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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 20:15
Le rassemblement des exilés d'Israël, réalisation humaine laïque ou concrétisation d'une antique prophétie?

L'histoire ou la face cachée

Une tempête de siècle, ou plus simplement un vent violent, un raz-de-marée, une déclaration politique inattendue… autant d'événements qui peuvent être associés à la volonté du Créateur ou dissociés d'elle.

Deux angles opposés et de même sommet et de charges identiques s'affrontent dans l'appréhension du cosmos et de tout ce qu'il contient : le religieux et le laïc. Le premier attribue des forces supranaturelles, transcendantales, à la création. Le second explique tout scientifiquement, rationnellement, approche qu'il nie au premier, et ce qu'il ne parvient pas à résoudre n'est que partie remise. Nous allons nous interroger sur les principes de dichotomie ou de compatibilité entre la foi et le cartésien.

Le superstitieux et le rationnel

Un volcan entre en éruption. Une peuplade primitive vit en-dessous de lui, dans la plaine. Elle humanise le volcan, lui prête des intentions, de la colère. Elle s'en remet à sa clémence, sa magnanimité. Ses notables déposent des offrandes, des simples oranges aux sacrifices humains, pour l'apaiser. Que le volcan cesse de gronder, et ils attribueront cette annulation du funeste décret à leur intervention. Le scientifique sourit, et peut leur expliquer, si seulement ils sont prêts à l'écouter, les phénomènes tectoniques sous-jacents, les faiblesses et les failles de la croûte terrestre, le magma qui sommeille en-dessous.  

Récemment encore, chez les Papous, on se livrait au cannibalisme. Ça n'avait rien de méchant ; au contraire, on montrait en consommant la chair fumée des chers disparus combien on les aimait. D'ailleurs, tout le monde n'avait pas droit à ce privilège, seulement les plus proches, et un rituel précis prévoyait la répartition des membres du défunt entre ceux de la famille. Ainsi, dans une contrée de l'Est de la Nouvelle-Guinée, chez les tribus Foré,  alors colonie britannique, beaucoup mouraient, frappés par le kuru. Deux groupes courroucés se livraient une guerre acharnée, s'accusant mutuellement de dispenser généreusement des malédictions à l'autre camp. Le kuru, qui faisait perdre au malade le sens de l'équilibre, sa lucidité, son appétit, provoquait aussi des tremblements dont l'origine remontait sans coup férir à des pratiques de sorcellerie de l'autre camp. Plus rationnellement, cette maladie surprenante a été comparée à celle de la vache folle ou plus exactement, dans leur cas, au syndrome de Creutzfeldt-Jakob. Et pourtant, impossible de conjurer le mauvais sort. Les Anglais, garants de la civilisation et de ses valeurs, interdirent le cannibalisme, et, pour se faire obéir, ils désignèrent des surveillants locaux. De la sorte, cette pratique prit fin.

Simultanément, par extraordinaire, alors que les recherches de médecins européens ayant longtemps vécu au milieu des Papous n'ont pratiquement rien donné, bien qu'ils soient allés jusqu'à mettre en confiance un chef pour qu'il les laissât prélever un échantillon de cerveau d'une jeune victime, afin de l'inoculer à des bonobos et de constater que, de cette manière, le mal était contagieux, la maladie disparut comme par enchantement. Au lieu de mêler les bonobos une fois le chef en confiance, ils auraient dû plus simplement prendre le risque et part eux-mêmes à ce curieux festin, ce qui aurait eu l'avantage de simplifier l'expérience scientifique.

Nous pourrions conclure que, s'étant humanisés, ils obtinrent une bénédiction du Ciel qui leur accorda la grâce et la guérison miraculeuse. On peut dire aussi que la consommation des cellules malades et contagieuses des défunts ayant pris fin, les jeunes papous comme les vieux ont tout simplement arrêté de se contaminer.

Mais l'un empêche-t-il l'autre?

Expliquons-nous. Il est effectivement facile de s'accorder le beau rôle du scientifisme et de l'athéisme en se mesurant à des superstitieux, à des gens qui se réfèrent à mille et un dieux, qu'ils soient sophistiqués comme ceux de l'Olympe ou plus bruts, impliquant la déification de chaque élément, montagne, torrent, soleil, et à plus forte raison les éléments frappant l'imagination ou frappants tout court comme les volcans, les tsunamis, les éclairs et le tonnerre... Mais il est peut-être moins aisé de s'attaquer au véritable monothéisme, celui des Hébreux devenus Juifs et témoins de la Révélation. Car qui a dit qu'un phénomène naturel explicable scientifiquement n'est pas en soi l'émissaire qui vient exécuter la sentence divine?

