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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 10:31

1. Présentation (neutre?) d'un fait politique

Quand vous n'aurez plus la force de vous énerver, épuisé par trop de propagande, c'est que vous serez passé au stade où, en lisant un texte orienté contre une cause qui vous est chère, des plus virulents et/ou bourré d'inepties, d'inexactitudes et d'affirmations erronées, vous laisserez échapper un soupir de résignation frisant l'indifférence. C'est l'avant-dernier stade, avant de finir non seulement par accepter, mais om vous vous direz que ce qu'exige la propagande est ce qu'il y a de préférable.

En attendant, il peut encore arriver, en lisant ce qui se présente comme un article d'information politique, ou une prétendue analyse objective, que l'on se sente agacé, voire franchement sortir de ses gonds, sans savoir répondre pourquoi. Le ministre de l'Economie, il y a quelques jours, vient de dire tout haut ce que ses électeurs attendaient de lui. Ayant pris la direction du parti national religieux, HaBaït Hayéhoudi, il a tout simplement affirmé, dans une conférence s'inscrivant dans un colloque à Jérusalem, que, fondamentalement, le peuple juif n'est pas rentré chez lui pour abandonner de son plein gré sa terre à un autre, et que, sur le plan pratique, il fallait comprendre que cette conception pourtant dominante sur le champ politique était erronée et n'aboutirait jamais à rien de bon.

On peut rappeler en passant que la position du ministre qui nous intéresse est officiellement incluse dans la charte de ce parti, et reste encore celle du Likoud, même si elle n'est plus, ouvertement (du moins?), celle de Netanyahou. Cette évidence énoncée très simplement a pourtant fait l'effet d'un pavé dans la mare. Diplomate, le vice-ministre des Affaires étrangères, Zéev Elkin, s'est contenté de réagir en disant, alors qu'il prenait la parole lui aussi au colloque de Jérusalem: «Le discours de Benet ne reflète pas l'opinion du Premier ministre Benyamin Netanyahou.» En revanche, d'autres ministres, quant à eux porte-voix d'une certaine extrême-gauche, n'ont pas mâché leurs mots. Il est vrai que Benet s'en est pris peut-être à une certaine mythomanie dans laquelle ils ont pu se reconnaître, quand il a affirmé avec simplicité:

«Jamais on a vu, dans l'histoire d'Israël, tant de gens dépenser toutes leurs énergies pour quelque chose tellement dénué d'objectif. Nous devons nous employer à convaincre que c'est une erreur, et nous conduire dès aujourd'hui en sachant que cette idée est dépassée. L'affaire qui consiste à essayer de fonder un Etat "palestinien" au cœur de notre terre est obsolète. Il faut changer de disque et dire que nous sommes ici car c'est notre maison… Tous ce qui se dit dans les coulisses d'Annapolis et d'Oslo est complètement coupé de la réalité.» Netanyahou a déclaré peu après à l'agence Reuters : «Je suis intéressé par un accord qui comportera un Etat "palestinien" démilitarisé qui reconnaisse l'existence d'un Etat juif». Curieux. «Est-ce à dire que si le méga-terroriste Abbas, qui jouit d'une immunité incompréhensible qui le place au-dessus des lois, reconnaît le caractère juif de l'Etat d'Israël, il prendra avant de fonder le sien tous les Arabes musulmans ou chrétiens, et toutes les minorités qui vivent à gauche de la ligne verte?». Cette question, seul quelqu'un qui aurait une confiance aveugle pour Netanyahou pourrait se la poser.

Les réactions des formations de gauche de la coalition valent la peine de s'y attarder, tellement le cas est intéressant. Pour Yesh Atid, le parti du présentateur télé ayant échangé de fauteuil, «Il faut reprendre immédiatement les négociation. Nous sommes engagés pour la solution des deux Etats. Un Etat binational sera la fin du rêve sioniste.» «Ah bon? S'il y a deux Etats, il n'y aura pas d'Etat binational?» se dirait encore un observateur en quête d'un peu de logique et d'honnêteté. «Alors pourquoi les municipalités sont-elles contraintes de publier tout ce qui est public aussi en arabe? Pourquoi tous les nouveaux panneaux indicateurs sont-ils écrits aussi en arabe? Et pourquoi est-ce mal de s'en offenser?» pourrait se dire le lecteur de la presse qui n'est pas encore arrivé au «bof» de dépis.

 La ministre de la Justice, Livni, de son côté, affirme: «Si nous voulons préserver le caractère juif et démocratique de l'Etat, il faut arriver à un accord, il n'y a pas d'autre solution.» «Pourquoi? Elles va obliger les Arabes israéliens à déménager pour le nouvel Etat arabe?» se dirait l'observateur précité.

Un autre, Nahman Shaï, déplore quant à lui qu'Israël n'a ni leadership ni politique. Ainsi s'achèvent, dans un article paru dans Iraël Hayom du 18 juin, les réactions de la classe politique israélienne. Eh oui, il faut être attentif pour faire attention ici que les seules opinions citées, malgré l'annonce en haut de page d'un «tollé qui a provoqué des réactions aussi bien dans la coalition que dans l'opposition», proviennent de la gauche laïque uniquement. Le lecteur se sent oppressé, agacé, mais il ne comprend pas pourquoi. «D'accord, aimerait pouvoir se dire le citoyen honnête, il est préférable d'avoir un petit Etat juif, entouré d'un mur comme un ghetto, plutôt que d'exercer notre souveraineté sur un Etat qui perdrait son caractère juif.» Mais même en se forçant, en se soumettant à sa propre autosuggestion en plus de celle des politiciens, il n'arrivera qu'à la conclusion que le dilemme n'oscille pas entre un grand Etat non juif à la longue et un petit Etat juif à coup sûr, mais qu'il est simplement question de se retrouver dans un petit Etat non juif à la longue. Il ne s'agit donc pas d'être pauvre et en bonne santé ou riche et malade, mais pauvre et malade.

