Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 octobre 2023 3 11 /10 /octobre /2023 19:50

Le péril d'Israël : l'inversion des rôles, des causes et des effets, le déni de conceptualisation sensée

Le Juif est chez lui sur sa terre, et Gaza en fait partie. La force brutale, le déni de cette donnée de base, l'en ont expulsé. Il n'est pas colon en ses frontières, tout comme l'appellation de palestinien est attribuée à tort à l'envahisseur, cet envahisseur qui s'impose partout dans le monde, comme si tout lui revenait, et que tous offensent à se rendre passibles de mort. Si la terre d'Israël se traduit via le latin par le terme Palestine, le Palestinien, c'est le Juif, ou plus proche de la source étymologique : le Judéen. Le Juif a été injustement traité de colon extrémiste, coupable de toute la violence des autres : provocateur, attiseur de haine. Comme pendant son exil, le Juif reste le fomenteur de tous les troubles. C'est son attitude qui explique non seulement l'aversion ressentie à son égard, mais plus globalement la guerre, et c'est en corrigeant cette attitude que l'avènement de la paix sera possible. Ah bon ? Le Juif est la cause, et la haine l'effet ? Ce mensonge depuis vingt ans nous explose à la figure, car cette approche fondée sur le déni de réalité fait des émules non seulement chez les antijuifs de l'extérieur, ce qui est normal, mais dans les plus hautes sphères intérieures.

Qui est chez lui et qui est colon ?

L'inversion des causes et des effets est une véritable stratégie de guerre totale contre Israël. Elle autorise à désigner le Juif ou son Etat comme coupable pour mieux l'assassiner. A contrario, l'empire islamique couvre des continents. Il occupe notamment sans partage toute la largeur de l'Afrique du Nord, de l'Atlantique aux confins de l'Asie. Mais c'est l'Etat Sioniste qui est impérialiste et pourquoi pas raciste. Paradoxalement, la tolérance de l'Etat juif, qui admet de vivre avec plus de 20% de musulmans, fait qu'il est montré du doigt dès qu'il lui faut contenir les exactions de groupes qui n'ont jamais fait montre de la moindre gratitude pour l'extraordinaire progrès humain offert justement par cet Etat juif. En revanche, l'Afrique musulmane, en général, ne peut plus être prise en flagrant délit d'antisémitisme : elle a depuis longtemps fait le nettoyage. Elle se flatte sans rire de sa large ouverture lorsqu'il ne reste plus qu'un Juif sur dix-mille habitants en Tunisie. Hélas, cette tolérance factice n'est démasquée que par les candidats au voyage, alléchés par les reportages complaisants : vous ne pouvez fouler le sol tunisien que pendant la courte période du pèlerinage du 33ème jour du 'Omer, moyennant une autorisation spéciale et votre soumission aux conditions d'un strict encadrement.

Vu sous cet angle, contre toute évidence historique et géopolitique, l'Etat juif traîne avec lui l'image d'un colonisateur illégitime et oppresseur. Ce traitement contraste avec l'immense tolérance envers l'expansionnisme musulman, cette mouvance religieuse et civilisationnelle reconnue partout comme chez elle. Selon le cas, on lui trouvera un lien plus qu'ancestral avec toute terre, ou alors, si son débarquement est encore relativement récent, on remettra en question le protectionnisme ou la xénophobie de ceux qui s'en étonnent ou s'en offusquent. Même au Nord de l'Espagne ou de Poitiers, l'autochtone blanc craie est coupable et a bien cherché les coups qu'on lui porte. La dialectique qui justifie l'islamisation relève des prouesses dont sont capables les avocats ou de la démonstration par récurrence. On part du postulat que l'existence même du non-musulman – pas forcément le Juif – où qu'il soit, n'est jamais légitime. Le reste n'est que dialectique.

Pour Israël, d'aucuns ont trouvé une parade au brouillage des cerveaux, dont l'influence parvient à mettre même des sympathisants d'Israël mal à l'aise : prendre une mappemonde et leur demander de vous situer Israël et les contrées étrangères qu'il est supposé occuper. Il se remettra vite de son incrédulité et comprendra que sa confiance a été abusée. 

Imbroglio entre juste, coupable, faible, fort

Une autre confusion résulte de l'amalgame qui veut faire du faible le juste, le fort étant toujours dans la peau du mauvais. Le fort gagne la guerre et, normalement, impose ses conditions au faible. Et même si, dans les faits, à l'instar de la référence universelle du combat entre David et Goliath, le fort – ou plus exactement le victorieux - peut ne pas être le fort ni le perdant le faible, une fâcheuse tendance de l'opinion rendra celle-ci inquiète ou pleurnicheuse pour le perdant. Cette dérive est si puissante qu'elle ne s'impose pas seulement dans la considération du rapport de force entre divers groupes nationaux ou ethniques, mais également au sein d'un pays unique, entre les forces de l'ordre et le crime. En France, quand la sérénité publique fut enfin rétablie, certains pleurèrent Mesrine en 79, alors reconnu ennemi public numéro 1, ou Khaled Kelkal, auteur du massacre à la bombe de la ligne RER B en 95.  Il se peut bien que le fort soit dans son droit, mais qu'importe. Drôle de penchant, que celui d'éprouver de la compassion pour ceux qui cherchent à vous détruire, même s'ils ne sont que provisoirement mis hors d'état de nuire. On pleure le pauvre Goliath déchu, éliminé à coups de galets ou de fusil sans passer par la case du procès équitable.

On exigera du faible de la retenue dès que son agresseur sera en difficulté, on désignera comme innocents tous ceux qui servent à ce dernier de rempart civil, celles et ceux qui, n'en pouvant plus de joie, distribuent des gâteaux et autres friandises au tout venant pour fêter la mort de victimes d'attentats.

On intimera au fort, quand bien même il est dans son droit, de ne pas se laisser entraîner dans la spirale de la violence. Il devra faire preuve de «responsabilité», de retenue et s'attendre à être agressé de manière cyclique chaque fois que son agresseur reprendra du poil de la bête. Et c'est ainsi qu'Israël doit endurer des guerres de plus en plus meurtrières pour lui face aux occupants de la bande de Gaza. C'est une façon à peine déguisée de lui demander de tendre l'autre joue et de s'apprêter à encaisser.

Contamination en Israël par le syndrome de l'inversion

Cette inversion des rôles, pour Israël, ne serait pas si apocalyptique si elle n'affectait que des observateurs dits neutres. Le véritable problème commence quand au beau milieu du peuple juif se trouvent des censeurs qui se laissent convaincre par le mensonge qu'impose cette inversion. L'horreur n'a pas été rendue possible en un jour. C'est un processus qui s'étend sur le long ou moyen terme. Avec des œillères, on ne voit que les parties du grillage qui fait office de frontière forcées par des meutes de terroristes assoiffés de sang juif, partiellement soulevées par des tracteurs. Sans trop digresser du sujet, la contribution de cet outil à la machine de mort du Hamas est un funeste clin d'œil, bien qu'il ne soit pas ici matériel agricole. La prophétie de la paix, «ils forgeront de leurs glaives des binettes» (Isaïe II, 4), ou par extension des outils au service de la prospérité, en fait des assassins incurables. L'ustensile, quelle qu'en soit la forme ou la désignation, restera toujours pour eux une arme de crime. Est-ce pour y répondre que le gouvernement israélien a désigné la présente opération sous le nom de «glaive de fer»?

En se focalisant sur l'instant présent, il est incompréhensible que les renseignements et l'armée n'aient pas été opérationnels pour étouffer cette agression dans l'œuf ; d'autant que l'histoire contemporaine montre d'une manière générale que les mouvements de foules d'une frontière à l'autre se passent de passeports valides et que nul n'est besoin d'attendre patiemment son tour à un poste-frontière avant que les fonctionnaires des douanes constatent que les papiers des voyageurs sont en règle.

On prend un bateau pneumatique et on fait de la peine. L'Africain qui traverse la mer (là où la distance est la plus courte pour l'Europe, donc à Lampedusa), est le faible, potentiellement sujet aux brimades du fort, le méchant policier qui tenterait de s'interposer, mais qui, de toute façon, n'en reçoit plus l'ordre de sa hiérarchie, son propre gouvernement étant assujetti au gouvernement suprême de Bruxelles.

Non, les passeports, c'est pour les honnêtes gens, appellation désuète et péjorative. Le citoyen respectable et respectueux des lois que vous êtes se soumettra à toutes les démarches légales, timbres fiscaux compris, pour renouveler son passeport, et, à défaut, ne voyagera pas. Quand on voit l'inefficacité des barrières que montrent toutes les télévisions du monde, quand des migrants les contournent de tous côtés, qu'elles soient basses ou hautes, ou en escaliers, on comprend mal comment, en Israël, le gouvernement, l'armée, etc., aient pu penser qu'il était possible de s'acquitter de son devoir sécuritaire avec un simple grillage.

Aveuglement conceptuel

Le problème de cet aveuglement est beaucoup plus profond. Il se situe au niveau de la conception, ou plus essentiellement de la conceptualité, qui fait des sujets les plus intelligents des gens qui ont des yeux mais qui ne voient pas. La conceptualité «désigne l'aspect abstrait et théorique d'une idée ou d'un ensemble d'idées. Elle englobe la manière dont ces idées sont organisées, structurées et interconnectées pour former un système de pensée cohérent»[1], cohérent mais possiblement coupé de la réalité, donc totalement fantaisiste.

L'inversion des rôles produit un système de pensée bien ficelé, mais en décalage total avec la réalité, ne serait-ce que la réalité moyen-orientale. En l'occurrence, il s'agit ici des places respectives de la cause et de l'effet, ou, en termes plus courants, de l'inversion de l'implication du lien de cause à effet. Revenons au problème de Gaza. Après le calme olympien consécutif à la guerre des Six jours, certaines localités inextricables se changèrent avec le temps en nids de terroristes. Bouredj, Nusseyrat, Djébalia (orthographe libre), autant de lieux où les autorités israéliennes, constatant que l'Autorité civile devenait insignifiante, s'inspirant peut-être d'Haussmann, tracèrent de larges routes au beau milieu de ces coupe-gorges, portant un coup significatif à la  liberté de nuire des terroristes. Le calme rétabli, Israël mit également en place une police locale aux uniformes beiges qui démissionna par la suite comme un seul homme quand se profilèrent les «accords de paix», arguant qu'ils seraient eux-mêmes en danger face à la nouvelle armée terroriste.

La cause est la haine, la conséquence la présence israélienne, et non l'inverse

Ce qui précède jette les véritables bases : la cause est le péril de la haine contre Israël, et l'effet la protection dont s'assure Israël par sa présence à Gaza.

Et voici ce que donne l'inversion : Israël est présent à Gaza – cause – donc les populations étrangères le haïssent – effet. En marchant sur les mains, ou sur la tête, on interprète la réalité de la façon suivante : Ils ne supportent pas la présence de Tsahal et encore moins des civils qui ont fait reverdir le désert à Gouch Katif, Kfar Darom et Nétsarim. Ce sont eux qui génèrent toute cette haine. Par conséquent, il faut et il suffit qu'Israël se retire pour que tous ces étrangers hostiles soient submergés d'émotion de bonté et de gratitude à notre égard.

Toujours dans cette optique de l'inversion, le programme de Rabin, «Gaza et Jéricho d'abord», à ses premiers cafouillages, ne fut pas le révélateur flagrant de la mesure de la haine contre les Juifs, dès que la vis fut desserrée ; il a juste permis à ces populations de pouvoir exprimer leur mécontentement dû bien sûr à l'occupation. (Mais alors, pourquoi s'énerver puisque tout le sens du processus politique visait à y mettre fin?)

Donc, quand des bombes artisanales, missiles rudimentaires qui éveillent la compassion pour les moyens industriels dérisoires de leurs fabricants, se sont mises à prendre pour cibles exclusivement les habitants juifs de Gaza, les acrobates de la logique y ont vu la preuve que c'était bien cette présence juive qui les mettait hors d'eux. C'était tellement évident que, même s'ils avaient eu des missiles de plus longue portée à cette époque-là, ils ne s'en seraient servis que contre ces Juifs provocateurs. Et n'essayez pas de parler de judenrein, ils vous diraient que ça n'a rien à voir. Gonflés d'assurance, ils déclamèrent jour et nuit la solution infaillible pour la paix: «Retirer Tsahal et nos civils de Gaza». Pourtant, déjà à l'époque, du côté de Gaza, des Juifs leur répondaient :

«Nous sommes sur la première ligne du front», ce qui les agaçait ou les faisait rire.

La vision du Premier ministre du désengagement vaut elle aussi le détour, avec un nouvel argument des plus logiques : «Hein que quand on fait des accords de paix avec eux en échange de territoires ils ne respectent pas les accords ? Hein? C'est vrai ou c'est pas vrai? Donc, pas la peine de se fatiguer. On va leur donner le territoire sans accords de paix. On n'est pas idiots, quand même.»

Le sort en fut jeté. Inutile de rappeler que la Cour suprême rejeta tous les recours interjetés contre cette énorme gabegie. J'ai eu très mal quand nos frères de Nahal oz, subjugués par leur conception, jubilèrent avec hargne quand nos frères de Gouch Katif furent expulsés de leurs villages (pas de droits de l'homme pour les Juifs). En des temps plus cléments, avant toute cette folie furieuse et meurtrière, pendant mon service militaire, en poste à l'intersection routière de Sadjaya, où se coupaient les routes principales de cette zone, je recevais très souvent des cartons entiers de gâteaux et autres friandises. Les braves membres du kibboutz m'expliquèrent au départ, comprenant que j'étais nouveau, que c'était leur modeste contribution pour remercier et encourager nos soldats qui veillaient sur eux. Eh oui, cette veille n'existe plus depuis la Paix. Un soir, toujours à Nahal Oz, notre compagnie fut invitée à se détendre un peu, avec une représentation du célèbre chanteur Ygal Bachan. Mes frères, ne vous trompez pas d'ennemi. Nous comprenons tous aujourd'hui, pour certains avec retard, à quel point les habitants juifs de Gaza, dans les gestes simples de leur vie quotidienne agricole, étaient tels ces manifestants protecteurs de la nature couchés sous les chaînes des bulldozers.

Les membres de la Cour suprême ne pourront prétendre aujourd'hui: «Notre main n'a pas versé ce sang». La pureté de l'arme, à défaut de l'âme, ne fait pas de notre armée la plus morale du monde ; c'est une pure trahison : ne pas en finir avec l'ennemi, risquer sa propre vie, pourvu que l'on ne commette pas de dégâts collatéraux. De richissimes associations, comme la Fondation Wexner, s'attachent à faire de nos soldats submergés par le doute des proies faciles. Et si jamais le travail sur le remord ne suffit pas, il reste la menace physique d'emprisonnement. Quand le soldat décide qu'il vaut mieux ouvrir le feu, quitte à risquer d'être enfermé pour son geste, il arrive qu'il soit déjà trop tard. Comment un soldat sur son tank peut-il se laisser tuer alors qu'un seul obus aurait écrabouillé la meute montante ?

Une série de reportages éloquente de la 14ème chaîne porte le titre de «Victimes de la Cour suprême». Elle traite principalement de décisions arbitraires venant servir les intérêts de l'ennemi au détriment d'Israël[2]. Nous le disions tantôt, la Cour suprême a pris les rênes du pays. Quand le peuple a enfin compris qu'elle jouait contre lui, il a nettement penché en faveur du camp de la droite : Likoud, orthodoxes, sionistes religieux. Ayant bien compris que la Cour avait outrepassé ses droits et élargi ses prérogatives dictatorialement, enfreignant la règle qui l'oblige à se contenter de contrôler que l'exécutif agisse bien dans le respect des lois, qu'elle se sentait toute puissante (avec ses membres tous choisis dans un cercle idéologique opposé à la tradition religieuse et historique d'Israël très fermé) et suffisamment au-dessus de tout pour rogner ladite loi, s'octroyant le privilège d'un principe subjectif de raisonnabilité, (sous la houlette aujourd'hui de Mme Hayout, sa présidente, ce qui lui permet de juger que seules ses opinions qui ont deux cents ans de retard seraient pertinentes), le nouveau gouvernement, issu tout droit des urnes, se mit tout de suite au travail pour mettre fin à cette hégémonie du pouvoir judiciaire. Seulement, quelques manifestations minoritaires mais violentes ont suffi pour que le Premier ministre se fasse hésitant, reporte l'échéance des votes à la Knesset, et se montre désolé de ne pas parvenir à avancer parce que la Cour n'est pas d'accord.

Un leadership mou

Il n'est pas aisé de comprendre le pourquoi de la reconduction de Netanyahou à la tête du gouvernement. Que feriez-vous si vous confiiez votre voiture au garagiste pour un pneu à plat et qu'il la rende avec deux pneus à plats ? Continueriez-vous à la lui confier en toute confiance après le troisième pneu, parce qu'il n'ira tout de même pas crever la quatrième ? Si vous désignez un gouvernement, qu'il cède du terrain à des terroristes, que vous en désignez un autre qui se mette à son tour à céder du terrain aux mêmes terroristes, continueriez-vous de faire confiance au dernier les yeux fermés ?

Le gouvernement de Rabin a mis en place de ses propres mains deux nids d'assassins, comme susmentionné (Gaza et Jéricho). Mais après coup, tant qu'il conservait son poste de Premier ministre, Rabin refusa catégoriquement de poursuivre cette reddition volontaire en arguant que la contrepartie, la marchandise, la paix, tardait à être livrée. Il l'avait clairement annoncé : les partenaires de la paix n'auraient rien de plus avant de tenir leurs engagements.

 A sa mort, Pérès en profita pour élargir le cercle des nids de préparateurs de bombes et attentats-suicides : Ramallah, Djénine, Bethlehem, Sichem. L'électorat choisit un nouveau garagiste en espérant que non seulement il n'amplifierait pas les dégâts, mais qu'il ferait de l'ordre dans le chaos laissé par ses prédécesseurs. Mais il creva le dernier pneu. L'entrée des tueurs de l'Olp à Hébron fit grand bruit, et tout particulièrement en raison de l'assassinat de la nouvelle née Chaléveth Paz, mise en joue par un tireur d'élite de cette armée de tueurs. Inutile de préciser que jamais les fomenteurs des accords d'Oslo ne furent traduits en justice. Bien au contraire, ils vécurent longtemps et eurent beaucoup de prix Nobel (à l'époque, seul celui de la paix n'inspirait pas confiance).

Déjà, en ce début de première cadence de Netanyahou, en 96, quelque chose de curieux produit un goût amer : jusqu'à 5 h du matin, dans la nuit du dépouillement des urnes, les commentateurs étaient certains que Pérès l'emporterait, avec, comme prévu par la presse et ses sondages, 4 à 7% de longueur d'avance pour Pérès. Le rédacteur en chef de la principale chaîne de radio, quand la tendance tendit à s'inverser, perdit son sang froid : «Non, ce n'est pas possible. Netanyahou ne peut pas gagner!!!!» Je me suis dit naïvement : «Demain, ce journaliste partial ira se chercher un autre travail». Il n'en fut rien. Donc, pas étonnant que le même, trente ans plus tard, ne limoge pas les irresponsables du renseignement et des forces de défense pour leur gravissime manquement à leur devoir. Est-ce étonnant ?

 «La presse veut me faire tomber», dit-il au lieu d'en faire tomber les activistes politiques qui prennent la maison de la radio pour leur propre maison. «Le tribunal veut ma peau, vous avez vu : toutes leurs accusations sont fausses, reposent sur de faux témoignages». Mais la mesure d'exception ne vient pas. Point d'arrestation de juges qui ouvertement pactisent avec l'ennemi, point de mise en place d'un tribunal chargé de juger ces juges traîtres. Leur responsabilité est loin pourtant d'être étrangère à la situation actuelle.

Par ailleurs, c'est malheureux à dire, mais entre notre Premier ministre et le Hamas, c'est une longue histoire. Il ne leur fait plus peur : lâcher de mille terroristes dans la nature pour récupérer Chalit – on est loin de la glorieuse opération Entebbe – peur panique à l'approche de la journée de la Réunification de Jérusalem, quand le gouvernement n'autorise pas la marche des Portes, cédant à la menace de bombardements (28 yar 5782) alors que le gouvernement d'un an a autorisé sans problèmes toutes les festivités et solennités.

Traîtrise ou atroce coïncidence ?

Et les manifs antidémocratiques, dans tout ça ? Dès la formation du gouvernement, le périphérique Ayalon est bloqué par quelques contestataires qui y allument un feu de camp sans être dérangés ; les gares ferroviaires sont aussi bloquées, et même l'aéroport ; et ce, jusqu'à ce que les usagers repoussent le groupuscule ultra-violent qui s'était mis en tête de les empêcher de prendre le train, jusqu'à ce que l'ardeur du président du comité d'entreprise de l'Autorité des transports aériens, Pinhas Aïdan[3], se refroidisse quand il reconnaît lui-même qu'il avait agi contre la loi.

Impossible de ne pas penser à certains contestataires remarquables, signataires d'une lettre conjointe d'intention de désertion, ou, plus modérément, de ne plus se porter volontaires en tant que réservistes pour défendre le pays, si la majorité osait se réapproprier le pouvoir démocratique, et ramener la junte judiciaire à ses justes proportions.

Quarante-trois officiers ou simples soldats de l'unité 8200 des Renseignements, dans une démarche sans précédent, ont fait savoir qu'ils allaient cesser leur collaboration avec l'armée. Ils sont gênés de faire intrusion dans la vie privée de ceux qu'ils surveillent, bien que l'ordre de grandeur des attentats empêchés par leur travail avoisine les 500 par an.

Est-ce une pure coïncidence que de constater avec horreur que la désertion et la défection de ceux-là a préludé à cet incompréhensible dysfonctionnement ? Comment un si grand nombre de terroristes armés a-t-il pu sans aucune alerte forcer le passage jusque dans nos villes, nos campagnes, égorger etc. ? Quand on sait que tout projet terroriste, dès qu'il est planifié par plus d'un membre d'une cellule, réunit en son sein comme second un membre du Shin Beth ou du Mossad ?

Quoi qu'il en soit, intention de nuire, de trahir, ou simple incompétence, pour répondre à la question ébauchée plus haut, les dirigeants de l'armée et de la surveillance doivent rendre des comptes, écoper de lourdes peines de prison ou au moins rentrer chez eux.

Et maintenant ?

Cela fait près de vingt ans que l'on tourne en rond : bombardements, intrusions, contre-offensives, période de trêve et rebelote. Il est peu probable que nous récupérions les otages, kidnappés par la brutalité du terrorisme musulman, qui n'éprouve aucune compassion pour le genre humain. Il faut beaucoup de prière et de miracles.

Les débats vont bon train : faire une opération terrestre, ou ne pas la faire. Détruire l'organisation du Hamas ou seulement lui infliger une bonne raclée ? Le problème, c'est le refus de prendre le taureau par les cornes, d'ouvrir les yeux, de ré inverser les rôles pour remettre les pendules à l'heure. Supposez que, dans votre ville, un pré soit changé en décharge par des sans-gênes, que le maire s'en occupe, le change en jardin où il fait bon vivre. S'il lâche ce terrain, de nouvelles couches d'ordures réinvestiront la place. Mais que le maire garde la mainmise sur ce terrain, y plante des arbres, des bosquets, y installe une fontaine, un jardin, et surtout en assure la surveillance, et le problème s'arrêtera.

Cinq cités bibliques ont exactement le même statut : Ashkelon, Ashdod, Ekron, Gath et Gaza. Aujourd'hui – petite devinette – quatre d'entre elles ne présentent aucun problème. Lesquelles ? Un indice : toutes les quatre sont des grandes villes juives israéliennes…

C'est effrayant ? Au point qu'on n'ose surtout pas en parler comme de l'une des solutions à envisager ? Tant qu'on n'aura pas réparé le mal, on ne sera pas près d'en finir. Qui reconnaît et renonce est digne de miséricorde. 

Le crime historique du désengagement, commis il y a presque vingt ans, doit être reconnu et réparé. En réalité, la traduction de terme Hitnatkout par désengagement n'est que contextuelle. Ce terme, dont la racine trilitère est n, t, k, signifie se couper, se déconnecter. Il exprime de déni. La situation cyclique s'envenime. Avec la reprise par Tsahal des localités envahies par les terroristes du Hamas, l'horreur se précise. Mille Juifs assassinés, dont 260 dans le rassemblement festif du Néguev, et 100 au kibboutz Bééri. Il a été répondu à des familles qui se demandent si leurs proches dont ils sont sans nouvelles auraient pu se trouver dans le festival du Néguev, qu'elles devaient se soumettre à des tests Adn. On n'a pas voulu leur dire pourquoi. Il semblerait que des corps aient été retrouvés décapités.

