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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:26

Le gel du printemps révolutionnaire

 

La capture des soldats de l'Onu par les insurgés va-t-elle rendre ce pays plus intéressant aux yeux de l'opinion mondiale? Il semblerait que non. Nous lisons que mercredi, près de quarante personnes ont été tuées par des bombardements aériens sur la ville de Raqa, par le régime d'Assad fâché que la ville ait été prise par les insurgés. Que retient l'informé moyen de ces deux dépêches? Rien, justement. Et pourquoi rien?

Parce que, que ce soit voulu ou non, la situation qui veut que personne ne s'intéresse au conflit se perpétue. Il ressort en effet de ces deux événements que le «compte» est toujours à zéro. De quel compte s'agit-il? De celui qui pourrait faire qu'il y ait un conflit entre les bons et les méchants. Voyons cela de plus près : les insurgés kidnappent les observateurs de l'Onu… alors «les méchants», ce sont les insurgés? Oui, mais l'armée syrienne, toujours dans les mains d'Assad, fait des dizaines de victimes parmi la population qui se trouve sous la tutelle des insurgés. Alors, les insurgés sont du coup les victimes, les «gentils»?

Nous l'avons compris : un conflit n'a d'intérêt que s'il symbolise la guerre entre le bien et le mal. Si tout le monde est méchant, ou si tout le monde est gentil, il ne présente aucun intérêt. Considérons par exemple le conflit qui a déchiré l'ex Yougoslavie pendant des années. L'Européen de l'Ouest a du mal à saisir le fait que des pays comme la Yougoslavie, ou encore la Tchécoslovaquie, portent en réalité des noms composés.

Lui qui, alors qu'il était écolier, avait tellement de mal à les apprendre par cœur pour réussir sa composition de géographie, voilà qu'il doit réaliser tout à coup qu'il y a des Tchèques, des Croates, des Serbes et des Slovaques. Quand il apprend au journal télévisé que les syllabes de noms de pays se dissocient et qu'elles se font la guerre, c'est aussi invraisemblable pour lui que si on lui disait qu'il n'y a plus de Français, mais des «Frans» contre des «Çais»,  ou qu'il n'y a plus d'Allemagne, mais des «Alles» contre des «Magnes».

Pour ne pas trop persécuter le téléspectateur, les médias, en France notamment, ont eu beau faire passer au journal de 20h ou de 22h les douleurs de genoux du footballer X ou Y avant la tragédie en Yougoslavie, il n'en demeurait pas moins que le téléspectateur par la force des choses était assez agacé de voir les fastidieuses leçons d'histoire de son enfance s'imposer à nouveau devant ses yeux.

L'audimat montrait un certain désintéressement de la question, et beaucoup éteignaient leur poste après l'information sur la convalescence du mollet de tel ou tel marqueur de buts. Comme le Csa ne pouvait tout de même pas fermer les yeux sur de graves conflits qui secouaient l'Europe, une solution miracle a été trouvée pour forcer l'opinion à s'y intéresser, car tous ces pays, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro ou encore la province du Kosovo, ou encore un Etat Oustachi, ça faisait un mélange un peu étourdissant pour des gens rentrés du bureau et confinés devant leur poste avant d'aller dormir.

Désormais, on présenterait une version allégée, et on passerait à la guerre entre les méchants Slaves et les gentils Bosniaques. Drôle de choix, quand on pense que ce sont ces derniers qui ont prêté main forte aux forces des Waffen SS en s'y enrôlant massivement, sans compter que Tito, qui a drôlement pesé sur l'Occident, était lui aussi croate. Enfin, quoi qu'il en soit, on pouvait jouer sur les sentiments d'indignation et de compassion interpelés sélectivement chez le téléspectateur dans une présentation simplifiée et digeste de l'info.

