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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:30

Loin de réagir et de satisfaire ses électeurs, Netanyahou s'est inscrit dans la ligne droite des accords d'Oslo, continuant à foncer droit dans le mur. Ce mur, c'est probablement le mur de  sécurité, qui endort l'opinion et cherche à la conforter, laissant entendre que, puisque ce mur nous défendrait, pourquoi s'inquiéter de ce qui se passe de l'autre côté, et pourquoi par conséquent s'opposer à ce qu'il y ait un Etat terroriste?

La tête dans le mur. Qui n'a pas entendu cette expression israélienne, Rosh bakir, qui désigne un entêtement borné à s'attacher à une voie vouée d'avance à l'échec, attitude pour laquelle opte quiconque refuse de tenir compte de certaines réalités qui ont pu lui échapper. «Non, monsieur, ici c'est une impasse», pourrait-on dire à celui qui s'obstinerait à essayer de poursuivre son chemin alors qu'il s'est engagé dans un cul-de-sac. «Vous devez repartir en arrière… Bien sûr, vous allez vous éloigner de votre destination. Mais il vous faut sortir de l'impasse, contourner le pâté de maisons et reprendre la rue principale.» On s'attendrait en principe à être écouté et remercié poliment. Mais pas à ce que la personne nous réponde: «Mais non. Je sais ce que je fais. Seuls les novices ou ceux qui ne comprennent rien à rien pensent que c'est une impasse. Il ne faut pas se décourager, ça va passer.» Je sais qu'il y a des noms pour qualifier une telle attitude, mais ils relèvent d'un contexte médical précis.

A une certaine époque, nous avions en Israël deux partis dominants, le Likoud, parti rassembleur, et le Ma'arakh, parti travailliste. Le premier défendait dans sa charte les droits du peuple juif à s'installer sur l'ensemble de la partie ouest de la terre d'Israël, le second pensait que des concessions douloureuses apporteraient une messianique paix. Quand le Ma'arakh a repris le pouvoir, il a abrogé la loi interdisant l'intelligence avec l'ennemi terroriste, a fait des concessions douloureuses avec un grand sourire, mais a refusé de déchanter quand la réalité vécue des dites concessions a démenti la paix idyllique, religieusement escomptée pour devenir cauchemardesque. Si le Ma'arakh appuyait encore plus fort sa tête contre le mur, en soutenant que si les terroristes étaient restés méchants, c'était parce qu'on n'avait pas été assez gentils avec eux pour les convaincre de nous aimer, le public, lui, malgré une arnaque propagandiste travaillant sur l'affectivité pour submerger les capacités d'analyse cartésienne, a préféré se rabattre sur le Likoud.

Ce qui avait fait voter Ma'arakh, c'était la certitude distillée par ce dernier qui voulait que, tant qu'on n'aurait pas essayé de faire la paix avec les terroristes, on ne pourrait jamais affirmer avec certitude et en toute honnêteté que ça n'aurait pas marché, et on ne pourrait que se dire qu'on s'est borné à refuser une occasion historique de transfigurer non seulement les relations des pays arabo-musulman envers Israël, mais de créer un nouveau Moyen-Orient. Le pacte avec le diable devait le dédiaboliser. On a voté, on a vu et on a compris. On a essayé, et on a compris que c'était réellement de la folie furieuse.

Ce qui s'est passé pendant la nuit qui a suivi les élections qui ont de nouveau destitué le Ma'arakh vaut la peine d'être retenu. Mais si on remonte juste quelques jours en arrière, c'est fort de manipulation médiatique. Le leader du Ma'arakh, à l'époque Pérès, toujours le même, avait été donné gagnant par tous les journaux, avec des résultats variant de quatre à sept points d'avance sur son rival. A la fermeture des urnes, il était toujours donné gagnant. Mais, à mesure que le dépouillement des voix avançait, son avantage se resserrait. Les commentateurs, les spécialistes en tous genres, de l'extrême gauche jusqu'à la gauche, étaient partis pour une nuit blanche radiophonique.

Ce qui est intéressant, c'est qu'ils étaient unanimes sur un argument, confirmé et rabâché dès minuit, et on pouvait entendre la litanie suivante : «Même s'il s'avère pour finir que la victoire de Pérès ne tiendra qu'à une voix d'écart, nous pourrons légitimement continuer les accords d'Oslo. Parce que c'est ça, la démocratie. Et ça fait partie des règles du jeu». Or, à cinq heures du matin, coup de théâtre, le journaliste de service, en direct, perd les pédales. Il annonce un retournement de la situation, et espère à haute voix qu'il ne peut s'agir que d'une erreur, et qu'il attend un démenti qui n'allait certainement pas tarder. Inutile de préciser que la victoire du Likoud se fit avec bien plus d'une voix d'écart, et que son nouveau dirigeant, Netanyahou, aurait pu se référer aux affirmations des spécialistes de la radio, pour revendiquer la légitimité du changement de cap qui s'imposait et qui, logiquement, allait faire oublier les catastrophiques accords d'Oslo, dont la réalisation avait profité des faux espoirs insufflés à la population, et de tirades fortement démagogiques et implacables comme celle qui exigeait que c'est avec ses ennemis qu'on fait la paix. «Eh ben oui, forcément», s'était-on dit trop facilement.

