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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:37

Un grand homme nous a quittés. Isaac Shamir s'est éteint à l'âge de 96 ans, mais sa contribution, en tant qu'homme d'Etat, au lieu de consister en la réalisation de grands desseins, s'est limitée dans le ralentissement d'une politique globale préjudiciable au plus haut point pour Israël sur le long terme, le ménage n'ayant pas été fait avec son accession au pouvoir.

Les médias d'Etat consistent dans l'un des instruments fondamentaux pour le maintien de l'ordre. S'ils ne s'inscrivent pas dans le prolongement de la politique voulue par le pouvoir, et qu'ils ne préparent pas l'opinion aux changements qu'il veut apporter, ils inversent les rôles, prennent le dessus et contraignent le pouvoir politique à se soumettre aux ordres d'une caste minoritaire qui tient les rênes en outrepassant la démocratie. Isaac Shamir a eu le grand mérite, quand on connaît avec le recul ce qu'ont fait  Sharon ou Olmert, ou encore Begin avant lui, d'avoir su rester fidèle et ne pas trahir le lien entre le peuple d'Israël et sa terre. Il avait déclaré un jour, lors de son mandat à la tête du gouvernement, qu'il ne concèderait pas le moindre cm2 de terrain à une entité étrangère et qu'il n'expulserait jamais un Juif de chez lui. Il a fait montre de moins d'optimisme quand il a ajouté, concernant ses successeurs, qu'il ne pouvait exclure la possibilité qu'ils le fassent après lui. Il a tenu bon et n'a pas «perdu sa part dans le monde futur en un instant.»

Mais il a payé le prix de sa détermination. Il a été qualifié d'homme dur, dans la dimension évidemment négative du concept, et d'obstacle à la paix, comme s'il avait personnellement empêché une paix annoncée par les prophètes jadis d'éclater au grand jour, ce qui est vrai si on réfléchit au sens de l'«éclatement» que d'autres ont encouragé. Certes, tout honnête homme se serait posé la question suivante: «Et alors, que lui importe d'être taxé de toutes sortes d'étiquettes mal à propos? Les chiens aboient, la caravane passe.» Mais que faire quand le chameau est malade, ou quand l'essieu de la diligence est à moitié scié? Car les aboiements ne proviennent pas de l'extérieur, auquel cas on aurait pu fermer la fenêtre pour être tranquille. Les chiens se sont soudés à la caravane et parasitent l'énergie qui lui est propre, avant d'atteindre le cerveau et d'aboyer en se greffant sur ses cordes vocales. Le cerveau de cette caravane est en danger et risque de commanditer sa propre mort.

Vu sous cet angle, Shamir était à longueur de journée et de dressage d'un peuple formaté pour se mettre au garde-à-vous, dès que retentissaient les six coups des «informations» édictées à chaque heure ronde, dépeint comme l'obstacle au bonheur des siens et l'ultime rempart à la rédemption universelle. Inlassablement, sans aucun renouvellement, la voix médiatique posait la question: «Shamir va-t-il s'entêter à freiner le processus de paix ou va-t-il comprendre l'importance des pourparlers?» Ou encore: «Allons-nous par sa faute manquer une occasion historique qui ne se représentera plus jamais à nous?» Beaucoup écoutaient religieusement ces «avertissements», allant jusqu'à fustiger violemment au milieu d'une discussion tout individu non encore soumis aux exigences du dressage. Des slogans creux étaient alimentés en permanence par des penseurs déphasés censés analyser la réalité pourtant mieux que l'auditeur moyen, ou que d'autres observateurs moins connus mais motivés par l'honnêteté intellectuelle. Or, le pouvoir médiatique, qui ne recule devant rien, est allé bien plus loin. A l'époque où Shamir était Premier ministre, il pouvait encore spéculer et se perdre en conjectures. La réalité ne démentait pas encore de façon flagrante leurs assertions fantaisistes nées de tâtonnements empiriques. Et les vessies qu'ils nous faisaient passer pour des lanternes pouvaient encore s'apparenter à des suppositions que conforterait l'expérience. Les détenteurs des médias avaient donc l'outrecuidance, en tentant de persuader que leurs théories pouvaient devenir une réalité tangible, d'offrir gracieusement une puissante tribune aux pires ennemis d'Israël et du genre juif du moment, en accordant un crédit démesuré à des Ashraoui et autres noms. Ces défenseurs de la charte de l'Olp et idées sombres passaient alors pour vulnérables et sympathiques, et rendaient à mesure qu'ils s'imposaient comme fiables le Premier ministre insupportable: «C'est l'entêtement de votre dirigeant qui fait qu'il est impossible de parvenir à la paix.» Ces phrases étaient prononcées sur un ton calculé et savamment dosé: sans hargne ni haine, avec des trémolos de détresse, et une clairvoyance découragée, dans une atmosphère générale disant: «Ce n'est pas ma faute, c'est celle de l'autre», et le mauvais tour était joué. De son côté, le journaliste se montrait compréhensif, condescendant, et navré comme madame Grégoire, pour ceux qui l'ont connue: «Et ils ne veulent vraiment rien entendre? Etc.»

Bien entendu, l'histoire a montré à ceux qui en doutaient à quoi ont abouti la bonne volonté israélienne et sa reconnaissance d'ennemis censés se changer d'un coup de baguette magique en partenaires de la paix, mais peu importe. L'hégémonie médiatique a su parer à cet inconvénient en inventant d'autres arguments fallacieux, le principe de base restant l'accablement ou l'auto-accablement d'Israël et la déresponsabilisation des mouvements terroristes. Les médias sont donc parvenus à supplanter le pouvoir démocratique en le forçant à un compromis, à savoir à accepter l'idée des pourparlers de Madrid. Pourtant, le Premier ministre Shamir n'avait en réalité fait que sauver les apparences, en imposant l'absence à la table des négociations de véritables assassins, n'acceptant que des «modérés» qui recevaient en fait ouvertement les directives d'individus louches dans les coulisses. Tel fut donc le compromis, d'autres diront la compromission.

