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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 22:03

Le président américain a rendu la politesse au Premier ministre israélien, qui lui avait rendu visite peu après son investiture. Il s'est donc déplacé pour le cinquantième anniversaire de la libération et réunification de Jérusalem. Le pays victorieux malgré lui, étonné littéralement, se souvient encore de l'impossibilité de se rendre au Cotel dix-neuf années durant, et cet étonnement fait suite à une résignation aussi tenace qu'a pu l'être l'enlisement dans un exil qui a vu des centaines de générations du peuple juif prier «l'an prochain à Jérusalem», nées et disparues sans mériter d'en vivre la réalisation.

L'acuité du texte des Psaumes connait cette acceptation d'une attente tellement longue que son aboutissement en devient difficile à concevoir quand il devient réalité : «Lors du retour de Sion, nous serions comme en plein rêve.» Le basculement de l'attente prophétique à sa réalisation produit un effet neutralisant qui hébète le miraculé, et l'empêche de l'appréhender de ses sens et de son bon sens.

Et c'est ce jour qu'a précisément choisi le nouveau président américain pour non seulement visiter le plus officiellement possible en Israël, mais également pour se rendre en pèlerinage au Mur Occidental, au cœur de la capitale éternelle, et s'y recueillir. Certes, la date hébraïque de ce retour, attendu et inattendu, de la souveraineté, le 28 yar, est pour ce soir. Cependant, sachant que la présence officielle de cet hôte de marque provoque immanquablement des limitations de la circulation, le président américain n'a probablement pas voulu être la cause d'un paradoxe ironique qui aurait vu les Juifs se faire interdire l'accès au Mur Occidental le jour J, comme au cours des années de la mainmise de cet Etat surgi de nulle part et basé sur le rive orientale du Jourdain, où il ne fut pas même question d'effectuer le moindre pèlerinage, pas même par petits groupes ou en temps chronométré.

Cette visite officielle est une première, et tout porte à penser qu'elle confirme la ligne électorale de Trump, en dépit de démentis, ou d'incohérences réelles ou apparentes de ses gestes et prises de position. S'il n'a rien promis au terroriste Abbas, si les observateurs de l'entretien en Amérique entre le président américain et le successeur direct du sinistre Arafat ont relevé qu'il n'a eu droit qu'à des honneurs mitigés, il n'en demeure pas moins que le commanditaire des massacres de Munich et de Ma'alot n'a été ni arrêté, ni même refoulé à la frontière. D'un autre côté, le président américain a commencé son périple en passant par l'Arabie, première au hit-parade des coupeurs de têtes.

Il est vrai que, contrairement à son prédécesseur, il n'a pas démarré son périple à l'étranger avec une courbette de soumission à un chef ou représentant d'organisation intégriste, puisqu'il a exhorté les dirigeants des pays musulmans à se démarquer du terrorisme, mais au regard des contrats du montant fabuleux de trois cent cinquante mille milliards de dollars, on peut se dire que l'homme d'affaires a pris le pas sur l'homme des principes humanitaires, à la différence près, et pour le plus grand bien de son pays, qu'il traite aujourd'hui non plus pour son compte personnel mais pour celui de ce conglomérat d'Etats dont il est le chef désormais.

Le caractère de sa sortie est loin d'être dichotomique. Il n'est pas allé en Iran, il dénonce le terrorisme qui frappe notamment l'Europe, mais il n'est pas dupe, et ce ne sont pas de vains mots que de conseiller aux Etats arabes de se démarquer de l'Etat islamique et ressemblants. Par contre, les pratiques de l'Arabie, dont entre autres l'avilissement des femmes, n'ont pas fait l'objet de critiques.

Quant à l'ordre des pays visités, quand Israël passe après l'Arabie, ce pays se serait étranglé de la persistance rétinienne de l'image d'un président américain non seulement en Israël mais de surcroît au Cotel. Il est donc aisé de saisir les motivations qui ont fixé les étapes du parcours.