On peut aussi ajouter au contexte électoral, outre le «juste châtiment» et la sanction qu'aurait mérité Netanyahou pour le meurtre de Rabin («Tu as tué, et voilà que tu as hérité !», vitupéraient à longueur de journée les intellectuels interviewés), que les médias avaient fait passer sa possible victoire pour apocalyptique. «Si le Likoud reprend le pouvoir, c'est la guerre!» disaient à mi-mot ou de vive voix les maîtres de la pensée prémâchée. Pourtant, encore tout au début, beaucoup de férus de démocratie vraie fêtèrent cette victoire. Oslo et les terroristes allaient être balayés dans les oubliettes de l'histoire. Les propagandistes n'avaient qu'à bien se tenir. Ils avaient d'ailleurs préparé leurs valises avant qu'une mauvaise pitié ne les laisse maîtres de la place et torpiller toute volonté saine de ramener la tranquillité et la joie de vivre dans le pays.

Le nouveau premier ministre aurait dû s'atteler à la tâche avec méthode, faire valoir l'illégalité des accords, et poursuivre pour haute trahison les responsables politiques qui avaient manigancé pour importer les terroristes de l'Olp, les armer et leur donner un champ de manœuvre, à savoir les territoires placés sous leur autonomie exclusive, ou, à défaut, se contenter de s'appuyer sur l'irrespect des clauses par la partie adverse pour désengager Israël, un accord, quel qu'il soit, étant invalidé dès que l'une des partie engagées s'en dédit concrètement. Il devait en outre rétablir l'octroi des prêts hypothécaires qui avaient été l'unique mesure prise par le gouvernement Rabin pour geler la construction, en dehors des centaines de maisons construites dans les derniers soubresauts du gouvernement Shamir-Sharon, alors que ces derniers, brusquement conscients de leurs manquements à la volonté de l'électorat, sentaient qu'ils perdraient probablement les élections conséquentes aux accords de Madrid.

Malheureusement, le lendemain, le vainqueur frais émoulu déclarait piteusement qu'il respecterait tous les accords signés par ses prédécesseurs. C'était à se demander pourquoi il s'était présenté. Pendant près d'un an, c'était comme si le Ma'arakh avait gagné. Les électeurs, les membres actifs, les bénévoles qui avaient participé à la campagne n'y comprenaient plus rien.

Il aura fallu qu'un événement tragique survienne, l'assassinat de sang froid par des terroristes musulmans d'Ita Tsour et de son enfant, Ephraïm, pour que Netanyahou semble enfin se ressaisir. Il se rendit personnellement à l'enterrement des victimes de l'antisémitisme arabo-musulman très agressif sur la terre d'Israël mais rebaptisé depuis longtemps «nationalisme», et sembla approuver le veuf et père éploré, Yoël Tsour qui, stoïquement, retenant ses larmes, affirma que le peuple juif contre ceux qui l'assassinent répondait à la mort par la vie, et puisque les ennemis d'Israël considéraient comme plus grave de voir les Juifs se multiplier et s'étendre que de subir dans leur camp des pertes dites humaines, qu'un nouveau quartier, sur la colline déserte surplombant le cimetière, allait voir le jour à la mémoire des disparus.

Les plaisantins de la génération profitèrent de la situation pour jeter le discrédit et accuser le village victime de cette tuerie de « danser sur le sang». Tragique ironie de la politique bégayante de Netanyahou: au lieu de construire tout simplement parce que des centaines de milliers d'électeurs l'avaient mandaté dans cet objectif, il ne prit de résolution qu'à partir de cette énième utilisation des armes d'Oslo ; et encore, il ne réagit que partiellement. S'il permit peu après aux banques de renouveler les prêts bloqués par le gouvernement Rabin, il ne fit rien fait pour modifier le statut de terrains risquant à tout moment faire l'objet d'une revendication de particuliers hostiles se basant sur des documents remontant à l'occupation ottomane ou jordanienne. Tous ceux qui avaient occupé la terre d'Israël pendant l'exil de ses habitants, avaient annulé les prérogatives des précédents, sauf, à son retour, Israël. Et si l'attentat date de décembre 96, par voie de conséquence sur le long terme, la destruction des trente logements du quartier préconisé par Yoël Tsour date de juillet 12, soit seize ans plus tard, et qui plus est sous l'égide de ce même Netanyahou qui semblait avoir pourtant approuvé cette aspiration par des hochements de tête, au cours du double enterrement de la mère et de l'enfant.