Ce qui agace le citoyen qui sent la situation ne plus dépendre des résultats des votes est un ensemble de causes qu'il faut distinguer les unes des autres, comme les composants de la lumière à travers un prisme. Cette impression désagréable est provoquée par un manque de tenue en main du problème pour en analyser les particules, mais elle ne ressemble plus à la lumière blanche, dès lors que cette sensation n'est pas apaisante. Ici, le mélange est chaotique, il dérange.

Tout d'abord, il faut distinguer les prises de position des politiciens dont les réactions sont citées. Elles montrent un entêtement qui semble laisser entendre qu'ils n'ont pas entendu parler des accords d'Oslo, ni du retrait de Gaza. Pourtant, si on se penche sur le cas Livni, elle a été personnellement menacée de poursuites par l'Angleterre pour avoir partagé la responsabilité de la défense d'Israël et de l'opération Plomb en fusion. Ensuite, cette politique de la terre brûlée semble sous-entendre que les minorités hostiles vivant d'Israël doivent être déplacées, puisqu'il s'agit de préserver le caractère juif de l'Etat. Et ça, le lecteur moyen a de moins en moins tendance à cerner ce sous-entendu, parce que les réactions qu'il est censé avoir et qui sont citées plus haut dans le texte ne lui sautent plus aux yeux. De toute façon, la réponse à ces questions est qu'il n'en est rien. Aucun programme ne vise à protéger le caractère de régions où la population juive ne représente qu'à peu près cinquante pour cent de la population totale. Au contraire, le gouvernement vient de voter une loi qui rend légitime l'invasion et l'occupation du Néguev par des populations nomades d'un seul coup sédentarisées, alors qu'elle circulait en grande partie en dehors des frontières d'Israël. Autre point qui distille le malaise : aucune contrepartie n'est prévue en échange du déplacement préconisé des Juifs de Judée-Samarie et/ou de Jérusalem, car aucun déplacement des populations qui ne s'identifient pas à Israël ne fera partie des clauses d'un accord censé préserver le caractère juif du pays.

A moins que l'on n'anticipe le dialogue suivant entre Netanyahou et Abbas:

«Donc, vous reconnaissez le caractère juif légitime de l'Etat d'Israël?

  • Mais bien entendu, puisque c'est tout ce qu'il faut faire pour vous chasser.
  • Très bien. Alors, puisque vous êtes enfin d'accord, nous allons organiser le transfert des populations qui menacent l'avenir d'Israël en tant qu'Etat juif vers votre nouvel Etat.»

Mais il ne faut pas trop rêver. Un tel dialogue, pour des politiciens qui vivent dans l'imaginaire, dans ce monde à l'envers, n'est même pas hypothétique.

Hormis les problèmes soulevés par l'article, ce qui froisse, c'est sa méthode suivie. L'opposition et la coalition dont il est question ici, et qui doivent donner l'image d'une grande pluralité et ouverture de l'auteur du texte, proviennent tous du même bord politique, communément appelé la gauche, comme nous l'avons évoqué plus haut. Alors, ou bien personne n'a réagi à droite, pour venir à la rescousse du ministre de l'Economie qui a pourtant énoncé une évidence flagrante, ou bien il n'y a vraiment plus de droite. Ce procédé désinformationnel esquive ce qui est dérangeant pour l'obédience de ses auteurs et agit comme s'il n'existait pas d'autre opinion, laissant au lecteur le sentiment que le texte qui leur est soumis a ratissé très large.

Ouvrons une petite parenthèse: un jour, deux amis discutaient sur le pas de la porte du logement de l'un d'eux. L'habitant demanda à son interlocuteur de lui permettre d'écouter le flash d'information, un poste de radio étant allumé en sourdine. Sur deux ou trois minutes, deux opinions favorables aux discussions avec les terroristes sont émises. C'était un peu avant les accords d'Oslo. Le passant dit à son ami:

«Ils sont quand même gonflés.

  • Pourquoi, c'est leur droit de penser ce qu'ils pensent?!
  • Mais ce n'est pas le seul problème. As-tu remarqué qu'ils ont répété deux opinions du même bord politique?
  • Tiens, c'est vrai, je n'y avais pas pensé.»

Le plus glaçant pour l'auditeur, pour revenir à notre cas, c'est qu'une certaine connivence instaurée entre les politiciens cités et le journal choque le lecteur électeur. Entre les lignes, ils disent en fait: «Tais-toi, Benet. Peu nous importent tes opinions et celles de tes électeurs. Tu n'es pas ministre pour promouvoir les désidératas de ta mouvance, mais pour te taire, baisser la tête et faire ce qu'on te dit.» Cet agacement est d'autant plus renforcé que le Premier ministre avait laissé entendre qu'il défendrait les droits du peuple d'Israël si sa coalition le lui permettait. Or, il y a inclus le parti sioniste religieux. Donc? Aucune question dans le contexte du journal ne trouve à opposer ou à redire sur le décalage ahurissant entre les promesses faites aux électeurs et la politique adoptée pour finir.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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