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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 11:16

Certaines directives de la Torah risquent-elles d'embrouiller les esprits? La tradition populaire, amplement récupérée par la littérature qui ne l'est pas moins, parle du danger mental pouvant dériver jusqu'à l'hérésie en cas d'étude de la Kabbale par des personnes dont la maturité spirituelle ne s'est pas suffisamment affirmée. Ainsi, il est courant de considérer qu'il ne sied pas de l'aborder avant l'âge de quarante ans.

Mais qu'en est-il des directives plus terre-à-terre, si l'on peut dire, de la Torah? En ce qui concerne la préciosité de la santé et de la vie humaine, nous trouvons deux versets : «Vous préserverez avec empressement votre vie»[1] ; et : «… commandements que l'homme observera et dans lesquels il vivra»[2] dans le respect des commandements. De là on apprend qu'il convient de ne pas se mettre inutilement en danger, et surtout : «Il vivra, et non pas qu'il en meure»[3], comme nous le signifient nos Sages. Ainsi le Chabbat sera profané pour sauver une vie : «On profane un Chabbat pour qu'il puisse en observer de nombreux autres». Ceci explique comment de nombreux religieux sont secouristes ou médecins et travaillent en ce jour saint pour préserver des vies. Il en est de même pour les soldats ou policiers pour qui il ne pourrait être concevable d'abandonner le terrain aux ennemis et autres tueurs.

Ceci étant posé, la porte est ouverte à de nombreux risques de dérapage. Pour qui vit à l'étranger dans un environnement hostile, ça peut commencer par éviter de sortir avec la kippa sur la tête – ce qui, certes, ne présente pas de véritable problème en soi – et finir par l'abstention de toute pratique identifiant le Juif, qui pourrait être tenté de décider de s'absenter sciemment de tout lieu remarquable, comme les synagogues, les centres communautaires, les magasins d'alimentation cachère, voire les rayons de grandes surfaces d'appartenance neutre qui lui réservent une place.  

Dans certains cas extrêmes, il sera envisageable de ne pas pratiquer la circoncision, signe de reconnaissance risqué pour qui étudie dans des écoles laïques où il ne fait plus bon vivre depuis longtemps. On évitera aussi le mariage juif et on attendra silencieusement que quatre générations se passent pour se faire définitivement oublier. Cette dernière proposition est loin de se cantonner dans les limites d'une simple provocation, car elle est largement moins hypothétique qu'il n'y paraît.

Si, malgré tout, ce qui précède peut paraître cyniquement exagéré, il  n'en demeure pas moins que la préemption du principe de la préservation de la vie sur l'observation pratique de la religion est une question brûlante d'actualité aujourd'hui, avec l'apparition du coronavirus. Alors que personne ne pouvait encore cerner l'ampleur de ce fléau venu de Chine, une quasi-unanimité rabbinique s'est constituée autour de l'impérativité de la fermeture des synagogues et de l'abstention de tout rassemblement d'ordre religieux. Dans certains pays, on est même allé jusqu'à interdire la procréation[4].

La lutte  ou la prudence, deux écoles

Lors d'une problématique relativement ancienne, les autorités rabbiniques avaient eu des avis partagés quant à la priorité du principe de prudence évoqué plus haut. C'était à l'époque où la politique et les médias avaient mis au devant de la scène le principe artificiellement élaboré des territoires contre la paix. Cette théorie voulait que renoncer à une partie de la terre d'Israël serait à même d'écarter la menace de guerre permanente d'un monde arabe qui non seulement encerclait Israël mais qui disposait de surcroît de complices à l'intérieur de ses frontières. D'après cette idée insensée, il aurait été possible, en amadouant les ennemis par le biais du sacrifice d'une partie du pays qui leur aurait été jetée en pâture, d'accéder à la réalisation du rêve généralisé de la paix, sachant que le peuple d'Israël, contrairement à beaucoup d'autres, aspire réellement à la concorde entre les peuples.

