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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 19:01

Comment expliquer que des principes indiscutables, des piliers de la morale, se retrouvent périodiquement relativisés par les formateurs de la pensée, voire rejetés ? Comment une abomination se transforme-t-elle en fierté ?

Dans la société humaine, tout est variable ; tout est susceptible d'être relativisé. Une même conception, un même comportement, peuvent être tantôt sévèrement condamnés, tantôt jugés tolérables, puis progressivement souhaitables et enfin normaux. En conséquence de ce schéma, les gardiens de la morale, s'ils ne changent pas au gré des vents fluctuants des idées et de la mode, perdront toute respectabilité avant de se retrouver au ban de la société. Les principes ne sont pas intouchables. Ils sont mous, malléables. On observera alors un point de bascule, caractérisé par ce double mouvement contradictoire : l'inacceptable deviendra le bien, donc le gardien devra se faire permissif.

Cette question sociologique a été examinée par des penseurs, même s'ils ne portent pas explicitement le titre de philosophes. La fenêtre d'Overton, qui porte le nom de son concepteur, ou fenêtre du discours, observe les idées reçues, appelées aussi génériquement la sagesse conventionnelle, et les ordonne selon une échelle de valeurs, allant de l'inadmissible à l'incontournable. Les qualificatifs graduels sont : impensable, radical, acceptable, raisonnable (sensible en anglais), populaire, politique publique. La fenêtre, autrement dit la perception du public, va se déplacer, tel un curseur, sur cette échelle. Telles les œillères du cheval de trait, elle orientera les regards et par voie de conséquence les esprits. Le moteur de cette orientation fournira sa force d'inertie au curseur, et focalisera l'entendement au gré des intentions dirigeantes.

Ainsi, l'inadmissible deviendra incontournable, non sans passer par la case nécessaire. Tout pouvoir en place fera usage d'un moyen de préparation de l'opinion : ce moyen n'aura pas de nom particulier, puisque média signifie moyen. D'ailleurs, la télévision étatique a été mise en place pour servir d'outil à la caste dirigeante. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le détenteur du média est motivé par des idées opposées à celles du système en place, l'interaction peut voir le rapport de force s'inverser, et ce sera le dirigeant, soucieux de l'image que forge de lui le média, qui s'alignera pour apparaître au centre de la fenêtre positionnée par ses maîtres à penser donc à agir ou à rester tranquille.

D'autres penseurs ont parlé de cercles concentriques, ce sont les sphères de Hallin, où l'on progresse, du centre à la périphérie, du consensus à la déviance, en passant par la controverse ; ou la conception du pied-dans-la-porte, technique de manipulation et d'avilissement qui procède par paliers, qui exige du sujet d'accepter une contrainte légère pour passer progressivement à des demandes de plus en plus lourdes qui le conditionnent et lui font passer pour acceptable ce qui était au départ impensable, l'esclave se sentant alors fier d'être un bon citoyen bien discipliné.

Nous avions évoqué lors d'un précédent développement le défaut de parallaxe. Nous avons une réalité donnée, mais nous l'observons par le biais d'une lentille, qui nous rapporte une vision décalée, exactement comme dans les appareils photographiques non réflex : la fenêtre du viseur ne vous rapporte pas réellement ce qui est placé devant l'axe de la prise de vue, celui qui fixera l'image, puisque les jeux de lentilles sont au nombre de deux, et qu'ils sont éloignés l'un de l'autre.

Selon cette parabole, vous n'êtes autorisé par les médias qu'à regarder dans le viseur. En l'occurrence, nous avions établi un classement de personnalités politiques, de la gauche – mettons extrême – à la droite – mettons aussi extrême. Puis nous avons placé une fenêtre, un viseur au champ limité, qui, toujours à la manière des œillères du cheval, n'autorise la considération que d'une partie de la réalité. Par effet d'illusion optique, un personnage du centre-gauche se retrouvait alors à la droite de l'image perçue, et un autre politicien de l'extrême-gauche quant à lui passait à la gauche, voire au centre-gauche, toute personnalité située en dehors du champ (couvert par le viseur) étant relégué au rang de l'inexistant. Ainsi, Netanyahou incarnait la droite, et Mme Livni (qui s'en souvient?), dont la politique interdit aujourd'hui encore aux Juifs d'être acceptés à l'université ou dans la fonction publique au-delà d'un certain quota (puisqu'un 1/5 des places revient d'office à des Arabes, quelles que soient leurs compétences), était perçue comme une gauche modérée.

