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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 21:04

Ne pas chercher midi à quatorze heures

IMG 4006Quelle différence y a-t-il entre un dangereux psychopathe et un émeutier assoiffé de sang? Aucune, me diriez-vous à première vue. Personne n'aimerait se retrouver sur leur route. En outre, leur cas intéresse les psychologues, sociologues et autres psychiatres, qui dissèqueront et analyseront pour leurs thèses, après que leur sujet aura disséqué selon les circonstances sa victime sociale ou politique, les antécédents malheureux qui, d'inhibés à refoulés, et pouvant remonter à la plus petite enfance, auront finalement donné libre cours à un caractère profondément asocial et dangereux. Et ce n'est pas tout : dans tous les cas de figure, ils seront jugés mentalement irresponsables.

Donc, fondamentalement, les analyses des deux parias, le psychopathe et l'émeutier sanguinaire, se rejoignent dans leurs diagnostiques. Bien qu'une première différence soit perceptible dès le départ, les fous dangereux ne se déplaçant généralement pas en meutes, la divergence ne se retrouvera que plus loin, sur le plan pratique, ou plus exactement dans l'attitude de la société considérée comme saine de corps et d'esprit vis-à-vis des cas soumis à son appréciation. Dans un cas classique d'éventreur par exemple, la mentalité en vogue plaindra la pauvre victime et voudra s'assurer que le dangereux tueur est bien sous les verrous, ou bien isolé dans un département spécial d'un hôpital psychiatrique ;  tandis que dans le plus nouveau de l'émeutier intégriste, on comprendra avec bienveillance que l'irresponsable autant que non coupable aura été offensé par la victime qui n'avait qu'à ne pas se rendre si hardie de se trouver dans ses parages. Et on comprendra, comme dans la fable du loup et de l'agneau, que celui-ci peut être châtié si l'un des siens a troublé l'onde pure utilisée par celui-là, si l'un de ses semblables a produit un film diffusé sur le Net et de très bonne qualité artistique, comparé au niveau du dogme critiqué ; ou si l'un de ses frères – puisque si ce n'est lui, c'est donc ce dernier – a produit une caricature qui ne vaut pas même qu'on lève un sourcil.

En d'autres termes, si dans le cas d'un psychopathe normal, s'il est permis de s'exprimer ainsi, on fera tout pour le mettre hors d'état de nuire, on se fera le plus complaisant possible dans le cas d'émeutiers motivés par le camp de l'anti-paix (le préfixe en i exprimant la négation, comme dans réel, irréel, chalom-salam, ichalom-islam) pour ne pas que leur colère incoercible et dévastatrice ne se déchaîne. Les reproches des pouvoirs français adressés à Charlie Hebdo sont bien légitimes, dans la mesure où ils lui demandent en filigrane de ne pas contrarier les fous, les fous d'Elil, bien sûr, car pour les fous tout court, il y a des asiles, surtout s'ils sont dangereux… enfin, en principe.

On remarquera au passage que personne ne s'inquiète à aucun moment d'une bien improbable réaction violente de la part de Juifs offensés prêts à tout casser. Il semble bien que le venin du crapaud n'atteigne pas la blanche colombe, alors qu'il est corrsif pour d'autres.

Malheureusement, en critiquant le droit à la caricature, les pouvoirs désavouent intégralement toutes les valeurs contre le racisme, l'amalgame etc. qu'ils se sont forgés pendant des siècles de lumières, d'émancipation et de développement, dès qu'ils se lèvent contre cette forme d'exercice de la presse, car ils devraient s'offusquer largement de l'amalgame et du racisme contre la race européano-américano-blanche des émeutiers libyens qui ne lisent pas et auquel une alphabétisation eût été profitable, quand ils prétendent se venger d'un fait attribué a priori à un Européen blanc en frappant sur le premier Européen blanc venu, fût-il non-informé du fait reproché.

Ce qui devrait offusquer le bienpensant, ce sont des émeutiers qui mettent des passants de race européenne en danger parce que les dits émeutiers sont aliénés par un dessin anodin réalisé par un homme de race européenne, ce qui pourrait ce dire en un seul mot : européanophobie, ou françophobie, mais par extraordinaire, ces termes n'existent pas. Or, le racisme et l'amalgame, portés à leur paroxysme par ces pratiques barbares des émeutes qui risquent de tourner, et malheureusement tournent souvent, au lynchage, ne suscitent aucune réaction saine au sein de la classe dirigeante et de la «claque» médiatique. On peut le dire, c'est le monde à l'envers, car, dans un monde normal, on se serait attendu au discours suivant: «Non, messieurs les émeutiers, vous n'avez pas le droit! C'est indigne d'un pays de liberté et de respect des droits de l'homme. Si vous estimez qu'un individu ou une personne morale vous a offensé, quelle que soit la couleur de sa peau ou les intonations de son accent, vous avez la possibilité de porter plainte, mais nous ferons tout pour lutter contre cette tendance immorale qui consiste à prendre à partie au gré du hasard tout individu représentant les mêmes particularités culturelles ou raciales que celui qui, selon vous, vous a manqué de respect». Ce même monde à l'envers – mais a-t-il été déjà un jour à l'endroit pour que l'on puisse dire qu'il est à l'envers? – trouve tout naturel également que cette forme de colère contre l'Occident qui jusqu'à présent n'avait pas dépassé le cadre du folklore exotique contenu à l'intérieur des frontières des pays du sud de la méditerranée, resurgisse contre les Juifs et scande aux Champs Elysées la volonté plus que bestiale de les égorger, que D. nous en préserve et anéantisse nos ennemis.

