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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 09:49
N'attrapez pas froid

 

J'ai compris à la bourre le message du Grand Rabbin de ma jeunesse

Il faut parfois des années pour comprendre le bienfondé d'une théorie, d'une idéologie ou d'une pratique. De la recherche de la vérité ou de la paix sociale, quelle est celle qu'il faut mettre en avant, puisqu'elles sont en puissance contradictoires ?

Toutefois, est-ce que favoriser l'une signifie que l'on réprouve l'autre ?

Dans ma jeunesse, le grand rabbin de France, M. René-Samuel Sirat, œuvrait pour le dialogue, la compréhension, la tolérance, etc., entre les religions.

A première vue, cette tendance est une entorse à la vérité. Il est assez aisé de démonter les thèses de cultes imposés au plus grand nombre durant des siècles au gré des invasions et à la force de l'épée, du bûcher ou de l'autodafé, de mettre en avant leurs tentatives de substitution de la religion-mère et d'accaparement de l'identité d'élu de D., en usant de force ou de ruse, pression ou chantage, aux fins d'effacement de l'original, à D. ne plaise.

Mais entre l'utopie du règne de la vérité et la préservation d'un monde viable et vivable, le fossé est profond. Que va-t-il se passer si vous tentez d'expliquer à un fondamentaliste chrétien ou musulman que sa foi est fondée sur un malentendu?

Plus vos arguments seront pertinents, plus le malaise sera grand. Que vous releviez la contradiction entre l'idée d'un homme dont la filiation remonterait directement par ses pères au roi David au bout de dix générations, ce qui montrerait sa légitimité royale donc messianique, et celle d'une fille ou mère engrossée par voie surnaturelle, par exemple, ou que vous avanciez que répéter trente fois par an qu'Ismaël aurait occupé la place d'Isaac lors de la ligature, loin de rendre votre démonstration plus convaincante, vous obtiendrez pour toute réaction un visage coincé sinon pire.

Un fondamentaliste ouvert vous répondrait gentiment : «Tu sais, ça ne me fait pas plaisir ce que tu me dis là».

Aujourd'hui, nous assistons à l'émergence d'un culte nouveau, d'une religion d'amour extraordinaire, une religion qui vous demande de vous faire vacciner pour sauver les autres. A la nuance près peut-être qu'au lieu de vous dire «Je vous aime, aimez-moi», elle émet le message : «Aimez-moi je vous hais». Les deux personnes du singulier, la deuxième et la troisième, se permutent. De «Je me vaccine pour te sauver», on passe à : «Vaccine-toi pour me sauver, assassin!»

L'autre jour, j'ai vu à l'œuvre un adepte, debout dans un jardin sur une pelouse synthétique. Affublé d'un masque en tissu, grand de taille et gardant ses distances en menaçant de ses bras levés telles les mandibules d'un lucane, ce cerveau rapide s'assurait que personne ne l'approche à moins de deux mètres, et surtout s'il n'a pas couvert son visage – bouche et nez. Intrigué par son grabuge, et curieux d'entendre la bonne parole, le religieux, quatre fois vacciné, s'entoure néanmoins de mille précautions. Il s'est plaint à mes oreilles hagardes du manque d'empathie et d'amour du prochain d'inconscients qui l'entourent de trop près.

Le chef spirituel de ce culte nouveau nous bourre la tête avec ses messages de paix. Si quelqu'un a pu s'imaginer que l'adhésion de ses membres ait pu dériver d'une attaque d'angoisse, pétrifiés à l'idée de ne pas survivre lors du passage dans le nouveau monde, il doit se détromper. Ce sont au contraire les réfractaires, les grincheux pendant qu'on y est, qui sont bloqués par la peur, alors qu'il est si simple de rejoindre ce message de paix mondiale.

Donc, vu que personne ne convainc personne, autant faire des réunions entre fondamentalistes éclairés d'obédiences variées pour la bonne marche de la société et le cliché du vivre-ensemble, pour que chacun admette que si pour lui son culte est le bon, il n'en est pas moins moralement astreint à respecter celui de l'autre. Ça pourrait marcher, et tout particulièrement dans une société qui n'est plus soumise à un pouvoir missionnaire faisant tout pour dégoûter et faire craquer les autres. A titre d'illustration, les Juifs de l'Allemagne de Goethe ou de Mendelssohn ne pensaient rien de bon du culte dominant. Si certains y adhéraient, c'était uniquement à des fins pratiques : l'épanouissement social, culturel ou professionnel, entre le numerus causa et l'accès interdit d'office.

Le souci du grand rabbin de ma prime jeunesse était surtout de ne pas contrarier des éléments potentiellement dangereux, de les placer en face de leur responsabilité civique ou citoyenne.

Je n'ai compris la pertinence de son message que dernièrement, avec l'arrivée du culte du corona. N'essayez surtout pas de contredire et donc contrarier les sentinelles du système en mettant en avant l'illogisme de leur doctrine. Aujourd'hui, que vous soyez en pleine forme ou en proie à une terrible crève n'a à leur yeux qu'une importance secondaire. Il faut faire un test. S'il est positif, mettez-vous en quarantaine, vous êtes un grand malade qui s'ignore, si jamais vous ne souffrez de rien. Mais s'il est négatif, vous pourrez sans souci refiler vos microbes aux autres. Contentez-vous de répondre : «Bien, monsieur le médecin / madame l'infirmière / monsieur l'agent (biffer les mentions inutiles), je vais sagement m'enfermer pendant quatre/cinq/sept/onze jours (ne laissez que la mention conforme aux dernières décisions gouvernementales).»

La haute autorité religieuse est incarnée par un certain Albert B., pape incontesté. Pour la doctrine qu'il représente, il a sauvé la planète d'un anéantissement certain. Ne pas l'accepter serait au minimum de l'ingratitude et au pire du blasphème. Ne dites surtout pas que depuis l'utilisation de son merveilleux cadeau, on n'a jamais vu autant de victimes de problèmes cardiaques, ou que son remède ne marche pas, qu'il n'est question pour finir que d'un essai clinique déjà avéré défaillant. Car ses ouailles sont en droit de vous opposer : «Tu sais, ça ne me fait pas plaisir ce que tu me dis là».

Par contre, œuvrez comme le GR Sirat, expliquez-leur que les anciens cultes ne sont pas obsolètes pour autant, qu'ils ont eux aussi droit au respect, qu'ils n'ont tué personne chez les autres, ni leurs ouailles, ni leur messie.  

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