De cet axiome politique ont dérivé deux écoles idéologiques. L'une prônait l'acceptation dudit échange, en invoquant le principe de la préservation de vies, l'autre en prônait le refus, arguant preuves halakhiques à l'appui que cette considération n'est tangible que dans le cas d'un dilemme personnel, et non pas d'une question qui relève du destin national et de la rédemption de l'ensemble de la communauté d'Israël.

Il est vrai que sur la forme, les opinions se rejoignaient. Pour la première école, les «partenaires» n'étaient pas dignes de confiance, ce qui rendait l'applicabilité du principe irréalisable, tandis que pour la seconde, céder une partie du sol ne ferait que décupler la convoitise d'un ennemi qui comprendrait que la méthode du chantage et de la pression pourrait fonctionner.

Expérimentation des deux méthodes

Le renoncement aux «territoires» contre la paix, d'une part, et le maintien de l'exercice souverain, d'autre part, ont tous deux été pratiqués sur le terrain. Les zones expérimentales ont été successivement Gaza et la région centrale de Benyamin, ainsi de la Judée-Samarie. Une très intense propagande médiatique a exigé le retrait d'Israël de la bande de Gaza, mettant en avant le danger auquel s'exposaient les militaires autant que les civils. Puis vint le tour des députés de nous expliquer que ce repli stratégique désamorcerait toute l'animosité de l'ennemi dont la haine acharnée n'eût été que le produit de notre insistance  et de notre attachement. Le résultat à ce jour se résume à trois guerres, l'enlèvement d'un soldat et le chantage qui a mené au lâchage d'un millier de terroristes dans la nature, d'autres attentats, et la perte de la dissuasion et du bras long de Tsahal, qui pouvait dans un passé pas si lointain mener des actions d'éclat en libérant des dizaines d'otages situés à des milliers de kilomètres de là, alors que Gaza se trouve à nos portes. Plus banalement, on peut parler des menaces des roquettes qui pleuvent par moments sur le pays.

Pour ce qui est de la partie plus centrale de notre pays, c'est précisément en ne le cédant pas aux ennemis (ou plus précisément depuis l'opération Rempart), que de nombreuses vies sont à ce jour préservées. Car ce n'est pas avec ses ennemis que l'on fait la paix, mais bien avec ses frères, ou, en d'autres termes, ce n'est pas en renforçant la présence de ses ennemis mais de ses frères que la paix avance.

La focalisation obsessive sur le principe de la préservation des vies conduit au résultat inverse de celui que l'on escompte. Plus on s'y accroche, plus on met les personnes en danger. C'est en travaillant convenablement que la sécurité se renforce aussi.

Se protéger face au coronavirus

Est-ce en se terrant que l'on protège la vie? Certes, la maladie est dangereuse, voire mortelle. Mais de là à considérer aujourd'hui que nous serions en période d'épidémie, il n'y a qu'un pas. Par ailleurs, on fait taire les voix qui revendiquent le droit de soigner les malades au départ de leur contamination pour ne retenir que l'imposition y compris par la force de la privation des libertés, via une méthode douteuse allant des confinements répétés à une vaccination expérimentale au principe encore nouveau et loin d'être vraiment sûr[5]. Le souci du sauvetage des vies aveugle l'entendement. Il ne permet plus de voir que toutes les précautions sont vaines et conduisent à des résultats qui sont loin de conforter les craintes premières. Quand la propagation du virus s'est fait connaître, les pouvoirs hésitaient. Les partisans de l'enfermement, du couvre-feu et autres joyeusetés agitaient les vieux démons des épidémies du passé. Si les habitants ne se cloîtrent pas chez eux, disait-on, il allait y avoir en un mois un demi-million de morts dans chaque pays européen. Or les victimes ont péri en plein confinement, beaucoup par privation de nourriture et de soins, sacrifiés indirectement sur l'autel de la pandémie.

