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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:26

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Marcher entre un éboulement, une paroi et un précipice

Les promoteurs de la laïcité ont dû se rendre à l'évidence qu'une société ne peut se passer totalement de valeurs morales. Nous verrons de quelle façon, à l'instar du génie génétique qui isole un gène de sa chaîne pour le placer dans un autre milieu, elle arrache de son contexte un grand principe religieux ; ou comment fabrique-t-on des montres.

La laïcité est un curieux phénomène. Rejette-telle l'idée de D. ? Ou alors est-ce la tyrannie de systèmes qui prétextent l'attachement à sa foi pour diriger et soumettre les hommes qu'elle refuse ? Sur ce dernier plan, même les tyrans qui se servaient de systèmes religieux n'en n'ont plus besoin: en effet, si la religion était par excellence le moyen exploité pour contenir ou canaliser le peuple, la télévision l'a depuis longtemps remplacée. Quelle meilleure garderie pourrait-on trouver pour obliger les gens à se tenir tranquilles, qu'une suite d'émissions apaisantes et neutralisantes, qui occupent et neutralisent tout le temps restant entre le retour du boulot et l'heure de se coucher? Le cas échéant, si le peuple veut s'énerver, on lui montrera contre qui il faut s'indigner, du moment que l'indignation ne se tourne pas contre le pouvoir.

On peut donc affirmer que la laïcité, dans les contextes où elle sert de socle, n'est plus confrontée à une caste qui a besoin de la religion pour garantir son propre maintien au pouvoir, puisque d'autres moyens, plus modernes, sont exploitables.

Pourtant, le plus curieux, alors que tout semble pouvoir se passer de religion, il semble qu'un principe religieux reste le guide et le fondement de la laïcité. Laissons un instant de côté l'idée de la religion. Beaucoup d'honnêtes Européens se disent croyant mais non pratiquant ; ce qui veut dire qu'ils doutent du bienfondé des préceptes et principes de culte imposés par des êtres humains à différentes époques, surtout lorsqu'il est question de religions ne découlant pas directement d'une révélation au plus grand nombre, mais qu'ils retiennent l'idée d'un Créateur impliqué dans la direction des destinées individuelles et collectives, aussi bien que de l'avenir de la planète et du genre humain.

Une société débarrassée, si l'on peut dire, de la religion, sur les deux plans que nous venons d'invoquer, c'est-à-dire dans la mesure où elle n'est ni croyante, ni pratiquante, devra tout de même s'imposer un système de valeurs. Or, nous allons voir tout de suite qu'elle procède de la méthode qui sert à fabriquer des monstres. Celle-ci est en phase de passer de la fiction à la réalité: on prend un gène, que l'on isole d'un chromosome, et on s'en sert, certes en l'introduisant dans un autre caryotype, pour provoquer la création d'un être transfiguré. Une méthode plus primitive, qui n'exigeait pas l'intervention de manipulations génétiques, produisait des animaux très puissants mais stériles par le croisement d'équidés d'espèces différentes.

La société laïque, ne pouvant se passer totalement de valeurs morales, a repris un principe religieux primordial, énoncé par Hillel l'Ancien, et l'a isolé de l'ensemble du son système. Dans le traité du Talmud, Shabbat, 31a, nous pouvons lire de quelle manière Hillel répond à un païen désireux de se convertir au judaïsme alors qu'il se tenait «sur un pied», autrement dit en un temps très court. Si Hillel lui répond: «Ce que tu hais, ne le fais pas à ton prochain», c'est pour lui permettre non pas d'isoler ce principe de l'ensemble du judaïsme, mais de lui donner une ouverture pour lui offrir la possibilité de s'intégrer dans le contexte de la Torah.

Et c'est précisément ce principe qui est récupéré par la laïcité, qui affirme que la liberté de l'individu s'arrête là où commence celle de son prochain. Tout en limitant le principe de l'acceptation de la compréhension subjective de la liberté en excluant d'emblée la tranche de la société âgée de moins de dix-huit ans, qui ne pourra pas voter, acheter les boissons alcoolisées, conduire une voiture, etc., elle accorde une liberté illimitée dès que cet âge est dépassé, pourvu que rien ne soit imposé par la contrainte à son voisin.

