Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 18:18
Synagogue spéciale pour confinement

Je ne me remettrai jamais de cet avertissement affiché à l'entrée des lieux de prière pendant le corona. «Entrée strictement réservée aux détenteurs de la verte distinction». Alors que je m'apprêtais dans la résignation à prier seul jusqu'à ce que colère se passe, un voisin fit montre d'une juste réactivité. Sans discourir, il mit en place, et ce jusqu'à la levée de cette mesure ignoble et discriminatoire, des offices en plein air, avec chaises, tables, rouleau de la Torah dont il assurait lui-même la lecture, guirlande de lampes pour l'éclairage nocturne, parasols spéciaux pour apporter de l'ombre, en sus de celle des grands arbres qui bordent la rue de notre quartier, puis, comme la situation s'éternisait, une large toile imperméable portée par des piliers de bois au-dessus de l'élargissement de la fin de notre rue sans issue. Bref, une synagogue sans murs ; une synagogue sans synagogue.

Là, nul besoin de ce vert emblème. Non seulement personne n'exigeait rien de personne, ni ne se mêlait de données strictement personnelles protégées en des temps plus cléments par le secret médical, mais là se rassemblaient tous les contrastes de la société : vaccinés, doublement, triplement ou quadruplement, rétablis, ni l'un ni l'autre, partisans, neutres ou opposants, de l'enrichissement d'industriels déjà multimilliardaires mais jamais rassasiés de fortune. Ce terrain neutre permit donc à la fraternité de ne pas disparaître.

Et puisque les impératifs dictatoriaux invoquaient le danger de la promiscuité en milieu fermé, même en situation de fenêtres ouvertes, et de la promiscuité entre personnes à maintenir impérativement éloignées les unes des autres d'un espace tampon de deux mètres (un mètre en France), la police, peut-être prise au dépourvu, ne trouva rien à redire, en dépit du regard pesant d'un drone aux allures de grosse mouche probablement équipé d'un compas de géomètre, que j'aurais bien été tenté de dégommer en jouant au tir-aux-pigeons si j'avais eu une carabine.

Puis les décrets connurent un durcissement, comme si le but inavoué du pouvoir eût été d'interdire tout rassemblement, y compris dans un lieu de prière. On interdit qu'il se trouvât sur la voie publique en simultané plus de vingt personnes à la fois, puis dix…

Notre avisé voisin fit remarquer que cette mesure ne pouvait s'appliquer à un pays entier, ni même à une ville entière, voire une rue. Il fallait comprendre que vingt ou dix hommes ne devaient pas s'agglutiner, mais que rien ne les empêchât de se trouver au même moment sur un même terrain public. Ce fut alors qu'il délimita sur le sol plusieurs zones correspondant à vingt puis dix fidèles, en tenant compte dans son quadrillage  de l'impératif de ce rayon mesurant deux mètres de distance.

Cette solution cultuelle attira même des fidèles d'autres quartiers, dont les motivations les plus radicalement diverses se firent pour finir rassembleuses. L'apeuré comme l'incrédule priaient côte-à-côte sous une même toile.

Il est vrai que d'autres quorums s'organisèrent en d'autres lieux, mais peu bénéficiaient de conditions de terrain tellement propices : surface plane, goudronnée, vaste et de surcroît en impasse pour les véhicules, puisque le prolongement de la rue devenait piétonnier. Paradoxalement, beaucoup n'ont jamais passé autant de temps dehors qu'en cette époque d'enfermement à répétitions, de confinements et autres infantilisations d'un public adulte aux heures de sorties restreintes.

Comme je le signalais plus haut, il était hors de question de jouer le jeu de cette discrimination, d'accepter que certains membres de notre communauté fussent relégués au rang de sous-catégories gamma, delta, ou encore epsilon, programmés pour être petits et laids, comme dans le roman dystopique du meilleur des mondes, d'Aldous Huxley, pour ne pas se référer à cette dystopie qui fut quant à elle bien réelle, et où un certificat d'aryanité devenait nécessaire pour continuer à vivre librement.