Aujourd'hui, un quart de siècle plus tard, ce pouvoir sévit toujours. Les Premiers ministres se succèdent, passent ou trépassent, et les détenteurs des rênes imposent leur politique: Madrid, Oslo (avec les vrais tueurs), Gaza et Jéricho d'abord, puis tout le reste en six mois (après l'élimination de Rabin qui ne voulait plus rien céder tant qu'on n'aurait pas eu la paix en échange des territoires), hormis Hébron qui a attendu Netanyahou (qui n'avait pas le choix mais pas non plus le courage), le retrait du Sud-Liban fait cadeau au Hezbollah (chantage médiatique de l'association des Quatre mères, disparue comme par enchantement une fois l'ALS abandonnée), la destruction de Goush Katif et les bombardements qui passent pour normaux dans le Sud, et, sans vouloir trop anticiper, la destruction du quartier Oulpena et le désengagement unilatéral ou moyennant accord du centre géographique du pays, avec les bombardements sur la plus grande agglomération du pays. Cette politique sournoise mais inexorable est également à l'origine de la remise en question incessante et de plus en plus forte du droit des Juifs à vivre dans leur pays, en lui opposant si besoin est un autre droit, d'autant plus abracadabrant et obsolète qu'il s'était fixé pour objectif de maintenir la Judée sous sa forme désertique et aride survenue à la suite de l'exil, et l'officialisation du statut d'apatrides des propriétaires d'origine.

De suppositions aléatoires avant et pendant Madrid, les médias sont passés à une réalité virtuelle, donc fausse, leur faisant prendre, en même temps qu'à une partie lassée du peuple, leurs désirs pour des réalités. Ils continuent de démolir tout Premier ministre élu démocratiquement pour le soumettre à leur pouvoir, et l'obligeant, le cas échéant, s'ils ne parviennent pas à faire passer leur favori par propagande interposée, à placer dans les postes clés les pires schizophrènes, ceux qui font faire à Israël des actes suicidaires.

Il est vrai qu'il est de moins en moins évident pour les patrons des médias de faire prendre le pouvoir à leurs têtes en les faisant élire démocratiquement, mais ils ont déjà trouvé le remède par excellence ; et de la même façon que les prérogatives de la présidence ont été réduites rapidement à néant, le pouvoir du gouvernement est en passe d'être supplanté par l'absolutisme de la Cour suprême.

La capitulation voulue par l'extrême-gauche, elle-même pantin de forces qui la téléguident de l'extérieur en profitant de son auto-identification avec les thèses de l'ennemi (nakba, etc.), et ce après sa tentative avortée de prendre le pouvoir en passant par la Knesset et le vote démocratique, ne se joue plus sur la scène parlementaire mais au tribunal. Israël est un pays jugé par son tribunal qui lui dicte sa politique, ce qui explique l'animosité des tribunaux étrangers et d'antisionistes galvanisés empressés de porter plainte quand Israël respire.

Expulser des Juifs en validant des revendications de personnes n'ayant jamais reconnu sa souveraineté, ne se fait plus comme comptaient le faire l'extrême gauche et ses alliés en en faisant accepter démocratiquement l'idée, mais en s'appuyant sur des décrets de la Cour et de ses patrons. Et s'il est vrai qu'elle a d'abord agi par des chemins détournés, en faisant pression sur Sharon pour l'obliger à retourner sa veste à cause de ses «propriétés» et à décréter contre toute attente l'expulsion des Juifs de Gaza, elle s'affirme aujourd'hui de plein pied en imposant sa vision de la politique à un Premier ministre infantilisé réduit dans le meilleur des cas à venir demander aux nouveaux maîtres l'autorisation de satisfaire la politique voulue par le peuple et ses élus.

De Shamir à Netanyahou, il aura fallu environ un quart de siècle pour que la volonté du peuple soit annihilée et que la démocratie ne persiste plus que comme un décor. Le système sauve encore les apparences, à l'instar de l'infime pellicule d'or qui rehausse le bronze ou du crépi qui fait passer une maison en carton pour une villa. La Knesset se retrouve en bas de l'échelle de la hiérarchie de l'ordre nouveau. La Cour suprême fait passer ses ordres au Parquet, qui les transmet au Premier ministre, qui à son tour subordonne ses ministres et pare à toute volonté de rébellion qui aurait tout simplement consisté à respecter leurs engagements et leurs électeurs.

Des pourparlers pour la forme avec Shamir (Madrid) nous sommes passés à un système où la Knesset reste là pour la forme et où elle devient la façade s'abaissant comme un décor de théâtre en acceptant l'autodestruction (Oulpena, à prendre comme symptôme). Netanyahou, en se battant pour imposer au gouvernement et à la Knesset les vues des juges Aaron Barak, Dorit Benish, et autres Gronis, a fini par entrer dans la peau de l'antihéros d'Orwell. Il aime la Cour suprême!

NB: La Cour suprême a accordé aujourd'hui au Premier ministre Netanyahou le délai de quelques mois qu'il a sollicité pour tenter son expérience de «copier-coller» les cinq immeubles bâtis sur le flanc du point culminant de Bet-El, identifié par des historiens (dont Hagui Ben-Artsi, en l'occurrence beau-frère de Bibi, comme le site du rêve de Jacob, Béréchit, parachat Wayécé).

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