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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 23:21
Dam Hamakabim est le nom de cette plante, symbole proche du plateau d'argent moderne d'Alterman
Dam Hamakabim est le nom de cette plante, symbole proche du plateau d'argent moderne d'Alterman

1 En Europe

La société européenne, malgré ses valeurs, souffre d'une faille considérable qui, en dépit de l'amélioration de la condition humaine, peut remettre en question jusqu'à son existence. L'exploitation de la science et son application au secours du genre humain et de sa dignité, par les progrès de la médecine, de l'hygiène sur le plan surtout pratique (comment vivaient les sociétés sans eau courante ni sanitaires, quand bien même eussent-ils souhaité se préserver des microbes et maladies), de la technologie, des transports et ainsi de suite, se passe bien trop souvent d'une base identitaire ou d'un idéal moral bien défini pourtant vitale.

Le confort, que l'on veut relativiser moralement, attire des étrangers venant d'autres horizons et bienheureux de quitter leurs pays pour en trouver d'autres où il fait bon vivre, où le salaire est garanti par des lois sociales, et où, en l'absence d'un travail, on n'est pas pour autant réduit à la mendicité ou à une pauvreté dont l'issue est souvent fatale. Or, ce confort, que l'on juge trop rapidement matérialiste et dépourvu d'âme, est le résultat d'une recherche du bien pour servir l'être humain en général, sans oublier personne et sans se limiter, comme jadis ou ailleurs, à une classe de nantis, d'êtres désignés exclusivement pour vivre correctement. Seulement, les nouveaux arrivants, ou certains d'entre eux, loin de se montrer reconnaissants envers la civilisation qui les accueille, apportent avec eux le bagage de leur souffrance, la perception archaïque des pays totalitaires qu'ils ont quittés, et remettent en cause avec ce bagage et cette perception la liberté et la tolérance de pays ouverts et développés qui leur ont autorisé l'accès à leur sol et à leur culture.

Le nouveau venu, en obtenant une carte de séjour ou, mieux, la nationalité, aura les mêmes droits que les habitants qui peuplent son environnement. Il aura accès à l'instruction, l'égalité sur le marché du travail, la possibilité de recevoir un logement fonctionnel et confortable. Si son culte est différent de celui du pays d'accueil, il jouira également de la liberté de religion, mise sur le même plan que la liberté d'opinion. Or, les principes inhérents à sa religion seront ceux des dictatures d'où il vient, et il se mettra paradoxalement à lutter pour étouffer la liberté au nom de la liberté d'exprimer son opinion liberticide. Avec le nombre, il pourra faire admettre certains principes, par le jeu de la démocratie, mais, s'il réussit, il poursuivra les natifs de la civilisation qu'il remplace, avant de rendre le pays conquis semblable en tous points au pays d'où il est parti.

Et au nom des mêmes principes qui ont étouffé l'Europe pendant le Moyen-âge, la liberté d'expression et la recherche médicale et scientifique seront prohibées pour cause de sacrilège, au nom d'une morale tueuse. Si, auparavant, les étrangers changeaient et s'adaptaient à leurs nouvelles langues et cultures, ceux d'aujourd'hui aspirent à faire changer les autres. Leur nouvelle patrie sombrera alors, si on les laisse faire, dans la misère et le non droit de l'homme, et il leur faudra, après avoir instauré et imposé le désert et la misère, s'attaquer à d'autres pays libres, s'il en reste, en leur imposant encore et toujours le caractère dictatorial dans lequel ils ont trempé avant de chercher fortune ailleurs. Pourtant, ces pays, s'ils semblent riches, c'est qu'ils ont établi comme susdit, au prix de luttes sans merci contre les inégalités, des lois sociales destinées à répartir équitablement sinon les ressources du moins les chances, imposant des impôts aux plus aisés pour maintenir un niveau de vie général convenable, contrairement à certains pays aux pare-chocs en or qu'il est inutile de citer ici.

