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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 11:40

La dialectique de la gauche s'attache à des principes, qu'elle met en valeur en les isolant du contexte général et qu'elle grossit caricaturalement à la loupe pour délégitimer et effrayer ceux à qui elle s'attaque. Chacun de ces principes, choisi pour être mis en avant, est formulé le plus simplement du monde. Il se compose d'un mot ou d'une phrase courte. Celle-ci est moins percutante par sa teneur et son sens que par la manière arrogante et méprisante d'être employée. Quand elle est contestée, la résistance sera vite étouffée dans l'œuf car la gauche, ou l'extrême-gauche, empoigne de force les rênes du dialogue. Quant à ceux qui refusent de se battre sur son terrain, le jugeant miné et truqué, ils seront encore plus simplement diabolisés.

Par conséquent, pour échapper à la diabolisation, ils auront le choix entre se taire et éviter de penser, d'une part, ou être montrés du doigt jusqu'à ce qu'ils soient définitivement pestiférés et mis au ban de la société. S'ils parviennent malgré tout à résister jusqu'à se faire une place à la Knesset, ils en seront rayés. Cependant, ce cas reste rare et, en général, les gens préfèrent s'aligner et ne pas se mettre sous les feux de la démagogie. Pire, ils finissent pour la plupart à réagir selon la volonté des censeurs de la pensée et de la morale.

Quelques exemples illustreront ce phénomène. Le premier que nous avons choisi expliquera comment on est arrivés à un tel problème démographique en Israël, où la présence islamique est devenue une véritable menace. Les seules solutions envisagées viseront à rendre cette menace moins prépondérante. L'une des plus remarquées a été celle de l'immigration d'un million de  ressortissant de l'ex Union soviétique. S'il est vrai que l'Etat d'Israël a pour vocation de rassembler les exilés du peuple juif dispersés à travers le monde, il n'en est pas moins vrai que les responsables politiques y voyaient une solution à la menace démographique, et qu'ils sont allés jusqu'à se montrer très indulgents vis-à-vis des preuves souvent légères de la judéité des candidats à l'immigration. Car dans la pratique, de nombreux non-juifs ont été amenés ici, et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas s'étonner de voir périodiquement s'afficher des coutumes qui n'ont aucun rapport avec le judaïsme.

Pour parer au problème démographique, on a aussi proposé de faire profiter les Arabes de la modernité pour les pousser à diminuer leur taux de natalité. Il est vrai que cette idée apporte certains résultats. Mais, se dirait un observateur neutre, comment se fait-il que dans tout le spectre politique, il n'y ait pas la moindre formation qui exige d'encourager le départ des populations non-juives dont l'hostilité à l'Etat d'Israël et la haine vouée à ses Juifs, au lieu de diminuer, devient de plus en plus virulente? La réponse à cette question se trouve dans notre premier paragraphe. Il y a environ trente ans, ce débat existait pourtant, et opposait les partisans d'un transfert des populations qui ne s'identifient pas à l'Etat d'Israël, à ceux qui prônaient une occidentalisation qui les rendrait plus tolérants à la longue et les amènerait à considérer leur religion comme une liberté privée, sans aucune ostentation.

Donc, le débat ne s'est par terminé parce que les partisans de leur maintien ont trouvé des arguments plus convaincants que ceux qui préféraient les voir partir, mais parce que ceux-là ont opté pour une attitude vindicative. Des censeurs se sont dressés pour crier l'immoralité, l'inhumanité, le manque de sensibilité juive, etc., de ceux-ci. Mais ils n'ont pas eu à subir en échange une indignation à la hauteur de la leur. Aucun parti ne s'est vraiment indigné du fait que des Juifs puissent être encore les victimes de l'antisémitisme alors qu'ils vivent enfin dans leur pays souverain. L'une des formules disait ceci:

«Pour les expulser, il faudra d'abord nous passer sur le corps. Nous sous coucherons sous les roues des autobus!». Ce qu'il faut retenir de cette formule, ce n'est pas l'abnégation ou le courage de celui qui la prononça, mais l'association entre l'idée du déplacement de populations et celle d'un prétendu appel au meurtre de cette personne. Déplacer les populations hostiles implique donc la volonté d'assassiner ceux qui veulent leur maintien. Cette affirmation sous-entend: «Comment? Y aurait-il des gens suffisamment fanatiques et haineux pour condamner à mort des gens pour leurs idées? Mais où sont la liberté d'expression, la démocratie?» Ce terrorisme de la parole a bien fonctionné, et il ne se trouve plus aucun parti, ni aucun penseur, qui vous dira que tout irait mieux si les plus gênés partaient. S'il y a vingt-cinq ans, Guéoula Cohen disait encore: «On aimerait tellement se lever le matin, et constater qu'ils sont partis, mais…», aujourd'hui, vous pourrez même tomber sur un habitant du sud de la région d'Hébron vous répondra: «Mais pourquoi voudriez-vous qu'ils s'en aillent?» Dans tous les cas, mêmes les gens les plus menacés par l'antisémitisme ne diront plus ouvertement que les populations génératrices d'attentats et de haine devraient être dirigées vers des pays où ils se retrouveront à tous les niveaux.