Une difficulté majeure se retrouve dès qu'il est question de châtier les créatures, quand leur sort est irréversiblement scellé. Nous nous arrêterons succinctement sur trois événements bibliques significatifs. La génération dite du déluge, la plaie des sauterelles et l'anéantissement de l'armée pharaonique dans les eaux de la mer des Joncs. Si nous partons du principe que l'Eternel a non seulement créé les cieux, la terre, etc., mais que de surcroît il en maintient à tout instant l'existence, pourquoi ses décrets sont-ils réalisés par les voies naturelles? Au lieu de retirer la vie à la génération de Noé, comme il le fit en ne restituant pas leurs âmes aux soldats de Sennachérib assiégeant Jérusalem sous le règne d'Ézéchias, nous constatons en lisant simplement le texte qu'il faut d'abord quarante jours de pluies, puis une deuxième période équivalente pour que les montagnes les plus hautes soient submergées, et enfin une dernière pour que le niveau redescende. Pour la plaie des sauterelles, le texte est explicite : c'est un vent qui les apporte, et c'est encore un vent qui les emporte. Quant à l'ouverture de la mer, il est bien précisé qu'un vent puissant a soufflé toute la nuit précédente. Donc, tous ces phénomènes peuvent être expliqués scientifiquement : la pluie, l'inondation, la tempête, un phénomène ponctuel de marée basse…

Les sources racontent que Titus avait bien compris le principe. Dieu se sert des éléments pour exécuter ses décrets. Après la destruction du Temple, Titus prend la mer. Elle commence à s'agiter. Il défie le Créateur. «Bien sûr, tu ne te sens fort que sur l'eau. Tu es bien moins efficient sur la terre ferme.» La mer redevient calme. Puis un insecte ailé s'introduit dans la narine de Titus, se loge dans ses sinus et bourdonne. Impossible de l'en extraire. Le supplice se fait de plus en plus insoutenable, et ce n'est qu'en se tenant près d'un forgeron qui frappe le métal que Titus peut ressentir un semblant de soulagement. A sa mort, on retira de son cerveau un énorme moustique. Quel entomologiste zélé nous donnera le nom de ce nématocère? Car voici encore un phénomène qui peut s'expliquer rationnellement.

Dans ce contexte, un autre phénomène remarquable met en scène les éléments naturels. D'ailleurs  il nous ramène une fois de plus au thème du volcan. Pompéi est bien connue, moins qu'Herculanum, Oplontis ou Stables. Ces quatre imposantes cités romaines de Campanie ont été détruites en quelques heures par un feu tombé du ciel, soit par l'éruption du Vésuve, plus rationnellement parlant. Cette brutale disparition de villes entières n'est pas sans rappeler les quatre villes dont la culture générale a surtout retenu les noms de Sodome et Gomorrhe. Dans les deux cas, les sites sont restés dans leur état de désolation. Le plus fort, c'est qu'à Pompéi, si jamais on cherchait à remettre en question cet événement, des fouilles ont permis de retrouver les habitants de la ville  dans le feu de l'action, si l'on peut dire, dans ce à quoi ils étaient occupés au moment où la pluie incandescente les a surpris. C'est à Pompéi que vivaient les dirigeants romains, le gratin d'une société qui n'était pas étrangère à la destruction du Temple. En 62 de l'ère vulgaire, la région subit un premier tremblement de terre. Le sol se montre nerveux en 70. Du mois d'août 70 au mois d'août de l'an 79, de la destruction de Jérusalem aux villes nanties de Rome anéanties dans la foulée, il est bien entendu tout à fait possible d'expliquer le plus scientifiquement qu'il soit ce qui s'est produit.

L'observation de la nature, remercier Dieu ou le renier

Il est en principe impossible de prouver scientifiquement l'existence de D., puisque le scientifique raisonne sur le mesurable. Mais il nous reste le raisonnement par l'absurde. Ce procédé démontre que ci le phénomène y qui représente l'antithèse du phénomène x est impossible, alors la réalité d'y s'impose.

