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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:07

Nous parlerons des points communs et des divergences entre deux sociétés profondément démocratiques, des différentes façons d'exprimer l'exaspération, par le choix de personnages perçus comme des «mollassons» ou des «animateurs.»

Parfois, si un peuple veut se libérer d'un élu qui agit un peu trop comme bon lui semble, il lui faut être déterminé. Il arrive en effet qu'un dirigeant démocratiquement élu se prenne pour un dictateur mais qu'il ne s'en soucie guère, conscient qu'il tient son peuple bien en main, et qu'il a trop peur des candidats qui pourraient être pires s'ils prenaient à leur tour le pouvoir.

L'élection en France de F. Hollande montre qu'un dirigeant qui se montre trop méprisant et trop présomptueux vis-à-vis de ses concitoyens n'est pas immunisé contre un démenti cinglant de ce principe qui le pousse à l'arrogance, la nonchalance et le laisser-aller.

En dépit du spectre hollandais, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et des avertissements d'une partie des politiciens et de l'opinion quant à un chaos sans précédent qui suivrait l'élection du candidat de gauche, les grandes et moyennes formations qui auraient pu naturellement, par certaines affinités, se rabattre au second tour sur la droite, les dirigeants ont eu le courage – certains diront la folie – d'appeler leur public à ne pas voter, sachant pourtant qu'en pénalisant le président sortant, ils feraient entrer un rival bien plus éloigné a priori de leurs propres positions.

Hollande menaçait de laisser, selon ses détracteurs, toute la misère du monde submerger ce qui reste de la France, et de poursuivre l'assistanat de masse souvent pour des individus multigames  ou plurigames assis au café, et d'être trop conciliant envers des régimes menaçant l'Occident. Or, en quelques mois, les faits ont montré que les frayeurs étaient exagérées. Les ressortissants de nombreux pays n'affluent pas plus vite qu'avant, et les riches qui auraient dû être encore plus taxés n'ont pas permis à Hollande de tenir ses promesses: qu'ils soient noirs ou blancs, ou anciens présidents, ils se sont expatriés et ont pris avec eux la malle de manne qui lui a filé entre les doigts, et peu importe que le pouvoir doublé trouve cela minable ou admirable.

Un jour, le président français pourra s'excuser le simplement du monde: «C'est vrai, je vous avais promis de prendre encore plus aux riches pour que vous ne deveniez pas pauvres, mais que voulez-vous que je fasse? Ils sont partis avec l'argent que je pensais leur prendre. Vous ne voudriez quand même pas que je m'en aille pour ça?»

Quant à une politique extérieure que certains avaient peur de trouver trop molle, elle s'inscrit dans la logique de la précédente. Là où il y a des intérêts, des gisements, des raffineries, il n'y a plus de droits de l'homme ; c'est la guerre, avec tous ses dommages dit collatéraux. On peut même constater que celui qu'on croyait mou prend encore moins de pincettes au Mali que son prédécesseur en Lybie, puisqu'il se passe de l'aval de l'Onu ou du conseil de Sécurité.

Toujours en France, certaines méthodes ou formes d'abus de pouvoir – outre le fait qu'aucune ville ou banlieue n'ait été sécurisée, les populations autochtones continuant à fuir dès qu'elles le peuvent – ont poussé à bout un pays qui a, à l'actif de sa culture, deux siècles de démocratie. Si la poursuite de l'image et le travail investi par Sarkozy pour paraître devant les caméras peut faire sourire au départ, quand un président affirme que son métier s'apparente à celui d'un acteur, elle finit par excéder, dès lors qu'un journaliste risque son emploi pour une question posée qui risque de déplaire au souverain qui ne supporte pas le choc d'une image ternie de sa réputation, ou le poids des légendes qui révèlent un changement peu flatteur de sa situation familiale.

Il n'aime pas non plus qu'un professeur en économie, de surcroît directeur de la Banque mondiale, lui fasse de l'ombre et ose lui tenir tête en lui lançant que ses erreurs d'appréciation en notions d'économie n'auraient pas été faites par ses élèves. Cette trop forte tête, qui aurait pu être à la présidence aujourd'hui, sera attaquée par son point faible, situé à la base du corps humain, quitte à ce qu'elle risque de finir dans les geôles américaines. Mais le bon peuple a attendu son tour, après cinq ans de patience, pendant lesquels il a donné maintes occasions à son président de faire ses preuves, et il préfère finalement laisser passer le politicien qui passe pour le plus mou qui soit.