La permissivité prend le pas sur la tolérance, et les pays qui ont en général un demi-millénaire d'avance sur d'autres civilisations ne savent plus réagir à cette ingérence non pas politique d'un Etat étranger, mais sociale de ressortissants qui ont fui ce même type d'Etat. Connaissant le niveau moral, sinon inné du moins acquis de l'Européen, celui qui évolue dans un monde nouveau misera sur la culpabilité. Se référant à l'histoire récente, il assènera des reproches au petit-fils de celui qui colonisa la terre de son grand-père. Cette méthode psychologico affective fonctionne à merveille. L'Européen de bonne foi se sentira coupable pour les fautes de ses pères et redevable envers le descendant de ceux qui ont souffert de l'occupation de ses ancêtres. Le degré de tolérance sera poussé très haut au prix de nombreux sacrifices qui tolèrera une violence prise pour un juste retour des choses et considérée comme une punition désirée moralement par cet ancien colonisateur qui se sentirait malhonnête s'il en réchappait.

Pourtant, un argument, ou plutôt une réaction simple se tait. Pourquoi l'Européen, qui a depuis longtemps décolonisé ces contrées lointaines ne répondrait-il pas, en toute simplicité: «Pourquoi viens-tu ici, si tu ne supportes pas ma présence? Ton pays, le mien te la rendu depuis bien longtemps, et l'a enrichi d'infrastructures qui lui profitent encore aujourd'hui. Si tu préfères vivre ici, c'est que tu regrettes dans le fond la colonisation, que tu préfères un pays dirigé par des Européens. Nostalgique, tu es donc venu t'installer près de moi, sachant que mon pays te permettra de vivre bien mieux que le tien. » Mais l'Européen ne veut pas froisser, ni remettre à sa place cet étranger dont les parents ont tellement souffert de l'occupation européenne. Et il acceptera ce principe de châtiment collectif rejeté par sa justice.

Au mieux, l'Européen rétorquera en haussant les épaules: «Allons donc. Je n'ai aucune responsabilité dans cette affaire. Je suis né bien après, et tu ne vas quand même pas me faire payer pour la faute de mes ancêtres!» Or, cette réponse, qui n'est pas sans évoquer celle de l'agneau de la fable, est mauvaise aussi bien quand on se retient de la donner qu'en la disant. En s'abstenant d'opposer cet argument, on agit sous l'effet du sentiment de culpabilité envers les Juifs qui ont habité l'Europe pendant leur exil et auxquels on a reproché d'avoir tué un personnage rendu célèbre par l'histoire, malgré l'ancienneté du fait reproché. Et pourtant, si on s'aventure à donner cette réponse, on retombe dans la faille de la civilisation occidentale.

Explication: l'homme libre se détache de la tradition de ses pères. De ce fait, lui et l'individu fraichement nationalisé se retrouvent sur un pied d'égalité. La liberté-égalité-fraternité de l'un devient l'égale d'une religion que l'Occident redécouvre péniblement. Si l'un apprécie le bal populaire et la valse musette, l'autre a le droit de s'en offenser. Si chez l'un, la gente féminine peut choisir son cavalier, chez l'autre, qui enferme ses sœurs et ses filles, on peut s'efforcer et forcer les autres d'influer sur ce choix, sous la menace moralisatrice d'accusation au racisme en cas de refus. On peut même se moquer de l'Occident, et le narguer en raillant ses valeurs démocratiques, talon d'Achille qui le conduira, selon ceux qui le haïssent, à sa perte.

Dans la mentalité non-occidentale, la continuité entre père et fils est primordiale, et l'habitude répandue en Occident de ne se définir que par rapport à soi-même est un grand défaut, qui fait naître l'Européen de la dernière pluie pour d'autres cultures, lui retirant la légitimité de son existence dans le continuum des générations. Un autre problème de taille, directement dérivé de ce dernier, est l'ingurgitation mentale de certains rapprochements ; c'est pourquoi il convient de briser l'axiome qui associe le totalitarisme et/ou l'obscurantisme au respect patriarcal et la tolérance à la rupture d'avec ses ancêtres.

