l'amandier en hiver). Des commentaires haineux et accablants étaient énoncés sur fond d'étoile de David, filmée en gros plan sur le drapeau d'Israël.

Et les premiers effets se sont fait sentir rapidement, dans toute la France, comme une traînée de poudre. Les Juifs étaient partout pris à partie, par amalgame. S'ils répondaient honnêtement qu'ils se sentaient solidaires de l'Etat d'Israël, puisqu'enfin il existait des Juifs non apatrides, et qui se défendent stoïquement dans un océan de pays totalitaires qui refusent le dialogue, malgré sa main tendue pour faire la paix, ils s'exposaient à une colère d'autant plus virulente. On exigeait qu'ils fassent acte d'apostasie, qu'ils se fassent ennemis de la cause d'Israël, qu'ils approuvent les antisionistes appelant à l'anéantissement du seul pays juif, tout comme leurs ancêtres devaient, au moyen-âge, dans des cas pas nécessairement extrêmes, et afin de s'attirer la sympathie de leur entourage, renier le judaïsme.

L'affaire Enderlin, survenue quant à elle voici treize ans, est par excellence l'illustration de l'amalgame dont sont victimes aussi bien les Israéliens que les Juifs encore en exil. Certes, comme l'a démontré le courageux Philippe Karsenty, le reportage montrant un enfant musulman prétendument tombé sous les balles de l'armée israélienne était un faux, et les tribunaux français refusent, sur des problèmes de forme, de lui donner définitivement raison. Il est regrettable que le gouvernement israélien, dont le bureau du Premier ministre a pourtant produit un document remettant en cause l'authenticité du reportage, ne vienne pas demander des comptes à la chaîne française coupable de la diffusion de ce faux, ainsi qu'à l'Etat français, sous l'autorité duquel il se passe de drôles de choses, sans parler bien sûr du correspondant.

Mais supposons qu'il ne se soit pas agi d'un faux ; ou encore, pour mieux comprendre qu'il est bien question d'un problème d'amalgame, transposons ce problème dans un autre pays. Imaginons qu'en Syrie, un partisan du régime alaouite assassine une femme (l'exemple de l'enfant ne nous éloigne pas assez du contexte du faux du carrefour de Netzarim), après lui avoir fait subir les derniers outrages, parce qu'il suppose qu'elle est opposante ; ou qu'un opposant d'Assad s'en prenne à une partisane de ce même régime.

Ou alors imaginons qu'un policier égyptien, musulman, tire sur une foule de fidèles coptes à la sortie de la messe. En ayant suffisamment d'imagination pour nous dire que ce n'est qu'une simple supposition, et pour penser que quelqu'un s'en offusquerait dans le camp des partisans ou des opposants, ou chez les Egyptiens musulmans, ou encore sur le plan de l'opinion mondiale, nous viendrait-il à l'idée de nous fâcher sans appel contre un habitant de Paris, sous prétexte qu'il soit partisan ou opposant au régime d'Assad, ou de nationalité égyptienne et de religion musulmane?

Cette transposition, imaginaire bien sûr, nous montre très clairement dans quelle mesure les Juifs sont, par excellence, les victimes de l'amalgame, amalgame dont le nom, antisémitisme, a été mis à jour et changé en antisionisme (cas rare où l'état civil le permet), en raison de la trop forte teneur qu'il renfermait.

Il est donc permis de vilipender, dans les rues de Paris, des Juifs, qui tombent sous le coup de l'anathème de l'amalgame, et à plus forte raison si les agresseurs sont musulmans, puisqu'ils sont, eux, immunisés contre toute attaque qui les mettrait dans un seul et même panier, et qu'ils sont aussi un peu les victimes, amalgame oblige, amalgame déguisé en solidarité ethnico-religio-culturelle, du méchant sionisme.