Peut-être l'affirmation qui veut que le peuple ne comprenne jamais rien et qu'il reprenne «toujours les mêmes pour recommencer», est-elle un peu hâtive. En Israël, il se pourrait fort que le même ras-le-bol ait en réalité sanctionné les grands partis. Kadima, tout d'abord, qui est un parti champignon qui aurait dû être effacé, mais qui est passé de la formation la plus grande en députés à deux mandats. Il faut dire que c'est un parti qui a été créé pour contourner la loi. Le comité central du Likoud ayant refusé l'expulsion de Gaza préconisée par Sharon, celui-ci n'a pas démissionné pour reprendre à zéro sa carrière politique, en se présentant aux électeurs comme celui qui veut affaiblir Israël. Il a travesti son poste de député défenseur des droits d'Israël sur son sol, garantis par la charte du Likoud, en député d'un parti improvisé pour lui permettre d'exécuter le projet le plus dangereux pour Israël depuis le retrait du Liban ou les accords d'Oslo. Ce parti, qui avait attiré bon nombre de membres arrivistes et non idéalistes du Likoud, peut à présent disparaître, le but pour lequel il a été imposé avant d'être une seule fois élu, ayant été atteint.

Quant au Likoud, la manière de gouverner de son dirigeant a fait beaucoup de mécontents. Avec son associé, Liebermann, il a perdu le quart de sa force. Plus sérieusement, il peut s'estimer heureux de ne pas avoir été balayé, et se rassurer après avoir cédé à la panique pendant la journée des élections. Il est même allé jusqu'à me téléphoner pour me demander de voter pour lui. Je lui ai répondu qu'avant de  me parler d'élections, il devrait d'abord répondre à mes lettres ouvertes. Mais c'était peine perdue, son coup de fil était «en différé», préenregistré, fraichement cependant, et lancé par un système informatisé. Sûrement une erreur.

Ce qui a permis à Netanyahou de ne pas avoir éjecté de son siège, c'est la possibilité donnée par le système électoral israélien de rendre des voix inaudibles. C'est lui qui a peut-être fait qu'il ne se soit pas fait descendre davantage. La puissance d'Israël (Otsma Leyisraël), le parti d'Israël Eldad et de Michael Ben Ari, n'a pas obtenu, malgré ses 66840 électeurs, les sièges des deux députés qu'il aurait dû introduire à la Knesset, car le seuil d'éligibilité est fixé à 72338 voix. Le Rav Emsallem, pour la même raison, n'a pu entrer lui non plus à la Knesset, bien qu'il ait obtenu une fois et demie les 29826 voix qui correspondent à un siège à la Knesset. Il a obtenu 45691 voix, selon le document des résultats définitifs en ligne sur le site de la Knesset.

Une autre figure religieuse, le rabbin Amnon Isaac, a obtenu un peu moins de l'équivalent d'un siège, avec un peu plus de 28048 voix. Il y a d'autres voix qui n'ont pas pu se faire entendre, comme La feuille verte, parti écologiste, avec 43726 voix, et le parti des verts, avec 8190 électeurs.

Certains partis montent en flèche, nés de nulle part, et expriment la désapprobation du public. On se rappellera le parti Tsomet, de Raphaël Ethan, celui des retraités, et aujourd'hui, celui de Yaïr Lapid, fils de Yossef Lapid, à l'époque député et figure de proue de la politique de la gauche. Sans se perdre en conjectures, on peut supposer que plus de démocratie aurait peut-être/sans doute/sûrement (biffer les mentions inutiles) fait que Lapid serait passé, de sorte que le peuple israélien aurait fait à Netanyahou ce que les Français ont fait à Sarkozy.

Le suffrage universel direct, comme nous l'avons évoqué tantôt, n'a été attribué qu'à trois reprises dans l'histoire récente d'Israël. Mais, comme trop de démocratie tue la dictature, ce droit lui a été retiré.

Lapid est le type parfait du chef d'un parti né pour exprimer le mécontentement du peuple vis-à-vis des partis qui représentent des mouvances plus traditionnelles, politiquement parlant. A priori, son cheval de bataille consiste dans l'exigence d'obliger les étudiants en yéchiva de faire l'armée. Or, c'est déjà le cas de beaucoup d'entre eux, comme le montre d'une part l'existence de la brigade du Nahal HaHarédi, et, d'autre part, les difficultés qui existent au cœur de Tsahal pour en ouvrir une seconde, ne pouvant donc pas satisfaire la demande d'enrôlement de plus en plus forte. De plus, le Rav Emsallem, dont il a été question ci-dessus, rabbin orthodoxe sous toutes les coutures, a lui aussi exigé que n'étudient dans les yéchivot en bénéficiant d'une exemption uniquement ceux qui étudient réellement à temps complet et intensivement. Lapid a d'ailleurs placé assez haut dans sa liste un rabbin.

