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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 11:03

Politique insensée pas même crédible sur le plan de l'imaginaire, idée de l'évolution ouvrant la voie à celle de l'anticipation dont la science fiction

La vie est faite de paradoxes. Le plus curieux et prépondérant veut que l'ont prenne l'imaginaire très au sérieux.

Mini-monde imaginaire (pour enfants)

Ah, que notre époque est belle !

Quand j'étais jeune – non pas que je sois spécialement vieux – et que nous étudions l'histoire, je me sentais d'une part heureux de vivre dans le lieu et l'époque où je me trouvais, mais surtout d'autre part dans l'impossibilité si ça avait été le cas de supporter les conditions et les mentalités de presque toutes les époques traversées par l'histoire. Le maintien des populations dans l'esclavage – la servitude des serfs – et surtout l'interdiction de dire que la terre est ronde et qu'elle tourne, sous peine de piloris, bûchers et autres joyeusetés, m'ont fait penser enfant que jamais je n'aurais pu m'accommoder de la profonde imbécilité et dangerosité de mon entourage, si jamais j'avais dû vivre à une autre époque.

Il en a été de même pour l'histoire juive. Comment a-t-on pu être suffisamment idiot pour faire un veau d'or en plein période de révélation divine au quotidien? Comment a-t-on pu pareillement adorer le Baal alors que l'équation inversement proportionnelle de la fidélité ou de l'idolâtrie permettant d'atteindre respectivement la paix ou la débandade, était claire pour tout le monde, et que de surcroît des prophètes étaient présents et prévenaient matin et soir les contrevenants, jusqu'à la destruction du Temple? On a même mis Jérémie en prison parce qu'on n'aimait pas ce qu'il disait, dans la cour de Matera. Et chaque fois que je me plongeais sur ces sujets, j'éprouvais un vif soulagement en me retransposant dans mon époque.

C'est dire si j'avais du mal à comprendre le sens de la prière : «Renouvelle nos jours comme autrefois», ne voyant finalement dans les bons temps du passé non pas le bonheur absolu mais des possibilités inouïes de l'atteindre, qui n'ont été que rarement mises à profit, comme du temps de Josué ou des Juges, quand le «pays fut tranquille pour tant ou tant d'années».

De la difficulté de composer avec les inepties

Il importe peu que les théories fantaisistes soient radicalement démenties par la réalité

On dit que plus on augmente en intelligence, plus on trouve que le temps passe vite. Je me dis que plus on simplifie par des schémas les mécanismes du monde environnant, plus on a du mal à le supporter. Les accords d'Oslo, dès qu'il en a été question – voire toutes les discussions et aspirations à vouloir troquer sinon le pays d'Israël du moins une partie contre de la paix, orientation qui n'en portait pas encore l'appellation – me paraissaient inouïs. Je me consolais encore en pensant que si le pire des rêves venait à se réaliser, ses préconiseurs reviendraient à la réalité. Mais il n'en fut rien.

 

Je voudrais à ce propos citer un passage de Proust : «Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n'ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir, et une avalanche de malheurs ou de maladies dans une famille ne la fera pas douter de la bonté de son Dieu ou du talent de son médecin»[1].

 

[1] A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, page 176, édition Gallimard, Collection folio, dépôt légal février 1982. On sait que la doctrine gauchiste israélienne a la force d'un nouveau culte : «Je crois en la paix», est l'un de ses slogans, où cette paix revêt les formes d'un culte.

 

Plus inouï et invraisemblable fut l'expulsion par le pouvoir de l'Etat juif des Juifs de Gaza, là où la logique la plus évidente eût dû exiger que ce fussent les ennemis qui eussent dû être éloignés le plus loin possible pour un solutionnement modéré, ou anéantis pour une option plus radicale. Quatorze ans après, le pouvoir ne veut toujours pas reconnaître ses erreurs ou méthodes, encore moins y remédier. Les  bombardements sur le Sud, jusqu'à Ashdod et Béer-Cheva ne constituent pas un casus belli, alors qu'ils le deviennent s'ils touchent ou dépassent Tel-Aviv. Ils ne le sont pas si les bombes tombent dans les champs, mais ils le deviennent en cas de pertes ou de blessures humaines, comme si manquer leur cible était pour les antisémites du jour la preuve d'intentions pacifiques.