Le seul moyen qui resterait à un pays comme la France de guérir de son antisémitisme serait de se soigner dans un premier temps de son antisionisme, qui sert de tremplin à ce premier mal. Seule une forte campagne de relégitimation d'Israël, et une condamnation continue des actes inhumains perpétrés dans les dictatures qui l'entourent, en bref un amour du sionisme, peut guérir l'Europe de son antisémitisme réhabilité sous l'identité de l'antisionisme.  

En cette veille du soixante-cinquième anniversaire de la renaissance de l'indépendance d'Israël, il serait peut-être temps de penser à se soumettre à une sérieuse thérapie (de   רפואה réfoua, ou תרופה teroufa, en hébreu).

 

 

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:53

Nous ouvrirons ces lignes en reprenant un peu la rhétorique d'une des fables les plus connues de la Fontaine, puisqu'elle est apprise par cœur en cours primaire. «Les cigales ayant chanté tout l'été se trouvèrent fort dépourvues lorsque la bise fut venue ; elles allèrent crier famine chez les fourmis leurs voisines, les priant de leur prêter quelques grains pour subsister jusqu'à la saison nouvelle.»

Comme dans le texte original, et comme le disait bien avant Esope et la Fontaine le roi Salomon, «Va voir la fourmi, fainéant!», les fourmis resteront dans ce propos le symbole du courage et les cigales de l'insouciance mal placée. A la différence près qu'il s'agira ici non pas d'individus mais de civilisations, les civilisations travailleuses et consciencieuses, d'un côté, et les civilisations incapables de mettre en valeur leurs ressources, de l'autre.

Bien que l'on puisse aisément admettre qu'à titre individuel, des ressortissants de pays qui ne font rien pour s'en sortir puissent honnêtement tenter leur chance ailleurs, et réussir, puisqu'ils ne quémanderont pas quelques grains mais se mettront sérieusement au travail et auront mérité le fruit de leur labeur, il ne faut pas se voiler la face vis-à-vis des autres, dont l'attitude est d'autant plus désobligeante pour les gens courageux venus des pays des cigales qu'elle les fait regarder d'un mauvais œil par généralisation du cas.

Déchantant en été et ne chantant plus, les cigales choisissent pour finir d'autres horizons, plus prospères. Le danger consiste à généraliser d'une manière abusive, et de prendre en pitié, dans les contrées des fourmis travailleuses, sans aucune distinction, tous les ressortissants de tous les pays cigaliens, qui en général se gaspillent en guerres de religions ou interethniques, en incluant dans le lot les plus grands fauteurs de troubles des pays de départ. Aussi, l'ambiance tiers-mondiste se fait même en plein hiver une place au soleil des grandes villes européennes ou d'autres pays qui travaillent. Ce qui est plaisant au départ pour tout le monde, autant pour le nouvel arrivé que pour l'ancien habitant, c'est que des systèmes sociaux soutiennent les plus faibles économiquement. Le nouveau est très content de l'accueil, et l'ancien de ne pas avoir près de chez lui un dépouilleur potentiel. L'ennui, c'est que ces systèmes ont été prévus pour soutenir l'équilibre social. Un demandeur d'emploi remerciera son pays de ne pas l'oublier le temps de retrouver un poste, de la même façon qu'il sait que lorsqu'il travaillait, ses cotisations servaient à soutenir des gens ayant enduré les épreuves qu'il éprouve à son tour. Il sait aussi que sa retraite est alimentée par la vie active, tout comme il payait au même âge celle des anciens du temps.

Le décalage entre les cultures des cigales et des fourmis veut que les premières passent de reconnaissantes pour le somptueux cadeau, manne inespérée et extraordinaire, à exigeantes, quand elles s'habituent à ne jamais rien faire d'autre qu'à protester si les allocations désignées par toutes sortes d'initiales administratives ne viennent pas assez vite ou ne sont pas assez larges ; et que les dernières croulent sous le déficit, se demandant bien quand les cigales aux circonstances atténuantes pour les uns et exténuantes pour les autres deviendront enfin des fourmis. Mais c'est encore un problème dû au décalage des cultures, car les cigales trouvent normal qu'ayant gaspillé toutes les ressources de leurs pays, elles migrent vers les pays où il y a encore quelque chose à se mettre sous la dent. Après avoir razzié sous certaines latitudes, on razzie plus au Nord, à la grande lassitude des grandes fourmilières. Mais nous respecterons l'image choisie par le fabuliste et ne remplacerons pas le «concept» de cigale par celui de sauterelle.