Les responsables ne se sont pas laissé démonter. Ils se sont dit que sans cette mesure, les résultats auraient été encore plus catastrophiques. Par la suite, le peuple criant famine, les pouvoirs ont levé le confinement. Les mêmes prophètes apocalyptiques ont prédit qu'en cas de restitution de la liberté de mouvement, de réunion, de travail, etc., un demi-million d'habitants périraient par pays, que ce ne serait que partie remise. Les pouvoirs ont pourtant pris le risque, fournissant un cinglant démenti aux prophètes de malheur, le nombre de victimes n'ayant pas atteint de tels plafonds. Et pourtant, les autorités ont imposé un deuxième confinement, puis un troisième, (le 27 décembre 20 à 17h en Israël notamment), qui a néanmoins été relativement allégé, le public n'étant plus tellement dupe.

PCR, ou comment ressusciter des fantômes

Puis on a eu recours aux contrôles Pcr, qui permettent par démultiplication des traces d'Arn de déceler la présence de virus y compris lorsqu'il est totalement désactivé et inoffensif. Certes, on nous prévient qu'un virus en incubation, chez un porteur sain qui, dans les quarante-huit heures, cessera d'être asymptomatique pour présenter un état grippal, n'en serait pas moins contagieux, mais on ne nous dit plus rien sur les porteurs sains qui ne tombent pas malades. Il devient presque impossible de retrouver sur le net l'opinion selon laquelle un individu en bonne santé ne peut être qualifié de malade asymptomatique mais qu'il doit être considéré comme absolument sain et non contagieux pour son entourage.

L'indispensabilité des masques remise en cause par la vie

En Israël, les mariages sont presque entrés dans la clandestinité, et les cas où des interventions brutales de la police ont perturbé le bon déroulement de la cérémonie sont devenus affaire courante. En revanche, les manifestations du samedi soir contre Netanyahou n'ont jamais été remises en question. Ce qui a permis cette ségrégation; c'est une plainte déposée à la Cour suprême, qui a obtenu une réponse favorable, cette dernière ayant statué que le droit à manifester ne saurait être remis en cause, y compris en situation de crise sanitaire.

Quand j'ai écrit qu'en ce cas il suffirait de considérer que les offices religieux pourraient consister en des manifestations – la manifestation du matin commencera à 6h30, celle de l'après-midi etc. et celle de l'accueil du Chabbat etc. – la police s'est départie d'une mise au point publiée à son tour confirmant le droit à manifester et l'interdiction de prier. Quand j'ai tenté de sensibiliser les autorités rabbiniques à ce sujet, il m'a été répondu que si les manifestants du samedi soir voulaient se mettre en danger, c'était leur problème.

Pourtant, s'il y avait eu hécatombe chez lesdits manifestants, la chose se serait sue. Pareillement, on a pu observer dans les milieux religieux dits orthodoxes le phénomène suivant : le quartier de Méa Chéarim, à Jérusalem, y compris au plus fort de la crise, ne semblait pas être au courant de l'épidémie. Personne ne portait de masque et personne ne tombait dans les rues, terrassé par le mal. Un peu plus haut, au carrefour où la rue Méa Chéarim rejoint le quartier de Guéoula, lieu non moins orthodoxe que le premier, une partie des passants portent des masques et une partie n'en porte pas. Puis, en progressant encore un peu, en arrivant à l'axe principal qui relie le quartier Nord de Guiva Tsarfatit au quartier Ouest de Roméma, on arrive dans une zone où tous portent des masques. Et pourtant, à aucun moment il n'a été question d'un nombre impressionnant de victimes dans la zone non masquée, puis d'un nombre moins important dans la zone semi-masquée, avant d'arriver à une région sans la moindre victime dans la zone entièrement masquée. Par ailleurs, l'union fait la force. C'est le cas de le dire. Le 6 août courant, le petit-fils d'une importante sommité rabbinique s'est marié[6]. Au beau milieu de la pandémie, des milliers de fidèles se sont rassemblés, sans masques, sans distanciation, sans aération notoire. A ce jour, grâce à D., le public se porte bien.

