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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 11:56

Manipulation : Guerre semi-conventionnelle ou manifestations pseudo-pacifiques?

Des titres terrifiants reprennent sous une forme remise à jour un vieux thème que l'on pensait suranné. Le crime rituel se conjugue à tous les temps et il frappe d'autant plus l'imagination dans l'ignominie que sa victime est jeune. Périodiquement, cette tendance à condamner Israël pour crimes contre l'humanité refait surface, et on regarde de travers tous les Juifs devenus bourreaux d'enfants par extension.

On a tous en mémoire le dicton encourageant supposé chinois qui dit à peu près : «Ne te laisse pas abattre par l'échec ; essaie et essaie encore jusqu'à ce que tu réussisses». Si cette parole de sage était énoncée à l'intention des écoliers pour le bien, elle peut l'être par symétrie axiale pour le mal. «Ne te laisse pas abattre par la lutte contre l'antisémitisme et l'antisionisme, dirait le postulat révisé. La machination en 2000 n'a pas marché, on t'a même causé du remord suite à l'exécution sauvage de Daniel Pearl. Mais en 2018, ne laisse pas passer une belle occasion de retenter ta chance. Elle t'est certes offerte par un des pires mouvements terroristes crapuleux, mais la fin justifie les moyens, et l'antisionisto-sémitisme n'a pas d'odeur», pourrait nous dire aujourd'hui cette même sagesse.

Il serait dangereux de rester nonchalant en se disant qu'Israël est dans son bon droit et sous-estimer le venin des formateurs d'opinions qui décident de réécrire l'histoire en direct, au moment même où elle se déroule sous nos yeux. Le révisionnisme et le négationnisme, dont les préfixes viennent nier le sionisme, ont fait d'énormes progrès. Ils ont refait totalement leur garde-robe. L'observateur attentif, à qui «on ne la fait pas», notera que le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem passe petit à petit parmi les titres de second ordre, voire d'entrefilet dans les pages intérieures, quand il n'est pas présenté comme source de tous les maux.

L'actualité au Proche-Orient n'est pas la concrétisation de la reconnaissance des droits du peuple juif à sa souveraineté sur son sol, à son retour et à son rassemblement en ses frontières, mais ce qu'un mouvement reconnu internationalement comme inhumain a décidé de mettre en avant.

Et ça marche! Le regardeur de télévision se laisse avoir. Et cette propagande qui fait du  Juif un tueur d'enfants parvient à ses fins, car même des gens très braves qui regardaient d'un bon œil le transfert de l'ambassade américaine ont été bernés par les titres qui rivalisent en machiavélisme. «Bain de sang à Gaza» est assez banal, mais «Israël tire sur les manifestants» est bien plus cyniquement et sataniquement génial.

La manipulation fait dire aux paisibles et honnêtes citoyens : «Bon, d'accord, le Hamas est l'une des pires organisations terroristes. Si l'occasion se présentait, elle assassinerait volontiers les six millions de Juifs qui vivent en Israël, mais de là à tirer sur de "paisibles manifestants".»    

La désinformation est au moins aussi néfaste qu'un médecin dont les diagnostics sont inexacts. Tous deux peuvent tuer. Prescrire des calmants à un patient qui souffre de maux de ventre chroniques et aigus alors qu'il est encore temps de procéder à l'ablation d'un début de tumeur maligne n'est pas moins dangereux que  d'accuser le gouvernement israélien et par extension tout Israël et tout le peuple juif de meurtres d'enfants et de tirs sur des manifestants pacifiques pendant qu'on y est.

Aurait-on déjà oublié le mobile de l'assassin de sang froid du rabbin et des enfants juifs dans la cour de l'école de Toulouse? A la limite, même si le diagnostic qui ne voit que des manifestations pacifiques et qui prescrit à Israël des calmants appelés retenue était honnête, les gouvernements européens, France et Allemagne en tête, devraient s'imposer ainsi qu'à leurs médias cette retenue qu'ils prescrivent aux autres, et éviter à tout prix de faire ou de laisser faire des gros titres qui seront interprétés de telle sorte qu'ils se changeront en incitation à la haine du Juif et résulteront sur le terrain par des attaques antisémites.

Une telle précaution existe, puisque les autorités allemandes interdisent à la presse de révéler dans leur pays l'identité ou l'appartenance ethnico-culturelle d'adultes qui abusent réellement de leurs femmes et de leurs filles. S'il est tabou de dire qu'un violeur est musulman, pakistanais ou marocain, alors que les faits sont attestés, la moindre des honnêtetés intellectuelles doit exiger a fortiori que l'on évite de désigner, en pleine propagande d'images fournies par le Hamas, avec tout l'aspect douteux qui s'entend, les soldats de Tsahal comme des tireurs sur des manifestants pacifiques. A moins que le ménagement et le souci d'éviter l'amalgame ne soient sélectifs.

Du côté du téléspectateur (eh oui, ça existe encore à l'ère de l'internet, il y en a même qui se servent de leur ordinateur comme d'une télé au lieu d'élargir leurs horizons), combien de consommateurs d'idées prémâchées seront en éveil et objecteront : «Un instant, il s'agit d'une manifestation un peu spéciale. Elle n'est pas sur une place publique mais sur une frontière. Admettons que ça ne change  pas grand-chose. Mais n'étant pas né de la dernière pluie, j'ai ouï dire que des illégaux africains avaient violé la frontière d'Israël. Les cas où ils se sont fait tirer dessus, c'était par l'armée égyptienne. Alors, s'agit-il d'un revirement ou est-ce que les médias nous mentent?»

Et si on s'intéressait un peu à ce qui se dit du côté de Tsahal? Le porte-parole de l'armée a révélé dans une allocution d'une petite minute, tellement la problématique occupe des proportions réduites, la technique de guerre du Hamas : se servir des civils comme d'un leurre et introduire dans cette masse des terroristes armés dans le but d'échapper à la vigilance des soldats défenseurs d'Israël et d'atteindre les localités juives dans le but d'y perpétrer des massacres.

Les civils servent d'écran de fumée et de cinéma et font donc double emploi :

1. Tenter d'introduire des terroristes armés comme susmentionné ;

2. Attirer les caméras sur cet écran, faire de la peine et réveiller ou attiser les vieux démons antijuifs.

Normalement, lorsque le mouvement  terroriste accuse Tsahal d'avoir tué un bébé, deux mouvements d'indignation devraient se retourner contre les fournisseurs d'images :

 1. Les soupçonner d'avoir tué tout seuls ce bébé pour accuser les Juifs ;

2. Les condamner sans appel pour entrainer des civils, dont des femmes et des enfants, sur le champ de bataille. Les conventions internationales, les conventions de Genève, de la Haye, ont pourtant clairement  statué  l'interdiction du travail des enfants et, cela va sans dire, de les faire participer physiquement à des conflits.

 

Un soldat francophone, cité par le groupe FB Jérusalem au cœur, témoigne : «Aujourd'hui (15 mai 18), j'y étais, j'ai tout vu… Je les ai vus jeter des pierres, non pas avec les mains, mais avec des frondes, j'ai vu des enfants de dix ans, au milieu de la fumée provoquée par les pneus brûlés, du gaz, dans l'espoir d'être blessés pour pouvoir m'accuser. J'ai vu un homme… pousser les femmes et les enfants vers la barrière avec des pierres dans l'espoir qu'un d'entre eux soit tué… J'ai vu… la haine dans les yeux… essayer de traverser la barrière dans l'espoir de me lyncher, de me kidnapper, ou de faire un attentat dans une des villes derrière moi… J'en ai vu un essayer de me tirer dessus avec une kalachnikov… je les ai  vus essayer de transporter par le biais de cerfs-volants des explosifs, des cocktails  Molotov, ou des objets enflammés dans le but de m'atteindre, d'atteindre des civils, ou brûler ma terre… Je les ai presque suppliés de ne pas m'obliger à tirer sur eux, mais eux l'ont fait quand même et pire, m'ont envoyé leurs femmes et  les enfants. »

Ne nous serions-nous pas attendus à ce que les condamnations pleuvent sur le Hamas et que l'indignation générale reconnaisse enfin leur véritable face? Ils sont pourtant connus pour leur stratégie de guerre : ouvrir les hostilités en privilégiant les tirs sur les victimes civiles innocentes. Prenons un exemple : le 22 août 2014, un vendredi soir, Daniel Tordjman, quatre ans, joue en famille dans le salon, au kibboutz de Na'hal Oz. L'alerte retentit. En trois secondes, une roquette le frappe de plein fouet, juste à côté de son père, devant la maison, en chemin pour l'abri qu'il n'atteindra jamais. A-t-on vu la presse titrer en masse : «Le Hamas, bourreau d'enfants juifs»?

Hier (le 15 mai), Tsahal a détruit tout un arsenal de missiles au Nord de la bande de Gaza. Quel média a-t-il titré : «Opération de Tsahal au secours des enfants juifs»?

Pour revenir à la stratégie de guerre du Hamas, elle est semi-conventionnelle. Elle est conventionnelle dans la mesure où elle fait avancer un régiment de fantassins sur la frontière, à la recherche de l'affrontement aux fins d'investir le territoire agressé. Elle ne l'est pas dans la mesure  où elle déplace devant les milices armées des boucliers humains, ce qu'une communauté internationale devrait humainement condamner.

Cette marche du  pseudo-retour reprend trait pour trait la stratégie des trois dernières guerres contre Israël : placer les batteries de missiles au milieu d'une population civile retenue par la force, sur les toits d'écoles ou d'hôpitaux, ou de l'Unrwa, organisation profitant de son statut diplomatique pour stocker les missiles. De deux choses l'une : ou bien Israël se laisse bombarder sans broncher, ce qui est à même de plaire à une opinion encline à plaindre, voire à verser une larme, sur le Juif quand il est victime, ou bien Israël neutralise les rampes de lancement, protège sa population, et se voit alors accusé de bombarder des civils, et on retombe sur l'accusation séculaire d'un Tsahal tueur de bébés.

Mais bien entendu, certains, et non des plus inoffensifs, préfèreront crier à l'assassinat de manifestants pacifiques, et occulter, puisqu'il n'y a pas plus idiot que celui qui ne veut pas comprendre, les méthodes exécrables du Hamas, qui a d'ailleurs bien choisi son nom, puisqu'il désigne textuellement dans la Bible le vol avec violence, entre autres pratiques à l'origine du déluge.

Comment, les Juifs seraient heureux, victorieux? Leur qualité de non-apatrides serait reconnue par la plus grande puissance mondiale? Et ils remettraient en question des décennies d'avilissement et de formatage phallocentrique de la femme en remportant l'Eurovision avec une candidate qui ose se présenter telle qu'elle est et qui incite l'image du «super-canon» à se révolter ou à aller se rhabiller? Sûr qu'on va la leur gâcher, la fête.

Le pouvoir politico-médiatique qui refuse à Israël sa légitimité a toujours eu besoin de se fabriquer une base polémiste consistant dans une victime emblématique poursuivie par le Juif. Mais la propagande est bien plus bornée et virulente aujourd'hui que dans des périodes sombres. Une histoire tirée du folklore juif se résume à peu près ainsi : Dans la banlieue de Vienne, un riche aubergiste juif, spécialiste des chevaux, avait un employé non-juif qui lui servait entre autres de cocher. Il était en bon termes avec le gouverneur. Des jaloux kidnappèrent le jeune employé et accusèrent le Juif de l'avoir tué pour récupérer son sang qui aurait été l'un des ingrédients du pain azyme. Rabbi Leb, un éminent rabbin, avait l'habitude, quand il passait dans la région, d'être hébergé chez cet aubergiste. Bref, il demande au gouverneur s'il a besoin de chevaux et qu'il aurait intérêt à exploiter une dernière fois le savoir du condamné pour en acheter. Un marché se tient dans une ville lointaine. Le rabbin s'y rend avec le condamné dont les proches sont retenus en otage. Un mendiant leur tend la main. L'ex-aubergiste reconnaît son employé. Il le ramène chez le gouverneur, les faux témoins sont confondus et condamnés.

Aujourd'hui, même si vous retrouvez la victime, on vous exécutera quand même. «Non, ce n'est pas lui, c'est un sosie.» Ou s'il a été tué par ceux qui vous accusent sans la moindre preuve, comme au carrefour de Netzarim en 2000 et près de la barrière de Gaza en 2018 : «Vite, bâclons le procès, avant que la supercherie ne soit établie». Et quand les preuves deviennent trop flagrantes : «Oh, et puis, taisez-vous, rabat-joies!» Et les communiqués du porte-parole, du gouvernement, des ambassadeurs d'Israël deviendront inaudibles.

Toutefois, certains médias – ce qui prouve que le combat contre la diffamation antijuive sert un peu à quelque chose – se montreront prudents, telle cette première de couverture de Libération, qui titre, histoire de faire passer aux Juifs l'envie de sourire : «Jérusalem-Gaza, une ambassade et un massacre». Ne voulant pas se risquer sur la pente glissante de la publication d'un cadavre d'enfant, ce qui peut aller très loin, ils ont préféré faire parader deux brutes épaisses et mal-rasée. D'autant que le nom de Jérusalem dans le titre équivaut  – qu'ils le veuillent ou non – à leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, puisqu'ils nomment le conflit qui oppose Jérusalem à Gaza. 

Il ne faut pas se leurrer : la prise de conscience qui a annoncé quelques décennies de jours heureux pour les Juifs en Europe, n'a été pour finir que le résultat d'une énorme panne : on était en rupture de stock de victime désignée du Juif. Le génocide a rendu les victimes traditionnelles inexploitables. On en a fabriqué une nouvelle, sur la base d'un travail de longue haleine : inverser les rôles entre David le Juif et Goliath l'antijuif, réduire un monde arabe hostile aux mesures d'un tout petit peuple «palestinien». Ce travail a commencé chez les défenseurs du mensonge déguisé en vérité, ceux que promouvait la Pravda, comme en a témoigné par la suite Ion Mihai Pacepa, conseiller du président roumain Ceausescu et espion soviétique, qui avait fait défection avant de se réfugier aux Etats-Unis.

Souhaitons au petit-grand peuple d'Israël de continuer à s'acheminer sur la voie de la reconnaissance par les nations, et de sa pleine rédemption. Que ses ennemis tombent sous ses pieds et que se réalise le principe de «bien mal acquis ne profite jamais» pour tous ceux qui pensent tirer leur épingle du jeu en s'accoquinant avec des dictatures peu recommandables comme l'Iran ou le Qatar. «La pérennité d'Israël ne sera ni démentie ni invalidée» (I Samuel XV, 29).  

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 10:09

Un petit pays qui fait trembler les grands, ou, comme dirait à peu près en ces termes un vieux spot publicitaire, que reste-t-il aux grands?

La confiscation par Israël sous l'égide de son Premier ministre Netanyahou rappelle les moments forts de l'histoire renouvelée du pays juif. Israël fait littéralement trembler la terre des pays avoisinants. Déjà, dimanche (29 avril 18), Al-Hama, près de Homs en Syrie, donc du site nucléaire anéanti en septembre 07, lors de l'opération «mi'houç la-koufsa» (mot à mot en dehors de la boîte), a été secoué par un tremblement de terre de magnitude 2.6. Des témoins auraient vu une boule de feu céleste et dix-huit généraux iraniens auraient été éliminés. Deux-cents missiles sophistiqués ont été détruits dans cette attaque.

Les protestations de l'Iran confirment leur mainmise sur la région frontalière. Ce pays n'en est pas à sa première provocation. Auparavant, le drone abattu par Tsahal après avoir franchi la frontière israélienne en février portait une charge explosive et avait échappé aux radars des forces internationales présentes dans la région, à moins qu'elles n'aient  fermé volontairement les yeux. En avril, la base syrienne T-4, véritable usine de drones iraniens et centre de téléguidage, a été sérieusement visée, contrairement à l'attaque internationale qui a loupé ses objectifs le 14 de ce même mois. Ces volées de coups répétées montrent que l'Iran aurait dû réfléchir avant de venir narguer Israël sur son palier.  

Mais le plus bel exploit qui restera gravé dans les annales de l'histoire, c'est certainement la confiscation du programme nucléaire iranien, à environ mille six cents kilomètres d'Israël. Netanyahou a fait état lundi soir (30 avril 18) d'une demi-tonne de documents saisis, soit cent mille documents secrets prélevés dans les archives secrètes de Téhéran. En comparaison, le légendaire (et imaginaire) James Bond passe pour un minable. Alors que ce dernier parvenait après bien des péripéties et un suspens à la limite de l'insupportable, à ramener un tout petit microfilm, le Mossad a pour sa part saisi un quintal de documents secrets et de preuves accablantes en démasquant les menteurs patentés qui continuent de nier la main dans le sac. Il faut dire que leur doctrine religieuse encourage le mensonge, en dehors du fait que là où elle prend racine, peu à peu le désert avance.