La porte est ouverte à toutes les aberrations ; et la société, forte de ce principe, ne protègera pas non plus l'individu de l'autodestruction. Le plus dur, c'est qu'elle définit la liberté d'une manière épicurienne, à savoir qu'il faut laisser à l'individu le droit de faire absolument tout ce qu'il veut, sans lui imposer de jugement de valeur. Et, bien que le commerce et la consommation de la drogue restent interdits par la loi, l'individu pourra s'enfoncer dans l'oisiveté, en travaillant de moins en moins ou en ne travaillant pas, ne pas s'impliquer dans la société, consommer sans limite de l'alcool, des euphorisants et autres drogues porteuses de noms légalisés de médicaments, contracter une union improductive, telle celle de l'âne et de la jument, s'enfermer dans un carton pendant quarante jours pour participer à un programme de télé réalité, ce dernier phénomène étant, en plus des tribunes où s'étripent des supporters de matchs de foot, la version moderne des combats de gladiateurs, désormais aussi inutiles qu'interdits.

Pour ce qui est du «mariage» entre deux individus du même sexe, la société enfreint ses principes de la protection de la tranche mineure. Sachant que chacun fait ce qui lui plait, et que les mariages homosexuels risquent de remplacer les mariages de sexes opposés qui peuvent à la longue devenir effrayants, puisque qui dit opposés dit conflit, la société comprend qu'elle risque à plus ou moins court terme de disparaître.

Les progrès de la science ne suivant pas assez vite les changements des mœurs, on n'est pas encore capable de mettre un homme enceint. Et c'est précisément la solution envisagée pour ne pas que la société disparaisse qui viole la protection de l'enfance. Pour être fidèle au principe de cette protection, la loi en voie d'amendement ou déjà entérinée un peu partout, ne devrait permettre aux mariés d'un seul sexe que l'adoption d'enfants majeurs, seuls habilités à faire n'importe quel choix, comme nous l'avons vu plus haut.

On ne peut en effet obliger un enfant à se soumettre qu'à ce qui est naturel, ou comme on à l'habitude de le définir: ce qui bon pour lui. On le contraindra à prendre son biberon, à aller dormir à une heure décente, à aller à l'école même s'il n'a pas envie, ou encore à faire ses devoirs. Si un enfant doit se faire adopter, les services sociaux seront extrêmement pointilleux quant au choix de la famille. En un mot, elle doit être équilibrée, «normale», dans le sens traditionnel du terme. Dans cette optique, elle ne pourra donc pas le placer chez une paire de pères ou une paire de mères. Les règles de la langue française obligent à formuler le concept ainsi, et à parler d'une paire d'homos et non d'un couple. Dans une paire, les deux éléments sont semblables, comme dans la paire de babouches. On parle d'un couple lorsqu'il y a assemblage de deux éléments différents qui se correspondent.

Les abus et le déni des droits de l'homme par les grandes religions prosélytes qui permettaient ou permettent encore dans certains pays de mutiler et lapider à grande échelle, de condamner au bûcher ou à la roue, ou de maintenir les peuples dans l'inculture et la servitude, ont fait que la société moderne refuse de s'intéresser aux attentes morales du Créateur, puisque les grandes religions prétendaient parler en son Nom.

Le monde moderne n'a pas su faire un juste tri et distinguer le vrai du faux, le bon pour l'homme et ce qui est mauvais. Il subit donc une perte de valeurs et de repères qui risque de le conduire à sa perte, à saper le sol sous son pied, non pas à cause d'une intervention miraculeuse de l'extérieur, mais simplement en s'autorisant des actes suicidaires.

Pourtant, ce n'est pas après qu'une personne psychologiquement faible a absorbé un tube de comprimés qu'il faut tenter désespérément de la ranimer. Il faut intervenir avant que l'irréparable ne soit commis. La religion non prosélyte dit pourtant à ceux qui veulent la rejoindre: pour être juste aux yeux de l'Eternel, nul n'est besoin de vous imposer tout ce qu'elle implique. Il suffit d'être bon, honnête, et de se plier aux sept lois noahides, qui n'empêcheront pas les justes des nations de consommer leur nourriture habituelle et d'aller à la pêche le shabbat.

 

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