Voyons à présent comment ce type de débat s'est répété lorsqu'il fut question d'armer les terroristes. L'un des arguments avancés à l'intention du grand public voulait que l'Olp assure la sécurité d'Israël, aussi aberrant que cela puisse paraître. Une expression idiomatique répandue en Israël veut en effet que l'on ne fasse par «surveiller le lait par le chat». En outre, un principe israélien bien connu avait toujours consisté jusque là à ne pas compter sur des étrangers pour nous défendre.  La première petite phrase percutante qui allait bousculer cet équilibre énonçait avec une implacable logique: «sans Cour suprême et sans "Betselem"», sous-entendu que la répression antiterroriste censée être menée par l'Olp n'allait pas se heurter au véto de la haute cour de justice de tendance extrême-gauchiste ou des organisations extrémistes soucieuses du bienêtre de l'ennemi.

Cette considération n'était pas dénuée de bon sens. Il faut bien reconnaître que quand des arabo-musulmans poursuivent des arabo-musulmans, personne ne s'en mêle. Les événements récents nous ont montré comment les instances internationales restent indifférentes aux massacres en Syrie ou aux tirs sur la foule en Egypte. Rabin avait vu juste puisque, bien après lui, Tzippi Livni a été menacée d'être arrêtée en Angleterre suite à l'opération Plomb coulé, sans compter la manière à laquelle tout son gouvernement a été condamné par le rapport Goldstone, même s'il s'est rétracté par la suite.

C'est vrai, les dictateurs arabo-musulmans n'ont pas de comptes à rendre. Ils ont le droit de massacrer en masse. Par contre, Israël est poursuivi quand il écrase des lanceurs de missiles. Mais de là à introduire un dictateur terroriste à nos portes, en le laissant encercler Jérusalem sur trois côtés, il n'y a qu'un pas. Or, il a été franchi et Israël a été plongé dans l'horreur, jusqu'à l'opération Rempart (חומת מגן  ). Les terroristes n'ont pas eu à craindre les tribunaux, et c'est peut-être ce qui ne les a pas dérangés pour lancer des attentats-suicides contre les enfants israéliens.

Une petite phrase vindicative et assassine avait pris l'habitude de dire: «On ne peut rien faire contre un attentat-suicide», pendant qu'un peu partout, les bus et les cafés bondés explosaient. Et les citoyens excédés à juste titre manquaient de la plus élémentaire des patiences. Ils ont eu droit à l'appellation peu flatteuse d'«opposants à la paix», ce qui les a sensiblement mis dans le même sac que les «ennemis de la paix», à savoir les auteurs des attentats. Avec ces petites phrases assassines, les nouveaux défis consistaient alors à essayer de calmer les impatients et à ne pas laisser les «chances à la paix» échouer en se laissant décourager par les «ennemis de la paix». Et l'Olp dans tout ça? Mais ce groupe était entretemps devenu un ami! Puisque, n'oublions pas la petite phrase sentencieuse, «C'est avec ses ennemis qu'on fait la paix.» Que de petites phrases piquantes qui nous font nager dans l'absurde le plus absolu tout en croyant être dirigés par la logique la plus implacable!

Quant à ceux qui se sont opposés dès le début du processus aux négociations, ils ont été neutralisés, critiqués et diabolisés. On leur a tout simplement reproché de ne pas accorder d'importance à la vie humaine. La teneur hautement péjorative du concept du «grand Israël» s'est accentuée pendant toute la période des accords d'Oslo. La tendance naturelle du peuple d'Israël à s'établir sur toute sa terre devenait un crime. Ceux qui défendaient leurs droits devenaient presque des bourreaux. Ils préféraient la poussière du sol à la vie humaine. Ils étaient tout simplement sanguinaires, «contre la paix». Certes, les événements survenus ultérieurement à cette propagande ont montré de quelle manière les accords avec les terroristes ont servi la cause de la vie et de la paix.

