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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 09:39

Comment se sentent les gens qui ont deux amours, la France et Israël? Il doit y avoir certaines années un drôle de tiraillement, quand la fête de la libération nationale d'un côté, le 14 juillet, coïncide avec la date du deuil national du 9 av.

La dernière période d'indépendance qu'ait connue le peuple d'Israël, avant la renaissance de son Etat, a duré trois ans. Et pourtant, on aurait pu commencer à se dire que l'exil d'Edom n'allait pas durer plus d'environ soixante ans, soit un peu moins que l'exil de Babylone. Avec Shimon Bar Kokhba, l'espoir renaquit de ses cendres. Rabbi Aqiva, pilier incontournable du Talmud, coauteur de la Mishna, avait vu en lui l'espoir de la restauration de la royauté perdue avec la destruction du Second Temple. Il présentait en effet tous les signes tangibles permettant de présumer que tout irait bien.

Du  9 au 10 av 3828 du calendrier hébraïque, voici 1945 ans, après un terrible siège, la splendeur de Jérusalem est réduite en cendres. Pourtant, un peu plus d'un demi-siècle plus tard, en l'an 3892, une lueur d'espoir réchauffa les cœurs. C'était il y a 1881 ans. Une logistique solide, un réseau impressionnant de refuges, une stratégie en sous-sol, une coordination infaillible entre les forces, tout cela conduisit à une première période victorieuse. L'ennemi fut chassé hors des frontières de la Judée. Mais l'innommable empereur romain, Hadrien, de sinistre mémoire, déplaça ses meilleures légions cantonnées en Bretagne pour écraser dans le sang les insurgés, exterminant ainsi toute présence juive d'une bonne partie des territoires que les nations nous contestent et cherchent à nous ravir à nouveau aujourd'hui.

La Grande Révolte commence donc moins de soixante-dix ans après la destruction du Temple. Le centre spirituel du judaïsme, avec Raban Yo'hanan Ben Zacaï,  est transféré de la capitale assiégée pour s'installer à Yabné. Rabbi Yéochoua Ben Hananya, disciple du précédent, conjure les siens de ne pas se révolter, voyant dans la survie du peuple juif et de sa présence sur sa terre une tragédie comparable au passage dans la gueule d'un lion duquel on se serait sortis vivants. Pour lui, la Torah est sauvée, et, par la même occasion, l'âme du peuple. Le Temple, quant à lui, il sait qu'il sera reconstruit, même si sa génération risque fort de ne pas être de la partie. Personne, parmi tous les Sages, ne s'oppose à la reconstruction. Le clivage repose uniquement sur une question de temps. Pour tous, il finira par renaître, puisque tel est le programme divin, les dates restant la grande inconnue.

Bar Kokhba frappe même des pièces, le tétra drachme, portant la mention: « Pour la liberté de Jérusalem ». Pas besoin d'être économiste pour savoir que l'une des composantes de la liberté politique consiste à détenir sa propre monnaie. Les décrets de l'oppresseur sont extrêmement pénibles. Motivés par une sinistre ironie, les Romains, avec le successeur de Titus, Domitien, exigent que les prélèvements financiers apportés comme offrandes pour le Temple, comme le demi-sicle,  soient détournés en impôts pour renflouer leurs caisses.

Quant aux premiers signes de la révolte, qui est loin d'avoir représenté un sursaut spontané irréfléchi, ils se firent sentir environ vingt ans plus tôt avec les communautés qui se trouvaient à la périphérie: en Cyrénaïque, à Chypre et en Egypte, alors que l'empereur Trajan se battait contre l'empire parthe. Pendant la révolte des Juifs de la diaspora, la situation était relativement calme en Judée, sous la domination du gouverneur intransigeant Lucius Quietus.

Hadrien prend la place de Trajan, mais sans ressentir de prime abord un intérêt suprême en faveur de l'extension illimitée de l'Empire Romain. Il entreprend des travaux tendant à délimiter son territoire par une muraille, dont la muraille d'Hadrien en Bretagne. Il peut donc passer pour un modéré.

Un témoignage numismatique révèle la fondation d'une ville idolâtre et helléniste, Aelia Capitolina, sur les ruines de la ville sainte. Cette pièce montre l'empereur Hadrien debout derrière un soc, labourant le sol de Jérusalem. Un autel voué au culte de Jupiter est érigé sur l'Esplanade du Temple.