Certes, je disposais de ce statut privilégié, ayant été coup sur coup testé positif à chaque expiration de la validité de mon attestation, au prix d'un enfermement policier (rester chez soi et répondre aux appels fréquents et aléatoires de la surveillance) de quatorze, dix puis cinq jours, donc zéro pour la dernière revalidation de l'insigne vert, la réponse ayant tardé à venir (La dictature, clémente par endroits, n'exigeait pas de s'enfermer tant qu'on n'avait pas reçu sa réponse), mais on sait maintenant trop bien que le premier atout du pouvoir est cette masse obéissante, trop contente de se retrouver avant rétrécissement progressif en possession de ce statut privilégié.

Je refusais cet anoblissement faisant des autres des gueux interdits d'accès aux Temples confortables. Et puis, outre l'ignominie indigne d'un être humain qui se respecte, une intuition saine appréhende la mainmise totale qui s'étend par étapes sur l'ensemble des citoyens par la division et la flatterie, lorsque, dans un premier temps, seule une minorité aux caractéristiques arbitrairement définies est discriminée, les autres strates populaires ne perdant rien pour attendre, provisoirement tranquilles.

Les derniers touchés se trouveront minoritaires et sans force pour se rebiffer, quand, par exemple, en l'occurrence, les réfractaires à la troisième injection, comprenant soudain qu'ils ont été grugés dès le départ, perdront d'un seul coup tous les privilèges attribués en contrepartie des deux premières qui devaient être les seules.

Puis ce sera l'abonnement à vie ou à mort, quand il sera de toute façon trop tard pour compter sur l'aide solidaire d'anciens hommes dont la liberté n'est qu'un lointain souvenir, la dernière caste de privilégiés sera la risée du pouvoir tout comme les premiers opposants avaient été la risée des premiers obéissants.

Néanmoins, nous signalerons au crédit des responsables synagogaux – dont les temples ont de véritables murs, s'entend – qu'à aucun moment ils n'ont exigé de présenter le vert insigne, et qu'ils n'ont jamais posé de question en ce sens à quiconque s'est approché.

Terminons notre évocation de souvenirs par une anecdote pour le peu insolite

Un jour, je rencontre une connaissance respectable à l'office de notre rue. Comme cet homme est convaincu du bienfondé de toutes les directives gouvernementales – pourquoi voudriez-vous que le pouvoir ne recherche pas strictement votre bien – y compris la racisation de la société – il faut bien ennuyer les fortes têtes – son arrivée m'interloque. Bref, ce qui l'amène, ce sont deux motivations. D'abord, la synagogue en plein air est plus proche de chez lui que la synagogue fermée (dans tous les sens du terme), et puis, sait-on jamais, les mesures du pouvoir sont peut-être trop légères.

Avant le début de l'office, nous avons eu à peu près la conversation suivante :

«Comment vas-tu? On ne te voit plus à la synagogue? Tu n'as pas le pass vert?