Le dernier exemple de phrase passe-partout que nous rapporterons ici sert à mépriser la valeur de la vie humaine des pionniers en Judée-Samarie. Au lieu de condamner d'une manière univoque les terroristes qui sèment le malheur en s'attaquant le plus souvent à des innocents désarmés, on s'en prend aux victimes: «Mais qu'est-ce qu'ils vont faire là-bas?» Il est vrai que cette phrase n'a rien présagé de bon, quand, à différentes occasions, les endroits réputés comme sûrs sont devenus dangereux. (Missiles irakiens lors de la guerre du Golfe, du Hezbollah sur Haïfa, tirs à la mitrailleuse sur le quartier de Guilo à Jérusalem, etc.)

Quand Ilan Mizrahi a été kidnappé, assassiné et brûlé, vers le début de l'ère d'Oslo, et que ses restes calcinés n'ont pu être identifiés dans le coffre de la voiture où les terroristes arabes l'avaient enfermé que d'après la forme de sa dentition, la réaction du gouvernement lui avait reproché d'avoir cherché à se procurer des œufs à bon marché. En effet, Ilan, jeune marié, avait trouvé près de Ramallah un élevage de poules en batterie et s'était arrangé avec l'éleveur. Il revendait une partie de la marchandise dans son quartier. Un vendredi, les assassins l'ont attrapé. Peut-être avait-il fait confiance aux espoirs distillés par le gouvernement et les médias sur un avenir de paix qui venait alors tout juste de s'ouvrir? N'avait-il pas trouvé le moyen de travailler avec un individu du camp des «partenaires de la paix?»

Sur une route qui a été fermée et interdite aux Juifs depuis, la famille Tzour revenait d'une réception chez le frère de la mère, Ita. Le véhicule familial roulait sur la route Wallerstein, entre les villages de Dolev et de Bet-El. Portant le nom du président du Conseil régional de Benyamin, cet axe permettait de rejoindre la région de Tel-Aviv sans faire des dizaines de km de détours. A mi-chemin, une voiture les a doublés. Ses occupants ont ouvert le feu, touchant d'abord le moteur pour immobiliser leur proie. Ils ont eu le temps de bien viser, même si l'attaque a duré moins d'une minute, d'assassiner Ita et son fils, Ephraïm, âgé de dix ans. Les tueurs ont trouvé refuge à Ramallah.

Des dizaines de pages ne suffiraient pas pour rappeler tous les actes meurtriers de la haine contre les Israéliens, contre les Juifs en général. Les réactions gauchisantes et méprisantes sont un bourrage de crâne qui finit par insensibiliser aussi le cœur. Ce type de réaction, toujours en train de demander ce que «ces gens font là-bas», alors qu'elle provient d'une catégorie de raisonneurs qui se veulent humanistes et défendeurs du droit universel qui reconnaît à l'homme le choix de vivre où bon lui semble, s'est fait plus silencieux chaque fois que les événements ont révélé la précarité de la sécurité dans les grandes villes. Mais il n'en demeure pas moins que cette attitude recèle un contagieux mépris de la vie.

Les tremblements de terre en Turquie, les grands raz-de-marée en Thaïlande, ont fait des victimes israéliennes. Voici à peu près deux mois, un attentat a touché des Israéliens… en Bulgarie. L'épreuve de l'âme sensée consiste en pareilles situations à ne pas tomber dans ce travers, celui de la petite phrase assassine: «Mais qu'allaient-ils donc faire là-bas», ou, dans le langage de Molière, «Qu'allait-il faire dans cette galère?», question bien fourbe de la part de ses auteurs.

Il faut savoir rester sensible et échapper à cette influence, même pour ceux qui ont subi ces railleries. Et il est possible d'aller plus loin, en ne se contentant pas seulement de se souhaiter à soi-même un cœur de chair et non de pierre, mais en espérant que ce public de gauche, qui affectionne plus que tous les autres les voyages aux quatre coins du monde, et qui est donc capable de se sentir solidaire de compatriotes touchés par le danger à des milliers de kilomètres, se défasse des petites phrases tueuses et ressente à son tour de la compassion pour ses frères, qui non seulement veulent vivre le rêve du retour d'Israël, mais protègent ces gens de gauche en agissant avec leur corps comme un bouclier réellement humain.

En outre, les petites phrases tueuses tomberont un jour et cesseront de voiler les différents objectifs du peuple d'Israël. Sa présence sur toute sa terre est non seulement légitime et plus que souhaitable, mais doit également aspirer à réparer les dégâts de l'exil. La célébration de la restauration du Second Temple, dont le service avait été momentanément interrompu pour être renouvelé le 25 kislev 3597, avec toute la profondeur de sa signification exprimée par les lumières de Hanoukka, montre et présage que le Troisième Temple et son inauguration consistent en une aspiration inaltérable du peuple juif qui en verra la réalisation.

Bonne fête

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