Que les politiciens et les juges dont la suprématie leur monte à la tête demandent pardon au peuple. Les prophéties sont claires : la paix universelle doit passer par le retour d'Israël et la restauration de son Etat. La politique du parti travailliste et du mouvement la Paix maintenant, a tenté de substituer aux prophéties millénaires des visions inventées et inadaptées : scinder la terre d'Israël, y instaurer une entité politique anti-juive, interdite aux Juifs. La tendance à imposer des visions de paix fautives en contradiction avec l'aspiration multimillénaire du peuple juif, en lui volant sa terre, même partiellement, provient d'un décalage total avec la réalité aux résultats meurtriers. Avoir laissé Gaza tomber entre les mains d'ennemis d'Israël en prétendant qu'une telle démarche aurait dû apporter la paix nous explose à la figure et ne fait que rendre le chemin encore plus long.

Ceux qui se réjouirent de l'expulsion de leurs frères de Gaza doivent à leur tour quitter leurs kibboutzim[4].

Il est impératif de mettre fin à l'inversion des rôles, et de ne pas minimiser la menace de mouvements terroristes. Ils ne sont pas constitués en Etat, n'ont pas d'aviation ni de blindés, mais ils ont montré leur excessive nocivité, leur haine qui n'a rien à envier aux SS. Ils ont assassiné, sans aucune pitié, plus d'innocents en une journée que la coalition rassemblée contre nous à la guerre des Six jours. Sans pouvoir juif israélien, ils reproduiraient, D. préserve, en très peu de temps, une nouvelle Shoah.

Mais trois cent mille réservistes sont partis vers le front depuis samedi, dont 332, rien que pour Bet-El. La mobilisation est très forte. Ils sont partis sur ce qui n'aurait jamais été le front sans la politique irresponsable des dirigeants qui ont succédé à Shamir. Les villes se vident, il ne reste dans les synagogues que les jeunes et les vieillards, ce qui n'a jamais été vu en Israël depuis la guerre de Kippour. Seul le retour d'Israël sur sa terre garantira l'absence de menace.

Nous sommes dans notre droit. La terre est la nôtre, nous n'avons rien à nous reprocher. La Palestine a toujours été la terre des Juifs. Le Hamas et ses semblables n'ont rien à faire sur notre terre (pas plus qu'en Europe d'ailleurs). Hamas, d'ailleurs, désigne dans la Bible l'iniquité sous sa forme la plus insoutenable (Genèse, VI, 11). Nous rentrons chez nous, l'heure de l'exil s'achève, et, avec l'aide de D., personne n'empêchera notre retour et notre restauration complète dans nos frontières.

 

 

 

 

[1] Dictionnaire en ligne «la Langue française».

[3] https://www.globes.co.il/news/article.aspx?did=1001443901

Partager cet article
Repost0
25 juillet 2023 2 25 /07 /juillet /2023 11:27

Les médias étrangers jubilent. Ils voient un pays d'Israël déchiré. Ils sautent sur l'occasion des trente manifestations d'une gauche extrémiste sans relever que le nombre de ses adeptes se réduit comme peau de chagrin, qu'elle compense la désapprobation grandissante et l'abandon du public par plus de bruit et plus de violence. Evidemment, les ennemis de tous bords s'en délectent. Ils cherchent à la loupe ce qui sert leurs illusions. Ils ignorent les manifestations qui soutiennent l'action du gouvernement de droite, celles qui aspirent à rassembler un million de citoyens, à deux reprises déjà, le 23 avril à Jérusalem, puis le 23 juillet à Tel-Aviv, et dont le succès est époustouflant. Le Rav Aviner demande de ne pas accréditer les thèses d'un peuple divisé, dont les conséquences pourraient être néfastes[1].

Nous verrons ici que la droite religieuse ou traditionnaliste est néanmoins stupéfaite face à la démesure de la haine que lui vouent des groupuscules fanatisés dont les moindres faits et gestes sont amplifiés par des médias toujours dominants, non plus à la loupe mais au microscope à balayage. Sans s'en rendre compte, les citoyens respectables récoltent peut-être le fruit d'une attitude pour laquelle ils ont pu opter à l'encontre d'une partie de leurs frères. Nous verrons ensuite que les prétendus pacifistes fomenteurs de troubles n'ont observé aucun virage. Il ne saurait être question de partisans de la paix qui auraient retourné leur veste par désespoir. La violence les accompagne depuis l'aube de leur action. La différence aujourd'hui, c'est que la société d'Israël découvre enfin leur vrai visage. Alors que la majorité, par les urnes, s'attendait enfin à récupérer le pouvoir légitime garanti par la démocratie, le leadership manque de détermination.

«Les actes des pères sont un signe prémonitoire pour les fils».[2] Les frères de Joseph l'Hébreu, mandatés par leur père, descendent en Égypte pour faire leurs provisions. C'est la famine en Canaan, aussi s'investissent-ils religieusement de cette mission, qui non seulement fait d'eux des hommes responsables mais leur permet de s'acquitter du commandement du respect de leur père. Mais rien ne se passe comme prévu. Ils se comportent avec civilité, ont apporté suffisamment d'argent pour payer sans discuter, mais voilà qu'ils sont en proie à une suspicion et à une haine sans précédent. Pourquoi leur en veut-on tellement ? Pourquoi les regarde-t-on de travers ? Puis ils se rappellent la détresse de leur frère et commencent à faire le rapprochement : ils le soumirent à leur jugement et, siégeant comme un tribunal, le déclarèrent coupable. Ce qu'ils avaient pris pour de la magnanimité – puisqu'ils l'avaient laissé vivre – leur apparaît dans toute la dimension de leur cruauté et de leur injustice. Ils ne peuvent pas bien sûr établir de relation logique de cause à effet. Ils ignorent que leur frère dirige l'Égypte et leur impose tous ces déboires afin de les pousser à faire leur examen de conscience. Non, ce qu'ils ressentent, c'est qu'ils récoltent mesure pour mesure ce qu'ils on semé. Ils ont été intransigeants, ont soupçonné un innocent. Les voici à leur tour en proie aux traits de caractère qu'ils ont eux-mêmes mis en avant.

Enfin, la majorité, après maintes élections, a réussi à faire entendre sa voix. Elle a compris par ailleurs que si elle compte vraiment exercer un pouvoir démocratique au diapason avec les aspirations et opinions de ses électeurs, elle doit reconfiner le pouvoir judiciaire et le ramener à ses justes proportions, remettre le génie dans sa bouteille. Des incultes qui avouent sans honte ne rien connaître au droit hébraïque fondé sur la Bible s'érigent en censeurs et imposent au pays une politique dangereuse et destructrice, se faisant complices du crime et défenseurs de l'injustice. Le rabbin Raanan, à Hébron, fut assassiné par des Arabes parce que les détenteurs des rênes de la Cour suprême avaient ordonné à l'armée de supprimer le poste de garde destiné à protéger les habitants juifs. Cette complicité constante avec le crime prive aussi le peuple d'Israël de la partie Sud de Tel-Aviv. Des occupants illégaux ont conquis le terrain sans armée, sans combat. Quand le danger s'est avéré et qu'il a été question de recourir à la justice, la ville juive et israélienne par excellence étant paradoxalement devenue incertaine comme les pires quartiers antisémites de par le monde, la Cour a ordonné de maintenir cette situation d'insécurité et de crime. Les antisémites ont gagné, les derniers Juifs s'exfiltrent dès qu'ils le peuvent.

Eh bien, il faut et il suffit, puisque la majorité a repris la Knesset et est au gouvernement, de reconsidérer les lois et de mettre fin à cette hégémonie d'une minorité dictatoriale non élue. Mais voilà, on est en proie à des manifestations haineuses, à des menaces de sabordage, à des agressions physiques, et le pouvoir recule. Les lois promues par le parlementaire Yariv Lévin sont remises à plus tard ou à jamais. Les manifestants contre la démocratie qui hurlent et s'insurgent contre le retour démocratique et proclament que la démocratie, c'est la dictature (ils n'ont pas dû lire 1984, ou alors ils l'ont lu au premier degré), gonflent les chiffres de leurs rassemblements en les multipliant par dix. (La place Rabin ne peut physiquement contenir au grand maximum que 30 000 personnes très serrées[3]). Et on se demande pourquoi tant de haine entre frères ?

Mais aurions-nous oublié de quelle façon nous les avons traités, nos frères ? Quand les richissimes marchands de remèdes, corrupteurs de nombreux pays, qui mettent d'accord avec eux les pouvoirs en place, les oppositions, les systèmes de santé et les tribunaux[4], comment avons-nous agi envers nos frères qui ne voulaient pas de ce produit miracle ? Le produit était expérimental, et l'expérience a très vite mal tourné. Qu'est-il arrivé notamment au demi-million de citoyens qui, bien qu'ayant accepté l'idée de la double-injection pour revenir à une vie normale et libre, ne se sont pas présentés pour la seconde ? Or nous avons accepté sans broncher cette discrimination via le «green-pass». Nous avons sans sourciller accepté qu'un citoyen sur cinq, d'après les chiffres rendus publics, soit ravalé au rang d'une sous-catégorie citoyenne brimée, sous prétexte qu'il serait coupable de mettre la vie des autres en péril. Nous avons fait comme si ces gens s'étaient levés pour nous tuer en nous contaminant, comme s'il avait fallu les contrecarrer pour les en empêcher. Alors qu'il n'en était rien, puisque le principe-même d'un vaccin est de protéger non pas les autres mais soi-même. Quand les cas graves se sont multipliés chez les preneurs de la deuxième et de la troisième doses, quand ils ont contaminé les autres, quand pour finir en octobre 22, Mme Janine Small (Bourla n'ayant pas daigné se présenter au parlement de Bruxelles) avoua enfin que leur produit n'avait pas été testé quant à une éventuelle protection de la contagion par les injectés, comment avons-nous pu traiter avec tant de cruauté ceux qui ne se prêtaient pas à ce jeu ? Quand nous avons laissé d'honnêtes salariés se faire sinon licencier abusivement, sinon être rétrogradés, quand des élèves ont été ostracisés ou, quand, au contraire, des personnes qui n'ont pas résisté à la pression que nous leur imposions eurent de graves problèmes de cœur, quand de nombreuses femmes et jeunes filles ont perdu leurs règles et leur possibilité de procréer dans de trop nombreux cas, comment avons-nous pu avoir pour seul objectif d'entrer en compétition en allant jusqu'à faire des concours entre écoles pour voir qui arriverait aux plus forts pourcentages d'injectés ? Nous n'avons pas considéré la détresse de nos frères, et les avons durement jugés.

Si on est tenté de contre-argumenter : «Mais on n'avait rien contre eux, ils n'avaient qu'à se faire injecter», on peut se dire aussi que les fauteurs de troubles antidémocratiques peuvent à leur tour arguer : «On n'a rien contre eux, ils n'ont qu'à penser comme nous.»

Et quand bien même nous aurions pu croire que nous menions contre nos frères, nos voisins, voire nos enfants, parents ou conjoints réfractaires, un juste combat en les pourchassant, pourquoi avons-nous dérogé à nos principes d'amour d'Israël? Le verset dit : «Tu adresseras des remontrances à ton condisciple, tu ne seras pas fautif par lui, tu aimeras ton prochain comme toi-même, je suis l'Eternel ton D.»[5] Le sens premier exige que l'on ne laisse pas librement notre prochain fauter, car nous serions complices par notre silence et aurions à assumer avec lui sa faute. Certes, puisque nous devons l'aimer autant que nous-mêmes, nous ne voudrions pas qu'il soit fauteur. Mais, simultanément, nous savons qu'adresser des reproches à notre prochain sur sa conduite pourrait conduire au résultat opposé à celui que nous cherchons : il pourrait s'irriter, éprouver de la haine, et nous pourrions le haïr en retour. Nos Sages constatent que très rares sont les personnes avisées en mesure d'adresser des reproches, par exemple à une personne qui n'observerait pas le Chabbat ou la cacherout. Nous savons par ailleurs, qu'un non-observant agit par ignorance. Nous nous référons à la halakha définie par le Hazon Ych de Bené-Berak, assimilant le non-observant au nourrisson captif, c'est-à-dire à une personne qui aurait été élevée dans un environnement totalement vidé de toute pratique juive. D'ailleurs, il suffit d'écouter le langage courant pour comprendre que, dans la mentalité non-religieuse, seul le religieux est tenu de respecter les commandements. Tel non-religieux peut dire à un religieux : «Je t'aurais bien invité à mon barbecue, mais ce n'est pas vraiment casher, et je sais que ça t'est interdit». En tout cas, au grand jamais nous ne considérerions un non observant du Chabbat par exemple, comme un citoyen de seconde zone, comme un coupable qu'il convient de traiter durement. Alors, que faire ? Mais c'est bien simple : il faut et il suffit de sensibiliser notre frère aux délices du Chabbat. Et si ça ne marche pas, tant pis.

Peut-être voudrions-nous considérer que l'insoumis à la docte pharmaceutique est un danger ambulant, puisque nous voyons des ravages épidémiques à tous les coins de rue de notre imaginaire, alors que celui qui travaille ou s'affaire le Chabbat ne tue personne. Pourtant, les Richonim sont formels, citant le Talmud : «Rabbi Chimon Bar Yo'haï disait : "Si Israël observait deux Chabbat, ils seraient délivrés"» (Tour 242, 1). Donc, qui dit délivrance dit fin de cette situation où la délivrance tarde à venir, avec toutes ces victimes innocentes et inutiles.

Quoi qu'il en soit, cela fait plus de six mois que la démocratie tarde à reprendre ses droits, que l'on nous dit qu'il serait impossible de restituer au peuple son statut de maître de ses destinées, sous peine de guerre fratricide ou civile, d'affaiblissement du pays, quand on rejette sur nous des désertions qui ne relèveraient plus de la responsabilité ou culpabilité des déserteurs mais de la nôtre, eux qui sans nos provocations seraient restés, comme ils l'ont toujours été, fidèles à leur mission.

S'il est une maladie hautement préjudiciable dans notre monde moderne, c'est bien cette tendance à chercher la culpabilité des criminels chez les autres. On se croirait dans un asile de fous avec des malades qu'il faut éviter de contrarier car ils deviendraient dangereux par notre faute. Pourtant, si nous ne reprenons pas le pouvoir qui nous revient de droit, puisque agréé de manière légitime par les urnes, et que nous laissions les juges qui font la promotion d'intérêts étrangers et cherchent à vider Israël de son essence et de sa substance, nous aurions tort de penser que cette soumission digne d'esclaves sauverait le pays, car la destruction promue par Aaron Barak et tous ses apôtres ne serait que partie remise, sur le moyen terme. Leur aspiration à remplacer notre nation par toutes sortes de ressortissants étrangers leur attribuerait le droit de vote et risquerait de faire de la nation juive une minorité en péril dans son propre pays. Les décisions de la Cour permettent par ailleurs la désertification du Neguev au profit de hordes bédouines qui déjà rançonnent et dépouillent les honnêtes citoyens. Et gare à celui qui se fait justice[6], quand les préposés à l'ordre ne répondent plus et qu'il devient sensé de laisser les citoyens agir puisqu'on ne les défend plus.

En fait, les décisions prises par le gouvernement et la Knesset, quel que soit leur degré de justice ou d'aberration, peuvent toujours devenir applicables. Lorsqu'il fut question d'effacer la présence juive de Gaza et de mettre fin à la paix en imposant une réalité de menaces constantes, de sirènes, de bombardements et de guerres à répétition, l'opposition populaire était bien plus significative que celle que nous voyons aujourd'hui. On peut bien entendu considérer que le public sioniste-religieux est beaucoup plus mature sur le plan de la souveraineté et de la conscience civique, et qu'il n'aurait en aucun cas incarné les menaces que les extrémistes de la gauche et de l'anarchie font peser aujourd'hui.

«Je suis à Atsmona pour servir le pays et le peuple d'Israël. Je suis en première ligne pour sa paix et sa sécurité. Je suis mandaté par l'Etat pour le bien de l'Etat. Si à présent l'Etat ne veut plus de ce bien il ne pourra alors plus compter sur ma présence ici, dans la mesure où il me fait partir», disait Avner M, dans le contexte de cette expulsion. Quoi qu'il en soit, d'autres pensaient qu'il fallait à tout prix empêcher cette catastrophe, qu'il fallait éviter à l'Etat de commettre cet acte suicidaire. La répression a été sans précédent. Les arrestations administratives et arbitraires, la détention jusqu'à la fin de procédures judiciaires qui ne commençaient jamais, étaient légion. Il n'y eut aucun compromis. Ce ne fut que longtemps après l'expulsion que les opposants furent amnistiés. Aujourd'hui, on peut pleurer que Gaza la déjudaïsée soit armée par l'Iran et nous mette en danger.

Donc, ce qui permet aux manifestants de faire les gros titres, de donner cette impression de cahot qui ouvre l'appétit de tous les haïsseurs d'Israël, c'est la permissivité excessive du gouvernement. On laisse croire que le pays est déchiré, alors qu'il ne s'agit que de quelques voyous assoiffés d'action violente. Par exemple, la semaine dernière, le tribunal rabbinique de Tel-Aviv n'a pu ouvrir ses portes qu'après une bonne heure de troubles. Les images de la 14ème chaîne sont éloquentes. Une vingtaine d'agités en bloquaient l'accès, et menaçaient physiquement les juges et avocats qui approchaient.

Certes, le nombre des manifestants est en nette diminution, car beaucoup comprennent qu'ils ne servent pas leur pays, bien au contraire. Mais ceux qui le bloquent agissent en hors-la-loi, et la police n'assure pas toujours avec le meilleur empressement la paix civile. Il y a ces jours-ci un réveil d'initiatives citoyennes : des agitateurs qui voulaient empêcher la circulation ferroviaire ont été repoussés par les usagers et les trains ont démarré. Pourquoi les citoyens doivent-ils se confronter directement à ceux qui les agressent ?

A Kyriat Chemona, des agités ont bloqué la ville. Des citoyens ont riposté en bloquant l'accès aux kibboutzim d'où ils étaient sortis. Or ne voilà-t-il pas que tout d'un coup ils ont commencé à comprendre que certaines actions ne sont pas loyales ! Pareillement, les médecins qui se sont mis en grève ont été qualifiés d'assassins par leurs collègues. Ils ont encaissé le coup.

La conseillère politique Smadar Chemouéli[7], anciennement membre de l'équipe d'Ehoud Barak, s'étonne du retournement de cette gauche pacifiste.  Comment des militants qui avaient toujours prôné la non-violence peuvent-ils s'attaquer à de paisibles citoyens? En fait, leur violence est leur moteur depuis le début de leur action bruyante. Il est largement admis par les stratèges, sociologues et autres corps de métiers penseurs, qu'en cas de guerre, on met les dissensions en veilleuse[8]. Or, lors de l'opération Paix en Galilée, qui devait n'être qu'une intrusion de courte durée sur le sol libanais suite aux tirs de roquettes sur les civils de Galilée, une manifestation monstre sous le prétexte du désir de paix avait déstabilisé le pouvoir politique et la situation s'était enlisée. A l'époque, les sources d'informations ayant été encore très limitées, ce mouvement parvenait à séduire beaucoup de monde. Le 25 sept. 82, le mouvement «la Paix maintenant» avait organisé la fameuse manifestation dite des quatre-cent mille, se retournant contre son propre gouvernement et exigeant une commission d'enquête abondant dans le sens des accusations des ennemis d'Israël[9]. Il a fallu longtemps pour que le public se rende compte que cette tendance militante n'œuvre pas tout à fait pour la défense d'Israël, et qu'elle place le peuple juif sur le banc des accusés.

Considérons le slogan longtemps propagé par cette faction autodestructrice, principalement par voie d'autocollants. Il disait : «Oui à la paix, non à la violence». Quelle belle formulation, se dirait-on à première vue ! Mais déchiffrons-la. Si, a priori, la paix, telle que l'entend ce mouvement, tend à parlementer avec les ennemis les plus acharnés afin de les amadouer, quitte à leur offrir des terres, de l'argent et tous autres avantages, sachant donc d'emblée qu'ils ne seront jamais désintéressés, elle peut rapidement devenir cauchemardesque et mener à toutes sortes d'acoquinements avec les pires tueurs de Juifs. Cette politique, comme l'histoire récente l'a prouvé, s'est manifestée par l'importation des organisations terroristes à l'intérieur de la terre d'Israël. Les accords d'Oslo ont été cette paix. Ils en ont longtemps porté le nom, jusqu'à ce que le mensonge devienne insupportable, et que le processus dit de paix soit rebaptisé processus politique. Leur conséquence fut la série des horribles massacres où des Juifs innocents étaient déchiquetés par dizaines dans les transports, lieux de distractions, etc. Le gouvernement, qui avait opté pour ce que défendait ce slogan, n'avait pas hésité à déclarer que les victimes étaient tuées en tant que sacrifices humains : «les victimes de la paix», traduisait-on, pour Korbanot Ha-Chalom, Korban ayant pour sens premier sacrifice, l'hébreu ne ment pas. Voilà pour la paix.

Et la violence ? Contre quelle violence s'érigeait cette mouvance dite pacifiste ? Contre la violence supposée des Juifs, qui aspirent à vivre en paix sur leur terre sans subir les coups de l'antisémitisme meurtrier contemporain, qui, à l'échelle quasi-planétaire, n'est pas le fait de nostalgiques du 3ème Reich ou de Bodan Khmelnitski l'Ukrainien, instigateur des pogroms de 1648[10], contrairement à ce que beaucoup voulurent croire dans les premiers instants qui avaient suivi les assassinats des élèves d'Ozar Hatorah de Toulouse ou des clients de la supérette Hyper-Cacher à Paris.

Un autre autocollant, bien moins connu faute de moyens, avait remis dans le bon sens cette inversion des données. Sur le même graphisme, il affichait : «Oui à la Paix, non à Oslo». Je ne l'ai pas retrouvé dans mes recherches sur Internet.

La récupération du pouvoir par le peuple ne saurait connaître de compromis. Tout compromis dans ce contexte signifie que le pouvoir judiciaire, à un degré ou à un autre, continuerait à lier les mains de l'exécutif. Or le Premier ministre est faible et tergiverse. Ses idées et programmes sont justes au départ, d'où l'acharnement de ses persécuteurs ennemis de la démocratie (qui n'ont aucune honte de hurler qu'ils la défendraient, comme susdit), mais l'action sur le terrain traîne à se faire sentir.

Il y a deux ans, la marche des Portes de Jérusalem célébrant la journée de la Réunification, le 28 du mois de yar 5781, a été sérieusement remise en cause. Le Premier ministre avait trop tenu compte des menaces des terroristes maîtres de Gaza depuis le pacte tacite d'intelligence avec eux. Mais l'an dernier, malgré tout ce que l'on peut reprocher avec raison à Benet, elle s'est déroulée de la meilleure façon possible. Une petite opération dissuasive et hautement efficace avait précédé cette date.

Sans prêcher le pessimisme, il serait peut-être exagéré d'attendre la délivrance d'un personnage politique aux commandes qui visiblement n'a pas l'étoffe d'un véritable dirigeant, et qui n'a pas le cœur à l'ouvrage. Dès son retour de l'Onu, alors qu'il était au coude à coude avec Pérès, ses électeurs attendaient qu'il fît un peu d'ordre dans le pays, qu'il remît en question les accords d'Oslo, et mît hors d'état de nuire voire sous les verrous les personnages politiques qui avaient usé et abusé de leur pouvoir et pactisé avec l'ennemi, introduisant l'archi-terroriste Arafat aux portes de Jérusalem et de Tel-Aviv. On aurait pu aussi s'attendre à une mise ou remise en cause de la Cour suprême, qui avait rejeté tous les recours, arguant – la belle affaire – qu'elle ne se mêlait pas de politique. La radio Aroutz 7, pendant que les urnes étaient dépouillées, clamait : «Retournement ? Retournement ?» Le seul retournement pour cette chaîne qui, comme celle d'Eby Nathan, émettait de quelque part en Méditerranée, a été qu'elle a été fermée par ceux qu'elle avait aidés à remonter la pente.

