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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 15:50
Big Ben en impose à la Mecque

Ce qui est arrivé au premier lieu de culte de l'islam ne serait pas arrivé chez nous. Dans leurs inspirations judaïques, comme l'interdiction de manger du porc, ou l'importance du pèlerinage, ou encore se couvrir la tête, ils n'ont pas jugé utile de «récupérer» le principe qui met en valeur le lieu de prière et lui accorde une place privilégiée, c'est-à-dire le lieu le plus élevé de la ville. Cette injonction est observée dès que les conditions le permettent, et notamment lorsqu'un plan d'occupation des sols peut être organisé a priori. Tout élément qui paraîtra plus important, imposant, luxueux, fera immanquablement de l'ombre et diminuera le prestige de la maison de D.

La grandeur et la splendeur peuvent être relativisées. Ce principe fonctionne à tous les niveaux, à commencer par le domaine le plus trivial qui soit, celui de la promotion commerciale. Illustrons ce phénomène par un exemple. Si vous avez trois modèles de tubes de dentifrice, de tailles différentes, leur volume absolu compte peu. Vous aurez systématiquement le petit modèle, le moyen modèle et le grand modèle. Le plus grand sera bien entendu le plus important et le plus à même d'inspirer le respect. Avec la dévaluation de la valeur des mots, on nous a habitués à ce que ce dernier modèle devienne le modèle géant. A présent, si vous apportez un autre tube qui contienne le double du géant, ce dernier sera amoindri, et il deviendra ridicule de continuer à le qualifier de modèle géant.

Dans le même ordre d'idée, la tour la plus haute du Moyen-Orient pouvait jusqu'à il y a un certain nombre d'années se contenter de ne mesurer que trois cents mètres. Aujourd'hui, plus personne ne s'en préoccupe, car Dubaï a surenchéri avec sa tour Burj Kha qui trône à plus de huit cents mètres.

Nous voyons venir l'objection suivante, qui consiste à opposer à cette considération que le mont Sinaï, choisi pour le don de la Torah, est loin d'être le plus haut du monde. Est-ce à dire que le Mont Blanc, qui culminait à 4807 m en 1978 et autres Everest n'existaient pas à l'époque, en l'an 2448 de notre ère, ou que les connaissances étaient trop limitées pour en avoir pris connaissance ? Le Midrash solutionne cette énigme, et met en avant le fait que de la même façon qu'il faut être humble pour mériter d'être un homme de Torah, la montagne la plus humble méritait d'être sélectionnée pour son arrivée en ce monde.

Mais revenons à notre considération de la relativité de cette notion qu'est la grandeur. Comme d'aucuns aiment à le dire, tout est relatif. Dans certains milieux, une concurrence s'établit entre voisins, ou entre collègues ou homologues. Ce sera à qui aura la plus belle voiture ou la plus somptueuse villa. La maison de 400 m2 fera pâle figure quand le voisin s'en fera bâtir une de 500 m2, qui a son tour ne sera plus admiré quand un autre aura construit un palace de plus de 1000 m2, et ainsi de suite. Saviez-vous qu'en Israël, jusqu'à il y a une vingtaine d'années, les deux derniers chiffres de la plaque minéralogique représentaient la date de production du véhicule? Les autorités ont dû modifier le système de numérotation, forts du constat des déboires économiques provoqués par la course à la voiture la plus neuve.

La supériorité topographique, donc, est reconnue auprès de nombre de nations et sociétés. Dans les pays musulmans où la discrimination fait loi, du statut euphémique de protégés, les Juifs n'avaient pas le droit de construire des lieux de culte qui soient plus hauts que ceux des musulmans.

Tout récemment, un auteur musulman a attiré mon attention. Il accuse les autorités saoudiennes d'avoir détruit maints lieux saints de l'islam autour de la Mecque, motivées par le lucre, pour y installer des hôtels et autres centres commerciaux. Il passe ainsi en revue un certain nombre de mausolées et de lieux de prière effacées par une autorité musulmane qui montre peut-être ainsi le peu de cas qu'elle fait de ses propres convictions religieuses. Mais à la vue de la photo que cet auteur a affichée pour appuyer le propos de son article, mon incrédulité m'a poussé à me lancer dans une recherche simple sur le Net. Des documents et photos de maintes provenances confirment le gigantisme des travaux.

Mais le plus frappant, ce n'est pas que d'autres hauts lieux aient été effacés, ce que le profane ne peut déceler sans en avoir été préalablement informé. Ce qui saute aux yeux, c'est le rapetissement du site de la Kaaba rendu lilliputien, non pas en raison d'une mosquée encore plus imposante qui aurait été bâtie à ses côtés, mais d'une horloge pour le moins incongrue. Son gigantisme rend tout ce qui se tient dans ses parages minuscule, au grand dam des millions de pèlerins attirés chaque année par le site.

Un hadj me dirait peut-être que cet effet n'est flagrant que sur des prises de vue, mais que sur place rien n'y paraît. Je lui répondrais hypothétiquement que le totalitarisme du pays des réducteurs de tête – dont l'un des métiers prometteurs et proposant le plus de débouchés est le métier de bourreau – m'interdit de mettre le pied sur ce sol. Certes, le venin de ce type d'anathème n'atteint pas la blanche colombe – aucun regret de ne pas pouvoir chronométrer mes révolutions en me repérant sur la grande horloge – et il se peut bien que le hadj soit certainement capable de se concentrer exclusivement sur son pèlerinage et ses incantations, mais bien entendu aussi sur sa marche pour ne pas faire un faux pas fatal dans ce sens giratoire obligatoire où toute embrouille de rythme ne pardonne pas.

On pourrait aussi alléguer que l'Arabie a fait un grand pas en avant, et que le Big Ben anglais, avec ses 96 mètres de longueur, fait figure de modèle de poche au regard de leur méga horloge de 600 et quelques mètres. Ne voilà-t-il pas qu'elle a réalisé une prouesse architecturale dans le gigantisme ? Mais ce qui a été diminué consiste-t-il vraiment dans l'horloge londonienne ? Pas nécessairement.

Il se pourrait peut-être en revanche que l'Empire du soleil levant, bien qu'ayant fortement décliné dès le début du vingtième siècle de l'ère vulgaire, pour ne plus être appelé Empire, pas même du soleil couchant, n'ait rien perdu de son prestige ni de l'impression qu'il faisait et fait encore sur des contrées il fut un temps sous sa tutelle. Et c'est cette admiration du modèle occidental qui a subjugué le pouvoir saoudien à un tel point que ce qui vaut la peine d'être grandi à l'infini, ne soit autre que cette horloge anglaise gigantesque.

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