Ou encore, quand on décide d'entrer en guerre, c'est pour aussitôt après céder à nouveau le terrain à l'ennemi, au lieu de le lui reprendre et de l'anéantir. A quelques jours des élections de la vingt-et-unième Knesset, M. Oie (Gans) bafouille et cafouille, mais le Premier ministre déterminé plus que jamais bombarde les bureaux vides du chef du Hamas au lieu de dégommer directement ledit chef. De nombreuses gens au crâne abruti et délavé, dès que la question d'un bombardement intensif et à distance de la population antijuive qui colonise Gaza se pose, sont immédiatement réticents et affirment haut et fort, de leur piédestal improvisé, qu'ils ne veulent pas que des innocents soient frappés, ces innocents étant incroyablement la population d'où sortent nos agresseurs. On voudrait leur demander si les Américains ont battu les Allemands en ayant de la compassion pour les enfants innocents des nazis, de Berlin à Dresde, ou s'ils s'imaginent que la Seconde guerre mondiale a pris fin parce que les bureaux vides de la Weimar ont été rasés.

J'éprouve de plus en plus de difficultés à ne pas m'irriter d'autant de bêtise meurtrière. C'est pourquoi je commence à comprendre les gens pas si débiles qui préfèrent se réfugier dans l'imaginaire, préférant concentrer leur pensée sur autre chose. Dans mes relativement nombreux écrits, j'ai toujours craint de ne pas être suffisamment vraisemblable, même dans les histoires inventées quoique inspirées le plus souvent du réel. Je dois même réfréner une tendance à vouloir alourdir d'explications rationnelles tout ce qui risque de ne pas passer ou aller de soi. Et pourtant, dans la réalité, plus il y a d'imaginaire, plus ça a du succès. J'ai beau me dire que l'imaginaire peut être grisant, il n'empêche que j'ai toujours du mal à m'y abandonner. C'est pour moi un drôle de paradoxe.

Des enfants faisant obstruction à l'imaginaire

J'ai souvenir que, petit, je faisais obstruction à l'imaginaire. Pour m'encourager à lire, on m'a offert des livres dont le personnage principal était un pantin vivant avec un ressort à la place du cou. J'ai objecté, avant de rendre cette série, que je ne comprenais pas comment il faisait pour respirer si son ressort était ouvert. Cette réticence doit être héréditaire, car ce personnage coriace, qui existe toujours et s'est imposé sous la forme de dessins animés à images numériques, a fortement déplu à mes enfants, qui n'ont absolument pas apprécié l'idée d'un enfant vivant seul dans un studio en forme de champignon. Ils étaient d'accord que c'était purement imaginaire, mais en ce cas, ils auraient dû lui prévoir aussi des parents imaginaires.

L'imaginaire sous l'angle d'une extrapolation scientifique à une réalité encore trop triste

Mais globalement, il faut reconnaître que l'imaginaire plaît. Il y a certes l'anticipation, ou la science fiction, qui se revêt d'une peau de vraisemblabilité puisque c'est toujours dans un espace ou un futur lointain que ça se passe, et qui sait si le monde ne pourrait évoluer dans telle ou telle optique? On attribue à Jules Verne la place de précurseur dans bien des inventions ou systèmes improbables à son époque. Quand il parle de la puissance de l'électricité qui fait avancer son sous-marin, il faut presque, pour ses contemporains, faire abstraction du ridicule de son idée pour se laisser captiver par le récit.