Alors, faut-il s'attendre à ce que le même tienne tête aux mêmes, alors que la police se montre inexistante ? Surtout, ne sombrons pas sous le poids du désespoir. En cette semaine du 9 av, qui commémore la destruction des deux premiers Temples de Jérusalem, suite aux pleurs de la génération du désert qui, dans le court laps de temps consécutif à la sortie d'Égypte en 2448 de notre ère à nous, avaient fait retarder de quarante années l'échéance de l'installation en terre promise, nous ne saurions perdre espoir. Et si ce n'est pas de ce gouvernement, «le soulagement et la délivrance proviendront pour les Juifs d'un autre lieu» (Esther IV, 14). «La pérennité d'Israël ne sera pas démentie… » (I Samuel XV, 29). Et le 9 av deviendra un jour de fête pour la maison d'Israël (Zacharie VIII, 19).

 

[1] Feuillet hebdomadaire de l'institut Machon Méir, juillet 23.

[2]  «Tout ce qui est arrivé aux pères est un signe pour les fils.» «Rabbi Yéochoua de Sikhnin disait : le Saint béni soit-Il donna un signe à Abraham, soit que tout ce qui lui est arrivé arriva à ses fils».(Midrach Tan'houma, section Lekh-Lekha, 9).

[3]  Vérification investiguée par le site Hadachot (nouvelles), articule publié le 20 avril 2020 sur sa page FB. https://www.facebook.com/hadashotnewsdesk/posts/520965905474334/

[4] Des avocats s'étaient portés volontaires pour aider les citoyens face au piétinement de leurs droits. David S. s'était inscrit à une formation paramédicale, qui devait se tenir pendant l'année universitaire 21/22. Son frère, Isaac S., devait commencer en septembre 21 son service civil à l'hôpital Cha'aré Tsedek. Or, dès juillet 21, le pass-vert entre en vigueur. Leurs projets sont sur la sellette. La loi interdit d'assujettir le droit aux études à l'administration préalable d'un produit médical, donc d'une injection. A plus forte raison, on ne saurait contraindre par le chantage toute personne à prendre part à une expérience clinique contre son gré. Les deux intéressés n'ont pas la possibilité d'obtenir le pass-vert (acte vaccinal) en tant que rétablis du coronavirus, ce qui donne à ceux qui l'ont eu les mêmes droits qu'aux injectés. Il reste donc la possibilité de subir un test qui doit être négatif deux fois par semaine, ce dont ni l'école paramédicale ni l'hôpital ne veulent entendre parler. Ils s'adressent donc à l'un des avocats bénévoles. Mais il n'y a rien à faire. Le système judicaire refuse de traiter les plaintes de citoyens soumis au chantage ou dont les droits sont bafoués. Face à leur désarroi et à leur insistance, il leur explique que l'injustice en cours est bien plus grave pour de nombreux étudiants en médecine, qui, en connaissance de cause, sont proportionnellement plus nombreux à refuser ce non-sens, et dont le cursus est suspendu. Le seul élément probant que les avocats sont parvenus à obtenir, c'est que, vu qu'il est permis de supposer qu'étant donné qu'il s'agit d'une épidémie, à peu près tout le monde a attrapé ce corona, il est possible de subir un test sérologique qui met en évidence la présence d'anticorps, auquel cas il est possible d'avoir ce satané pass. Il leur transmet les coordonnées. Seulement, le test sérologique coûte 250 Nis chacun, les injections au tarif surévalué sont par contre gratuites (en fait payées par le contribuable et l'argent public). Les résultats sont satisfaisants, ils peuvent chacun rejoindre leur cursus.

[5]  Lévitique XIX, 18.

[6] Voir l'affaire Arié Schiff, qui a éliminé un voleur qui était en train de lui dérober sa voiture garée devant chez lui sous ses yeux.

[7] https://www.youtube.com/watch?v=MqwyBGtiaKs Chaîne TV Tov, sur internet.

[8] C'est ce que dit notamment en France E. Chouard, militant et penseur politique, qui explique les affirmations du président français actuel Macron, selon lesquelles ce pays est ou serait en guerre. Le premier «Nous sommes en guerre» contre le virus, puis l'état de guerre actuel où la France s'inscrit en belligérant de deuxième ligne derrière l'Ukraine; relèvent d'une tactique qui revendique le consensus national en état d'urgence. Cette personnalité publique s'identifie à l'ultragauche ou en tant qu'anarchiste, ses idées bouillonnantes et hétéroclites étant bien sûr à considérer au cas par cas, son cerveau s'apparentant un peu à une auberge espagnole des idées.   

[9] Suite à l'affaire de Sabra et Chatila.

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2023 5 07 /07 /juillet /2023 12:26
A droite, David Yéhouda (dessin : Léa Sultan)

Un autre argumentaire fait rejeter chez certains toute idée de comparaison entre la France et Israël. Ils relèvent une nuance qui ferait toute la différence, dans la nature de la violence.

En France, en dépit de la gravité, ce sont des émeutiers, des casseurs. En Israël, c'est une guerre, puisqu'il y a des armes à feu. Ce que l'on oublie, c'est qu'en Israël aussi, les troubles ont commencé par des manifestations de type violent. On devrait pouvoir admettre que lorsqu'un phénomène nouveau apparaît, il est possible d'en prévoir l'avenir, le rythme et la direction qu'en prendra le développement, sans prophétie ni logiciel surpuissant. Il suffit de chercher un autre lieu dans le monde qui a souffert d'un phénomène analogue, mais plusieurs années plus tôt, et d'entrevoir dans le présent de cet autre lieu le futur du lieu où l'on s'interroge encore. Car c'est une question d'évolution, de temps.

Au point de départ, la situation était calme en Israël, comme ça a pu être aussi le cas aussi en France. La minorité arabo-musulmane ne se faisait pas particulièrement remarquer. Ça a duré jusqu'au dernier quart des années (19)80. Puis la violence a commencé. Ennoblie par le prisme de l'Europe, elle devient soulèvement. Personne alors ne parlait d'armes à feu. Ils jetaient des cailloux, des bouteilles incendiaires, ce qui ne veut pas non plus dire que ce soit inoffensif. Par exemple, la jeune Tirtsa Porat fut assassinée à coups de jets de pierres. Bien évidemment, les médias ont toujours banni le terme de lapidation. Et c'est en mettant le feu à un bus que les tueurs ont volé la vie de Rahel Weiss et ses quatre enfants, puis celle du jeune soldat qui avait tenté de les sauver sans succès avant d'agoniser plus d'une année durant sur son lit d'hôpital.

Mais il ne fallait pas mâter ces émeutes, il fallait savoir ce qui mécontentait cette masse, s'asseoir à la table des pourparlers. Les soldats n'avaient le droit de tirer que pour se dégager, pour sauver leur vie. La pression internationale, et notamment américaine, était très oppressante. Les faux amis, Bush puis Clinton, surent exercer des chantages, comme en assujettissant la délivrance des garanties bancaires à l'époque de Shamir et de la chute du rideau de fer, quand il fallait intégrer un million de nouveaux immigrants, à l'acceptation de discussions avec les organisations terroristes ; ou encore à celle de Pérès et Rabin, puis Pérès tout seul, pour passer à la phase pratique de l'abandon de la souveraineté nationale sur des territoires de la terre d'Israël aux occupants arabo-musulmans et aux factions terroristes de l'Olp et de son chef jamais repenti. Ce fut donc vers 92 que les armes devinrent légion, et que Tsahal doit depuis être prêt à faire face à des groupes armés. Et voilà comment les agressions évoluent des cailloux aux balles réelles.

Il se pourrait donc bien qu'en France, l'usage des armes à feu ne soit que partie remise. En tout cas, ce que chacun sait, c'est qu'ils en ont.

De la guerre des Six jours à 87, il suffisait à Tsahal d'effectuer quelques rondes espacées, à pied ou en jeep. Un peu comme à Paris, où pendant longtemps il suffisait de voir passer des policiers en uniforme pour respecter instinctivement cette marque de souveraineté. Le refus de s'arrêter pour un contrôle de police n'est pas venu tout de suite. Et il aura fallu un certain temps pour que l'uniforme non seulement n'inspire plus aucune forme de respect ou de crainte, mais pour qu'il mette de surcroît en danger quiconque en est accoutré. En Israël, cette perte d'effet dissuasif frappa à la fin des années 1980. En France, le premier soulèvement, pour reprendre le registre de vocabulaire réservé à Israël, peut se situer en 2005, soit un peu moins de 20 ans après, quand on a commencé à trouver plus appropriée la cache dans un transformateur à haute tension que l'obtempération en cas de contrôle. Le message de l'illégalité revendiquée est clair : on roule où on veut, comme on veut, et personne n'a le droit de nous imposer la loi ou l'autorité de l'Etat.

Djénine, qui attire dans l'Hexagone bien des sympathies (peut-être par sa parenté phonétique avec la tante Janine, je ne vois pas d'autre explication), est un territoire perdu dont le nom d'origine est Ein Ganim, la source des jardins, et qui fut avant l'exil une cité de Lévites, comme le fait remarquer notre ami rabbin et historien, V. Lelouch. Vivement que ce lieu redevienne un jardin !

Ce mercredi, au cimetière militaire du Mont Herzl, le ministre des Finances, Betsalel, a prononcé un bref discours. Il a rapporté que lors de la guerre de Kippour, un rabbin avait eu pour mission d'annoncer à une famille que son fils était tombé. Le père de famille, après avoir accusé le coup, raconta qu'il était survivant de la Shoah, qu'il avait perdu en Europe une épouse et cinq enfants. Il ajouta que son plus fol espoir, s'il fallait se faire tuer par des nazis ou autres haïsseurs, eût été de pouvoir combattre, et de préférence pour la terre d'Israël.

Il s'est adressé à la famille de David Itzhak, et au public, silencieux et digne dans la douleur, et a souligné que l'opération avait été lancée pour défendre et sauver les citoyens d'Israël, et qu'une menace certaine avait été contrecarrée. Les ennemis acharnés doivent être poursuivis jusque dans leurs derniers retranchements. Ils ne doivent pas se sentir vainqueurs ou intouchables.

Certes, ce combat avait pourtant déjà été gagné par Israël, dès la Guerre des Six Jours. Un manque de détermination politique, de volonté de reprendre ce territoire qui fait partie intégrante de la terre d'Israël, fait que ce combat garde pour l'instant le caractère d'un mouvement perpétuel.

Cette tragédie est survenue la veille de la période de l'oppression, qui va du 17 tamouz – ce jeudi cette année – au 9 av, date de la destruction du Temple, mais aussi de sa réédification future, à laquelle aspire le peuple d'Israël. Or, nos Sages soulignent que quiconque n'a pas assisté à la reconstruction du Temple peut se considérer comme assistant à sa destruction.

Les parents, dans l'humilité et la dignité, ont remercié le Créateur pour ces 23 ans durant lesquelles une si grande âme leur avait été confiée.

Outre-Méditerranée, certains facteurs diplomatiques ont en horreur cet Israël qui refuse de baisser la tête et se bat contre ses ennemis. Ils refusent de s'y faire. Si l'UE se contente d'annuler en mai une réception à Tel-Aviv pour empêcher à un ministre qui ne lui plait pas de prendre la parole et  pèse plus ou moins ses mots dans son communiqué : «parce que ses valeurs [seraient] en contradiction avec les valeurs de l'UE», d'autres se font bien plus virulents, quand la presse monolithique modernise le concept de la disqualification du Juif, en inventant le «suprémacisme juif». Ils ont dû trouver que parler d'un Juif sûr de lui et dominateur risquerait de sonner faux. Mais puisque le suprémacisme est une idéologie raciste, quelle est donc la race qui déplaît au Juif ? C'est la race de ceux qui le haïssent et cherchent à le tuer, des anciens collaborateurs du nazisme qui n'ont pas été écrasés à la libération et dont la haine déferle encore.

À bien y réfléchir, Donc, au lieu de coller des étiquettes dénigrantes aux autres, ils devraient s'inspirer de leurs propres critiques et en relever pour eux les aspects positifs. Car peut-être que ce qu'il manque à la France, c'est une mesure de suprémacisme français. Les chasseurs de femmes et d'enfants de maires ou de policiers s'y casseraient les dents.

«Je suis descendue dans le jardin des noyers…» (Cantiques des Cantiques VI, 11). «Mon bien-aimé est descendu dans son jardin pour y cueillir des roses» (id., id., 2). Le Midrach Raba, citant Rabbi Chemouel Bar Nahman, un jardin de noyers, de coudriers, de pommiers et de grenadiers. Le Maître du Monde y descend pour reprendre les âmes des Justes. Nous allons retrouver la famille Itzhak, dans la tente de leur deuil, et voir si nous pouvons préparer quelque chose pour Chabbat…

 

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2023 5 07 /07 /juillet /2023 11:52

Il s'appelait David Itzhak, les prénoms respectifs de mes deux fils, mais dont le second était son patronyme. Nous avons appris sur le Mont Herzl qu'il portait un autre prénom: Yéhouda. David, roi d'Israël, de la tribu de Yéhouda, dont le sceptre royal ne sera jamais retiré.

Il avait été dans la même classe que notre David, dès leur petite enfance. Mais il avait été surtout très lié à notre Itzhak, de trois ans son cadet. Cette amitié avait commencé dans le cadre d'un système d'activités ludiques et attractives, qui fonctionne comme un mouvement de jeunesse un peu particulier, où des adolescents brillants soutiennent moralement d'autres enfants qui éprouvent à différents niveaux des difficultés sur les plans scolaire et de la communication. Un petit groupe d'amitié sincère s'était soudé et maintenu bien après les séances entretenues dans le cadre précédent. David Yéhouda avait maintes fois organisé des sorties, des excursions dans les meilleurs endroits, où des séjours de Chabbat qui offraient de l'émerveillement et du dépaysement. Ces relations ont duré jusqu'à ce dernier vendredi soir. Ils se réunissaient après le repas pour un moment d'étude et de discussions.

Il avait une moto, et il me semble bien que c'est lui que j'ai vu, samedi soir, environ trois heures après Chabbat, se diriger prestement vers la sortie de notre localité, comme si une situation urgente exigeait sans délai sa présence.

Mercredi. 7h30, je viens de rentrer de la synagogue. Mon épouse semble réprimer une indicible émotion. Elle me demande si je suis informé d'une très mauvaise nouvelle. Elle circule sur tous les groupes. David Itzhak est tombé au combat. Dans la maisonnée qui s'éveille, c'est d'abord le doute, sinon le déni du moins le refus d'y croire. Ce doit être une erreur. Les nouvelles vont vite avec les portables. «Regarde la photo sur cette annonce». La stupeur laisse place à la consternation. Peu de temps après, nous sommes fixés. Les funérailles sont pour 16h, au Mont Herzl. Il était membre du commando Egoz (le coudrier en français).

Nous sommes une fois encore rattrapés par ce terrible prix, ce plateau d'argent sur lequel nous sont offertes notre liberté, notre droit de vivre en paix, notre souveraineté retrouvée ; ce plateau d'argent qui, comme l'avait défini notre homme de lettres Nathan Alterman, n'est autre que le don de soi, le courage et la détermination de tous nos jeunes combattants. Nous sommes au premier plan de cette réalité que des éléments belliqueux et jamais rassasiés de haine nous imposent au quotidien. Aux informations, vers 1h du matin, la veille, nous apprenons avec douleur qu'un soldat de Tsahal a été tué à Djenine. Au matin, l'atroce nouvelle annonce un monde qui s'écroule. Ce n'est pas un soldat qui est tombé, c'est le fils de nos amis, leur aîné. Il a l'âge du nôtre. Il est l'ami de longue date de notre second fils. Et nous le connaissons bien pour tout le soutien moral qu'il lui apporte, se trouvant aussi sporadiquement chez nous.

Faut-il en faire part aux parents, amis et connaissances qui aujourd'hui vivent encore à Paris? Cette situation éprouvante, c'est vous qui l'avez choisie, pourrait-on nous rétorquer, même si ce pays est en guerre malgré lui, et que ses efforts de paix et autres concessions ne font qu'augmenter l'appétit sanguinaire de ses partenaires qui prend tout geste de bonne volonté pour de la reddition. Lorsque vous partîtes, la France était paisible. C'est vous qui avez fait naître votre progéniture au cœur de cette poudrière. .

C'est vrai. Nous sommes entrés de notre plein gré dans cette expérience israélienne. Mais faut-il se le reprocher ? Absolument pas, car là se retrouve toute la profondeur du principe de base de l'attachement aux valeurs. Bien sûr, nous voulons vivre pour nos valeurs, mais si c'est au prix de notre vie que nous devons les défendre, il ne faut pas être démissionnaire, ni se désengager et rater l'épreuve de la résilience en prenant la fuite la tête basse.

On estime à tort que ce n'est qu'à l'étape de sa formation qu'une civilisation doit se battre jusqu'au sacrifice de la vie. Seule une vigilance maintenue avec constance lui permet sur le long terme de se maintenir.

En France, on a trop tendance à se dire que les Révolutionnaires de 1789, dont beaucoup furent guillotinés, furent de véritables héros et qu'aujourd'hui, il suffit de se laisser vivre en profitant de leur labeur. On trouve opportun de se reposer sur les lauriers des autres. On perd de vue que les épreuves se suivent. Un élève continue à bosser après un bon résultat. Il y a eu les épreuves de 1789, et il y a celles des années 2020.

La paix sociétale, la paix politique – puisque qui dit Etat dit politique, la carte politique étant la représentation des pays – doit se défendre à toute période. Aucune région du monde ne peut se prévaloir d'une paix due simplement à un sort heureux, tandis que la guerre et/ou la misère ne frapperaient que d'irrévocables déshérités par définition. Donc, si nous restons en France et que nous luttions pour ses valeurs, ce serait pour finir un service rendu à une autre nation. C'est risqué pour les Juifs. Tant d'efforts et de loyauté souvent teintée de militantisme ne viennent que confirmer pour les plus brillants la justesse de l'adage : pour vivre heureux, vivons cachés. Dreyfus a servi l'armée française, Blum sa gouvernance. En fait, se fondre sans éclat dans la masse n'est pas une garantie de sécurité. Ils étaient quatre-vingt mille à ne pas être rentrés de déportation.

Vu de loin, on pourrait encore penser que nous imposons à nos enfants cette situation de guerre. La guerre, c'est chez les autres. Mais notre présent et notre avenir sont ici depuis longtemps. Nos enfants sont parfaitement israéliens et hébraïsants, et le français de leurs parents est un résidu d'exil insolite et exotique.

Or c'est un fait. Le pays d'où nous sommes sortis n'est plus ce qu'il était. Nous avons été profondément sidérés par les images de chaos venues de France en ce début d'été. Les candidats aux présidentielles qui pourraient raviver les couleurs de la France sont systématiquement confrontés à de terribles affaires dès que leur avènement relève de l'ordre du probable, tels un Strauss-Kahn ou un Fillon. On peut établir le théorème suivant : si vous vous présentez à la présidence et que l'on vous ouvre un dossier, c'est sans doute que vous êtes bon. Si aucun présage ne vous menace, laissez tomber, vous êtes mauvais. Donc on prend ce qui reste. Un dictateur qui tire indéfiniment le jockey inusable de l'article 49.3  se spécialise par ailleurs en assassinat de l'image et de la bonne réputation. Il remet systématiquement en cause la dignité de tous ses adversaires. Il leur colle des étiquettes d'extrémistes et ça marche. Ne votez par pour moi parce que vous êtes d'accord, mais pour bloquer les extrêmes. Du coup, beaucoup ne voient pas qu'il est le plus extrémiste et le plus dangereux de tous. Il saborde de l'avis de tous tout ce qui fait la France : l'identité, la santé, l'économie, la puissance, car bien sûr lui ne porte aucune étiquette. Il peut dans l'impunité prendre l'argent des pauvres – en les obligeant à travailler plus vieux pour produire une ou deux dizaines de milliards – et le donner à raison de centaines de milliards aux riches – tels les exploitants autoroutiers ou des raffineries.

Les ennemis de la France, largement implantés dans le pays, dans une multitude de zones désormais interdites et désignées sous l'appellation de territoires perdus de la République, sentent la faiblesse que le locataire de l'Elysée maquille en cynisme désinvolte, qui fait comme si rien de grave ne se passait réellement. Aujourd'hui, ils ne se contentent plus de donner une image de chaos seulement dans les territoires occupés par eux, et dont ils ont chassé par harcèlement, menace, violence et terreur les premiers autochtones. Au cours de ces dernières journées de juin, ils ont lancé des incursions et fait des razzias sur les territoires non encore conquis, brûlé ou saccagé près d'un millier d'institutions publiques et représentatives de la souveraineté française, écoles, commissariats, mairies.

Eh oui. Que ce soit en France ou en Israël, nous avons les mêmes. Ils ont les mêmes us et coutumes, langue, religion, incivilité, haine de tout ce qui n'est pas eux. Une chance, comme chez le poissard qui s'écrie : «C'est bien ma chance!»

Et en France comme en Israël, les forces de l'ordre ne recherchent que les terroristes, trafiquants et autres fauteurs de troubles, en prenant garde de ne jamais importuner leurs épouses, enfants ou vieux parents. Et dans les deux pays, les vecteurs de la haine qui ne respectent aucune charte, cherchent à vous déstabiliser en s'en prenant à vos femmes et à vos enfants. On vient de les voir à l'œuvre en France. Ils glanent des informations sur les notables et les policiers. Ils veulent savoir où ils habitent. Ils mènent des filatures, des repérages, avant de lancer leurs attaques par exemple au domicile d'un maire, dont l'épouse et les deux jeunes enfants, réveillés en pleine nuit,  ne doivent leur salut qu'à leur fuite in extremis par une porte dérobée, à l'arrière de leur maison.

Pourtant, bien que des maux identiques frappent aussi bien en France qu'en Israël, la désinformation contre Israël fait rage en Europe. On fait croire que Tsahal ferait des incursions gratuites, pour s'en prendre à de pauvres gens. L'opinion n'a rien su de l'assassinat des jeunes sœurs Day. Elles roulaient paisiblement en voiture avec leur mère. Deux terroristes arabes armés de mitraillettes les ont doublées et ont vidé leurs chargeurs sur elles. Puis ils sont descendus de voiture, on fait passer leurs canons par la carcasse béante du véhicule et ont tiré une autre rafale, pour être bien certains qu'elles ne survivraient pas. Elles avaient pris une journée de vacances. La mère, encore en vie, a succombé à ses blessures quelques jours plus tard à l'hôpital. Les médias corrompus commencent leur reportage tronqué au stade où Tsahal retrouve enfin les assassins lourdement armés et les élimine après un combat qui n'a rien d'évident au départ.

C'est systématique chez ces médias, y compris chez certains qui se targuent de réinformer, dont l'un porte presque le sigle de Tel-Aviv sur les billets d'avion. Ce n'est que lorsqu'ils traitent le cas Macron et ses acolytes qu'ils mettent en évidence la corruption, les mises en examen, les dysfonctionnements en grand nombre du pouvoir. Mais dès qu'ils passent à Israël, alors, pour eux, le député Meir Habib qui s'évertue vraiment à rééquilibrer l'information devient partisan d'un apartheid cousu sur mesure. On dirait que Tsahal se charge d'éliminer des gens juste parce qu'ils seraient coupables de délit d'opinions dissidentes.

Un autre argumentaire fait rejeter chez certains toute idée de comparaison entre la France et Israël. Ils relèvent une nuance qui ferait toute la différence, dans la nature de la violence.

En France, en dépit de la gravité, ce sont des émeutiers, des casseurs. En Israël, c'est une guerre, puisqu'il y a des armes à feu. Ce que l'on oublie, c'est qu'en Israël aussi, les troubles ont commencé par des manifestations de type violent. On devrait pouvoir admettre que lorsqu'un phénomène nouveau apparaît, il est possible d'en prévoir l'avenir, le rythme et la direction qu'en prendra le développement, sans prophétie ni logiciel surpuissant. Il suffit de chercher un autre lieu dans le monde qui a souffert d'un phénomène analogue, mais plusieurs années plus tôt, et d'entrevoir dans le présent de cet autre lieu le futur du lieu où l'on s'interroge encore. Car c'est une question d'évolution, de temps.