Pour revenir à sa relation avec Israël, il n'en demeure pas moins que la considération positive de la réunification de Jérusalem s'accorde mal avec une visite chez un multi négationniste, «docteur» es négation de la Shoah, mais surtout, dans la configuration politique actuelle, négateur de Sion, dans sa dimension qui rattache ce lieu au peuple d'Israël. D'un autre côté, il lui a dit ses quatre vérités en face.

Il y a lieu de présumer que la clé de l'énigme de ces démarches contradictoires remonte à la première rencontre au sommet évoquée plus haut. Elle s'est tenue, rappelons-nous, à huis-clos. Seules les images princières ont capté l'attention. Or nous savons que Netanyahou continue de trahir les principes du Likoud et a adopté la solution dite des «deux Etats», sortie tout droit de l'école de l'extrême gauche, mais a priori édulcorée, avec interdiction imposée à l'entité terroriste de posséder une armée lourde, et obligation de reconnaître le droit de l'identification du peuple juif à son Etat, mais il s'agit tout au plus des mesures sécuritaires qui ne sont pas sans rappeler le «sport» du lâché de vaches landaises aux cornes limées censées prévenir les risques encourus par la foule.

Objectivement – et c'est ainsi que le perçoivent les nations – l'histoire du retour d'Israël s'est produite en deux étapes, respectivement marquées par les guerres d'Indépendance et des Six jours, où ce qui n'a pu être inclus dans les frontières en 48 l'a été en 67. Cette dernière n'a fait que reprendre, mais avec succès, la tentative ratée de conquérir la région allant de Latroune à la région de Bet-El, qui devait assurer les coudées franches à Jérusalem du côté Nord, mais avortée en 48.

Pourtant, la position officielle des dirigeants israéliens a été depuis pour le moins surprenante. Au lieu de se dire «enfin!», quand les échecs et les défaites ont été si prodigieusement réparés, il a été affirmé que le cœur historique et religieux du pays servirait de monnaie d'échange contre une reconnaissance de l'existence d'Israël par le monde arabe environnant.

On assiste alors à une terrible rechute, à un retour inouï de la mentalité d'exil, de cette manie de s'excuser d'exister, de se sentir coupable de prendre trop de place. Et cette mentalité est transmise religieusement de génération en génération, lorsque l'on voit des jeunes cadres politiques, qui vivent pourtant dans un pays où personne ne se sent contraint de sortir sans kippa dans la rue ou sans taleth, ou de réfléchir à deux fois avant d'aller à la synagogue, continuer à vivre comme si le Juif était par définition apatride, ou comme s'il avait tout au plus le droit de se confiner dans une zone géographique entourée d'un mur.

Avec son programme à deux Etats, qu'il rabâche à en radoter, Netanyahou rend perplexes des dirigeants bien intentionnés qui pour finir ne se montreront pas plus royalistes que le roi. Et si le roi d'Israël est tellement submergé et subjugué, et se noie dans les complexes d'insignifiance, ce n'est pas le roi des Nations qui lui dira : «Bibi, c'est toi là-bas dans le noir? ». Ce n'est pas lui qui l'encouragera, ou fera tout pour qu'il reprenne confiance, qu'il sorte son mental de l'ombre, qu'il réagisse à la hauteur de la Rédemption dont son peuple est l'objet.

Le texte, dans le livre des Psaumes, suggère que le retour d'Israël sera dans un premier temps tangible vu du dehors : D. «a fait de grandes choses pour ces gens» apparait au verset 3 du psaume 126, avant «Oui, l'Eternel a fait de grandes choses à notre égard», de «ces gens» à «notre égard», l'on passe d'une considération extrinsèque à intrinsèque. Mais quel doit être le laps de temps qui fera que la classe dirigeante israélienne reconnaitra à son tour ces «grandes choses»?