Cette opération sans précédent s'inscrit dans la période qui relie les fêtes de Pessah et Chavouot, de la sortie d'Egypte au don de la Torah. Après l'effroyable recul résigné d'Israël traduit par des événements que l'on ne pensait plus possibles, comme l'introduction des structures terroristes au beau milieu de son territoire ou l'expulsion inouïe des Juifs de Gaza, on aimerait y voir le signe d'un redressement durable qui, en s'inscrivant dans la lignée glorieuse des événements de l'indépendance et de la libération de Jérusalem ou encore de Hébron, vient contrebalancer la difficile période qui marque le deuil encore observé aujourd'hui de l'épidémie ayant décimé les vingt-quatre mille disciples de Rabbi Akiva, à l'époque de la Michna.

Quant à la leçon que nous pourrions retenir, dans ce rapprochement évident entre la tournure de la guerre des Six Jours et de l'opération de saisie du programme iranien, ce que toutes les puissances occidentales réunies ne sont pas parvenues à réaliser, c'est de faire preuve d'humilité devant le Créateur qui rassemble les exilés des quatre «ailes» de la terre, et qui nous «donne la force de vaincre».

Savoir le remercier, et ne pas oublier que la dimension du peuple d'Israël a toujours été intrinsèquement liée à son D., consiste dans une composante clé qui a accompagné le peuple juif tout au long de son histoire. Le Rav Chabtaï Sabato, recteur de l'école talmudique du village de l'Observatoire de Jéricho, et connu depuis longtemps pour son explication linéaire du Talmud en plus de mille cassettes (numérisées depuis), a insisté sur l'humilité que doit ressentir l'homme vis-à-vis de son Créateur et des forces établies dans la nature. Que l'homme ne s'enorgueillisse pas en se disant qu'il a conquis la planète et l'espace. Si la catastrophe qui a vu dix jeunes d'une école périr emportés par un torrent de pierres et de boue, la leçon à l'échelle nationale consiste précisément dans cette humilité.

Pour revenir à l'issue de la libération de la Judée-Samarie, on est malencontreusement passés de la terrible sensation d'un étau mortel écrasant Israël à une prétention qui a consisté à prendre les Arabes pour les pires idiots de la terre, en illustrant ce sentiment notamment par l'abandon des soldats égyptiens de leurs chaussures pour mieux prendre la fuite, revenant tout à coup à l'état sauvage et se débarrassant d'atours encombrants et superflus pour eux. Il faudrait éviter, suite à la présente opération en Iran, de retomber dans ce travers, qui consisterait à se flatter en prenant les Iraniens pour des arriérés, même s'ils peuvent l'être par ailleurs. Il faut reconnaître la סייעתא דשמיא  , l'Assistance Providentielle, quel que soit le degré d'intelligence et d'audace mis en œuvre pour la réussite des opérations de l'armée ou des services secrets.

Le copilote de l'opération Entebbe révéla au début des années 90, qu'à leur arrivée sur les lieux, une imprécision de leurs cartes et appareils lui donnèrent un horrible doute, si bien qu'il commença à se demander si le commando n'avait pas dépassé l'aéroport où étaient parqués les otages d'Air France. C'est alors qu'il le vit s'allumer. Il décrit ce qui lui parut être un chandelier de Hanoukka sous ses yeux. Les Asmonéens sont victorieux, malgré leur petit nombre et leur armement proportionnellement dérisoire, mais ils sont précédés par la Présence Divine. Il ordonna alors l'atterrissage. Et les lumières s'éteignirent instantanément. Il arrive également que des gens laïcs deviennent religieux suite à des opérations périlleuses.

Si Israël doit servir de phare pour l'ensemble de l'humanité dont les yeux sont, quoi qu'il arrive, constamment rivés sur ce tout petit pays, ce n'est pas en prenant la matraque des mains de ses agresseurs pour leur permettre de se reposer en continuant à se frapper tout seul, mais au contraire en leur infligeant de cuisantes défaites. Un dénominateur  commun caractérise les divers développements glorieux de l'histoire récente d'Israël. Il s'agit du côté rationnellement irréalisable. En toute logique, les médias européens avaient en 67 dressé le bilan de l'histoire des Juifs : «Ils auront réussi à garder leur indépendance pendant dix-neuf ans». Les mêmes pays rationnels et sceptiques ont, motivés par leur lâcheté inhérente, signé des accords avec l'Iran, en feignant de croire à ses mensonges, bien qu'ils n'aient jamais pu établir la vérité, puisque les inspecteurs de l'IEA étaient systématiquement menés en bateau dès qu'ils arrivaient pour effectuer des contrôles, ou alors ils visitaient des endroits qui n'étaient pas les bons. Et on préfère sinon fermer les yeux, du moins porter des œillères, et, tel l'âne dirigé par son maître ânier, regarder là où il le réclame. Les révélations indiscutables apportées par Israël quant à la réalité des intentions de Téhéran sont pour le moins gênantes pour l'Europe, France et Allemagne en tête.

Ce travail de Netanyahou rappelle le fond de la polémique chez les Juifs qui vivaient aux Usa pendant la seconde Guerre mondiale. Fallait-il révéler aux Alliés le génocide ou exiger du gouvernement américain une intervention directe ? En Europe, on a longuement tergiversé : «Est-ce vrai ce que l'on raconte ? Y aurait-il réellement des camps d'extermination?» S'il s'est avéré plus tard que toutes les forces en lice savaient, c'est qu'elles préféraient fermer les yeux.

Les questionneurs minés par l'incompréhension et  motivés par la révolte ou l'indignation morale qui consiste à se demander comment il a pu être possible que l'on n'ait pas su, ou comment il a pu être possible que l'on n'ait rien fait trouveront peut-être des explications dans un contexte plus abordable car actuel : l'indifférence des démocraties occidentales même après que Netanyahou a fait lesdites révélations a priori fracassantes. A la limite, Netanyahou pourrait être considéré comme naïf. «Mais vous le savez bien que ça ne sert à rien d'apporter des preuves. Ils le savent très bien, tout ça», pourrait-on lui rétorquer. Il aura au moins eu le mérite d'avoir confondu les menteurs et ceux que leurs mensonges arrangent et confortent.  

A moins de trouver au contraire dans la même attitude molle de l'Occident de grandes qualités. Car si Israël a été capable de piquer aux Iraniens, à leur nez et à leur barbe, leur programme nucléaire, tout comme il avait récupéré ses vedettes bloquées par l'animateur de radio-Londres, il sera bien capable, le moment venu, de confisquer à l'Iran ses ogives nucléaires. Et si Israël n'a pas à ce jour liquidé les dirigeants du régime iranien, Ali Khamenei et les autres, dont son prédécesseur Ahamdinejad, ni Nasrallah qui se terre dans son bunker, c'est que probablement ce sont des agents du Mossad.

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 09:35

Yossef Mendelevitch est rabbin. Il vit en Israël. Il a un an de plus que l'Etat d'Israël. A première vue, c'est un citoyen israélien honorable comme tant autres. Mais sa ténacité, sa détermination, ses convictions et son courage ont fait de lui l'homme qui a fait capituler l'ex Union Soviétique. Dans les années 70 et 80, il figurait sur les listes de dissidents soviétiques que des associations soucieuses de sensibiliser l'opinion publique mondiale diffusaient l'information dans le monde libre. Le soir du soixante-dixième  anniversaire de l'indépendance d'Israël, cet homme humble et discret a relaté son histoire dans l'une des synagogues de Bet-El, la communauté de Nitsanit qui avait à l'occasion lancé une invitation générale.

Les nappes blanches posées sur les tables, de somptueux drapeaux bleu-blanc ornant les murs, le responsable local a invité Mendelevitch à prendre la parole. Dès les premières phrases, on comprend qu'il s'attache au destin multimillénaire et intemporel du peuple d'Israël. L'enfermement derrière le rideau de fer est pour lui le même que celui des Hébreux en Egypte. Ils s'inscrivent dans l'histoire gigantesque du peuple d'Israël, à la différence près qu'ils sont éloignés d'un peu plus de trois millénaire. Par analogie, Yossef cherche l'homme qui pourra agir en catalyseur de la rédemption. Sur l'heure, il vit dans une bourgade de près d'un million d'habitants, où ne vivent qu'environ trente mille Juifs. Il veut les rencontrer, lutter avec eux contre la déjudaïsation imposée par le régime communiste.

Un jour, à l'université, un jeune homme lance un appel. Il s'agit de se rendre en pleine campagne pour «restaurer un ancien cimetière juif». Il est le seul à répondre. Il prend le bus. Arrivé au lieudit, il descend. Il ne voit que des champs et des forêts. Personne pour accueillir les éventuels bénévoles. Au bout d'un moment d'incertitude, il se décourage, pense à une mauvaise blague. Il balaye une dernière fois la campagne, avant d'attendre le ramassage dans l'autre sens. Et c'est là qu'il distingue au loin un groupe de citadins, qui ne rappellent en rien des agriculteurs ou paysans. Il les rejoint. Des gens remplissent des seaux de sable et en déversent le contenu dans une longue tranchée creusée à quelques mètres de là. Quand il y regarde de plus près, il discerne des fragments d'ossements humains et de vêtements. On lui explique qu'en 1941, 27000 Juifs avaient été massacrés en ce lieu. Les autorités communistes, par conjonction d'intérêts, approuvent officieusement ce travail.

Et c'est à cette occasion que Yossef fit la connaissance d'autres membres de la communauté, et à partir de ce souci pour des victimes de l'antisémitisme que des rencontres s'organisèrent pour étudier l'histoire et la religion juive, mais aussi l'hébreu. Ces activités n'étaient pas dérangées par le Kgb: ou bien la clandestinité réussissait vraiment à échapper à sa vigilance, à œuvrer dans le secret, ou bien les autorités fermaient les yeux et pouvaient ainsi mieux connaître les meneurs potentiels d'une dissidence sous-jacente.

Parallèlement, un officier russe de l'aviation était expulsé de l'armée rouge, lorsqu'il commença à germer dans son esprit l'idée d'aider les Juifs à regagner la patrie d'Israël. S'étant identifié à cette aspiration, et profitant de son brusque chômage, il se mit en quête de ses racines. Il se rendit à la bibliothèque nationale, et y trouva un manuel d'enseignement de l'alphabet hébraïque expliqué en Russe. Il essaya de reproduire les lettres, mais il dessinait plus qu'il écrivait. Il se nommait Dymshits. Concentré sur son travail, il fut néanmoins agacé par un individu qui semblait l'observer avec ironie. Il finit par le prendre à partie : «Vous nous haïssez et tentez de nous déposséder de notre langue pour en faire une relique de musée». A cet instant, celui qui l'observait lui annonça qu'il enseignait l'hébreu dans la clandestinité

Dymshits et Mendelevitch firent connaissance. Et puisque le premier était pilote, le second y trouva l'homme providentiel qui les ferait sortir de l'Egypte soviétique. Il pensa dans un premier temps à un nouvel avion de ligne pouvant transporter à son bord jusqu'à cent-vingt personnes. Il abandonna ce projet, face aux trop nombreuses difficultés techniques. Puis il découvrit que des avions accueillant trois ou quatre dizaines de passagers partaient pour des terrains de chasse, en forêt, à cinquante kilomètres de la frontière avec l'Europe. Il suffirait donc de se présenter sous les traits d'un groupe concerné par ce genre de sortie.

Les enjeux psychologiques et idéologiques étaient de taille.  En cas d'échec, deux développements alarmants étaient à craindre. On savait que, un peu partout en Union soviétique, des Juifs espéraient en leur sortie de cet enfer, en leur départ pour Israël. C'était la période où l'impression de délivrance suscitée par la guerre des Six jours était encore très forte. Les Juifs d'Urss le savaient, malgré toutes les tentatives de désinformation. Un échec risquait d'une part de provoquer un profond découragement, voire un abandon, quand il était si confortable de se soumettre au communisme, et d'autre part de conduire à une vague d'arrestations sans précédent, où tous les cadres communautaires seraient enfermés, torturés, ou condamnés à mort. Un tien vaut mieux que deux…, et peut-être était-il préférable de se contenter de ce qui pouvait être sauvé, en attendant un sourire propice de l'histoire.

Pour Mendelevitch, il fallait qu'un effort réel soit tenté ici-bas, pour obtenir l'aide du Ciel. On affréta donc l'un de ces avions. On fit des répétitions, des entraînements, pour simuler la neutralisation douce du pilote et du copilote. Il n'était pas question de parcourir cinquante kilomètres à pied dans une forêt difficilement praticable. Le plan consistait, une fois l'avion posé, à désarmer les deux membres d'équipage, à les mettre dehors, puis à laisser Dymshits prendre les commandes et pousser jusqu'à la Suède, car la Finlande les aurait retenus prisonniers et extradés vers l'Urss.

Ils donneraient pour finir une conférence de presse pour sensibiliser les Etats et l'opinion vis-à-vis de la situation des Juifs qui ne demandaient qu'à pouvoir déménager vers Israël. La veille du jour J, ils se réunirent non loin de l'aéroport. Ils allumèrent un feu de camp, firent des grillades. Tout se déroulait parfaitement. Soudain, deux véhicules roulèrent dans leur direction. Le doute les envahit. S'agissait-il d'un contrôle de routine ou de la fin de leurs espérances? Les immatriculations étaient celles du Kgb : plusieurs zéros et un seul chiffre, un 5 ou un 6 en fin de plaque numérologique. Des hommes en sortirent, marchèrent dans leur direction, mais ils se ravisèrent, firent demi-tour et repartirent.

Etait-ce un avertissement? «Tant pis, nous sommes repérés», se découragèrent certaines voix. Pour Mendelevitch, même s'il fallait s'attacher à l'éventualité la plus pessimiste, c'était un bras de fer entre l'aspiration du peuple juif à quitter l'exil et les pharaons modernes. On objecta que la lutte était inégale. Mais les Juifs avaient souvent vaincu leurs ennemis en dépit du déséquilibre des forces. On décida de ne plus faire machine arrière. L'appel pour leur avion retentit le matin suivant dans le hall. Ils se mirent en marche pour l'embarquement. Plus rien ne les dérangerait, dans quelques instants ils seraient des hommes libres.

Ils avaient mesuré les risques, et s'étaient déclarés prêts à mourir pour monter en Israël, dans l'éventualité plausible qu'un missile fût décoché contre leur avion en plein vol. Alors que tous étaient en marche, Mendelevitch constata que ses compagnons se firent soudain hésitants. «Mais ouvre les yeux, lui  dirent-ils. Où est notre pilote?» Il constata à son tour qu'il n'était pas avec eux. Surmontant l'angoisse soudaine, il se fit rassurant : «Il est peut-être tout simplement resté dans la salle d'attente. Je vais aller le chercher.» Il repartit, et le trouva en effet assis avec sa femme et ses deux filles en train de manger des sandwiches. «Le vol est pour 9h, pourquoi l'appel a-t-il été lancé à 8h30?», objecta celui qui était resté à l'écart. «L'horaire a pu être modifié, ou bien ils veulent être sûr de laisser suffisamment de temps aux passagers pour ne pas se mettre en retard.» Pour l'ancien de l'armée rouge, les horaires étaient blindés. Mendelévitch rejoignit cependant ses camarades victorieux, rassurant ses compagnons qui reconnurent leur pilote en sa compagnie.

La distance diminuait entre le groupe qui progressait en direction de la piste de décollage et l'avion tant attendu. Il ne resta bien vite plus que quelques mètres. Mais à cet instant, les véhicules de la veille surgirent du néant, s'avancèrent et leur bloquèrent la route. Deux hommes en sortirent, se jetèrent sur Mendelevitch et le plaquèrent au sol. Puis des dizaines d'hommes armés se ruèrent sur le groupe, bondissant de derrière les arbres. Le calvaire commença. Les membres de l'expédition furent enfermés séparément dans des cachots sombres aux murs épais, malmenés et interrogés. Mendelevitch raconte que certains craquèrent, et une vague d'arrestations mit pratiquement fin aux activités des cercles juifs clandestins. Le grand procès dissuasif ne manquerait pas d'être largement diffusé. Il allait être suffisamment retentissant pour dissuader tout nouveau candidat de revendiquer haut et fort son droit au départ pour Israël, voire à préserver la langue et la culture hébraïques.

Le procès allait donc présenter toutes les caractéristiques formelles d'un jugement équitable. Ce serait une grande représentation dont l'issue était jouée d'avance. Telle une démonstration par récurrence, on partirait du verdict pour retracer le raisonnement prétendument équitable qui y conduirait. Mendelevitch regretta cette tournure. Il avait été prêt à mourir pour son idéal, mais pas de cette façon. Il s'était attendu à ce qu'on lui tirât dessus, ou qu'un missile fut tiré sur leur avion en fuite. Mais là, il devait endurer l'emprisonnement, les mauvais traitements et les interrogatoires, et pour finir la peine de mort. Le plus dur, c'était la torture morale. Au lieu d'avoir réussi son entreprise audacieuse, qui aurait pu porter ses fruits pour le plus grand bien de l'ensemble de la population juive prisonnière, il avait obtenu exactement l'inverse : la répression allait être implacable, et les Juifs en sortiraient non seulement découragés mais très remontés contre lui.