Géographiquement, la révolte s'étend de Bet-Horon,  Beitar et Beth-Gouvrin, du Nord au Sud ; de Ein-Guedi à Maalé Adoumim sur le front Est, les limites à l'Ouest s'étendant jusqu'au bas de la zone montagneuse. Les insurgés ont préparé une importante infrastructure de grottes et de passages souterrains.  

Osbius témoigne: « Au plus fort de la guerre, à la dix-huitième année du règne d'Hadrien, la ville de Beitar fut assiégée. C'était une imposante citée fortifiée, près de Jérusalem. À la longue, les insurgés ont succombé à la faim et à la soif. » La chute de Beitar s'est produite elle aussi, un 9 av. Pendant trois ans, les habitants de la ville restèrent sans sépulture, car les Romains ne le permettaient pas. Ce n'est qu'au terme de cette période qu'ils furent ensevelis. Ceux qui étaient entrés dans la ville en ruine furent témoins d'un fait miraculeux: les dépouilles étaient intactes.

985 villes et villages ont été rayés de la carte de la Judée. 585 000 soldats ont péri dans les combats, les épidémies et la faim, sans compter les millions de femmes, d'enfants et de vieillards que les Romains assassinaient sans distinction, c'est ce que rapporte l'historien Dion Cassius. Cet extrait du Talmud parle de lui-même: « Rabbi Yohanan a dit: " trois cents cerveaux de nourrissons avaient été répandus sur un seul rocher." »

Dans le livre des prières et lamentations du 9 av, un auteur, du nom de Samuel, rapporte le nombre effrayant de quatre millions de Juifs assassinés, entre la destruction du second Temple et les différentes campagnes de répression romaine (Lamentation commençant par les mots : שאי קינה במגינה: élève ta plainte dans l'affliction. « … quatre cents myriades, et la voix d'un homme droit, étouffée par le nuage, empêchée d'atteindre D. ; ils m'ont frappé et blessé… » ). C'est fâcheusement l'ignorance sur cette hécatombe qui fait que certains décideurs de la politique israélienne ne se réfèrent qu'aux événements de la seconde guerre mondiale comme motif de la défense d'un Etat juif souverain. Cette culture, voire ce culte de la mémoire courte conforte l'illusion de la solidité d'un judaïsme athée. Ils ne font pas le rapprochement entre l'aspect désertique de la région limitrophe de Jérusalem ou son occupation par des éléments étrangers et les massacres perpétrés par les Romains. Et pourtant, les cités juives de Judée-Samarie et les points de peuplements ne sont qu'une pâle ébauche de la splendeur effacée par la puissance européenne.

Mais les Juifs, malgré la cruauté de l'oppresseur, ont su résister à l'occupant. En effet, Hadrien, lors de son discours au Sénat, n'a pas employé la formule de rigueur qui ouvre tout discours en signalant la paix des légions romaines. Des mesures antijuives draconiennes ont été prises par le pouvoir d'Hadrien: l'interdiction de la circoncision, de garder le shabbat et de nommer de nouveaux rabbins et d'étudier la Torah datent de cette époque.

C'est encore ce même empereur qui méprisa les Sages du Talmud, qui torturé et exécuta les Dix Martyrs: Rabbi Yichmaël Ben Elicha Cohen Gadol, Rabban Shimon Ben Gamliel Hazaken, Rabbi Hanina Ben Téradion, Rabbi Aqiva, Rabbi Yéhouda Ben Baba, Rabbi Houçpit Hamétourguéman, Rabbi Ychbav Hassofer, Rabbi Elazar Ben Chamoa, Rabbi Hanina Ben Hakhinaï, et Rabbi Yéhouda Ben Dema.

Les Sages d'Israël étaient des dirigeants profondément impliqués dans les destinées de leur peuple, déterminés à défendre le judaïsme au péril de leur vie, bravant la plus grande puisse de leur époque. L'esprit de l'exil n'avait alors aucune emprise, et jamais on aurait vu, comme aujourd'hui, des rabbins prendre position contre les visites sur le Mont du Temple, et ne pas s'émouvoir de la constante profanation du lieu le plus saint par un culte étranger.

 Rabbi Ychmaël, qui comptait parmi les sept hommes les plus beaux de la terre, plut à la fille de l'empereur qui le vit au moment où il allait être exécuté. Elle demanda la peau de son visage. Les Romains l'arrachèrent alors qu'il était en vie. Elle la fit conserver afin de pouvoir toujours la contempler. D'autres souffrances atroces lui furent infligées jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Rabbi Hanina Ben Teradion fut brûlé dans un rouleau de la Torah. Pour prolonger le supplice, les Romains avaient entouré son corps d'éponges imbibées d'eau. Pendant que le parchemin était dévoré par les flammes, les lettres s'envolaient dans les airs.