Les informations se contredisent, se succèdent en zigzaguant. Un jour Trump reconnaît à Israël son droit de s'établir partout sur sa terre ; un autre, on nous dit qu'il a demandé de mettre un bémol à la construction ; un autre encore qu'il n'a aucune intention d'exiger d'Israël un quelconque gel de la construction venant étouffer l'expansion saine et naturelle des localités bibliques ressuscitées. Ces informations cessent d'être contradictoires et s'inscrivent dans une suite logique si l'on en dégage la cohérence : «Construisez où vous voulez, mais ne venez pas nous en faire part à tout instant. Prenez vos responsabilités, ne mêlez pas l'Amérique à vos projets ou autres affaires intérieures».

Le problème, c'est que Netanyahou lève timidement le doigt, avec l'espoir de cet élève timide de ne pas être remarqué par son instit, ce qui le dispenserait de toute initiative. «Ben voilà, j'ai levé le doigt, mais on ne l'a pas vu».

Nous avons vu récemment comment des Juifs sont expulsés et leurs maisons détruites, «vous prendrez la fuite sans poursuivants » (Lévitique 26, 17). Et une crainte indicible vient nous faire pressentir un possible traitement discriminatoire envers les Juifs de Judée-Samarie, sans que les non-Juifs ne l'exigent, comme si le Premier ministre, ayant tendu son bâton au dirigeant de la grande puissance, ne supporte pas de ne pas recevoir de coups.

«Mais enfin, semble se dire perplexe l'hôte américain, je suis venu partager avec vous votre joie, la joie de votre rédemption et de la réunification de votre capitale éternelle – c'est pourtant bien comme ça que vous l'appelez – qui s'inscrit dans l'histoire de votre indépendance, et vous êtes en train de me dire que vous vous obstineriez à considérer votre patrie comme une monnaie d'échange que personne ne veut acheter? Seriez-vous rentrés d'un exil de 1948 années révolues pour y retourner de votre plein gré?»

A nouveau Netanyahou applique à la lettre les malédictions de la section hebdomadaire Behoukotaï – si vous observez mes lois – lorsqu'il supplie les ennemis d'une part puis un président américain enfin bien disposé d'autre part, de lui acheter son plan des «deux Etats» : «… par le son de la feuille qui bruisse… ils tomberont sans qu'on ne les poursuive… Et ils trébucheront l'un sur l'autre comme à la vue de l'épée, sans que personne ne les poursuive» (Lévitique 26, 36-37). Car il est bien évident que renoncer à sa terre n'est pas seulement un déni de sa propre identité, mais également, sur le plan des circonstances, la répétition en macroscopie de l'expérience du «retrait de Gaza». Netanyahou s'avoue vaincu sans combattre, se conformant religieusement à un passage de l'autre section biblique des conséquences de la non-observance : «Vous chercherez à vous vendre à vos ennemis… mais personne ne sera acquéreur» (Deutéronome, 29, 68). Personne ne veut acheter la solution à deux Etats, mais Netanyahou continue de faire baisser le prix.

L'homme d'affaire pourrait bien se réveiller à nouveau, et puisque dans ce monde tout s'achète ou se vend, il pourrait bien se proposer comme courtier, si ce n'est pas trop cher.

Il convient de ne pas dénigrer tout être humain qui peut être la bonne personne au bon moment. Il ne sied pas de mépriser les forces et capacités terrestres, mais il faut, tout en sachant apprécier les bonnes personnes et les bons outils, ne pas perdre de vue que c'est D. qui «t'a donné cette force pour décrocher la victoire», sans entrer en conflit avec la pensée: «tu te diras en ton cœur : c'est ma force et la puissance de ma main qui m'ont apporté cette victoire». On apprécie le soleil qui nous fournit la chaleur, la lumière et permet à la chaîne alimentaire d'exister par la photosynthèse, mais il ne faut pas oublier que c'est l'Eternel qui «crée la lumière et les ténèbres». Le soleil n'est pas un dieu mais une créature que l'Eternel a mise à la disposition du reste de sa création.

Nos prières, en ce jour de réunification de Jérusalem, en ce jubilée de l'extraordinaire préservation de l'anéantissement, seront adressées à D., à qui nous demanderons aussi de placer de bonnes intentions dans le cœur des hommes.

Yéochoua Sultan ©

 

 

 

 

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