Au point de départ, la situation était calme en Israël, comme ça a pu être aussi le cas aussi en France. La minorité arabo-musulmane ne se faisait pas particulièrement remarquer. Ça a duré jusqu'au dernier quart des années (19)80. Puis la violence a commencé. Ennoblie par le prisme de l'Europe, elle devient soulèvement. Personne alors ne parlait d'armes à feu. Ils jetaient des cailloux, des bouteilles incendiaires, ce qui ne veut pas non plus dire que ce soit inoffensif. Par exemple, la jeune Tirtsa Porat fut assassinée à coups de jets de pierres. Bien évidemment, les médias ont toujours banni le terme de lapidation. Et c'est en mettant le feu à un bus que les tueurs ont volé la vie de Rahel Weiss et ses quatre enfants, puis celle du jeune soldat qui avait tenté de les sauver sans succès avant d'agoniser plus d'une année durant sur son lit d'hôpital.

Mais il ne fallait pas mâter ces émeutes, il fallait savoir ce qui mécontentait cette masse, s'asseoir à la table des pourparlers. Les soldats n'avaient le droit de tirer que pour se dégager, pour sauver leur vie. La pression internationale, et notamment américaine, était très oppressante. Les faux amis, Bush puis Clinton, surent exercer des chantages, comme en assujettissant la délivrance des garanties bancaires à l'époque de Shamir et de la chute du rideau de fer, quand il fallait intégrer un million de nouveaux immigrants, à l'acceptation de discussions avec les organisations terroristes ; ou encore à celle de Pérès et Rabin, puis Pérès tout seul, pour passer à la phase pratique de l'abandon de la souveraineté nationale sur des territoires de la terre d'Israël aux occupants arabo-musulmans et aux factions terroristes de l'Olp et de son chef jamais repenti. Ce fut donc vers 92 que les armes devinrent légion, et que Tsahal doit depuis être prêt à faire face à des groupes armés. Et voilà comment les agressions évoluent des cailloux aux balles réelles.

Il se pourrait donc bien qu'en France, l'usage des armes à feu ne soit que partie remise. En tout cas, ce que chacun sait, c'est qu'ils en ont.

De la guerre des Six jours à 87, il suffisait à Tsahal d'effectuer quelques rondes espacées, à pied ou en jeep. Un peu comme à Paris, où pendant longtemps il suffisait de voir passer des policiers en uniforme pour respecter instinctivement cette marque de souveraineté. Le refus de s'arrêter pour un contrôle de police n'est pas venu tout de suite. Et il aura fallu un certain temps pour que l'uniforme non seulement n'inspire plus aucune forme de respect ou de crainte, mais pour qu'il mette de surcroît en danger quiconque en est accoutré. En Israël, cette perte d'effet dissuasif frappa à la fin des années 1980. En France, le premier soulèvement, pour reprendre le registre de vocabulaire réservé à Israël, peut se situer en 2005, soit un peu moins de 20 ans après, quand on a commencé à trouver plus appropriée la cache dans un transformateur à haute tension que l'obtempération en cas de contrôle. Le message de l'illégalité revendiquée est clair : on roule où on veut, comme on veut, et personne n'a le droit de nous imposer la loi ou l'autorité de l'Etat.

Djénine, qui attire dans l'Hexagone bien des sympathies (peut-être par sa parenté phonétique avec la tante Janine, je ne vois pas d'autre explication), est un territoire perdu dont le nom d'origine est Ein Ganim, la source des jardins, et qui fut avant l'exil une cité de Lévites, comme le fait remarquer notre ami rabbin et historien, V. Lelouch. Vivement que ce lieu redevienne un jardin !

Ce mercredi, au cimetière militaire du Mont Herzl, le ministre des Finances, Betsalel, a prononcé un bref discours. Il a rapporté que lors de la guerre de Kippour, un rabbin avait eu pour mission d'annoncer à une famille que son fils était tombé. Le père de famille, après avoir accusé le coup, raconta qu'il était survivant de la Shoah, qu'il avait perdu en Europe une épouse et cinq enfants. Il ajouta que son plus fol espoir, s'il fallait se faire tuer par des nazis ou autres haïsseurs, eût été de pouvoir combattre, et de préférence pour la terre d'Israël.

Il s'est adressé à la famille de David Itzhak, et au public, silencieux et digne dans la douleur, et a souligné que l'opération avait été lancée pour défendre et sauver les citoyens d'Israël, et qu'une menace certaine avait été contrecarrée. Les ennemis acharnés doivent être poursuivis jusque dans leurs derniers retranchements. Ils ne doivent pas se sentir vainqueurs ou intouchables.

Certes, ce combat avait pourtant déjà été gagné par Israël, dès la Guerre des Six Jours. Un manque de détermination politique, de volonté de reprendre ce territoire qui fait partie intégrante de la terre d'Israël, fait que ce combat garde pour l'instant le caractère d'un mouvement perpétuel.

Cette tragédie est survenue la veille de la période de l'oppression, qui va du 17 tamouz – ce jeudi cette année – au 9 av, date de la destruction du Temple, mais aussi de sa réédification future, à laquelle aspire le peuple d'Israël. Or, nos Sages soulignent que quiconque n'a pas assisté à la reconstruction du Temple peut se considérer comme assistant à sa destruction.

Les parents, dans l'humilité et la dignité, ont remercié le Créateur pour ces 23 ans durant lesquelles une si grande âme leur avait été confiée.

Outre-Méditerranée, certains facteurs diplomatiques ont en horreur cet Israël qui refuse de baisser la tête et se bat contre ses ennemis. Ils refusent de s'y faire. Si l'UE se contente d'annuler en mai une réception à Tel-Aviv pour empêcher à un ministre qui ne lui plait pas de prendre la parole et  pèse plus ou moins ses mots dans son communiqué : «parce que ses valeurs [seraient] en contradiction avec les valeurs de l'UE», d'autres se font bien plus virulents, quand la presse monolithique modernise le concept de la disqualification du Juif, en inventant le «suprémacisme juif». Ils ont dû trouver que parler d'un Juif sûr de lui et dominateur risquerait de sonner faux. Mais puisque le suprémacisme est une idéologie raciste, quelle est donc la race qui déplaît au Juif ? C'est la race de ceux qui le haïssent et cherchent à le tuer, des anciens collaborateurs du nazisme qui n'ont pas été écrasés à la libération et dont la haine déferle encore.

À bien y réfléchir, Donc, au lieu de coller des étiquettes dénigrantes aux autres, ils devraient s'inspirer de leurs propres critiques et en relever pour eux les aspects positifs. Car peut-être que ce qu'il manque à la France, c'est une mesure de suprémacisme français. Les chasseurs de femmes et d'enfants de maires ou de policiers s'y casseraient les dents.

«Je suis descendue dans le jardin des noyers…» (Cantiques des Cantiques VI, 11). «Mon bien-aimé est descendu dans son jardin pour y cueillir des roses» (id., id., 2). Le Midrach Raba, citant Rabbi Chemouel Bar Nahman, un jardin de noyers, de coudriers, de pommiers et de grenadiers. Le Maître du Monde y descend pour reprendre les âmes des Justes. Nous allons retrouver la famille Itzhak, dans la tente de leur deuil, et voir si nous pouvons préparer quelque chose pour Chabbat…

 

Il s'appelait David Itzhak, les prénoms respectifs de mes deux fils, mais dont le second était son patronyme. Nous avons appris sur le Mont Herzl qu'il portait un autre prénom: Yéhouda. David, roi d'Israël, de la tribu de Yéhouda, dont le sceptre royal ne sera jamais retiré.

Il avait été dans la même classe que notre David, dès leur petite enfance. Mais il avait été surtout très lié à notre Itzhak, de trois ans son cadet. Cette amitié avait commencé dans le cadre d'un système d'activités ludiques et attractives, qui fonctionne comme un mouvement de jeunesse un peu particulier, où des adolescents brillants soutiennent moralement d'autres enfants qui éprouvent à différents niveaux des difficultés sur les plans scolaire et de la communication. Un petit groupe d'amitié sincère s'était soudé et maintenu bien après les séances entretenues dans le cadre précédent. David Yéhouda avait maintes fois organisé des sorties, des excursions dans les meilleurs endroits, où des séjours de Chabbat qui offraient de l'émerveillement et du dépaysement. Ces relations ont duré jusqu'à ce dernier vendredi soir. Ils se réunissaient après le repas pour un moment d'étude et de discussions.

Il avait une moto, et il me semble bien que c'est lui que j'ai vu, samedi soir, environ trois heures après Chabbat, se diriger prestement vers la sortie de notre localité, comme si une situation urgente exigeait sans délai sa présence.

Mercredi. 7h30, je viens de rentrer de la synagogue. Mon épouse semble réprimer une indicible émotion. Elle me demande si je suis informé d'une très mauvaise nouvelle. Elle circule sur tous les groupes. David Itzhak est tombé au combat. Dans la maisonnée qui s'éveille, c'est d'abord le doute, sinon le déni du moins le refus d'y croire. Ce doit être une erreur. Les nouvelles vont vite avec les portables. «Regarde la photo sur cette annonce». La stupeur laisse place à la consternation. Peu de temps après, nous sommes fixés. Les funérailles sont pour 16h, au Mont Herzl. Il était membre du commando Egoz (le coudrier en français).

Nous sommes une fois encore rattrapés par ce terrible prix, ce plateau d'argent sur lequel nous sont offertes notre liberté, notre droit de vivre en paix, notre souveraineté retrouvée ; ce plateau d'argent qui, comme l'avait défini notre homme de lettres Nathan Alterman, n'est autre que le don de soi, le courage et la détermination de tous nos jeunes combattants. Nous sommes au premier plan de cette réalité que des éléments belliqueux et jamais rassasiés de haine nous imposent au quotidien. Aux informations, vers 1h du matin, la veille, nous apprenons avec douleur qu'un soldat de Tsahal a été tué à Djenine. Au matin, l'atroce nouvelle annonce un monde qui s'écroule. Ce n'est pas un soldat qui est tombé, c'est le fils de nos amis, leur aîné. Il a l'âge du nôtre. Il est l'ami de longue date de notre second fils. Et nous le connaissons bien pour tout le soutien moral qu'il lui apporte, se trouvant aussi sporadiquement chez nous.

Faut-il en faire part aux parents, amis et connaissances qui aujourd'hui vivent encore à Paris? Cette situation éprouvante, c'est vous qui l'avez choisie, pourrait-on nous rétorquer, même si ce pays est en guerre malgré lui, et que ses efforts de paix et autres concessions ne font qu'augmenter l'appétit sanguinaire de ses partenaires qui prend tout geste de bonne volonté pour de la reddition. Lorsque vous partîtes, la France était paisible. C'est vous qui avez fait naître votre progéniture au cœur de cette poudrière. .

C'est vrai. Nous sommes entrés de notre plein gré dans cette expérience israélienne. Mais faut-il se le reprocher ? Absolument pas, car là se retrouve toute la profondeur du principe de base de l'attachement aux valeurs. Bien sûr, nous voulons vivre pour nos valeurs, mais si c'est au prix de notre vie que nous devons les défendre, il ne faut pas être démissionnaire, ni se désengager et rater l'épreuve de la résilience en prenant la fuite la tête basse.

On estime à tort que ce n'est qu'à l'étape de sa formation qu'une civilisation doit se battre jusqu'au sacrifice de la vie. Seule une vigilance maintenue avec constance lui permet sur le long terme de se maintenir.

En France, on a trop tendance à se dire que les Révolutionnaires de 1789, dont beaucoup furent guillotinés, furent de véritables héros et qu'aujourd'hui, il suffit de se laisser vivre en profitant de leur labeur. On trouve opportun de se reposer sur les lauriers des autres. On perd de vue que les épreuves se suivent. Un élève continue à bosser après un bon résultat. Il y a eu les épreuves de 1789, et il y a celles des années 2020.

La paix sociétale, la paix politique – puisque qui dit Etat dit politique, la carte politique étant la représentation des pays – doit se défendre à toute période. Aucune région du monde ne peut se prévaloir d'une paix due simplement à un sort heureux, tandis que la guerre et/ou la misère ne frapperaient que d'irrévocables déshérités par définition. Donc, si nous restons en France et que nous luttions pour ses valeurs, ce serait pour finir un service rendu à une autre nation. C'est risqué pour les Juifs. Tant d'efforts et de loyauté souvent teintée de militantisme ne viennent que confirmer pour les plus brillants la justesse de l'adage : pour vivre heureux, vivons cachés. Dreyfus a servi l'armée française, Blum sa gouvernance. En fait, se fondre sans éclat dans la masse n'est pas une garantie de sécurité. Ils étaient quatre-vingt mille à ne pas être rentrés de déportation.

Vu de loin, on pourrait encore penser que nous imposons à nos enfants cette situation de guerre. La guerre, c'est chez les autres. Mais notre présent et notre avenir sont ici depuis longtemps. Nos enfants sont parfaitement israéliens et hébraïsants, et le français de leurs parents est un résidu d'exil insolite et exotique.

Or c'est un fait. Le pays d'où nous sommes sortis n'est plus ce qu'il était. Nous avons été profondément sidérés par les images de chaos venues de France en ce début d'été. Les candidats aux présidentielles qui pourraient raviver les couleurs de la France sont systématiquement confrontés à de terribles affaires dès que leur avènement relève de l'ordre du probable, tels un Strauss-Kahn ou un Fillon. On peut établir le théorème suivant : si vous vous présentez à la présidence et que l'on vous ouvre un dossier, c'est sans doute que vous êtes bon. Si aucun présage ne vous menace, laissez tomber, vous êtes mauvais. Donc on prend ce qui reste. Un dictateur qui tire indéfiniment le jockey inusable de l'article 49.3  se spécialise par ailleurs en assassinat de l'image et de la bonne réputation. Il remet systématiquement en cause la dignité de tous ses adversaires. Il leur colle des étiquettes d'extrémistes et ça marche. Ne votez par pour moi parce que vous êtes d'accord, mais pour bloquer les extrêmes. Du coup, beaucoup ne voient pas qu'il est le plus extrémiste et le plus dangereux de tous. Il saborde de l'avis de tous tout ce qui fait la France : l'identité, la santé, l'économie, la puissance, car bien sûr lui ne porte aucune étiquette. Il peut dans l'impunité prendre l'argent des pauvres – en les obligeant à travailler plus vieux pour produire une ou deux dizaines de milliards – et le donner à raison de centaines de milliards aux riches – tels les exploitants autoroutiers ou des raffineries.

Les ennemis de la France, largement implantés dans le pays, dans une multitude de zones désormais interdites et désignées sous l'appellation de territoires perdus de la République, sentent la faiblesse que le locataire de l'Elysée maquille en cynisme désinvolte, qui fait comme si rien de grave ne se passait réellement. Aujourd'hui, ils ne se contentent plus de donner une image de chaos seulement dans les territoires occupés par eux, et dont ils ont chassé par harcèlement, menace, violence et terreur les premiers autochtones. Au cours de ces dernières journées de juin, ils ont lancé des incursions et fait des razzias sur les territoires non encore conquis, brûlé ou saccagé près d'un millier d'institutions publiques et représentatives de la souveraineté française, écoles, commissariats, mairies.

Eh oui. Que ce soit en France ou en Israël, nous avons les mêmes. Ils ont les mêmes us et coutumes, langue, religion, incivilité, haine de tout ce qui n'est pas eux. Une chance, comme chez le poissard qui s'écrie : «C'est bien ma chance!»

Et en France comme en Israël, les forces de l'ordre ne recherchent que les terroristes, trafiquants et autres fauteurs de troubles, en prenant garde de ne jamais importuner leurs épouses, enfants ou vieux parents. Et dans les deux pays, les vecteurs de la haine qui ne respectent aucune charte, cherchent à vous déstabiliser en s'en prenant à vos femmes et à vos enfants. On vient de les voir à l'œuvre en France. Ils glanent des informations sur les notables et les policiers. Ils veulent savoir où ils habitent. Ils mènent des filatures, des repérages, avant de lancer leurs attaques par exemple au domicile d'un maire, dont l'épouse et les deux jeunes enfants, réveillés en pleine nuit,  ne doivent leur salut qu'à leur fuite in extremis par une porte dérobée, à l'arrière de leur maison.

Pourtant, bien que des maux identiques frappent aussi bien en France qu'en Israël, la désinformation contre Israël fait rage en Europe. On fait croire que Tsahal ferait des incursions gratuites, pour s'en prendre à de pauvres gens. L'opinion n'a rien su de l'assassinat des jeunes sœurs Day. Elles roulaient paisiblement en voiture avec leur mère. Deux terroristes arabes armés de mitraillettes les ont doublées et ont vidé leurs chargeurs sur elles. Puis ils sont descendus de voiture, on fait passer leurs canons par la carcasse béante du véhicule et ont tiré une autre rafale, pour être bien certains qu'elles ne survivraient pas. Elles avaient pris une journée de vacances. La mère, encore en vie, a succombé à ses blessures quelques jours plus tard à l'hôpital. Les médias corrompus commencent leur reportage tronqué au stade où Tsahal retrouve enfin les assassins lourdement armés et les élimine après un combat qui n'a rien d'évident au départ.

C'est systématique chez ces médias, y compris chez certains qui se targuent de réinformer, dont l'un porte presque le sigle de Tel-Aviv sur les billets d'avion. Ce n'est que lorsqu'ils traitent le cas Macron et ses acolytes qu'ils mettent en évidence la corruption, les mises en examen, les dysfonctionnements en grand nombre du pouvoir. Mais dès qu'ils passent à Israël, alors, pour eux, le député Meir Habib qui s'évertue vraiment à rééquilibrer l'information devient partisan d'un apartheid cousu sur mesure. On dirait que Tsahal se charge d'éliminer des gens juste parce qu'ils seraient coupables de délit d'opinions dissidentes.

Partager cet article
Repost0
7 juin 2023 3 07 /06 /juin /2023 21:58

Quand vous avez pris l'habitude de visiter Israël où d'y vivre, il vous semble tout naturel que les opinions se divisent et se rangent dans des catégories bien distinctes, sans éléments communs, et qu'elles sont si étrangères les unes aux autres qu'elles sont comme figées dans des cases ou des tiroirs, voire des fichiers ou logiciels sans aucune interaction possible. Ainsi, nous avons la gauche ou la droite, les laïcs ou les orthodoxes. Vu sous cet angle, le cas du sionisme religieux, qui pourrait être pris pour une réunion ou intersection des ensembles, se range lui aussi dans sa propre catégorie. Mais pourrait-on envisager que toutes ces tendances, au lieu de correspondre à autant de catégories de gens, cohabitent dans le cerveau d'un être unique, passant simultanément par toutes les formes de regard sur le monde et la réalité, à l'image de la communauté d'Israël qui se fait une raison face à la constante des péripéties qu'elle rencontre à travers le temps et les civilisations ? Car il faut bien reconnaître que le Juif, quel que soit l'horizon de sa pensée, aspire dans l'absolu à la justice et la paix.

Dans cette optique, prenons dans un premier temps un observateur à qui les conditions environnementales sociales confèrent une neutralité de fait. Supposons un Juif qui vit à l'étranger, mettons en France. Ignorant ces clivages, il dispose d'une liberté d'approche. D'un regard neuf, par les données ou informations qu'il reçoit, les analyses et synthèses qu'il pourra en établir, avec souplesse, il soupèsera l'ensemble des opinions dont il aura eu vent, tentera d'en séparer le grain de l'ivraie, ou le vrai du faux, en en retenant ce qu'il peut y exister de pertinent, avant de se laisser convaincre ou de se faire sa propre opinion.

Il est clair que la nature et la qualité de la documentation sont déterminantes au regard de l'évolution de l'opinion qui, trop souvent malheureusement, se forge sur la base d'informations possiblement incomplètes ou intentionnellement tronquées ou déformées par leurs fournisseurs. Ainsi, on a pu voir tel Juif de France, abreuvé par les médias dont il faisait sa principale source d'information, s'ériger contre l'«occupation israélienne», qu'il aura comparée à l'aune de ses renseignements, à l'occupation par la France de l'Algérie ou de la Guadeloupe, ou encore du continent Nord-Américain par des ressortissants du continent européen. Non seulement il sera interpelé par la détermination de l'Algérien, du natif des îles ou dudit Indien d'Amérique à s'autodéterminer, mais, solidaire du peuple juif, il s'écriera : «Pourquoi les Israéliens s'entêtent-ils à risquer la vie de leurs civils et de leurs soldats dans des contrées lointaines qui n'ont rien à voir avec la terre d'Israël?» Puis, un jour, il fait son Alyah, et il se met à comprendre qu'il n'est pas question de contrées étrangères ou lointaines, mais du cœur du pays hébreu, et que, s'il faut parler d'occupation, ce serait plutôt à une certaine culture riche en fanatiques de ne pas être à sa place. Tout seul, un seul homme peut passer en concepts israéliens de la «Paix maintenant» au «Grand Israël».

Dans le même ordre d'idées, nous avons longtemps vécu cette dichotomie entre l'aspiration à rester en Judée-Samarie et à Jérusalem, et la tentation de les déserter au profit de nos ennemis, considérant avec un sérieux non dénué d'intérêt qu'une telle démarche les rendrait civils et fréquentables. Nous avons sur ce plan au départ à l'endroit de cette dernière, deux écoles maladroitement considérées comme radicalement opposées alors qu'elles sont assez proches. Elles ne diffèrent que sur la forme. L'une, la plus grave, porterait aujourd'hui l'étiquette du parti Meretz, l'autre celle du Ma'arakh, ou parti travailliste. Pour la première, nous colonisons des étrangers chez eux ; pour l'autre, nous sommes bien chez nous mais des concessions douloureuses sont incontournables.  Toutes deux portent cependant le chapeau des «territoires contre la paix». 

Sur l'autre rive, les sionistes laïcs et religieux se rejoignent : pour les laïcs, c'est tout simplement insensé. Affirmer la présence juive partout en terre d'Israël et y amoindrir autant que possible la présence ennemie renforcera la sécurité et fera diminuer les risques d'attentats. Pour les religieux aussi, mais ils y voient en outre le Retour d'Israël prévu et énoncé dans la Bible (ce qui n'interdit pas aux laïcs de l'entrevoir), et, quand bien même un tel geste amadouerait hypothétiquement nos haïsseurs, nous ne sommes pas rentrés de l'exil pour négocier, marchander, vendre ou distribuer la terre de toutes nos espérances. Pour ledit observateur extérieur, ce Juif a priori sans opinion, toutes les idées précitées sont intéressantes. Il ne va pas brandir une pancarte pour militer en faveur de l'une ; il ne sera pas non plus agacé, irrité ou navré par une autre. Il se dit qu'il doit y avoir du vrai chez chacun de ces penseurs.

Je me revois à Orsay en 1984. Un jour que j'étais de passage chez des amis, qui se trouvaient être juifs, dont le père était président de la communauté locale et qui avaient ceci de particulier d'être régulièrement à l'écoute d'Israël, alors que je m'apprêtais à les quitter, le maître de céans me dit : «Tu ne veux pas rester? On va allumer la télé. Il y a un débat en direct entre Itzhak Shamir et Shimon Pérès. C'est bientôt les élections en Israël.» Le débat est en français. Je suis très impressionné par les antagonistes, par leur aisance en cette langue, par leur diction emphatique et posée (à moins qu'ils ne cherchassent leurs mots). Ils s'expriment à tour de rôle. Ce n'est pas idiot, ce qu'ils disent. Pour savoir ce qu'ils disent d'autre, ce sera pour plus tard, en Israël. Sur l'heure, j'écoute attentivement. Puis mes hôtes me demandent ce que j'en pense. Je réfléchis, et je me dis que les paroles de Shamir me semblent à première écoute plus pertinentes.

Quand enfin je débarque en Israël, quelque deux ans plus tard, Shamir est Premier ministre. Dans ce gouvernement de rotation de la onzième Knesset, il vient de remplacer Pérès.