Toutes les hypothèses sont permises. Et si des singes supplantaient les hommes? Ou des extraterrestres? Et ce qui rend le monde si indulgent, et lui fait accepter toute éventualité qu'il appréhende comme peut-être pas si fantastique que ça, c'est la foi en l'évolution, véritable dogme, dont il est nourri depuis le double berceau de son état larvaire et de sa civilisation. Les adeptes de la théorie de l'évolution sont conditionnés comme par une croyance, celle que tout peut changer du tout au tout. L'amibe devient poisson qui se fait pousser des pattes pour sortir de l'eau avant de se changer en mammifère, en passant par le singe et l'éléphant pour aboutir à l'homme. Bien entendu, ce n'est pas un hasard, si l'homme est le produit le plus parfait de cette progression, puisque l'idée vient de lui. Peut-être le singe se place-t-il quant à lui au summum de ce processus. On ne comprend pas encore son langage, mais son expression en dit long quand il regarde dubitatif l'homme. Toutes les théories sont permises, puisque, évolution ou non, toutes les formes sont là en simultané.

L'amibe aussi est parfaitement en droit de soutenir que son ancêtre fut jadis l'homme, qu'il s'est débarrassé de tout ce qu'il avait de superflu au fil des milliards d'années.

Un certain Chéret situe l'homme imberbe, élancé et blond, au sommet du développement physique et moral de l'espèce humaine simiesque pour laquelle il éprouve beaucoup de compassion et investit d'ingénieux efforts d'éducation avec abnégation.

La volonté peut rendre le changement imaginatif réel

Ce qui est extraordinaire dans la théorie de l'évolution, c'est qu'on y accorde une place primordiale à la force de la volonté. En science fiction, un peu de bonne volonté et de concentration vous permet de vous téléporter, de vous dématérialiser en un point a et de vous projeter en un point b où vous serez rematérialisé. Il suffit de vous concentrer. On peut au passage y voir l'apologie des bons élèves auprès des cancres, pour les rendre réceptifs au message du danger de rester quelque part définitivement condamné entre les deux matérialisations par faute de concentration.

Dans la théorie de base, donc, si la girafe a pu être le produit d'une évolution, à partir d'un animal aussi bas qu'un gyrophare (attention! Il est interdit d'y voir son ancêtre), qui a dû soumettre sa morphologie à la domination de sa volonté pour passer d'un cou court à un cou long puisqu'il lui fallait grignoter les feuilles d'arbres qu'il ne restait plus qu'en hauteur, vu qu'il avait tout mangé plus bas, tout est permis à l'imagination de supposer pour l'avenir. On ne fait plus que poursuivre cette évolution admise depuis la maternelle, au gré de la fantaisie.

Marionnette fantastique et familière

Imagination active et passive

Toujours dans le même paradoxe, il faut reconnaître que plus une histoire est fantaisiste, plus elle se répand et est accueillie favorablement par les foules. Je regardais récemment un mini documentaire sur l'histoire qui a servi d'inspiration au dessin animé du titre de Pinocchio. Ça se passe effectivement en Italie, quand un dénommé Carlo Collodi, en 1881, devant éponger une dette, tente sa chance en écrivant un conte – La storia di un burratino - qui obtiendra un succès retentissant. Si dans la version Disney, c'est une prière de l'ébéniste puis l'intervention d'une fée qui donne la vie au pantin, en revanche, dans la version originale, l'ébéniste tombe sur un morceau de stère de bois parlant avec une voix d'enfant à laquelle il décide de donner une forme humaine, dotée de jambes et de bras. Mais comme le personnage par son entêtement dans la voie du mal finit par être pendu, le public exige un dénouement heureux et l'auteur finit par accepter de réviser son histoire à laquelle, puisque le pantin de bois est toujours vivant, il va pouvoir augmenter presqu'à l'infini le nombre des chapitres et rebondissements. Mais comment l'idée d'un pantin sculpté dans un morceau de bois qui prendrait vie a-t-elle pu séduire l'opinion? Il semblerait qu'en introduisant des êtres imaginaires dotés de pouvoirs spéciaux – la fée – ou tout phénomène naturel extraordinaire devenu cependant vraisemblable, l'entourloupe est pardonnée. Cette histoire relève des êtres magiques et de la sorcellerie. D'autres portent l'adjectif de paranormal. Elles ressemblent au modèle précédent, dans la mesure où interviennent des êtres ou forces étranges, avec une bonne dose d'inconnu.

