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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 10:04

J'aurais voulu être de gauche. C'est un privilège qui vous donne un doux sentiment de souveraineté, de supériorité et de domination pleine d'assurance. Un principe bien connu s'est élevé au rang d'axiome : toute nation aux citoyens majoritairement regroupés sous une identité commune, une religion et une doctrine, voire une couleur de peau, a tendance à opprimer ses minorités et à leur accorder un statut d'infériorité légale pour individus diminués. C'est d'autant plus vrai lorsque ladite nation vient d'obtenir ou de réobtenir son indépendance, l'exaltation ne laissant alors aux minorités dans le meilleur des cas que la possibilité de fuir en laissant tout derrière elles.

Il est une nation différente de toutes les autres nations, ce qui n'est pas nécessairement glorieux pour elle, excepté dans le contexte imaginatif et virtuel d'un prisme déformant ou reformant, d'où la vie est en rose. On a pensé, au moment de son indépendance, qu'elle agirait comme les autres, ayant a fortiori de bien meilleures raisons d'opter pour cette attitude : ayant été persécutée, ayant vécu tout intervalle séparant deux vagues persécutrices dans un sentiment de calme avant la tempête et d'insécurité chez les autres, logiquement elle devrait leur dire : «Allez hop! Du balai! On vous a assez vues et nous ne savons que trop bien à quoi nous attendre de votre part!»

Les minorités qui se trouvaient sur son sol ont d'ailleurs fui le plus loin possible, et elles auraient sans doute montré moins de zèle sans ce catalyseur qui les sommait de partir pour permettre à leurs nations d'origine de procéder à ce que l'on appelle aujourd'hui un nettoyage ethnique non fastidieux et de conquérir le terrain victorieusement. Heureusement pour Israël – pour la nommer – ça n'a pas marché, sans quoi le génocide interrompu dans l'Allemagne de l'exil eût été prolongé jusqu'à la patrie multimillénaire de ses citoyens, patrie connue en traduction étrangère sous l'appellation de Palestine.

Les dites minorités se sont doublement trompées, pour le plus grand bien, qu'elles l'aient voulu ou non, d'Israël. La population s'étant déplacée de son plein gré a permis au terrain de ne pas être ingérable, contrairement à ce qui se produisit dix-neuf ans plus tard, quand elle avait appris à ne plus craindre cette nation décidément pas comme les autres, d'une part ; et ses tuteurs environnant n'ont pas déferlé sur le pays d'Israël pour parachever le génocide et les y ramener conquérants, d'autre part. De toute façon, ceux qui avaient conservé des clés pour les réutiliser en les transmettant à leurs rejetons de génération en génération, s'imaginant peut-être qu'ils allaient développer artificiellement une diaspora qui allait concurrencer le peuple juif, alors qu'ils ne se distinguaient ni par leur D., ni par leur langue ni par leur écriture et encore moins par leur attachement à ladite terre, savaient très bien qu'elles n'étaient que symboliques et ne correspondaient à aucune serrure réelle.

Revenons à la nation ayant fraîchement récupérer son indépendance, après plus de mille neuf cents ans. Le sentiment de confiance en soi, de certitude dominatrice, pour faire un clin d'œil à l'expression formulée par un ex animateur radio londonien mondialement connu, allait faire entrer Israël dans la mentalité des beaux princes. Elle est bien entendu sans rapport avec le monde tangible, mais elle est tellement agréable. Pauvre minorité pas gâtée par la nature ou par la vie, qui se retrouve ainsi à la  merci d'une nation tout juste reconstituée. Allons, faisons preuve envers eux de la plus grande bienveillance. Ils ont voulu nous anéantir, soit. Alors, montrons-leur qu'ils n'avaient absolument aucune raison de nous en vouloir. Admettons-les dans nos hôpitaux, nos universités et nos villes, construisons-en leur là où la minorité est majoritaire, sortons-les de la pauvreté, car il est bien connu que seules la pauvreté et les brimades leur donnent cette rancœur que nous pourrions prendre à tort pour une haine viscérale et irrationnelle. Allons même jusqu'à les favoriser, à leur faire passer par exemple des examens plus faciles que ceux des Juifs s'ils veulent être médecins ou pharmaciens. C'est peut-être terriblement injuste, discriminatoire, aussi bien pour nos frères qui devront en souffrir, que pour les patients qui seront pris en main par des compétences moins professionnelles, et par des médecins parfois cruels qui s'amuseront à appuyer sur le ventre d'enfants juifs souffrant de l'appendicite par exemple, en retardant leur transfert du centre des urgences à l'hôpital compétent, et en appuyant bien plus de fois qu'il n'en faut sur le ventre des pauvres patients, pour se délecter de la douleur qui suit le moment où la pression de la main se relâche au bas de l'abdomen… Mais que faire, la fin justifie les moyens, et puisque la paix est au bout du tunnel, elle vaut bien maints sacrifices et petites injustices.