Aristote, Platon, et les autres, sont connus pour leur position sur la question de la création. Ce qui les dérange, c'est qu'il ne peut y avoir de création sans créateur, et on le retrouve à tous les niveaux de ce qui est fabriqué sur terre dès que l'on se penche sur les êtres vivants : la maison de l'homme, le barrage du castor, le nid de la pie… Et c'est là que la solution desdits philosophes est originale. Pour eux, le monde n'a pas été créé, pour la bonne raison qu'il a toujours existé. C'est une situation donnée connue depuis toujours, depuis que l'homme est homme. Leur position est solide. Ce n'est pas à eux de prouver que le monde a toujours existé, mais à ceux qui le contestent de prouver son contraire. Tout au plus admettent-il cependant une cause créatrice, mais pas dans le sens où l'entend le judaïsme, ni les religions qui en dérivent ou s'y greffent, et la nuance est énorme : car pour eux la matière est préexistante et c'est elle qui permet à l'entité créatrice d'inférer des formes à la matière, un peu comme le plus brillant des peintres utilisera dans tous les cas des matériaux, toile, couleurs, et des outils, contenants, pinceaux… dont l'existence est plus ancienne que la sienne.

C'est un problème de vocabulaire qui nous fait penser que le philosophe et le rabbin ne discutent pas sur un malentendu, dans un total quiproquo, et qu'ils débattraient sur la même longueur d'onde. En effet, le verbe bara, dans le premier verset de la Genèse, est traduit par créa [les cieux et la terre]. Le problème, c'est que le verbe suivant, qui porte la racine yaçar, est aussi rendu par créer. Or, il ne peut en être ainsi, puisque le premier verbe indique une création à partir du néant, et le second à partir de la matière, c'est-à-dire un façonnage. Ce second sens se retrouve aujourd'hui encore, puisque l'homme se crée à partir de la terre, en tant que dernier échelon de la chaîne alimentaire qui démarre à partir des sels minéraux contenus dans le sol, de l'eau qui est aussi un minéral, et subissent diverses transformations pour devenir la matière physique de l'homme. Yaçar devrait, au nom de la précision scientifique linguistique, être rendu par former, ou transformer.

En revanche, l'idée créatrice et le principe de l'expansion de l'univers chers à la physique cantique n'impliquent non seulement aucune contradiction entre l'idée du Créateur et le raisonnement scientifique, mais pourraient bien signifier que tous ces phénomènes physiques et biologiques doivent bien avoir un auteur, qui créa le temps en même temps qu'il créa l'espace.

Il en est de même pour la difficulté de l'incompatibilité à première vue entre la matière et le spirituel. Or, l'idée générale des tissus, qui se restreint aux dimensions de la molécule, puis de l'atome, lui-même composé d'un noyau aux protons chargés positivement et aux électrons de charge négative qui gravitent autour de celui-ci en laissant un énorme vide, aboutit au principe de la non-existence de la matière, pure apparence, qui se réduit à un assemblage, une relation, une interaction entre des phénomènes et des forces qui donnent l'image si réelle et si solide de ce qui devient concret pour la perception de nos sens.

Une autre idée, celle de l'élaboration des espèces, quand sont extraits des couches géologiques plus profondes – donc anciennes – des organismes moins complexes que ceux des couches plus superficielles, suit elle aussi le déroulement chronologique biblique des six jours de la création, allant d'une mer déserte à l'apparition des continents, puis du protozoaire au mammifères dont l'homme est le sommet, s'il est permis de s'attacher dans le récit de la création au sens obvie du texte.

Donc, les mêmes réalités entraînent des effets opposés, puisque des mêmes observations on aboutit à de véritables postulats, à deux systèmes dont l'un reconnait le Créateur, et l'autre le renie. Et s'il existe un élément qui, par excellence, illustre cette divergence, c'est bien le singe. Sa ressemblance avec l'homme est plus que frappante. Il est immanquable que, lors d'une visite au jardin des plantes ou dans n'importe quel zoo, vous ne trouviez un air de famille entre tel orang-outan et tel voisin pensif, ou telle antelle ou ouistiti et tel enfant turbulent de votre voisinage. Encore une fois, les réactions seront divergentes. Soit vous vous attacherez au dogme évolutionniste qui vous fera voir en ce singe par raccourci votre grand-père, soit vous remercierez Dieu pour avoir échappé à ce côté identique par la différenciation que vous procure «juste l'âme pure dont la finalité consiste à comparaître devant le Roi des Rois, le Saint béni soit-Il», cette âme qui vous attribue le discernement et le libre arbitre, comme le suggère le rituel de prière, le Sidour, au chapitre de la prière du matin, qui postule sans elle : «Point de différence de la bête à l'homme».