Une autre anomalie consiste à l'extrême indulgence qui continue à rendre intouchables mais surtout à l'abri de toute critique les émigrants des pays où c'est l'été toute l'année, quand ils commencent à troubler l'ordre social des pays vers lesquels ils migrent. Les réfugiés menacés par les catastrophes humaines existent, autant que les victimes de catastrophes naturelles, mais la plupart des immigrants que peuvent voir arriver les fourmis dans leurs pays ne sont pas des apatrides. Leurs différentes patries ne sont pas dépourvues de ressources, et ce sont même les plus riches en métaux et minerais précieux.

En comparaison, les sols pauvres en pétrole, chez maintes fourmis, obligent leurs habitants à avoir des idées. Souvent, voire systématiquement, un manque d'humanité séculaire, aux pays des cigales, qui diffère peu de la mentalité des époques sombres et non encore totalement révolues de l'esclavage, empêche les travailleurs de jouir d'un minimum de conditions sociales et de salaire. La misère qui résulte de la mauvaise répartition du fruit de l'exploitation des ressources est édifiante. Les associations humanitaires, les vraies, pas celles qui engraissent par mauvaise pitié des terroristes déjà gras, s'emploient à œuvrer sur le terrain pour lutter contre la famine et la maladie.

En Cigalie, des armes et du matériel de combat des plus sophistiqués sont achetés par des Etats qui n'investissent pas le moindre sou dans l'irrigation et l'exploitation du sol dans le secteur primaire, celui de l'agriculture et de l'élevage. Mais est-ce bien là le seul problème?

Ou alors, serait-on obligés d'approuver le célèbre chanteur, qui par ailleurs travaille comme la fourmi, quand il considère que la misère serait moins pénible au soleil, autrement dit qu'il ferait trop chaud pour travailler, chez les cigales? Pas facile!

Une troisième question qui saute tout de suite à l'esprit dans ce contexte reste celle de l'avancée du désert. Les hommes sont-ils les victimes du désert, au Sahara et au Sahel, ou est-ce le contraire qui est vrai? Ne serait-ce pas le sol qui serait la victime des débordements de l'espèce humaine?

Et pourtant, a priori, rationnellement parlant, la réalité d'Israël répond à ces trois questions. Du Sahel à Israël, il n'y a qu'un pas. Israël est contraint, en raison de son environnement inhumain et hostile motivé par le domaine de la guerre et une religion intolérante et destructrice, d'être à la pointe du progrès sur le plan de l'armement. Or, cet armement est destiné à garantir la paix et la prospérité de la population civile, mais il n'empêche pas le salaire minimum, 4100 NIS, les congés payés, les soins médicaux pris en charge et les indemnités en cas de perte de l'emploi d'exister.

Sur le plan du soleil et de la misère qu'un temps estival coriace devrait encourager au même titre qu'une prolifération de cigales, c'est en centaines d'heures qu'est évaluée la différence entre le temps de travail en Israël et des pays où le climat favoriserait selon le poète la prédominance des fourmis, en dépit du prétendu réchauffement climatique démenti par la conférence au sommet à ce sujet annulée à Copenhague il y a peu en raison d'un froid trop intense. Et ce ne sont pas les pays de l'hiver qui travaillent le plus.

