Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 22:51

La foi est-elle produite par la mode et les spectacles ou est-elle profondément ancrée dans les consciences ? Peu après l'indépendance d'Israël, et à l'approche du jour de la réunification de Jérusalem, cette question vaut la peine d'être creusée.

Aux principes fondamentaux de la foi d'Israël s'impose depuis quarante-six ans une foi de substitution, superficielle et artificielle, ou une certaine forme de culte étranger, qui cherche à supplanter le lien authentique qui rattache ce peuple à ses racines morales et spirituelles. Pourquoi un nombre si précis d'années?

Parce que cet idéal mutagène de paix universelle, qui renie les voies tracées depuis la nuit des temps dans l'authentique tradition où s'inscrivent l'exil et le retour, et qui cherche à en modifier l'aboutissement, quand un Camp David veut à tout prix écraser l'avènement de la descendance du véritable roi David, a obtenu une monnaie d'échange, à marchander et négociable, le Sinaï et l'axe géographique des principaux sites originaux de l'histoire juive, s'étendant de Sichem au Nord à Hébron au Sud.

Les adeptes de cette foi usent des moyens qu'offrent les médias et les spectacles pour miser sur l'émotion du grand public ou se jouer de lui. Cependant, nous allons voir que l'interpellation de l'émotion, qui remplace plus qu'elle ne complète un véritable travail de fond, a existé bien avant l'invention du cinéma et de la télévision.

***

Il y a bien longtemps, encore jeune écolier, je m'étais mis à lire le livre des Rois. Connaissant par tradition familiale le récit de l'esclavage en Egypte et de sa sortie, événement couronné par le don de la Torah et l'entrée en terre d'Israël, où devait culminer le Temple, (ces éléments figurent eux aussi dans la Haggadah, dans le chant Dayénou, Cela nous aurait suffi) je fus effaré de lire que des rois d'Israël s'adonnèrent à l'idolâtrie, alors que D. avait tiré les ficelles de l'histoire afin de voir son règne éclairer le monde en rayonnant de Jérusalem, où devait se réaliser la jonction entre le pouvoir céleste et le pouvoir terrestre.

Mais, comble d'horreur, le roi Jéroboam (I Rois, XII, 28-29) empêche le peuple d'Israël d'adorer D., et le contraint à faire des offrandes à deux idoles, deux veaux d'or (décidément notre bête noire attitrée), qu'il érige à Beit-El et à Dan. En refermant le Livre, j'ai regardé autour de moi, et je me suis dit : «Heureusement que je ne vis pas à cette époque terrifiante ; heureusement que l'injustice entre les hommes, et à plus forte raison une iniquité d'Etat, sont aujourd'hui révolues.»

Cette douce impression devait s'estomper d'abord, pour finalement s'évanouir. Et pourtant, dans un premier temps, en refermant mon livre, comme j'ai pu être bercé par les nouvelles, par cette paix signée entre Israël et son très ancien oppresseur, l'Égypte, avant de comprendre, bien plus tard, que j'étais loin d'avoir été le seul à m'être laissé berner par cette ambiance d'une ère de paix factice, plus forte encore que le messianisme biblique, introduite par des mises en scène que le progrès de la télévision a su mettre à la portée du monde entier.

Qui n'a pas vu, qu'il fût âgé de sept ans ou de soixante-dix-sept, ce happy-end de l'histoire mondiale, dont le souvenir le plus ancien, les relations pharaoniques et hébraïques, remontaient sur le devant de la scène, comme pour boucler la boucle?

Qui n'a pas assisté en direct à la reddition du vainqueur en faveur du vaincu, cette capitulation voulue par les dirigeants israéliens, cette signature d'un accord de paix tant attendu, censé faire du loup qu'est l'Egypte, et que seule une série ininterrompue de miracles a empêché de ne faire qu'une bouchée d'Israël, le voisin pacifié de la brebis ? Cette cérémonie avait tout pour plaire. Le président de la plus grande puissance du moment supervise le parachèvement heureux des destinées de la terre, par ce très officiel accord de paix.

Il n'est cependant pas erroné de considérer que l'éblouissement et l'énorme satisfaction suscités par cette fin en apothéose ne s'alimentaient pas à la source de l'optimisme, ou que ceux qui, en Israël, dont les sentiments allaient du scepticisme à la sensation de s'être fait duper, refusèrent de s'en émouvoir, ne souffraient pas nécessairement de pessimisme. Comme dans beaucoup d'affaires concernant l'Amérique, on a trop souvent tendance à réduire la réalité à l'image rendue au travers du prisme du rêve, voire du fantasme, cinématographique. Or, la vie continue, et la terre ne s'arrête pas de tourner à la suite de chaque happy-end, ou chaque fois que le mot fin apparaît. Un optimisme forcé, artificiel, reste le lot du spectateur qui joue le jeu de la production hollywoodienne, soit par manque de connaissance des enjeux et des réalités de terrain, comme ce fut le cas du jeune écolier ébahi que j'étais, encore bien trop jeune pour analyser le terrain, soit par autosuggestion, en dépit des exigences conjoncturelles.