En France, par exemple, outre le média, un autre procédé limite le champ : les 500 signatures. Quiconque ne les obtient pas ne sera pas candidat. Il sera hors champ. C'est encore plus radical. Il ne sera pas inexistant parce que personne ne le regarde, mais parce qu'il devient littéralement invisible : c'est le cas de tout objecteur de conscience qui remettrait en question les principes de Maastricht, de l'€, de la dépendance de son pays assujetti à l'Union européenne sujette à son tour à l'Otan et aux Usa.

 D'ailleurs, le double-sens du mot objectif est parfaitement approprié ici : l'objectif, la lunette de la prise de vue sélectionne ce que vous avez le droit de regarder, de considérer, d'utiliser comme matériau de réflexion, de débat, de tout ce qui vous permettra de vous forger votre propre opinion. L'autre sens est la tendance vers laquelle ceux qui pensent pour vous cherchent à vous orienter. L'objectif sert un objectif, rien n'est anodin. Tout ce qui est hors champ est hors débat. L'art du pouvoir est donc de rendre l'indiscutable discutable, et le discutable valeur absolue, en bien comme en mal. Il chamboulera les principes et vous bousculera (en douce ou non), pour atteindre le point de bascule. L'esclave se sentira homme libre, et vice versa.

Nous allons observer quelques exemples notoires du fonctionnement de cette fenêtre, de ces sphères, ou de cette objectivisation, de cette exploitation du phénomène de parallaxe, et de leur action sur l'entendement et le comportement collectifs, sans oublier bien sûr le travail de soumission et d'alignement de penseurs qui retournent leur veste, sans quoi ils risqueraient d'agir comme le grain de sable dans l'engrenage, et remettraient en cause la pensée mâchée que le peuple n'a plus qu'à déglutir.

Principe religieux inébranlable… et pourtant

La Torah est catégorique : Elle met d'abord en garde : «Et avec le mâle tu ne copuleras pas comme avec une femme, c'est une abomination» (Lévitique XVIII, 22), puis énonce le châtiment encouru : «Et l'homme qui copulera avec un mâle ; ils ont commis une abomination, tous deux seront mis à mort…» (Lévitique XX, 13). Selon l'échelle d'appréciation de la Torah, cet acte se situe dans la catégorie de l'impensable. C'est un consensus. Il est hors débat. Le curseur sera néanmoins mis en mouvement, l'objectif placera au centre de l'image ce qui était hors-champ.

Le bélier entame son travail. Il scinde progressivement le bois massif du portail. Le supplice chinois se met alors en place. C'est cette goutte lancinante qui tombe sur la tête sans que l'on s'en aperçoive au départ, mais que la répétition rend intenable ; c'est ce butoir qui n'a au départ aucun effet sur la solide porte de la forteresse…

L'impensable, en mettant en avant le principe du libre-choix, intervertit les principes du naturel et du contre-nature, du déviant. Ils sont supplantés par une autre dialectique, celle des goûts qui ne se discutent pas, car, si certains préfèrent la femme, d'aucuns penchent pour l'homme. Cette binarité opportuniste travestie en a priori sera validée quand des formulaires faussement anodins remplaceront «nom du père / de la mère» par «parent 1/parent 2».

Religieusement parlant, l'Eternel a ordonné au genre humain de se perpétuer, de se reproduire, de se multiplier et de conquérir la terre. Il accorde donc une multiple récompense : celle du bonheur de l'union, de la plénitude dans le couple qui travaille son jardin, et plus trivialement des sensations d'ivresse physique. Les parents fourniront la matière du corps, et D. l'âme de la vie.