On n'adopte pas si vite une étiquette, ou alors, on ne se la laisse pas coller si facilement. À cette époque, les accords de Gaza et Jéricho d'abord, ni les accords d'Oslo, ni le retrait de Gaza, n'ont eut lieu. On peut développer des croyances messianiques, tirer la couverture du «loup [qui] paît avec l'agneau», et se persuader qu'on a trouvé la cause de la haine contre Israël : l'occupation sioniste, bien évidemment. Les médias prêchent sans relâche. Il faut et il suffit de céder des territoires, et nous mettrons fin à cent ans de guerre. Ils ont réponse à tout. «Cent ans de guerre, dites-vous? Mais alors les causes de la guerre remontent avant 67. Ils nous détestaient déjà, comment pouvez-vous dire qu'en ramenant le tracé des frontières à celui de 67, on aura le calme?» Ils vous répondent : «Qui vous parle de diviser Jérusalem? On n'a jamais dit ça! Et puis, la situation n'est plus la même. Les choses ont changé! Maintenant, l'Arabe veut vivre à côté du Juif. Eux aussi, ils en ont marre de la guerre!»[1]

Je me rappelle un argument qui me paraissait de taille à l'époque. L'Israélien communément classé à gauche se fait énormément de souci pour les Juifs de l'exil. Si nous n'acceptons pas les compromis, explique-t-il, si nous revendiquons et exerçons nos droits sur cette terre, et, si plus est, nous expulsons les populations hostiles – à l'époque, les attentats étaient assez rares en Israël – ça risque d'être dangereux pour les Juifs en diaspora, et surtout, ne soyons pas égoïstes, car il ne faut pas oublier qu'ils représentent encore la majorité du peuple juif. Captivé par un discours si solidaire et généreux, par tant de sollicitude, je n'avais pas saisi tout de suite que l'inverse pouvait aussi bien être argué : ce soutien aux ennemis d'Israël depuis Israël, cette quasi compréhension de leurs revendications et de leurs agissements, donne du grain à moudre aux antisémites partout dans le monde, puisque le souci pour les pauvres ennemis des Juifs est ressenti par des Juifs, et qui plus est par des Israéliens. Donc, de fil en aiguille, si le Juif se reconnaît comme occupant, par effet de vases communicants, il redevient légitime de prendre à partie des Juifs dans d'autres pays, puisqu'identifiés aux supposés occupants, qui plaident d'une certaine manière coupables.

En 88, le mandat du gouvernement Shamir touche à sa fin. Les élections de la 12ème Knesset approchent à grands pas. Il est permis de faire de la propagande pour les partis jusqu'à la veille à minuit. Je sors prendre la température. Sur la place du Mashbir, au centre-ville de Jérusalem, la fête bat son plein. Le parti religieux Agoudath Israël distribue des portraits de rabbins, dont celui du Rabbi de Loubavitch, que j'ai longtemps conservé par la suite. J'avise un jeune d'à peu près mon âge qui milite pour Ratz-Mapam. Il me débite avec enthousiasme le laïus de son école. Mieux vaut un petit Etat d'Israël en paix qu'un grand en guerre. Le temps presse. Il est minuit moins dix. C'est l'occasion unique d'essayer de sonder le fond de la pensée d'un honnête jeune homme plein d'espoir. Il est natif d'Israël, sa famille est montée du Maroc. Le problème, là-bas, m'explique-t-il, c'est que jamais nous n'avons eu un statut suffisamment stable et respecté pour faire comprendre aux autres que nous voulons par-dessus tout la paix. C'est là que se trouve pour lui toute la différence, toute la nuance. Ici, nous le pouvons. À moins deux, je lui pose mon ultime question : «Et si ça rate?» Il lève les yeux, esquisse un geste d'impuissance. «Oui, je l'avoue, au fond de moi-même. C'est une espérance.» «Une croyance?» Il acquiesce, juste au moment où la place se couvre d'un feu d'artifice de tracts lancés en l'air et retombant en une pluie de confettis sur le sol.

Aujourd'hui, nous sommes bien loin des accords de Gaza et Jéricho d'abord, d'Oslo, bien loin du désengagement. Si, assez largement, les illuminés qui, comme Mofaz (alors ministre de la Défense qui a d'ailleurs abandonné la politique), prophétisaient la paix universelle, en sont revenus, d'autres continuent de s'accrocher à cette croyance. Bien qu'ils soient depuis lors largement minoritaires, elle est devenue un dogme. Aujourd'hui, les nouveaux médias – les réseaux sociaux – permettent d'entrer en contact avec eux, de tenter de comprendre leurs points de vue sans intermédiaires, d'essayer de faire valoir à leurs yeux que ce n'est pas le Juif qui est occupant chez lui. Parfois, vos contradicteurs peuvent s'appeler comme vous et moi Berdugo, Baruch, Yfrah, donc vraisemblablement originaires de familles que les pérégrinations de l'exil avaient placées en Afrique du Nord. Vos parents, pendant des générations, ont rêvé de rentrer en Palestine. Pensez-vous qu'ils aient envisagé que leurs propres descendants, après cette attente  transgénérationnelle ancrée dans son génome, s'en désisteraient au profit de néo-palestiniens créés de toute pièce ?

Ils se fondent sur des axiomes bancals. Ils sont axiomes dans leur caractère non démontrable et universel d'une certaine manière. Il ne leur manque que l'évidence. Ils peuvent reconnaître que la paix en échange des territoires a pu ne pas très bien fonctionner, mais ce sera toujours la faute d'Israël, qui traiterait ses partenaires avec mépris.

Ils croient voir un apartheid israélien, quand l'Israélien est persona non gratta à Ramallah et que l'occupant de Ramallah peut gagner sa vie dans la localité toute proche de Bet-El, transposition inadéquate d'un concept d'un autre continent, arrondissant les angles de pièces de puzzles qu'ils forcent à s'emboîter dans des cases inadéquates. Qu'on argue que le racisme serait plutôt le fait de l'ennemi, et l'on vous répondra : «Avec vos arguments, on commence à comprendre pourquoi il y a de l'antisémitisme». Insistez encore un peu et là, trop fortement secoués, à l'instar d'un billard électrique, ils feront tilt. Un court échange instructif sur la page de l'ONG Yech Din a rendu récemment à peu près ceci :

«Votre idée qui exige que l'antisémitisme se justifie toujours par une attitude exaspérante du Juif montre que vous ne vous êtes pas affranchi mentalement de l'exil, tout en vivant, voire en étant né en Israël. De même que dans la tête de certains Juifs de l'exil, le problème, c'était l'accent, le vêtement, le Chabbat, de même il se situe pour vous dans son attachement à la terre d'Israël. Donc il faut et il suffit que le Juif renonce à ce qui fâche en lui, l'accent, le vêtement, le Chabbat, jadis ; l'attachement à la terre d'Israël dans la version moderne. Le problème, c'est que ça ne marche jamais, puisqu'on a poursuivi en Allemagne nazie des personnes qui n'avaient plus ni accent, ni rien de tout cela. C'est une maladie de l'exil, tout comme, au milieu de la génération du désert, certains se languissaient de leurs maîtres égyptiens, fâchés de ne plus être des esclaves. Ils voulaient rebrousser chemin, ne pas irriter leurs oppresseurs, tellement scandalisés par ce malhonnête départ.»

«Tu es vraiment un grand baratineur… Et le plus particulier dans tes paroles, c'est que tu ne dis que des bêtises. Pourquoi fais-tu tellement d'efforts? Tu es le seul à le savoir. Mais le résultat est parfait. Tu en ressorts en idiot parfait. Bravo pour tes capacités.»

Il ne reste que l'art de l'injure spirituelle dans la retenue.  Eux, malades de l'exil, pensez-vous ? Ils sont si persuadés de leur fierté dominatrice que les voir ainsi relève de l'impensable. 

Ces derniers échangent datent d'il y a une dizaine de jours. Il faudrait reprendre le dialogue à tête reposée, avant un blocage non plus mental mais technique sur cette page. La sortie de l'exil exige que nous nous libérions aussi des conceptions de l'exil. Non, le Juif n'est pas coupable d'être ce qu'il est. Quant aux gens qui, parmi les nations, ne nous aiment pas, il est très difficile de les aider à revoir leurs convictions.

Dov Shilansky, ancien homme politique qui avait entre autres été président de la 12ème Knesset, répondit à un journaliste qui le questionnait sur une éventuelle provocation, alors qu'il participait à l'intronisation d'un Sefer Torah dans la vieille ville de Jérusalem : «Mais un Juif qui respire, c'est de la provocation».

C'est peut-être un euphémisme, car il continue d'être haï même quand il ne respire plus. On dit que là où il n'y a pas de Juifs, l'antisémitisme est encore plus fort.

Le récit suivant l'illustre fort bien. Toujours à Orsay, l'une des membres de la communauté juive avait, dans son enfance, vécu au Maroc espagnol. Un jour, elle nous conta l'histoire suivante, qui était arrivée à l'une de ses parentes, qui vivait en Espagne. Cette affaire montre que même si on corrigeait le Juif pour enlever tout ce qui dérange en lui, ça n'arrangerait rien.

«Ma cousine était scolarisée dans une école en Espagne. Un jour, au beau milieu du cours, l'institutrice déclara que les Juifs avaient un signe distinctif. "Ils ont une queue". Ma cousine ne put s'empêcher d'intervenir. "Mais pas du tout, madame. La preuve, je suis juive et ne j'ai pas de queue". Elle a joint le geste à la parole, en dégageant la base de son dos. Ils ont vu en effet que c'était faux.»

On pourrait inventer une suite à cette histoire. Ses camarades les plus proches lui palpent le bas du dos, pour s'assurer qu'il n'y a pas une cicatrice ou un résidu de chirurgie plastique. L'institutrice pourrait se défendre : «Donc, chères élèves, que pouvez-vous conclure à partir de ce constat?» Personne ne voudrait la contredire. Après un bref silence, elle poursuivrait : «Vous avez deux possibilités. Soit votre camarade n'est pas juive et elle se trompe, la preuve… Soit nous avons ici un cas exceptionnel et remarquable d'un spécimen sans queue.»

Difficile de lui donner entièrement tort. C'est bien connu : les gens de couleur ont la peau foncée, sauf ceux qui, parmi eux, naissent albinos. 

Nous conclurons notre inventaire sur l'idée des différentes perceptions ou opinions qui peuvent se retrouver divisées entre différents sujets ou au contraire rassemblées chez une seule personne. Un dilemme préoccupa en son temps le recteur de la yéchiva de Bet-El. Le gouvernement, aux ordres de la Cour suprême, opposée à tout arrangement ou compromis, avec à sa tête Netanyahou et à la Défense Ehoud Barak, lui fit une proposition. Il était alors question de la démolition de trente logements répartis dans cinq immeubles. Si vous acceptez de quitter les lieux sans esclandres (hormis trois appartements, la majorité était affiliée à la yéchiva, qui avait entrepris le projet), nous relogeons les locataires dans un quartier en structure légère dans l'immédiat, nous reconstruisons les trente logements à un autre endroit, puis trois cents autres, entre autres pour montrer à la Cour qu'elle ne fera pas avancer l'agenda de nos ennemis en se mêlant de politique.

Il ne fut pas question ici d'un groupe de modérés idéologiquement prêt à s'assouplir, ou d'éléments plus déterminés bien décidés à montrer au gouvernement qu'obéir à la Cour ne présage rien de bon. C'est un seul et même homme qui doit trancher. C'était en 2012. L'affaire s'est déroulée pour finir sans coups ni blessures. Les familles sont passées dans un quartier provisoire, les trente nouveaux appartements ont vu assez rapidement le jour sur un terrain proche de la yéchiva, et les premiers habitants des 300 unités réparties dans des tours de dix à douze étages ont emménagé au début de l'été 2022. Par ailleurs, les terrains des maisons détruites se sont transformés en jardin, avec des installations pour les enfants, sans que ne soit introduite de présence hostile. Netanyahou a assisté à la cérémonie de l'inauguration. Il a par la même occasion rencontré le Rav Melamed, puisque c'est de lui qu'il s'agit.

Chaque facette des multiples opinions qui nous divisent, nous rassemble et se retrouve dans notre tête, celle de chacun ou celle de nous tous, avec nos craintes et nos espérances, et c'est à ce prix que notre pays, notre royaume, se reconstruit. La Haggadah s'adresse à quatre fils, le sage, l'impie, le simplet, et celui qui ne sait pas poser de questions. On ne nous dit pas s'il s'agit de quatre personnages distincts, d'une évolution chez un seul homme qui passe par plusieurs étapes, ou d'un seul homme en conflit intérieur entre toutes les tendances.

Je suis Shamir et je suis Pérès, je suis ce sceptique fâché avec la religion et je suis ce fidèle qui prie pour qu'elle reprenne ses droits, je suis ce sioniste qui, à l'exemple du Rav Zwi Hirsch Kalicher en 1839, en Galicie, moins d'un siècle avant la montée au pouvoir des nationaux-socialistes, parlait du retour du peuple d'Israël et de la reconstruction de Son Temple. Un fait remarquable est passé inaperçu cette semaine. Le PDG des boulangeries Angel avait légèrement dépassé les bornes. Dans son enthousiasme contre la religion, Bar-Lev, le 7 mai, avait manifesté sous les fenêtres du grand rabbin de la génération, le Rav Edelstein. Le public religieux l'a mal pris et a décidé de ne plus acheter son pain. Entre temps, le grand de la génération est décédé. Bar-Lev, en compagnie du propriétaire des boulangeries, est allé présenter ses condoléances à la famille du rabbin et a demandé pardon[2].

 

 

[1] Authentique réponse de feu Yossi Sarid, chef spirituel et politique du parti Ratz-Mapam dont nous reparlerons en ces lignes, obtenue lors d'une rencontre dans le hall d'un hôtel alors que je m'y trouvais avec un collègue pour un congrès. «Oh, mais regarde qui voilà», m'avait dit mon ami. «Comment ça ? Qui ça?» Je connaissais la renommée, mais n'avais pas encore vu le personnage.

[2] Le dimanche 4 juin, 15 sivan, cette semaine. https://www.now14.co.il/%D7%90%D7%97%D7%A8%D7%99-%D7%A9%D7%94%D7%A4%D7%92%D7%99%D7%9F-%D7%95%D7%A2%D7%95%D7%A8%D7%A8-%D7%A1%D7%A2%D7%A8%D7%94-%D7%A2%D7%9E%D7%A8-%D7%91%D7%A8-%D7%9C%D7%91-%D7%94%D7%92%D7%99%D7%A2-%D7%9C/

 

[1] Authentique réponse de feu Yossi Sarid, chef spirituel et politique du parti Ratz-Mapam dont nous reparlerons en ces lignes, obtenue lors d'une rencontre dans le hall d'un hôtel alors que je m'y trouvais avec un collègue pour un congrès. «Oh, mais regarde qui voilà», m'avait dit mon ami. «Comment ça ? Qui ça?» Je connaissais la renommée, mais n'avais pas encore vu le personnage.

[2] Le dimanche 4 juin, 15 sivan, cette semaine. https://www.now14.co.il/%D7%90%D7%97%D7%A8%D7%99-%D7%A9%D7%94%D7%A4%D7%92%D7%99%D7%9F-%D7%95%D7%A2%D7%95%D7%A8%D7%A8-%D7%A1%D7%A2%D7%A8%D7%94-%D7%A2%D7%9E%D7%A8-%D7%91%D7%A8-%D7%9C%D7%91-%D7%94%D7%92%D7%99%D7%A2-%D7%9C/

Partager cet article
Repost0
18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 16:31
Jérusalem, réunification, rassemblement, prière, Israël, guerre des Six jours
Réunification de Jérusalem Prière du matin à l'aube au Cotel

Il était rationnellement impossible pour tout dirigeant israélien de faire face au profond désarroi dans lequel était plongé le pays durant la période qui a préludé à la guerre des Six jours. L'Égypte, avec la complicité de la Jordanie, de la Syrie et de l'Irak, ainsi que du soutien financier de l'Arabie Saoudite, ferme le détroit de Tiran à Israël. Le conflit de 1956 s'était conclu par un désengagement israélien du Sinaï, en échange d'une garantie que l'Égypte n'entraverait pas le trafic maritime avec Israël. Or, en mai 67, les troupes de l'Onu évacuent la base de Charm el-Cheikh, et l'Égypte de Nasser, comme son nom l'indique[1], met en place un blocus sans précédent.

Israël rappelle les réservistes. Les armées arabes sont des armées de métier aguerries. 547 000 soldats ennemis, contre 264 000 chez nous. 2 500 tanks ennemis contre 800 chez nous. 957 avions ennemis contre 300, et d'une relative vétusté (mirages français de base). Les ennemis ont des Mig-21, fournis par l'URSS. L'armée a fait part de ces données et de ses inquiétudes au gouvernement. 40 000 tombes sont préparées dans le parc de Ramat-Gan. Le jardin de l'Indépendance, à Tel-Aviv, à l'époque plus vaste qu'aujourd'hui, avant la construction de l'Hilton, se transforme en cimetière sous la supervision du grand rabbinat de Tsahal, avec une capacité de 20 000 places. L'état-major envisage 90 000 victimes. Isaac Rabin en est le chef, il se sent mal.

Dove Goldstein[2], de la rédaction du journal Ma'ariv, biographe de Rabin, raconte : Nous avons un gouvernement sans ministre de la Défense, puisque Lévi Eshkol en occupe le poste alors qu'il est déjà Premier ministre. Il est connu pour son manque de détermination et son incapacité à prendre des décisions. Cela fait trois semaines que l'Égypte bloque l'économie du pays qui va en s'affaiblissant… Il compte sur le chef d'état-major, Rabin, pour qu'il intervienne également en tant que ministre de la Défense, qu'il décide et fasse part de ce qu'il a décidé.

Ben-Gourion s'entretient avec Rabin, qui se figure alors qu'il peut reprendre espoir. Il est vite détrompé. Ben-Gourion lui signifie qu'aucun conflit avant lui n'a été mené sans le soutien d'un allié qui compte parmi les puissances. En effet, pour l'opération Kadech, il s'était allié à la France et à l'Angleterre, qui avaient fourni la couverture aérienne. Il souligne que dans l'état actuel des choses, il n'y a aucun allié. Puis il prévient les responsables qu'ils risquent de pousser le peuple juif vers une Shoah plus catastrophique encore que celle d'Europe. Il lui conseille donc de préparer des fortifications, des tranchées, et de ne pas tirer le premier. Rabin, au lieu d'être encouragé par cette figure quasi légendaire qui a pourtant proclamé l'indépendance du pays envers et contre tous, sent que la responsabilité, face au silence du gouvernement, est bien trop lourde pour ses maigres épaules.

Le biographe note que Rabin est alors brisé. Il vit un effondrement du système nerveux. Néanmoins, Rabin fait appel à Ezer Weizmann, son second de 66 à 69, et chef du département opérationnel (ראש אג"מ = אגף מצבעים). Il cherche en lui un remplaçant. Weizmann refuse, lui ordonne de se ressaisir, sa démission en pareilles circonstances pouvant porter un sérieux coup au moral du pays. Quoi qu'il en soit, Bar-Lev est investi des fonctions de vice chef d'état-major.

Concrètement, des tranchées sont creusées, et les civils se mettent à coller les vitres de leurs maisons, afin que, en cas de bombardements, elles ne volent pas en éclat en les menaçant. Après tout, plus récemment[3], nous avons bien eu les masques à gaz et la bande adhésive autour des portes et des fenêtres face aux missiles scud irakiens chargés chacun d'un quart de tonne d'explosifs.

Cette période de fiévreux préparatifs est nommée : la période d'attente (תקופת ההמתנה). Le pays tout entier est dans l'expectative. Tout est figé : commerces, boulangeries, épiceries, transports, tandis que l'armée de réserve se prépare à une guerre de tranchées dans le Néguev. Les étudiants des écoles talmudiques, les yéchivot, redoublent de prières. Le commandant de la Région Sud, le général Yechayahou Gavich, en compagnie de ses officiers, rend visite avant la guerre aux étudiants de la yéchiva Ponovitch, à Bené-Brak. Ils sont reçus par le recteur, le Rav Kahaneman. La veille de la guerre, il rédige l'ordre du jour : «Le sort de l'Etat d'Israël est entre vos mains. Les yeux du peuple d'Israël se lèvent vers vous. Que les prières pour notre victoire soient exaucées. D. est avec vous. »

Le lundi 26 yar, une décision est enfin prise. À 7h14 du matin, l'aviation prend son envol. 197 appareils de l'armée de l'air partent bombarder 11 aéroports militaires égyptiens. Le nom de l'opération : Moked. Seuls 12 avions de combat restent en Israël pour la défense des arrières. Le pays a joué le tout pour le tout. Ce programme n'est pourtant pas nouveau. Il a été mis au point deux ans plus tôt. Le danger est de taille : si les avions sont découverts par l'ennemi, ce dernier dispose de missiles anti-aériens soviétiques qui comptent parmi les plus perfectionnés de l'époque. Les avions volent à 30 m d'altitude pour échapper aux radars. Aucun avion israélien n'est retardé ou empêché. Tous atteignent leurs cibles, traversent le Sinaï, longent le canal de Suez, et même le Nil. Tsahal est équipé de bombes de fabrication française préparées sur commande et sur mesure. L'opération consiste à perforer dans un premier temps les pistes de décollage, et ensuite seulement les avions égyptiens. Chaque bombe creuse une fosse d'1.5 m de profondeur sur 5 m de diamètre. À 7h45, l'armée de l'air égyptienne est sous l'effet total de la surprise. Néanmoins, notre armée perd 8 avions, cinq aviateurs sont tués. Deux sont faits prisonniers, un autre est récupéré.

L'état-major israélien a du mal à comprendre ce manque de réactivité. Le système aérien de la défense égyptienne ne s'est pas mis en marche malgré sa puissance de feu, l'aviation égyptienne n'a pas tenté de limiter les dégâts en faisant décoller un minimum d'avions. Ils laissent le champ libre à l'action d'Israël. Les avions israéliens rentrent au pays, font le plein de carburant et, à 9h45, repartent pour la seconde vague. 200 avions égyptiens sont détruits par la première attaque, 100 par la seconde. Inutile de préciser qu'il n'y a plus d'effet de surprise lors de cette dernière sortie. Un autre avion israélien tombe, mais l'artillerie égyptienne ne se manifeste toujours pas. Il est donc 10h45 quand l'Égypte est privée de 300 de ses avions.

Le gouvernement et l'armée sont très étonnés par l'ampleur du succès. Le commandant de l'armée de l'air, Mordekhaï Hod, déclare que même dans ses rêves les plus doux ou les plus fous, il n'a jamais envisagé une telle réussite. Pendant ce temps, la station de radio égyptienne qui émet en hébreu, Kol Haram, raconte que l'Égypte gagne sur tous les fronts. Du coup, la Syrie, l'Irak et la Jordanie se galvanisent, elles veulent se joindre à la curée pour récupérer leur part du butin. L'opération israélienne se poursuit contre les avions irakiens avec succès.

Le Rav Yossef ben Porat, dans une conférence intitulée «Les secrets de la guerre des Six jours»[4], fait le point sur quelques uns des miracles qui ont accompagné le déroulement des événements :

Donc, le 25 yar 5727, le gouvernement donne à l'armée l'ordre de lancer l'opération Sadir Adom (nom de code). L'armée de l'air est sommée de lancer l'opération Moked, comme précité. On a appris plus tard que ce même soir (veille du 26 yar), le vice-président égyptien et ministre de la Guerre décide de sortir pour un vol de reconnaissance au-dessus du Sinaï le lendemain, lundi. Il doit atterrir à Refidim et y rencontrer les commandants égyptiens de la région du Sinaï. Le haut-commandement de l'armée l'accompagne dans son déplacement. Un deuxième avion transporte le Premier ministre irakien, et un troisième un commando pour la sécurité des premiers. Conséquemment, le ministre égyptien donne l'ordre à la défense aérienne de ne tirer aucun missile ni aucune balle entre 7h et 8h, de crainte qu'un malentendu ne le mette en danger. Seul un ordre qu'il donnerait personnellement pourrait autoriser des tirs. En fait, la visite ne peut avoir lieu, vu qu'il n'y a plus de piste. Pourtant, à cette époque, la réputation de la défense égyptienne est telle que l'on raconte que même un oiseau ne pourrait pas passer.

Un autre fait extraordinaire, révélé lui aussi après coup, tient dans l'heure de l'attaque israélienne. En principe, de telles opérations se produisent aux premières lueurs de l'aube, soit vers 5h30 (avant l'heure d'été). Or, l'opération Moked démarre après 7h.

