Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 10:04

J'aurais voulu être de gauche. C'est un privilège qui vous donne un doux sentiment de souveraineté, de supériorité et de domination pleine d'assurance. Un principe bien connu s'est élevé au rang d'axiome : toute nation aux citoyens majoritairement regroupés sous une identité commune, une religion et une doctrine, voire une couleur de peau, a tendance à opprimer ses minorités et à leur accorder un statut d'infériorité légale pour individus diminués. C'est d'autant plus vrai lorsque ladite nation vient d'obtenir ou de réobtenir son indépendance, l'exaltation ne laissant alors aux minorités dans le meilleur des cas que la possibilité de fuir en laissant tout derrière elles.

Il est une nation différente de toutes les autres nations, ce qui n'est pas nécessairement glorieux pour elle, excepté dans le contexte imaginatif et virtuel d'un prisme déformant ou reformant, d'où la vie est en rose. On a pensé, au moment de son indépendance, qu'elle agirait comme les autres, ayant a fortiori de bien meilleures raisons d'opter pour cette attitude : ayant été persécutée, ayant vécu tout intervalle séparant deux vagues persécutrices dans un sentiment de calme avant la tempête et d'insécurité chez les autres, logiquement elle devrait leur dire : «Allez hop! Du balai! On vous a assez vues et nous ne savons que trop bien à quoi nous attendre de votre part!»

Les minorités qui se trouvaient sur son sol ont d'ailleurs fui le plus loin possible, et elles auraient sans doute montré moins de zèle sans ce catalyseur qui les sommait de partir pour permettre à leurs nations d'origine de procéder à ce que l'on appelle aujourd'hui un nettoyage ethnique non fastidieux et de conquérir le terrain victorieusement. Heureusement pour Israël – pour la nommer – ça n'a pas marché, sans quoi le génocide interrompu dans l'Allemagne de l'exil eût été prolongé jusqu'à la patrie multimillénaire de ses citoyens, patrie connue en traduction étrangère sous l'appellation de Palestine.

Les dites minorités se sont doublement trompées, pour le plus grand bien, qu'elles l'aient voulu ou non, d'Israël. La population s'étant déplacée de son plein gré a permis au terrain de ne pas être ingérable, contrairement à ce qui se produisit dix-neuf ans plus tard, quand elle avait appris à ne plus craindre cette nation décidément pas comme les autres, d'une part ; et ses tuteurs environnant n'ont pas déferlé sur le pays d'Israël pour parachever le génocide et les y ramener conquérants, d'autre part. De toute façon, ceux qui avaient conservé des clés pour les réutiliser en les transmettant à leurs rejetons de génération en génération, s'imaginant peut-être qu'ils allaient développer artificiellement une diaspora qui allait concurrencer le peuple juif, alors qu'ils ne se distinguaient ni par leur D., ni par leur langue ni par leur écriture et encore moins par leur attachement à ladite terre, savaient très bien qu'elles n'étaient que symboliques et ne correspondaient à aucune serrure réelle.

Revenons à la nation ayant fraîchement récupérer son indépendance, après plus de mille neuf cents ans. Le sentiment de confiance en soi, de certitude dominatrice, pour faire un clin d'œil à l'expression formulée par un ex animateur radio londonien mondialement connu, allait faire entrer Israël dans la mentalité des beaux princes. Elle est bien entendu sans rapport avec le monde tangible, mais elle est tellement agréable. Pauvre minorité pas gâtée par la nature ou par la vie, qui se retrouve ainsi à la  merci d'une nation tout juste reconstituée. Allons, faisons preuve envers eux de la plus grande bienveillance. Ils ont voulu nous anéantir, soit. Alors, montrons-leur qu'ils n'avaient absolument aucune raison de nous en vouloir. Admettons-les dans nos hôpitaux, nos universités et nos villes, construisons-en leur là où la minorité est majoritaire, sortons-les de la pauvreté, car il est bien connu que seules la pauvreté et les brimades leur donnent cette rancœur que nous pourrions prendre à tort pour une haine viscérale et irrationnelle. Allons même jusqu'à les favoriser, à leur faire passer par exemple des examens plus faciles que ceux des Juifs s'ils veulent être médecins ou pharmaciens. C'est peut-être terriblement injuste, discriminatoire, aussi bien pour nos frères qui devront en souffrir, que pour les patients qui seront pris en main par des compétences moins professionnelles, et par des médecins parfois cruels qui s'amuseront à appuyer sur le ventre d'enfants juifs souffrant de l'appendicite par exemple, en retardant leur transfert du centre des urgences à l'hôpital compétent, et en appuyant bien plus de fois qu'il n'en faut sur le ventre des pauvres patients, pour se délecter de la douleur qui suit le moment où la pression de la main se relâche au bas de l'abdomen… Mais que faire, la fin justifie les moyens, et puisque la paix est au bout du tunnel, elle vaut bien maints sacrifices et petites injustices.

D'accord, on a un peu trop forcé sur la dose avec les sacrifiés de la paix, mais il ne faut pas perdre de vue que le principal, c'est de savoir que nous ne sommes plus dispersés dans le monde entier sous la forme de minorités au destin précaire, c'est de savoir que les dominants, maintenant, c'est nous. Et nous ferons tous les efforts possibles pour que la minorité hostile parce qu'inquiète se détende et nous embrasse la main. D'ailleurs, chaque fois qu'elle s'emballe et croit devoir s'identifier à nos ennemis, elle se calme assez vite. Les fêtards qui jubilaient sur les toits à l'approche des scuds irakiens sont vite redescendus[1].

Je sais, ce gauchisme si délectable de bon prince risque de s'éroder, de perdre sa crédibilité, de ne plus être plausible. Donc, toute attaque à connotation raciste et antisémite devra être niée en tant que telle. Comment oserions-nous seulement imaginer que l'antisémitisme pourrait nous poursuivre jusque dans nos murs et campagnes égorger fils et compagnes? Serions-nous une minorité juive persécutée à l'intérieur des frontières de notre propre pays? Oh que non! Nous savons bien que nous pourrions en quelques heures nous débarrasser de tout cet antisémitisme en quelques heures, sans qu'il ne reste le moindre vestige ou souvenir de la population qui le cultive et le véhicule. Il est envisageable également que nous ferions alors d'une pierre deux coups, puisque la pression internationale qui se sert de la présence de ces minorités sur notre sol pour exiger un changement d'orientation et de désignation nationale à même notre terre n'aurait plus de raison d'être, mais c'est là un défi de plus qu'il nous faut moralement relever.

De l'antisémitisme? Ici? En Israël? Allons, du calme. Non! Il s'agit de relents de nationalisme. Certains minoritaires s'imaginent encore que les pays catalyseurs de la fuite de leurs congénères ancestraux en 48 pourraient venir leur faire un pays. Ils n'ont donc aucun racisme ni antisémitisme dans leur position, mais juste une motivation politique d'aspiration nationaliste. Qu'on se le dise et gare à celui qui oserait prétendre le contraire! On ne le répète pas assez : il ne peut pas y avoir d'antisémitisme puisque nous sommes majoritaires et qu'ils sont en minorité. Et on ne répète pas assez non plus que si on veut, eh ben on a une des meilleures armées du monde et on peut les anéantir avant qu'ils n'aient le temps de dire ouf. L'antisémitisme, c'est autre chose. Tout le monde le sait. L'antisémitisme, c'est quand on est une minorité juive dans un pays majoritairement autre chose, à la merci du souverain et de l'homme de la rue.

Autrement, quand vous vous faites vacciner, n'introduisez-vous pas volontairement le microbe atténué, donc minoritaire, dans votre organisme? Et n'est-ce pas là le meilleur moyen de vous défendre contre lui?

Et puis, une telle catégorie d'individu ne peut être raciste. Ce qu'elle peut être, par contre, c'est jalouse de notre supériorité. C'est exactement la même chose si on extrapole pour l'Europe : un quidam foncé ne peut pas être raciste contre un clair, puisque le clair lui est par définition supérieur. Axiome gauchiste : on ne peut être raciste que vis-à-vis d'une catégorie qui vous est inférieure. Or, ce n'est pas le cas. Et si le foncé insiste, ou celui qui se réclame du groupe des foncés insiste et tue un clair, ça relève alors de la psychiatrie, du déséquilibre mental, car un clair vaut deux foncés si ce n'est plus, comme en musique, et celui-ci ne peut donc pas être raciste. Quant aux autres candidats aux tueries aveugles, avant qu'ils ne sombrent dans la démence, c'est à nous de faire des efforts et des gestes de bonne volonté pour qu'ils comprennent à quel point on n'est pas comme eux – autre principe entre parenthèses du gauchisme : le gauchiste appartient à une caste supérieure et ne consent l'égalité que par pitié – et à quel point ça vaut vraiment le coup pour eux d'être sous notre souveraineté.

Et je sais que c'est très cher, tellement cher que je conseille vivement à tous ceux de mon bord qui ne sont pas d'accord avec moi à se méfier de mes étiquettes. Je n'admettrai aucun dialogue, ne tolèrerai aucune contestation. Soit vous êtes d'accord avec moi, soit vous êtes racistes, primitifs, intégristes, et j'en passe. Et si vous venez mettre vos commentaires sous mes prises de positions souvent masquées par une photo idyllique d'égalité ayant gommé les frontières entre les peuples, vous avez intérêt à faire le beau. Car le raciste, c'est vous. Et ne venez pas me soumettre la liste des attentats perpétrés contre des Juifs en Israël. Ça ne m'intéresse pas, et mon système est bien rodé, et comme rien ne vaut un bon bourrage de crâne, répétez sans relâche : il ne peut pas y avoir d'antisémitisme dans un pays majoritairement juif où les Juifs sont aux commandes. D'ailleurs, le gauchisme des bons princes peut se vanter de ses résultats : ce n'est que récemment que tous les panneaux de signalisation sont rédigés aussi en arabe, et désolé si ce qui vous sauvait d'une confusion entre Ramla et Ramallah, c'était précisément cette dernière langue dont l'usage restreint faisait qu'on se sentait mal rien qu'en en voyant les lettres. Maintenant, l'arabe vous montre la route de tous les endroits, même sécurisants car habités par des Israéliens… euh juifs. Même à l'aéroport Ben-Gourion, les panneaux sont en arabe. Quel beau geste de beaux princes!

Voilà pourquoi je veux être de gauche. Que c'est bon d'être de gauche!

De toute façon, je ne peux pas changer d'avis. Je ne pourrais pas reconnaître qu'un attentat nationaliste où des bébés israéliens sont assassinés dans leur sommeil chez eux un vendredi soir ou des parents exécutés à bout portant en présence ou non de leurs enfants, en Samarie ou à Barkan, par exemple, soit de la même nature profonde qu'un attentat antisémite perpétré dans une école juive à Toulouse où un père et ses deux enfants sont assassinés ainsi qu'une petite fille. Je ne pourrais me dire que des nébuleuses antisémites produisent chaque jour leur cortège d'assassins assoiffés de sang juif parce que nous n'avons pas eu la force ou le courage d'éloigner ces nébuleuses. Non, une fois encore, l'antisémitisme, c'est ailleurs. C'est en France, par exemple, là où, nous l'avons dit, les Juifs vivent en minorité noyée dans une majorité d'autre chose. Et la France ne peut me renvoyer l'ascenseur en me disant que les attentats perpétrés sur son sol seraient eux aussi nationalistes car ils s'attaquent par extension à des membres de la nation d'Israël dans son ensemble.

Et si je le reconnaissais? Mais ce serait terrible! D'abord je devrais redescendre de mon piédestal de beau prince tolérant et généreux… Et il faudrait alors que je fasse de la discrimination contre les antisémites! Que je les expulse du pays! Mais ce serait l'étranglement à l'échelle mondiale! Et je ne puis vivre en autarcie! Plus d'exportations ni importations! Plus d'échanges! Je me tue déjà à prendre tous les jours des claques que je suis content de me prendre parce que ça prouve que j'ai réussi à prouver que je ne suis pas méchant et qu'il ne faut pas avoir peur de moi. Je suis inoffensif! Je ne fais pas aux minorités ce que les autres m'ont fait quand j'étais moi-même minoritaire! Non, le beau prince, maintenant, c'est moi, et il n'est pas question que je renonce à ce statut!

A moins que… Et si j'allais voir un peu du côté de la Tunisie. Aujourd'hui encore, elle passe pour un pays modéré, tolérant, ouvert, favorable aux Juifs, avec Bourguiba qui les aimait à première vue, qui envoyait systématiquement les forces de l'ordre… d'accord, après les émeutes et le saccage, mais il ne faut pas voir que le mal. Quoi qu'il en soit, lui et son pays sont quand même parvenus à faire en sorte, ou à laisser faire en sorte que la population juive qui ne comptait pas moins de cent mille âmes, au lieu de devenir un bon million en quelques décennies, est descendue en à peine plus d'un demi-siècle sous la barre des 0.0001 % de  la population globale. Comment faire, en Israël, inversement, pour que la minorité exigeante, injurieuse et menaçante jusque depuis notre Knesset où ses élus s'étranglent de haine, tombe sous la barre des 0.0001% ? Et comment conserver l'image d'un pays aimant et fier de son multiculturalisme, en leur laissant organiser une fois par an un pèlerinage dans un lieu décentré, qui attirerait beaucoup de caméras et mille figurants qui déguerpiraient en moins de soixante-douze heures?

En attendant, qu'il est bon d'être de gauche…

© Yéochoua Sultan

 

 

 

[1] Cf. David Lévy lors de la première guerre du Golfe.

Partager cet article
Repost0
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 13:40

 

Vous me direz "mais quel rapport, cette photo?" Je vous répondrai : "Je suis parti hier en vacances au bord de la mer et ai donc échappé à l'interdiction de circulation"

Couvre-feu à Jérusalem?

Les principaux axes routiers seront fermés dans la capitale aujourd'hui à partir de quinze heures. Ces mesures de police arbitraires et abusives qui harcellent les habitants en leur interdisant leur droit élémentaire de circulation sont dues à l'abaissement des autorités qui cirent les chaussures du mouvement contre nature LG etc. au lieu de tenir compte du caractère saint de Jérusalem et de la sensibilité de ses habitants.

La ville où on prie pour la reconstruction de la Sainteté par excellence, mais où en attendant le dernier vestige du Temple, le Mur Occidental, a montré à son tour des signes d'écroulement, avec ce rocher énorme qui s'en est désolidarisé, est la cible privilégiée du mouvement qui veut dans un premier temps semer le doute et banaliser la réalité des paires à la place de celle des couples, et peut-être dans un second temps interdire les unions fécondes, Les marches s'y succèdent à un rythme nettement supérieur à celui de toutes les autres villes du monde. En seconde position se place Tel-Aviv, elle aussi ville de la terre sainte, ne l'oublions pas, et qui compte pas moins de six cents synagogues.