Evolution de l'attitude de la population et moralité  

Certes, au départ, personne ne savait rien sur ce virus. Un mal made in China, dans des laboratoires made in Tsarfat, a commencé à se répandre sur la planète, frappant d'abord de plein fouet l'Italie. Quand, en Israël, on nous a demandé de ne pas sortir de chez nous, nous ne nous le sommes pas fait dire deux fois. Les offices se sont tenus dans les rues ou sur les balcons, chacun dans le premier cas de figure étant autorisé à se tenir sur le trottoir devant sa maison, et l'officiant déclamant la prière à tue-tête. Des personnes seules ont passé le Seder dans l'isolement, alors que Pessah se fête en famille ou en larges comités.

Plus tard, pour le deuxième confinement, malgré la menace claire d'arrestation pour quiconque serait surpris dans une soucca qui ne serait pas la sienne propre, les familles se sont réunies. Sans vouloir jouer le dénonciateur, je peux dire aujourd'hui que tels voisins ont reçu leurs enfants mariés et petits-enfants des quatre coins du pays. Les menaces n'ont pas été mises à exécution. M'étant enquis de la santé des familles, j'ai appris que toutes se portaient comme des charmes, D. soit loué!

Et pourtant, à la veille de Kippour, les autorités rabbiniques partisanes de l'école du Pikoua'h Néfèche, en d'autres termes du principe de précaution prioritaire à l'impérativité de l'observation religieuse, ont sommé la population de prier individuellement chez soi, ou alternativement sur la voie publique en observant de l'un à l'autre un espace de deux mètres au moins, emboîtant de la sorte le pas aux décisions du gouvernement. Or la météo prévoyait, ce qui s'est en l'occurrence avéré, un temps ensoleillé et une température de 30°C à l'ombre. Il s'est trouvé que l'Etat s'est montré clément et a au dernier moment autorisé la prière en synagogue climatisée, à l'ombre, moyennant toutefois certaines précautions.

Une autre tendance religieuse consiste à tout accepter jusqu'à la fatalité, rien ne pouvant se produire sans l'aval céleste du Créateur. Donc, si D. ne veut pas nous voir dans Ses synagogues, il ne serait pas convenable d'insister, de la même façon qu'il n'est pas convenable de rester dans la soucca s'il pleut?!

 Mais vu qu'il n'y a pas aujourd'hui de prophétie, cette interprétation en est une parmi bien d'autres. Qui nous dit, attendu que nous n'assistons pas à une plaie digne d'une épidémie, que le confinement n'a pas fait ses preuves, etc., que nous ne devons pas au contraire revendiquer notre droit au rassemblement dans les micro-Temples de l'Eternel? Que l'exigence ne serait non pas que nous acceptions cette fermeture contre laquelle nous devons raisonnablement lutter – car qui accepte trop facilement peut être considéré comme qui n'y accorde pas vraiment d'importance – mais de voir quelles pourraient être les caractéristiques déplaisantes de nos prières en communauté?

 

 

[1] Deutéronome IV, 15.

[2]  Lévitique XVIII, 5.

[3]  Talmud traité Yoma 85b.

[4] La pureté familiale est la source de la procréation et ne peut se passer de mikvé (bain purificateur).

[5]  Le vaccin largement inoculé depuis près de dix jours n'aura dépassé sa phase expérimentale que le 27 jan. 2023.

[6]  https://www.youtube.com/watch?v=D4CJLCET7W8 : authentique rassemblement en pleine période officielle de prolongement de l'épidémie. Avec pleurnichements en prime du préposé gouvernemental Gamso.

 

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