D'accord, on a un peu trop forcé sur la dose avec les sacrifiés de la paix, mais il ne faut pas perdre de vue que le principal, c'est de savoir que nous ne sommes plus dispersés dans le monde entier sous la forme de minorités au destin précaire, c'est de savoir que les dominants, maintenant, c'est nous. Et nous ferons tous les efforts possibles pour que la minorité hostile parce qu'inquiète se détende et nous embrasse la main. D'ailleurs, chaque fois qu'elle s'emballe et croit devoir s'identifier à nos ennemis, elle se calme assez vite. Les fêtards qui jubilaient sur les toits à l'approche des scuds irakiens sont vite redescendus[1].

Je sais, ce gauchisme si délectable de bon prince risque de s'éroder, de perdre sa crédibilité, de ne plus être plausible. Donc, toute attaque à connotation raciste et antisémite devra être niée en tant que telle. Comment oserions-nous seulement imaginer que l'antisémitisme pourrait nous poursuivre jusque dans nos murs et campagnes égorger fils et compagnes? Serions-nous une minorité juive persécutée à l'intérieur des frontières de notre propre pays? Oh que non! Nous savons bien que nous pourrions en quelques heures nous débarrasser de tout cet antisémitisme en quelques heures, sans qu'il ne reste le moindre vestige ou souvenir de la population qui le cultive et le véhicule. Il est envisageable également que nous ferions alors d'une pierre deux coups, puisque la pression internationale qui se sert de la présence de ces minorités sur notre sol pour exiger un changement d'orientation et de désignation nationale à même notre terre n'aurait plus de raison d'être, mais c'est là un défi de plus qu'il nous faut moralement relever.

De l'antisémitisme? Ici? En Israël? Allons, du calme. Non! Il s'agit de relents de nationalisme. Certains minoritaires s'imaginent encore que les pays catalyseurs de la fuite de leurs congénères ancestraux en 48 pourraient venir leur faire un pays. Ils n'ont donc aucun racisme ni antisémitisme dans leur position, mais juste une motivation politique d'aspiration nationaliste. Qu'on se le dise et gare à celui qui oserait prétendre le contraire! On ne le répète pas assez : il ne peut pas y avoir d'antisémitisme puisque nous sommes majoritaires et qu'ils sont en minorité. Et on ne répète pas assez non plus que si on veut, eh ben on a une des meilleures armées du monde et on peut les anéantir avant qu'ils n'aient le temps de dire ouf. L'antisémitisme, c'est autre chose. Tout le monde le sait. L'antisémitisme, c'est quand on est une minorité juive dans un pays majoritairement autre chose, à la merci du souverain et de l'homme de la rue.

Autrement, quand vous vous faites vacciner, n'introduisez-vous pas volontairement le microbe atténué, donc minoritaire, dans votre organisme? Et n'est-ce pas là le meilleur moyen de vous défendre contre lui?

Et puis, une telle catégorie d'individu ne peut être raciste. Ce qu'elle peut être, par contre, c'est jalouse de notre supériorité. C'est exactement la même chose si on extrapole pour l'Europe : un quidam foncé ne peut pas être raciste contre un clair, puisque le clair lui est par définition supérieur. Axiome gauchiste : on ne peut être raciste que vis-à-vis d'une catégorie qui vous est inférieure. Or, ce n'est pas le cas. Et si le foncé insiste, ou celui qui se réclame du groupe des foncés insiste et tue un clair, ça relève alors de la psychiatrie, du déséquilibre mental, car un clair vaut deux foncés si ce n'est plus, comme en musique, et celui-ci ne peut donc pas être raciste. Quant aux autres candidats aux tueries aveugles, avant qu'ils ne sombrent dans la démence, c'est à nous de faire des efforts et des gestes de bonne volonté pour qu'ils comprennent à quel point on n'est pas comme eux – autre principe entre parenthèses du gauchisme : le gauchiste appartient à une caste supérieure et ne consent l'égalité que par pitié – et à quel point ça vaut vraiment le coup pour eux d'être sous notre souveraineté.