C'est le lieu de la sainteté qui dérange le plus la banalisation de ce qui est contraire à la Torah et aux valeurs humaines. Ces mouvements, par martèlement des cerveaux et à l'injure facile contre tout ce qui ne pense pas comme eux, cherchent aussi à réhabiliter les marchés où se commercialise la personne humaine, en promouvant le marché où se négocie la vente d'enfants arrachés à leur naissance à leur mère.

Je me suis interrogé sur leur sigle, l'arc-en-ciel. Pourquoi s'accaparer de sorte que tous ceux qui le voient pensent à eux?

L'explication est peut-être la suivante.

Après le déluge, le Saint béni soit-Il fait le serment de ne plus détruire sa création et pour le sceller fait intervenir comme symbole l'arc-en-ciel.

Dans sa lutte contre Jérusalem et sa sainteté, et aussi dans son mépris sans honte de la sensibilité de ses habitants, ce mouvement puissant malgré ce qu'il revendique (disons sa faiblesse et sa prétendue position de victime qui prend les devants en agressant), agite sour les yeux du Saint béni soit-Il cet étendard, le narguant en lui rappelant qu'ils ne pourraient plus être détruits.

Mais hélas, sa puissance publicitaire, sa mainmise sur l'espace public, marquent des points, et d'aucuns s'imaginent qu'il s'agirait d'un pauvre petit mouvement sans défense et dont les sympathies d'hommes du pouvoir ne seraient suscitées que par une pure compassion désintéressée sans aucune lâcheté.

Et pour ce qui est des accusations qu'ils nous portent, de la même manière que jusqu'au début des années 90, on se servait de l'interdiction de la consommation du porc pour nous agresser et nous qualifier d'assassins potentiels du contrevenant, ils savent très bien, d'où leur "courage", qu'ils ne risquent rien et que tout ce qu'on leur demande c'est : "Manger ce que vous voulez, mais sans nous en faire part".

Sans vulgarité, nous leur dirions : "De la même façon que nous ne venons pas troubler vos orgies, ne venez pas troubler la quiétude sainte de Jérusalem'.

 

Partager cet article
Repost0
30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 19:32

שונאי ישראל באים ומתחלפים, דור הולך ודור בא, המהות זהה והפנים חדשות. ובכן, האנטישמיות היום נשענת על התחכמות נלוזה ופשוטה שמציגה אותה כמקובלת ומובנת מאיליה עד כי המתרעמים כנגדה ייחשבו לקיצוניים ולמי שבחר בדרך הטרור.

יד ושם ומדינת ישראל עושים עבודה משובחת בכל הדן בתקופת השואה באירופה. ואכן אין מחלוקת בינינו שיש לתת שם לכל קורבן יהודי, לזכור את גילו, את מקום מגוריו, ואת הנסיבות בהן הוא נרצח. אלא שיש בכך נגזרות לא רצויות : הראשונה היא התחושה שהקמת מדינת ישראל היא התוצאה הישירה של השואה, מה שמגמד את הממד המתפרס לאורך אלפי שנים, והשנייה היא הכיסוי המוסרי כביכול והרעיוני לאנטישמיות המחליפה.

יתר העיסוק בשואה בכל הֶקְשֵׁר אפשרי נוטה ליצור יהדות חדשה המתנתקת בצורה מסוכנת משורשיה האיתנים : ישנה האפלה על "ושבתי אתכם " על יד ההשגחה הפוקדת את עם ישראל כששיבת ציון מהווה את התגלמותה של תוכנית ה' בעולם ; לעומת ניסיון השרשת טעם קיום לאומי מלאכותי תחליפי המבוסס על עקרון של מוות, כאילו ללא ההמתה ההמונית שבשואה לא הייתה משמעות לעם ישראל ולתקומתו, דבר שיכול להידמות לדת אחרת, להבדיל, שלא הייתה קיימת אלמלא נהרג מייסדה ונהפך לסמל אלילי.

נחזור לבעיית האנכרוניזם שבהתעסקות הבלעדית בשואה ברמת מחשבת ישראל בת ימינו. יש מעתק זמן, קיבעון בדור עבר והשארות מאחור לעומת התקדמות העולם ותולדות עמנו, בדומה מאוד לשמרנות בנוגע ללבושים מתקופות שחלפו להם המעוררת תהיה כשהיא כה חזקה שמפעלים לכובעים באיטליה לא היו שורדים אלמלא הלקוחות היהודיים הממשיכים להחיות אותם.

כעת נחיה יסוד שאנחנו חוזרים עליו שנה בשנה. ההגדה היא לא סתם סיפור ילדים. הרי אנחנו מזמרים : "אלא שבכל דור ודור עומדים עלינו לכלותנו, והקב"ה מצילנו מידם." ובכן, שונא ישראל של דור השואה הוא לא שונא ישראל של מצרים, ולא דומה השונא האחרון לשונא של אברהם אבינו, ולא  אחשוורוש לאדריאנוס קיסר ; לא ראי זה כראי זה ולא ראי זה כראי זה.

השונא הגרמני הנאצי הוא לא השונא של היום. ואם אסור לנו לשכוח את עמלק של גרמניה או (חבל שאין יד ושם לקורבנות איזבלה הקתולית שקטלה – כשמה כן היא – המוני יהודים או יד לקורבנות ירושלים ומודיעין מתקופת דיכוי מרד בר-כוכבא).

ההתעסקות באחת מתקופות העבר גומרת למצב לא-ישוער ולא-יתואר בו שונאי ישראל הקשים ביותר והמסוכנים ביותר של הדור, הזורים הרס והרג, יוכלו להפוך בתפיסה המחשבתית הלקויה למסכנים תמימים ולקרבנות של העם היהודי שהוא דווקא הנרדף על ידם. ולא רק האו"ם והמשטרים הפוחדים ממדינות הנפט יוצרים עולם  הפוך שכזה, אלא אנשים טובים בקרב עמנו. לאחרונה נשמעו תפיסות משונות חולניות קשות בגילוי השנאה האחרונים של החמס הממלא את הארץ . "גם אני, אם הייתי נער בעזה, הייתי רוצה לעשות שמות בישראליים" קוראים באיזה מקום, או, כפי שדיקלם ילד יהודי הלומד באחד הגנים בעוטף עזה : "הם עושים לנו את זה כי אנחנו רעים איתם".

האם תהיה ההקבלה הבאה מקובלת במוחם של הנ"ל ? "גם אני, אילו הייתי נער גרמני בברלין, הייתי רוצה לעשות משפט ביהודים", וכן לא היו  מקבלים על הדעת אמירה הזויה של ילד יהודי בעת מצוד ולודרום ד'איבר מכגון : "הם עושים לנו את זה כי אנחנו רעים איתם". וודאי שלא.

אבל כאן הופכים את האמת. שונאי ישראל שכבשו את עזה רק בשל אזלת היד של ההנהגה בארץ, הינם שונאי ישראל האכזרים והממשיים ביותר בדורנו, וכן חבריהם שבשל שנאתם הידועה הוצבו שלטי אזהרה בארץ האוסרים תנועת יהודיים, מרוב האנטישמיות הכל כך וודאית שבמקומות שטוהרו אתנית מכל נוכחות יהודית. אומנם השלטים מנוסחים בלשון סגי נהור, כשכתוב "הכניסה אסורה לישראליים", כאילו, היות ויש שונאים המחזיקים מנהלית באותה האזרחות, הדבר לא מופנה בלעדית ליהודים. העיוורון הרווח אף הוא נגזר מהתעסקות היתר בתקופות העבר. כל דבר נשאר טוב כשהוא במידה, ולא כשהוא תופס את כל מרחב המחשבה. אז אפשר לדבר על קריקטורה, כי מגדילים בקנה מידה מופרז עצם אחד מתוך כל ההקשר.

אז גם באירופה, ממשיכים לחפש אחר תנועות נאציות פן תקומנה לתחייה, או אחר ניאו-נאצים צעירים, כשבו בזמן היהודים נוטשים את אירופה בשל אנטישמיות מסוג שכובשים את העיניים בקרקע מולה.

יש לדעת שלא רק שנאת היהודים של ימינו היא עטופה בגלולה מבריקה ומתוקה. כיום הופכים את האנטישמיות המכחידה ביותר לשאיפה לאומנית, וכולם נופלים ברגליים צמודות הישר לתוך המלכודת. המניע לאנטישמיות מכונה "פלסטינאי", והיא הגושפנקא, חותמת הכשרות ההופכת את השנאה ההרסנית הפוגענית בחפים מפשע למאבק לגיטימי  ומקובל. אבל גם לנאצים הייתה שאיפה לאומנית וכל מיני הצדקות, וכן למשטר הקומוניסטי שאסר מטעמים הומניטאריים את ברית המילה או שדאג מבגידה מצד מי שלמד או לימד עברית.

מצד אחד כאמור לא נשכח את השואה, אבל מאידך יש להגדיר היטב את השונא שבדורנו. בכל דור ודור עומדים עלינו לכלותנו, ובכל דור ודור מצדיקים את השנאה בעמידת פנים חדשה. ועלינו להפריך לבטל ולדחות מכל וכל את הטענות הנותנות מסווה ומסך של צדק ומשפט לשנאה כלפינו.

היום המועמד לכלותנו אינו גרמני נאצי או שופט בבית משפט האינקוויזיציה אלא ערבי מוסלמי היוצא ללא שום הפרעה מוסרית לטבוח במשפחה יהודית על ילדיה ותינוקיה בשלוות מנוחת השבת הביתי. הוא מצדיק הפיכת ארץ פורייה לעיי חורבות, את תחיית הארץ והאומה להיפך הגמור, את ההעמדה של אבות וילדים יהודיים בפני כיתת יורים המחסלת משפחות שלמות, כי בתוך החברה שלנו לא משכילים לעשות את השדרוג המדובר, את המעתק מאויב השלב הקודם לאויב השלב הנוכחי.  ממשיכים לחפש אסימונים גם אחרי שהטלקארט הלך לו, ואין אנו מזהים את האויב הנתעב בלבושו של היום.

נוח במקום זה לחפש הצדקות. לפני גירוש היהודים וליל הבדולח דגוש קטיף, טענו בעלי עמדות שלטוניות, בניתוק מוחלט והמציאות ומעל במת הכנסת, שהאויב האכזר אינו שונא אותנו במהותו, אלא שאנחנו כביכול מרגיזים אותו. הוא בסך הכל רוצה שלא נכפה עליו את הריבונות שלנו. וכן סנוורו את עיניהם ואטמו את מוחם יוזמי הסכמי אוסלו שהכניסו את האויב לפתח חיינו ונתנו להם לטבוח ביהודיים באופן שאוטובוסים נהיו לתאי השמדה. ובכל זאת לא ראו דבר כי את העבר לא נשכח ואת ההווה לא נלמד.

שני אויבים אכזרים הלכו יד ביד נגד עמנו במלחמת העולם השנייה. אחד מהם רצח אותם והשני מנע מהם לצאת מהתופת. אחד הקים מחנות השמדה ואחד הפעיל לחץ על האנגליים שסגרו את שערי הארץ ליהודיים. אחד הובס בסוף המלחמה ואחד מצא מקלט מדיני בצרפת. אותם המניעים האידיאולוגיים של אותו חוסייני שלא מצא את עצמו בין נאשמי משפט נירנברג, ממשיכים עד היום להניע את מכונת השמדת היהודים, אלא שהקב"ה מצילנו מידם ומעניק למדינתנו ולצבא שלנו הצלחות ניסיות שכל העולם רואה בהם את השגחת הבורא על ישראל.

ולכן עלינו להתקומם כנגד השקר הגס ההופך אותנו לרודנים ואת שונאנו ההרסניים ביותר לקרבנות תמימים. ושלא ניפול שולל למתיימרים ללמד אותנו מה זה מוסר יהודי. כשדוד המלך נתבקש להביא מאה עורלות של פלשתים, הוא הידר במצווה והביא מאתיים. לא שמענו שהוא אמר : "אבל למה לעשות בהם עונש קולקטיבי? לא כולם רעים. יש הרבה פלשתים שאוהבים אותנו ורוצים רק לחיות על ידינו בשלום".

אותה הלאומניות שמנסים להרגיע אותה במתן סמכויות מדיניות על חורבות מדינת היהודיים, כפי שזה מתרחש בנדבכים ענקים בלב ארץ ישראל, בליווי שלטי אזהרה גזעניים וכבישים עוקפים שלמרבה הציניות פתוחים לאויב, היא היא ההתגלמות של האמרה : "אלא שבכל דור ודור עומדים עלינו לכלותנו". ויש להפסיק לאלתר לכנות את האויב בתיאור "פלסטינאי" המשתמע כהודאה ח"ו שהארץ שייכת לו ושאנחנו לעומתו עם נע ונד בעולם. אם כבר משתמשים במונח  זה, אז הפלשתינאי, זה אני וזה אתה. ערמומיות הפיכת הטוב לרע והרע לטוב היא ההמשך המתמשך היוצא מבית מדרשו של הקרמלין, שבשנת 1964 למניינם, החליט להפוך את שנאת ישראל למאבק לאומני לגיטימי, כפי שפרסם זאת יון מיחאי פצ'פה (בכיר הונגרי שריגל לטובת ברית המועצות ולבסוף חזר בו ומצא מקלט בארה"ב).

אז הבה נודה בארצנו ונכיר באויב המנסה לכלותנו כקם העכשווי. הזמן לא עמד מלכת לפני שבעים שנה. והנוף משתנה רק בחיצוניותו.

לסיכום, ויתר על כן, העם היהודי הוא כעין אח גדול לכל האנושות כולה. והוא משמש דוגמה אישית. כשהוא ממשיך להוקיע את הנאציזם, כל העולם הנאור עומד על המשמר ומוקיע כל התעוררות נאצית בשטחו, אבל כאשר מייצגי עמנו נותנים לאויב רשת הסוואה ומלבישים אותו בפרוות כבשה בעלת רגל לבנה, אז נאותים באירופה לכל היותר להכיר ב"קונפליקט", אז גם באירופה מתייחסים לאנטישמיות המוסלמית כאל "ייבוא הקונפליקט המזרח-תיכוני". עובדה שהמאבק המשפטי להכיר בשרה הלימי כקרבן האנטישמיות, אותה האישה היהודייה המבוגרת שרצח אותה בדירתה מוסלמי קיצוני לא הצליח, כי הרי גם בארץ, יותם עובדיה הי"ד "נהרג בפיגוע".

יהי רצון שד' יקום את דמם של כל בני עמו השפוך לדורותיו.  

Partager cet article
Repost0
5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 17:53

Vivre seul, vivre ensemble, vivre seul, ce sont les trois mouvements qui résument le processus qui se déroule aujourd'hui dans les pays civilisés et tolérants.