Un raccourci historique erroné laisse croire à l'Européen que ses pères étaient des dictateurs sanguinaires dont il est impératif pour lui de se démarquer. En réalité, il pourrait s'identifier à ses ancêtres qui, sous Louis XVI, luttèrent pour l'abolition de la monarchie. Fort de l'héritage de ses pères, il répondrait alors à celui qui tente de réviser ses valeurs: «Ce n'est pas vraiment à moi qu'appartient ce pays. Cette terre appartient avant moi à mes pères. De la même façon que je dois le respect à mes pères qui ont fondé cette civilisation qui t'a attiré ici, et qui fait venir depuis cent ans tous ceux qui admirent le résultat de leurs sacrifices et de leurs combats, tu dois les respecter également. Mes pères se sont battus contre le totalitarisme de la monarchie et de son bras, le clergé, qui considérait toute pensée humaine comme un crime, et je suis prêt à mon tour à me battre contre tout totalitarisme que l'on voudrait m'imposer aujourd'hui et qui voit en ma liberté un crime. Je ne me suis pas affranchi du dogmatisme catholique pour le remplacer par le dogmatisme musulman».

Pareille réaction, fondée sur une philosophie sans faille, remettrait les idées en place et l'arrogance à sa place. Seulement, l'Européen de souche se déresponsabilise, et il se considère comme un touriste, voire un colon, dans son propre pays. À la question: «Que feriez-vous en cas de guerre? », beaucoup répondent qu'ils chercheraient des horizons nouveaux. Mais en restera-t-il si personne ne se donne la peine de se battre pour garantir la paix et la liberté?

(2) Israël n'est pas un pays européen

Cette perception a été exportée vers Israël. Israël n'est pas un pays de colons européens surgi de nulle part, mais la restauration de l'ancienne souveraineté juive détruite par les Romains, les Chrétiens et les Sarazins. En revanche, il adopte et véhicule des valeurs qui ne lui sont pas intrinsèques. Il est différent de l'Arabie, régime totalitaire et inégalitaire, et c'est la raison pour laquelle on le prend pour un pays européen qui n'aurait pas sa place dans un océan de totalitarisme. En Europe, beaucoup transposent cette culpabilité et en font la projection sur Israël, défendant l'hégémonie et la manière de diriger de tant de pays où règnent l'obscurantisme et la misère. Or, ces pays, que bien des Européens défendent, sont la réplique anachronique des régimes les plus sombres de leur propre Moyen-âge, avec une autre religion au niveau de la forme, mais qui prône toujours la mort des «infidèles» en pratiquant largement bastonnades, lapidations et pendaisons chez eux et en menaçant le monde extérieur.

Les Anciens avaient une autre idée de la démocratie. Il ne s'agit pas de l'approuver ou de la condamner, mais de ne pas oublier une autre façon de la concevoir. Les citoyens devaient être distingués des «métèques», qui pouvaient être supérieurs en nombre au peuple dominant (dominus, le maître) sans pouvoir en altérer ou en ébranler le bienfondé.

Or, en Israël, un million et demi de citoyens sont représentés par des partis arabes hostiles à l'Etat d'Israël dont ils critiquent avec virulence la légitimité. Moins d'un pour cent de cette catégorie de la population vote pour des partis de l'éventail traditionnel politique, avec les partis de droite ou de gauche. Personne ne se fait d'idées quant à la direction que prendrait l'Etat Juif au cas où ces minorités deviendraient dominantes, au sujet du sort qui serait réservé aux Juifs. Une décision qui devait rendre inéligibles des partis qui se prononcent ouvertement pour la destruction d'Israël a été invalidée par la Cour suprême. La tolérance d'Israël vis-à-vis de ses minorités hostiles reproduit le danger dont souffrent aujourd'hui les démocraties occidentales, qui, en ce qui les concerne, cachent les véritables chiffres relatifs à la proportion des populations qui en modifient le paysage culturel.