Et en ce qui concerne la pauvreté des ressources et du sol, Israël bénéficie certes de la promesse de voir sa terre cesser d'être un désert dur comme le cuivre et reverdir à son retour, mais non sans efforts. Pour reprendre une autre célèbre phrase, «Aide-toi, le Ciel t'aidera». Israël développe depuis des dizaines d'années des systèmes d'irrigation de pointe, allant du goutte à goutte selon les besoins exacts de chaque espèce végétale et permettant d'en goûter les saveurs, à la récupération de l'eau par condensation de l'hygrométrie de l'air. Des eucalyptus ont été plantés là où l'insalubrité l'exigeait, pour drainer l'eau croupie, siège du paludisme et de la malaria. Des haies de cyprès ont été dressées pour freiner le vent et le sable. Seulement, les cigales avoisinantes ne le comprennent pas et veulent par jalousie et mesquinerie dépouiller les Juifs de ce qu'ils obtiennent par leur labeur et la bénédiction du Ciel. Les cigales voient un pays verdoyant, un pays où le climat a été adouci, où des oasis transfigurent le désert. Et, comparant le pays d'Israël au sol qu'elles occupent, les cigales en meurent de jalousie, protestent que les Juifs aient accaparé les terres les plus fertiles, et se mettent à convoiter un terrain dont elles n'ont fait que souligner la désolation pendant des siècles, comme cet ancien Turc qui a saisi la Cour suprême israélienne, voyant comment un sol rocailleux et à première vue sans valeur a été transformé en cité verdoyante où il fait bon vivre, s'étant soudain rappelé que les étrangers qui avaient occupé la terre d'Israël dont ils avaient perpétué la pauvreté avaient inscrit cette parcelle à son nom.

De la même façon, comment pourrait-on reprocher à des Israéliens d'être mécontents de voir affluer par milliers des ressortissants de Somalie et Erythrée qui n'ont rien fait de leur pays et qui viennent profiter du labeur d'une nation dont le sol n'avait rien d'enviable au départ, même comparé à celui des cigales?

Le seul angle sous lequel on pourrait approuver les migrations des cigales, puisque, une fois encore, c'est le terme qui a été choisi, serait de considérer que le dicton qui exige que les succès ne viennent qu'après l'effort devrait être réfuté et modifié en: «Tu peux toujours t'aider, le Ciel jamais ne t'aidera», et de considérer alors que ces pays et leurs habitants seraient désespérément maudits par D. jusqu'à la fin des temps. Mais pour s'en assurer, encore faudrait-il essayer! Comprenne qui pourra! 

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 14:44

Obama a-t-il tenté une conversion au judaïsme?

Le premier mandat d'Obama s'est ouvert sur un assommant voyage en Egypte. Le second, à l'opposé, l'a vu effectuer son premier voyage en Israël. De l'oppression et l'obscurité de l'Egypte à la lumière d'Israël, est-ce ainsi que doit être perçue l'évolution de ce singulier président américain ?

Après bien des tractations, des arrangements, mais aussi des prières, Obama est devenu président des Etats-Unis, et plutôt deux fois qu'une. Son premier mandat, il l'a entamé sous le signe de l'Egypte, dont la racine étymologique trilitère signifie oppression. Aujourd'hui, elle reste synonyme de répression. Quant à son second, tout porterait à croire qu'il a voulu le placer sous le signe de la liberté et des valeurs humaines et universelles d'Israël, peu avant la fête nationale de sa rédemption qui l'a vu s'extirper justement du pays qui précède.

Tout semble aller pour le mieux. Dans l'expectative, Israël, d'abord sceptique – une annulation du dernier moment étant toujours possible – va réellement voir ce président américain pour la première fois sur son sol. Pourtant, cette visite est marquée par une profonde déception. On s'attendait à ce qu'Obama amène dans ses bagages un important prisonnier de Sion, un Juif inculpé et incarcéré pour des broutilles. C'est à se demander si c'est la judéité de celui-ci qui a provoqué une si forte condamnation, sachant d'une part qu'il s'est contenté de fournir des informations à Israël qui concernaient ses ennemis régionaux et certainement pas les Etats-dits-Unis, et, d'autre part, que des prisonniers accusés d'actes réellement dangereux sont souvent graciés par le dit président. Mais non, Obama s'est ramené les mains vides, malgré une pétition qui a rassemblé le quart du million de signatures.