Le procès s'ouvrit. Les autorités avaient choisi la date profane du 25 décembre. C'était la première fois, après de longs mois, qu'il revoyait de son box ses compagnons d'infortune. Mais chacun était encadré de deux colosses. Il leur était interdit non seulement de se parler mais également d'échanger des regards. L'un de ses compagnons lui lança cependant : «Yossef, est-ce que tu sais quel jour on est? C'est le soir de l'allumage de la deuxième bougie de Hanoukka.» Mendelivitch raconte qu'il reprit alors espoir. Il était certain qu'un miracle se produirait, contre toutes les apparences. La lumière allait de nouveau briller pour les Juifs.

Le premier interrogé fut le malheureux pilote, dont le recruteur passerait en dernier. Malgré son abattement, au moment où la parole lui fut donnée, après les reproches prévisibles qui lui furent assénés – «Comment avez-vous pu trahir votre patrie, qui a investit en vous, qui vous a fait confiance et vous a accordé un grade important dans notre armée?»  – commença à s'annoncer le procès du régime communiste soviétique, qui n'est pas sans rappeler le retournement du procès de Léon Blum qui mit Pétain en difficulté.

Le pilote refusa de se soumettre au cadre psychologique et manipulateur de la tournure des accusations : «Vous nous traitez d'une manière inhumaine parce que vous êtes des antisémites. Vous essayez de cacher votre antisémitisme avec des prétextes politiques. Vous haïssez les Juifs et tout ce qui leur appartient. Donc vous haïssez Israël, le pays des Juifs.» Les Soviétiques accusèrent le coup. Ils donnèrent donc la parole à une dissidente. Après les mêmes reproches de trahison et d'ingratitude envers son pays qui lui avait permis de poursuivre des études poussées en physique, elle affirma dans un ressaisissement surprenant que la patrie du peuple juif était Israël, et cita en hébreu le verset : «Si je t'oublie Jérusalem…» Le président du tribunal dit qu'il lui fallait recruter un interprète. Elle lui répondit triomphante : «Inutile, je vais vous le dire en russe.»

Ils espéraient peu de Mendelevitch, qui ne s'était jamais démenti. Ils le présentèrent d'emblée comme un religieux fanatique. Il confirma son appartenance à la patrie des Hébreux, non sans avoir répondu que les pilotes précités auraient été traités en douceur.

Le verdict fut sans surprises : les premiers interrogés furent condamnés à la peine de mort, Mendelevitch à 39 ans de prison. Le public se leva, se mit à protester vivement : «Ne prêtez pas foi dans ces verdicts. C'est un mensonge. Le monde entier est avec vous.» Les peines de mort furent effectivement annulées par la suite mais la peine de Mendelevitch fut maintenue, bien que réduite à 12 années. Quand on le conduisit au train qui devait l'amener en prison, et alors que les prisonniers du droit commun étaient entassés dans des wagons irrespirables, il se trouva seul dans un vaste compartiment, en tant que danger pour la sûreté nationale. On lui remit des courriers. De nombreux Refuzniks, dont sa famille proche, lui annoncèrent qu'ils avaient obtenu leur visa pour quitter la Russie. Dans les deux ou trois années qui suivirent, plusieurs milliers de Juifs furent autorisés à partir pour Israël.

A la fin de sa période de rétention, en 81, il fut déchu de sa nationalité et ne fut plus autorisé à vivre sur le sol soviétique. Des agents du Kgb l'accompagnèrent à son avion en vue de son expulsion. L'agent ne comprenait pas sa joie. L'ex prisonnier de Sion s'expliqua : «Je vous avais dit que ma patrie est Israël. Il y a douze ans, exactement à cet endroit, vous m'avez arrêté pour m'empêcher de partir. Aujourd'hui, vous reconnaissez le bienfondé de ma revendication. A présent, laissez partir mon peuple. Car si vous vous y opposez, votre pays d'effondrera.»

On peut dire que cet homme a, un peu moins d'une génération avant la Perestroïka, fait plier le régime soviétique.

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 09:00

Si Netanyahou avait suivi l'exemple de Mitterrand dans son changement…

Si vous êtes Premier ministre, en Israël par exemple, et si vous comptez sur une couverture favorable de votre politique sociale, sécuritaire ou internationale, et que l'on  donne une idée globalement positive de votre personne, vous ne pouvez dénigrer le rôle prépondérant des mass-médias. Cette règle est valable également si vous êtes président de la République en France.

D'aucuns se figurent que seules les dictatures ont besoin d'édulcorer la rigueur de la vie par une propagande bien construite, avec entre autres une allocution quotidienne paternelle et bienveillante de l'autocrate, ou des séquences le montrant, alors qu'on le croyait trop vieux, plonger et faire quelques brasses dans sa piscine présidentielle. On pourrait penser qu'il en va différemment dans les pays où l'on laisse au peuple le soin de décider : le dirigeant n'a pas besoin de propagande, puisqu'on a voté pour lui.

En réalité, le problème se pose tout autant, voire à plus forte raison, dans les régimes démocratiques, où les élus sont attendus au tournant des urnes. Nous l'avons compris, les médias, tous régimes confondus, formatent les esprits et donnent l'impression à l'électeur que le bulletin de son choix est déposé en toute indépendance. La publicité aussi nous conditionne, par son insistance et le tape-à-l'œil. Qu'est-ce qui fait que vous déposez dans votre chariot telle marque de cacao, de café ou de petit déjeuner, plutôt qu'une autre?

Netanyahou n'est pas la personnalité la plus choyée par les médias de son pays. Loin s'en faut. Il lui arrive même d'évoquer l'acharnement médiatique contre sa personne. Cela fait des années que toutes sortes d'affaires basses et lourdes pèsent sur lui comme un couvercle. Chaque fois, elles portent un numéro plus élevé que le précédent. Si telle affaire n'aboutit pas, on l'abandonne et on passe à la suivante. Le chef de la police, Roni Alsheikh, fait preuve d'un zèle sans précédent, et bien plus marqué dans ses tentatives de parvenir à mettre en examen le Premier ministre que dans la lutte contre le grand et même le petit banditisme, au grand détriment du public qui commence à s'en plaindre. Le système judiciaire s'aligne sur cette politique.

L'affaire 4000 est étonnante. Elle a commencé par un article publié par le journal d'extrême gauche Haaretz (pas plus tard que le mois dernier, l'un de leur piliers, Guidon Lévy, avait déversé sans retenue sa haine contre le village israélien d'Har-Berakha (Mont de la bénédiction) en l'affublant du sobriquet d'Hak-Kelala (Mont de la Malédiction), peu après l'assassinat de l'un de ses habitants par un élément de la population hostile et antijuive dont la ligne de ce journal considère l'occupation de la terre d'Israël comme légitime).

Le quotidien avait trouvé curieux que l'un des médias ne se soit pas joint à la propagande de dé légitimation du Premier ministre. Dans son article d'«investigation» du 29 octobre 2015, le journal s'étonne d'une ligne éditoriale assurément favorable à Netanyahou, ce qui avait allumé un voyant rouge. Le média en question, le site Walla News, du groupe des télécommunications Bezeq, ne se conduit pas d'une manière normale. Dès lors, des têtes vont tomber. L'Autorité des Valeurs Financières fait ses enquêtes.

Ce n'est qu'en février dernier –d'où le vacarme médiatique ces jours-ci – que le scandale éclate. Ilan Yéchouah, directeur général du site, est soupçonné par l'Autorité d'avoir subi des pressions de Saül Alovitch, PDG de Bezeq, afin de fournir une couverture favorable à Netanyahou qui aurait pour sa part proposé en contrepartie des décisions gouvernementales en faveur du groupe. Ynon Magal,  ex directeur du site d'informations, a lancé le 15 février 18 que des pressions importantes auraient été exercées d'en-haut dans le but d'imposer une ligne éditoriale partisane. En février, Yéchouah, Magal et Aviram Elad, rédacteur en chef, ont témoigné auprès de l'unité Laav 433 des enquêtes policières. Selon la dixième chaîne, ce dernier aurait même remis en question le couple Netanyahou, au cours de son témoignage, en l'accusant d'avoir exercé via Alovitch des pressions visant à licencier Elad pour avoir divulgué la demande auprès du conseiller gouvernemental Mendelblit de mettre en examen l'avocat David Shomron, proche des Netanyahou, ce qu'Alovitch a démenti.

C'est le 6 novembre dernier que les médias se sont affolés dans le monde entier suite à la présentation des conclusions – déformées par effet de téléphone arabe – de l'Autorité des Valeurs Financières. «Il existe suffisamment de pièces, à première vue (לכאורה dans le texte) pour asseoir l'implication des suspects principaux du dossier dans des fautes pénales, dont des crimes de divulgation, l'obtention abusive de biens, abus de confiance… il y a également suffisamment de pièces en vue de poursuivre le fils d'Alovitch, Or, qui officie en tant que directeur de Bezeq.» La suite de la procédure a été confiée au district de Tel-Aviv, qui doit décider s'il y a lieu d'émettre ou non des chefs d'accusation contre les personnes mêlées à l'affaire.

Et c'est fin février qu'un scandale inouï a éclaté autour de ce qui représente au minimum un vice de forme. Et c'est là que chacun a dû se rendre à l'évidence qu'il ne s'agit pas pour les intéressés d'établir si Netanyahou est coupable de corruption ou s'il doit être lavé de tout soupçon, mais de le faire tomber coûte que coûte. La proximité entre l'enquêteur mandaté par l'Autorité et la juge, tous deux chargés de donner suite à la conclusion susnommée et leurs échanges complices sur WhatsApp est édifiante. Eran Shaham-Shavit, c'est son nom, par voie de messagerie téléphonique a indiqué sans passer par quatre chemins à la juge Pozannski-Katz de quels éléments il avait besoin pour parvenir à ses fins. Cette juge a usé du pouvoir qui lui était conféré pour placer en détention provisoire Alovitch et l'ex PDG du quotidien Ma'ariv, Nir Hefetz, comme de vulgaires délinquants du droit commun qu'il convient de garder en rétention en raison de leur dangerosité pour le public. Hefetz s'est plaint de conditions de détention éprouvantes destinées à faire de lui un témoin contre Netanyahou. Ces accointances entre l'enquêteur de l'Autorité des Valeurs Financières et la juge ont fait tomber les barrières d'incrédulité des plus sceptiques.

C'est la dixième chaîne qui a lancé ce scoop fracassant appuyé par les saisies d'écran des portables qui a enclenché des réactions en chaîne dans la classe politique. Liebermann, ministre de la Défense, a mis en avant l'urgence de rayer Pozannski-Katz du barreau, afin que le public ne perde pas totalement confiance dans le système judiciaire. Pour le député Betzalel Smotritch de Baït Hayéoudi, il faut d'urgence libérer Alovitch et Nir Hefetz pour vice de forme, et œuvrer immédiatement à l'ouverture d'une procédure pénale contre l'enquêteur et la juge de connivence.

Bien entendu, le juge des juges, Eliézer Rivlin, a été saisi dans cette affaire. A la lecture de son rapport, il ressort que la conclusion ne s'inscrit pas dans la suite logique du développement, et que les implications font montre de la plus haute indulgence. L'alinéa 5 de son rapport laisse entendre que la juge était ces derniers temps en dehors de l'affaire :

«Le 29 janvier 2018, la juge est partie en vacances. Mais peu après le début de ses vacances, elle s'est adressée au vice-président des affaires d'incarcérations du tribunal de police, le juge Ouziel, et lui a annoncé que l'enquête sur l'affaire (4000 ndlr) avait repris, cette fois avec la collaboration de la police… Elle lui a dit que rien ne l'empêcherait de venir au tribunal, pendant ses vacances, afin de pouvoir s'occuper de cette affaire. Le vice-président Ouziel a écrit dans sa déposition en ma présence à ce sujet : "considérant l'ampleur des documents et sa connaissance de l'affaire, j'ai pensé que c'était une bonne idée et je lui ai permis de rentrer au beau milieu de ses vacances pour poursuivre son généreux bénévolat". Les graines de la calamité ont été semées dans un terreau propice dans ces méthodes d'arrangements. »

Dans le paragraphe suivant, le juge Rivlin interroge Pozannski-Katz afin de savoir qui lui a demandé d'interrompre ses vacances pour s'occuper de l'affaire. La réponse est claire : «C'est Eran qui m'a appelée». Le juge note entre crochets : «Maître Shaham-Shavit». Le juge écrit juste après : «C'est là que les graines supplémentaires des méthodes rédhibitoires et fautives de la pratique du droit et des pratiques inacceptables ont été semées.» Le juge a alors exigé le contenu des échanges texto et a constaté que ces familiarités, sic, duraient depuis juin 2017.  Mais, après avoir sur près de dix pages fustigé les méthodes de travail dont surtout le parti-pris et le manque d'objectivité – «Son acte est indigne d'un juge. Cet échange de messages porte une grave atteinte à la crédibilité des tribunaux auprès du public.» - il a considéré le sérieux et le professionnalisme de la juge, et puisqu'il n'a pas relevé dans sa démarche une tentative de fausser le jugement, il s'est contenté de remettre à la présidente de la Cour suprême Esther Hayout et à la ministre de la Justice Ayelet Shaked la recommandation de ne déférer la juge qu'auprès d'une commission disciplinaire.

Le président de la coalition gouvernementale, David Emsallem, s'est interrogé à haute voix : «Je suppose que si un tel échange de messages avait été trouvé entre Alovitch et Hefetz, ils auraient été d'office maintenus en détention jusqu'à la fin de la procédure». Le ministre du Tourisme Yariv Lévin  s'est déclaré stupéfait par les tentatives du système judiciaire d'arranger les choses après le scandale sans précédent de la révélation de ces échanges de messagerie : «et tout cela dans le but d'empêcher de la traîner en justice ». Même Yaïr Lapid, président du parti Yech Atid, celui qui veut être Premier ministre à la place du Premier ministre, a été écœuré : «C'est une humiliation et un grand mépris pour le public et pour le système judiciaire.»

Sur l'heure, quel est le résultat de tout cet acharnement judiciaire et médiatique contre Netanyahou? Outre la tentative de déstabilisation du gouvernement dans une période de guerre où chaque jour les approches d'encerclement de l'axe Iran-Assad se font plus précises (on a frôlé le conflit le 27 septembre 2017, lors de la destruction d'un site de lancement de missiles en Syrie suivi de la chute d'un de nos chasseurs), quand les éléments à la tête des infrastructures du pouvoir agissent comme un ennemi de l'intérieur, c'est l'image d'Israël qui est égratignée puisque les médias étrangers se délectent du cadeau qui leur est offert et qui leur permet de faire passer Israël pour une sorte de république bananière dont la corruption serait le principal moteur.

Les médias ne peuvent constamment agir comme des saboteurs. Begin, puis après lui Shamir, puis après lui Netanyahou, sont parvenus au plus haut degré de la direction d'Israël suite à la révolution électorale où le peuple a exprimé sa volonté de se libérer des méthodes politiques de leurs prédécesseurs. Or, le pouvoir médiatique est resté entre les mains du Mapaï idéologique des premières décennies de l'Etat d'Israël.

S'il y a dans le monde démocratique un dirigeant qui a eu affaire aux mêmes défis que la droite israélienne, c'est bien la gauche de Mitterrand. Ce dernier sentait qu'il évoluait sur les plateaux de télévision en milieu hostile. A l'époque où il n'était encore que secrétaire du parti socialiste, les deux premières chaînes (la troisième étant à l'époque culturelle et réservée aux émissions régionales) étaient le bastion des gaullistes et des giscardiens. Une réalité selon laquelle la couverture médiatique favorable d'un dirigeant aurait pu inquiéter un journal comme Haaretz était alors impossible, car la presse était résolument hostile à Mitterrand, et il n'y aurait vraiment pas eu lieu de mener un dossier d'investigations.

Le malaise s'est d'autant plus accentué que la deuxième chaîne devait interviewer tous les candidats aux élections présidentielles de mai 1981. Jean-Pierre Elkabbach, journaliste célèbre à cette époque, dirigeait l'information d'Antenne 2. Alain Duhamel est son principal acolyte et les mêmes répliques avilissantes sont à quelques détails près rendues à Marchais et à Mitterrand, le premier ayant eu droit à un «Monsieur le candidat»,  le second ayant tout de même été désigné par son nom, quand les journalistes affichaient un regard narquois et incrédule quant à leurs capacités de se faire élire. «Vous répondez et nous posons les questions. Que chacun fasse son travail». Ainsi fut remis à sa place par un Duhamel goguenard le candidat Mitterrand qui s'était octroyé le droit de prendre trop de libertés quant à la marche de l'émission Cartes sur table. Etant parvenu à se hisser au second tour, il refusa catégoriquement que le débat télévisé fût orchestré par des employés de la télévision et il proposa une liste de quatre journalistes de l'extérieur. Giscard accepta et choisit «les deux premiers de la liste par ordre alphabétique».