Dans un premier temps, la cité est homogène. En France, on trouve des Français, en Italie des Italiens etc. Ils ont des valeurs communes de droits, obligations, mœurs, loisirs, savoir-vivre.

Puis débarquent des gens qui sont tellement dénués de bonnes manières qu'ils en deviennent risibles et qu'ils viennent mettre un peu de piquant dans la morosité du décor. Il ne faut pas s'en irriter, au contraire, le savoir-vivre-ensemble dans une société de savoir-vivre à sens unique ne peut qu'être enrichissant.

Le troisième mouvement est le départ d'abord des plus gênés qui s'en vont, puisque là où il y a de la gêne, y a pas d'plaisir, puis des plus tolérants qui n'avaient pas compris que l'on ne voulait pas d'eux ici. Le piquant était trop fort et la cité crache du feu du plus profond de sa gorge et de ses poumons.

En politique, c'est un peu plus lent. Des arrivistes et des opportunistes autochtones se frottent les mains, portent le burnous et s'extasient moins du folklore d'un autre magma de peuples hauts en couleurs que des voix qui pencheront en leur faveur. Ces politiciens savent profiter de l'instant présent, car vient le jour où le nouveau vivre-seul les mettra au rebut comme un vieux kleenex.

Peuples civilisés, peuples tolérants, réveillez-vous, tant que vous le pourrez encore.

Cessez de tendre les deux joues, de leur prouver que vous les aimez et de vous leurrer en vous disant que vous parviendrez à récupérer vos territoires qui ne vous appartiennent plus que sur le papier à coup de milliards qui vous donnent la berlue. Vos sourires les offensent et les irritent, et votre argent n'achètera pas leur indulgence, car il est d'avance perçu comme une petite partie du retard de votre arriéré fiscal.

 

Israël, Europe, Israël. Cessez de vous imiter pour le pire. Qui copie sur qui? C'est un cercle infernal.

Israël abandonne Gaza. Bien sûr qu'ils nous détestent, puisqu'on les empêche de disposer d'eux-mêmes, c'est un principe essentiel de la déclaration des droits de l'homme. La solution : dès que nous n'exercerons plus notre souveraineté sur eux, ils nous laisseront tranquilles. L'équation est tellement facile qu'au cours des dernières violences arabes à Gaza, l'Afrique du Sud a exigé pour les calmer qu'Israël  tout simplement s'en retire. C'est tellement évident que nul n'est besoin d'être au courant d'un événement vieux de treize ans.

J'aime bien en hébreu le terme de hakhmologue, qui désigne un parfait imbécile dont les raisonnements déments semblent incarner la plus pure des logiques. Le suffixe en logue est connu.  Rendons le terme par  sageologue. Nous en avons  à revendre.

Tel abruti haut gradé  disait – aux fins de justifier une propagande favorable à la reddition consentante  face à la  Syrie,  qui a donné lieu à la contre-propagande  aux moyens télémédiatiques inexistants du «peuple est avec le Golan» – sans rire, qu'à notre époque technologique avancée des missiles balistiques, qu'il importait peu que la frontière syrienne se trouvât quelques dizaines de kilomètres plus près ou plus loin de nous. Les agriculteurs de la région d'Eshkol et les habitants de Sdérot ne sont pas assez intelligents pour comprendre la finesse dudit sageologue, apparemment.

Un autre politicien haut-placé, plusieurs fois ministres, dont Premier, expliquait depuis son cerveau de sageologue que la haine contre Israël n'était pas un mal profondément ancré. Il soutenait qu'il ne s'agissait que d'un sentiment de frustration dérivatif dû à la pauvreté et à la misère, comme si tous les pauvres étaient haineux. Qui devient riche devient civilisé. Taillez un costard à l'homme des cavernes, et vous serez étonné par la magie du résultat. Usant et abusant de son pouvoir, notre dignitaire s'attache à enrichir Gaza.

Mais qu'est-ce qui a bien pu faire rater l'expérience, quand des toutes  petites roquettes pathétiques qui touchaient Névé-Dekalim puis Sdérot, avec l'argent qui a servi à creuser tout un réseau de galeries d'invasion, on est passé à des missiles perfectionnés pouvant frapper Tel-Aviv et Jérusalem?

La maladie de l'exil du peuple juif, qui s'est incrustée et a imprégné tout son être et toute sa pensée, pour les moins résistants au microbe, établit le postulat qui veut que si le Juif est haï, c'est la faute du Juif. A lui de réparer ses traits de caractère ou de modifier son comportement, ou alors, s'il pense que le non-Juif le soupçonne sans fondement, à lui de prouver à quel point le non-Juif se trompe sur la noblesse des intentions du Juif vis-à-vis du non-Juif.

Que celui-ci soit odieux, haineux, destructeur, on lui montrera qu'il a tort, et on le laissera lapider nos soldats et brûler notre terre sans recourir à tous nos moyens qui nous manquaient cruellement de Tunis à Berlin, de Moscou à Paris. Parce que ce qui compte avant tout, et ça vaut bien quelques sacrifices, c'est de montrer aux antijuifs qu'ils n'ont aucune raison d'être antijuifs. Un ancien message européen originaire d'un dissident palestinien juif au nom de qui des massacres effroyables ont été perpétrés à titre posthume, disait sous une autre formulation qu'en cas d'agression, il faut faire le beau.

Alors, ce seraient les Européens qui auraient inspiré les Juifs jusqu'aux ordres qu'ils donnent à leur armée? Ou alors, par retour à l'envoyeur, ce serait au contraire la police européenne pitoyable face aux flambeurs de cités du second vivre seul – dont les ordres reçus consistent à se laisser immoler plutôt que de se servir de leur arme – qui serait influencée par ricochet par les ordres donnés à l'armée d'Israël? «C'est avec ses ennemis qu'on fait la paix», est-ce un adage de la maison d'étude de Chamberlain qui s'est retrouvé chez Rabin ou une idée de Barak adoptée en retour par Merkel et ses grands sourires adressés aux migrants importateurs de troubles sociaux qu'on ne saurait repousser par intolérance vis-à-vis de leur différence?

Ou alors, ni Israël ni l'Europe ne se copient l'un l'autre. «On ne tire pas sur un jeteur de pierre ou un envoyeur de cerf-volant qui met sur la paille tous les agriculteurs et rend bientôt vides les rayons de produits alimentaires» ; serait donc une valeur morale tiré d'un système indiscutable en provenance d'un empire de loisirs très puissant : le cinéma hollywoodien. Le héros ne doit pas tirer sur le méchant deux fois plus lourd que lui qui le menace de ses poings. Donc, il se déleste de son arme, la jette dédaigneux de côté, roule les mécaniques et termine en quelques coups bien placés le méchant.

Question blasphématoire à ne pas poser : «Et si le méchant assomme le bon dès le premier coup de poing? Et s'il prend ensuite l'arme du gentil en lui logeant au passage une ou deux balles?»

Impensable, le bon a toujours raison et la réalité lui donne toujours raison. L'auteur de Rahan s'est révolté dans l'un des épisodes de sa célèbre bd, laissant mourir son héros qui voulait loyalement donner ses chances égalitaires au méchant.

Bref, la mythomanie est un vilain défaut. «Mais bien sûr qu'ils veulent la paix au moins autant que nous, mais on ne doit pas les laisser se dire qu'on leur en voudrait», entend-on dire de part et d'autre du monde civilisé.

Pour sa part, du côté de la civilisation de l'agression et de l'imposition du malheur et de la désolation, on prend tout geste de bonne volonté pour une preuve de soumission, et il suffit dans sa logique de haine de faire monter la pression pour que la soumission devienne totale et sans retour. Un politicien usant et abusant de son pouvoir, à qui on avait demandé ce qu'il pensait des déclarations belliqueuses des archi-terroristes de l'Olp sur leur  tactique des étapes, répondit dans un grand rire : «Vous n'avez rien compris, mais bien sûr qu'il veut la paix, c'est juste stratégique, il faut bien calmer ses opposants.»

Le même avait dit, suite au désengagement de Gaza : «Alors, où est donc cette pluie de Katiouchas que les prophètes de la colère nous avaient prédite?» Effectivement, il n'y a pas eu de pluie de Katiouchas sur Ashkelon le lendemain du désengagement. Comme quoi la courte-vue peut rendre heureux.   

Légende : le vitrail de la synagogue Chalom al Israël de Jéricho. La tolérance de la présence ennemie par Israël malgré sa victoire éclatante a de fil en aiguille rendue ce site inaccessible aux Juifs. 

© Yéochoua Sultan

 

Partager cet article
Repost0
17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 11:12

Appréhension ou prémonition ?

L'espèce humaine a-t-elle un pouvoir ésotérique sur la matière? Un espoir ou, au contraire, une appréhension, sont étrangement confirmés par les événements qui interviennent et se déroulent par la suite. Certains cas éveillent tout au plus de l'admiration. Tel individu qui ne payait pas de mine mais était bien décidé à faire son service militaire en Israël dans une unité d'élite alors que ses camarades de classe le trouvaient chétif et caractérisé par des épaules tombantes le rendant reconnaissable de dos et de loin, ou tel autre qui voulait faire son alyah mais qu'on ne prenait pas au sérieux parce qu'il aimait trop le confort et les commodités de l'exil où il était né, ou tel autre encore qui voulait devenir écrivain mais qui, s'il en parlait, éveillait des sourires parce que l'on était persuadé qu'il était le champion de la page blanche ; sont autant de cas pour lesquels on soulèvera peut-être un sourcil.

Il est à peu près certain que tout un chacun a dû ressentir, plus d'une fois, que ce en quoi il a cru a réussi contre toutes les apparences. A contrario, toujours sur le plan individuel, une appréhension qui conçoit un échec est confirmée même quand toutes les apparences jouaient en faveur du projet. L'œuvre toujours célèbre de Goscinny, Iznogoud, le méchant vizir qui veut devenir calife à la place du calife, insère avant chacune de ses manigances la petite phrase, dite par son serviteur : «Ça va rater, patron.» Cette appréhension récurrente est toujours confirmée par la suite.

Plus concrètement, il y a ceux qui déclarent forfait à l'avance, et on peut dire plus sérieusement à une plus grande échelle que la pérennité et la rédemption d'Israël, si elles ne sauraient être démenties au niveau global, peuvent devenir étroitement dépendantes de la foi ou de l'appréhension sur le plan individuel. On peut dire que la «gauche israélienne», pour reprendre cette appellation, est profondément affectée par une appréhension extrêmement pessimiste. Non seulement elle pense que «ça va rater», mais elle agit dans le sens de ce ratage. Pourquoi se battre si l'on est persuadé que l'on va perdre? Autant limiter les dégâts, et c'est ainsi que l'on signe des traités de reddition couverts d'une couche de verni édulcoré appelé paix. De quelle logique ont procédé les accords d'Oslo? C'est que l'on sait dit : «Puisqu'ils veulent tous nous tuer, autant leur faciliter la tâche et les faire venir tout de suite. Cette attente est insupportable».

Précédemment, bien que Ben-Gourion ait remporté la majorité du Conseil pour proclamer l'indépendance d'Israël, on comprend que les opposants ne l'ont été que par leur pessimisme qui leur soufflait: «Ça va rater, patron.»  Car qui n'avait pas rêvé de la restauration de la souveraineté juive en ses frontières? Il est évident que l'opposition de près de la moitié des membres du cabinet de Ben-Gourion n'avaient pas les mêmes motivations que les hordes arabo-musulmanes fanatiques et fanatisées qui s'apprêtaient à attaquer. Les Américains aussi avaient conseillé à Ben-Gourion de ne pas proclamer l'indépendance. Il est vrai que, dans certains cas, l'espérance rejoint la foi et défit la logique.

Je voudrais à présent revenir sur l'ambiance qui régnait avant le passage à l'an 2000 de l'ère vulgaire. Sur le plan concret, une appréhension technologique prévoyait le bug 2000, effondrement de tous les systèmes informatisés et gérés par ordinateurs de la planète. Heureusement que cette appréhension n'a pas poussé les informaticiens à  tout saborder, puisque, en tout état de cause, on allait à la catastrophe.

Mais le plus surprenant fut ce qui se produisit sur un plan que la science ne saurait expliquer. Une croyance superstitieuse profondément ancrée dans les esprits appréhendait la fin du monde pour l'an 2000. D'aucuns ont dû se figurer qu'ils constataient la crédibilité de leurs attentes : deux tempêtes successives en provenance de l'Atlantique s'abattirent sur l'Europe, provoquant des dégâts spectaculaires principalement sur tout le territoire français. Le «ça va rater» se concrétisait, s'incarnait sous leurs yeux. Mais les influences optimistes l'emportèrent avec leur célèbre : «Après la pluie le beau temps.»

Il faut se dire que, contrairement à tout ce qu'ils allèguent, les antijuifs appréhendent l'inverse de ce qu'ils avancent. Chaque époque est accompagnée d'un cortège de statisticiens qui calcule jusqu'à quel moment le peuple juif perdurera. Mais ils savent profondément que ce qu'ils fomentent ou espèrent «va rater». Les régimes les plus inhumains, catholiques (Croisades, Inquisitions), nazis ou musulmans (voir le chasseur et le rabatteur), ont toujours su qu'en dépit des souffrances indicibles qu'ils ont infligées aux Juifs et de l'incarnation du mal par excellence en la personne des auteurs des tentatives d'extermination, le peuple juif leur survivrait et qu'ils n'auraient pour salaire que l'enfer, terrestre ou céleste ou les deux. C'est comme si, au sommet de leur curée et des bains de sangs qu'ils perpétraient, ils éprouvaient une jouissance meurtrière en se disant : «J'ai massacré aussi ceux-là, et ceux-là ; mais je dois faire vite car je sais que ça ne va pas durer.»

Cette forme d'appréhension est tellement forte qu'elle peut s'avérer lourde de conséquences. Lors de la guerre de Kippour [les documents déclassifiés l'année dernière montrent les dysfonctionnements inimaginables du commandement politico-militaire en Israël, mais c'est une autre affaire (les dirigeants d'Israël peuvent-ils faire échouer la rédemption?)] les troupes de chars syriennes avaient franchi la frontière du Golan sans opposition,  et elles avançaient tranquillement en direction de la Galilée. Quelle ne fut pas la surprise du faible maillon de la chaîne, en Israël, qui s'apprêtait à se sacrifier pour tenter au moins de gêner la marche de l'ennemi, de voir la masse métallique qui avançait comme un rouleau compresseur piler, faire demi-tour et repartir dardar. Le «ça va rater» était à son apogée chez les Syriens. Il s'est avéré par la suite qu'ils étaient certains que les Juifs leur tendaient un piège, et qu'ils les laissaient avancer d'eux-mêmes tête baissée pour mieux les faire tomber dans le panneau, et de la sorte mieux les massacrer sans laisser le moindre survivant. C'est l'une des explications, car une autre veut que les tankistes aient eu la vision d'une forme humaine dans le ciel  levant la main pour leur signifier de s'arrêter.