Cette situation marche à sens unique. Jamais il n'y a eu autant de Juifs dans les pays arabes que d'Arabes aujourd'hui en Israël. Avant l'exode massif des populations juives d'Afrique du Nord et d'Orient, on parlait au maximum, tous pays confondus, d'un million de Juifs. Le même phénomène frappe Israël et l'Occident, et de la même façon qu'il est préférable pour un Algérien de vivre en France, les Koweitiens, Jordaniens et autres préfèrent vivre en Israël ou sous l'autonomie placée sous l'autorité du Fatah, pourvu qu'elle ne soit pas trop autonome. Ils n'aiment pas être indépendants, ils préfèrent vivre sous une autre domination. Pareillement, des centaines de familles arabes ont opté pour les quartiers juifs de Jérusalem depuis que s'impose cette prépondérance du régime terroriste dont ils dépendent derrière la barrière de sécurité. Au lieu de reconnaître la réalité de leur propre indépendance qu'ils abhorrent et qui est un cauchemar pour eux, ils se perdent en tergiversations, taxant leurs bienfaiteurs de colons et se sentant tous les droits pour les persécuter, les affublant d'apartheid mais étant incapables d'en citer le moindre exemple.

Là encore, le non-respect des pères est loin d'être négligeable. Que pense le politicien israélien moderne? Il se dit que, il fut un temps, ses lointains ascendants avaient à Jérusalem un Premier et second Temple, mais il moque l'aspiration au Troisième qui, toujours d'après ses pères dont il renie le lien qui le rattache à eux, doit être définitif et garant de la paix universelle. Il considère par la même occasion la terre de toutes les générations d'Israël, que certains, en raison des vicissitudes de l'exil, n'ont pu que chérir de loin, comme une vulgaire marchandise négociable: «Allez hop! Les territoires contre la paix». Il va donc de charybde en scylla, devant des ennemis toujours plus exigeants, une insécurité grandissante et une pression internationale de plus en plus avide et gourmande.

Fermant les yeux sur la charte de l'Organisation dite de Libération de sa terre, il se rend véritablement aveugle, et impose un ordre nouveau complètement coupé de la réalité. Il se retourne contre les siens, ceux qui sont restés fidèles à leurs pères qui sont aussi les siens et chérissent le sable et les pierres de la sépulture des patriarches et du pays de leur héritage, les accusant de tous les échecs et de tous les maux. S'il se montrait plus modeste, plus pragmatique, il dirait: «Cette terre, avant de m'appartenir, appartenait à mes pères et leur appartient toujours, et je n'ai pas le droit d'en disposer pour la remettre à mes ennemis et empêcher mes frères de s'y établir». Et ce serait précisément en respectant ses ancêtres et ses frères, qu'il s'attirerait le respect des autres nations. Et il ne faut pas s'étonner si, lorsqu'il se renie lui-même, les autres le renient. Au lieu de cela, il adopte et développe les mêmes complexes de culpabilité qui nuisent à son modèle occidental, devenant compréhensif envers les crimes perpétrés contre les siens. Pourtant, les sages de son peuple sont formels, et ce n'est pas pour rien que le Talmud a retenu le principe suivant: «Si les premières générations étaient semblables à des anges, nous sommes comme des hommes. Si elles étaient des hommes, nous sommes des ânes etc. » (Traité Shabbat, 112b).

Le tort des dirigeants dont le sionisme, sans un profond engagement et attachement aux fondations et fondements bibliques et prophétiques, ne peut à la longue que dégénérer sous la forme d'un post-sionisme que seuls une prise de conscience et un retour aux sources, à défaut de la haine isolatrice des pays voisins et des E-U, peuvent réfréner, c'est d'avoir tourné le dos à leur propre culture tout en ayant voulu en préserver la base existentielle, la terre d'Israël, but de la révélation sinaïtique, sans l'essentiel de la relation avec le Créateur. Leur carte d'identité, ou ce qu'il convient de répondre à leurs détracteurs, doit être complétée: «Cette terre, avant d'être mienne, appartenait et appartient toujours à mes pères, et elle leur a été remise par D. qui n'a jamais cessé d'y maintenant son acte de propriété. Il nous la donne, au présent, ça veut dire qu'Il est toujours en train de nous la donner».

Car les ennemis le sentent bien, ce don de la terre d'Israël et de la Torah est au-dessus du temps, et il concerne toutes les générations qui défilent et se mettent en mouvement le long de l'axe de ce temps, mais qui sont profondément simultanées, les instants se superposant les uns les autres pour donner une réalité indéfectible. Et ils sentent ce retour en l'observant de l'extérieur plus facilement qu'une bonne partie de ceux qui le vivent de l'intérieur, comme en témoigne le texte des Psaumes (126): «Quand l'Eternel ramena les captifs de Sion… "D. a réalisé de grandes œuvres pour ce peuple" (parole des autres nations)… "D. a réalisé de grandes œuvres pour nous" (Parole d'Israël) ». En suivant la progression chronologique du texte, il semble que les nations du monde se rendent compte du rapatriement des exilés avant les exilés eux-mêmes, qui considèrent la naissance d'Israël comme l'œuvre des mains d'humains sans aucune intervention d'en-haut.