Plus de trente ans plus tard, on ne peut que constater les dégâts. «Qui est l'homme avisé? Celui qui est (pré)voyant». (Traité Aboth). Du surarmement du Hamas de Gaza livré avec ou sans tunnels depuis le Sinaï, aux bombardements sciemment dirigés contre les civils d'Israël, en passant par l'attaque terroriste sur la route d'Ovda à Eilath, ou encore par l'immigration illégale qui a transfiguré le sud de Tel-Aviv, toutes ces plaies doivent être envisagées sous le regard du prisme des conséquences du happy-end tripartite Begin-Carter-Sadate.

Par ailleurs, à propos du remplacement de population qui touche une bonne partie de Tel-Aviv, il faut bien comprendre que, contrairement à ce qu'on voudrait bien croire, l'attitude des autorités et des mass-médias en Israël est exactement la même qu'en Europe. On a tendance à penser que les Israéliens ne se laissent pas submerger. L'équation commune est pourtant la suivante: «Si vous ne voulez pas devenir minoritaires dans vos propres pays, pour être remplacés d'abord démographiquement puis pour voir les derniers des vôtres se faire chasser ou anéantir, arrangez-vous pour avoir plus d'enfants que les ressortissants d'origine étrangère.»

La famille israélienne apporte ses quatre ou cinq enfants, certaines mères dépassent les dix, à l'instar de la génération captive en Egypte, pour les membres de laquelle le texte rapporte que, plus on les maltraitait, plus ils se multipliaient.

Quant à Carter, il est plus que probable qu'il savait pertinemment que le repli israélien du Sinaï n'apporterait que le chaos. En conséquence, son parti-pris contre Israël pendant toutes les années ultérieures aux célèbres signatures ne sont par en contradiction avec sa motivation pour cet accord, imposé à Israël par son administration.

L'Égypte, de son côté, avait tout à gagner: d'abord le Sinaï, que ses dirigeants n'ont pas réussi à reprendre militairement, pas même à la guerre de Kippour ; ensuite, économiquement, puisque ce pays, incapable de se prendre en main, vit de l'aide américaine. En ce qui concerne les «Frères» de Sadate qui l'ont assassiné, leur position, insensée, peut être comparée à celle d'un serpent qui s'empoisonnerait tout seul, ou d'un scorpion qui s'inoculerait de son propre venin. La politique des opposants de Sadate dans son propre pays consiste depuis le début à scier la branche sur laquelle l'Égypte est assise. Bien que les médias s'y intéressent assez peu à l'heure actuelle, elle est sur le bord de l'implosion. Et pour ce qui est de sa paix avec Israël, il ne lui manque plus qu'à lui rétrocéder le Sinaï, puisqu'elle ne s'acquitte plus du tout de ses obligations, et que la péninsule est devenue un nid de factions terroristes armées qu'elle n'ose plus affronter et sur laquelle elle n'exerce plus de facto son autorité.

Revenons aux chapitres des Rois. On ne doit pas juger son prochain tant que l'on ne s'est pas retrouvé dans sa situation. Ce sage principe fait que nous nous demandons quelle aurait été notre attitude si nous avions vécu à l'époque de Jéroboam, d'Achab ou de Ménaché. La Guemara (Sanhédrin 102b) rapporte qu'un éminent rabbin et enseignant évoqua son souvenir avec mépris: «Rav Achi termina son cours la veille d'une leçon qui porterait sur trois rois. Il dit à ses élèves: "Demain, nous ouvrirons le cours sur nos 'amis'." Vint Ménaché, qui lui apparut dans un songe. Il lui dit: "C'est nous que tu appelles 'tes amis et les amis de ton père'? De quel côté faut-il couper le pain quand on s'apprête à prononcer dessus la bénédiction?" Il lui dit: "Je l'ignore". "De quel côté il faut couper le pain, tu ne le sais pas, et tu nous appelles tes amis?"Rav Achi lui dit: "Apprends-le moi, et demain j'enseignerai cette halakha en ton nom." Il lui dit: "Là où la cuisson forme une croûte". Rav Achi rétorqua: "Puisque vous étiez si instruits, comment se fait-il que vous ayez fait de l'idolâtrie?" Il lui répondit: "Si tu y avais été, tu aurais soulevé le pan de ton manteau pour me suivre et courir plus vite". Le lendemain il commença sa leçon: "Aujourd'hui nous allons parler de nos maîtres". ».