Puissent nos ennemis toujours être animés par le profond sentiment de «ça va rater», et que le peuple juif reste persuadé que l'issue heureuse de son histoire en particulier et de l'histoire en général est proche.

 

Partager cet article
Repost0
16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 11:56

Manipulation : Guerre semi-conventionnelle ou manifestations pseudo-pacifiques?

Des titres terrifiants reprennent sous une forme remise à jour un vieux thème que l'on pensait suranné. Le crime rituel se conjugue à tous les temps et il frappe d'autant plus l'imagination dans l'ignominie que sa victime est jeune. Périodiquement, cette tendance à condamner Israël pour crimes contre l'humanité refait surface, et on regarde de travers tous les Juifs devenus bourreaux d'enfants par extension.

On a tous en mémoire le dicton encourageant supposé chinois qui dit à peu près : «Ne te laisse pas abattre par l'échec ; essaie et essaie encore jusqu'à ce que tu réussisses». Si cette parole de sage était énoncée à l'intention des écoliers pour le bien, elle peut l'être par symétrie axiale pour le mal. «Ne te laisse pas abattre par la lutte contre l'antisémitisme et l'antisionisme, dirait le postulat révisé. La machination en 2000 n'a pas marché, on t'a même causé du remord suite à l'exécution sauvage de Daniel Pearl. Mais en 2018, ne laisse pas passer une belle occasion de retenter ta chance. Elle t'est certes offerte par un des pires mouvements terroristes crapuleux, mais la fin justifie les moyens, et l'antisionisto-sémitisme n'a pas d'odeur», pourrait nous dire aujourd'hui cette même sagesse.

Il serait dangereux de rester nonchalant en se disant qu'Israël est dans son bon droit et sous-estimer le venin des formateurs d'opinions qui décident de réécrire l'histoire en direct, au moment même où elle se déroule sous nos yeux. Le révisionnisme et le négationnisme, dont les préfixes viennent nier le sionisme, ont fait d'énormes progrès. Ils ont refait totalement leur garde-robe. L'observateur attentif, à qui «on ne la fait pas», notera que le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem passe petit à petit parmi les titres de second ordre, voire d'entrefilet dans les pages intérieures, quand il n'est pas présenté comme source de tous les maux.

L'actualité au Proche-Orient n'est pas la concrétisation de la reconnaissance des droits du peuple juif à sa souveraineté sur son sol, à son retour et à son rassemblement en ses frontières, mais ce qu'un mouvement reconnu internationalement comme inhumain a décidé de mettre en avant.

Et ça marche! Le regardeur de télévision se laisse avoir. Et cette propagande qui fait du  Juif un tueur d'enfants parvient à ses fins, car même des gens très braves qui regardaient d'un bon œil le transfert de l'ambassade américaine ont été bernés par les titres qui rivalisent en machiavélisme. «Bain de sang à Gaza» est assez banal, mais «Israël tire sur les manifestants» est bien plus cyniquement et sataniquement génial.

La manipulation fait dire aux paisibles et honnêtes citoyens : «Bon, d'accord, le Hamas est l'une des pires organisations terroristes. Si l'occasion se présentait, elle assassinerait volontiers les six millions de Juifs qui vivent en Israël, mais de là à tirer sur de "paisibles manifestants".»    

La désinformation est au moins aussi néfaste qu'un médecin dont les diagnostics sont inexacts. Tous deux peuvent tuer. Prescrire des calmants à un patient qui souffre de maux de ventre chroniques et aigus alors qu'il est encore temps de procéder à l'ablation d'un début de tumeur maligne n'est pas moins dangereux que  d'accuser le gouvernement israélien et par extension tout Israël et tout le peuple juif de meurtres d'enfants et de tirs sur des manifestants pacifiques pendant qu'on y est.

Aurait-on déjà oublié le mobile de l'assassin de sang froid du rabbin et des enfants juifs dans la cour de l'école de Toulouse? A la limite, même si le diagnostic qui ne voit que des manifestations pacifiques et qui prescrit à Israël des calmants appelés retenue était honnête, les gouvernements européens, France et Allemagne en tête, devraient s'imposer ainsi qu'à leurs médias cette retenue qu'ils prescrivent aux autres, et éviter à tout prix de faire ou de laisser faire des gros titres qui seront interprétés de telle sorte qu'ils se changeront en incitation à la haine du Juif et résulteront sur le terrain par des attaques antisémites.

Une telle précaution existe, puisque les autorités allemandes interdisent à la presse de révéler dans leur pays l'identité ou l'appartenance ethnico-culturelle d'adultes qui abusent réellement de leurs femmes et de leurs filles. S'il est tabou de dire qu'un violeur est musulman, pakistanais ou marocain, alors que les faits sont attestés, la moindre des honnêtetés intellectuelles doit exiger a fortiori que l'on évite de désigner, en pleine propagande d'images fournies par le Hamas, avec tout l'aspect douteux qui s'entend, les soldats de Tsahal comme des tireurs sur des manifestants pacifiques. A moins que le ménagement et le souci d'éviter l'amalgame ne soient sélectifs.

Du côté du téléspectateur (eh oui, ça existe encore à l'ère de l'internet, il y en a même qui se servent de leur ordinateur comme d'une télé au lieu d'élargir leurs horizons), combien de consommateurs d'idées prémâchées seront en éveil et objecteront : «Un instant, il s'agit d'une manifestation un peu spéciale. Elle n'est pas sur une place publique mais sur une frontière. Admettons que ça ne change  pas grand-chose. Mais n'étant pas né de la dernière pluie, j'ai ouï dire que des illégaux africains avaient violé la frontière d'Israël. Les cas où ils se sont fait tirer dessus, c'était par l'armée égyptienne. Alors, s'agit-il d'un revirement ou est-ce que les médias nous mentent?»

Et si on s'intéressait un peu à ce qui se dit du côté de Tsahal? Le porte-parole de l'armée a révélé dans une allocution d'une petite minute, tellement la problématique occupe des proportions réduites, la technique de guerre du Hamas : se servir des civils comme d'un leurre et introduire dans cette masse des terroristes armés dans le but d'échapper à la vigilance des soldats défenseurs d'Israël et d'atteindre les localités juives dans le but d'y perpétrer des massacres.

Les civils servent d'écran de fumée et de cinéma et font donc double emploi :

1. Tenter d'introduire des terroristes armés comme susmentionné ;

2. Attirer les caméras sur cet écran, faire de la peine et réveiller ou attiser les vieux démons antijuifs.

Normalement, lorsque le mouvement  terroriste accuse Tsahal d'avoir tué un bébé, deux mouvements d'indignation devraient se retourner contre les fournisseurs d'images :

 1. Les soupçonner d'avoir tué tout seuls ce bébé pour accuser les Juifs ;

2. Les condamner sans appel pour entrainer des civils, dont des femmes et des enfants, sur le champ de bataille. Les conventions internationales, les conventions de Genève, de la Haye, ont pourtant clairement  statué  l'interdiction du travail des enfants et, cela va sans dire, de les faire participer physiquement à des conflits.

 

Un soldat francophone, cité par le groupe FB Jérusalem au cœur, témoigne : «Aujourd'hui (15 mai 18), j'y étais, j'ai tout vu… Je les ai vus jeter des pierres, non pas avec les mains, mais avec des frondes, j'ai vu des enfants de dix ans, au milieu de la fumée provoquée par les pneus brûlés, du gaz, dans l'espoir d'être blessés pour pouvoir m'accuser. J'ai vu un homme… pousser les femmes et les enfants vers la barrière avec des pierres dans l'espoir qu'un d'entre eux soit tué… J'ai vu… la haine dans les yeux… essayer de traverser la barrière dans l'espoir de me lyncher, de me kidnapper, ou de faire un attentat dans une des villes derrière moi… J'en ai vu un essayer de me tirer dessus avec une kalachnikov… je les ai  vus essayer de transporter par le biais de cerfs-volants des explosifs, des cocktails  Molotov, ou des objets enflammés dans le but de m'atteindre, d'atteindre des civils, ou brûler ma terre… Je les ai presque suppliés de ne pas m'obliger à tirer sur eux, mais eux l'ont fait quand même et pire, m'ont envoyé leurs femmes et  les enfants. »

Ne nous serions-nous pas attendus à ce que les condamnations pleuvent sur le Hamas et que l'indignation générale reconnaisse enfin leur véritable face? Ils sont pourtant connus pour leur stratégie de guerre : ouvrir les hostilités en privilégiant les tirs sur les victimes civiles innocentes. Prenons un exemple : le 22 août 2014, un vendredi soir, Daniel Tordjman, quatre ans, joue en famille dans le salon, au kibboutz de Na'hal Oz. L'alerte retentit. En trois secondes, une roquette le frappe de plein fouet, juste à côté de son père, devant la maison, en chemin pour l'abri qu'il n'atteindra jamais. A-t-on vu la presse titrer en masse : «Le Hamas, bourreau d'enfants juifs»?

Hier (le 15 mai), Tsahal a détruit tout un arsenal de missiles au Nord de la bande de Gaza. Quel média a-t-il titré : «Opération de Tsahal au secours des enfants juifs»?

Pour revenir à la stratégie de guerre du Hamas, elle est semi-conventionnelle. Elle est conventionnelle dans la mesure où elle fait avancer un régiment de fantassins sur la frontière, à la recherche de l'affrontement aux fins d'investir le territoire agressé. Elle ne l'est pas dans la mesure  où elle déplace devant les milices armées des boucliers humains, ce qu'une communauté internationale devrait humainement condamner.

Cette marche du  pseudo-retour reprend trait pour trait la stratégie des trois dernières guerres contre Israël : placer les batteries de missiles au milieu d'une population civile retenue par la force, sur les toits d'écoles ou d'hôpitaux, ou de l'Unrwa, organisation profitant de son statut diplomatique pour stocker les missiles. De deux choses l'une : ou bien Israël se laisse bombarder sans broncher, ce qui est à même de plaire à une opinion encline à plaindre, voire à verser une larme, sur le Juif quand il est victime, ou bien Israël neutralise les rampes de lancement, protège sa population, et se voit alors accusé de bombarder des civils, et on retombe sur l'accusation séculaire d'un Tsahal tueur de bébés.

Mais bien entendu, certains, et non des plus inoffensifs, préfèreront crier à l'assassinat de manifestants pacifiques, et occulter, puisqu'il n'y a pas plus idiot que celui qui ne veut pas comprendre, les méthodes exécrables du Hamas, qui a d'ailleurs bien choisi son nom, puisqu'il désigne textuellement dans la Bible le vol avec violence, entre autres pratiques à l'origine du déluge.

Comment, les Juifs seraient heureux, victorieux? Leur qualité de non-apatrides serait reconnue par la plus grande puissance mondiale? Et ils remettraient en question des décennies d'avilissement et de formatage phallocentrique de la femme en remportant l'Eurovision avec une candidate qui ose se présenter telle qu'elle est et qui incite l'image du «super-canon» à se révolter ou à aller se rhabiller? Sûr qu'on va la leur gâcher, la fête.

Le pouvoir politico-médiatique qui refuse à Israël sa légitimité a toujours eu besoin de se fabriquer une base polémiste consistant dans une victime emblématique poursuivie par le Juif. Mais la propagande est bien plus bornée et virulente aujourd'hui que dans des périodes sombres. Une histoire tirée du folklore juif se résume à peu près ainsi : Dans la banlieue de Vienne, un riche aubergiste juif, spécialiste des chevaux, avait un employé non-juif qui lui servait entre autres de cocher. Il était en bon termes avec le gouverneur. Des jaloux kidnappèrent le jeune employé et accusèrent le Juif de l'avoir tué pour récupérer son sang qui aurait été l'un des ingrédients du pain azyme. Rabbi Leb, un éminent rabbin, avait l'habitude, quand il passait dans la région, d'être hébergé chez cet aubergiste. Bref, il demande au gouverneur s'il a besoin de chevaux et qu'il aurait intérêt à exploiter une dernière fois le savoir du condamné pour en acheter. Un marché se tient dans une ville lointaine. Le rabbin s'y rend avec le condamné dont les proches sont retenus en otage. Un mendiant leur tend la main. L'ex-aubergiste reconnaît son employé. Il le ramène chez le gouverneur, les faux témoins sont confondus et condamnés.

Aujourd'hui, même si vous retrouvez la victime, on vous exécutera quand même. «Non, ce n'est pas lui, c'est un sosie.» Ou s'il a été tué par ceux qui vous accusent sans la moindre preuve, comme au carrefour de Netzarim en 2000 et près de la barrière de Gaza en 2018 : «Vite, bâclons le procès, avant que la supercherie ne soit établie». Et quand les preuves deviennent trop flagrantes : «Oh, et puis, taisez-vous, rabat-joies!» Et les communiqués du porte-parole, du gouvernement, des ambassadeurs d'Israël deviendront inaudibles.

Toutefois, certains médias – ce qui prouve que le combat contre la diffamation antijuive sert un peu à quelque chose – se montreront prudents, telle cette première de couverture de Libération, qui titre, histoire de faire passer aux Juifs l'envie de sourire : «Jérusalem-Gaza, une ambassade et un massacre». Ne voulant pas se risquer sur la pente glissante de la publication d'un cadavre d'enfant, ce qui peut aller très loin, ils ont préféré faire parader deux brutes épaisses et mal-rasée. D'autant que le nom de Jérusalem dans le titre équivaut  – qu'ils le veuillent ou non – à leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, puisqu'ils nomment le conflit qui oppose Jérusalem à Gaza. 

Il ne faut pas se leurrer : la prise de conscience qui a annoncé quelques décennies de jours heureux pour les Juifs en Europe, n'a été pour finir que le résultat d'une énorme panne : on était en rupture de stock de victime désignée du Juif. Le génocide a rendu les victimes traditionnelles inexploitables. On en a fabriqué une nouvelle, sur la base d'un travail de longue haleine : inverser les rôles entre David le Juif et Goliath l'antijuif, réduire un monde arabe hostile aux mesures d'un tout petit peuple «palestinien». Ce travail a commencé chez les défenseurs du mensonge déguisé en vérité, ceux que promouvait la Pravda, comme en a témoigné par la suite Ion Mihai Pacepa, conseiller du président roumain Ceausescu et espion soviétique, qui avait fait défection avant de se réfugier aux Etats-Unis.

Souhaitons au petit-grand peuple d'Israël de continuer à s'acheminer sur la voie de la reconnaissance par les nations, et de sa pleine rédemption. Que ses ennemis tombent sous ses pieds et que se réalise le principe de «bien mal acquis ne profite jamais» pour tous ceux qui pensent tirer leur épingle du jeu en s'accoquinant avec des dictatures peu recommandables comme l'Iran ou le Qatar. «La pérennité d'Israël ne sera ni démentie ni invalidée» (I Samuel XV, 29).  