Et pourtant, l'Hebdo Charlie avait cru bien faire, en se démarquant d'Israël et en le critiquant sur un pied d'égalité avec les adeptes de l'islam. Il semblerait qu'il ait obtenu l'effet contraire: au lieu d'atténuer une réaction islamique plus ou moins prévisible, puisque l'on sait depuis plusieurs événements désastreux à qui on a affaire, le journal a d'autant plus offensé les musulmans qu'il les a ravalé au rang immonde pour eux des Juifs. Un phénomène orthographique intéressant abonde dans le sens du périodique, dans la mesure où il adhère à des valeurs dont toute ressemblance avec celle d'Israël serait purement fortuite. J'ai constaté que la caricature somme toute banale du journal en question a intéressé la presse israélienne. Décidément, quel fantastique coup de pub ! Or, ce n'est qu'en lisant le nom du quotidien écrit en hébreu que j'ai saisi cette particularité surprenante, et il n'est pas nécessaire de savoir le lire pour le comprendre. Voyons plutôt: Charlie a été orthographié שארלי  , tandis qu'Israël s'écrit de la façon suivante: ישראל  . Tout un chacun reconnaitra les cinq lettres dans un ordre différent. Cqfd.

Ce qui est encore moins réjouissant, c'est de trouver des pseudo-intellectuels de service, dont la façon de voir les choses est partagée par très peu de citoyens israéliens mais par beaucoup de journalistes – comme l'a fait remarquer un jour l'invité d'un plateau de télévision, en affirmant que les organisateurs du débat, avec la meilleur volonté du monde, n'aurait pas pu inviter un autre intervenant ayant à peu près le même point de vue que lui, parce qu'il n'y avait pas assez de place pour rééquilibrer sa présence en ajoutant une dizaine de «penseurs se trouvant du bon côté» – qui déplorent que l'on fasse de la provocation contre l'islam. Ils se joignent donc à la tendance à la mode énoncée plus haut, qui consiste de facto à déresponsabiliser les émeutiers non pas pour les interner mais pour faire reposer la culpabilité de leurs dangereux agissements sur les gens sensés et menacés par l'intégrisme, Charlie faisant office d'éclairé, puisqu'au pays des aveugles, les borgnes sont rois.

Cette attitude alarmiste quant à la liberté de caricaturer est d'autant plus déconcertante que les dessins ou autres films ne sont qu'un prétexte passager, car les raisons de la colère ne s'y arrêtent certainement pas, même si on veut se persuader qu'ils y sont pour quelque chose. Tout au plus, il peut s'agir d'un déclencheur, qui vient mettre en avant des symptômes de surface qui à leur tour viennent témoigner, si on cherche un peu, de crises civilisationnelles bien plus profondes et difficiles à soigner. Ces civilisations n'ont pas attendu une caricature ou un film pour contraindre tous les Juifs, ou 99.0% d'entre eux, à quitter massivement les terres passées sous leur hégémonie. Par conséquent, il faut bien se rendre à l'évidence que si aujourd'hui on assiste à une menace, en France, en Belgique ou ailleurs, qui vient s'attaquer aux Juifs dans leurs biens et dans leur chair, c'est que cette civilisation annonciatrice de désastre est en train de s'étendre et de s'épandre ; et de la même façon que la caricature représente la partie émergeante de l'iceberg, quand la partie invisible, si on ferme bien les yeux, reste l'intolérance, la haine, l'obscurantisme, le racisme musulmano-islamique ; les Juifs dont le sang est réclamé aux Champs Elysées ne sont que la partie tangible d'une haine qui vise toute la civilisation européenne qui a mis elle-même des siècles à devenir éclairée.

Il ne tient donc qu'aux dirigeants européens de se ressaisir, de ne plus diminuer leur importance à leurs propres yeux, de surmonter leurs phobies, y compris surtout la phobie de l'islamophobie, de faire en sorte que le nom d'une rue mondialement connue continue à l'être parce qu'elle évoque la paisible chanson chantée jadis pas un Juif qui ne crachait pas dans la soupe, et que cette image heureuse ne soit pas remplacée par le cauchemar du versement du sang des Juifs et des autres.

Que l'on se balade sur l'avenue, le cœur ouvert à l'inconnu, et non pas la gorge ouverte à un mal connu ; et que l'on puisse tomber sur des gens qui aient envie de dire bonjour à n'importe qui, et non pas de lui trancher les veines jugulaires, ou que l'on y puisse encore rencontrer des gens auxquels il suffit de parler pour les apprivoiser, parce que vu le mauvais coton qui est en train de se filer, ce n'est plus la parole qui peut apprivoiser, mais du matériel antiémeute, et ce ne sera plus une guitare que les fous auront dans leur main, avec laquelle ils vivent constamment, mais une kalatchnikov, «des fous ♫ qui vivent la kalatch à la main, ♪ du soir au matin ».

Mais afin que l'obscurantisme qui a mis si longtemps à être surmonté ne soit pas remplacé par un autre, il convient de prendre le taureau par les cornes, d'appeler un chat un chat et de confondre les véritables coupables sans éprouver pour eux une pitié mal-placée en faisant porter le chapeaux à des gens qui n'ont rien demandé d'autre que de vivre dans la quiétude des acquis de la civilisation qui ne se froisse ni ne s'offense plus pour un oui ou pour un non.

Chana tova.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan - dans Analyses en français
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