Il est vrai que les Sages (Yoma 69b Zacharie V, 8) ont prié pour que fussent refroidies les pulsions extrêmement puissantes qui poussaient à cette forme de débauche, et qu'il est mal aisé pour une génération qui vit après l'exécution du mauvais penchant de l'idolâtrie de juger ceux qui le voyaient littéralement danser au milieu d'eux.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas interdit de trouver quelque similitude entre l'époque des Rois et l'époque du cinéma hollywoodien. Il semblerait bien que, de même que l'emballement provoqué par le cinéma, la mise en scène, le point de vue de la caméra, conquiert le spectateur moderne à la cause pour laquelle il est sensibilisé, la génération antique affectionnait le spectacle et fixait son opinion en fonction de l'impression qu'il lui laissait. Là aussi, il fallait que le film soit bon. L'impression l'emportait sur la raison.

Dans le livre des Rois (I Rois, XVIII), le prophète Elie défie les prêtres du Baal. Il les attaque sur leur propre terrain, celui du grand spectacle, si l'on peut dire. Il leur impose pour ainsi dire un concours, une compétition, d'où se développera une sorte de scénario. C'est à celle des deux «équipes», la sienne et celle de ces prêtres, qui réussira à invoquer la force divine dont elle se réclame pour qu'une offrande et le bois déposés sur un autel soient immolés sans que la main de l'homme n'y mette le feu. Le peuple accourt en masse. C'est dire s'il a le goût du spectacle. Le prophète exagère volontairement les effets théâtraux. «Criez plus fort, peut-être que c'est l'heure de sa sieste» (traduction libre). Il les relance, il se moque d'eux. Et que fait le public, pendant ce temps? Il ne perd pas une miette de la production, il est saisi par le suspens, et, hésitant, indécis, il est prêt bien entendu à se rallier à la cause du futur vainqueur.

Les prêtres idolâtres s'épuisent et s'avouent vaincus, mais espèrent le match nul. Puis, quand vient le tour du prophète, il accentue les effets. Il fait creuser une tranchée autour de l'autel, demande que de l'eau soit versée en grande quantité sur l'offrande, au point de remplir et de faire déborder la rigole. Il implore l'Eternel, et un feu dévorant descend du ciel, consumant les pierres de l'autel avec l'offrande. Le peuple se prosterne et reconnaît la suprématie de D.

Mais que signifie donc tout ceci? Un peuple dont la foi est ancrée dans sa tradition qui remonte aux patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui est sorti d'Égypte quatre cents ans après la naissance du deuxième, a été accompagné par la Présence Divine et sa manifestation évidente tout au long de sa libération, du don de la Torah et de son entrée en terre de Canaan, peut-il remettre en question la primordialité du fondement de son identité et faire dépendre son avenir et sa foi de l'issue d'un spectacle, avec tout le respect dû aux Ecritures?

C'est pourtant le stade où ils sont descendus pour que le prophète Elie s'implique de la sorte, et surtout pour que D. s'adresse au peuple dans le langage qu'il comprend, le langage du spectacle. Et que se serait-il passé si, par extraordinaire, les prêtres du Baal avaient réussi à allumer ce feu, et si D. avait décidé pour finir de ne pas révéler sa présence de la sorte?

Il est par conséquent possible d'admettre que l'homme dont la foi était suffisamment stable et profonde à cette époque et qui n'avait pas besoin de passer par un «concours» interpelant la superficialité de sa personnalité et provoquant une réaction quasi épidermique, préfigure celui qui, aujourd'hui, par effet inversement proportionnel, ne se laisse pas impressionner par le goût du spectacle des nouveaux partisans du Baal.

Aujourd'hui, D. ne se prête pas à ce jeu, et le fidèle doit prouver son attachement par la profondeur de sa foi et la solidité de ses convictions, motivées à présent par une tradition devenue multimillénaire. C'est pourquoi le Baal, demeuré seul acteur sur la scène, triomphe. Au point qu'un Carter sera dans l'impossibilité de garder son sérieux tout au long de la cérémonie, s'esclaffant sans cesse de la réussite de son tour.