Lorsque le visage de Mitterrand s'afficha sur l'écran à la fermeture des urnes, le présentateur du résultat, Elkabbach, affichait le visage déconfit d'un perdant. Juste pressentiment, puisque le lendemain, le changement s'est immédiatement fait sentir. Si Mitterrand a excellé dans le changement promis aux électeurs, c'est bien dans la configuration des équipes de télévision. Elkabbach a perdu son poste, et le seul à peu près qui soit resté fut un jeune journaliste qui venait de remplacer Léon Zitrone, un certain Poivre d'Arvor. On peut dire que Marchais aussi a eu sa revanche, après qu'il eut dit au tandem Elkabbach-Duhamel qu'ils étaient contre le changement puisqu'ils cumulaient les postes grassement payés de l'audiovisuel. Ceux qui avaient réussi à mettre les rieurs de leur côté sur le plateau de Cartes sur table s'étaient retrouvés dehors. Mitterrand n'a par conséquent par la suite jamais eu besoin d'être soupçonné d'avoir graissé la patte à des rédactions de télévision pour avoir une couverture reluisante.

Et pourtant, les sourires sarcastiques des journalistes précités étaient bien innocents à côté des accusations à peine voilées de meurtre proférées par les journalistes de Reshet B ou de la première chaîne israélienne contre Netanyahou, en pleine campagne électorale pour la quatorzième Knesset, lorsque la citation biblique «Tu as assassiné et tu as aussi hérité», était débitée à longueur d'antenne. Et ce n'est pas qu'un visage déconfit qui a marqué les journalistes qui ont osé dans un premier temps afficher le visage de Pérès à la fermeture des urnes, en 96, et faire encore la fête jusqu'à l'heure fatidique du lendemain à cinq heures du matin, quand sur Réchet Beth, le journaliste s'est écrié sans aucune retenue : «Ce n'est pas possible! Netanyahou ne peut pas avoir remporté l'élection!» Les journalistes avaient fait leurs valises mais, par extraordinaire, ils n'ont pas été décollés de sièges qui n'appartenaient ni à eux, ni à leur famille. Ils ont depuis repris du poil de la bête, et il est regrettable que Netanyahou ne se soit pas inspiré du modèle français qui l'a précédé d'une décennie et demie.

A contrario, si Mitterrand avait fait comme Netanyahou, il est permis de supposer que non seulement il ne se serait pas fait élire une seconde fois, mais qu'il aurait certainement dû démissionner dans les quelques mois consécutifs à son accession au pouvoir.  

 

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 08:56

Le titre de cet article s'inspire de celui d'un livre qui interpelle et attise la curiosité, où les places des noms communs sont simplement inversées. Il est de prime abord intéressant de se pencher sur l'introduction de la notion d'hétéro dans le langage courant et sur l'importance qui lui est concédée. Il est vrai que ce mot n'est pas né de la dernière pluie, puisqu'il provient du grec ancien, ἕτερος. Il intervient en principe comme préfixe d'un mot dont  il rentre dans la composition.

 Étymologiquement, il signifie : autre, ou l'autre. Pourtant, la rue, les médias aidant, on s'attend assez peu, lorsqu'il est prononcé, à entendre une suite qui nous donnerait en entier le mot hétérogène, terme courant malgré tout et antonyme d'homogène. On s'attendra encore moins à l'entendre composer le terme d'hétérozygote, par opposition à homozygote, respectivement associés à la reproduction par accouplement entre deux sujets aux génomes distincts et à la reproduction asexuée, par mitose, comme chez les amibes, par exemple, donnant à tous les coups des clones.

Paradoxalement, le préfixe hétéro suggère la tolérance, l'acceptation de l'autre, la prédisposition à construire quelque chose de solide avec quelqu'un qui est fondamentalement différent de soi, au point qu'aucun degré d'identification à l'autre ne nous permettrait de nous changer en ce qu'il est. C'est le cas de l'hétérosexualité, et c'est d'ailleurs à ce concept que nous pensons par automatisme, sans aucune aide extérieure ou aucun effort des méninges, formatés que nous sommes par les sujets que l'on nous rabâche toujours dans nos oreilles.

Notre titre n'échappe pas à ce conditionnement, pas plus que celui dont il s'inspire, et le lecteur averti par ce même conditionnement a vu juste quand il ne s'est pas dit que le sujet du présent papier virtuel ne traiterait pas de l'antinomie entre l'hétéronomie et l'autonomie, bien que ce dernier terme ne présente pas la même graphie préfixale.

Le danger de l'association réflexe

Mais en quoi cela dérange-t-il que l'hétéro soit toujours invoqué dès que l'homo est évoqué?  Parce que la manipulation des esprits et des mœurs les met sur un pied d'égalité, montant le dernier sur un piédestal, puisqu'il semble que l'on ait affaire à une option binaire, issue d'une pensée binaire, manichéenne, comme s'il s'agissait d'un choix a priori délibéré à prendre dès l'adolescence, à l'instar d'un goût plus prononcé pour une couleur que pour une autre. Votre préférence se porte-t-elle sur le bleu ou sur le vert ; sur la glace à la  fraise ou à la pistache ? «Non, moi, c'est plutôt les femmes», pourrait-on répondre après mûre réflexion, en ajoutant presqu'un «quoique», comme s'il était mal vu de ne pas laisser planer un doute.

Les délices au-dessus des règles bienséantes

Et c'est là que le plaisir est hissé dans l'échelle des valeurs au-dessus des principes moraux traditionnels, méprisés, piétinés, et enfin diabolisés, à tel point que si vous êtes personnellement parvenu à vous soustraire au bourrage de crâne, vous serez terrifié à l'idée d'émettre la moindre opinion défavorable vis-à-vis de ce second choix.

Illustrons notre propos par une anecdote. Dans une école laïque, un enfant juif ne consommait pas certaines viandes. Un jour, l'un de ses camarades, non-juif, profondément peiné pour lui, s'arrangea pour lui faire manger un morceau de porc à son insu, en le lui glissant discrètement dans son assiette. «Alors, c'était bon?» «Ben oui, mais pourquoi tu me demandes ça?» Rayonnant, l'ami triomphe, plus que satisfait de lui avoir prouvé qu'il avait tort. Ce même ami ne comprit pas l'irritation morale et physique provoquée par son aveu, à tel point qu'il se mit à penser qu'il était en butte à de la mauvaise fois, comme si son voisin de table était incapable de reconnaître qu'il avait tort.

Fort de son ingéniosité, ce même démarcheur en dégustations parvenait pourtant à l'occasion à faire apprécier à d'autres amis mangeant de tout la qualité du saucisson d'âne. Sa famille, anciennement cynophage, lignée de bouchers, s'était reconvertie au début du XIXème siècle dans le cheval, après qu'un dégoût généralisé eut saisi la population à l'endroit des boucheries canines. Cette parabole se retrouve analogiquement dans le phénomène de l'homosexualité. Un film belge de la fin des années deux mille met en scène un éraste profitant d'un éromène sans que celui-ci n'y trouve le moindre problème éthique, puisqu'il se fait expliquer que le plaisir procuré par les pratiques de l'adulte est bien plus intense que ce que produisent les capacités débutantes de sa petite amie dont il provoque la rupture de la relation avec cet éphèbe.  

Dans un atelier de désintoxication des idées reçues par inculcation, pendant sa période de mission auprès des communautés juives stationnées à l'étranger, la rabbanite D, installée de longue date à Jérusalem, se heurte à l'égalisation des opposés imposée dans les cerveaux. Ce constat dépassant largement l'entendement, elle se voit s'écrier avec retenue : «Mais, non, ce n'est pas normal! Vous ne pouvez pas dire que c'est normal!» s'insurge-t-elle lorsqu'elle s'entend dire qu'il ne s'agit que d'un choix entre deux options équivalentes. Il aura fallu que l'une des participantes à l'atelier lui explique : «Pour nous, ce n'est pas normal, parce que nous avons un système de valeurs qui nous accompagne depuis le début de notre existence. Nous avons un code stable et solide. Mais pour les autres, rien n'est stable, la morale se fait et se défait, s'affirme ou se contredit. Un jour, tel principe incarne le mal, et un autre jour, il incarne le bien. Ben tenez, chez les Grecs, par exemple, c'était un honneur, ces pratiques. Elles étaient réservées à des gens influents et distingués dans leur cité.  Eh bien, qu'ils disent et pensent ce qu'ils veulent. Je ne vois pas pourquoi on devrait se prendre la tête avec eux. » La rabbanite en fut profondément songeuse et dubitative. Pour peu que les valeurs s'inversent, après être passé par le point d'égalité, et que le mariage hétérogène devienne interdit… sembla-t-elle se dire interdite.

Ce qui normalise cet aspect de choix

L'athéisation de la société n'est pas étrangère à ce qui se produit aujourd'hui. Dans l'Antiquité, le culte idolâtre aux multiples dieux favorisait la pédérastie. La palestre, cadre qui réunissait les adolescents, dans la société grecque, servait d'une certaine manière de vivier où se fournissaient les protecteurs précités, et était elle-même placée sous la protection du dieu Hermès. Le polythéisme en tant que religion 'est pas le garant de valeurs éthiques telles que nous les trouvons dans la Torah. Bien au contraire, puisque nos Sages expliquent que l'engouement pour l'idolâtrie, qui pouvait toucher aussi bien les membres du peuple ayant vécu la Révélation sur le mont Sinaï, n'était pas motivé par une recherche d'une vérité parallèle, mais bien par l'envie de se débarrasser du joug des commandements et de s'abandonner à tous les délices charnels possibles, étant donné que les pratiques du Baal et autres mentors libéraient totalement les mœurs, dans tous les sens du terme.

Dieu a créé l'univers et tout ce qu'il contient. Il a donné à l'homme, ainsi qu'aux mammifères entre autres, l'ordre de faire perdurer leur genre. Or, tout comme l'homme se doit de se nourrir – il doit commencer par se maintenir lui-même avant de penser à se maintenir en tant qu'espèce, du fait que son immortalité propre est limitée dans le temps – et tout comme il est récompensé de cet entretien par la saveur contenue dans ses aliments, il est pareillement motivé ou stimulé par la pulsion qui le pousse à se reproduire et par la récompense, soit le plaisir et le contentement procurés par l'accomplissement de l'acte impliquant ladite reproduction.

En revanche, tout comme les anciens Romains se contentaient de la récompense liée à l'obligation de s'alimenter – il est vrai qu'ils s'en acquittaient préalablement largement – (ce qui est connu du grand public par le travail conjoint de Goscinny et Uderzo), à savoir la satisfaction produite par le manger, étant donné qu'ils quittaient la table pour se faire volontairement vomir pour faire de la place, le produit moderne de la société se contente de la récompense inhérente au processus de la reproduction sans s'acquitter de son devoir de reproduction.

En d'autres termes, il touche le salaire sans fournir le travail. Cette démarche ne se trouve pas exclusivement dans cet aspect de la vile. Le principe consistant à toucher de l'argent tout court dépasse largement ce cadre et s'impose dans le monde du travail, qui perd son sens premier et fait place au monde des prestations sociales. Est-ce l'appât du gain sans effort qui crée la crise, ou la crise qui oblige les gens à survivre par les aides sociales?

Cette démonstration reste plausible dans une approche athée. Les mécanismes de pulsion et de récompense sont solidement établis scientifiquement. Supposons une turbine qui produit de l'électricité alimentant une ligne de chemin de fer. Que l'on s'extasie en s'amusant de la voir fonctionner après en avoir débranché les fils, et elle tournera à vide. Pareillement, la marche des générations sera stoppée si l'on abuse – or, c'est le cas – de ce jeu laissant tourner à vide les mécanismes moteurs du renouvellement de la vie.

Toujours est-il que, dans un processus a priori de reproduction où l'on a su profiter de la satisfaction des gestes qui lui incombent tout en lui tournant le dos, dans un monde moderne où l'acte reproducteur n'implique absolument plus l'idée de donner naissance, qu'importe-t-il alors sur le plan social, technique, etc., que l'on se mette à former des couples hétéros ou des paires homos? Car ils sont nombreux les trucs et astuces qui tournent en dérision les pulsions et récompenses qui, jusqu'à la découverte des moyens contraceptifs pour tous, ont tout de même fait que l'espèce humaine s'est maintenue à ce jour. De rares et clandestins, ces moyens sont devenus répandus et légaux, et tout le monde a oublié que l'acte sexuel, au niveau de son essence conceptuelle était concepteur ; il servait au départ à faire que l'homme maintiennent son existence à travers les âges.

Par extension, stratégiquement parlant, si vous avez une dent contre un pays, un peuple ou une société, le meilleur conseil serait de l'inonder de moyens contraceptifs, au meilleur marché possible, en effectuant en rase-motte des parachutages par exemple, voire en lui donnant de l'argent, et de faire pression sur les autorités de ce pays pour en obtenir non seulement la légalisation mais pour qu'il fasse en sorte qu'il soit interdit de ne pas sortir couvert de tous ces moyens. Vous verrez comment en très peu de temps, à l'échelle historique, vous aurez fait diviser par deux ou quatre la population qui vous dérange, quand les irréductibles partisans du principe selon lequel tout salaire s'accompagne de l'acquittement d'une obligation se raréfieront.

L'homme a été dépassé par sa créature, le progrès, par ses découvertes et ses inventions. L'intelligence n'a pas suivi, et l'hébètement a fait place à la perspicacité sans que ne soient développées des défenses. On n'est pas loin du thème suggéré par la science fiction qui voit des humanoïdes supplanter leurs créateurs humains. Ici, c'est le préservatif qui provoque à petit feu l'extinction de l'espèce humaine. Après tout, elle récolte ce qu'elle sème : «Merci, mon Dieu, pour les mécanismes de la pulsion et du plaisir, su stimulus et de la récompense, mais je ne m'en servirai plus, à partir de maintenant, pour propager et maintenir ton image à l'effigie de laquelle j'ai été créé. Donc, dégage.»

Et de la même façon que la créature a congédié son Créateur – d'où le choix du terme athéisation et non de laïcisation, ce dernier se rapportant plus à l'éviction de la mainmise presque deux fois millénaires du clergé sur le cerveau et la liberté humaine – c'est au tour de ce que l'homme a mis au point de provoquer son déclin.

Si un jour des extraterrestres débarquent sur la terre, ils y trouveront l'empreinte des diverses civilisations humaines, du Machu Picchu à la tour Effel. Etudiant cet environnement nouveau et désolé, ils finiront par trouver un objet insolite, imperméable et visqueux, gaine qui se déroule en s'allongeant, et s'écrieront : «Eurêka! C'est cette créature pourtant inoffensive en apparence qui a anéanti la civilisation humaine».

Certains objecteront qu'il faut modérer ce propos, que des hommes en paire n'en perdraient pas pour autant leur instinct paternel. Ils luttent pour la légalisation de l'adoption, de sorte qu'ils puissent à leur manière fonder une famille normale, où les enfants comme partout sont les garants de l'avenir. Cette attitude rappelle cet individu qui, sentant une démangeaison au niveau de l'oreille droite, au lieu de se gratter avec la main droite ferait le tour de sa tête en lui faisant passer par derrière sa main gauche. On revendique le pouvoir de l'argent, le droit de se payer une mère porteuse à qui on arrachera sa progéniture en profitant de la précarité de sa situation sociale. On la réduira à l'esclavage génétique. Puis on dira à l'enfant : «Oublie ta mère naturelle. Celle-ci ne compte pas. Elle a juste été momentanément un moyen de production. Tu as deux pères, que ça te plaise ou non.»

Bien entendu, il ne s'agit pas ici de faire le jeu des partisans politiques de la lutte intégriste contre la contraception à n'importe quel prix. La surpopulation nuit certes à la planète et à ses ressources, mais réduire et subdiviser le taux de natalité en Europe ne résoudra pas le problème de la surpopulation, comme on le voit aujourd'hui, tandis qu'un trop fort dépeuplement, s'il réussissait, risquerait bien de ne pas se contenter d'être néfaste sur une simple période de transition, le temps que le vieillissement de la population se résorbe à la longue.

En quoi le Grec ancien a-t-il l'avantage sur l'Européen moderne? Ou comment le  même comportement n'était pas chez lui synonyme de désertification humaine

Comme l'a saisi le lecteur, il s'agit moins ici de traiter la question sous l'angle de l'étique ou de la morale que sous les aspects sociaux qu'elle implique. L'éraste de la société grecque menait en parallèle une vie de famille. Son espèce se régénérait donc.