Et ceux qui rejettent le sens du judaïsme et de son message géopolitique universel, ne se contentent pas de dénigrer des pratiques individuelles rituelles comme la cacherout ou le shabbat. Ils renient par ce biais ce texte qui qualifie Israël d'un peuple clairvoyant et instruit (Deutéronome IV, 6): «Observez-les et pratiquez-les! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, car lorsqu'ils auront connaissance de toutes ces lois, ils se diront: "Elle ne peut être que sage et intelligente, cette grande nation"». (Traduction dirigée par le GR Zadok Kahn).

Israël doit se ressaisir, et cesser de se prendre pour un pays comme les autres, les pays éclairés et libres, certes, et refaire sienne la dimension de son retour. Alors seulement, il agira à son tour de façon bénéfique envers les peuples qui ont admis le respect du droit et de la vie d'autrui, et qui n'auront, par répercussion, plus honte de défendre des valeurs qu'ils ont mis des siècles à élaborer au prix d'immenses sacrifices. La vocation d'Israël, qui, selon la tradition, doit être un phare pour les nations, n'est pas uniquement un phare qui a suscité les valeurs adoptées par l'éthique morale et sociale de l'Occident, et qui serait désormais éteint, mais le phare fer de lance du dévoilement de la vérité d'un monde qui ne s'est pas créé tout seul comme par enchantement. Le respect des pères fondateurs n'est autre que le respect des fondations et des fondements de la civilisation qui, privée de ses garants, pourrait vite ne plus être seulement bousculée mais basculer dans le néant. Et en attendant, on piétine.

Epilogue

Reprenons à présent la réflexion sur la dialectique de la dégénérescence du noble principe de la tolérance, pour celui qui, vivant dans un pays, brise la chaîne qui le relie à ses pères. Elle est empreinte d'un mélange d'impressions et de sentiments: étonnement davantage condescendant qu'offusqué où s'inscrivent de la permissivité, de l'indifférence puis, pour finir, une accoutumance oisive. Un phénomène, une conception, une idée politique de la vie sociale, s'ils viennent trop brusquement, sont rejetés par le bon sens et la morale. Le visage de l'Europe ne s'est pas changé en un jour. Si, il y a quarante ans, voire trente, on aurait dit à un Français, à un Belge ou un Britannique que certains pans géographiques de son pays allaient lui être totalement interdits, sous peine d'y risquer sa vie, il aurait réfuté cette éventualité, l'aurait trouvée révoltante ou risible. Aujourd'hui, si, d'aventure, il circule dans certaines cités, il se reprochera à lui-même son acte inconsidéré. Le changement, imposé progressivement, comme une corde tendue en douceur, s'est tranquillement et inexorablement imposé dans le paysage.

En Europe, les ressortissants de pays totalitaires ont importé le virus du totalitarisme et de l'intégrisme qu'ils ont, en voulant paradoxalement le fuir, transposé avec eux. Nombreux sont les ex-concitoyens d'intégristes qui souffrent en Europe de leurs voisins venus avec eux plus qu'ils n'en souffraient quand ils vivaient dans leur pays d'origine. Des citoyens algériens vivant en Algérie expliquent, bien plus sur des blogs que dans la presse écrite et largement diffusée, qu'ils sont frappés de constater les effets impressionnants que fait subir ce virus de l'autre côté de la Méditerranée à leurs voisins et proches, et observent un développement grandissant par périodes, à mesure de leurs visites au pays.