Il faut tout de même observer et reconnaître une chose : l'imagination, aussi délirante soit-elle, n'est pas donnée à tout le monde. On pourrait parler d'une imagination active et d'une imagination passive. Si Disney est un grand rêveur qui vit confortablement de ses rêves, il n'en demeure pas moins qu'ils restent empruntés à l'imagination de Collodi dans le cerveau de qui a germé l'histoire. Il en est de même pour tous les «grands classiques», dont le démarrage ou l'idée provient d'autres auteurs.

Quant à la parodie «Pinockenstein», par allusion à Frankenstein, où Gotlib met en parallèle deux histoires où un homme veut créer en dehors des voies naturelles un être vivant et humain autant que faire se peut, on y trouve aussi bien des éléments de la première version de Collodi, quand le personnage raté finit dans le «cabinet noir de monsieur Jean-Henri», que du long métrage, lorsque l'auteur conclut en remettant à l'ordre du jour la célèbre trame, s'arrêtant aussitôt : «La suite, vous la connaissez». Sa parodie apparaît donc comme une incise ou un épisode inutile omis par la suite.

Le voyage dans le temps

La SF affectionne l'idée de base du voyage dans le temps. Elle ne prend pas toujours en considération l'idée selon laquelle un voyageur qui se retrouverait dans le passé modifierait par n'importe quelle intervention le cours du futur, donc également de son propre présent. Aidez un pauvre hère à convaincre une femme de l'épouser, et vous empêcherez l'arrière grand-père de votre grand-mère d'épouser cette femme et de fil en aiguille de vous engendrer. Le premier auteur ayant envisagé ce problème à ma connaissance est Gotlib. Un voyageur du temps rencontre sa propre mère sans la reconnaître et l'épouse. Une première réflexion fait dire à l'auteur que cet homme devient alors son propre père, avant de renoncer puisque le père de cet individu ne peut être une autre personne que son propre et véritable père. Donc, le personnage disparaît instantanément et l'auteur conclut par le constat du paradoxe spatiotemporel.

Un épisode captivant de la quatrième dimension – de «Westinghouse Desilu Playhouse», «une histoire écrite par Rod Serling» – décrit un homme qui consulte un psychiatre parce qu'un rêve récurrent lui semble trop réel. Il explique qu'il se réveille (dans son rêve) dix-sept ans plus tôt à Honolulu, et qu'il comprend avec effroi qu'il se trouve à la veille de l'attaque japonaise de Pearl Harbour. Il sympathise au bar avec un jeune couple dont le mari marin est sur l'Arizona, un bateau qui doit sombrer le lendemain. Il tente de le sauver, de le prévenir, mais n'y parvient pas. Le psychiatre, bien que très intrigué, tente un raisonnement : «Si je voyage dans le passé, périe dans un accident, alors la vie s'arrête et je ne puis me retransposer dans le présent, et du coup ni ma maison, ni ma famille ne peuvent par conséquent exister.» Il en déduit que c'est donc forcément un rêve. Puis le patient sur le divan s'endort, et revit chez le psychiatre et en sa présence le même rêve. Seulement, dans toutes les manifestations précédentes, le rêve s'arrête quand surgissent les avions. Cette fois, il se poursuit et le patient dans son rêve essuie des tirs et meurt. Instantanément, il disparaît du divan. Le praticien contrôle son agenda, et au lieu d'y voir le nom de son patient, il lit : «Aucun patient prévu aujourd'hui». Il se répète son raisonnement, puis descend au café, et reconnaît sur un tableau son patient. Le barman lui répond : «Cet homme est mort pendant l'attaque de Pearl Harbour.»

On assiste donc une fois de plus au même paradoxe.

Il est vrai que l'imaginaire peut s'avérer poignant, passionnant. Chez Gotlib, le voyageur réussit dans son entreprise et disparaît. Dans la 4ème dimension, le voyageur échoue mais disparaît aussi.

Alors, pourquoi, chaque fois qu'une histoire imaginaire m'effleure l'esprit, je me force à garder les pieds sur terre et la laisse se volatiliser? Pourtant, s'évader raisonnablement par la pensée de ce monde rendu illogique et aberrant serait salutaire.  

 Yéochoua Sultan ©

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