  • Si, si. Mais pas par soumission aux injections expérimentales, ratées par ailleurs. J'ai simplement été testé positif.
  • Ah, tu fais bien de ne pas venir. On ne sait jamais, rien ne vaut les piqûres de Pf...
  • Je ne suis pas d'accord. L'immunité naturelle est bien plus protectrice, aussi bien pour moi que pour mon entourage. De toute façon, quand quelqu'un se fait vacciner contre quelque chose, c'est uniquement dans le but de protéger sa propre petite personne. il ne le fait pas pour les autres. Tout ça, c'est insensé.
  • N'en sois pas si certain. Ce n'est pas l'avis d'éminents spécialistes.
  • Corrompus?
  • Allons, allons, n'accuse pas sans preuves.
  • Si un praticien risque son poste en contredisant la position de force, ou s'il soigne un malade et montre clairement l'inutilité de cette vaste opération, est-ce que son salaire ne peut pas a posteriori être considéré comme un présent corrupteur?
  • Mais alors, si tu n'es pas d'accord. Enfin, si tu penses que le rétabli n'est pas plus dangereux que le vacciné, pourquoi est-ce que tu ne viens pas?
  • J'attends la levée de l'apartheid.
  • Ah, mais là, tu y vas fort! L'apartheid discrimine des gens qui n'y peuvent rien, qui n'ont pas le pouvoir de changer pour ne plus être victime de discrimination. Là, il est très facile d'aller se faire vacciner pour que tout rentre dans l'ordre.
  • Et si on refuse?
  • Si on refuse, qu'on n'aille pas se plaindre.
  • Mais, au fait, tu sais qu'ils ont trouvé une pilule qui fait changer la couleur de la peau? C'est-à-dire que si un individu noir en prend, il devient blanc. Donc, s'il ne veut pas en prendre, dans un cas de discrimination de couleur, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, si on l'oblige à s'asseoir derrière, dans les transports!
  • Comment ça? Une pilule! Ah, non, je n'en ai pas entendu parler… Mais, non, tu plaisantes, en fait?
  • Mais pas du tout, ça sort tout droit de chez Pf...»

Quelques secondes plus tard, mon interlocuteur reste sceptique, quand je mets fin au supplice, et lui avoue que cette affirmation n'était qu'allégorique, et qu'une mesure discriminatoire reste gravissime y compris lorsque l'individu visé peut changer volontairement de camp, s'il le désire.

Je le questionne encore :

«Et l'anathème, c'est bien l'anathème?

  • Tu veux dire l'excommunication? De toute façon, si quelqu'un refuse de suivre la religion, il ne vient pas à la synagogue parce que ça ne l'intéresse pas.
  • Et s'il vient à Kippour?
  • Il est le bienvenu.
  • Donc, cette mesure n'est pas en vigueur, du moins à notre époque.
  • Exactement!
  • Et pourtant, il pourrait changer de camp en reprenant de lui-même le chemin de l'observance des préceptes religieux».

Mon interlocuteur est dubitatif. La prière commence.

Autre souvenir du corona. Une autre discussion me valut au début de la discussion l'injure de négationniste du corona. «Ce n'est pas très gentil, vu l'association d'idée que ça évoque», protestai-je. Il est vrai que je venais de soutenir que cette épidémie n'était que médiatique, ce à quoi mon interlocuteur m'avait rétorqué que cette légèreté mettait des vies en danger. Pas en reste, je soutins alors que les décès étaient provoqués par le refus de soigner, par l'injonction de prendre un doliprane et d'aller dormir, notamment, pour reprendre ce qui se passa en France. Je campai sur mes positions, expliquant que, D. préserve, en cas d'épidémie, dans le sens où elle représente un danger mortel de grande envergure (pas dans le sens d'une multitude de tests positifs prélevés sur des sujets sains), on n'a pas besoin que les médias nous en informent. Je résumai sa position, puisqu'il n'en démordit à aucun moment :

«Donc, tu regardes la télé, et d'éminents spécialistes sont interviewés. Ils expliquent qu'une importante épidémie sévit sur le pays. Tu te dis : "Eh ben ça par exemple! S'ils ne me l'avaient pas dit, jamais je ne l'aurais deviné tout seul. Il faut vite que j'aille prévenir les autres. Il ne faut pas les laisser dans l'ignorance et continuer à vivre dans l'insouciance". C'est bien ça?»

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
C'est vrai, moi aussi j'avais été péniblement choquée de voir les endroits de prières afficher sur la porte un message indiquant que seuls les vaccinés, enfin, les porteurs de la ''verte distinction'', comme tu dis, étaient autorisés à entrer. Je me souviens aussi des cours organisés dehors à Jérusalem, pour contourner l'obligation, effectivement, mais aussi de la distribution de masques... De l'insistance du groupe à ce que chacun en porte un... ''Mais on est dehors !'' - Et alors ? Dehors aussi le virus circule, m'était-il répondu...<br /> O tempora, o mores...
Répondre