En Israël, quand certains précurseurs prévenaient que les députés arabes seraient dans toutes leurs démarches opposés à l'existence même d'Israël, fonctionnant comme une cinquième colonne ou un cheval de Troie, ils étaient montrés du doigt. Rehavam Zéévi avait prévenu que l'acceptation des revendications nationalistes des populations arabes de Judée allait entraîner des émeutes jusque chez les populations arabes israéliennes, et il avait été qualifié d'intransigeant. Pourtant, le terroriste notoire, Fayçal Husseini, qui recevait plus qu'en catimini des chefs d'Etat dans son Orient-House, avait lui-même fait sienne la stratégie dudit cheval ; et les émeutes de ce que les médias ont reconnu sous le nom flatteur de «seconde intifada», ont largement dépassé les limites de la Judée-Samarie et de la bande de Gaza.

La différence a juste consisté en la fermeté qui a permis de ramener le calme en Galilée, fermeté pourtant précaire car vivement critiquée par les médias et de nombreux partis politiques, alors que les violences des banlieues de Jérusalem, de Kfar Saba et de Natanya étaient perçues (c'est-à-dire subies en raison de la présence hostile à Ramallah, Kelkilya ou Toul Karem), malgré leur gravité, avec indulgence.

Mais la fermeté est salutaire bien avant de devenir répressive, à condition que le réveil ne soit pas tardif. Etre suffisamment déterminé pour ne pas distribuer d'armes et de zones de non-droit à des tueurs permet de ne pas avoir à employer la force pour réfréner les attentats inévitables dérivant d'une trop grande ouverture d'esprit.

Bien définir les règles et les limites, garantir un droit juste et non inique, sans hésitations ou tergiversations, garantit la paix de la société et du pays qui l'abrite. Quand le Juif est sûr de son droit, comme de l'acceptation sincère des étrangers, tolérés «tant qu'ils respectent le pays dans lequel ils vivent, ainsi que son caractère juif et démocratique», la paix s'impose d'elle-même. Mais lorsque ce dernier principe que faisaient prévaloir à une certaine époque les partis de gauche, avant de le refiler à la droite pour le remplacer par la doctrine du «pays de tous ses citoyens», certains étant prêts à en effacer le caractère juif, les étrangers en question profitent alors de cette aubaine pour se faire de plus en plus virulents et intolérants. Plus la tolérance des uns augmente, plus l'intransigeance des autres s'affirme. Cette permissivité s'est révélée désastreuse. La Knesset et le ministère de l'Education étaient prêts à «respecter» la sensibilité des minorités, allant jusqu'à leur permettre de remplacer le programme sur l'indépendance d'Israël par une propagande anti-israélienne inculquant un sentiment d'injustice lié à la défaite humiliante des armées arabes auxquels les écoliers se sont identifiés fortement. L'hostilité des minorités et leur mépris de l'Etat s'est renforcé, décevant la profonde reconnaissance escomptée.

Ce faux-pas résulte du concept erroné qui suppose que la gratitude fait écho à l'indulgence et à la compréhension. La Knesset a été obligée de reconnaître son échec: elle a fini par la suite à décréter que les écoles où étudient les Arabes israéliens allaient devoir inclure la Shoah dans leurs programmes. Trop ménager les minorités, leur faire grâce de ce qui pourrait les déranger, ne fait que les dresser davantage contre le pouvoir qui les accepte.

Pour ne pas avoir à subir les agressions répétées et chaque jour plus violentes de minorités que trop de libertés rendent hostiles, il faut faire valoir sans faiblesses la culture de l'Etat dominant. Et il faut surtout éviter de raisonner d'une manière totalement coupée de la réalité. De même, afin de pouvoir réfléchir sur une solution concernant la sécurité en Europe ou le règlement du conflit au Proche-Orient, il est indispensable d'étudier, observer et comprendre le terrain. Seule une analyse responsable et sensée peut amener des solutions concrètes et réalistes. Le hic, c'est que l'incompréhension et l'irresponsabilité sont vantées. Cela donne en substance: «Il faut oublier le passé, tourner la page, repartir sur des bases nouvelles», et toutes les formulations qui recommandent l'oubli et la sénilité pour parachuter une «solution» inadéquate au possible. Dans le langage politique, on nous parle d'un hypothétique «Nouveau Moyen-Orient» que l'on prend pour une réalité, d'où explosion et radicalisation. Ces solutions miracles et charlatanesques relèvent d'un rêve à caractère schizophrène en total décalage.