Partager cet article
Repost0
3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 10:09

Un petit pays qui fait trembler les grands, ou, comme dirait à peu près en ces termes un vieux spot publicitaire, que reste-t-il aux grands?

La confiscation par Israël sous l'égide de son Premier ministre Netanyahou rappelle les moments forts de l'histoire renouvelée du pays juif. Israël fait littéralement trembler la terre des pays avoisinants. Déjà, dimanche (29 avril 18), Al-Hama, près de Homs en Syrie, donc du site nucléaire anéanti en septembre 07, lors de l'opération «mi'houç la-koufsa» (mot à mot en dehors de la boîte), a été secoué par un tremblement de terre de magnitude 2.6. Des témoins auraient vu une boule de feu céleste et dix-huit généraux iraniens auraient été éliminés. Deux-cents missiles sophistiqués ont été détruits dans cette attaque.

Les protestations de l'Iran confirment leur mainmise sur la région frontalière. Ce pays n'en est pas à sa première provocation. Auparavant, le drone abattu par Tsahal après avoir franchi la frontière israélienne en février portait une charge explosive et avait échappé aux radars des forces internationales présentes dans la région, à moins qu'elles n'aient  fermé volontairement les yeux. En avril, la base syrienne T-4, véritable usine de drones iraniens et centre de téléguidage, a été sérieusement visée, contrairement à l'attaque internationale qui a loupé ses objectifs le 14 de ce même mois. Ces volées de coups répétées montrent que l'Iran aurait dû réfléchir avant de venir narguer Israël sur son palier.  

Mais le plus bel exploit qui restera gravé dans les annales de l'histoire, c'est certainement la confiscation du programme nucléaire iranien, à environ mille six cents kilomètres d'Israël. Netanyahou a fait état lundi soir (30 avril 18) d'une demi-tonne de documents saisis, soit cent mille documents secrets prélevés dans les archives secrètes de Téhéran. En comparaison, le légendaire (et imaginaire) James Bond passe pour un minable. Alors que ce dernier parvenait après bien des péripéties et un suspens à la limite de l'insupportable, à ramener un tout petit microfilm, le Mossad a pour sa part saisi un quintal de documents secrets et de preuves accablantes en démasquant les menteurs patentés qui continuent de nier la main dans le sac. Il faut dire que leur doctrine religieuse encourage le mensonge, en dehors du fait que là où elle prend racine, peu à peu le désert avance.

Cette opération sans précédent s'inscrit dans la période qui relie les fêtes de Pessah et Chavouot, de la sortie d'Egypte au don de la Torah. Après l'effroyable recul résigné d'Israël traduit par des événements que l'on ne pensait plus possibles, comme l'introduction des structures terroristes au beau milieu de son territoire ou l'expulsion inouïe des Juifs de Gaza, on aimerait y voir le signe d'un redressement durable qui, en s'inscrivant dans la lignée glorieuse des événements de l'indépendance et de la libération de Jérusalem ou encore de Hébron, vient contrebalancer la difficile période qui marque le deuil encore observé aujourd'hui de l'épidémie ayant décimé les vingt-quatre mille disciples de Rabbi Akiva, à l'époque de la Michna.

Quant à la leçon que nous pourrions retenir, dans ce rapprochement évident entre la tournure de la guerre des Six Jours et de l'opération de saisie du programme iranien, ce que toutes les puissances occidentales réunies ne sont pas parvenues à réaliser, c'est de faire preuve d'humilité devant le Créateur qui rassemble les exilés des quatre «ailes» de la terre, et qui nous «donne la force de vaincre».

Savoir le remercier, et ne pas oublier que la dimension du peuple d'Israël a toujours été intrinsèquement liée à son D., consiste dans une composante clé qui a accompagné le peuple juif tout au long de son histoire. Le Rav Chabtaï Sabato, recteur de l'école talmudique du village de l'Observatoire de Jéricho, et connu depuis longtemps pour son explication linéaire du Talmud en plus de mille cassettes (numérisées depuis), a insisté sur l'humilité que doit ressentir l'homme vis-à-vis de son Créateur et des forces établies dans la nature. Que l'homme ne s'enorgueillisse pas en se disant qu'il a conquis la planète et l'espace. Si la catastrophe qui a vu dix jeunes d'une école périr emportés par un torrent de pierres et de boue, la leçon à l'échelle nationale consiste précisément dans cette humilité.

Pour revenir à l'issue de la libération de la Judée-Samarie, on est malencontreusement passés de la terrible sensation d'un étau mortel écrasant Israël à une prétention qui a consisté à prendre les Arabes pour les pires idiots de la terre, en illustrant ce sentiment notamment par l'abandon des soldats égyptiens de leurs chaussures pour mieux prendre la fuite, revenant tout à coup à l'état sauvage et se débarrassant d'atours encombrants et superflus pour eux. Il faudrait éviter, suite à la présente opération en Iran, de retomber dans ce travers, qui consisterait à se flatter en prenant les Iraniens pour des arriérés, même s'ils peuvent l'être par ailleurs. Il faut reconnaître la סייעתא דשמיא  , l'Assistance Providentielle, quel que soit le degré d'intelligence et d'audace mis en œuvre pour la réussite des opérations de l'armée ou des services secrets.

Le copilote de l'opération Entebbe révéla au début des années 90, qu'à leur arrivée sur les lieux, une imprécision de leurs cartes et appareils lui donnèrent un horrible doute, si bien qu'il commença à se demander si le commando n'avait pas dépassé l'aéroport où étaient parqués les otages d'Air France. C'est alors qu'il le vit s'allumer. Il décrit ce qui lui parut être un chandelier de Hanoukka sous ses yeux. Les Asmonéens sont victorieux, malgré leur petit nombre et leur armement proportionnellement dérisoire, mais ils sont précédés par la Présence Divine. Il ordonna alors l'atterrissage. Et les lumières s'éteignirent instantanément. Il arrive également que des gens laïcs deviennent religieux suite à des opérations périlleuses.

Si Israël doit servir de phare pour l'ensemble de l'humanité dont les yeux sont, quoi qu'il arrive, constamment rivés sur ce tout petit pays, ce n'est pas en prenant la matraque des mains de ses agresseurs pour leur permettre de se reposer en continuant à se frapper tout seul, mais au contraire en leur infligeant de cuisantes défaites. Un dénominateur  commun caractérise les divers développements glorieux de l'histoire récente d'Israël. Il s'agit du côté rationnellement irréalisable. En toute logique, les médias européens avaient en 67 dressé le bilan de l'histoire des Juifs : «Ils auront réussi à garder leur indépendance pendant dix-neuf ans». Les mêmes pays rationnels et sceptiques ont, motivés par leur lâcheté inhérente, signé des accords avec l'Iran, en feignant de croire à ses mensonges, bien qu'ils n'aient jamais pu établir la vérité, puisque les inspecteurs de l'IEA étaient systématiquement menés en bateau dès qu'ils arrivaient pour effectuer des contrôles, ou alors ils visitaient des endroits qui n'étaient pas les bons. Et on préfère sinon fermer les yeux, du moins porter des œillères, et, tel l'âne dirigé par son maître ânier, regarder là où il le réclame. Les révélations indiscutables apportées par Israël quant à la réalité des intentions de Téhéran sont pour le moins gênantes pour l'Europe, France et Allemagne en tête.

Ce travail de Netanyahou rappelle le fond de la polémique chez les Juifs qui vivaient aux Usa pendant la seconde Guerre mondiale. Fallait-il révéler aux Alliés le génocide ou exiger du gouvernement américain une intervention directe ? En Europe, on a longuement tergiversé : «Est-ce vrai ce que l'on raconte ? Y aurait-il réellement des camps d'extermination?» S'il s'est avéré plus tard que toutes les forces en lice savaient, c'est qu'elles préféraient fermer les yeux.

Les questionneurs minés par l'incompréhension et  motivés par la révolte ou l'indignation morale qui consiste à se demander comment il a pu être possible que l'on n'ait pas su, ou comment il a pu être possible que l'on n'ait rien fait trouveront peut-être des explications dans un contexte plus abordable car actuel : l'indifférence des démocraties occidentales même après que Netanyahou a fait lesdites révélations a priori fracassantes. A la limite, Netanyahou pourrait être considéré comme naïf. «Mais vous le savez bien que ça ne sert à rien d'apporter des preuves. Ils le savent très bien, tout ça», pourrait-on lui rétorquer. Il aura au moins eu le mérite d'avoir confondu les menteurs et ceux que leurs mensonges arrangent et confortent.  

A moins de trouver au contraire dans la même attitude molle de l'Occident de grandes qualités. Car si Israël a été capable de piquer aux Iraniens, à leur nez et à leur barbe, leur programme nucléaire, tout comme il avait récupéré ses vedettes bloquées par l'animateur de radio-Londres, il sera bien capable, le moment venu, de confisquer à l'Iran ses ogives nucléaires. Et si Israël n'a pas à ce jour liquidé les dirigeants du régime iranien, Ali Khamenei et les autres, dont son prédécesseur Ahamdinejad, ni Nasrallah qui se terre dans son bunker, c'est que probablement ce sont des agents du Mossad.

Partager cet article
Repost0
22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 09:35

Yossef Mendelevitch est rabbin. Il vit en Israël. Il a un an de plus que l'Etat d'Israël. A première vue, c'est un citoyen israélien honorable comme tant autres. Mais sa ténacité, sa détermination, ses convictions et son courage ont fait de lui l'homme qui a fait capituler l'ex Union Soviétique. Dans les années 70 et 80, il figurait sur les listes de dissidents soviétiques que des associations soucieuses de sensibiliser l'opinion publique mondiale diffusaient l'information dans le monde libre. Le soir du soixante-dixième  anniversaire de l'indépendance d'Israël, cet homme humble et discret a relaté son histoire dans l'une des synagogues de Bet-El, la communauté de Nitsanit qui avait à l'occasion lancé une invitation générale.

Les nappes blanches posées sur les tables, de somptueux drapeaux bleu-blanc ornant les murs, le responsable local a invité Mendelevitch à prendre la parole. Dès les premières phrases, on comprend qu'il s'attache au destin multimillénaire et intemporel du peuple d'Israël. L'enfermement derrière le rideau de fer est pour lui le même que celui des Hébreux en Egypte. Ils s'inscrivent dans l'histoire gigantesque du peuple d'Israël, à la différence près qu'ils sont éloignés d'un peu plus de trois millénaire. Par analogie, Yossef cherche l'homme qui pourra agir en catalyseur de la rédemption. Sur l'heure, il vit dans une bourgade de près d'un million d'habitants, où ne vivent qu'environ trente mille Juifs. Il veut les rencontrer, lutter avec eux contre la déjudaïsation imposée par le régime communiste.

Un jour, à l'université, un jeune homme lance un appel. Il s'agit de se rendre en pleine campagne pour «restaurer un ancien cimetière juif». Il est le seul à répondre. Il prend le bus. Arrivé au lieudit, il descend. Il ne voit que des champs et des forêts. Personne pour accueillir les éventuels bénévoles. Au bout d'un moment d'incertitude, il se décourage, pense à une mauvaise blague. Il balaye une dernière fois la campagne, avant d'attendre le ramassage dans l'autre sens. Et c'est là qu'il distingue au loin un groupe de citadins, qui ne rappellent en rien des agriculteurs ou paysans. Il les rejoint. Des gens remplissent des seaux de sable et en déversent le contenu dans une longue tranchée creusée à quelques mètres de là. Quand il y regarde de plus près, il discerne des fragments d'ossements humains et de vêtements. On lui explique qu'en 1941, 27000 Juifs avaient été massacrés en ce lieu. Les autorités communistes, par conjonction d'intérêts, approuvent officieusement ce travail.

Et c'est à cette occasion que Yossef fit la connaissance d'autres membres de la communauté, et à partir de ce souci pour des victimes de l'antisémitisme que des rencontres s'organisèrent pour étudier l'histoire et la religion juive, mais aussi l'hébreu. Ces activités n'étaient pas dérangées par le Kgb: ou bien la clandestinité réussissait vraiment à échapper à sa vigilance, à œuvrer dans le secret, ou bien les autorités fermaient les yeux et pouvaient ainsi mieux connaître les meneurs potentiels d'une dissidence sous-jacente.

Parallèlement, un officier russe de l'aviation était expulsé de l'armée rouge, lorsqu'il commença à germer dans son esprit l'idée d'aider les Juifs à regagner la patrie d'Israël. S'étant identifié à cette aspiration, et profitant de son brusque chômage, il se mit en quête de ses racines. Il se rendit à la bibliothèque nationale, et y trouva un manuel d'enseignement de l'alphabet hébraïque expliqué en Russe. Il essaya de reproduire les lettres, mais il dessinait plus qu'il écrivait. Il se nommait Dymshits. Concentré sur son travail, il fut néanmoins agacé par un individu qui semblait l'observer avec ironie. Il finit par le prendre à partie : «Vous nous haïssez et tentez de nous déposséder de notre langue pour en faire une relique de musée». A cet instant, celui qui l'observait lui annonça qu'il enseignait l'hébreu dans la clandestinité

Dymshits et Mendelevitch firent connaissance. Et puisque le premier était pilote, le second y trouva l'homme providentiel qui les ferait sortir de l'Egypte soviétique. Il pensa dans un premier temps à un nouvel avion de ligne pouvant transporter à son bord jusqu'à cent-vingt personnes. Il abandonna ce projet, face aux trop nombreuses difficultés techniques. Puis il découvrit que des avions accueillant trois ou quatre dizaines de passagers partaient pour des terrains de chasse, en forêt, à cinquante kilomètres de la frontière avec l'Europe. Il suffirait donc de se présenter sous les traits d'un groupe concerné par ce genre de sortie.

Les enjeux psychologiques et idéologiques étaient de taille.  En cas d'échec, deux développements alarmants étaient à craindre. On savait que, un peu partout en Union soviétique, des Juifs espéraient en leur sortie de cet enfer, en leur départ pour Israël. C'était la période où l'impression de délivrance suscitée par la guerre des Six jours était encore très forte. Les Juifs d'Urss le savaient, malgré toutes les tentatives de désinformation. Un échec risquait d'une part de provoquer un profond découragement, voire un abandon, quand il était si confortable de se soumettre au communisme, et d'autre part de conduire à une vague d'arrestations sans précédent, où tous les cadres communautaires seraient enfermés, torturés, ou condamnés à mort. Un tien vaut mieux que deux…, et peut-être était-il préférable de se contenter de ce qui pouvait être sauvé, en attendant un sourire propice de l'histoire.