Rabbi Aqiva fut écorché vif. Il proclama l'unicité de Dieu en rendant son âme au Créateur. Il s'était toujours demandé s'il aurait le courage et le mérite de pouvoir mourir en sanctifiant Son Nom.

Les Romains, malgré l'atrocité des massacres qu'ils ont perpétrés en Palestine – ce nom ayant été imposé dans le but de faire oublier la relation entre les Judéens et la Judée - , ne sont pas parvenus à en effacer définitivement la judéité - la clôture de la Mishna a pu y être réalisée environ deux cents ans plus tard – pas plus que les Arabes qui avaient commencé avec le massacre des Juifs de Madian, ou que les Espagnols ou les nazis. Aujourd'hui, les nations se liguent pour attaquer à nouveau Jérusalem, mais le peuple d'Israël se rétablit peu à peu, en attendant la restauration complète de son Etat et de sa ville, avec le Troisième Temple.

Le Talmud rapporte que Rabbi Aqiva se mit à rire, lorsqu'il vit un renard sortir de l'enceinte du Temple détruit. Aux autres Sages qui ne le comprirent pas, il expliqua que la réalisation des prophéties qui prévoyaient la destruction était la confirmation et l'introduction aux prophéties de la restauration. La ville de Beitar, rebâtie il y a vingt-huit ans, compte aujourd'hui près de trente mille habitants. Puissions-nous assister à la réédification du Temple de Jérusalem, et à la rédemption totale, même si notre mérite est insuffisant, au nom des souffrances endurées par Son peuple depuis 1945 ans.  

Il importe de ne pas méconnaître trop son histoire. Seul un individu né de la dernière pluie peut ne pas ressentir l'absence cuisante et criante du Temple, et se laisser convaincre que Jérusalem serait banalement la «ville des trois religions», formule séduisante signifiant qu'Israël n'aurait définitivement plus droit à son lieu saint par excellence.

Des dirigeants malades de l'exil, dans la ligne tortueuse de Moshé Dayan, s'érigent contre les droits de leur propre nation et facilitent la perpétuation de l'état d'exil. La violence musulmane en fait fréquemment interdire aux Juifs l'accès par les autorités israéliennes, qui ne sentent pas le terrible manque, auquel ils sont habitués depuis leur berceau, qui n'est pas celui de leur civilisation. Un Juif ne devrait pas répondre à la question: «Quel âge avez-vous?» en disant qu'il a quinze, quarante ou quatre-vingt-dix ans, mais quatre mille.

Et il faut absurdement que ce soient des non-juifs qui proclament dans toute tribune qu'Israël veut reconstruire le Temple. Mais le malade s'étonne, il n'est plus sensible à sa douleur et à son profond besoin de guérir. La doctrine de la mémoire courte le persuade que le peuple juif n'est pas revenu d'un très long périple, dispersé entre les nations, pour restaurer sa souveraineté, mais pour végéter sans but, dans un Foyer national dépourvu d'âme. Mais si les non-juifs qui se chargent de rappeler à Israël ce qu'il est venu chercher sur sa terre veulent se poser comme ennemis, et considérer comme une nakba, catastrophe, le fait de ne pas avoir réussi à le massacrer et à empêcher sa renaissance nationale, il ne reste qu'à aspirer à une méga nakba, avec la fin de la main-mise de la présence négationniste qui cherche à démentir la judéité de la Palestine.

Que «le quatrième jeûne, le cinquième jeûne, le septième jeûne et le dixième jeûne soient pour la maison de Juda jours de joie, d'allégresse et de fête ; et la vérité et la paix, chérissez-les» (Zacharie VIII, 19). Toutes ces dates, le 17 du mois de tamouz, quatrième en comptant de nissan, le 9 av, le 3 tichri et le 10 téveth sont liées à la destruction du Temple, à l'exil et à la perte de la liberté nationale. Et que de la même façon que nous voyons de nos yeux se réaliser les prophéties du rassemblement, puissions-nous assister à la réalisation du verset de notre lecture hebdomadaire: «… pour déposséder, à ton profit, des peuples plus grands et plus forts que toi » (Deutéronome, IV, 38) ; «… pour te donner des villes grandes et bonnes que tu n'as pas bâties ; des maisons débordantes de biens que tu n'as pas emplies etc.» (Idem VI, 10, 11).Deuil

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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