Pourtant, ceux qui se délectent des effets propres aux spectacles sons et lumières devraient être attentifs aux effets à retardement, lorsqu'effectivement un feu surgit du ciel, mais propulsé sous la forme de missiles ; un peu comme si les événements venaient nous dire: «Vous avez apprécié le spectacle, vous avez applaudi le prêtre Carter et son autel, la fameuse "table" sur laquelle ont été signés les traités à répétition (cf. les accords d'Oslo), appréciez donc aussi comment le feu va s'abattre.»

Or, si l'idolâtrie était le faible des générations qui ont précédé la destruction et la dispersion, celle du retour en Palestine souffre d'un éloignement de la foi qui s'exprime sous une autre forme. Il s'agit moins d'une substitution de la foi en D. par un attachement aux cultes étrangers que d'un détournement d'une autre nature. Pour revenir aux similitudes ou différences entre la démonstration spectaculaire d'Elie le prophète d'un côté et les accords de paix à grand spectacle de l'autre, nous remarquerons que si le premier cas concerne le choix entre la foi en D. et l'idolâtrie, le second s'attache à l'acceptation ou au rejet du plan divin énoncé dans l'histoire d'Israël et des nations, et écrit au passé et au futur dans la Bible.

Dans cette optique, nous ne pouvons que constater que tous les «efforts de paix» sont des tentatives de faire échouer le plan divin du retour d'Israël sur sa terre, condition sine qua non de la rédemption qui ne se limite pas aux seules affaires du peuple juif. Il suffit de voir la mesure de la focalisation de l'attention mondiale sur le sort de l'aboutissement de ce programme en marche pour comprendre à quel point toute la planète est concernée.

Au moment des accords avec l'Égypte, la question qui revenait souvent dans les milieux profondément sionistes, autrement dit là où le sionisme se conçoit comme l'amour que voue le peuple d'Israël à Sion, avec tout le poids de son identité et de sa tradition, était de savoir si le Sinaï faisait oui ou non partie de la terre d'Israël, dont la superficie s'étend jusqu'au fleuve d'Égypte, qui n'est pas nécessairement identifié au Nil, selon les exégètes bibliques. Il est évident que la question ne s'est plus posée dès lors que les concessions territoriales qui allaient suivre, et que prévoyaient les premiers accords, ont concerné directement des parties très centrales du patrimoine d'Israël.

Le plus étonnant dans l'entêtement de ceux qui, de l'intérieur, imposent au peuple d'Israël cette politique de repli et de reddition, c'est qu'ils persistent dans cette voie malgré les échecs qui ne relèvent absolument pas de l'analyse géopolitique mais de l'évidence la plus flagrante. A croire qu'ils adhèrent à un autre système, à une autre croyance. Certains indices abonderaient dans ce sens. Les partisans des concessions territoriales ont toujours prétendu qu'ils agissaient pour la paix. Ils prient pour la paix, espèrent en son avènement, croient en la paix, pour reprendre leurs propres tournures. «Paix! Paix! Et il n'y a pas de paix!» nous dit le prophète. (Jérémie, VI, XIV). Cette croyance dans la paix telle qu'elle est conçue dans ce contexte, contredit et bafoue la foi multimillénaire d'Israël, qui n'est certainement pas revenu dans son pays pour le céder à une autre nation, en l'occurrence la nation arabo-musulmane, qui veut faire de la Palestine une de ses provinces, purifiée des Palestiniens légitimes, les  Judéens ou Juifs.

Que ce soit un fait voulu ou inconscient, cette croyance en cette paix adopte la position de l'ennemi en minimisant cette dernière et en y greffant l'espoir qu'il se contentera d'un compromis, d'une partie du sol alors qu'il réclame le tout.

Il est clair que cette «greffe» va être rejetée, et pourtant les adeptes de cette vision de la paix n'en démordent pas. En hébreu, le mot paix, Chalom, désigne l'un des noms du Saint béni soit-Il. Le commandant de la Région Centre, prononçant une allocution lors de la cérémonie du souvenir des soldats tombés au combat et des victimes du terrorisme, le 5 yar 5773, (veille de l'indépendance 2013) conclut son discours en modifiant le verset «… jusqu'à l'avènement de Šilo» (Genèse XLIX, 10) en «… jusqu'à l'avènement de la paix». La notion messianique de rédemption – Šilo étant le roi Machia'h, l'oint, nous indique Rashi en citant le Midrash Raba – se voit supplantée par la notion politique d'une paix de renoncements et de concessions.