Autre miracle[5]. Outre les canons et systèmes de radars, l'armée égyptienne maintient constamment une patrouille aérienne de quatre Mig-21.  Avec toutes leurs menaces, les Égyptiens craignent un peu quand même une attaque préventive d'Israël. La patrouille commence tous les matins à 4h30 et prend fin à 8h30. Or, ce matin-là, elle reste au sol. Le commandant égyptien des forces aériennes du quartier général de l'est, El Hariri, constatant cette absence, contacte le responsable. Ce dernier faisait tout simplement la grasse matinée. La raison en a été révélée plus tard : la veille, ils avaient fait une petite fête. Donc, ce que les radars ne pouvaient détecter, la patrouille, encore endormie, ne l'a pas vu non plus.

Cet incident prend d'une certaine manière le contrepied de l'insomnie du roi perso-médique, qui, pour passer le temps, s'était fait lire ses chroniques, pour tomber sur l'affaire de Mordekhaï qui avait déjoué en sa faveur un complot mais n'avait pas été récompensé. Aman arrivait sur ces entrefaites.

Autre fait surprenant : les premiers avions quittent donc la base de Hazor à 7h14. On sait que la Jordanie a un radar anglais de haute précision. Il faut se rappeler qu'à cette époque, la largeur de l'Etat d'Israël, quand la Jordanie occupe encore la Judée et la Samarie, ne permet pas de cacher le trafic aérien, y compris en volant à très basse altitude. D'un autre côté, il eût été maladroit de s'attaquer pour prévenir au matériel jordanien, ce qui aurait éveillé les soupçons. Les Jordaniens, donc, ayant observé une multitude de points se dirigeant vers l'ouest, en avisent immédiatement le haut commandement égyptien, avec lequel ils s'étaient mis en contact. Le message, comme partout dans les armées, n'est pas explicite. Le mot 'aneb sert de code. Or, le messager reste incompris. Le commandement égyptien, prévenu dès le départ des escadrons d'Israël, agacé par cet individu qui crie 'aneb, 'aneb, coupe le contact avec son informateur.

Il ne s'agissait pourtant pas d'un agent double. Il y eut simplement un problème de communication. Le code égyptien avait été modifié la veille à minuit, sans que l'on daignât mettre les Jordaniens au courant. Mais alors, nous dirions-nous, le télégraphiste de garde aurait dû comprendre tout de suite qu'il s'agissait certainement d'un changement de code. Sans entrer dans la considération que l'équipe ait pu être remplacée en même temps que le code, il s'avéra aussi entre autres que les stratèges égyptiens et/ou leurs conseillers – souvent inappropriés en cette région, vu que la principale stratégie russe consiste à laisser l'armée adverse s'introduire profondément sur le territoire à défendre le temps que la neige tombe, le hic étant que dans les guerres égyptiennes, la neige n'est toujours pas tombée – y pensèrent mais bien plus tard.

Les failles de la surveillance égyptienne n'étaient pas connues des services de renseignements israéliens. Toutes ces coïncidences – pour autant que l'on soit en mesure d'employer ce terme – n'ont été révélées que par la suite.

Comme d'aucuns le diront en ce jour du 56ème anniversaire de la Réunification de Jérusalem, en récitant le Hallel : «C'est de D. que tout cela provient, c'est une merveille à nos yeux» (Psaumes CXVIII, 23).

 

[1] נצר , נוצר, נצורה, מצור; respectivement : le nom du président égyptien tel qu'il est orthographié en Israël, «assiège», «assiégée», «siège».

[2] D'après une conférence du rabbin israélien Yossef ben Porat, cité par la suite dans ce texte.

[3]  Guerre du Golfe, 1991.

[5] Minute (24'55") du film de la conférence du Rav Yossef ben Porat.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2023 7 26 /03 /mars /2023 11:38

Heureuse abrogation d'une loi antisémite en Israël

L'annulation de la loi antisémite qui interdisait la présence juive dans la région du Nord de la Samarie est probablement la preuve qu'Israël est capable de se ressaisir. Dans le cadre de cette gabegie historico-politique de l'expulsion de la communauté juive de Gaza, dont le travail et l'engagement de trois générations de pionniers ont été voués à l'anéantissement,  faisant oublier les oasis de verdure et d'agriculture de pointe, rendus à la désolation, on avait, en proie à la consternation de cette démarche qui allait provoquer à ce jour trois guerres et remettre en question la paix du Néguev et des villes côtières, fait moins attention au sort réservé dans la foulée aux localités de Homech, Sanour, Ganim et Cadim, dont les quelque deux mille habitant ont été expulsés de chez eux. Cette mesure antisémite – il n'y a pas d'autre mot – avait été qualifiée de geste de bonne volonté, à la demande américaine. Démanteler des habitations d'une manière totalement arbitraire, quand il s'agit de Juifs qui se retrouvent sans rien du jour au lendemain, c'est un beau geste.

Le 22 mars 23, donc, la proposition de loi 69/25, a été adoptée par la Knesset en troisième lecture. Elle marque la levée d'une injustice qui rappelle un peu la fin de l'occupation étrangère de la Judée-Samarie, région interdite de facto aux Juifs de 1948 à 1967. Là encore, cette mesure aura duré un peu moins de vingt ans. Il est vrai qu'on ne sait toujours pas quand nous reviendrons à Gaza, qui reste provisoirement l'un des bastions les plus antijuifs de la terre, où la présence juive reste à ce jour impensable. Mais la démarche de l'annulation du décret au Nord de la Samarie est encourageante. Elle montre qu'il n'y a pas de fatalité, de situation de non-retour.

En revanche, le gouvernement américain continue de montrer sa véritable face : l'ambassadeur d'Israël à Washington, Michaël Herzog, a été convoqué et blâmé. Comment, mettre fin à une disposition antisémite ? Les USA n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. Leurs alliés ne doivent pas contrarier ces intérêts. Ils doivent être dociles, ou alors représenter une véritable avancée qui permette aux Américains d'avoir pignon dans une région du globe où leur présence n'est pas évidente.

Mais lorsqu'un pays a montré longtemps sa docilité, à tel point qu'en Israël on a accepté d'imposer cette loi inouïe,  impensable, il est mal vu que ce pays se rebelle, relève la tête et s'affranchisse. Car il n'y pas moyen autrement d'expliquer en quoi l'absence de Juifs sur une partie de la terre d'Israël servirait les intérêts des USA.

Cette opposition fanatique de la Maison Blanche de tout soupçon pourrait en fait s'inscrire dans une forme de guerre de religion, celle qui est décrite succinctement dans les Psaumes : «Pourquoi se démènent les peuples, et les nations agitent-elles de vains projets ? Les rois de la terre se soulèvent, les princes se liguent ensemble contre l'Eternel et son oint…» (Psaumes I, 1,2). La doctrine chrétienne n'est qu'un système qui apporte de l'eau au moulin de l'aspiration à empêcher Israël d'exprimer sans contrariété son retour à soi et en ses frontières. L'Israélien est appréciable uniquement lorsqu'il met son identité en veilleuse. Le département d'État des États-Unis refuse le projet divin du retour d'Israël. Il veut substituer au Retour d'Israël deux pays pour deux peuples : un pour les Juifs, un autre pour le vaste peuple arabo-musulman. Vu le résultat à Gaza, il n'est pas difficile de comprendre que le pays pour les Juifs ne saurait pour les Usa autre chose qu'une étape, D. préserve.

Par ailleurs, les Usa et d'autres pays ont l'injure facile, quand le Juif se met à s'exprimer un peu trop clairement et distinctement. Le ministre Bezalel Smotrich, en déplacement en France, a expliqué simplement que les Palestiniens, ce sont ses grands-parents. Il est en effet le petit-fils du talmudiste et rabbin Shimon Ben-Chemen, et de son épouse Sarah, de mémoire bénie, établis depuis plusieurs générations en Israël, donc en Palestine juive, tant que l'Etat n'était pas proclamé. Et puisque terre d'Israël se dit en langues étrangères Palestine, le Palestinien est le Juif, dont la nation se distingue par sa langue, son alphabet, sa monnaie, et ainsi de suite comme cela a été si bien exprimé. Le ministre israélien doit rester droit dans ses bottes, et ne pas se demander s'il a bien choisi ses mots pour formuler sa pensée. Les dirigeants politiques pétris d'orgueil devraient se demander quant à eux s'ils n'ont pas dérapé en qualifiant lesdits propos d'irresponsables. C'est au tour d'Israël de convoquer l'ambassadeur américain pour de si graves injures. Traiter un ministre d'un pays libre d'irresponsable, c'est impensable. Et le jeune âge du ministre n'autorise personne à l'infantiliser.

Quant à Netanyahou, sa reculade était prévisible. Mais peut-être qu'il s'agit d'une certaine habilité diplomatique. Il a en effet déclaré qu'il n'y aurait pas de construction de nouveaux villages juifs. En revanche, quatre anciennes localités sont à reconstruire. Nous n'avons pas oublié les péripéties de la construction du quartier Har-Homa, à Jérusalem. Les Américano-Européens s'offusquaient que cette nouvelle présence juive couperait en deux la région qu'ils espéraient voir tomber dans les mains d'organisations terroristes. Les projecteurs planétaires étaient braqués sur les travaux de terrassement du nouveau quartier. Chaque déplacement de bulldozer, chaque mouvement de sable ou de pierraille, étaient montrés en gros plan à la une de tous les médias. Sur place, les atermoiements gouvernementaux avaient de quoi irriter. Mais alors que les faux-amis d'Israël se frottaient les mains et ne baissaient pas leur garde, les quartiers de Pisgat Zéev et de Néwé Ya'acov, pas moins au-delà de la ligne verte, étaient multipliés par deux, le côté désert de l'avenue Moshé Dayan se parant d'une multitude de nouveaux immeubles. Quand les observateurs hostiles se sont lassés, Har-Homa a pu se construire sans remous.

Dans le même ordre d'idée, une tribune disproportionnée est accordée aux opposants à la bonne marche du gouvernement qui, fort de 64 sièges, reflète tout de même la volonté du peuple. Les inversions de valeurs ne font pas honte aux détracteurs. Le résultat plus que flagrant des dernières élections ne les empêche pas de faire comme s'ils étaient la majorité. Certains médias se font indéniablement leurs organes de propagande. Ainsi, d'après cette presse, jeudi dernier (22 mars), le pays était paralysé par les manifestants. Quiconque a pu constater la réalité sur le terrain sait qu'il n'en a rien été. On sait aussi que la comptabilisation est une méthode de manipulation de l'opinion. Certains mettent en gros titre la numérotation de ces rassemblements, c'est le tantième samedi soir qu'ils se réunissent. Cette tactique avait été utilisée dans les années 87/88. Quand des agresseurs entouraient des soldats de Tsahal à Gaza, les forçant à ouvrir le feu pour ne pas se faire lyncher, les morts parmi ces agresseurs étaient comptabilisés. En quelques mois, la radio était arrivée à environ quatre cents. L'effet médiatique est efficace. On ne titre plus que suite à un guet-apens, un ou deux agresseurs ont été éliminés. La phrase sera tournée de la façon suivante : «… ce qui fait monter à 400 le nombre de "manifestants" éliminés par Tsahal».

Il ne faut pas esquinter les icônes de la propagande. Si on vous dit que les populations arabo-musulmanes présentes en terre d'Israël sont les Palestiniens, même si l'un des patronymes les plus répandus est El-Masri (l'Egyptien), et si l'on vous dit que les clones idéologiques du juge Aaron Baraq sont les garants de la démocratie, eux qui se désignent les uns les autres en club sélect et fermé, vous serez cloué au pilori si vous n'êtes pas d'accord.

Car, pour finir, pourquoi est-il si important pour les Démocrates américains que l'on ne remette pas en question la nationalité palestinienne telle qu'ils l'entendent, toute remise en question tenant du sacrilège ? En fait, c'est assez simple. C'est ce qui permet d'attaquer le Juif comme s'il était un vil usurpateur. Dans des temps plus reculés, le chrétien devient le Verus Israël, donc le vrai devient le faux, et il est accusé de s'entêter à vouloir rester l'élu de D., ce qui ne serait plus le cas. Sur ce modèle, à l'identique, le Verus Palestinien est forcément un autre. Donc, le vrai, le Juif revenu en Judée, peut aisément être présenté comme l'usurpateur. Pire, cette position doit affaiblir le Juif dans son assurance, et le convaincre que la haine qui lui est vouée ne découle de rien d'autre que de sa propre culpabilité. C'est toute la logique des accords d'Oslo, ou plus généralement des «territoires contre la paix», qui relève de cette dialectique. Ah, si seulement le Juif cessait de faire en sorte qu'on le déteste ! S'il lâchait ces territoires qui sont la cause de tout l'antisémitisme et l'antisionisme à l'échelle planétaire aujourd'hui ! Eh bien, il aurait la paix. Et c'est bien parce qu'on s'est laissé bernés par ce mensonge gros comme une montagne que ça n'a pas marché, et que la situation est pire quand nous ne sommes pas présents dans lesdits territoires.

Dans un autre contexte, on nous disait : «Ah, si seulement vous pouviez comprendre que vos habits et vos mœurs sont la cause de toute cette haine contre vous, elle disparaîtrait comme par enchantement !» Là non plus, ça n'avait pas marché. En Allemagne nazie, on pouvait être complètement Allemand, de langue, de mœurs et de vêtement, et être mis à mort en n'ayant qu'un seul ascendant juif de quatrième génération.

Ces mécanismes de la pensée existaient déjà aux époques bibliques. Ce n'est pas l'histoire moderne qui a cherché à convaincre le Juif de sa propre culpabilité.  Les Hébreux bien décidés à s'identifier aux Egyptiens ne sont pas sortis d'Egypte. La tradition nous apprend qu'ils ont disparus pendant la plaie des ténèbres, ce qui explique le verset qui mentionne que les Hébreux sont bien partis en direction de leur Palestine, mais à raison d'un cinquième seulement. (Exode XIII, 18). C'était en 2448 du calendrier juif (désolé, j'ai du mal avec les comptes à rebours). Plus tard, chez les Perso-Mèdes, en 3408, on accusera le Juif Mardochée de toute l'affliction dont souffrent ses frères : c'est parce qu'il refuse de se prosterner devant Aman. Le texte du Rouleau d'Esther n'est pas dupe. Dès sa première mention, celui-là est présenté comme descendant d'Agag, lié au contexte dans lequel le roi Saül avait perdu son autorité.

Le Juif libre ne l'est pas uniquement parce qu'il est à la tête de son propre Etat, ou qu'il en est chef –d'état-major. Il n'est vraiment libre que lorsqu'il comprend qu'il n'est pas coupable de la haine des autres à son égard. Les époques ne changent pas. Ce qui change n'en est que la forme. Seul le prétexte antijuif est interchangeable. En bousculant les schémas de la pensée figée des détracteurs d'Israël, en remettant les pendules à l'heure et en affirmant que les Palestiniens ne sont autres que ses grands-parents, le ministre israélien s'en prend aux défauts de l'argumentaire fautif qui refuse à Israël l'exercice de ses droits chez lui.

De l'intérieur, les opposants à l'action gouvernementale ont menacé de se servir de leur grande richesse pour appauvrir le pays. Des capitaux et autres investissements ont été transférés vers l'étranger, pendant que le shekel s'affaiblissait (que ce soit lié ou non). Vers la mi-février 23, un certain Ben Rabinowitz expliquait le risque d'affaiblissement économique d'Israël, s'il s'octroie un peu trop de libertés. Pour lui, si nos valeurs ne sont pas en phase avec celles des Usa, «nous en paierons le prix»[1]. Il ne rigole pas. Sa société, Amiti Ventures, jongle avec plus de 240 millions de dollars. Il a une perception bien à lui du miracle d'Israël qui «dépend des capitaux mobiles et d'une main d'œuvre high-tech libérale et mondialisée.» Or, un mois plus tard, la banque américaine SVB fait faillite. Qu'Amiti etc. s'en tire ou non, qu'elle soit affectée par ce «bank run» ou pas, elle ne peut qu'en tirer une leçon d'humilité.

La réalité d'Israël n'est pas le résultat d'une quelconque mansuétude des Nations, mais un événement transhistorique qui défie leur entendement. Elle tentent d'y faire face et de donner le change. Si tu ne peux empêcher une réalité d'être tangible, laisse entendre que tu en es l'auteur et qu'elle est sous ton entier contrôle.

Puisse Israël continuer sa marche vers sa complète rédemption, et cette nouvelle loi qui annule le décret antisémite annexe du «redéploiement» en être un heureux avant-goût.   

Partager cet article
Repost0
20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 09:29

Mais oui mais c'est bien sûr ! Où avais-je donc la tête, le médicament qui marche, c'est le méthyl/propyl parahydroxybenzoate !

Le principal dialogue de sourds qui a occupé le devant de la scène pendant la terreur du covid-19, entre les chargés de mettre la pression et le simple citoyen perplexe face à tant de sollicitude,  a été le suivant :

Simple citoyen : «Vous nous parlez de l'urgence de l'éradication du fléau et de l'épidémie, soutenant que les risques potentiellement liés à l'injection d'un produit encore nouveau donc expérimental, sont de loin préférables à la propagation du virus. Mais où voyez-vous donc des victimes en grand nombre, D. préserve, d'une telle calamité ? Cherchez "épidémie" sur Internet, et vous comprendrez qu'en pareille situation, les maisons et les rues sont jonchées de cadavres, et que les services de salubrité ne parviennent pas à soutenir le rythme des décès. Votre discours est imaginaire.»

Les agents pro-vaccinaux ripostent avec violence : «Vous êtes des négationnistes du corona, et à cause de vous des gens meurent.» Ils parlent à votre place : «Non, le coronavirus n'existe pas, d'après vous. Vous êtes des inconscients dangereux par votre influence qui refusent de regarder la réalité en face.»

Le discours tourne en boucle, car à ce moment-là du débat, l'honnête citoyen revient à sa première tirade :

 «Montrez-nous les monticules de cadavres qui encombrent les caniveaux.» Et ainsi de suite.

Dans l'approche dominante, formatée artificiellement par la manipulation et injectée dans bien trop de cerveaux, cette approche qui va du tout au rien, où si tout est sombre rien n'est clair, ou si tout est clair rien n'est sombre, il n'y a que deux possibilités : soit le corona est là, et il faut vacciner toute la planète ; soit il n'existe pas, et il ne faut rien faire.

Le juste milieu est pourtant simple : le corona est là ; il faut et il suffit de soigner les malades.

Rapidement, l'efficacité d'un médicament présent dans toutes les pharmacies contre le coronavirus est avérée : le Plaquénil.  Le virus est détecté en 2019, mais en mars 2020 on effraie les populations, on les enferme chez elles et on leur dit qu'on attend le vaccin qui permettra de revenir à une vie normale. Et comme par enchantement, ce remède devient introuvable. Les praticiens et pharmaciens de bonne foi déplorent la ruée de nouveaux clients qui conduit vite à une rupture des stocks et prive ceux qui les prenaient régulièrement de leur traitement. On reproche au professeur Raoult d'avoir provoqué cet intérêt pour le Plaquénil, précédemment prescrit aux patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus. Le laboratoire Sanofi, son auteur, alerte les autorités sanitaires. Du coup, l'Agence nationale (française) du médicament décrète que seuls les malades qui souffrent des articulations pourront se le faire prescrire. Une dérogation autorise son emploi pour des malades du covid-19 uniquement s'ils sont hospitalisés. Puis l'ANSM s'en mêle, et diabolise le Plaquénil, avertissant de graves risques cardiaques. Il y aurait eu trois décès. Puis O. Véran, ministre de la Santé en France, et l'OMS, suspendent les études visant à établir ou infirmer un lien entre la guérison et l'hydroxychloroquine, principe actif du Plaquénil.

C'est une étude du Lancet qui conduit à cette interdiction du recours à ce médicament pour se soigner du covid-19. Le professeur Perronne invalide les conclusions du Lancet. Il accuse ses chercheurs d'avoir effectué des tests en utilisant un dosage démesuré, digne d'un candidat au suicide. Les chercheurs se défendent, tels seraient les dosages préconisés par l'Oms, quand on se sert de l'hydroxychloroquine contre les amibes. Contre les amibes ? Comment ça ? Le professeur se gratte la tête avant de comprendre l'impair commis par le Lancet. Ils se sont mélangé les pinceaux. Ils ont confondu l'hydroxychloroquine avec l'hydroxyquinoléine, produit effectivement employé pour traiter l'amibiase (présence d'amibes notamment dans le foie).

Penaud, le Lancet retire son étude, le 4 juin 2020, publiée le 22 mai. Or, c'est cette parution qui a poussé les autorités françaises à abroger la dérogation permettant l'utilisation du Plaquénil en milieu hospitalier à l'intention des malades touchés par le covid-19. On peut honnêtement s'interroger sur ce qui a poussé les autorités sanitaires à privilégier l'opposition du Lancet au traitement, contre l'avis favorable soutenu en France par le professeur Raoult et aux Usa par le docteur Zelenko. L'avenir nous le dira peut-être, à l'heure où Pfizer et ses dirigeants s'enfoncent chaque jour un peu plus. On peut se demander aussi pourquoi la découverte de l'erreur, pour ne pas dire de la supercherie, a été censurée sur Youtube. (Tapez https://www.youtube.com/watch?v=cevj37rDRGo, vous allez voir).

On peut juste relever au passage qu'au moins deux des quatre auteurs de l'étude du Lancet pourraient bien être en position de conflit d'intérêt. Les cosignataires de l'étude sont : Mandeep Mehra, Frank Ruschitzka (Zurich), Amit Patel (Utah), et Sapan Desai. Seul ce dernier refuse d'admettre sa défaite, tandis que les trois autres ont demandé la suppression de leur article. Le dénommé Mehra animait des conférences pour Gilead, firme pharmaceutique ayant mis (mal) au point le très coûteux et inefficace Remdesivir. Mehra, directeur du centre de cardiologie à Boston (hôpital Brigham), a testé ce remède, et a certainement désiré qu'il fonctionnât. Quant à Sapan Desai, la société Surgisphere était sous son égide. Elle produisait des kits de tests de dépistage du coronavirus. Pour revenir au professeur Perronne, il est formel : il est interdit de mettre au point un vaccin pour prévenir une maladie quand des traitements médicamenteux existent.

Ce n'est donc pas la ruée de la clientèle sur le Plaquénil qui a conduit à cette pénurie, mais bien une intervention du pouvoir politique.

Un autre médicament, un antiparasitaire employé en médecine vétérinaire a été identifié comme utile contre le coronavirus chez l'homme, et salvateur pour qui aurait un mal de chien ou une fièvre de cheval. Il s'agit de l'Ivermectine. Encore un médicament qui représente une menace sérieuse contre l'aspiration à vacciner le plus grand nombre. En l'occurrence, l'un des pays les plus touchés par le covid-19 est l'Inde. Cette fois, c'est le Dr Soumya Swaminathan (pédiatre indienne, ayant fait des recherches sur la tuberculose et le virus du sida, scientifique en chef de l'Oms depuis 2019) qui intervient pour convaincre les différents Etats fédéraux de ne pas l'utiliser. L'Uttarakhand et l'Uttar Pradesh, en 2021, vaccinent très peu, mais optent pour le recours à l'ivermectine. Mais le Kerala, où les adultes sont injectés à plus de 92%, voit le virus faire des ravages. Les régions ayant écouté les recommandations de Mme Swaminnathan sont gravement affectées. Me Dipali Ojha, de l'association Indian Bar l'attaque en justice[1]. L'Oms, qui défend la ligne opposée à l'ivermectine, n'a pas été suivie par le ministère indien de la Santé. Le médicament est préconisé par ce ministère dès avril 21. Mais le 10 mai, Mme Swaminathan annonce que l'agence des Nations Unies le déconseille. Deux Etats du Sud ont suivi ses recommandations : le Tamil Nadu et le Kerala.

L'interdiction entraîne, au Kerala, qui ne contient que 3% de la population indienne, le résultat suivant : en août 21, on y trouve 50% des cas recensés[2]. L'Uttar Pradesh, en revanche, avec ses 240 millions d'habitants, n'avait à la fin août que 179 cas. Le Sénégal[3] a refusé lui aussi les recommandations de l'Oms. L'Algérie a quant à elle refusé la marchandise de Pfizer, en raison des contraintes du contrat, lavant cette société de toute responsabilité voire culpabilité, les Etats-clients devant assumer seuls tous les risques. Paradoxalement, l'Oms a félicité l'Inde pour ses résultats.