Il va sans dire que les médias n'ont eu de cesse qu'ils n'aient jamais mis le Premier ministre au pied du mur, et ne lui demandèrent jamais tout simplement ce qu'il faisait de l'opinion de ses électeurs. Cette trahison récurrente s'est répétée avec le gel de la construction, l'expulsion des habitants de Migron, après la destruction, une nuit d'hiver, de trois de leurs maisons, l'expulsion des acquéreurs d'un bâtiment de Hébron, avant Pessah l'année dernière, et, tout dernièrement, la prise pour ainsi dire des pleins pouvoir, depuis qu'il interdit au ministre du Logement, Ouri Ariel, de valider tout appel d'offre pour les grands projets immobiliers des villes de Judée-Samarie comme Ariel ou Modi'in Ilit, et de Jérusalem, là où il est permis de se demander si une telle mesure ne serait pas illégale, le statut des zones de la ville récupérées à la suite de la guerre des Six jours n'étant pas soumis à l'administration du ministère de la Défense, mais étant l'égal de Ramat-Gan ou de Kiryat-Gat. La situation est aberrante. Alors qu'en 94, Yossi Sarid, le champion de l'extrême gauche, s'emportait quand on lui demandait s'il voulait renoncer à la moitié de Jérusalem, Netanyahou, champion a priori de la droite, empêche les quartiers juifs de s'y épanouir deux décennies plus tard.

Concrètement, par conséquent, depuis que Netanyahou a pris la direction du Likoud, plus aucun gouvernement ne tend plus à «judaïser» la Judée pour faire en sorte que le nationalisme exacerbé du monde arabe qui cherche à s'accaparer le territoire d'Israël – et pas seulement les régions reprises en 67, contrairement à ce que l'ensemble de la caste politique et journalistique passe son temps à se convaincre du matin au soir – s'amoindrisse et tente peu à peu à disparaître. Au contraire, la non construction et la menace d'expulsion qui pèse sur les Juifs (voir les précédents du Sinaï et de Goush Katif, malgré la précarité de la situation sécuritaire et les guerres impliquées directement par les mêmes précédents) galvanise l'appétit des ennemis d'Israël territoriaux, et conforte l'Europe et les E-U dans leur attitude d'ennemis ex-territoriaux.

Il est évident, contrairement à la litanie politico-journalistique, qu'une revendication formelle confirmée dans les actes de la Palestine par les Palestiniens juifs, soulignée d'un refus que leur appellation leur soit arrachée pour être attribuée au tout venant des populations arabo-bédouines accourues des alentours et devenues au regard de l'attitude israélienne frileuse les «propriétaires», et une israélisation massive de la Samarie qui se trouve à deux pas de Tel-Aviv, fera admettre à l'opinion et à ses faiseurs le point de vue du Juif redevenu Judéen.

Les discours de Netanyahou sont au moins aussi brillants que l'argumentation des défenseurs d'Israël et de ses droits légitimes, mais ils ne sont pas suivis par des actes. En hébreu, en anglais, et même en français, il sait chanter l'espérance multimillénaire et les souffrances d'un peuple enfin revenu chez lui. Il sait dire avec brio que les mouvements terroristes ont un double-langage, l'un en anglais, l'autre en arabe, mais que si l'Occident leur font confiance en anglais, lui ne les considère comme sérieux que sur la base de l'arabe. Mais, concrètement, il est toujours aussi difficile, si vous êtes juif, d'obtenir un permis de construire à dix minutes de route de Jérusalem.