Quant à l'acte d'amour classique pour lequel on ne retient que le plaisir sans s'acquitter de son devoir envers la pérennité de l'espèce, un ancien Midrash cite à ce sujet un fait intéressant, qui montre que non seulement les anciens n'avaient aucun retard technique sur la conception des modernes, mais qu'ils savaient aussi travailler avec leur tête. Aux premières générations de l'humanité, chaque homme engendreur était bigame. Il avait une épouse pour fonder une famille, et une autre pour profiter des plaisirs charnels, dont il condamnait la fécondité par un verre d'un élixir définitivement contraceptif, «cos chel akarin», qu'il faisait boire à sa reine de beauté.

Aujourd'hui, on ne travaille plus et on ne raisonne plus que pour les aspects charnels de la personne. La situation est tellement préoccupante qu'un médecin, un jour, déplorait que tous les efforts de la recherche scientifique étaient concentrés sur les problèmes de l'érection et de la longévité, et qu'on n'investissait pas le moindre centime dans le solutionnement des problèmes cognitifs, du raisonnement et de la perte de la mémoire, de sorte que nous devons nous attendre, dans un futur plus ou moins proche, à vivre dans une société où les hommes seraient tous de très virils centenaires ou bicentenaires ne sachant plus depuis longtemps à quoi peut bien servir ce membre énorme qui se dresse au-dessus de leur entrejambe.

L'intelligence du pessimisme

 D'aucuns s'opposeront à ce constat, et justifieront la recherche exclusive du plaisir séparé de la fonctionnalité du geste qui le génère, en arguant que c'est précisément dans cette façon de vivre que se révèle l'acuité exceptionnelle de l'intelligence de l'homme. Certes, une telle intelligence existe : c'est l'intelligence du pessimisme qui ne voit pour avenir qu'une issue apocalyptique. Il s'avère que cette intelligence est par excellence contre-productive, pour reprendre vraiment à bon escient ce concept nouveau.

L'humanité a d'abord été, dans son époque moderne, traumatisée par deux terrifiantes guerres mondiales. Comment les sociétés humaines pouvaient-elles mourir et s'anéantir les unes les autres à un tel rythme? Puis ce fut le tour de la guerre Froide, où les blocs Ouest et Est rivalisaient en un macabre concours de qui était capable de faire exploser le plus grand nombre de fois notre pauvre planète. Aujourd'hui, c'est le réchauffement climatique, la pollution, l'effet de serre et l'épuisement des ressources.

On comprend mal comment ce dernier acte du pessimisme n'est pas contré par un frénétique instinct de survie traduit par une véritable course aux énergies nouvelles. Pourquoi ne pas dire adieu le plus vite possible à ce pollueur de pétrole, pourquoi ne pas passer tout de suite à l'énergie solaire? C'est à croire que le pessimisme est devenu un dogme, un tabou qu'il ne faut pas démolir. Ce pessimisme épicurien, au sens de la philosophie de ce terme, reprend une autre idée grecque redevenue à la mode : «Mange! Bois! Car demain tu mourras!» On en reprend la devise à peine modifiée en passant de l'individu temporaire à l'ensemble de la race humaine : «Profite! Fais-toi plaisir! Car c'est la dernière génération où c'est encore possible!»

Donc, pourquoi, puisque tout ira inéluctablement plus mal, apporter une nouvelle génération de pauvres gens qui n'ont pas demandé à venir au monde? Et le plaisir, qui peut nous donner des leçons en nous imposant qu'il ne se réalise que par association hétérogène?

Le plaisir s'érode

D'une certaine manière, peut-on se dire, tout est pour le mieux! Le monde va s'écrouler, on n'y peut rien de toute façon, alors pourquoi s'en faire? Ça ne le rendra pas meilleur que nous nous angoissions. Donc, on profite et on est heureux. Enivrons-nous, oublions les problèmes de la planète, de la société, enivrons-nous au rythme des plaisirs de la chair et essayons-nous à toutes ses formes ! Seulement, il y a un hic. Les plaisirs les plus courts sont les meilleurs. «Tu as aimé le film?» «Oh, oui.» «Alors, reste assis. Je vais te le repasser en boucle, en séance continue. Quand tu l'auras vu cent fois, tu seras cent fois plus heureux. Après, je t'en passe un autre».

Ridicule? Mais regardons autour de nous, c'est pourtant exactement comme ça que ça fonctionne! Tout jeune, le produit humain moderne vit ses premiers émois. Plus grand, il se met en couple. Puis, il défait son couple et se refait dans un autre couple. Puis il se lasse de la formule couple et passe à la formule paire. S'il se lasse trop vite, où ira-t-il chercher ses prochaines sensations fortes? Ou alors, il subira un contre-coup, il se lassera par avance de tous les plaisirs, et il restera chez ses parents jusqu'à vingt ans, trente, quarante, et peut-être cent, avec les progrès de la longévité, car tous les plaisirs sont érodés d'avance, et qu'importe, puisque le virtuel y remédie. Pour un peu, on s'écrierait : «Le virtuel ! Y a qu'ça de vrai ! » Une addiction toute nouvelle s'est imposée, pour le plus grand bonheur des masses!

Concluons ici notre petit exposé. Alors, sommes-nous des hétéros refoulés, ou une société qui refoule et réprime ses instincts de conservation ? N'aurions-nous pas étouffé au fond de nous cette inclination débordante de vie et de tendance à donner la vie? Sûr que l'admettre est effrayant. «J'ai aujourd'hui quatre-vingt-dix ans, je ne me suis jamais marié pour ne pas imposer à une génération innocente les affres de l'apocalypse. Et pourtant, la vie est belle, le monde est beau, il foisonne de vie. La fin du monde n'est pas venue. Elle n'a pas anéanti les générations qui aurait dû me suivre, c'est moi qui leur ai interdit la vie par trop de pessimisme.» Certes, c'est dur de le reconnaître. Mais pour vous, lecteur, vous qui avez entre vingt et cinquante ans, n'est-il pas encore temps de changer de cap?

Yéochoua Sultan ©

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 15:45

Les plaisanteries sont allées bon train au regard du nouveau couple présidentiel de France. Nous nous permettrons d'y voir une histoire qui en dit long sur les valeurs sûres, refoulées ou inhibées, des mœurs de la société. C'est un fait, la différence d'âge d'un peu plus de vingt ans l'est au détriment de la femme. Il serait peut-être de bon ton de dire : à l'avantage de la femme, puisque dans tant de cas à première vue semblables, c'est toujours l'homme le plus âgé, à commencer par un autre couple présidentiel, de l'autre côté de l'Atlantique.

D'aucuns s'en insurgent, et l'argument est sans faille : «Pourquoi, quand c'est l'homme le plus âgé, personne ne trouve rien à redire?» Un autre argument a été avancé pour renforcer ou contrer le précédent. Des spécialistes de la psychologie anthropologie sociologie etc., se sont lancés dans des analyses compliquées sur la structure patriarcale de la cellule familiale, voire de la tribu. Cette envolée explicative renforce la première protestation, si on vient opposer la société moderne à des modèles qui n'ont plus lieu d'exister, ou la réfuter, si l'on cherche objectivement à montrer sur quelles mentalités la société se fonde pour accepter ou railler un même phénomène a priori qui révèle un parti-pris plus que flagrant.

Une problématique siamoise nous apportera quelques éléments de réflexion. La même préconception touche la question de la polygamie. En Europe, y compris chez les Juifs depuis le décret halakhique de Rabénou Guerchom, qui interdit à un homme d'épouser plus d'une femme à la fois, le débat n'est que théorique. Il est plus marqué dès que l'on  s'intéresse aux sociétés méridionales et orientales. Et là, c'est encore une fois la même chose. Ce sera toujours un homme, au singulier, qui épousera deux, trois, quatre, voire davantage, femmes, et jamais le contraire. D'ailleurs, si le décret halakhique précité ne s'adresse qu'aux hommes, cela ne signifie absolument pas que la femme aurait droit à plusieurs maris simultanés, ça tombe sous le sens, tellement il est évident qu'elle n'a droit qu'à un mari à la fois.

Pourtant, naturellement, un «couple», ou un «tandem», composé d'un mari et de dix épouses, serait à même de mettre au monde à peu près tous les deux ans dix bébés ; ce qui n'est pas possible dans le cas contraire, du moins chez l'espèce humaine (des études montreraient par contre que chez le chat, tous ces mâles qui font la queue poliment auprès d'une même femelle seront tour à tour les pères de l'un des petits de la portée). En outre, la filiation de chacun ne nécessite pas pour être établie de test de paternité.

Donc, pour revenir à notre cas, la ressemblance avec ce dernier devient évidente. Si la période féconde d'une femme s'arrête à l'âge de quarante-cinq en général, celle de l'homme dure jusqu'à la fin de ses jours, en général aussi, ce qui fait qu'un couple décalé sera naturel dans la plupart des cas si l'homme est plus âgé. Dans le cas contraire, la période de chevauchement restera courte, car à quel âge madame doit-elle prendre monsieur pour époux de sorte que la marge restante jusqu'à 45 ans soit suffisamment effective? Car si monsieur a 20 ans le jour de leur mariage, il peut in extrémis faire un tout petit bébé ; or pour qu'il leur reste cinq ou six ans et qu'ils aient le temps de faire trois enfants, il faudrait que monsieur ait disons 14 ans. Donc, le sourire qui vient tel un réflexe sur de nombreuses lèvres repose sur un inconscient collectif qui aspire à des unions qui ne soient pas contre-nature en ce qui concerne la question du maintien et de la perpétuation de l'espèce humaine.

Si vous riez, c'est que pour vous, toute formation d'un couple doit servir la nécessité de la reproduction et de la procréation.

Et votre réaction amusée est d'autant plus curieuse que la société déclinante a à peu près oublié à quoi se mettre en couple sert. Et, de la même façon que l'on expliquait avant internet aux enfants comment on fait des bébés, autrement dit qu'on leur expliquait ce qu'il devait se passer au début du processus de la venue au monde, il faudrait à présent expliquer aux adultes ce qui doit en principe se passer à la fin, à savoir que la sexualité est essentiellement et intrinsèquement liée à la persistance de l'espèce humaine en l'espèce. Cependant, si la société cesse de se reproduire et de se maintenir, elle crée un appel d'air et le manque à peupler arrive à tire d'aile d'au-delà des frontières.

Pourtant, quelque chose cloche. S'il est tellement choquant ou interpelant qu'un homme prenne une femme de l'âge de sa mère, comment se fait-il qu'une autre association, appelée «couple» par abus de langage, ne choque-t-elle plus personne? Une paire d'hommes fondant un doux foyer jouit d'emblée de la compréhension et du respect de son entourage et de toute la société, ou au minimum de l'indifférence des autres. Nous l'avons dit, nous dirions-nous, puisque les associations à deux ne servent plus à procréer, quelle importance si nous avons à faire à une association homme/femme, homme jeune/femme âgée ou l'inverse, homme/homme, homme/singe homme/guenon?  

Ou, plus simplement, pourquoi un couple assez peu contre nature finalement s'attirerait-il plus les sarcasmes qu'une paire d'homos, absolument inféconde a fortiori? A moins que, peut-être, puisqu'il est totalement évident que la paire est résolument improductive, ce qu'il y a d'amusant, c'est que le couple qui nous intéresse pense qu'il serait encore capable d'engendrer?

Non, la réponse est ailleurs. Le côté naturel a été pourchassé et brisé jusqu'à la racine, suite à un travail d'intimidation sur le long terme. L'homme libre a dû choisir entre la liberté de mouvement et la liberté de pensée. C'est l'une ou l'autre. Si vous choisissez le mouvement, évitez de penser à rebrousse-poil. Si vous choisissez la pensée, on peut vous interdire le mouvement.

L'homme libre a largement choisi la première. Non seulement il craint d'être traîné devant les tribunaux en cas de contestation, mais il en est arrivé à ne plus penser qu'il pourrait s'agir de ce que la morale universelle qualifie d'abomination. Il ne peut même plus dire : «Ils font ce qu'ils veulent. Moi, personnellement, je suis contre». Il n'y a plus de moi ni de personnellement que pour certains monarques modernes. Qu'il essaye, et il sera injurié, traîné dans la boue, traité d'intolérant et de violent, alors qu'autre part, il est tout à fait permis d'être contre : pour l'alcoolisme et le tabac, si vous êtes contre, on ne vous reprochera pas de vouloir anéantir tous les alcooliques et tous les tabagistes. Essayez seulement de vous prononcer contre l'homosexualité.

La raison de cette anomalie est probablement liée à la volonté de solutionner la surpopulation mondiale, mais c'est un autre sujet.

Que le nouveau président recoure à ses prérogatives pour réprimer cette tendance à la moquerie en traçant les lignes d'un nouveau concept, aussi effrayant qu'homophobe! La déphasophobie, ou décalophobie pourraient bouleverser de fond en comble les mentalités, et faire trouver à l'opinion que rien n'est plus mignon qu'un couple où le mari s'affiche avec une épouse de l'âge de sa mère, ça prouve au moins qu'il a le respect des parents, et ça aussi, c'est une valeur sûre.

Et si l'homophobie fonctionne, alors la déphasophobie fonctionnera à plus forte raison. Pourquoi? Parce que rien n'est plus déplacé que de voir les militants de l'individualisme le plus égocentrique exiger que l'on tolère leur intolérance au nom de la tolérance et de l'acceptation de la différence. L'androgame se distingue par un refus de la différence tellement poussé qu'il refuse catégoriquement d'accepter de partager sa vie avec cet être si différent et pourtant si proche : la femme.

Nb: je remets à la disposition de mes lecteurs cette réflexion qui a suivi l'élection du président Macron

Yéochoua Sultan

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 15:27

שוב הרעיד עניין תקשורתי כבד את היציבות המדינית בישראל, כשהפעם  התיק נושא את המספר 4000. ורוב ככל כלי התקשורת עוסקים רק באיך להפיל את נתניהו ואת הממשלה. בהתעקשות זו עובדים יד ביד אנשים ממערכות המשטרה ובתי המשפט בתזמון נפלא. וכפי שאומר הפתגם העממי : "אם לא הצלחת, נסה שוב ונסה שוב עד שתצליח". ובכן, כל פעם שניסיון להפליל ולהפיל את האיש לא הולך, במקום שבושת הפנים תאלץ את הציידים להודות בחשדות השווא שלהם, ולהתנצל, הם מחפשים בנרות פרשה חדשה בה יש אולי יותר סיכוי.

בפרשת תיק 4000. במבט ראשוני – והדבר לא מתכחש בהמשך – מסתמן שהערכים נהפכו, הרע הפך לטוב והטוב לרע. או, ליותר דיוק, לשון הרע והוצאת שם רע הם ההנהגות שראוי להציב בראש הסדר הציבורי, עד כדי כך שאם אישיות ציבורית תרצה שיחדלו מפעילות רצח האופי התקשורתית המתמדת, עליו יהיה לשלם ביוקר על זה. ולא זו בלבד, אלא שאם הוא בכל זאת ישלם כדי שקצת יתייחסו לחציו המלאה של הכוס, כדי שקצת ידונו לכף זכות, האיש יועמד לדין ויואשם במתן שלמונים.

וכך יושב אדם נכבד על לאחרונה, איש בשם ניר חפץ, בכלא משום שכדבריו רוצים לעשות בו שימוש נגד נתניהו. הוא העיד על תנאיי מאסר מחמירים ומשפילים, משמע שמפעילים עליו לחץ כדי שיתנהג כפי שמצפים ממנו שיתנהג. וכך הופך העורך הראשי לשעבר של מעריב לפושע פשוט המקבל שלמונים כדי לדבר טוב על אדם. ולא יעזור שגם מי שהתייחס להתמרמרותו בספק נוכח לדעת שאמת הדבר : השופטת שהוראתה על מאסרו התגלתה כפועלת במגמתיות פוליטית זדונית בתיאום עם הפרקליט, בכגון אמירה של : "אל תדאג, חבר, אספק לך את מה שחסר לך כדי להפיל את האיש". הייתם מצפים שהשופטת פוזננצקי-קץ ומר חפץ יתחלפו במקומותיהם? שהוא ישוחרר ושהיא לפחות תאבד את מקומה בלשכת הדיינים וייאסר עליה להתעסק במשפט? לא ולא. היא הועמדה לדין... משמעתי בלבד, כעין "נו נו נו" וגמרנו. "שופט שסרח אסור שישפוט!" נשמעה הזעקה מצד שרים בממשלה. אבל שוכחים כנראה מי באמת שולט במדינה הזאת!