Quoi qu'il en soit, entre censure étatique et médias sous contrôle, entre accusations de fausses informations et admiration folle pour une firme pharmaceutique perçue comme une entreprise philanthropique désintéressée quasi messianique, la position du dernier maillon de la chaîne qui vous soigne, le médecin de famille, a été formelle pendant la crise : «Il n'existe pas de médicament contre le coronavirus».

Vous connaissez ces organismes (ministères, assurances, centres médicaux etc.) dont le répondeur automatique que vous avez en ligne avant de tomber sur une véritable personne, vous avertit que les appels sont enregistrés. Ainsi, en cas de réclamation future de votre part, vous pourrez être aisément confondu pour les contradictions et/ou le manque de bonne foi que contiennent vos propos. Le problème, c'est qu'en réclamant et en exigeant que l'enregistrement soit produit pour être réécouté, on ne vous le sort jamais. J'ai donc décidé de prendre les devants. Voici la retranscription partielle de la conversation que j'ai eue avec le médecin traitant, lorsque mon épouse, ayant attrapé la grippe, identifiée par test-covid comme étant en fait le fameux coronavirus, s'est vue interdire de sortir de la maison, confinée qu'elle fut en même temps que les autres membres de la famille, sous surveillance policière (appels fréquents).

  • Pourriez-vous délivrer une ordonnance par téléphone, pour ma femme ?
  • Certainement, je consulte tout de suite son dossier. Si c'est pour un médicament qu'elle est habituée à prendre. (Le docteur cherche…) De quel médicament est-il question ? (Apparemment, il n'a pas trouvé).
  • C'était un antibiotique (dommage que je n'ai pas retenu le nom, moi non plus). Vous allez le trouver. C'était en novembre 19.
  • Quel antibiotique ?
  • Je n'ai pas retenu le nom.
  • Si c'est pour un antibiotique, je ne peux pas le prescrire sans avoir ausculté… Qu'est-ce qu'elle a ?
  • Une toux très embarrassante, avec des glaires qui encombrent la respiration. Comme c'est pareil que la fois d'avant, si vous arrivez à retrouver le nom du médicament…
  • En fait, elle voulait vous voir mercredi mais vous lui avez dit qu'elle ne pouvait pas venir au centre médical. Vous avez imposé la condition d'un test négatif.
  • Ah ! Mais c'est à cause du corona. Pour le corona, il n'y a que le centre Moca qui peut s'en charger.
  • Le centre Moca ?
  • En effet, le centre Moca, pour les malades confirmés. C'est simple, c'est un virus,
  • La dernière fois aussi, c'était un virus, et vous avez prescrit un antibiotique.
  • Non, non, non. Si c'est pour le virus corona, les soins ne sont administrés que dans les hôpitaux. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Pour le corona, on ne peut pas obtenir un traitement par téléphone.
  • Mais pourtant…
  • Il faut appeler l'Institut Moca, leur présenter le cas, et ils vont vous expliquer ce qu'il faut faire.
  • Vous ne pouvez pas envoyer un médecin qui se déplace et ausculte à domicile ? (Soit dit en passant, le préposé qui fait les tests se déplace en combinaison de sac en plastique chez les gens).
  • Leur téléphone c'est *5609. Comment pourrait-on visiter un malade du corona à domicile ? ça n'existe pas.
  • Ben. Le médecin, c'est celui qui vient guérir. Donc il va chez les gens malades quand ils ne se déplacent pas. C'est ce que j'avais compris.
  • Non, celui qui a le corona est en isolement. Et les conditions ne sont plus les mêmes. C'est une ambulance spéciale qui vient chercher la personne à domicile pour la conduire à l'hôpital.
  • Vous voulez dire qu'il n'y a plus aucune réponse médicale ?
  • Non, c'est le contraire que je viens d'expliquer.
  • Mais si on veut être soigné sans aller à l'hôpital ? En recevant simplement les médicaments qui fonctionnent.
  • Non, parce que vous n'avez pas suffisamment de connaissances pour savoir quel médicament il convient de lui administrer.
  • D'accord, mais vous, vous les avez, ces connaissances. Et vous pouvez lui prescrire le même médicament que la fois précédente où elle souffrait aussi d'une infection pulmonaire.
  • Je vous dis en tant que médecin ce que vous devez faire. Vous devez appeler le centre Moca. Si elle a des difficultés respiratoires, je vous délivre une lettre pour les urgences. En tant que malade avérée du corona, elle ne peut pas rester à la maison. Je peux vérifier tout de suite la procédure de transfert à l'hôpital. En principe, vous devriez contacter le centre Moca. Je suis justement en train de donner les bonnes directives médicales, contrairement à ce que vous me demandez. Je vous pose la question : a-t-elle du mal à respirer ?
  • En fait, la dernière fois aussi, je vous avais demandé si c'était le corona. Mais à l'époque, on ne faisait pas de tests. Et puisqu'elle a la même chose…
  • Une fois de plus, on ne traite pas le patient en faisant la même chose que la fois d'avant. Vous comprenez ? Est-ce qu'elle souffre de difficultés respiratoires ?
  • Pourtant. En fait, elle a mesuré le taux d'oxygénation avec un appareil. Elle est autour de 92%.
  • Très bien, mais si la personne a des difficultés respiratoires, elle ne peut pas rester chez elle.
  • Mais vous nous aviez toujours dit que le virus ne nous intéressait pas, et que c'était seulement la situation du patient.
  • Oui, mais là, ce n'est pas un virus habituel. On ne le connaît pas très bien.

Pour finir, nous déclinons l'offre. Il se passe de drôles de choses à l'hôpital. J'objecte pour justifier notre choix que s'il est incapable de prescrire un médicament, l'hôpital ne fera pas mieux ; mais que si, par contre, l'hôpital peut nous le prescrire, lui aussi peut le faire. Il se fâche un peu parce que j'ai selon lui l'intention de lui enseigner la médecine. Je lui dis justement qu'elle vient de montrer ses limites, et qu'il n'en est rien, puisque je me contente de lui demander de se baser sur son propre savoir et sa propre expérience pour nous délivrer le même médicament que la fois d'avant.

Mon épouse dort en position assise, la fenêtre ouverte (l'air est revivifiant en hiver dans les montagnes de Jérusalem, alors que les fenêtres sont souvent manquantes dans les hôpitaux). Elle s'assied au jardin le jour pour profiter du soleil (à défaut de néons et de lumière artificielle 24/24 h). On dit que c'est bon pour la vitamine D. Un ami médecin nous fait parvenir de l'azithromycine, que nous n'utilisons pas pour finir. La période d'enfermement policier s'achève. Mon épouse va retrouver le médecin. Elle va mieux, mais elle tousse encore. Le médecin se bagarre contre son ordinateur, lui montre l'avertissement qui l'empêche d'opérer et qui s'affiche sur son écran à chaque nouvelle tentative : «Ce patient est fiché malade du corona». Il parvient enfin à faire entrer les nouvelles données : période d'enfermement terminée. Le système se remet à fonctionner. Il prescrit l'antibiotique dont il a été question plus haut. Si ça peut aider, c'est le Zinnat Tablets, des cachets à base de Cefuroxime (Axetil), méthyl parahydroxybenzoate propyl parahydroxybenzoate, sodium benzoate. Pas étonnant que je n'avais pas retenu le nom. Eh oui ! Il a pour finir prescrit le même traitement que la fois d'avant.

Nb : Mardi dernier (14 fév. 23), je dois accompagner ma fille au dispensaire, pour un mal de gorge. Je demande où est le pédiatre. Il a terminé, me dit-on. Mais nous avons rendez-vous. La secrétaire fait passer son masque du menton au visage. Elle nous indique le généraliste. J'ai comme une appréhension. Un homme sort, c'est notre tour. Le praticien est masqué. Il nous demande d'en faire autant. Sachant qu'une certaine catégorie de gens ne doit pas être contrariée, et m'y étant sans trop y croire un peu attendu, je sors le mien : un modèle publicitaire datant de l'avant-dernier tour des élections. Ma fille, par contre, éprouve un sentiment d'injustice et d'horreur. Je pense que la levée de cette période cauchemardesque est intervenue juste à temps, juste avant qu'elle ne sombre dans la dépression, dans le décrochage scolaire. Elle a subi durant cette dictature une bonne vingtaine de tests, sans lesquels l'accès à l'école lui aurait été interdit. Je vois à son visage qu'elle se sent rattrapée par l'horreur. J'interviens, rappelle au médecin qu'il doit de toute façon lui vérifier la gorge. Oui, mais quand même, ce sont les ordres. Mais comment ? s'emporte ma fille, au bord des larmes. J'avoue moi-même ne pas trop comprendre. Je suis venu plusieurs fois au dispensaire depuis la fin des décrets, sans jamais avoir été confronté à une telle contrainte. Les médecins avaient eux-mêmes un masque ou n'en avaient pas, mais ne disaient rien. Mon fils qui travaille à l'hôpital m'a confirmé que cette pratique a depuis longtemps été abandonnée. C'est la goutte qui fait déborder le vase. Il ne faut pas trop s'étonner, dis-je. Tu as devant toi le médecin qui avait refusé de soigner ta maman, et qui voulait l'envoyer à l'hôpital. Les ordres, grommèle-t-il. Il nous réoriente vers l'infirmière, c'est elle qui fait les prélèvements dans la gorge. Elle aussi exige le masque. On vient pour un prélèvement. Je lui demande si elle compte se comporter ainsi jusqu'à la fin des temps, vu que le gouvernement, en annulant les restrictions, les a visiblement oubliés. Elle fait son travail et nous repartons.

Je lis sur un média que l'obligation des masques va être levée dans les derniers lieux jeudi 16 fév.

Ps : je n'ai aucune action auprès des laboratoires dont je cite les produits dans ce texte.

 

[2] https://www.youtube.com/watch?v=irCkkcFYnDE 12 minutes, JM Jacquemin Raffestin.

[3] Pr Moussa Seydi, chef du départements des maladies infectieuses de l'hôpital Fann à Dakar,  affirme qu'il ne faut ps suivre aveuglément l'Oms. Le traitement contre le coronavirus est lancé au Sénégal dès mars 2020.

Partager cet article
Repost0
1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 12:03

 

Europe, Israël, comment sortir de l'effet boomerang civilisationnel ?

Posons cet énoncé : Tout se positionne autour d'Israël et du peuple juif. Je ne me rappelle plus quel enseignant, dans le laïc, m'avait un jour qualifié d'ethnocentriste, quand, sollicité pour prendre position suite à une diatribe lyrico-politique de sa part, je me contentai d'exposer cet axiome. Le maître digresse, se focalise sur tel aspect moyen oriental, et c'est l'étudiant qui devient ethnocentrique.  

Cette notion a toujours taraudé l'Occident, obnubilé de près ou de loin par la vision assez floue qu'il s'en est forgée à travers les âges. Il a vaguement conscience encore aujourd'hui de l'empreinte d'une civilisation judéo-chrétienne qui étaye son existence, sans trop savoir de quoi il retourne. C'est ce judéo qui conforte notre première affirmation. Le problème c'est que souvent sa vision lui semble nette. Sa religion est largement admise comme la base de ses valeurs, même en situation laïcisée. Elle agit un peu à la manière de l'école qui forme un modèle humain qui persiste encore longtemps après la fin des apprentissages civiques. Elle inclut notre Livre qu'elle conserve comme une relique tout autant précieuse que désuète, comme un trésor protégé et dénigré, dont les préceptes, non contraignants, sont tout au plus allégoriques. Ses ouailles  planent hors des contingences terrestres, la vie spirituelle se réinvente virtuelle, et pourtant, le corps et sa matière sont bien présents.

Nous venons de le voir, la civilisation est suspendue et oscille tel un pendule entre l'obligation religieuse devenue morale, la ferme conviction d'une laïcité rédemptrice, l'aspiration à un monde sans contrainte aucune, mais aussi l'idée d'en avoir trop fait en matière de déni de toute spiritualité transcendante qui pourrait l'interpeler.

Or, qui dit spiritualité dit forcément confusion, ou amalgame. Une forte association d'idées voit une indivisible trinité sans tri. Admettre le principe de la création et de la Providence ne peut se penser sans que n'intervienne cet homme que la civilisation gallo-romaine a appris à vénérer en lui octroyant force de divinité. Donc, revenir à D., c'est revenir aux cultes chrétiens, fréquenter les églises, et ainsi de suite. D'où ce blocage, car la raison ne saurait l'entendre. On tourne en rond, on court en tous sens. Le libre penseur, en se détachant radicalement de toute notion de transcendance spirituelle, se refuse le droit de penser. Maïmonide, dans les articles de foi, rappelle le principe de la puissance humaine dont la réussite ne s'explique que par l'assistance divine. Le verset le dit : «Et tu te rappelleras que c'est l'Eternel ton D. qui te donne la force d'accéder à la gloire».

Tout être humain, juif ou non, gagnerait à y réfléchir. La véritable foi n'exclut ni la pensée ni l'action. Pourtant, la pensée occidentale tend à aller d'un extrême à l'autre. Le pendule. On peut être croyant et inactif, dépourvu totalement de tout sens d'initiative réfléchissante ou innovante ; ou actif mais alors incroyant ; d'où l'idée que la foi implique le fatalisme et le désœuvrement.

Quand le culte de l'impossible paix, étymologiquement parlant, déferle et s'étale sur l'Europe, on s'inquiète de la montée d'un obscurantisme importé. En quoi les Lumières, puis la Révolution auront-elles été utiles, si, après que fut supplanté un Clergé qui rapetissait les hommes et leur refusait le droit de penser, un système analogue et décapitant voit en tout blasphème et offense ?

Une certaine logique politique comprend que la nature humaine a horreur du vide, y compris cultuel, et c'est alors que s'opère, par réaction à l'invasion qui précède, un mouvement de machine arrière, et, alors que tout dogme, sans distinction de race et de religion, avait été systématiquement rejeté jusque là puisque destiné à assujettir le genre humain, lui interdisant toute liberté de critique ou de pensée, certains ne trouvent rien de plus sensé que de retomber, avec nostalgie, dans le dogme dont ils s'étaient affranchis et qui spoliait leurs ancêtres. Si le vide laissé par le christianisme et autres catholicismes provoque un phénomène d'aspiration qui fait s'implanter une autre religion venue d'Orient, pour laquelle l'infidèle par définition est susceptible au moindre écart d'être condamné à mort et de se faire exécuter par le premier tribunal terroriste ambulant à l'affut, autant reprendre l'ancien système et se laisser persécuter par lui. Personne ne vient à se demander si ce ne serait pas par hasard le manque de fermeté, d'intransigeance dans le respect de la loi et de la justice républicaines, la permissivité débonnaire vis-à-vis du crime, qui, en se gardant de remplir ce vide, auraient appelé cette réalité d'anarchie et de chaos.  

Et comme personne ne sacrifie sa vie pour la laïcité, on se confine dans la conception de la lutte des cultes, d'une guerre de religion dont l'un des antagonistes, moribond, n'aurait qu'à reprendre des forces pour être à nouveau d'attaque. Certains polémistes aspirants politiciens ou amuseurs publics se mêlent de cette guerre et vont jusqu'à se pavaner dans des églises, s'y faire allumeurs de cierges, ou à se convertir, fiers du contrepoids qu'ils revendiquent pour sauver la civilisation occidentale et lui rendre son ancienne et surannée gloire.

Cette oscillation entre le vieux culte oppresseur et le vide spirituel moderne ne permet pas à l'Europe d'aller de l'avant. Elle se balance entre l'obscurantisme clérical qui allait jusqu'à interdire à la terre de tourner, et une laïcité impossible car mise à mal par l'obscurantisme islamique. Elle se trouve incapable d'effectuer le juste tri qui s'impose entre tant d'éléments disparates conglomérés qui forment un tout trompeur. Parfois, une ébauche de discernement se fait quand certaines personnes sincères se disent croyantes mais non pratiquantes. D'un côté, elles pressentent une Autorité omniprésente et omnipotente, le monde ne s'étant pas fait tout seul, et, de l'autre, elles sentent que le dogme de l'enfant-dieu ne saurait aller de soi. On assiste en fait à l'une des plus anciennes associations d'idées, selon laquelle refuser le supposé héritier du canon biblique juif s'apparenterait à de l'hérésie.  Vous ne croyez pas en Jésus, vous refusez D., d'où les deux castes : celle qui ne saurait accepter d'être renégate, et celle qui s'est fait une raison, et qui préfère l'être plutôt que de renoncer à la dignité humaine et à l'intelligence qui ne demande qu'à être exploitée à bon escient et qui est d'ailleurs l'un des principaux éléments qui distingue l'homme du reste du règne animal, en dehors du discernement entre le bien et le mal.

Le rituel de la prière israélite le dit : «Il n'est nulle différence entre l'homme et l'animal, sinon l'âme pure qui aura des comptes à rendre devant le Saint béni soit-Il».

Il ne reste plus à l'homme qu'à faire la part des choses : profiter tout à la fois de ce que l'intelligence dont son espèce détient le privilège peut lui apporter, et reconnaître que D. est l'auteur de tout ce qu'il possède, en sachant l'en remercier. Le verset de la création conclut : «Que l'Eternel créa pour faire» (littéralement, sans effets de style). L'homme doit disposer de ce qui a été créé au départ pour le raffiner, ce qui concerne pour commencer les bases matérielles et créatrices. Par exemple, le blé se sème et se moud, puis il se fait pain.

A contrario, le refus de reconnaître non seulement la création divine au départ mais la constante implication providentielle qui assure le maintien de cette création, maintient les lois de la nature, comme la biologie, la physique, le système planétaire, ne conduit qu'à des angoisses existentielles : logiquement, la terre devrait quitter son orbite, la moindre variation de masse devrait modifier sa trajectoire, selon l'équation avérée de l'attraction universelle. Elle devrait être éjectée dans l'espace ou absorbée par le soleil. Ou alors, des météores géants devraient la cribler de profonds cratères. Quant au danger que représente l'homme pour lui-même, la folie dévastatrice ne peut prévoir que l'anéantissement de toute vie sur terre, la course à l'armement devenant un jeu selon lequel le plus fort est celui qui peut faire sauter le globe le plus grand nombre de fois. On peut aussi compter sur la mauvaise gestion des centrales nucléaires, dont Tchernobyl fut un terrifiant avant-goût. Donc, s'ils ne l'ont pas fait exprès, qu'est-ce que ça peut donner si ça devient intentionnel ? On peut aussi craindre une surpopulation mondiale, bien loin de l'approche spirituelle méconnue qui prend sa source dans le Zohar et qui veut que toutes les âmes potentielles soient passées par la vie terrestre avant l'avènement du salut généralisé de l'humanité. Les critères laïcs conduisent à toutes sortes de croyances qui ne restent pas seulement au pur niveau de l'idée. Le pessimisme instillé par la guerre froide a poussé de très forts pans de la population à refuser de procréer, produisant des hommes et des femmes vivant au jour le jour, chaque jour pouvant être le dernier. La société en est sortie vieillie, et c'est un autre vide qui aspire une autre présence. On parle de remplacement. Mais on pourrait peut-être parler d'une place laissée vacante et occupée par d'autres.

D. n'exige pas de l'homme qu'il se convertisse au judaïsme qui, pour sa part, incarne une nation de prêtres. Si, d'une certaine manière, un non-Juif peut se convertir et y accéder, un Juif né Israël ne pourra monter de niveau et accéder au titre de Cohen. Et de même qu'il serait ridicule pour un Israël de jalouser un Cohen, de même le natif des nations ne doit pas jalouser cette nation de prêtres, mais tout faire pour qu'elle accomplisse le plus pleinement possible sa vocation. Ce n'est pas le Juif qui se flatte de ne rien observer qui doit faire plaisir au non-Juif, mais le Juif qui est resté fidèle à sa vocation, où la matérialité s'habille de spirituel.

Le Juif qui se renie, ou le non-Juif qui lui renie le droit de sa présence légitime en ses frontières, tout cela agit contre la civilisation occidentale. Saborder les assises de la nation d'Israël implique par a fortiori son propre sabordage. La haine vouée à Israël, qu'il s'agisse de ses personnes physiques ou de la nation souveraine en ses frontières, donne des résultats amplifiés comme par une caisse de résonnance chez ses auteurs. Le non-Juif doit encourager le Juif à ne pas dévier de sa vocation.

A quoi cela ressemble-t-il ? Une ou des paraboles sont nécessaires pour en saisir le fonctionnement. Nous avons tous eu entre les mains cette étrange arme australienne, le boomerang. Utile à son utilisateur avisé, elle peut s'avérer dangereuse à qui ignore ce phénomène frappant dans tous les sens du terme de son retour à l'envoyeur.

Ailleurs, des terroristes, lors de la première guerre du Liban, avaient la sinistre particularité d'être unijambistes, à la manière du stoïque soldat de plomb d'Andersen. C'était en calant leur lance-missile RPG fermement sur leur cuisse qu'ils l'avaient arrachée.

Imaginons à présent une hutte de paille et son habitant. Il se met à tirer des flèches enflammées en direction des murs de brique de son voisin, qui habite le même village, et saute de joie quand il parvient à les impacter et les cribler de traces de charbon. Mais le feu qu'il alimente se trouve chez lui, et, alors que le voisin encaisse les coups de son injustice sans broncher, le lanceur de flèches voit que son terrain et sa maison s'enflamment. Mais, aliéné par sa haine, il est incapable de voir le rapprochement. Il continue.

Jusqu'en 64 du siècle dernier de l'ère vulgaire, les nations reconnaissaient la légitime association entre le Juif et sa Palestine. Certains antisémites, d'ailleurs, pour bien insister sur leur aversion envers cette présence étrangère, insistaient sur cette origine géographique. «Que font-ils chez nous, qu'ils retournent chez eux». S'il est par conséquent possible de considérer le Juif comme étranger partout ailleurs dans le monde, c'est bien qu'en principe, on reconnaît du moins tacitement qu'il est originaire de sa Palestine. (Ce principe ne tient pas compte de ceux qui le considèrent comme apatride). Mais c'est à cet instant, alors que précisément le Juif a de plus en plus tendance à rentrer chez lui, que germe l'idée de lui trouver un peuple de substitution, ce grossier tour de passe-passe inversant les rôles et faisant du Juif chez lui une puissance étrangère d'occupation. Sa terre n'est plus sa terre, et les circonstances les plus invraisemblables sont trouvées à l'actif des peuplades haineuses qui viennent l'assassiner sans distinctions de genre ou d'âge.

Et de se réjouir à la vue de zones entières rendues judenrein en plein cœur de la terre d'Israël. On se fâche des quelques centaines de Juifs qui vivent à Hébron, et on se félicite des dizaines de milliers de musulmans qui non seulement en occupent la majeur partie, mais qui y mettent en danger les enfants d'Israël. Ce que l'on aime ignorer, c'est que cette disproportion démographique est le résultat direct du pogrom de Hébron en 1929, perpétré par les voisins musulmans qui l'occupaient déjà mais en bien moindre proportion. Soixante-deux hommes, femmes, enfants, nourrissons et vieillards juifs sont massacrés à coups de haches et de tout objet tombé dans les mains des agresseurs musulmans. Les Britanniques, traîtres du mandat qui leur fut accordé par la Société Des Nations pour gérer dans les faits le bon déroulement du retour d'Israël, obligent les survivants à partir. Personne aujourd'hui ne reproche aux descendants ni aux représentants de ces peuplades hostiles et dangereuses le pourquoi de leur présence en ce lieu central du peuple hébreu, qui remonte au minimum à l'achat de la Mah'arat Hamakhpella par le patriarche Abraham, à qui le texte biblique promet déjà que ce sera en Isaac que sera reconnue sa descendance.

C'est la hutte de l'envoyeur qui brûle aujourd'hui. Sa haine agit comme un boomerang. La légitimité de la relation entre l'Européen moyen et son sol ancestral est gravement remise en question, et notamment par ses propres dirigeants. Un monarque moderne, élu démocratiquement par conditionnement des cerveaux électeurs, seul candidat libre des étiquettes traumatisantes qu'il colle sur les autres, a relativisé les notions de peuple et de culture de son pays, la France. Quand des policiers en faction ou en patrouille sont brûlés vifs dans leur véhicule de fonction, il leur est reproché d'avoir manifesté une présence par trop ostensible et provocatrice, tandis que les pouvoirs prennent en pitié une population dangereuse, assassine, et considèrent qu'elle n'est pas suffisamment inondée de fonds publics.