Pour Mendelevitch, il fallait qu'un effort réel soit tenté ici-bas, pour obtenir l'aide du Ciel. On affréta donc l'un de ces avions. On fit des répétitions, des entraînements, pour simuler la neutralisation douce du pilote et du copilote. Il n'était pas question de parcourir cinquante kilomètres à pied dans une forêt difficilement praticable. Le plan consistait, une fois l'avion posé, à désarmer les deux membres d'équipage, à les mettre dehors, puis à laisser Dymshits prendre les commandes et pousser jusqu'à la Suède, car la Finlande les aurait retenus prisonniers et extradés vers l'Urss.

Ils donneraient pour finir une conférence de presse pour sensibiliser les Etats et l'opinion vis-à-vis de la situation des Juifs qui ne demandaient qu'à pouvoir déménager vers Israël. La veille du jour J, ils se réunirent non loin de l'aéroport. Ils allumèrent un feu de camp, firent des grillades. Tout se déroulait parfaitement. Soudain, deux véhicules roulèrent dans leur direction. Le doute les envahit. S'agissait-il d'un contrôle de routine ou de la fin de leurs espérances? Les immatriculations étaient celles du Kgb : plusieurs zéros et un seul chiffre, un 5 ou un 6 en fin de plaque numérologique. Des hommes en sortirent, marchèrent dans leur direction, mais ils se ravisèrent, firent demi-tour et repartirent.

Etait-ce un avertissement? «Tant pis, nous sommes repérés», se découragèrent certaines voix. Pour Mendelevitch, même s'il fallait s'attacher à l'éventualité la plus pessimiste, c'était un bras de fer entre l'aspiration du peuple juif à quitter l'exil et les pharaons modernes. On objecta que la lutte était inégale. Mais les Juifs avaient souvent vaincu leurs ennemis en dépit du déséquilibre des forces. On décida de ne plus faire machine arrière. L'appel pour leur avion retentit le matin suivant dans le hall. Ils se mirent en marche pour l'embarquement. Plus rien ne les dérangerait, dans quelques instants ils seraient des hommes libres.

Ils avaient mesuré les risques, et s'étaient déclarés prêts à mourir pour monter en Israël, dans l'éventualité plausible qu'un missile fût décoché contre leur avion en plein vol. Alors que tous étaient en marche, Mendelevitch constata que ses compagnons se firent soudain hésitants. «Mais ouvre les yeux, lui  dirent-ils. Où est notre pilote?» Il constata à son tour qu'il n'était pas avec eux. Surmontant l'angoisse soudaine, il se fit rassurant : «Il est peut-être tout simplement resté dans la salle d'attente. Je vais aller le chercher.» Il repartit, et le trouva en effet assis avec sa femme et ses deux filles en train de manger des sandwiches. «Le vol est pour 9h, pourquoi l'appel a-t-il été lancé à 8h30?», objecta celui qui était resté à l'écart. «L'horaire a pu être modifié, ou bien ils veulent être sûr de laisser suffisamment de temps aux passagers pour ne pas se mettre en retard.» Pour l'ancien de l'armée rouge, les horaires étaient blindés. Mendelévitch rejoignit cependant ses camarades victorieux, rassurant ses compagnons qui reconnurent leur pilote en sa compagnie.

La distance diminuait entre le groupe qui progressait en direction de la piste de décollage et l'avion tant attendu. Il ne resta bien vite plus que quelques mètres. Mais à cet instant, les véhicules de la veille surgirent du néant, s'avancèrent et leur bloquèrent la route. Deux hommes en sortirent, se jetèrent sur Mendelevitch et le plaquèrent au sol. Puis des dizaines d'hommes armés se ruèrent sur le groupe, bondissant de derrière les arbres. Le calvaire commença. Les membres de l'expédition furent enfermés séparément dans des cachots sombres aux murs épais, malmenés et interrogés. Mendelevitch raconte que certains craquèrent, et une vague d'arrestations mit pratiquement fin aux activités des cercles juifs clandestins. Le grand procès dissuasif ne manquerait pas d'être largement diffusé. Il allait être suffisamment retentissant pour dissuader tout nouveau candidat de revendiquer haut et fort son droit au départ pour Israël, voire à préserver la langue et la culture hébraïques.

Le procès allait donc présenter toutes les caractéristiques formelles d'un jugement équitable. Ce serait une grande représentation dont l'issue était jouée d'avance. Telle une démonstration par récurrence, on partirait du verdict pour retracer le raisonnement prétendument équitable qui y conduirait. Mendelevitch regretta cette tournure. Il avait été prêt à mourir pour son idéal, mais pas de cette façon. Il s'était attendu à ce qu'on lui tirât dessus, ou qu'un missile fut tiré sur leur avion en fuite. Mais là, il devait endurer l'emprisonnement, les mauvais traitements et les interrogatoires, et pour finir la peine de mort. Le plus dur, c'était la torture morale. Au lieu d'avoir réussi son entreprise audacieuse, qui aurait pu porter ses fruits pour le plus grand bien de l'ensemble de la population juive prisonnière, il avait obtenu exactement l'inverse : la répression allait être implacable, et les Juifs en sortiraient non seulement découragés mais très remontés contre lui.

Le procès s'ouvrit. Les autorités avaient choisi la date profane du 25 décembre. C'était la première fois, après de longs mois, qu'il revoyait de son box ses compagnons d'infortune. Mais chacun était encadré de deux colosses. Il leur était interdit non seulement de se parler mais également d'échanger des regards. L'un de ses compagnons lui lança cependant : «Yossef, est-ce que tu sais quel jour on est? C'est le soir de l'allumage de la deuxième bougie de Hanoukka.» Mendelivitch raconte qu'il reprit alors espoir. Il était certain qu'un miracle se produirait, contre toutes les apparences. La lumière allait de nouveau briller pour les Juifs.

Le premier interrogé fut le malheureux pilote, dont le recruteur passerait en dernier. Malgré son abattement, au moment où la parole lui fut donnée, après les reproches prévisibles qui lui furent assénés – «Comment avez-vous pu trahir votre patrie, qui a investit en vous, qui vous a fait confiance et vous a accordé un grade important dans notre armée?»  – commença à s'annoncer le procès du régime communiste soviétique, qui n'est pas sans rappeler le retournement du procès de Léon Blum qui mit Pétain en difficulté.

Le pilote refusa de se soumettre au cadre psychologique et manipulateur de la tournure des accusations : «Vous nous traitez d'une manière inhumaine parce que vous êtes des antisémites. Vous essayez de cacher votre antisémitisme avec des prétextes politiques. Vous haïssez les Juifs et tout ce qui leur appartient. Donc vous haïssez Israël, le pays des Juifs.» Les Soviétiques accusèrent le coup. Ils donnèrent donc la parole à une dissidente. Après les mêmes reproches de trahison et d'ingratitude envers son pays qui lui avait permis de poursuivre des études poussées en physique, elle affirma dans un ressaisissement surprenant que la patrie du peuple juif était Israël, et cita en hébreu le verset : «Si je t'oublie Jérusalem…» Le président du tribunal dit qu'il lui fallait recruter un interprète. Elle lui répondit triomphante : «Inutile, je vais vous le dire en russe.»

Ils espéraient peu de Mendelevitch, qui ne s'était jamais démenti. Ils le présentèrent d'emblée comme un religieux fanatique. Il confirma son appartenance à la patrie des Hébreux, non sans avoir répondu que les pilotes précités auraient été traités en douceur.

Le verdict fut sans surprises : les premiers interrogés furent condamnés à la peine de mort, Mendelevitch à 39 ans de prison. Le public se leva, se mit à protester vivement : «Ne prêtez pas foi dans ces verdicts. C'est un mensonge. Le monde entier est avec vous.» Les peines de mort furent effectivement annulées par la suite mais la peine de Mendelevitch fut maintenue, bien que réduite à 12 années. Quand on le conduisit au train qui devait l'amener en prison, et alors que les prisonniers du droit commun étaient entassés dans des wagons irrespirables, il se trouva seul dans un vaste compartiment, en tant que danger pour la sûreté nationale. On lui remit des courriers. De nombreux Refuzniks, dont sa famille proche, lui annoncèrent qu'ils avaient obtenu leur visa pour quitter la Russie. Dans les deux ou trois années qui suivirent, plusieurs milliers de Juifs furent autorisés à partir pour Israël.

A la fin de sa période de rétention, en 81, il fut déchu de sa nationalité et ne fut plus autorisé à vivre sur le sol soviétique. Des agents du Kgb l'accompagnèrent à son avion en vue de son expulsion. L'agent ne comprenait pas sa joie. L'ex prisonnier de Sion s'expliqua : «Je vous avais dit que ma patrie est Israël. Il y a douze ans, exactement à cet endroit, vous m'avez arrêté pour m'empêcher de partir. Aujourd'hui, vous reconnaissez le bienfondé de ma revendication. A présent, laissez partir mon peuple. Car si vous vous y opposez, votre pays d'effondrera.»

On peut dire que cet homme a, un peu moins d'une génération avant la Perestroïka, fait plier le régime soviétique.

Partager cet article
Repost0
13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 09:00

Si Netanyahou avait suivi l'exemple de Mitterrand dans son changement…

Si vous êtes Premier ministre, en Israël par exemple, et si vous comptez sur une couverture favorable de votre politique sociale, sécuritaire ou internationale, et que l'on  donne une idée globalement positive de votre personne, vous ne pouvez dénigrer le rôle prépondérant des mass-médias. Cette règle est valable également si vous êtes président de la République en France.

D'aucuns se figurent que seules les dictatures ont besoin d'édulcorer la rigueur de la vie par une propagande bien construite, avec entre autres une allocution quotidienne paternelle et bienveillante de l'autocrate, ou des séquences le montrant, alors qu'on le croyait trop vieux, plonger et faire quelques brasses dans sa piscine présidentielle. On pourrait penser qu'il en va différemment dans les pays où l'on laisse au peuple le soin de décider : le dirigeant n'a pas besoin de propagande, puisqu'on a voté pour lui.

En réalité, le problème se pose tout autant, voire à plus forte raison, dans les régimes démocratiques, où les élus sont attendus au tournant des urnes. Nous l'avons compris, les médias, tous régimes confondus, formatent les esprits et donnent l'impression à l'électeur que le bulletin de son choix est déposé en toute indépendance. La publicité aussi nous conditionne, par son insistance et le tape-à-l'œil. Qu'est-ce qui fait que vous déposez dans votre chariot telle marque de cacao, de café ou de petit déjeuner, plutôt qu'une autre?

Netanyahou n'est pas la personnalité la plus choyée par les médias de son pays. Loin s'en faut. Il lui arrive même d'évoquer l'acharnement médiatique contre sa personne. Cela fait des années que toutes sortes d'affaires basses et lourdes pèsent sur lui comme un couvercle. Chaque fois, elles portent un numéro plus élevé que le précédent. Si telle affaire n'aboutit pas, on l'abandonne et on passe à la suivante. Le chef de la police, Roni Alsheikh, fait preuve d'un zèle sans précédent, et bien plus marqué dans ses tentatives de parvenir à mettre en examen le Premier ministre que dans la lutte contre le grand et même le petit banditisme, au grand détriment du public qui commence à s'en plaindre. Le système judiciaire s'aligne sur cette politique.

L'affaire 4000 est étonnante. Elle a commencé par un article publié par le journal d'extrême gauche Haaretz (pas plus tard que le mois dernier, l'un de leur piliers, Guidon Lévy, avait déversé sans retenue sa haine contre le village israélien d'Har-Berakha (Mont de la bénédiction) en l'affublant du sobriquet d'Hak-Kelala (Mont de la Malédiction), peu après l'assassinat de l'un de ses habitants par un élément de la population hostile et antijuive dont la ligne de ce journal considère l'occupation de la terre d'Israël comme légitime).

Le quotidien avait trouvé curieux que l'un des médias ne se soit pas joint à la propagande de dé légitimation du Premier ministre. Dans son article d'«investigation» du 29 octobre 2015, le journal s'étonne d'une ligne éditoriale assurément favorable à Netanyahou, ce qui avait allumé un voyant rouge. Le média en question, le site Walla News, du groupe des télécommunications Bezeq, ne se conduit pas d'une manière normale. Dès lors, des têtes vont tomber. L'Autorité des Valeurs Financières fait ses enquêtes.

Ce n'est qu'en février dernier –d'où le vacarme médiatique ces jours-ci – que le scandale éclate. Ilan Yéchouah, directeur général du site, est soupçonné par l'Autorité d'avoir subi des pressions de Saül Alovitch, PDG de Bezeq, afin de fournir une couverture favorable à Netanyahou qui aurait pour sa part proposé en contrepartie des décisions gouvernementales en faveur du groupe. Ynon Magal,  ex directeur du site d'informations, a lancé le 15 février 18 que des pressions importantes auraient été exercées d'en-haut dans le but d'imposer une ligne éditoriale partisane. En février, Yéchouah, Magal et Aviram Elad, rédacteur en chef, ont témoigné auprès de l'unité Laav 433 des enquêtes policières. Selon la dixième chaîne, ce dernier aurait même remis en question le couple Netanyahou, au cours de son témoignage, en l'accusant d'avoir exercé via Alovitch des pressions visant à licencier Elad pour avoir divulgué la demande auprès du conseiller gouvernemental Mendelblit de mettre en examen l'avocat David Shomron, proche des Netanyahou, ce qu'Alovitch a démenti.

C'est le 6 novembre dernier que les médias se sont affolés dans le monde entier suite à la présentation des conclusions – déformées par effet de téléphone arabe – de l'Autorité des Valeurs Financières. «Il existe suffisamment de pièces, à première vue (לכאורה dans le texte) pour asseoir l'implication des suspects principaux du dossier dans des fautes pénales, dont des crimes de divulgation, l'obtention abusive de biens, abus de confiance… il y a également suffisamment de pièces en vue de poursuivre le fils d'Alovitch, Or, qui officie en tant que directeur de Bezeq.» La suite de la procédure a été confiée au district de Tel-Aviv, qui doit décider s'il y a lieu d'émettre ou non des chefs d'accusation contre les personnes mêlées à l'affaire.

Et c'est fin février qu'un scandale inouï a éclaté autour de ce qui représente au minimum un vice de forme. Et c'est là que chacun a dû se rendre à l'évidence qu'il ne s'agit pas pour les intéressés d'établir si Netanyahou est coupable de corruption ou s'il doit être lavé de tout soupçon, mais de le faire tomber coûte que coûte. La proximité entre l'enquêteur mandaté par l'Autorité et la juge, tous deux chargés de donner suite à la conclusion susnommée et leurs échanges complices sur WhatsApp est édifiante. Eran Shaham-Shavit, c'est son nom, par voie de messagerie téléphonique a indiqué sans passer par quatre chemins à la juge Pozannski-Katz de quels éléments il avait besoin pour parvenir à ses fins. Cette juge a usé du pouvoir qui lui était conféré pour placer en détention provisoire Alovitch et l'ex PDG du quotidien Ma'ariv, Nir Hefetz, comme de vulgaires délinquants du droit commun qu'il convient de garder en rétention en raison de leur dangerosité pour le public. Hefetz s'est plaint de conditions de détention éprouvantes destinées à faire de lui un témoin contre Netanyahou. Ces accointances entre l'enquêteur de l'Autorité des Valeurs Financières et la juge ont fait tomber les barrières d'incrédulité des plus sceptiques.