Cet acharnement à vouloir coller à tout prix une solution invraisemblable à Israël ou à l'Europe, et dont les désastres ne peuvent que s'aggraver même là où il semble que le niveau le plus grave a été atteint, est le même que celui d'un candidat à un test de perspicacité qui prendrait pour de la ténacité et du déterminisme la volonté bornée de vouloir adapter une pièce triangulaire à un emplacement carré ; autant chercher à prouver la quadrature du cercle.

La permissivité, que l'on prend pour la noble qualité de tolérance chez l'un est de la faiblesse chez l'autre. De la sorte, Israël, qui a vaincu ses ennemis lors de lourds conflits armés, est trop souvent considéré comme vaincu, précisément à cause de sa volonté de paix et la souplesse de ses positions, par ses ennemis et par les puissances dites éclairées. L'antisémitisme séculaire aidant, une certaine mentalité ouverte et moderne conçoit difficilement que le Juif, dont on veut bien ne pas faire attention à l'origine et à l'identité, s'organise et persiste à vouloir non seulement subsister mais exister haut-la-main en tant qu'Etat-nation. On admet mal qu'il veuille se retrouver chez lui entouré des siens.

Cette attitude envers Israël fait qu'on lui refuse le droit d'aspirer à la tranquillité. Une telle volonté est très ma acceptée, car le perdant ou celui qui passe pour tel n'a pas son mot à dire. Les hôpitaux israéliens obligent les Juifs à côtoyer en grands nombres les ressortissants de populations qui leur sont hostiles. On n'admet pas non plus que les Israéliens refusent que des Arabes fassent l'acquisition d'appartements dans des quartiers où la population est intégralement juive, encore moins que le passage leur y soit interdit. Mais cette position pseudo humanitaire où on s'empresse de s'offusquer contre le Juif est partiale et malhonnête, car la réciproque ne dérange personne. Non seulement – c'est «normal» – aucun juif n'est autorisé à vivre ni même à se promener dans les pays limitrophes, comme l'Arabie, grande donneuse de leçons en matière de droits de l'homme là où ça l'arrange, mais il en est de même sur la terre d'Israël, dans des zones où les Juifs sont interdits. L'apartheid n'est pas là où on voudrait le voir.

A Ramallah, par exemple, les Arabes ne se retrouvent qu'entre eux, et pas un patient juif ne vient perturber leur quiétude. Des routes entières sont interdites aux Juifs, et le monde ne trouve rien à redire. Pire, quand un Israélien se rend «par erreur» dans une ville occupée par les forces terroristes du Fatah, il faut «remercier» l'organisation terroriste de l'avoir reconduit vivant en dehors de la dite «zone A» sans qu'il n'y soit lynché. Et personne ne trouve rien à y redire. Imaginons un seul instant que des Arabes se fassent reconduire sains et saufs à l'extérieur des régions habitées par des Israéliens!!

Pour parvenir à une paix véritable, il faut reconnaître la réalité telle qu'elle est, et ne plus essayer d'imposer des rêves dangereux et contraires aux aspirations du processus de l'histoire, avec le retour d'Israël chez lui et sa restauration complète. Et pourtant, avant la renaissance d'un Etat juif en Palestine, les précurseurs n'étaient-ils pas, dans une certaine mesure, des rêveurs? Il y a deux cents ans, et même cent, il y avait deux sortes de rêveurs, l'un réaliste et l'autre pas: le réaliste rêvait de la fin de son exil, de son retour et de son rétablissement sur sa terre ; l'autre rêvait de ressembler aux autres nations et de s'y assimiler parfaitement. Quelle différence y avait-il entre ces deux rêveurs, sans le recul dont nous disposons aujourd'hui et qui nous rend «intelligents»? L'un rêvait dans le respect de la foi, l'autre dans une révolte contre la foi. Et quelle différence y a-t-il aujourd'hui entre le rêveur qui veut voir Israël libre sur l'ensemble de sa patrie biblique et celui qui rêve de s'en débarrasser pour y créer un énième pays totalitaire étranger, alors que nous ne disposons pas encore de ce recul? Idem.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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