Le nombre croissant de députés religieux dans la Knesset en formation, montre qu'il n'est plus nécessairement question d'une opposition entre religieux et non religieux.

Ce qui est sûr en ce qui concerne Lapid, c'est sa notoriété acquise auprès du grand public par sa célébrité, puisqu'il est connu en tant que présentateur de journaux télévisés. Il a quitté son poste il y a à peu près un an pour se lancer dans la politique. Avec les mimiques de son visage qui viennent appuyer tout ce qu'il peut affirmer, et son expression de mannequin qui pose pour une lotion antipelliculaire, il jouit d'une grande crédibilité auprès du public. Si vous vivez en France, qui diriez-vous de voter pour M. journal télévisé ou M. météo, s'ils venaient à se présenter aux élections?

En seconde place, juste derrière l'animateur télé, vient l'animatrice radio. Cette dame a elle aussi quitté son micro pour se lancer dans la politique. L'image, avantage de la télé, a plus d'impact que la radio, où il n'y a que le son, et elle rapporte comme nous le constatons quatre mandats de plus: 19 sièges pour l'animateur télé contre 15 pour l'animatrice radio. C'est un peu comme si, en France, on demandait à des électeurs dégoutés par les socialisto-capitalisto-communistes etc., de choisir entre Ménie Grégoire et Ppda. A croire que l'électeur n'aime pas les nouveaux visages.

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas vraiment parler de front de gauche. Le Ppda israélien a en effet adressé une fin de non recevoir à son homologue de la radio, lui faisant comprendre par une phrase cinglante qu'il n'était pas à classer avec la gauche ou la droite: «Je ne forme pas de front de refus avec Zouabi*.» Et toc! (*Militante pro terroriste ou terroriste tout court défendue par la Cour suprême qui a annulé la décision de la Commission des élections d'invalider sa candidature).

Revenons au cas du Premier ministre, qui, les circonstances du régime politique aidant, n'a pas été suffisamment désapprouvé pour rentrer chez lui et penchons-nous sur les raisons de la désapprobation. On peut affirmer sans prendre de risque de se tromper que le mécontentement qu'il a suscité dans le grand public se place sous le signe du logement.

Le plus grand facteur de pauvreté en Israël, bien avant le prix des produits alimentaires de base, c'est le problème du logement. Les constructions, à Jérusalem, dans les secteurs les plus abordables, et qui présentent la plus grande surface constructible possible, ont été stoppées par le chef du gouvernement. Les questions de géographie politique qui motivent la pression internationale contre Israël n'intéressent pas les familles de condition modeste, ou les jeunes couples en quête d'un appartement, et qui voient leur détresse s'accroitre parce que le pouvoir est plus sensible aux intentions étrangères d'ingérence qu'aux besoins du peuple.

Si le Premier ministre ignore le peuple et fait comme s'il se trouvait dans la peau d'une sorte de gouverneur, le peuple l'attendra au tournant. Certains, pourtant, parmi le peuple, ne comprennent pas que le logement à Modi'in Illit ou à Ariel, dans les hauteurs qui se trouvent à moins de cinquante kilomètres de la mer méditerranée, est le même qu'à Tel-Aviv ou Netanya. Si les milliers de logements avaient été construits en Samarie, à Jérusalem et en Judée, un trois pièces dans un appartement ancien jusqu'à la vétusté n'atteindrait pas les 1 500 000 shekels, et un studio en location à Tel-Aviv ne coûterait pas 6000 shekels par mois.

Il ne faut pas perdre de vue que le salaire minimum n'est que de 4100 shekels par mois, et que les smicards sont beaucoup plus nombreux qu'on le pense. Tous les Israéliens sont liés un peu comme le principe des vases communicants, et il est erroné de s'insurger contre les revendications des Juifs de Judée-Samarie au droit de construire, sous le fallacieux prétexte que l'argent public serait gaspillé dans des secteurs où vit une partie relativement peu importante de la population.

Si Israël n'a pas mis son dirigeant à la porte comme l'a fait récemment la France, c'est certainement dû aux conditions limitatives du système démocratique. Non seulement il n'y a pas de second tour, mais il n'y a pas non plus de premier tour. Fatigués par la confrontation entre la gauche et la droite, qui ne veut plus rien dire, les électeurs ont opté pour des candidats plus préoccupés, au moins sur le plan des déclarations, des problèmes de la société que d'accords internationaux incapables d'apporter la moindre amélioration au quotidien. Mais, quoi qu'il en soit, il ne faut pas se voiler la face: un Israélien sur trois ne se donne pas la peine de voter, puisque seuls 66,6% des électeurs se sont déplacés jusqu'aux urnes. Les gens ne sont pas dupes

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