Et je sais que c'est très cher, tellement cher que je conseille vivement à tous ceux de mon bord qui ne sont pas d'accord avec moi à se méfier de mes étiquettes. Je n'admettrai aucun dialogue, ne tolèrerai aucune contestation. Soit vous êtes d'accord avec moi, soit vous êtes racistes, primitifs, intégristes, et j'en passe. Et si vous venez mettre vos commentaires sous mes prises de positions souvent masquées par une photo idyllique d'égalité ayant gommé les frontières entre les peuples, vous avez intérêt à faire le beau. Car le raciste, c'est vous. Et ne venez pas me soumettre la liste des attentats perpétrés contre des Juifs en Israël. Ça ne m'intéresse pas, et mon système est bien rodé, et comme rien ne vaut un bon bourrage de crâne, répétez sans relâche : il ne peut pas y avoir d'antisémitisme dans un pays majoritairement juif où les Juifs sont aux commandes. D'ailleurs, le gauchisme des bons princes peut se vanter de ses résultats : ce n'est que récemment que tous les panneaux de signalisation sont rédigés aussi en arabe, et désolé si ce qui vous sauvait d'une confusion entre Ramla et Ramallah, c'était précisément cette dernière langue dont l'usage restreint faisait qu'on se sentait mal rien qu'en en voyant les lettres. Maintenant, l'arabe vous montre la route de tous les endroits, même sécurisants car habités par des Israéliens… euh juifs. Même à l'aéroport Ben-Gourion, les panneaux sont en arabe. Quel beau geste de beaux princes!

Voilà pourquoi je veux être de gauche. Que c'est bon d'être de gauche!

De toute façon, je ne peux pas changer d'avis. Je ne pourrais pas reconnaître qu'un attentat nationaliste où des bébés israéliens sont assassinés dans leur sommeil chez eux un vendredi soir ou des parents exécutés à bout portant en présence ou non de leurs enfants, en Samarie ou à Barkan, par exemple, soit de la même nature profonde qu'un attentat antisémite perpétré dans une école juive à Toulouse où un père et ses deux enfants sont assassinés ainsi qu'une petite fille. Je ne pourrais me dire que des nébuleuses antisémites produisent chaque jour leur cortège d'assassins assoiffés de sang juif parce que nous n'avons pas eu la force ou le courage d'éloigner ces nébuleuses. Non, une fois encore, l'antisémitisme, c'est ailleurs. C'est en France, par exemple, là où, nous l'avons dit, les Juifs vivent en minorité noyée dans une majorité d'autre chose. Et la France ne peut me renvoyer l'ascenseur en me disant que les attentats perpétrés sur son sol seraient eux aussi nationalistes car ils s'attaquent par extension à des membres de la nation d'Israël dans son ensemble.

Et si je le reconnaissais? Mais ce serait terrible! D'abord je devrais redescendre de mon piédestal de beau prince tolérant et généreux… Et il faudrait alors que je fasse de la discrimination contre les antisémites! Que je les expulse du pays! Mais ce serait l'étranglement à l'échelle mondiale! Et je ne puis vivre en autarcie! Plus d'exportations ni importations! Plus d'échanges! Je me tue déjà à prendre tous les jours des claques que je suis content de me prendre parce que ça prouve que j'ai réussi à prouver que je ne suis pas méchant et qu'il ne faut pas avoir peur de moi. Je suis inoffensif! Je ne fais pas aux minorités ce que les autres m'ont fait quand j'étais moi-même minoritaire! Non, le beau prince, maintenant, c'est moi, et il n'est pas question que je renonce à ce statut!

A moins que… Et si j'allais voir un peu du côté de la Tunisie. Aujourd'hui encore, elle passe pour un pays modéré, tolérant, ouvert, favorable aux Juifs, avec Bourguiba qui les aimait à première vue, qui envoyait systématiquement les forces de l'ordre… d'accord, après les émeutes et le saccage, mais il ne faut pas voir que le mal. Quoi qu'il en soit, lui et son pays sont quand même parvenus à faire en sorte, ou à laisser faire en sorte que la population juive qui ne comptait pas moins de cent mille âmes, au lieu de devenir un bon million en quelques décennies, est descendue en à peine plus d'un demi-siècle sous la barre des 0.0001 % de  la population globale. Comment faire, en Israël, inversement, pour que la minorité exigeante, injurieuse et menaçante jusque depuis notre Knesset où ses élus s'étranglent de haine, tombe sous la barre des 0.0001% ? Et comment conserver l'image d'un pays aimant et fier de son multiculturalisme, en leur laissant organiser une fois par an un pèlerinage dans un lieu décentré, qui attirerait beaucoup de caméras et mille figurants qui déguerpiraient en moins de soixante-douze heures?

En attendant, qu'il est bon d'être de gauche…

© Yéochoua Sultan

 

 

 

[1] Cf. David Lévy lors de la première guerre du Golfe.

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