Il a rencontré les nouveaux ministres, le gouvernement ayant été établi in extremis. Pas in extremis à cause de la venue d'Obama, mais à cause du dernier instant du second et dernier délai accordé au candidat au poste de Premier ministre qui, le cas échéant, se serait vu dessaisir du dossier qui aurait été remis à un autre, probablement à l'animateur télé reconverti dans la politique.

On raconte qu'Obama est déjà passé par le christianisme et l'islam. Il serait né chrétien et devenu musulman ou le contraire. Mais ce ne sont que des on-dit. On dit aussi que ce qui a justifié sa visite en Israël, le première hors des frontières de son pays après sa réélection, serait sa volonté de casser son image du président américain le plus hostile à Israël et dont tout effort diplomatique de sa part n'inspire rien d'autre que la méfiance. Difficile d'admettre cette supposition, elle aussi source d'un nouvel on-dit, puisque si ça avait été le cas, il nous aurait ramené notre prisonnier politique. (Politique parce qu'on n'admet pas aux States que des Juifs prennent position trop ouvertement pour Israël, surtout dans des affaires de ce genre. Tout citoyen américain doit toujours prendre fait et cause pour l'Amérique, même si elle part en guerre de destruction. Un précédent historique a vu les Américains originaires du Japon s'engager dans les troupes américaines, après avoir été cantonnés dans des régions isolées parce qu'ils n'inspiraient pas confiance, pendant la Seconde ou deuxième guerre mondiale. Aux USA, un Juif ne doit pas mettre des bâtons dans les roues quand une guerre, même indirecte, est menée contre l'Etat d'Israël, à savoir quand les dictatures fanatiques disposent d'armement et travaillent selon une stratégie inconnue d'Israël, ce qui pourrait bien les aider à gagner dans leur guerre totale d'extermination. Et qu'importe si le Japon avait tort et si Israël a raison, la seule raison, c'est la raison d'Etat, et l'Etat, c'est l'Amérique. Fermons la parenthèse).

Donc, le président américain débarque, ou plutôt, étymologiquement, se «désavionne», et tous les membres du gouvernement israéliens attendent, tendus, plein d'un espoir illusoire. L'illusion se confirme bientôt devant une assistance glacée qui a beau attendre mais ne voit personne descendre à sa suite. Seul le ministre du Logement lui glissera à l'oreille qu'on s'attend toujours malgré tout à le voir faire un geste de bonne volonté et libérer notre très ancien espion. Le prisonnier de Sion est donc toujours prisonnier. Vous parlez d'un ami!

Ce n'est donc pas la tentative de briser sa solide réputation d'ennemi qui l'a fait venir en Israël, auquel cas, comme nous venons de le démontrer, et pour donner le change, il se serait fait accompagner de notre concitoyen, sans que cela ne lui en coûte. Et le Premier ministre israélien a bien raison de faire dépendre tout ce qu'il y a de désastreux dans sa propre politique de la férocité de Obama. Jamais auparavant aucun village juif nouveau n'avait vu le jour en Judée, jamais la construction n'avait été interdite uniquement aux Juifs à Jérusalem. Et tout est la faute d'Obama. Jamais on ne s'était retenu de bombarder tout début de fabrication d'une bombe atomique, à Ossirak ou en Syrie. Toute est encore une fois la faute d'Obama.

Pourtant, nous diriez-vous, le président américain a pris la parole devant un public estudiantin, en faisant comme s'il parlait au «peuple» qui devrait selon lui faire pression sur le «pouvoir» et l'obliger à «faire la paix». Ah, ces Américains, toujours le mot pour rire! Sortis d'Hollywood, ils prennent la réalité pour du cinéma : ils vont servent du peuple, du pouvoir, du bon, du méchant, du happy end, et hop! le tour est joué. Les étudiants triés sur le volet ne sont pas plus le peuple que la poignée de figurants, venus figurer le rôle de plusieurs millions d'hommes, femmes et enfants, au sortir de l'Egypte, ne représente le peuple hébreu. Des figurants de Cecil B. 2000, à la petite centaine de figurants étudiants d'opinion minoritaire, il n'y a qu'un pas, franchi allégrement par Obama.