Le gardien de son frère

Une autre difficulté, de taille, elle aussi, se retrouve dans les brefs récits de la Genèse que le monde entier connaît par cœur. C'est cette sorte de mouvement d'aller-retour constant, d'approche et d'absence, pour ainsi dire, du Créateur auprès de sa création. Un ordre est donné, ou établi. Adam ne doit pas consommer le fruit de la connaissance – préférons à ce terme celui de discernement – et Caïn, froissé de s'être vu refuser son offrande, reçoit un encouragement divin doublé d'une terrible mise en garde. Il lui est enjoint de s'améliorer, sans quoi le péché, tapis à sa porte, prendra possession de lui. On remarquera qu'à chaque fois, après la faute, Dieu interroge le fauteur. Il cherche quelqu'un : «Où es-tu?» «Où est ton frère?» Adam reste humble. Il tente piteusement de se justifier, aggravant en fait son cas, puisqu'il est qualifié d'ingrat par les exégètes, reprochant au Créateur son merveilleux cadeau : «c'est la femme que tu m'as donnée». Quant à Caïn, il renvoie l'accusation à Dieu ; car lorsqu'il rétorque : «Suis-je le gardien de mon frère?», qu'insinue-t-il exactement? «Le gardien, c'est toi. Où étais-tu quand cet assassinat s'est produit?» Un homme en assassine un autre, et la question, c'est de savoir où était Dieu à ce moment-là?!

Qui responsabilise l'homme acquitte Dieu. Et qui déresponsabilise l'homme l'accuse. Le prophète vient renforcer cette double relation, avec les deux côtés de la même médaille : «Béni soit l'homme qui place sa confiance en Dieu…» «Maudit soit l'homme qui place sa confiance en l'homme». Peut-être cette mise en garde vient-elle nous prévenir qu'il faut prendre au sérieux les menaces des régimes humains, des mouvements idéologiques destructifs et menaçants, sans chercher à les excuser et à minimiser le danger potentiel qu'ils représentent, sans les décharger en accusant la conjoncture, sans se dire qu'ils finiront par se calmer, qu'ils ne pensent pas vraiment ce qu'ils disent. Il est très important de ne pas négliger les signes avant-coureurs d'une catastrophe qui se prépare, fomentée par le genre humain.

Mais le libre arbitre de l'homme peut-il faire échouer le programme de Dieu, qui consiste à l'amendement du genre humain, en imposant à la marche du monde une direction radicalement opposée? Puisque l'homme part dans toutes les directions, c'est à l'homme, à titre individuel, de distinguer et de déterminer dans quelle voie humaine se retrouve celle de Dieu. Prenons le cas de la destinée nationale du peuple d'Israël. Plusieurs directions, plusieurs tentatives ont animé les Juifs. Certaines options venaient de leur propre cru, d'autres avaient été suggérées de l'extérieur. Il y a eu les aspirations du Bund, l'idée du Birobidjan, l'idée de trouver une terre promise dans l'immensité de l'Amérique du Nord, ou encore l'option d'invention britannique de l'Ouganda. Il y a eu aussi l'idée de faire partie prenante d'autres nations éclairées. Une seule option a fonctionné, en dépit de toutes les forces qui s'acharnent contre elle pour la faire échouer ou la vider de sa substance, de ces forces qui tentent d'en faire un pays comme les autres, pas mêmes exclusivement celui de la nation juive.

La reconnaissance proclamée par la déclaration Balfour, un événement politique parmi tant d'autres, remonte à l'époque de l'aube de la décolonisation, quand les nationalismes du monde entier se sont mis à revendiquer leur indépendance. A première vue, on peut penser que cette toile de fond a fait que les Juifs ont pris le train en marche et se sont dit qu'ils méritaient bien eux aussi le retour de leur souveraineté perdue, ces Juifs redevenus Palestiniens, puis Israéliens dès leur indépendance. Mais on peut sous l'optique de la Providence inverser la cause et l'effet : le train s'est précisément mis en marche car le temps de la rédemption d'Israël était arrivé. Quoi qu'il en soit, c'est une fois de plus par les voies naturelles et politiques que l'histoire avance à grands pas. D'un pharaon tyrannique qui pousse naturellement vers la sortie d'Egypte, en 2448 de notre calendrier, à une Europe et un monde arabe chaotiques, qui poussent vers la sortie d'Edom, en cette fête de Pessah 5779.

L'histoire, l'avancée de la destinée collective de l'humanité, derrière laquelle le Créateur cache ou révèle sa face ; les trois lettres STR, selon le système étymologique consonantique hébraïque ou plus largement sémitique, racine du mot hiSToiRe, forment en hébreu le mot SéTeR, caché «cacher je cacherai ma face», «aster astir panaï». A l'homme de le voir ou de ne pas le voir.

Yéochoua Sultan ©

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