Revenons à présent à la Syrie. Pourquoi n'y a-t-il pas eu de distinction arbitraire et artificielle comme ce fut le cas pour la Yougoslavie? C'est pourtant simple comme un match de foot. Si vous êtes pour les verts, vous hurlez de joie quand ils marquent un but et de désespoir quand ils s'en prennent un. Si vous êtes pour les rouges, c'est vice-versa. Mais si vous n'êtes pour personne, vous bayerez d'ennui, qu'il y ait ou non des buts.

Pareillement, si vous n'êtes ni pour Assad, ni pour les insurgés, le conflit ne vous intéressera pas. Certes, ce conflit a fait près de cinquante mille morts, et il peut paraître indigne de comparer le fonctionnement de l'intérêt pour le foot à celui de l'intérêt pour la guerre, sachant que le foot fait nettement moins de morts (cent au maximum et encore parmi les spectateurs) ; mais ce n'est pas à l'auteur de ces lignes qu'il faut reprocher le désintéressement et l'indifférence face à cette effroyable tragédie humaine.

Récemment, un certain Arafat (pardonnez-moi si j'ai oublié le nom de famille) est mort en Israël d'un arrêt du cœur, en prison. Le monde entier s'en est ému, et des enquêtes et contrenquêtes ont été exigées pour tirer au clair les raisons de son décès, et pour être sûr qu'il n'y avait pas eu de négligences, voire, pourquoi pas, de tortures. Eh oui! Un seul mort en Israël pèse plus lourd que plus de quarante mille déjà confirmés en Syrie. C'est normal. En Israël, la distinction entre les méchants et les gentils est on ne peut plus claire, même si elle prend une tournure de fin des temps, quand les nations se liguent contre le Créateur et son oint.

Le flottement, ou l'immobilisme qui empêche de désigner un camp des bons ou des méchants, en Syrie, est un revers tragique de la déception due aux fiascos de ce qu'on s'est empressé de nommer le printemps arabe. Le point commun avec le printemps saisonnier semble devoir se résumer au réchauffement uniquement. Pourtant, au début, il sentait bon la lavande, ou le jasmin, le renouveau, le réveil ou l'éveil.

Ah, les gentils révolutionnaires, qui se battent avec des fleurs et qui mettent en déroute les méchants dictateurs. J'ose cependant penser qu'en Tunisie, beaucoup étaient réellement motivés par de nobles intentions, mais que leur effort de démocratisation a été court-circuité et récupéré par l'obscurantisme. Comme tout paraissait soudain si facile! Tunisie, Egypte… et en avant! La Libye! Les dominos continuent de chuter.

Vivent les gentils insurgés, vivent le gentil Sarkozy et ses gentils intellectuels de cour dépêchés en éclaireurs éclairés sur le champ médiatique pour conditionner l'opinion! On était tellement certains qu'il n'y avait pas pire que Kadhafi, le campeur de la pelouse de l'Elysée, (dont le refus du confort a peut-être été directement inspiré par une scène d'un film des «Inconnus»…) Et pourtant!

Le fameux arsenal d'armement en grande partie français s'est retrouvé en vente libre dans tout le Maghreb et le Sahara, et a été récupéré largement par l'Aqmi (en vo: القاعدة في بلاد المغرب الإسلامي  ), déstabilisant jusqu'au bon Mali. Et puis, il y a aussi la Russie, qui a bien fait comprendre qu'elle ne permettrait pas qu'une incursion comme celle de Tripoli se produise en Syrie. Alors, entre l'axe Iran-Hezbollah-Assad, et entre les frères musulmans, et les Hassan et autres Hussein, plus effrayants que les frères Dalton, on préfère ne pas courir trop vite. Pas de bons, pas de méchants, le match est nul et tant pis pour les civils Syriens. Vu d'Israël, il est heureux que Hanan Porat n'ait pas donné l'occasion à Netanyahou et Sharon d'importer cette guerre civile jusqu'aux hauteurs du Lac de Tibériade.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan - dans Analyses en français
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