Soit dit en passant, c'est une méthode américaine : si une action ne marche pas, c'est qu'elle doit être intensifiée. Là, par contre, le reproche de la conduite des ancêtres intervient. Pauvres individus violents, leurs pères furent martyrisés en Afrique par les pères de ces Européens qui doivent payer pour leurs méfaits, à la manière de l'agneau de La Fontaine, «Si ce n'est toi, c'est donc ton frère», ou tout aussi bien ton ancêtre, puisque tu n'étais pas né.

Et ce même islam conquérant tellement adoré par l'Europe tant qu'il s'attaque à Israël voit sa vocation de califat mondial renforcée, légitimée, encouragée. En 1987, les médias traitaient en héros des lanceurs de pierres et de bouteilles incendiaires qui tenaient tête à la plus forte armée du monde. Les voyous de cités et de banlieues s'en sont trouvés flattés, avant de raisonner par a fortiori. Si de tels va-nu-pieds obtiennent des résultats, il n'y a qu'un pas pour s'identifier à eux (même langue, même religion), pour s'attaquer à de simples policiers loin d'avoir été formés au combat ou à la guerre.  

En parallèle, des nuées de migrants déferlent sur l'Europe, la rendent méconnaissable. Clandestins, hors-la-loi, ils forcent le passage, submergent les frontières. Sans passeports et sans visas, ni même une pièce d'identité, ils supplantent les natifs légitimes des pays qu'ils envahissent, hébergés coûte que coûte, voire au prix de réquisitions de biens immobiliers ancestraux, ou quand des villages de vacances sont transformés en refuges quand les autochtones sans logis meurent de faim et de froid sous les ponts.

Un comique antisémite moquait le peuple élu, s'indignant qu'il n'avait pas voté. Le problème de ce comique résume celui de la civilisation qu'il représente : il se prend pour le Créateur. La laïcisation totale de l'espace humain lui permet de balayer d'un revers de la main cette notion transcendante d'élection, biblique en fait, de prendre la place de D. et de changer son programme. Le comique n'a élu personne. Ce comique a affiché d'une manière à peine masquée sa rancœur, sa jalousie du Juif dans le symbole de sa croisade. Avec sa quenelle, il montre son bras vide, son bras discriminé qui n'a pas eu droit au précepte des tefillins. D'ailleurs, quenelle, c'est un jeu de mots, que la correction ne nous permet pas d'expliquer. Nous l'avions signifié à l'époque des grandes polémiques : on ne dit pas quenelle, on dit incirconcis complexé.

 

Soit dit en passant, certaines blagues antijuives perdent de leur pertinente drôlerie. Si d'aucuns disent qu'à chaque antisémite ses Juifs, j'eus inversement à une époque le mien. J'étais son public. Me raconter ses blagues était pour lui délicieux. L'une d'elles revenait souvent. «Pourquoi les Juifs ont un gros nez ?» me questionnait-il, le plus drôle ayant été que le sien fut bien plus volumineux que le mien… mais bon, quand on est prisonnier d'une conception. «C'est parce que l'air est gratuit», enchaînait-il. Sans vouloir développer des conceptions par trop mystiques, il serait permis, blague à part, de voir ici aussi un effet boomerang. Il y a depuis la taxe carbone ; l'air a cessé d'être gratuit. Bientôt, le bâillement coûtera deux euros pour sa profonde inspiration, et l'éternuement tout autant parce qu'il pollue l'air des autres. La blague devient malvenue.

« Comment ça, gratuit ? » réagirait saisie d'offuscation la face de l'auditeur.

Si un peuple qui devient peuple en 2448 de l'ère judaïque ou plus simplement biblique, si le père fondateur de ce peuple naît en 1948 de cette ère, s'il se distingue par son attachement à une seule et unique terre promise dès les prémices et les prémisses de son existence, s'il possède une langue, une écriture et le Livre des Livres, et qu'il n'ait pas droit à ce que sa légitimité soit reconnue, ce ne sera alors pas l'Europe qui pourra se prévaloir de tout ce qu'elle refuse à Israël. Et ce n'est pas en lui volant dans l'idée et les tendances politiques sa terre qu'elle préservera la sienne. Elle allume les flèches incendiaires qui mettent le feu chez elle.

Le Retour à D. doit épurer la relation de l'homme à son Créateur de toutes les scories où s'est embourbée la foi dans sa plus simple acception, celle qui reconnaît le D. Un. Les natifs des soixante-dix nations devront rechercher la justice, adopter les sept préceptes des fils de Noé, que certains cercles rabbiniques israéliens s'efforcent aujourd'hui de rendre accessibles. Il faut parvenir à s'extirper de ce cercle vicieux, de cette révolution prise en étau entre le déni de D. et cet obscurantisme qui brûlait sur le bûcher tout poseur de questions susceptible de remettre en question l'évidence du pouvoir cultuel hégémonique imposée par l'ex Empire romain dont les séquelles tardent à disparaître. 

Reconnaître Israël en vue de sa propre reconnaissance.

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 20:20
On a vraiment cru bien faire en imposant la détresse

La propagande est une pratique dont l'homme moderne que nous sommes se démarque. Dès que nous appréhendons une tentative d'annihilation de nos capacités propres d'observation et de décision, nous sommes sur nos gardes. Et si, en sus de ce soupçon, un propagandiste annonce la couleur – «je viens vous dicter votre façon de penser» – nous le considérons comme un hurluberlu débarqué d'un autre âge. En hommes avisés, nous déclinerions son offre de nous instruire et lui dirions que nous n'en voulons pas. C'est pourquoi il nous semble que la propagande a disparu de notre paysage humain. En fait, elle s'est juste déguisée. Elle a changé de nom. On ne dit plus propagande ; on dit relations publiques. C'est plus joli. Et puisque nous sommes le public, ça nous fait plaisir que l'on s'intéresse à nous.

Il est difficile à première vue de saisir toute la mesure de l'influence de ces jeux ou guerres de mots sur le conditionnement des masses. Nous, êtres supérieurs incarnant l'aboutissement de l'évolution, hissés au sommet de l'échelle, éclairés et affranchis de tout obscurantisme, nous qui haussons les épaules en feuilletant un manuel d'histoire, considérons avec mépris les générations qui nous ont précédés, masses humaines primitives se jetant notamment tête baissée dans deux conflits mondiaux ; nous qui avons été instruits par l'école des méfaits destructeurs des influences nazies ou du stalinisme, devrions être suffisamment avertis pour ne pas tomber dans les pièges primaires de la manipulation, et certainement pas nous laisser enfermer dans un conformisme comportemental dérivé d'une obéissance servile.  

Il semblait encore impensable, il y a peu d'années, que nous serions capables par annihilation de notre esprit critique, de devenir nos propres persécuteurs, d'être les auteurs de notre oppression, suggérée par le pouvoir totalitaire encore et toujours protégé par l'ensemble des apparences et autres étiquettes d'un régime démocratique, qu'il suffirait de quelques ordres insinués, de mimiques entendues, de gestes convenus, pour nous faire marcher au pas. Et comme nous nous considérons comme des peuples libres, affranchis de toute domination, et tellement intelligents qu'il est superflu de réfléchir, nous sourions à l'idée que cette liberté pourrait ne pas être un acquis définitif, pour la défense duquel il ne serait plus impératif de ne jamais baisser notre garde.

Le livre des Proverbes nous met en garde contre la paresse et l'inactivité justifiées par la prudence. «Le paresseux dit : "Un lion est dehors ! Dans les rues je me ferai assassiner".» (XXII, 13). Le prétexte risible peut devenir une raison profonde. Non pas qu'un lion se soit réellement échappé d'un zoo, ou qu'il ait pris frauduleusement l'avion en passager clandestin depuis le cœur de l'Afrique, ni que le risque de se faire attaquer par des braqueurs soit devenu tangible, mais une angoisse véritable peut neutraliser toute capacité d'initiative, à commencer par celle de sortir de chez soi.

Si vous êtes propagandiste ou manipulateur, vous devez faire en sorte que les gens aient peur de ce lion hypothétique. Et si vous anticipez que le public puisse sortir malgré vos avertissements dans la rue, et se protéger en circulant dans des cages comme le suggéra Albert Cohen dans Mangeclous, il vous suffira de trouver un mal sournois, invisible, que les barreaux mobiles n'arrêtent pas, et qui fonde sur l'homme encore sain la minute d'avant telle l'humeur décrite par Gotlib. Il est plus difficile de faire croire à la population que – ça y est – les martiens ou vénusiens attaquent, ou encore les reptiliens, ou qu'il est l'heure de la planète des singes. Comme le disait dans les années quatre-vingt le professeur Joseph Kaufmann de l'université Bar-Ilan, la plus plausible des idées promues par la SF d'une éradication du genre humain supplanté par une autre espèce, reste celle de la prépondérance de l'invasion d'un microorganisme, microbe ou virus. Ne parlez pas des extra-terrestres car, à ce stade encore du moins, vous ne serez pas pris au sérieux.

Il est plus probable en revanche de miser sur l'hypocondrie, l'entité pathogène effrayant plus que le lion. Les personnes sensées, prudentes, resteront chez elles, et elles admettront que quiconque brave le danger n'aura qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Du lion au virus, le procédé en profondeur reste le même. L'inactif, en restant chez lui, devient le plus grand des guerriers, son salon devient son Qg.

Nous ne valons pas mieux que nos prédécesseurs pour qui nous haussons les épaules. On enlève le mot propagande, on choisit la notion rassembleuse en apparence et flatteuse qui vient annihiler notre capacité de raisonnement, et le tour est joué. Nous tombons à notre tour dans les mêmes panneaux. Ce qu'il y a d'innovant dans le choix d'un microbe, c'est précisément son invisibilité. L'esprit frappeur frappe plus l'imagination que l'individu frappeur, précisément parce qu'il ne peut être vu. Certains endroits sont plus incertains de nuit que de jour, car précisément les malfaiteurs profitent de leur invisibilité.

Nous allons à présent passer en revue quelques uns de ces impératifs qui relèguent au dernier plan notre liberté, de réfléchir d'abord, et ensuite seulement de vivre comme bon nous semble. Commençons par la dernière en date.

D'aucuns nous ont cyniquement rappelé à l'ordre, au cas où nous aurions oublié que la liberté, si chère à nos sociétés, obéit au principe qui exige que celle de l'un s'arrête là où celle de son prochain commence. Or vu que celle de l'autre est celle de ne pas être contaminé par vous, votre liberté, pour ne pas empiéter sur la sienne, se limite aux cent pas vous autorisant à tourner en rond dans votre salon.

Et puis, par ailleurs, pourquoi, en tout état de cause, devrions-nous nous plaindre contre tel ou tel gouvernement, puisque nous sommes convaincus que l'idée vient de nous, même si on s'est fait un peu aider, tel ce candidat qui se fait souffler ses réponses au beau milieu d'un examen ?

Nous sommes, donc, des êtres supérieurs, pleins d'assurance, et nous sommes certains de l'impossibilité pour nous d'être manipulés. Il faut reconnaître que la force d'autosuggestion est d'une puissance extraordinaire, puisque si l'on se vaccine, c'est uniquement pour protéger les autres. Les autres, donc en l'occurrence les personnes dites à risques, les personnes âgées, ont pourtant été traités les premiers, mais peut-être que la nouvelle logique exige que deux précautions valent mieux qu'une. Et dire que nous pensions que, depuis le début de l'existence du principe vaccinal, que cette démarche sert principalement à se protéger soi-même, et très secondairement à ne pas propager telle ou telle maladie plus loin. Cette réflexion à elle-seule aurait dû nous laisser entendre que nous n'avons rien perdu de la propension qu'avaient nos aînés avant nous à se laisser manipuler.

Nous sommes encore et toujours des masses conditionnables à souhait, amenées à marcher comme un seul homme, ou comme une multitude qui n'aurait qu'un unique cerveau, selon l'orientation voulue par un pouvoir qui, s'il a été élu, n'en est pas moins totalitaire.

A présent, passons à d'autres grandes opérations de soumission. Le dénominateur commun de toute campagne de persuasion de grande envergure menée au sein du vaste royaume démocratique, c'est de convaincre les astreints que l'idée est la leur, comme dans cette parodie de la lutte entre la gastronomie et les industriels de l'agroalimentaire, qui oppose Duchemin à Tricatel[1].

Le confinement et le vaccin sont loin d'avoir été la première trouvaille. Mais il est vrai que sous cet angle, nous réagissons comme si nous étions nés de la dernière pluie, ignorants que nous sommes des autres précédents. Les motivations de ceux qui veulent nous faire croire que l'idée vient de nous (certains réclamaient l'enfermement dès les premières annonces d'épidémie), oscillent entre intérêts commerciaux et politiques. Et c'est au niveau des gouvernements ou des trusts que se concocte la méthode adaptée aux circonstances du moment.

Globalement, nous nous contentons de savoir, via l'école, les documentaires et les témoignages des personnes contemporaines à la deuxième Guerre mondiale, que le nazisme et le stalinisme ont usé et abusé des méthodes de persuasion. C'est de Goebbels, par exemple, que nous tenons l'idée du mensonge qui, plus il est répété, finit par passer pour une vérité.

Pourtant, l'idée mère n'est pas de lui. Avant l'endoctrinement pour le nazisme, ancré dans une certaine vision de la pureté du genre humain, de paix et de prospérité, valeurs auxquelles ce régime prétendait tendre, les premiers faits d'arme connus du monde moderne l'ont devancé d'une petite quinzaine d'années. Nous n'avons retenu le conditionnement des masses que dans la mesure où il incarne un danger majeur. Cette force de diviser pour rallier à la Cause, de mettre en minorité les opposants dont les cercles s'élargissent à mesure que progresse leur élimination,  chaque dernier cercle attaqué ayant été préalablement sinon satisfait du pouvoir, du moins pas importuné par lui, ne concerne pas uniquement les totalitarismes qui ont sévi de 1933 à la chute du rideau de fer.

Cette tactique se met aussi bien au service de la publicité commerciale que de l'incitation à l'enrôlement du simple citoyen américain à la Première guerre mondiale, ou que de la dénonciation d'un Etat pour mieux en prendre le contrôle en y insufflant un changement de régime ou en le détruisant.

L'auteur de ces méthodes n'est autre qu'Edward Bernays, le bien nommé. Neveu de Freud, il est le père de la propagande moderne, et qui veut vous berner s'adresse à ses services. Il peut agir sur vos habitudes les plus anodines, faire de vous un mangeur ou un fumeur, comme vous pousser à vous enrôler dans une guerre mondiale. Ce qu'il vous fera faire incarnera le bien ou lui sera associé. Bref, sa tactique vous endoctrine.  

Son génie diabolique a su rendre partisan de la participation active à la guerre en Europe un électorat dont le président élu avait axé sa campagne électorale sur la non-belligérance. Wilson, président des États-Unis de mars 1913 à mars 1921, avait investi tous les efforts possibles pour ne pas entrer en guerre, et ce fut grâce à son engagement à rester en dehors du conflit qu'il dut sa réélection en 1916. A l'unisson avec l'opinion publique, il se contenta de soutenir l'Angleterre et la France surtout par une aide économique, principalement sur la base de prêts. Il est vrai que l'Allemagne provoqua les Usa en s'attaquant à ses échanges maritimes et en leur coulant des paquebots. Par ailleurs, l'offre d'alliance au Mexique en janvier 17 par ce pays européen irrita l'opinion. Toujours est-il que pour s'assurer que le peuple le suivrait largement, le président américain mit en place la commission Creel, afin d'opérer un retournement radical de l'opinion. Bernays fut partie prenante de ce bureau agissant sur l'opinion.

Ce n'est qu'en 1919 qu'il ouvre une affaire indépendante. Il sait le poids des mots, et décide dès le départ de s'intéresser non pas à la propagande mais aux relations publiques, comme précité.

Par exemple, savez-vous pourquoi l'Américain moyen souffre d'obésité, alors que l'Européen, génétiquement proche, en souffre nettement moins ? Il y a peut-être une explication, dont les origines remontent au travail de ce Bernays. A cette époque, un secteur de l'industrie alimentaire se sent morose. Les producteurs de bacon aimeraient bien savoir comment pousser à la consommation, comment s'enrichir avec un aliment qui n'a vraiment rien pour lui. D'aspect repoussant, rien ne garantit qu'il soit bon, ni sur le plan du goût, ni sur le plan des valeurs nutritives ou sanitaires. C'est pourtant le tournant que va prendre cette énorme opération de persuasion. Bien sûr, Bernays ne va pas abonder dans le sens d'un plaidoyer protectionniste, ni faire appel à la bonté ou à la charité du citoyen américain en faveur d'une pauvre firme qui a du mal à survivre.

L'opération va être sanitaire. Ce sont alors quelque 4000 médecins qui sont soudoyés pour recommander scientifiquement un petit déjeuner copieux, le fameux breakfast de l'American Way of Life, petit déjeuner qui inclura, on s'en serait doutés, le fameux bacon. D'où l'obésité. Si, au lieu de prendre un café sur le pouce, on s'empiffre dès le réveil, en se gavant entre autres de bacon, avec la multiplication des repas qui s'ensuivront chaque jour, on ne risque pas de garder la ligne.

Néanmoins, la campagne qui suivra s'inquiétera de la ligne de l'Américaine moyenne. L'industrie du tabac est bien malheureuse. Seule la gente masculine est engoncée dans le tabagisme. Elle aimerait bien un peu d'égalité des sexes dans la propension à mettre la main au porte-monnaie pour l'enrichir.  Cette recherche d'égalité des dépenses entre les genres sera le terrain de bataille de Bernays, par le tabac sollicité.

Car, bien sûr, il ne va pas plaider pour une pauvre industrie avide de gains qui aimerait doubler sa mise, et qui aurait bien besoin que les femmes s'y mettent aussi. Le cheval de bataille sera l'émancipation des femmes, l'égalité. Les cigarettes sont rebaptisées les torches de la liberté. Si, après ça, les femmes ne vont pas se jeter comme un seul homme sur l'aubaine rédemptrice ! D'autant que cette campagne tend à remédier aux dégâts causés par la précédente, car la surconsommation de nourriture provoquée par la pub du bacon est compensée par le tabagisme qui empêche la femme qui fume de grignoter à longueur de journée …

Les batailles sur l'opinion de l'Amérique ont toujours un côté commercial, y compris dans les guerres. Nous l'avons vu, l'Allemagne lui coulait ses bateaux.  

En 1954, c'est un gros exploitant agricole qui a des problèmes. L'United Fruit Company (UFC), largement implantée au Guatemala. Vu qu'elle fait pousser notamment des bananes, on va voir comment est née l'appellation de république bananière. La dictature militaire est renversée par la révolution commencée en 1944. En 1951, Arbenz est le deuxième président élu démocratiquement. Il entreprend des réformes agraires, qui remettent en question la main-mise de l'UFC sur les terres et leur exploitation. Les réformes améliorent la condition paysanne. Des paysans sans terres se voient réattribuer des lots dont ils avaient été spoliés par de vieilles ententes entre la compagnie agricole américaine et les dictatures balayées depuis. Par ailleurs, la main d'œuvre agricole a un nouveau coût, déjà amorcé lors du mandat du prédécesseur du président élu, Juan José Arévalo, qui avait institué un salaire minimum. C'en est trop. L'UFC s'emploie à exercer un puissant lobbying et persuade le gouvernement et le président Truman qu'il faut renverser Arbenz.

Va-t-on avouer qu'Arbenz va se faire attaquer alors qu'il est soucieux de la démocratie et du droit des citoyens dans son pays ? Parce qu'il reprend au riche trust américain du Nord des terres dont il s'était emparé, habitué à exploiter une main d'œuvre dont les conditions rappellent le plus vil esclavage ? Bien sûr que non.

Pour le grand public des Usa, l'UFC est dans un juste combat. Le Guatemala serait sous influence communiste, et représenterait à ce titre un danger vital pour les Usa, vu ses accointances supposées et diabolisées avec l'Urss. C'est Bernays qui est encore une fois appelé à créer cette image, alors que le président du Guatemala opte, en dépit de la réforme sociale, pour le régime libéral. Eisenhower, qui succède à Truman, autorise un renversement armé en 1953, c'est l'opération PBSuccess. Une force de 480 hommes est armée et entraînée par la Cia, menée par Carlos Castillo Armas. Les Usa isolent le Guatemala, une propagande antigouvernementale est diffusée par la radio. La capitale est bombardée, puis c'est le blocus maritime. Arbenz et l'armée craignent une attaque directe de l'armée américaine. Cette déstabilisation suffit à provoquer la démission d'Arbenz le 27 juin 54. Armas n'a plus qu'à cueillir la présidence. Armas annule toutes les décisions en faveur de la justice sociale et les droits humains. Une répression sanglante règne sur le pays pendant 40 ans. Corruption, conflits d'intérêts, et amitiés intéressées douteuses sont les véritables moteurs de ce coup d'Etat : les frères Dulles entretiennent des liens étroits avec l'UFC. L'un, John Foster, est secrétaire d'Etat, l'autre Allen, est directeur de la CIA, cette CIA qui a armé Armas pour que l'UFC reprenne ses acquis. Les Dulles sont d'anciens avocats qui avaient eu pour cliente l'UFC, et, surtout, Allen Dulles était l'un des principaux actionnaires de l'UFC.

Récapitulons, en suivant l'ordre thématique ou chronologique des choses.

Les relations publiques permettent de faire passer une guerre non seulement pour admissible mais pour nécessaire, ce qui n'exclut pas la possibilité qu'une démarche puisse par ailleurs réellement s'imposer. Quoi qu'il en soit, la raison apparente, pour laquelle l'adhésion est acquise, n'est qu'un prétexte, un motif secondaire, voire sans relation aucune avec la motivation réelle de la démarche.

Car outre les actions purement politiques, où l'on vous demande simplement d'approuver, certains exercices de propagande vont influer sur votre comportement pour une raison fictive qui vous poussera à vous soumettre, vous persuadant que vous agissez pour le bien, alors que la motivation de vos manipulateurs est tout autre.

Vous avez pris un petit déjeuner copieux parce que vous prenez soin de votre santé, et par extension, c'est tout un pays qui est sain. Non monsieur. Vous vous êtes empiffré pour enrichir l'industrie agro-alimentaire.

Vous êtes devenue fumeuse parce que vous revendiquiez la reconnaissance de vos droits à l'égalité avec les hommes. Non, madame. Vous vous êtes esquinté les poumons pour enrichir l'industrie du tabac.

Vous êtes restés enfermés chez vous, avez perdu votre travail, fait dégringoler votre niveau de vie, frôlé la dépression nerveuse ou sombré dans la névrose, vous vous êtes fait injecter un produit aux effets encore incertains dans votre organisme tous les trois mois, parce que vous avez par votre (in)action sauvé la planète et le genre humain. Non, messieurs dames, vous avez risqué la thrombose pour enrichir l'industrie pharmaceutique, et tant d'actifs intermédiaires récompensés par elle.

Qui ne sait cela s'expose à se faire exploiter indéfiniment, chaque fois que l'occasion se présentera, et sera maintenu dans une naïveté sociale. Si Bernays n'est plus là pour vous berner, d'autres ont pris le relai. Ils ne reculent devant rien, et peuvent aussi bien recommander, pour un produit qui n'a pas marché, d'en reprendre encore, en conseillant au fournisseur de baisser le prix ou d'offrir un lot gratuit tous les quelques lots. C'est le cas des antidouleurs aux Usa, ou crise des opioïdes, qui ont provoqué la mort de plus d'un demi-million d'Américains en vingt ans, les véritables procès n'ayant démarré qu'ultérieurement. Le cabinet de conseil McKinsey, a été condamné à verser plus d'1/2 milliards de dollars de dommages. Le même a trempé dans le conseil de prendre une troisième dose d'un vaccin génique qui n'a pas fonctionné à deux reprises, comme si la multiplication des prises allait inverser la tendance.

Cessons de nous laisser berner, et méfions-nous des donneurs de leçons de portée universelle qui détournent notre attention pour s'enrichir sur notre dos et déclinent toute responsabilité, aucun problème n'étant lié au vaccin, au bacon ou à la cigarette. Nous ne valons pas plus pour eux que de simples kleenex jetables et remplaçables.

Yéochoua Sultan ©

 

[1] L'aile ou la cuisse, 76.

Partager cet article
Repost0