Considérons la parabole suivante. Vous connaissez les bons points, ces petits carrés colorés de papier qui portaient la mention : «bon point». Il est clair pour tout le monde que seul l'élève méritant en récoltera le plus grand nombre à la hauteur de son assiduité et de ses résultats. Il serait inconcevable, impensable sur l'échelle d'Overton, d'obtenir cette gratification tout en restant délibérément cancre.

Pareillement, se satisfaire sexuellement en s'abstenant de l'action procréatrice est réprouvé, ce qui n'implique pas nécessairement toute interdiction de limitation des naissances, tout n'étant pas résolument manichéen, mais c'est une autre discussion.

Globalement, on ne saurait aspirer au salaire, ou récompense, sans avoir apporté sa propre contrepartie.

Prenons une autre parabole, qu'inspire une anecdote remontant à un souvenir d'adolescence. Un producteur de yaourts offrait, via une publicité dans un illustré, en échange de cent autocollants découpés dans les emballages de ses produits, un modèle réduit de camion de la marque. Avec un ami, en exploration dans une zone industrielle, nous tombâmes sur la benne à ordures d'une imprimerie spécialisée dans la production d'autocollants. Or, quelle découverte ne fîmes-nous pas en y farfouillant un peu : un rouleau entier d'autocollants des fameux yaourts Ch. Nous rapportâmes le précieux trophée, y comptâmes deux fois cent bons points, les pliâmes délicatement pour les introduire dans deux enveloppes distinctes en papier kraft, avec deux demandes manuscrites du prix promis par la réclame, à nos deux adresses. Nous nous attendions naïvement à recevoir chacun notre colis. Mais que pensez-vous qu'il arriva ? Eh bien rien, précisément. Quarante ans après, toujours rien. Bien sûr, comprîmes-nous beaucoup plus tard, nous n'avions pas rempli notre part du contrat. D'abord, vous vous empiffrez en ingurgitant chacun quatre cents yaourts (sauf erreur c'étaient des cartons de quatre), et alors, seulement, vous pourrez aspirer à vous amuser avec votre jouet.

Il ne s'agit pas de comparer à l'Eternel un maître d'école ou un vendeur de yaourts. Mais les microcosmes de la société humaine ont non seulement le droit mais aussi le devoir de s'inspirer du schéma d'un sujet considérant une autorité qui établit des systèmes et des règles.

Bien entendu, les mouvements qui cherchent à faire passer le non respect du contrat, de l'assurance de la pérennité de la vie sur terre pour une simple question de goûts qui ne se discutent pas, est une acrobatie qui permet au contraire de discuter l'indiscutable, l'impensable, donc. Le religieux qui refuse de se laisser prendre recadrera à minima sa vision générale de la chose. Il se contentera d'exprimer, si on le lui demande, son choix personnel qui l'oblige à opter pour le tandem de la disparité, ladite parité lui étant interdite, les autres pouvant pour leur part opter pour ce qu'ils veulent, ou pour ce que l'on attend d'eux. Cette approche existe déjà : un Juif non pratiquant dira au pratiquant que telle nourriture non-cachère est interdite à ce dernier, puisqu'il a fait le choix de la religion, comme si le premier était d'office dispensé des prescriptions religieuses.

De fil en aiguille, ou sur des marches parallèles, si elles ne sont pas imbriquées, la tactique du pied-dans-la-porte rendra acceptable pour la paire d'hommes en ménage l'adoption, le droit à élever une famille, d'accéder à toutes ces désignations nobles en en balayant sous le tapis d'autres, moins nobles, tel le trafic d'êtres humains. La mère porteuse ne sera plus que mère biologique, si le gamète est le sien. Elle fait ce qu'elle veut de son corps, et le fruit de ses entrailles devient commercialisable. Si, à une étape donnée, l'un des pères de la paire devra prouver que la semence provient de lui, cette exigence deviendra superflue à l'étape suivante, où il suffira de trouver une femme pauvre, une pauvre fille, encombrée d'un nourrisson qu'elle ne peut nourrir, et de lui acheter son rejeton. La paire d'homos aura l'affaire belle : sortir la femme de sa rude condition (c'est un monde, 8 000 ou 10 000 € dans son cas), et offrir au fils adoptif une éducation occidentale qu'envient les 3/4 de la planète. Quant au droit de l'embryon sur son corps, sur sa personne, sur son devenir, voire sur son droit à l'existence dans cette autre question qu'est l'avortement, il n'entre pas en considération. C'est normal, il ne dit rien, et qui ne dit mot consent. Quant à ceux qui persistent à s'y opposer, ils entreront bientôt à leur tour dans la catégorie de l'impensable. Ils ne perdent rien pour attendre.