Mais alors, qu'est venu chercher le président américain? D'aucun vous diront qu'il a cherché à voir de plus près comment on fait pour devenir juif. Du blond aux yeux bleus au citoyen de teint nubien, toutes les couleurs de l'arc-en-ciel se retrouvent dans le peuple juif, alors pourquoi pas lui?

Sa venue en Israël ne coïncide pas fortuitement avec la dernière ligne droite des préparatifs de Pessah, qui est la fête de la libération du peuple juif à sa sortie d'Egypte. Au début de son premier mandat, Obama est profondément embourbé dans la fange égyptienne. Il entame la présidence du pied gauche. Ses prédispositions mentales et morales relèvent de la période antérieure à la sortie d'Egypte, et il le montre bien en faisant son premier voyage au pays de l'esclavage, du matérialisme et du culte idolâtre. Si le pouvoir égyptien n'est plus celui des pharaons, le président américain s'agenouille cependant devant celui qui en représente du moins symboliquement l'héritier. Et si la civilisation égyptienne d'aujourd'hui n'écrit plus en hiéroglyphes, ce n'est pas pour rien que le nom de ce pays n'a jamais été changé, contrairement à cette tentative entamée par Hadrien, motivé par la volonté d'effacer le nom d'une civilisation qui, elle, en revanche, écrit toujours en hébreu.

Mais là, cette fois, il se dit qu'il va briser les chaînes de ses conceptions qui l'attachaient (et le maintiennent cependant toujours) prisonnier de l'une des cultures les plus oppressantes et répressives que la terre ait jamais portée. Et il va aller de l'autre côté, à l'aboutissement du long périple qui a fait passer le peuple hébreu de l'obscurité à la lumière, de l'esclavage à la souveraineté, en passant par la Révélation sur le Mont Sinaï.

Obama fera peut-être comme les Khazars, dont le roi était venu retrouver Rabbi Yéhouda Ha-Lévy, roi qui avait entraîné à sa suite son peuple, venu s'inscrire dans la destinée du peuple d'Israël.

Il tente de briser la glace, et change sa tactique d'approche. Il apostrophe le nouveau chef du parti national religieux, et lui fait part de son admiration quant à son ascension fulgurante, et comment, sorti du néant, il est devenu ministre et l'un des principaux collaborateurs du Premier. Obama fait peut-être allusion à sa propre condition, lui aussi en a parcouru, du chemin, avant de devenir: Président des Etats-Unis! On ne va pas refuser l'entrée au sein du peuple juif à quelqu'un qui est tellement important que toutes les routes sont fermées à son passage, même si on pourrait a priori ne pas trop s'inquiéter pour sa santé, vu qu'un vice-président est là pour le remplacer comme si de rien n'était en cas de pépin.

Mais le président américain est aigri, maladroit, et suscitera cette réaction chez le même nouveau ministre surgi du néant dont il avait tenté de s'attirer la sympathie: «On ne dit pas qu'un peuple est colonisateur dans son propre pays». Le gouvernement, rancunier, tenace, à la nuque raide, moins indulgent que les grands rabbins qui reprocheront à ce dernier son opiniâtreté dans son refus d'accepter Obama dans l'Alliance, lui réservera un accueil des plus glacials, en choisissant une mélodie chrétienne pour accompagner sa venue: «Reste où tu es, Obama, tu n'es pas des nôtres», exprime l'Etat judéen par le choix de cette musique. Les rabbins le regrettent, personne n'est foncièrement ni irrémédiablement mauvais, et tout un chacun peut s'amender et revenir de loin. Et Obama est reparti, déconfit, la tête basse, malgré une satisfaction de façade, sans avoir rien obtenu de nouveau.

 

 

 

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