גם יעלון מוסיף אש על המדורה ומתגאה בכך שהוא "מנע מנתניהו מלהשתלט על גל"ץ" ושהוא "לא נתן  לו".1

עכשיו אני רוצה לשאול. בטח שמעתם על האיש שנשא את השם פרנסואה מיטראן. אבל על ז'אן-פייר אלקבש ייתכן שלא שמעתם. בעת ההיא היה האיש האחרון מנהל החדשות של הערוץ השני (מתוך שלושה) של הטלוויזיה הצרפתית. וכשלמיטראן, הוא היה המזכיר הראשי של המפלגה הסוציאליסטית. הראשון לא היה מכבד את המזכיר וכל פעם שהוא הגיע להתראיין, ועוד יותר כשהלך וקרב מועד הבחירות לנשיא המדינה, נתמלאו פניו בארשת צחוק מאופק. כמובן שדבר זה לא החמיא למועמד שלנו ולא העלה את קרנו בעיני הקהל. ובכן, אלקבש עשוי להפוך את מיטראן לליצן לא רציני לקראת הבחירות, ואם מיטראן ייבחר אף על פי כן, העיתונאי ישים לו רגל על כל מהלך חברתי או מדיני שהוא ינסה ליזום וליישם. שמא יצטרך מיטראן לשלם לו הרבה כסף כדי שימתן את  העוינות כלפיו?

והנה : בתחילת שנת 1981 למניינם, אלקבש וחברו לעבודה, עיתונאי נוסף בשם אלן דוהמל (Jean-Pierre Elkabbach Alain Duhamel) מראיינים זה אחר זה את כל המועמדים לנשיאות המדינה בתוכנית "הקלפים על השולחן" . בהגיע תורו של מיטראן  להתראיין, המגישים מעמידים את המועמד במקומו. נאמר למועמד בשידור, כשנקטעים דבריו :  "מר מיטראן, אם אתה מסכים, אתה עונה ואנחנו שואלים את השאלות. כל אחד והעבודה שלו".2  מיטראן לא הרגיש בנוח עם הטלוויזיה, שהייתה אז המעוז של מפלגות דה-גול וז'יסקרד ותומכיהם. ולבסוף, כשמיטראן שרד את הסיבוב הראשון של הבחירות והגיע מועד ההתמודדות הטלוויזיונית מול ז'יסקרד, הוא סירב שאלקבש או דוהמל ינהלו את הדיון. הוא הציע רשימה של עיתונאי חוץ וכשהוא הראה את הרשימה ליריבו, זה ענה : "אני לוקח את שני העיתונאים הראשונים ע"פ סדר האלף-בית."

כעת נעשה הקבלה בין מה שקרה בצרפת כשמיטראן נבחר בפעם הראשונה להנהיג את צרפת ובין מה שקרה בישראל כשנתניהו נבחר בפעם הראשונה להנהיג את ישראל. ההבדל ה"דק" הוא שמיד בסגירת הקלפיות הופיעו פניו של מיטראן במדגם שקדם את מיון הקולות, כשלעומת זאת בישראל ניצלו עד פרק הזמן האחרון שנותר עד לתוצאות האמת כדי לשמוח לאיד בהצגת פני פרס כמנצח. העיתונאי שנכח באולפן בזמן שפניו של מיטראן הופיעו על המסך לידו, בערוץ השני, היה דווקא אלקבש. הוא הבין שכלתה עליו הרעה. ניחושו היה נכון : למחרת, הוא סולק מהנהגת הערוץ ואורו כבה. הוא הימר על הסוס הלא נכון ואיבד את מקומו. מה שאולי מעורר חיוך הוא שמועמד המפלגה הקומוניסטית בצרפת, בתורו להתראיין אף הוא כמועמד לנשיאות, הטיח בפניו של אלקבש ובפני חברו דברים קשים ואמיתיים  : "אתם בעד השינוי? אתם נגד השינוי! היות ויש לכם מקום עבודה מכובד ומסודר, ואתם גם מחזיקים בכמה משרות שמנות : טלוויזיה, רדיו..." 

הצרפתיים הצביעו בעד השינוי ולכן בחרו את מיטראן, והדבר הראשון אם לא היחיד שהשתנה היה המראה של התקשורות שהייתה עד כה לכלי מגמתי היותר. ניתן להניח שאלו אלקבש היה מתאושש וחש שאכן סר מר המוות, לא רק שמיטראן לא היה נבחר בשנית שבע שנים מאוחר יותר, אלא שהוא קרוב לוודאי היה נאלץ להתפטר אחרי כמה חודשים. אז מיטראן עשה סדר מייד לאחר היבחרותו. מספרים שבמקומות שעבודת הניקיון הייתה קשה יותר, שודרו ניגונים של מוזיקה קלאסית שקטה עם הכיתוב : "אנו מתנצלים מפני צופינו על אי-הנוחות הזמנית. בעוד כמה דקות יתחדשו תוכניותינו". ומה שראו אחרי כמה דקות, היו רק פנים חדשות, פני המהפך במלוא עוצמתו, חוץ מאולי איזה עיתונאי אחד חדש (פטריק פואבר דרבור), שזה עתה החליף את ליאון זיטרון המפורסם והנערץ. ותאמינו שמיטראן לא הוציא מכיסו ולא מהכיס של אף אחד אפילו גרוש אחד כדי שישבחו אותו ואת תוכניותיו וכוונותיו החברתיות-מדיניות בממלכה התקשורתית הכפופה ממילא למערכות הממלכתיות.

בישראל לעומת זאת הצביע העם בעד ה"מהפך" בתשנ"ו. העיתונאים דאז שחגגו תחילה, נאחזו בפחד בהלה וברעדה בחמש לפנות בוקר, עד שהעיזו לצעוק מרוב חרדתם "לא יכול להיות שנתניהו ניצח!"

כעת נחשוב שנייה. אם אלקבש הצרפתי נאלץ לעזוב את ארמונו התקשורתי ואת השלטון שהוא כפה דרך אימפריית התקשורת, אז לא היו צריכים העיתונאים כאן לפנות את כיסאותיהם מקל וחומר, לאחר שמעולם לא העיזו כת העיתונאים השלטת בצרפת להטיח במיטראן שהוא "גם רצח וגם ירש"? ועד עכשיו נתניהו משלם ביוקר ואנוס כשהוא מאמץ את תורתם האידיאולוגית של השמאל הקיצוני בהרבה מצבים.

ובאותה מידה, אנא מכם, אחיי, אל תדברו על התקשורת כמוסד משקר, מסלף עובדות, או על "תשקורת", בלשון נופל על לשון משעשע אם צחוק עצבני הוא צחוק של שמחה. התקשורת היא כלי, ואף כלי נשק, ניטראלי שקבוצה אידיאולוגית המייצגת את המיעוט של המיעוט בדעותיה ממשיכה להחזיק בו בניגוד לכל היגיון, כשרידים של מפלגות שחלפו מהעולם ; כי מעולם לא נעשתה עבודת ניקיון השורשית לאחר המהפך. "התקשורת משקרת" היא אמירה מחמיאה בשבילם. כי זה לכאורה נותן הצדקה להמשך השתלטותם באחד המרכיבים המשמעותיים ביותר של ריבונות המדינה. דייקו יותר ואמרו : "התקשורת לא משקרת, אלא : אתם שקרנים הפולשים על אחד הכלים של השלטון שהוא לא שלכם ולא של אבא שלכם".

השלטון הדמוקרטי צריך ידיים בריאות ולא תחת שליטה של ישות זרה הקובלת את זרועותיו.  

יהושע סולטן

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 07:40

להיפך ביום אחד פעמיים. הייתכן ?

האם אדם יכול להפוך את עצמו למה שאינו הוא ביום אחד וליום אחד ? הרי כולם יודעים שלא. לא ברמת ההרגלים ההתנהגותיים, וקל וחומר שלא במהות הנפשית רוחנית. כדי להשתנות באמת, או לעצב דמות ערכית אישית ולהטביע בה דפוסי חשיבה והתנהגות, וכן מנגנוני תגובה נאותים, משקיעים הן ברמת הכלל והן ברמת הפרט בצורה מעמיקה ומתמדת. העבודה היא לטווח הארוך, ואף לטווח הארוך מאוד. מחנכים את הילד משחר חייו בדרך ארץ ובתורה, וככל שהחכם יזדקן יותר, כך ייראה לנו הגיוני יותר לשאול לעצותיו ולפסקיו. זה נכון גם במערכות השלטוניות, כאשר מעצבים את האישיות האזרחית הצייתנית שתגובותיה צפויות מראש.

במישר זה נעבור בקצרה על כמה ענייני חברה ופוליטיקה. למשל, עד שהתקבלה בתודעה הציבורית דמותו של ה"חילוני", במובן של אדם פטור משמירת מצוות המשוכנע בכנות שהוא באמת פטור עד כדי ייתכנות להעיר מרוב טוב לבו ל"דתי" בנסיבות מסוימות שדבר כזה או אחר אסור לו : על מאכל או פעולה מטעמי כשרות ושבת. קביעת העבודה המחלקת את החברה בין "דתי" ל"חילוני", זהו דבר שלקח כמאתיים שנה, ומקור הגישה בהשכלה החכמולוגית-שכלתנית הכסילית אשר כוח השפעתה עד היום נובע מהעיקרון המדומה שהיהודי הוא הנושא באשמת האנטישמיות, ותרופת הדמה תבוא מתוך הקהילה היהודית : אם היהודי יימנע מהתגרויות בגויים הכל יהיה טוב. וזה לא רק דבר של פעם. עבודת זיהום המוחות חוזרת ונשנית מיום ליום בצורה חוזרת על עצמה. רק הנסיבות משתנות בהתאם למצבים. פעם זה "רק תעזבו את השבת", ופעם אחרת זה "רק תשכחו מהעקשנות לשיבה לציון", ועוד פעם זה "רק תעזבו את ה"שטחים", וכן הלאה.

עוד דוגמה : במעבר מפרעות בלית ברירה כגון תרפ"ט או תרצ"ו, דרך הפרעות מרצון מתשכ"ז ועוד יותר מתשנ"ד, עם ייבוא מנגנוני המחבלים עד לתוך הארץ ממש, ועד להישארותם עד עצם היום הזה, הוא עניין שהושג אחרי השקעה מתמשכת של זיהום מוחות הלוקח כעילה את טיהור השרץ בקוראו לו שלום. "אתה נגד השלום?" זוכרים? ואז מגמגמים "לא, אני רוצה שלום כמובן, אבל..."

נראה בקצרה עוד "נהפוך הוא", והוא המעתק גישתי-מדיני. תחילה התחלק המיפוי הפוליטי לשני מחנות רעיוניים. לפני שהכול זז עוד יותר שמאלה, המחנה האחד רצה לדאוג ליהודים ולערבים בשווה, כשלעומתו השני קם כדי להגן על הזכות הבלעדית של עם ישראל על ארץ ישראל ובתוך זה קבעו כי לא ייתכן שיהיו נתחים רחבים בא"י ששם ישראל לא ייקרא עליהם. והנה, כיום, המחנה הראשון דואג רק לערבים ודומיהם והמחנה השני דואג לערבים וליהודים בשווה, עד שהעומד בראשו מתפאר בשילוב ערבים במערכות הרפואה והחינוך כשאין פוצה ואין מרים גבה גם כשרופאים יהודיים העולים מצרפת לא מוציאים מקומות עבודה כי הם שמורים לאחרים. ובמקביל החלה עוד עבודה לטווח ארוך : להכפיש את שמם הטוב ותדמיתם הטובה של העולים במהלכים הסברתיים טלוויזיוניים, עם סדרה המציגה אותם כפרימיטיביים שאין להם מה לחפש כאן.

אז בשלושה דברים של "נהפוך הוא" לקח אם לא מאות אז עשרות שנים של עבודה מאומצת ומתמדת. אם כן כיצד בתוך החברה שלנו מצפים שדברים התלויים בהסתגלות הנפש ועיצוב האופי ואורח החיים יתהפכו בן רגע ישר והפוך ? פעם אחת כדי להיכנס למצב של "ונהפוך הוא" בערב פורים ופעם שנייה כדי לצאת ממנו ולחזור לשגרה? אפשר להסתפק אם ניתן לסמוך על הנס של פורים ולצרף לחבילת הניסים את שני הנושאים המרכזיים והבולטים האמורים להפוך פעמיים את הקערה על פיה, והם  : השתייה וההומור.

ואז שוב עולה השאלה : האם אדם שלא שותה משקאות חריפים כולל יין כל השנה, למה הוא בדיוק יהפוך כאשר הוא פתאום לא יקפיד על המופיע בתוויות הבקבוקים : "אזהרה : צריכה מופרזת של אלכוהול מסכנת חיים ומזיקה לבריאות"? משום שאם האזהרה מופנית גם למי שהורגל לשתות כל השנה וראוי לו שיזהר, אז על אחת כמה וכמה שמי שגופו ומערכת העיכול שלו לא הורגלה לכך צריך לשמור את נפשו. בצרפת השתיינית, אימצו כל מיני פתגמים יצירתיים כמו " האם ראיתי את עצמך לאחר ששתית?" או "כוס אחת מילא, אבל שלוש! שלום לנזקים!" וגם מי שבן ארבעים שנה ושתה בהתמדה כל שנה רק בפורים, ההפסק של שנה בין כל שתי סבבים שובר את הרצף, ושלושים ימי השכרות שהוא חי מאז אינם מצטרפים יחד.

ישנה גם רתיעה של דעות קדומות אשר הוטמעו עמוק בתודעה משחר הילדות. התת מודע משדר לנו בשל הספרות שצרכנו עד אשר יצאה מאפינו, כי מי ששותה כל השנה הוא מין פרא אדם אוקראיני או פולני בדרך כלל בשם איוון או בוגדן בדרך כלל. הטראומה כל כך עמוקה שאפילו בשבת מקדשים על מיץ ענבים, מה שלא כל כך בריא בשל כמות הסוכר הנבלעת בבת אחת כמלוא לוגמיו.

שתייה במהלך כל השנה היא עניין של תרבות. מי שמכבד את עצמו לא משתכר כמו איוון האיום ולא כבוגדן המופיעים כדמות מחויבת המציאות בסיפורי הצדיקים. האדם התרבותי או המתורבת גם שותה במתינות וגם לא בולע כל שׁכר-זבל של תערובת מיץ וסוכר שהושמה במחסן ארבעים יום בג'ריקן פלסטיק שבמקרה הטוב לא היה בו נפט קודם. יש אמנם באזור שלנו יקבים שזכו להכרה בינלאומית ע"י מבינים דבר וגם ניצחו את יינות צרפת האגדתיים. אמת שחכמי היין בארצנו למדו את המקצוע מהגויים אבל נהפוך הוא : בתקופת הגלות המרה נפל החן בין הגויים, אבל הם עתידים להשיב לנו את החן. צרפת שמרה על החן של המשקה שנתייחדה לו ברכה רק בשבילו. וכשהחגיגה נגמרת, אותה האומה כבר משיבה לנו אותו.

מקובלני ממנהגינו שבפורים שותים רק במשתה המתקיים ביום ולא בלילה, ורק אחרי מנחה גדולה. כי כשם שלא יעלה על הדעת שגבר יתחפש לאשה בפורים כי יש גבול ל"ונהפוך הוא", כך הדין בתפילה שלא תאמר ע"י שתויי יין (או וודקה או אחר).   

כעת נעבור כנ"ל לחוש ההומור. באותה מידה, נשאל : איך ייתכן שאנשים המטפחים עקרונית רצינות יתר ולעתים (רחוקות או קרובות?) גם פרצוף חמוץ תמידי, יהפכו פתאום לאנשים מצחיקים, ועוד כאשר אותו הצחוק יוכה בן רגע כקיקיון יונה? האמת היא שכנראה חשבו על זה, מפני שבמערכות החינוך, שהוא עניין של טווח ארוך כזכור, כמה ימים לפני פורים כבר מרבים בתחפושות, בפספוסים, ברבני ו\או רבניות פורים, בפרצופים או צביעת פנים, חיקויים והתנהגויות משונות. אבל האם ריבוי הימים הזה יגרום ל"ונהפוך הוא" יסודי ? לא בטוח. כי חוש הומור טעון כושר ביקורת בכלל וכושר ביקורת עצמית בפרט, אפשרות להסתכלות רחבה ומדויקת כאחד, גילוי וחשיפת החוליה הלא רצינית האוחזת את עינינו בניסיון לשתק בנו את כושר הביקורת הנ"ל. והכול, כשמדובר בהומור המכבד את עצמו, בעדינות וזהירות מפגוע באישיות כל אדם, שגם היא תוצאה מהשקעה ארוכה לכל אדם.