C'est la dixième chaîne qui a lancé ce scoop fracassant appuyé par les saisies d'écran des portables qui a enclenché des réactions en chaîne dans la classe politique. Liebermann, ministre de la Défense, a mis en avant l'urgence de rayer Pozannski-Katz du barreau, afin que le public ne perde pas totalement confiance dans le système judiciaire. Pour le député Betzalel Smotritch de Baït Hayéoudi, il faut d'urgence libérer Alovitch et Nir Hefetz pour vice de forme, et œuvrer immédiatement à l'ouverture d'une procédure pénale contre l'enquêteur et la juge de connivence.

Bien entendu, le juge des juges, Eliézer Rivlin, a été saisi dans cette affaire. A la lecture de son rapport, il ressort que la conclusion ne s'inscrit pas dans la suite logique du développement, et que les implications font montre de la plus haute indulgence. L'alinéa 5 de son rapport laisse entendre que la juge était ces derniers temps en dehors de l'affaire :

«Le 29 janvier 2018, la juge est partie en vacances. Mais peu après le début de ses vacances, elle s'est adressée au vice-président des affaires d'incarcérations du tribunal de police, le juge Ouziel, et lui a annoncé que l'enquête sur l'affaire (4000 ndlr) avait repris, cette fois avec la collaboration de la police… Elle lui a dit que rien ne l'empêcherait de venir au tribunal, pendant ses vacances, afin de pouvoir s'occuper de cette affaire. Le vice-président Ouziel a écrit dans sa déposition en ma présence à ce sujet : "considérant l'ampleur des documents et sa connaissance de l'affaire, j'ai pensé que c'était une bonne idée et je lui ai permis de rentrer au beau milieu de ses vacances pour poursuivre son généreux bénévolat". Les graines de la calamité ont été semées dans un terreau propice dans ces méthodes d'arrangements. »

Dans le paragraphe suivant, le juge Rivlin interroge Pozannski-Katz afin de savoir qui lui a demandé d'interrompre ses vacances pour s'occuper de l'affaire. La réponse est claire : «C'est Eran qui m'a appelée». Le juge note entre crochets : «Maître Shaham-Shavit». Le juge écrit juste après : «C'est là que les graines supplémentaires des méthodes rédhibitoires et fautives de la pratique du droit et des pratiques inacceptables ont été semées.» Le juge a alors exigé le contenu des échanges texto et a constaté que ces familiarités, sic, duraient depuis juin 2017.  Mais, après avoir sur près de dix pages fustigé les méthodes de travail dont surtout le parti-pris et le manque d'objectivité – «Son acte est indigne d'un juge. Cet échange de messages porte une grave atteinte à la crédibilité des tribunaux auprès du public.» - il a considéré le sérieux et le professionnalisme de la juge, et puisqu'il n'a pas relevé dans sa démarche une tentative de fausser le jugement, il s'est contenté de remettre à la présidente de la Cour suprême Esther Hayout et à la ministre de la Justice Ayelet Shaked la recommandation de ne déférer la juge qu'auprès d'une commission disciplinaire.

Le président de la coalition gouvernementale, David Emsallem, s'est interrogé à haute voix : «Je suppose que si un tel échange de messages avait été trouvé entre Alovitch et Hefetz, ils auraient été d'office maintenus en détention jusqu'à la fin de la procédure». Le ministre du Tourisme Yariv Lévin  s'est déclaré stupéfait par les tentatives du système judiciaire d'arranger les choses après le scandale sans précédent de la révélation de ces échanges de messagerie : «et tout cela dans le but d'empêcher de la traîner en justice ». Même Yaïr Lapid, président du parti Yech Atid, celui qui veut être Premier ministre à la place du Premier ministre, a été écœuré : «C'est une humiliation et un grand mépris pour le public et pour le système judiciaire.»

Sur l'heure, quel est le résultat de tout cet acharnement judiciaire et médiatique contre Netanyahou? Outre la tentative de déstabilisation du gouvernement dans une période de guerre où chaque jour les approches d'encerclement de l'axe Iran-Assad se font plus précises (on a frôlé le conflit le 27 septembre 2017, lors de la destruction d'un site de lancement de missiles en Syrie suivi de la chute d'un de nos chasseurs), quand les éléments à la tête des infrastructures du pouvoir agissent comme un ennemi de l'intérieur, c'est l'image d'Israël qui est égratignée puisque les médias étrangers se délectent du cadeau qui leur est offert et qui leur permet de faire passer Israël pour une sorte de république bananière dont la corruption serait le principal moteur.

Les médias ne peuvent constamment agir comme des saboteurs. Begin, puis après lui Shamir, puis après lui Netanyahou, sont parvenus au plus haut degré de la direction d'Israël suite à la révolution électorale où le peuple a exprimé sa volonté de se libérer des méthodes politiques de leurs prédécesseurs. Or, le pouvoir médiatique est resté entre les mains du Mapaï idéologique des premières décennies de l'Etat d'Israël.

S'il y a dans le monde démocratique un dirigeant qui a eu affaire aux mêmes défis que la droite israélienne, c'est bien la gauche de Mitterrand. Ce dernier sentait qu'il évoluait sur les plateaux de télévision en milieu hostile. A l'époque où il n'était encore que secrétaire du parti socialiste, les deux premières chaînes (la troisième étant à l'époque culturelle et réservée aux émissions régionales) étaient le bastion des gaullistes et des giscardiens. Une réalité selon laquelle la couverture médiatique favorable d'un dirigeant aurait pu inquiéter un journal comme Haaretz était alors impossible, car la presse était résolument hostile à Mitterrand, et il n'y aurait vraiment pas eu lieu de mener un dossier d'investigations.

Le malaise s'est d'autant plus accentué que la deuxième chaîne devait interviewer tous les candidats aux élections présidentielles de mai 1981. Jean-Pierre Elkabbach, journaliste célèbre à cette époque, dirigeait l'information d'Antenne 2. Alain Duhamel est son principal acolyte et les mêmes répliques avilissantes sont à quelques détails près rendues à Marchais et à Mitterrand, le premier ayant eu droit à un «Monsieur le candidat»,  le second ayant tout de même été désigné par son nom, quand les journalistes affichaient un regard narquois et incrédule quant à leurs capacités de se faire élire. «Vous répondez et nous posons les questions. Que chacun fasse son travail». Ainsi fut remis à sa place par un Duhamel goguenard le candidat Mitterrand qui s'était octroyé le droit de prendre trop de libertés quant à la marche de l'émission Cartes sur table. Etant parvenu à se hisser au second tour, il refusa catégoriquement que le débat télévisé fût orchestré par des employés de la télévision et il proposa une liste de quatre journalistes de l'extérieur. Giscard accepta et choisit «les deux premiers de la liste par ordre alphabétique».

Lorsque le visage de Mitterrand s'afficha sur l'écran à la fermeture des urnes, le présentateur du résultat, Elkabbach, affichait le visage déconfit d'un perdant. Juste pressentiment, puisque le lendemain, le changement s'est immédiatement fait sentir. Si Mitterrand a excellé dans le changement promis aux électeurs, c'est bien dans la configuration des équipes de télévision. Elkabbach a perdu son poste, et le seul à peu près qui soit resté fut un jeune journaliste qui venait de remplacer Léon Zitrone, un certain Poivre d'Arvor. On peut dire que Marchais aussi a eu sa revanche, après qu'il eut dit au tandem Elkabbach-Duhamel qu'ils étaient contre le changement puisqu'ils cumulaient les postes grassement payés de l'audiovisuel. Ceux qui avaient réussi à mettre les rieurs de leur côté sur le plateau de Cartes sur table s'étaient retrouvés dehors. Mitterrand n'a par conséquent par la suite jamais eu besoin d'être soupçonné d'avoir graissé la patte à des rédactions de télévision pour avoir une couverture reluisante.

Et pourtant, les sourires sarcastiques des journalistes précités étaient bien innocents à côté des accusations à peine voilées de meurtre proférées par les journalistes de Reshet B ou de la première chaîne israélienne contre Netanyahou, en pleine campagne électorale pour la quatorzième Knesset, lorsque la citation biblique «Tu as assassiné et tu as aussi hérité», était débitée à longueur d'antenne. Et ce n'est pas qu'un visage déconfit qui a marqué les journalistes qui ont osé dans un premier temps afficher le visage de Pérès à la fermeture des urnes, en 96, et faire encore la fête jusqu'à l'heure fatidique du lendemain à cinq heures du matin, quand sur Réchet Beth, le journaliste s'est écrié sans aucune retenue : «Ce n'est pas possible! Netanyahou ne peut pas avoir remporté l'élection!» Les journalistes avaient fait leurs valises mais, par extraordinaire, ils n'ont pas été décollés de sièges qui n'appartenaient ni à eux, ni à leur famille. Ils ont depuis repris du poil de la bête, et il est regrettable que Netanyahou ne se soit pas inspiré du modèle français qui l'a précédé d'une décennie et demie.

A contrario, si Mitterrand avait fait comme Netanyahou, il est permis de supposer que non seulement il ne se serait pas fait élire une seconde fois, mais qu'il aurait certainement dû démissionner dans les quelques mois consécutifs à son accession au pouvoir.  

 

Partager cet article
Repost0
13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 08:56

Le titre de cet article s'inspire de celui d'un livre qui interpelle et attise la curiosité, où les places des noms communs sont simplement inversées. Il est de prime abord intéressant de se pencher sur l'introduction de la notion d'hétéro dans le langage courant et sur l'importance qui lui est concédée. Il est vrai que ce mot n'est pas né de la dernière pluie, puisqu'il provient du grec ancien, ἕτερος. Il intervient en principe comme préfixe d'un mot dont  il rentre dans la composition.

 Étymologiquement, il signifie : autre, ou l'autre. Pourtant, la rue, les médias aidant, on s'attend assez peu, lorsqu'il est prononcé, à entendre une suite qui nous donnerait en entier le mot hétérogène, terme courant malgré tout et antonyme d'homogène. On s'attendra encore moins à l'entendre composer le terme d'hétérozygote, par opposition à homozygote, respectivement associés à la reproduction par accouplement entre deux sujets aux génomes distincts et à la reproduction asexuée, par mitose, comme chez les amibes, par exemple, donnant à tous les coups des clones.

Paradoxalement, le préfixe hétéro suggère la tolérance, l'acceptation de l'autre, la prédisposition à construire quelque chose de solide avec quelqu'un qui est fondamentalement différent de soi, au point qu'aucun degré d'identification à l'autre ne nous permettrait de nous changer en ce qu'il est. C'est le cas de l'hétérosexualité, et c'est d'ailleurs à ce concept que nous pensons par automatisme, sans aucune aide extérieure ou aucun effort des méninges, formatés que nous sommes par les sujets que l'on nous rabâche toujours dans nos oreilles.

Notre titre n'échappe pas à ce conditionnement, pas plus que celui dont il s'inspire, et le lecteur averti par ce même conditionnement a vu juste quand il ne s'est pas dit que le sujet du présent papier virtuel ne traiterait pas de l'antinomie entre l'hétéronomie et l'autonomie, bien que ce dernier terme ne présente pas la même graphie préfixale.

Le danger de l'association réflexe

Mais en quoi cela dérange-t-il que l'hétéro soit toujours invoqué dès que l'homo est évoqué?  Parce que la manipulation des esprits et des mœurs les met sur un pied d'égalité, montant le dernier sur un piédestal, puisqu'il semble que l'on ait affaire à une option binaire, issue d'une pensée binaire, manichéenne, comme s'il s'agissait d'un choix a priori délibéré à prendre dès l'adolescence, à l'instar d'un goût plus prononcé pour une couleur que pour une autre. Votre préférence se porte-t-elle sur le bleu ou sur le vert ; sur la glace à la  fraise ou à la pistache ? «Non, moi, c'est plutôt les femmes», pourrait-on répondre après mûre réflexion, en ajoutant presqu'un «quoique», comme s'il était mal vu de ne pas laisser planer un doute.

Les délices au-dessus des règles bienséantes

Et c'est là que le plaisir est hissé dans l'échelle des valeurs au-dessus des principes moraux traditionnels, méprisés, piétinés, et enfin diabolisés, à tel point que si vous êtes personnellement parvenu à vous soustraire au bourrage de crâne, vous serez terrifié à l'idée d'émettre la moindre opinion défavorable vis-à-vis de ce second choix.

Illustrons notre propos par une anecdote. Dans une école laïque, un enfant juif ne consommait pas certaines viandes. Un jour, l'un de ses camarades, non-juif, profondément peiné pour lui, s'arrangea pour lui faire manger un morceau de porc à son insu, en le lui glissant discrètement dans son assiette. «Alors, c'était bon?» «Ben oui, mais pourquoi tu me demandes ça?» Rayonnant, l'ami triomphe, plus que satisfait de lui avoir prouvé qu'il avait tort. Ce même ami ne comprit pas l'irritation morale et physique provoquée par son aveu, à tel point qu'il se mit à penser qu'il était en butte à de la mauvaise fois, comme si son voisin de table était incapable de reconnaître qu'il avait tort.

Fort de son ingéniosité, ce même démarcheur en dégustations parvenait pourtant à l'occasion à faire apprécier à d'autres amis mangeant de tout la qualité du saucisson d'âne. Sa famille, anciennement cynophage, lignée de bouchers, s'était reconvertie au début du XIXème siècle dans le cheval, après qu'un dégoût généralisé eut saisi la population à l'endroit des boucheries canines. Cette parabole se retrouve analogiquement dans le phénomène de l'homosexualité. Un film belge de la fin des années deux mille met en scène un éraste profitant d'un éromène sans que celui-ci n'y trouve le moindre problème éthique, puisqu'il se fait expliquer que le plaisir procuré par les pratiques de l'adulte est bien plus intense que ce que produisent les capacités débutantes de sa petite amie dont il provoque la rupture de la relation avec cet éphèbe.  