D'aucuns se souviennent de la réaction gouvernementale à la suite de chacun des atroces carnages qui ont accompagné ce que l'on appelait encore le «processus de paix», notion mensongère ou illusoire créée artificiellement et imposée arbitrairement par voie médiatique après la signature des accords d'Oslo et leur mise en application. Les innocents assassinés étaient appelés, selon la traduction courante : «les victimes de la paix». Or, le terme hébraïque employé, korbanoth, signifie à l'origine sacrifices. Les concessions politiques furent donc élevées – ou rabaissées – au rang d'un culte, avec des sacrificateurs et des sacrifiés. L'ironie du sort a voulu que les partisans du processus ci-dessus et par extension des sacrifices humains étaient les plus acharnés dans leur mépris pour les sacrifices d'animaux dont les règles sont énoncées dans la Torah. Il semble que les sacrifices humains entraient par contre pour eux dans une certaine logique.

Nous sommes donc très clairement les témoins d'une «religion» qui nomme du Nom de D. un principe qui va à l'encontre de Sa volonté. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il a connu un antécédent à une époque qui ressemble un peu à la nôtre, celle  de la sortie d'Égypte, puisqu'elle consistait elle aussi dans un mouvement de libération du peuple d'Israël, se déplaçant de l'étranger vers sa terre.

Les courants contraires se renforcent vraisemblablement chaque fois qu'il est question pour Israël de rentrer au bercail. Lorsque le veau a jailli du moule d'or en fusion, on s'écria : «Voici ton Dieu, Israël!», la désignation du veau massékha, masque venu cacher et éclipser la Présence divine, se fait sous le nom: E-lohékha, contraction d'E-lohim chelkha, ton E-lohim.

«Non», vient-on nous dire, «ton D. n'est pas immatériel, omnipotent et omniprésent. Il est on ne peut plus matériel et limité dans l'espace. Le message de ton D. n'est pas de te ramener en tes frontières et de te rendre tes villes de Jérusalem, Hébron, Sichem, mais de te contraindre à y renoncer.» L'exégèse exige que cette annonce a été proclamée par un tiers, qui a décrété que ce veau serait un dieu, sans quoi le texte aurait été entièrement à la première personne: «Voici notre Dieu, Israël».

Et ce tiers, c'est le 'Erev Rav, un mélange de nations qui a feint d'adhérer au message porté par Israël au moment de sa sortie d'Égypte. Plus loin, D. reproche à Moshé: «Le peuple que tu as fait monter d'Égypte a fauté», le peuple que «tu as fait monter», et non pas le peuple que «J'ai fait monter». Un autre verset confirme cette affirmation: «Les enfants d'Israël qui sont montés d'Égypte représentaient le cinquième». Il s'agit soit du cinquième de la population des Hébreux présents en Egypte, les autres, très attachés à leur terre d'exil, n'ayant pas voulu partir, ayant péri sous le coup de la plaie de l'obscurité ; soit du cinquième de la population ayant quitté le sol égyptien.

Le Rav Goren, ancien grand rabbin de Tsahal, et que l'on peut voir sur les films d'archives sonnant du schofar lors de la  libération de l'esplanade du Temple, interrogé par des étudiants de la yéchiva de Beit-El à la suite d'une conférence qu'il donna à l'occasion du jour de l'indépendance d'Israël, en 91, affirma que les partisans acharnés d'une paix consistant à chasser Israël de ses terres sont le 'Erev Rav de notre génération. Cet avis n'est pas partagé par tous les rabbins, dont le Rav Z.B. Melamed qui l'avait invité, et qui pense qu'il s'agit de gens honnêtes qui sont dans l'erreur. D'autres pensent que ceux qui se laissent convaincre sont en effet dans l'erreur, tandis que ceux qui défendent à la racine ce principe distillent leur méthode avec préméditation.

Les forces qui s'opposent à la rédemption, aussi bien à la sortie d'Egypte qu'à celle de l'exil d'Edom, sont féroces, troublantes, perturbantes, et il semble bien que le travail de tout un chacun, sur le plan de la véritable foi, doit se faire en profondeur, et que ni D. ni le prophète ne joueront le même jeu que celui qui avait consisté à ridiculiser sur la scène les adeptes du Baal, malgré la forte sanctification du Nom qui s'était ensuivie. Pourtant, ceux qui ont des yeux voient que, sur une scène beaucoup plus vaste et non sur un «autel-podium», D. intervient, non seulement dans des guerres comme celle des Six jours ou de Kippour, mais au jour le jour, sans quoi la brebis aurait été depuis longtemps engloutie par les soixante-dix loups qui l'entourent, au sens propre comme au figuré.    

 

Partager cet article

Repost 0
vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan - dans Analyses en français
commenter cet article

commentaires