Dans la pratique, Netanyahou obéit aux injonctions du président américain. Il y a un peu moins de vingt ans, c'était Clinton. Dès l'investiture de son deuxième mandat, il est parti chez Obama. «On arrête la construction pour dix mois», avait-il rapporté dans ses valises. Officiellement, le but de ce gel était de montrer que l'impasse des pourparlers avec les terroristes n'était pas imputable à Israël. Mais réellement, c'était parce qu'Obama ne voulait pas. Le nouveau gel, et ce malgré l'attribution du ministère du Logement à un militant des droits d'Israël sur l'ensemble de son territoire, à savoir Ouri Ariel, lui-même habitant d'une implantation juive de taille moyenne, Kfar-Adoumim, sur la route de la Mer Morte, est la conséquence directe de la visite d'Obama en Israël, survenue juste avant que Netanyahou ne termine de mettre en place sa coalition. Netanyahou est élu par le peuple d'Israël pour se soumettre, et le pays avec, aux ordres de l'Amérique. Cette soumission qui sape les bases de l'indépendance d'Israël est largement admise comme incontournable, justifiée bien entendu par les infatigables maîtres des mass-médias. L'erreur, s'il 'agit bien d'une erreur, est de s'imaginer que le soutien des USA à Israël serait motivé par une amitié qu'il serait dommageable de brimer, et non pas en raison d'un ordre mondial américain strictement dépendant de la carte de leurs intérêts. Beaucoup n'assouplissent en rien leurs positions, comme les Egyptiens ou Erdogan le Turc, rétorquent avec franchise aux interpellations d'Obama, sans pour autant changer la politique américaine à leur égard.

Pourtant, il faut reconnaître que Netanyahou a su, sur un point, et non des moindres, résister aux pressions obamesques, et ne pas se laisser impressionner par des menaces qui, comme nous venons de le voir ci-dessus, ne sont de toute façon pas exécutées. Obama avait très expressément exigé, ce qui remonte à leur tout premier entretien, de Netanyahou de procéder à un retrait des forces de Tsahal des villes administrées par Abbas. Mais Netanyahou a tenu bon. Pourtant, peu sont ceux qui ont fait attention à ce bras de fer, et pour cause. Tout le monde s'accorde aujourd'hui pour admettre que la sécurité retrouvée serait le résultat du mur du même nom. Or, la quasi-totalité des attentats résulte d'un déplacement motorisé des terroristes. Dans peu d'autres situations, le matériel passe au-dessus de la barrière, pour être récupéré par un acolyte, de l'autre côté.

Ce fut le cas d'un attentat déjoué alors qu'une ceinture d'explosifs était arrivée jusqu'à Tel-Aviv, avant d'être interceptée. Sous le gouvernement de Barak, lorsque Tsahal poursuivait des terroristes, il lui était interdit de dépasser la limite des zones attribuées à l'époque des accords d'Oslo à l'Olp. La classe politique voulait dans sa dialectique qu'Israël ne se mît pas lui aussi à ne pas respecter les accords, ce qui ferait perdre tout espoir tangible de voir l'autre partie abandonner le terrorisme pour les respecter un jour.

Inutile de préciser qu'il était fort rare que des terroristes se fassent prendre avant de refranchir cette ligne, et qu'ils avaient le champ libre de tout préparer sans être dérangés, le plus dur étant le passage par les régions où Tsahal restait en droit d'agir. Il aura fallu attendre l'opération Rempart, Homat Maguen, avec Sharon, pour que Tsahal réinvestisse la place. Aussi, dans les dépêches du matin, on peut voir régulièrement que tant de suspects recherchés ont été appréhendés. Ces mêmes suspects sont ceux qui, quand Tsahal avait été exclu de la scène, fomentaient les attentats et s'occupaient de toute la logistique de a à z, de la préparation des explosifs au recrutement des candidats aux attentats suicides, formés à cet effet. Alors à quoi sert ce mur? Comme mentionné plus haut, il sert paradoxalement les intérêts de l'extrême gauche et des partisans de l'intérieur comme de l'extérieur à la fondation d'un Etat terroriste à un pas de l'aéroport international Ben-Gourion. Puisque le mur serait le facteur ayant pratiquement mis un terme aux attentats, Israël n'a plus de raison d'être présent des deux côtés. Et c'est là que se trouve le véritable danger. En effet, si Netanyahou arrivait à la solution d'un Etat arabo-musulman dit palestinien, quel motif pertinent aura-t-il l'intention d'invoquer pour ne pas retirer totalement Tsahal des bastions qui entourent Jérusalem sur trois côtés, jouxtent Netanya, Kefar Saba ou Petah-Tikva?

Par conséquent, on comprend que cet acharnement à ne pas s'affranchir des conceptions des «territoires contre la paix», «des accords d'Oslo», «des deux pays pour deux peuples», sous toutes sortes d'étiquettes, ne peut présager de solution juste et viable. La nation arabo-islamique ne veut pas d'Israël, et elle ne se contentera pas des régions perdues par Israël en 49 pour être reprises en 67. Le conflit est antérieur à cette dernière date, et ce qu'ils appellent la libération de la Palestine ne se limite pas à leur mainmise sur les villes à forte population arabe et interdites aux Juifs, n'en déplaise aux politiciens de l'intérieur, qui veulent penser à la place de nos ennemis ce qu'ils pensent vraiment.

 

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