Dans un atelier de désintoxication des idées reçues par inculcation, pendant sa période de mission auprès des communautés juives stationnées à l'étranger, la rabbanite D, installée de longue date à Jérusalem, se heurte à l'égalisation des opposés imposée dans les cerveaux. Ce constat dépassant largement l'entendement, elle se voit s'écrier avec retenue : «Mais, non, ce n'est pas normal! Vous ne pouvez pas dire que c'est normal!» s'insurge-t-elle lorsqu'elle s'entend dire qu'il ne s'agit que d'un choix entre deux options équivalentes. Il aura fallu que l'une des participantes à l'atelier lui explique : «Pour nous, ce n'est pas normal, parce que nous avons un système de valeurs qui nous accompagne depuis le début de notre existence. Nous avons un code stable et solide. Mais pour les autres, rien n'est stable, la morale se fait et se défait, s'affirme ou se contredit. Un jour, tel principe incarne le mal, et un autre jour, il incarne le bien. Ben tenez, chez les Grecs, par exemple, c'était un honneur, ces pratiques. Elles étaient réservées à des gens influents et distingués dans leur cité.  Eh bien, qu'ils disent et pensent ce qu'ils veulent. Je ne vois pas pourquoi on devrait se prendre la tête avec eux. » La rabbanite en fut profondément songeuse et dubitative. Pour peu que les valeurs s'inversent, après être passé par le point d'égalité, et que le mariage hétérogène devienne interdit… sembla-t-elle se dire interdite.

Ce qui normalise cet aspect de choix

L'athéisation de la société n'est pas étrangère à ce qui se produit aujourd'hui. Dans l'Antiquité, le culte idolâtre aux multiples dieux favorisait la pédérastie. La palestre, cadre qui réunissait les adolescents, dans la société grecque, servait d'une certaine manière de vivier où se fournissaient les protecteurs précités, et était elle-même placée sous la protection du dieu Hermès. Le polythéisme en tant que religion 'est pas le garant de valeurs éthiques telles que nous les trouvons dans la Torah. Bien au contraire, puisque nos Sages expliquent que l'engouement pour l'idolâtrie, qui pouvait toucher aussi bien les membres du peuple ayant vécu la Révélation sur le mont Sinaï, n'était pas motivé par une recherche d'une vérité parallèle, mais bien par l'envie de se débarrasser du joug des commandements et de s'abandonner à tous les délices charnels possibles, étant donné que les pratiques du Baal et autres mentors libéraient totalement les mœurs, dans tous les sens du terme.

Dieu a créé l'univers et tout ce qu'il contient. Il a donné à l'homme, ainsi qu'aux mammifères entre autres, l'ordre de faire perdurer leur genre. Or, tout comme l'homme se doit de se nourrir – il doit commencer par se maintenir lui-même avant de penser à se maintenir en tant qu'espèce, du fait que son immortalité propre est limitée dans le temps – et tout comme il est récompensé de cet entretien par la saveur contenue dans ses aliments, il est pareillement motivé ou stimulé par la pulsion qui le pousse à se reproduire et par la récompense, soit le plaisir et le contentement procurés par l'accomplissement de l'acte impliquant ladite reproduction.

En revanche, tout comme les anciens Romains se contentaient de la récompense liée à l'obligation de s'alimenter – il est vrai qu'ils s'en acquittaient préalablement largement – (ce qui est connu du grand public par le travail conjoint de Goscinny et Uderzo), à savoir la satisfaction produite par le manger, étant donné qu'ils quittaient la table pour se faire volontairement vomir pour faire de la place, le produit moderne de la société se contente de la récompense inhérente au processus de la reproduction sans s'acquitter de son devoir de reproduction.

En d'autres termes, il touche le salaire sans fournir le travail. Cette démarche ne se trouve pas exclusivement dans cet aspect de la vile. Le principe consistant à toucher de l'argent tout court dépasse largement ce cadre et s'impose dans le monde du travail, qui perd son sens premier et fait place au monde des prestations sociales. Est-ce l'appât du gain sans effort qui crée la crise, ou la crise qui oblige les gens à survivre par les aides sociales?

Cette démonstration reste plausible dans une approche athée. Les mécanismes de pulsion et de récompense sont solidement établis scientifiquement. Supposons une turbine qui produit de l'électricité alimentant une ligne de chemin de fer. Que l'on s'extasie en s'amusant de la voir fonctionner après en avoir débranché les fils, et elle tournera à vide. Pareillement, la marche des générations sera stoppée si l'on abuse – or, c'est le cas – de ce jeu laissant tourner à vide les mécanismes moteurs du renouvellement de la vie.

Toujours est-il que, dans un processus a priori de reproduction où l'on a su profiter de la satisfaction des gestes qui lui incombent tout en lui tournant le dos, dans un monde moderne où l'acte reproducteur n'implique absolument plus l'idée de donner naissance, qu'importe-t-il alors sur le plan social, technique, etc., que l'on se mette à former des couples hétéros ou des paires homos? Car ils sont nombreux les trucs et astuces qui tournent en dérision les pulsions et récompenses qui, jusqu'à la découverte des moyens contraceptifs pour tous, ont tout de même fait que l'espèce humaine s'est maintenue à ce jour. De rares et clandestins, ces moyens sont devenus répandus et légaux, et tout le monde a oublié que l'acte sexuel, au niveau de son essence conceptuelle était concepteur ; il servait au départ à faire que l'homme maintiennent son existence à travers les âges.

Par extension, stratégiquement parlant, si vous avez une dent contre un pays, un peuple ou une société, le meilleur conseil serait de l'inonder de moyens contraceptifs, au meilleur marché possible, en effectuant en rase-motte des parachutages par exemple, voire en lui donnant de l'argent, et de faire pression sur les autorités de ce pays pour en obtenir non seulement la légalisation mais pour qu'il fasse en sorte qu'il soit interdit de ne pas sortir couvert de tous ces moyens. Vous verrez comment en très peu de temps, à l'échelle historique, vous aurez fait diviser par deux ou quatre la population qui vous dérange, quand les irréductibles partisans du principe selon lequel tout salaire s'accompagne de l'acquittement d'une obligation se raréfieront.

L'homme a été dépassé par sa créature, le progrès, par ses découvertes et ses inventions. L'intelligence n'a pas suivi, et l'hébètement a fait place à la perspicacité sans que ne soient développées des défenses. On n'est pas loin du thème suggéré par la science fiction qui voit des humanoïdes supplanter leurs créateurs humains. Ici, c'est le préservatif qui provoque à petit feu l'extinction de l'espèce humaine. Après tout, elle récolte ce qu'elle sème : «Merci, mon Dieu, pour les mécanismes de la pulsion et du plaisir, su stimulus et de la récompense, mais je ne m'en servirai plus, à partir de maintenant, pour propager et maintenir ton image à l'effigie de laquelle j'ai été créé. Donc, dégage.»

Et de la même façon que la créature a congédié son Créateur – d'où le choix du terme athéisation et non de laïcisation, ce dernier se rapportant plus à l'éviction de la mainmise presque deux fois millénaires du clergé sur le cerveau et la liberté humaine – c'est au tour de ce que l'homme a mis au point de provoquer son déclin.

Si un jour des extraterrestres débarquent sur la terre, ils y trouveront l'empreinte des diverses civilisations humaines, du Machu Picchu à la tour Effel. Etudiant cet environnement nouveau et désolé, ils finiront par trouver un objet insolite, imperméable et visqueux, gaine qui se déroule en s'allongeant, et s'écrieront : «Eurêka! C'est cette créature pourtant inoffensive en apparence qui a anéanti la civilisation humaine».

Certains objecteront qu'il faut modérer ce propos, que des hommes en paire n'en perdraient pas pour autant leur instinct paternel. Ils luttent pour la légalisation de l'adoption, de sorte qu'ils puissent à leur manière fonder une famille normale, où les enfants comme partout sont les garants de l'avenir. Cette attitude rappelle cet individu qui, sentant une démangeaison au niveau de l'oreille droite, au lieu de se gratter avec la main droite ferait le tour de sa tête en lui faisant passer par derrière sa main gauche. On revendique le pouvoir de l'argent, le droit de se payer une mère porteuse à qui on arrachera sa progéniture en profitant de la précarité de sa situation sociale. On la réduira à l'esclavage génétique. Puis on dira à l'enfant : «Oublie ta mère naturelle. Celle-ci ne compte pas. Elle a juste été momentanément un moyen de production. Tu as deux pères, que ça te plaise ou non.»

Bien entendu, il ne s'agit pas ici de faire le jeu des partisans politiques de la lutte intégriste contre la contraception à n'importe quel prix. La surpopulation nuit certes à la planète et à ses ressources, mais réduire et subdiviser le taux de natalité en Europe ne résoudra pas le problème de la surpopulation, comme on le voit aujourd'hui, tandis qu'un trop fort dépeuplement, s'il réussissait, risquerait bien de ne pas se contenter d'être néfaste sur une simple période de transition, le temps que le vieillissement de la population se résorbe à la longue.

En quoi le Grec ancien a-t-il l'avantage sur l'Européen moderne? Ou comment le  même comportement n'était pas chez lui synonyme de désertification humaine

Comme l'a saisi le lecteur, il s'agit moins ici de traiter la question sous l'angle de l'étique ou de la morale que sous les aspects sociaux qu'elle implique. L'éraste de la société grecque menait en parallèle une vie de famille. Son espèce se régénérait donc.

Quant à l'acte d'amour classique pour lequel on ne retient que le plaisir sans s'acquitter de son devoir envers la pérennité de l'espèce, un ancien Midrash cite à ce sujet un fait intéressant, qui montre que non seulement les anciens n'avaient aucun retard technique sur la conception des modernes, mais qu'ils savaient aussi travailler avec leur tête. Aux premières générations de l'humanité, chaque homme engendreur était bigame. Il avait une épouse pour fonder une famille, et une autre pour profiter des plaisirs charnels, dont il condamnait la fécondité par un verre d'un élixir définitivement contraceptif, «cos chel akarin», qu'il faisait boire à sa reine de beauté.

Aujourd'hui, on ne travaille plus et on ne raisonne plus que pour les aspects charnels de la personne. La situation est tellement préoccupante qu'un médecin, un jour, déplorait que tous les efforts de la recherche scientifique étaient concentrés sur les problèmes de l'érection et de la longévité, et qu'on n'investissait pas le moindre centime dans le solutionnement des problèmes cognitifs, du raisonnement et de la perte de la mémoire, de sorte que nous devons nous attendre, dans un futur plus ou moins proche, à vivre dans une société où les hommes seraient tous de très virils centenaires ou bicentenaires ne sachant plus depuis longtemps à quoi peut bien servir ce membre énorme qui se dresse au-dessus de leur entrejambe.

L'intelligence du pessimisme

 D'aucuns s'opposeront à ce constat, et justifieront la recherche exclusive du plaisir séparé de la fonctionnalité du geste qui le génère, en arguant que c'est précisément dans cette façon de vivre que se révèle l'acuité exceptionnelle de l'intelligence de l'homme. Certes, une telle intelligence existe : c'est l'intelligence du pessimisme qui ne voit pour avenir qu'une issue apocalyptique. Il s'avère que cette intelligence est par excellence contre-productive, pour reprendre vraiment à bon escient ce concept nouveau.

L'humanité a d'abord été, dans son époque moderne, traumatisée par deux terrifiantes guerres mondiales. Comment les sociétés humaines pouvaient-elles mourir et s'anéantir les unes les autres à un tel rythme? Puis ce fut le tour de la guerre Froide, où les blocs Ouest et Est rivalisaient en un macabre concours de qui était capable de faire exploser le plus grand nombre de fois notre pauvre planète. Aujourd'hui, c'est le réchauffement climatique, la pollution, l'effet de serre et l'épuisement des ressources.

On comprend mal comment ce dernier acte du pessimisme n'est pas contré par un frénétique instinct de survie traduit par une véritable course aux énergies nouvelles. Pourquoi ne pas dire adieu le plus vite possible à ce pollueur de pétrole, pourquoi ne pas passer tout de suite à l'énergie solaire? C'est à croire que le pessimisme est devenu un dogme, un tabou qu'il ne faut pas démolir. Ce pessimisme épicurien, au sens de la philosophie de ce terme, reprend une autre idée grecque redevenue à la mode : «Mange! Bois! Car demain tu mourras!» On en reprend la devise à peine modifiée en passant de l'individu temporaire à l'ensemble de la race humaine : «Profite! Fais-toi plaisir! Car c'est la dernière génération où c'est encore possible!»

Donc, pourquoi, puisque tout ira inéluctablement plus mal, apporter une nouvelle génération de pauvres gens qui n'ont pas demandé à venir au monde? Et le plaisir, qui peut nous donner des leçons en nous imposant qu'il ne se réalise que par association hétérogène?

Le plaisir s'érode

D'une certaine manière, peut-on se dire, tout est pour le mieux! Le monde va s'écrouler, on n'y peut rien de toute façon, alors pourquoi s'en faire? Ça ne le rendra pas meilleur que nous nous angoissions. Donc, on profite et on est heureux. Enivrons-nous, oublions les problèmes de la planète, de la société, enivrons-nous au rythme des plaisirs de la chair et essayons-nous à toutes ses formes ! Seulement, il y a un hic. Les plaisirs les plus courts sont les meilleurs. «Tu as aimé le film?» «Oh, oui.» «Alors, reste assis. Je vais te le repasser en boucle, en séance continue. Quand tu l'auras vu cent fois, tu seras cent fois plus heureux. Après, je t'en passe un autre».

Ridicule? Mais regardons autour de nous, c'est pourtant exactement comme ça que ça fonctionne! Tout jeune, le produit humain moderne vit ses premiers émois. Plus grand, il se met en couple. Puis, il défait son couple et se refait dans un autre couple. Puis il se lasse de la formule couple et passe à la formule paire. S'il se lasse trop vite, où ira-t-il chercher ses prochaines sensations fortes? Ou alors, il subira un contre-coup, il se lassera par avance de tous les plaisirs, et il restera chez ses parents jusqu'à vingt ans, trente, quarante, et peut-être cent, avec les progrès de la longévité, car tous les plaisirs sont érodés d'avance, et qu'importe, puisque le virtuel y remédie. Pour un peu, on s'écrierait : «Le virtuel ! Y a qu'ça de vrai ! » Une addiction toute nouvelle s'est imposée, pour le plus grand bonheur des masses!

Concluons ici notre petit exposé. Alors, sommes-nous des hétéros refoulés, ou une société qui refoule et réprime ses instincts de conservation ? N'aurions-nous pas étouffé au fond de nous cette inclination débordante de vie et de tendance à donner la vie? Sûr que l'admettre est effrayant. «J'ai aujourd'hui quatre-vingt-dix ans, je ne me suis jamais marié pour ne pas imposer à une génération innocente les affres de l'apocalypse. Et pourtant, la vie est belle, le monde est beau, il foisonne de vie. La fin du monde n'est pas venue. Elle n'a pas anéanti les générations qui aurait dû me suivre, c'est moi qui leur ai interdit la vie par trop de pessimisme.» Certes, c'est dur de le reconnaître. Mais pour vous, lecteur, vous qui avez entre vingt et cinquante ans, n'est-il pas encore temps de changer de cap?

Yéochoua Sultan ©

Partager cet article
Repost0