Les campagnes publicitaires dont le prix n'est pas divulgué, la mise en avant du bonheur enviable qui règne au sein de la paire d'hommes (cf. la distinction entre les notions de paire et de couple), les parades répétitives présentées sous l'angle de festivals de la tolérance, de l'acceptation (paradoxale, puisque le genre masculin ne tolère pas le partage avec le féminin), auront à la longue usé les opposants. Mieux, qu'un défenseur de l'ex-impensable se rebiffe violemment, en butant par son extrémisme qui met en péril la société un membre du défilé, et il en sera fait de lui et de ce qu'il défend. Les homos seront durablement les gentils et les opposants les méchants. Le tué sera un martyre et servira la cause. Bien entendu, l'opposition doit être modérée, car si elle est généralisée, la tenue de défilés sera simplement hors-sujet, et les opposants seront respectés. Par exemple, y a-t-il de tels défilés à la Marsa ou à Ramallah? Non. Et est-ce que quelqu'un s'adonne à un travail de sape pour faire passer leurs habitants pour de dangereux extrémistes? Non plus.

Ce travail de décalage des valeurs n'est pas dépourvu d'une certaine influence sur des intellectuels, des religieux, qui mettront de l'eau dans leur vin, éprouveront sans s'y adonner personnellement de la compassion pour les homos, et de l'aversion pour leurs semblables. Dans un minable périodique (c'est ainsi qu'il se définissait lui-même, à quelques synonymes près), un auteur au prestige de gardien de la morale, de rabbin, n'ayons pas peur des mots, s'enfonçait dans ce piège. Après une quarantaine de ligne où il rappelait tout de même notamment que l'homme a été créé homme et femme dans un dessein bien précis, il parvenait au point de bascule, s'attaquant en ligne au grand rabbin de Jérusalem, en pleine polémique lancée agressivement par un mouvement qui ne saurait être respectueux de valeurs dont ils n'ont que faire et qui bannit la discrétion de son vocabulaire. En cet été 2018, donc, il prenait de très haut le Rav Arié Stern, et arguait, afin de les désolidariser de lui, que les 250 cosignataires de sa lettre ne l'auraient pas bien lue, quand il fut question précisément de maintenir l'abomination précitée face à la fenêtre de l'impensable d'Overton, ou dans la sphère de la déviance, de Hallin.

Dans cette précédente démarche, le constat de la soumission morale et intellectuelle à une force supérieure est indéniable. Le penseur, en voulant se montrer ouvert, aimant, conciliant, mielleux, dégoulinant de fraternité universaliste, et en tançant amèrement dans son pamphlet les résistants, qui refusent que l'impensable fasse banalement partie de la vie de la cité, montre qu'il ne peut ou ne veut résister au courant qui déplace le curseur et reconfigure l'échelle des valeurs.

Le même, à une autre occasion, lors d'un bras de fer où une série télévisée[1] d'une chaîne de fort audimat tourne en dérision les princes de l'humanité, les personnalités bibliques de l'envergure d'Abraham ou Moshé, rendant une fois de plus l'impensable discutable, se met à reprocher au camps idéologique auquel il se rattache son manque d'humour, d'ouverture et de tolérance.

Quoi qu'il en soit, tout manipulateur a besoin de fortifier ses positions afin de s'assurer la crédibilité. Il doit bénéficier a priori d'un certain degré de confiance de la part du public. Il lui faut un label. Certaines publicités, dans les illustrés destinés à la jeunesse, mentionnaient : «Vu à la télé». Candidement, j'avais pensé que cette remarque voulait simplement dire, si on voulait en savoir plus sur le produit de consommation, qu'il serait utile de consulter ce support qui ajoute en prime son et mouvement. En fait, cette précision ajoutait prestige et sérieux aux industriels qui s'adressaient à vous.