והאמנות היודעת לצחוק ולהצחיק בשמירה על הגבול המסוכן של הליצנות, במקום שכל ההבדל עומד על הבחנה הדקה בין ההערכה לזלזול עמוק. וייתכן שגם עניין ההומור היהודי ידלה בחזרה את החן מהמדינה הנ"ל שהולכת וצוחקת פחות מיום ליום. היכולת לדון בדברים במעלה השנייה מאבדת מכוחה כשקומיקאי הדור בחו"ל נפלו בפוגענוּת במעלת האפס. וכשלהומור האמריקני, נראה שערך זה לא מצוי שם כי הוא ילדותי מדיי (מריחת עוגת גבינה על הפנים של אדם רציני מפושט מדיי בשבילנו). היוצא מן הכלל יוכיח. צ'רלי צ'פלין לא התאים למנטאליות הנטולה כל חוש הומור של אמריקה והוא נאלץ לגלות מארצו.

עלינו לשאוף בחזרה את הכוחות שנטמעו בין הקליפות, אז נתעלה הן בשתייה והן בחוש ההומור הכל כך מאפיין אותנו מלכתחילה, כפי שתמיד התייחסו ל"הומור היהודי", שהוגדר כ"סוגיה רצינית". אמנם נותר דבר מה תמוה. אם ההומור הוא כל כך יהודי, איך זה שמצביעים עליו במונח לועזי? הגם שיש מונחים במקורותינו, כמילתא דבדיחותא, אפשר לראות במונח "הומור" שורש עברי שמשמעותו מאוד קרובה ל"נהפוך הוא". ובכן חוש ההומור הוא החוש להמיר : להמיר את הכבד לקל, את המאיים לקליפת השום ואת ההר הגבוה לחוט השערה, והמרת כל המכשולים והמחסומים המגמדים את האדם והמקררים כעמלק את תנועתיותו הטבעית המקרבת אותו דרך השמחה אל בוראו. כי ידוע הוא שאין דבר יותר חזק מול האויב מלהפוך את רציניותו המדומה לרמתו הפחותה והמגוחכת האמיתית. לא לחינם אמרו שמותר להתבדח מעבודה זרה, אף על פי שמול זה לכאורה אין לנו חשק לצחוק. ולאחרונה, כמו בעבודה זרה כמו בכל דבר זר המבקש לגרום להיסח הדעת ולהחלשת חיותנו, הצחוק שנעשה במדינה הנאורה לשעבר, קריא צרפת, בקומיקאים שעשו צחוק מהיהודים, עורר בם בלבול וזעם שהוכיחו שקלענו. אכן, קומיקאים בעיני עצמם, לאחר שתמורת זלזולם  ביהודיים היו ללעג, ניסו להעמיד פנים כאילו "היהודים מומחים בעשיית צחוק מעצמם", אבל זה לא עזר להם, וכשם שהם החילו לנפול לפנינו, לא יוכלו לנו.

ואם הילד שלכם יפנה אליכם בנימת ייאוש שהוא מרגיש שהוא כבר לא אוהב ללכת לבית הספר ; ואם תאמרו לו : "אבל דווקא ירד לחץ הבחינות, ועברת את זה יפה?!" ואם הוא יענה אז : "כן, אבל זה כבר כמה ימים שעושים שמח ואני לא צוחק", עליכם להבהיר לו : "בסדר, אל תבכה בגלל זה. אל תדאג. אתה נורמאלי לחלוטין. אין לך בעיה ח"ו  של דיכאון או חוסר שמחת חיים. אתה לא צוחק כי הם פשוט לא מצחיקים. ההיפך. הם מצחיקים כי הם חושבים שהם מצחיקים. כי למי שאין חוש הומור כל השנה לא ימיר את גישתו למעוררת חשק לצחוק. וכשם שבשתייה של יום אחד זה לא הולך, כן הוא בהומור של יום אחד".

מישהו נעלב? סתםםםסתם !!! זה היה בצחוק !!! פורים שמח !

 

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:49

Contamination

Nous avons parlé plus haut de l'assujettissement du pouvoir politique, élu par la majorité, à un groupuscule qui le fait marcher droit en tenant d'une main le bâton médiatique et de l'autre le barreau judiciaire. Les élus de droite ont parfois hérité d'un meuble préfabriqué auquel il ne manquait que le dernier coup de marteau. Renverser la vapeur est bien plus ardu, et ne permet pas toujours d'empêcher les catastrophes de se produire. Netanyahou a commencé par introduire les terroristes de l'Olp à Hébron, ce que Pérès n'avait pas eu le temps de faire, malgré la répétition frénétique du repli de Tsahal de terrains qui n'allaient pas tarder à se transformer en ateliers de préparation et logistique du phénomène apocalyptique des attentats suicides. Ce n'est que plus tard, en mars 2002, que l'opération Homat Maguen réinvestit la place et ferme les ateliers de la mort. Mais à ce jour, les organisations terroristes n'ont pas été délogées

On avait voté pour les territoires contre la paix avec la garantie qui voulait que si la marchandise n'était pas fournie, on reprendrait les territoires, et le monde entier comprendrait alors la nécessité du traitement à la racine de ce faux ami qui n'avait que feint de faire la paix. Cette option reste d'autant moins évidente qu'aucun des instigateurs de l'introduction de la machine de mort instaurée dans le cadre des accords d'Oslo n'a jamais été inquiété. Aucune commission d'enquête n'a vu le jour pour cette connivence avec l'ennemi.

A présent, nous allons nous pencher sur de grandes opinions qui restent dans le domaine de l'idée exprimée, dans la mesure où elles ne doivent pas être traduites sur le terrain de l'action. Il s'agit de personnes qui peuvent être critiquées comme ayant la voix de Jacob et les mains d'Esaü, comme revendiquant intelligiblement la légitimité de la présence juive en terre d'Israël d'une part, et envoyant des bulldozers effacer un mochav d'autre part. Certes, sous un certain angle, habiter dans une localité juive de Judée-Samarie ne vaut pas moins que l'appel de la gauche à s'allonger sous les roues des véhicules qui devaient selon elle accompagner les Arabes jusqu'à la frontière pour les expulser du pays.

Sur son blog, l'auteure israélienne Ruth Kotlorov explique que vivre dans les territoires libérés à la guerre des Six jours signifie que l'on est constamment couchés sous les roues des cars envoyés D. préserve pour se charger de l'expulsion des Juifs. L'ex député Ya'acov Katz disait depuis la tribune de la Knesset que sans les centaines de milliers de Juifs installés en Judée-Samarie, les politiques auraient depuis longtemps cédé la totalité du terrain aux mains de l'ennemi.

Cependant, on peut être sidéré de constater que certains observateurs proches de nos cercles, journalistes ou non, se mettent à leur tour à ressentir de l'empathie pour le terreau arabo-musulman de la haine qui colonise la terre d'Israël et en interdit des zones entières aux Juifs tout en les mettant en danger là où il leur est permis de se trouver.

Ils ne manquent pas d'imagination, et si les idées ne sont pas nouvelles sur le fond, elles semblent l'être en tout cas sur la forme. Ainsi, les «deux pays pour deux peuples», idée ayant infesté les cerveaux jusque dans les cours d'histoire-géo des lycées laïcs de France au début des années 80, s'est retrouvée récemment sous deux nouvelles variations : «La terre n'appartient ni aux Juifs ni aux Arabes, ce sont les Juifs et les Arabes qui lui appartiennent» ; et : «les Arabes qui occupent la terre d'Israël méritent notre admiration car ils aiment notre terre au moins autant que nous». On peut ajouter au passage que le monde arabe les adore d'une mesure inversement proportionnelle à leur détestation d'Israël. Ces deux formules ne sont pas citées mot à mot. Je ne les ai pas sous les yeux. Il est vrai que toute ressemblance avec des penseurs qui existent ou ayant existé ne serait absolument pas fortuite. Mais c'est volontairement que je n'en cite pas les auteurs, car ce qui est intéressant, c'est le phénomène.  Et puis, citer à rebrousse-poil de leur gloire des gens qui peuvent par ailleurs être des amis de longue date pourrait avoir un côté vexant, s'assimiler à une trahison, voire à une attaque groupée. Ce n'est pas pour rien que lorsque je rencontre des amis qui tournent entre divers plateaux et tribunes, nos discussions n'incluent pas de débats d'idées, ce serait non seulement inutile, mais fatiguant, et tel personnage médiatique a déjà coupé court au dialogue par un «mais tu sais bien qu'en réalité, je pense exactement comme toi». Toujours est-il que les variations sur le thème – tout ce qui est d'un même temps se ressemble – des «deux Etats pour deux peuples» permet de garder son collier à l'instar du second antagoniste dans le loup et le chien, ou de se faire repérer sur un média de moindre importance qui servira de tremplin pour passer sur une chaîne contraignante à grande écoute.

C'est pourquoi il suffira de se contenter de l'observation du phénomène uniquement. Un autre symptôme des éditoriaux met en avant les bienfaits de la «modération», de la volonté de poursuivre ou reprendre les pourparlers avec les organisations terroristes, ne fût-ce que pour montrer au monde entier que ce n'est pas nous qui refusons la paix. Quand on pense que Weizman prenait des «risques courageux» en rencontrant «en secret» les génocidaires de l'Olp.

Pour ceux qui travaillent pour des organes de presse, il relève donc de l'évidence que leur motivation est liée à leur gagne-pain ou leur besoin d'audimat. Il est indéniable aujourd'hui que la presse riche doit plaire à toutes sortes de courants peu recommandables, politiques ou islamistes, et qu'elle ne survit que par de grasses subventions. En France, pour les plus entretenus, l'aide avoisine les sept millions d'euros par an.

Il arrive même que nos complaisants innovent, et poussent encore plus loin les limites de l'acceptable. La «comique» belge présentée sur France 2 comme une «femme qui ose tout», comme si c'était une qualité suprême, a été trouvée drôle par nos journalistes ou aspirants. Trois pages FB au moins ont trouvé la comique pas antisémite, sans être très claires quant à la blague, et sans nous dire si plaisanter sur des comparaisons entre Juifs et chaussures, était ou non antisémite. Si elle avait plaisanté sur la lâcheté d'une résistance non-chauffante qui a bouilli en 45 selon une courbe inversement proportionnelle à la diminution des Juifs assassinés, on aurait peut-être pu y déceler de l'autodérision goïe. Eh oui, cette tentative facebookienne de complaisance était prématurée. La blague ayant largement déplu, l'apprécier ne leur a pas (encore) permis d'être en retour appréciés pour leur grande tolérance et leur exemplaire ouverture d'esprit.

Il reste toutefois moins aisé de comprendre ce qui peut motiver les prises de position précitées sur la terre d'Israël, d'autant plus lorsqu'elles touchent des Juifs religieux, qui s'alignent alors publiquement sur le reniement du don de la terre d'Israël à Abraham et sa postérité par le Saint béni soit-Il, cette postérité se retrouvant nommément en Isaac, et qui ne s'élargissant horizontalement qu'à la génération des fils de Jacob.

On dirait que les esprits s'érodent, qu'ils sont fatigués de résister, et surtout qu'ils en ont assez d'être dans le meilleur des cas montrés du doigt par les accapareurs d'ondes pour qui la tolérance de l'intolérable est placée au sommet de leur échelle de valeurs : le pays est pour ces derniers binational. La langue arabe est introduite partout. Avant, seuls des panneaux routiers indiquant mettons Ramallah portaient une mention en arabe, comme pour dire : «Attention! Vous vous dirigez vers une zone à risques, l'une des plus antisémites de la terre!»

Aujourd'hui, il ne reste pas un seul panneau qui soit uniquement en hébreu (bon, d'accord, et en anglais pour les visiteurs amicaux). Tel voyageur me disait récemment s'être senti mal à l'aise en arrivant à Ben-Gourion, qu'il avait ressenti un arrière goût, comme s'il avait atterri à l'Aouina. La loi toujours amendée à sens unique vous interdit de rechercher des prestataires de services en mentionnant que vous désirez du «travail hébreu». L'étiquette «raciste» s'est élargie. Et pourtant, les graveurs de lois imposent sans que la contradiction ne les dérange qu'un garde armé au moins soit présent sur chaque chantier employant une main d'œuvre hostile. Et ce travail s'instille profondément dans notre être et nos réflexes.

L'autre jour, convoqué par le fisc, j'avouais humblement : «M. l'inspecteur, j'ai employé des Ramalliens au noir.» En fait, c'est un entrepreneur comme vous et moi qui a en sous-traitance apporté des Ramalliens. Quand je me suis rendu sur mon chantier et lui ai dit : «Qui c'est celui-là, qu'est-ce qu'il fait ici?» Il m'a dit : «T'occupe pas. C'est moi qui gère.» «Et pour les reçus, factures, etc.?» «Mais t'occupe pas, j'te dis!» Par contre, pour tous les prestataires israéliens (juifs donc en fait),  j'ai remis à l'inspecteur tous les contrats et reçus en bonne et due forme. Quand j'ai parlé des Ramalliens, il a froncé les sourcils. Non pas pour exiger la transparence, mais parce que le sujet lui pesait. «M. l'inspecteur, qu'est-ce que je fais pour les Ramalliens? Je n'ai aucun reçu ni papier.» «Hum… ça va, le dossier est complet.» «Mais, M. l'inspecteur, vous pensez bien que le total des sommes déclarées ne peut équivaloir au coût d'un chantier pareil?» Rien à faire. Il a fermé le classeur et fait le gros dos jusqu'à ce que je reparte –libre – de son bureau. Il y a à Ramallah des entrepreneurs et prestataires du bâtiment qui roulent sur l'or totalement au noir.

Ah, j'oubliais, pour ceux qui trouvent que les Arabes sont moins chers! Quand vous ne travaillez pas au noir, vus les risques encourus, vous devez entre autres frais contracter des assurances pour vos ouvriers. En attendant, avec cette concurrence déloyale qui ne dérange aucun tribunal ou instance, Ramallah bâtit les quartiers juifs des alentours, mais attention, ils restent venimeux. N'essayez pas de caresser un scorpion que vous nourrissez. Et si vous êtes idéalistes, et que vous parveniez envers et contre tous à embaucher une équipe israélienne, faites-le discrètement parce que vous pourriez être poursuivi pour racisme. Mais surtout, n'omettez pas de déclarer jusqu'au dernier centime.

La paix avec les loups

Ah, la paix avec nos pires ennemis! Un vieux rêve! Qu'il est bon de se laisser bercer par ce vieux rêve! On en ressent un avant-goût des temps messianiques. «J'ai fait une réunion sur la paix entre Juifs et Arabes, s'aime-t-on à bêler. Et ils ne m'ont même pas mordu.» En effet, il arrive qu'ils n'aient pas faim. Il ne faut pas chercher loin. Des parents proches ont été faire un tour à la Goulette, le mois dernier. Inutile de préciser que du multiculturalisme séculaire, il ne reste depuis longtemps qu'un culturalisme à sens unique. Devinez lequel. «Eh bien, ce n'est pas si terrible que ça, s'extasie-t-on sur place. Pour un peu, je les trouverais même gentils». Il fallait le dire très vite. Le lendemain, il y a eu des émeutes.

Il est évident que, surtout chez les Juifs, on affectionne particulièrement la paix. Mais, comme disait Guéoula Cohen lorsqu'elle était parlementaire du parti Résurrection (Ha-Te'hiya) : «Ah, comme on aime la paix! On aimerait se lever un matin avec l'agréable constat que les Arabes ont quitté la terre d'Israël. Plus de dangers, plus de menaces! Hélas…» Alors, que faire, quand on voit que non seulement le rêve de Guéoula Cohen tarde à se réaliser et qu'ils prennent de plus en plus de force (accords d'Oslo, destructions de maisons juives etc.)? Alors, on se dit que la paix existe tout de même. Soit on reprend le vieux leitmotiv de la gauche (Globalement, ils nous adorent, et les «autres », les terroristes, sont les ennemis de la paix) ; soit on met en avant l'arbre fertile isolé qui cache la forêt inculte : on focalise notre microscope sur la bonne Zouavi, sur ce cheikh voisin du Goush Etzion qui participe à la manifestation judéo-arabe pour la cohabitation paisible, sur cette famille Jaber de Hébron menacée par ses congénères le lendemain d'une rencontre avec un député israélien.

Si la paix ne peut être atteinte par le «vivre ensemble» («dou-kioum», double existence en hébreu), alors on la vivra dans notre imagination, en nageant en pleine science-fiction.

On ressent ainsi une profonde jouissance de béatitude. Si on les aime, ils nous aimeront en retour, non? Comment ça, non? En fait, ils nous aiment déjà. Comment ça, encore moins? Les euphorisants procurant une sensation de bonheur béat et bêlant, de jouissance inégalable face au Dou-Kioum, de la bonne entente avec les loups végétariens, sont disponibles en piqures ou en cachets. A consommer avec modération. Une dose trop forte pourrait vous pousser à faire une crise, et à vous promener avec une kippa au centre-ville de Ramallah.  