Nous avons sans doute déjà rapporté cette anecdote. Un ami, lors de la campagne électorale qui opposa en 96 Pérès et Netanyahou, fit du porte à porte. Il s'agissait de soutenir ce dernier candidat. Une dame dans la force de l'âge soutint que Pérès sonnerait l'avènement de la paix globale, universelle, que l'autre était belliqueux. «Qu'est-ce qui vous faire croire ça?» avait-il demandé. «Comment pourrait-il en être autrement? Ils l'ont dit à la télé». La puissance et/ou l'autorité jouent un rôle décisif dans l'influence. Si, à la télé, on vous fait la promotion d'un produit pharmaceutique, le laïus étant débité par un professionnel de la santé ou un acteur qui en revêt la parure, ils feront mouche à tous les coups, puisqu'ils ont fait coup double.

Souvenir d'école : quelques camarades avaient du mal à résoudre un problème de maths. Je me proposai de leur donner un coup de main, un jour, en salle de permanence. L'un d'eux eut un sourire dépité : «Ecoute, t'es sympa, mais si on ne comprend pas ce que dit la prof, alors c'est sûr qu'à plus forte raison, on ne va pas te comprendre, puisque tu n'es pas prof». Je me retins de le traiter de pauvre crétin, et répondis avec beaucoup de retenue : «D'accord, d'un côté, la prof a un très haut niveau, je veux bien. Elle peut résoudre des problèmes de terminale ou de math sup ou spé, et c'est justement pour ça qu'elle peut ne pas comprendre ce qui pose problème à notre niveau. Par contre, ce que j'ai compris avec mon faible bagage, je peux arriver à te le faire comprendre.»

Exercer une influence peut nécessiter un ascendant. Un gouvernement, un médecin, une riche société industrielle, tout ce qui incarne l'autorité ou suscite l'admiration, s'imposeront dans les esprits sans nul besoin d'argumenter, ou alors ils induiront des raisonnements abondant dans leur sens.

Je cite souvent le fait suivant : deux projets de constructions progressaient en parallèle, le premier était entre les mains de promoteurs. Il s'agissait d'une résidence clé en main dont le chantier proposait une cinquantaine de logements. L'autre concernait un terrain divisé en parcelles où chaque futur habitant gérait individuellement son projet, du plan à la fameuse clé, en passant par toutes les démarches administratives. Il pouvait engager un maître d'œuvre ou directement des ouvriers, voire construire de ses propres mains. L'un des clients du premier chantier me dit un jour à peu près en ces termes : «Serais-tu entrepreneur ou constructeur, pour te lancer dans cette aventure ? Tu es bien imprudent. Il faut vraiment être spécialiste et avoir l'œil exercé si on veut être certain que la structure soit assez solide et que le toit ne s'écroule pas.» Bref, nous emménageons. Quelques années plus tard, par un hiver de forte neige, sept toits du projet clé en main s'effondrent. Certes, la société prend ses responsabilités et les reconstruits en plus solides. Doit-on se demander la raison pour laquelle une résidence qui est le fruit du travail d'architectes, d'ingénieurs et de tant de professionnels, ne vaut pas plus qu'un travail dont l'auteur ne peut se prévaloir de toute cette autorité et de toute cette science ? À moins que le problème ne se trouve ailleurs, au point où l'objectif se focalise, où la fenêtre d'Overton s'ouvre en indiquant au minimum le degré raisonnable, et au maximum la politique publique, l'indiscutable.

Un observateur neutre et ne bénéficiant d'aucune considération particulière aurait-il pu attirer l'attention pendant le chantier en disant : «Vous ne pensez pas que la structure est un peu faible, que la pente du toit n'est pas assez prononcée pour faire glisser d'éventuelles masses de neige, que le matériau des briques est trop rugueux pour qu'elle n'adhère pas?»

 

[1] Les Juifs débarquent.

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