Yéochoua Sultan ©

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:43

J'accuse la gauche et ses vassaux de la banalisation de l'antisémitisme

I Les médias sont le premier pouvoir car ils ramollissent, nivèlent et formatent les opinions pour les réduire à l'«Opinion»  

Il n'y a plus de droite. Ça, on le savait déjà, de Begin à Netanyahou, en passant par Sharon. L'arnaque d'accords de «territoires contre la paix» en général et en particulier avec l'Egypte, le retour à une vieille tradition où l'expulsion des Juifs s'inscrit dans la norme, de Yamit et Ofira à Amona, en passant par Goush Katif, s'admet comme une bonne affaire. L'arnaque égyptienne, donc, trahie par les visages des antagonistes, pour qui a bien voulu le voir. Les photos sur la pelouse de la maison blanche avec Sadat et Carter hilares tandis que Begin a l'air de se demander : «Je me demande si je ne me suis pas fait avoir quelque part…» Quand Carter, plus de trois décennies plus tard, vilipende Israël, fait son pèlerinage à Gaza vidée de ses Juifs, ce n'est pas un retournement. Cela vient au contraire confirmer ses véritables intentions dans cette arnaque.

L'arnaque égyptienne, encore, révélée par la tuerie de Ras Bourka, dans le Sinaï, où furent assassinés et fusillés les passagers d'un car israélien en 85, dont la présentatrice enfant vedette de la télévision, Ofri Toural ; par l'intention de Moubarak d'entrer en guerre contre Israël en s'associant à Sadam Hussein dans les circonstances de la première guerre du Golfe (soit dit en passant, le traumatisme égyptien dans les consciences a été révélé par le lapsus répété de la présentatrice radio qui disait à chaque fois Sadat au lieu de Sadam, sans même s'en rendre compte pour se reprendre) ; par les obus de chars que l'on entend constamment depuis des années dans toutes les localités israéliennes qui longent la frontière entre le Néguev et le Sinaï, au point que les gens se réveillent en sursaut en plein milieu de la nuit, à Yévoul ou à Haloutsa, se demandant si le dernier obus n'a pas explosé dans leur cour.

La position officielle est incapable de reconnaître cette réalité, et les autorités israéliennes ont voulu, comme si de rien n'était, fêter les quarante ans de «mariage», alors que la mariée était absente. Elle avait pris la poudre d'escampette depuis belle lurette, et seul le mari dupé était de la fête. L'impératrice Sissi, connue pourtant pour sa grande modération après l'éviction des Cousins musulmans, a fait clairement savoir qu'elle ne viendrait pas. J'avais un jour participé à des fiançailles où l'élu avait été empêché. La soirée avait été maintenue car tout avait été préparé, et le fiancé était de tout cœur avec la fête. Finalement, comme on l'avait craint, le mariage n'a pas eu lieu.

La gauche ou la droite en Israël, n'est pas un système de notions à prendre dans le sens des Girondins ou des Montagnards, royalistes ou révolutionnaires qui se trouvaient à la droite et à la gauche du président, mais dans le sens où la gauche cède du terrain aux ennemis tandis que la droite revendique le droit du peuple juif à la souveraineté au centre de sa patrie. Telle fut donc la tournure du différend qui allait opposer une gauche hallucinée prônant le principe extravagant des territoires contre la paix et une droite pour qui la paix devait se faire sinon par l'éloignement géographique de l'ennemi, du moins par sa dissuasion.

Aujourd'hui, et paradoxalement après que la machine de la gauche s'est révélée comme totalement inadaptée à la réalité, c'est en dépit du bon sens ce camp qui a gagné. La gauche a cependant mis légèrement en veilleuse son flagrant mensonge, et a remplacé dans son discours son «processus de paix» par un «processus politique». La paix était l'appât, et l'appâté a été ferré. Il accepte la tête basse l'idée qu'il n'a pas de droits, complexe d'infériorité qui lui suggère de se contenter d'être encore vivant et de pouvoir exister dans les limites dans lesquelles on lui permet d'évoluer.

Le Rav Cahana disait que ce loup dans la bergerie allait exiger un tribut de sang juif de plus en plus lourd. Yossi Sarid disait que les Arabes, comme les Juifs, en avaient assez de la guerre, «Il veut vivre en paix près de toi», répétait-il sur un ton péremptoire et sentencieux. L'observateur roulé et dont l'esprit d'analyse a été plus ou moins malicieusement isolé du contexte de l'histoire multimillénaire du peuple juif et de son Alliance, s'est laissé berné comme si l'issue de ce débat se serait limité à une question purement sécuritaire. L'ordre des valeurs a été inversé, notre présence légitime et retrouvée sur notre terre qui devait, par le renforcement de la présence juive paisible et la diminution des nids à terroristes, garantir notre sécurité comme conséquence de notre retour, devenait aléatoire, incertaine, et justifiée seulement si l'ennemi se maintiendrait dans sa haine et sa recherche constante de guerre et de destruction. Pour Sarid, Aloni, Ran et d'autres encore, si l'envahisseur déposait les armes, le Juif pouvait renoncer à l'aboutissement de ses espérances, pour reprendre l'expression chantante si chère à la gauche : «Il est bien fini, le rêve du grand Israël!!!» Il pouvait reprendre le chemin de l'exil.

L'observateur neutre ou plutôt neutralisé, était dans l'expectative, se demandant à qui, de Cahana et de Sarid, la suite des événements donnerait raison. Pour Sarid, la nébuleuse d'où sortaient les assassins antijuifs était un lieu globalement paisible, et les terroristes l'exception confirmant la règle. Rabin avait repris cette astuce quand la situation était devenue pourtant déjà beaucoup plus claire. Alors que les Juifs étaient tués par dizaines puis par centaines, dans les transports et les terrasses de cafés, qu'Arafat avait obtenu l'absolution de ses péchés, les auteurs d'attentats suicides étaient d'autonomes fanatiques équipés de bombes perfectionnées qui s'étaient faits tout seuls et qui cherchaient à torpiller la paix.

Sarid avait un argument redoutable et agressif qui n'avait pas d'équivalent dans le discours de fond de Cahana. Nous avons déjà évoqué largement le principe des étiquettes : le «raciste» de Sarid puis l'«opposé à la paix» de Rabin étaient des sobriquets dont pour rien au monde on aurait voulu se faire enduire, ce goudron et ces plumes étant indélébiles et ineffaçables. C'est ce même racisme testé en Israël qui a fait boule de neige et fait aujourd'hui que l'Europe subit aujourd'hui une mutation profonde. On notera honnêtement sans trembler de peur que le discours de la droite débattait sur le fond de l'argumentaire pur, sans s'aider d'injures, ou de dénigrement. La droite ne collait aucune étiquette sur la gauche.

Alors, comment se fait-il qu'après l'éclatement de la vérité au grand jour, la gauche n'ait pas été discréditée au point de disparaître de l'arène politique? Il y a deux semaines, les autorités ont mis en garde la population : «Préparez-vous à la tempête ravageuse qui s'annonce! Evitez de sortir de chez vous si vous le pouvez. Munissez-vous de chauffages et de moyens de cuisson qui ne sont pas électriques en prévision de la panne de courant…» Pour finir, il a plu. Inutile de parler du malaise et de la honte des prévisionnistes : il n'y en a pas eu.

Les raisons du maintien de la gauche au pouvoir sont peu nombreuses, mais puissamment ancrées dans les rouages du pouvoir. Quand un escroc vend une villa sur la côte d'azur à un client motivé par son offre alléchante, et qu'il s'avère dans le meilleur des cas qu'il y a en tout et pour tout une vieille bâtisse et dans le pire un immeuble ou un terrain sur lequel l'escroc n'avait aucun droit, l'escroc a pris l'argent et ne le rendra pas. S'il est faible, il se volatilisera, sinon, il sera soutenu par le pouvoir, et on reprochera à la victime de médire de l'escroc.

On a vendu trois fois le même produit avarié aux citoyens israéliens. Ils l'ont payé de leurs acquis territoriaux : le Sinaï, les alentours de Jérusalem, la bande de Gaza. La première fois, ils ont obtenu une sorte de paix ou de guerre froide, la deuxième des milliers de morts et d'handicapés à vie, et la troisième trois guerres à ce jour et des tunnels. Dans le premier cas, ils ont été abusés, dupés, et les prises de position anti-israéliennes de Carter aujourd'hui, comme susdit, ne sont pas un revirement mais la révélation de sa véritable personnalité.

Les deux autres ventes de ce produit défectueux ont été imposées par des méthodes dictatoriales, et par le déni de la démocratie, soutenu par la Cour Suprême, non élue par le peuple (le peuple peut très bien théoriquement élire des juges) et dont l'agenda idéologique n'a de secrets pour personne. Si un Juif est attaqué par un Arabe sur un contentieux foncier, il n'a pratiquement aucune chance de s'en sortir gagnant. Jamais cette Cour n'a rétorqué à des dirigeants ayant retourné leur veste, élus dans le but de défendre les intérêts du peuple juif avant de les attaquer, qu'ils s'étaient fait élire sur la base d'une charte donnée, et qu'ils devaient – puisqu'ils s'étaient métamorphosés – démissionner et se représenter devant leurs électeurs en leur disant qu'ils avaient changé d'avis et qu'ils seraient désormais pour que Gaza devienne arabo-musulmane et que les Juifs en soient bannis. Quant à la gauche, même élue par miroitement d'une paix qui ne s'obtiendrait qu'en se montrant conciliants devant les organisations aux aspirations génocidaires, elle a usé de pots de vins, avec deux transfuges du parti de droite laïc Tsomet de Raphaël Eithan et d'un membre hésitant de leur parti, qui ne voulait pas aller jusqu'à approuver l'introduction du criminel Arafat et de ses infrastructures à deux minutes de Jérusalem et à vingt de Tel-Aviv, mais qui s'était laissé acheter par la Mitsubishi généreusement offerte pour l'aider à se décider. Comble d'ironie, son nom était Goldfarb, la couleur de l'or.

Une autre raison du maintien au pouvoir de la gauche, c'est le soutien financier qu'elle obtient de l'étranger. Il a été clairement établi que toutes les organisations dites des droits de l'homme et défavorisant systématiquement les Juifs sont grassement entretenues par des fonds étrangers. La destruction du chantier Dreinof qui devait permettre à plusieurs dizaines de familles juives de se loger a été initiée par l'association Yesh Din, et tous les frais de procédure couverts par des fonds hostiles.

Bien entendu, on ne peut pas ne pas évoquer la mainmise d'un groupuscule ayant parasité l'empire médiatique. L'autre jour, dans le bus (je ne les écoute a priori plus depuis bien longtemps, et surtout depuis qu'on peut tout savoir par Internet), j'entends un accapareur chronique de micro se lamenter en répétant inlassablement : «Cahana avait raison». Avant même de me concentrer sur ce qu'il disait, j'avais d'ores et déjà compris qu'il ne voulait pas faire son mea culpa pour le travail de sape et de «rétsah ofi», assassinat du caractère, mot à mot, que lui et ses complices avaient orchestré pendant des années jusqu'à son élimination physique presque passée sous silence  et jusqu'à la recrudescence des attaques antisémites contre toute logique au beau milieu du pays d'Israël. Non, ce monsieur se lamentait que des gens aient collé des autocollants sur lesquels il était écrit : «Cahana avait raison». Bien entendu, le système radiophonique est suffisamment inaccessible et fermé pour vous empêcher de lancer au chroniqueur : «Monsieur le détenteur de micro, si vous pensez que Cahana n'avait pas raison, et à condition bien sûr que vous ne soyez pas né de la dernière pluie, c'est que la vie des Juifs ne pèse pas lourd pour vous.»

 La première préoccupation de toute la clique qui s'accapare les ondes, lorsqu'un Juif innocent est lâchement assassiné, c'est d'innocenter le milieu qui a produit son assassin. Les actes antisémites sont déguisés en actions nationalistes, compris et excusés. Et les mêmes censeurs donneurs de leçons offusqués par l'idée de la punition collective contre des colonies islamiques qu'il serait injuste d'effacer lorsqu'elles produisent des enfants égorgeurs de familles juives qui se reposent chez elles dans la douce quiétude du shabbat, réclament la fermeture d'écoles talmudiques qui se permettent de revendiquer un peu trop clairement les droits du peuple juif sur son sol. Et puisque le rabbin Cahana avait tort, son école, Hara'ayon Hayéhoudi reprise par son fils, a été fermée sur l'ordre du Chabak, au début du siècle. On peut évoquer également dans ce contexte les poursuites et descentes de police à la yéchiva d'Itshar, en Samarie. Et pourtant, personne chez les Juifs n'a égorgé qui que ce soit.

Les populations arabes sont globalement présumées innocentes, et, au lieu qu'il soit exigé d'elles qu'elles condamnent sans réserves les pires crimes antisémites perpétrés par leurs frères, les accapareurs d'ondes présentent à leurs interviewés leurs plus plates excuses pour bien leur laisser entendre qu'ils n'ont jamais eu l'intention de les accuser de crimes qu'elles n'ont pas commis, et qu'ils regrettent que des Israéliens pourraient ressentir une rancœur injustifiée envers elles.

Parfois aussi, on invite sur les plateaux de télévision les exceptions qui confirment une règle que l'on veut taire. Prenons le syndrome Zouabi. Forte des droits octroyés à ses minorités par le débonnaire Etat juif, la députée qui porte ce nom, fidèle à la politique ingrate du salami ou du couteau dans le dos, profite de sa position pour exprimer sa haine d'Israël et encourager ses électeurs à désinhiber leur antisémitisme somme toute légitime. Par contre, on aime bien mettre en avant sa sœur, qui ne parle que pour elle-même, et qui exprime quant à elle toute sa reconnaissance envers Israël. Le hic, c'est que la Zouabi gentille n'est pas représentative.

Par extension, puisque les pires actes antisémites, massacres compris, ne sont que l'expression malheureuse d'un conflit local, alors, dans un premier temps, nous assisterons à un écho de la position politico-médiatique israélienne, à chaque fois que les médias internationaux se chargeront de propager ces tristes nouvelles. Il y est vrai qu'ils en ajoutent une couche de leur propre crû, avec leurs «bébés colons», entre autres. Mais que se passera-t-il dans un second temps? Autrement dit, quand, sur le sol français, des Arabes attaqueront des Juifs qui se rendent à la synagogue, ou qui vont faire leurs emplettes pour shabbat? On parlera alors d'importations de conflit : «Allez régler vos comptes ailleurs!!» La notion neutralisante de cette importation a vu le jour vraisemblablement vers l'année 2002, lorsque le ministre français de l'Intérieur, Daniel Vaillant, lance à l'Assemblée le principe de l'importation de conflit, qui fait que ce ne sont plus les seuls crimes antisémites perpétrés en Israël qui ne sont que politiques, mais également ceux qui sont perpétrés en France.

Au départ, même la presse a été surprise par Vaillant, puisqu'elle a parlé d'une «formule». Jean Kahn, président du Consistoire central, ne s'était pas laissé embrouiller et avait immédiatement réagi en dénonçant une «banalisation de l'antisémitisme.» Plus tard, en juillet 2014, après l'attaque à Paris de la synagogue de la Roquette, les plus hautes autorités de l'Etat, bien que condamnant ces émeutes, n'en ont pas moins usé de cette nouvelle notion. «Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s'importer», disait en public F. Hollande. Mais pourquoi se gêner, puisque la notion d'antisémitisme n'est pas présente dans le discours israélien? Seuls les dirigeants communautaires du Consistoire et du Crif ont montré du doigt le problème, dénonçant la motivation des attaques contre «des familles en prière… menacées physiquement et verbalement au sein d'un lieu de culte au seul motif qu'elles sont juives» (Communiqué du Consistoire juil. 14).

Revenons aux tyrans du système médiatique israélien qui imposent leur dictature. Ils tentent parfois de donner le change. Un homme de droite, il me semble que c'était Ouri Auerbach – je félicite d'avance qui me donnera des précisions sur ce fait –  avait été invité autour d'une table ronde aux nombreux intervenants, dans un studio de télévision. Il s'agissait de débattre des sujets qui opposent la gauche et la droite comme établi plus haut. Il devait y avoir une dizaine de personnes. Notre invité remercia chaleureusement l'accapareur d'ondes à peu près dans ce langage : «Je dois honnêtement reconnaître que vous n'auriez pas pu recevoir un autre défenseur du même bord que moi. Vous n'auriez pas eu assez de place.» Le présentateur, vaguement médusé : «Oh, on aurait peut-être pu s'arranger et se serrer un peu.» L'invité insiste : «Ah, non, parce que vous n'auriez pas pu rééquilibrer le débat.» Le journaliste ne le suit pas. Et, profitant du direct, notre invité s'explique : «Où auriez-vous fait alors fait tenir neuf personnes de plus, pour rééquilibrer le débat? »

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