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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 21:18
Pessah : de l'esclavage à la table du Seder

Des millions d'Israéliens et de membres de la communauté d'Israël à travers le monde finiront de brûler le reste de leur levain vendredi matin. Les maisons s'habilleront de fête et les somptueux couverts prendront place pour consolider cette ambiance d'atours royaux. Et comme chaque année, en ce quatrième millénaire bien avancé de cette sainte célébration, la mélodie de la Haggadah réunira traditionnellement autour de la table grands et petits, et la célèbre et immuable question sera posée, généralement par le membre le plus jeune de l'assemblée : «En quoi cette nuit-ci se différencie-t-elle de toutes les autres nuits?» Et à nouveau, la question de l'implication de la Providence dans la destinée d'Israël et des nations sera débattue, pour certains jusqu'au matin : «Vénérables Maîtres, l'heure de la lecture du Chéma Israël (Ecoute Israël) du matin est arrivée.» (cf. Haggadah).

La sortie d'Egypte est l'un des événements les plus célèbres auprès de l'humanité. Pour Israël, chaque étape de cette série de miracles émanant de l'implication divine dans ses destinés aurait suffi. Quatorze phrases sont syntaxiquement formulées selon le modèle suivant : «S'il nous avait retirés d'Egypte sans exercer de châtiments sur eux, cela nous aurait suffi». (Maguid, R. David Berdah, édition la Caravelle, Tunis). «S'il nous avait donné leurs biens sans diviser pour nous la Mer, cela nous aurait suffi». «S'il avait divisé pour nous la Mer sans nous la faire traverser à sec, cela nous aurait suffi.»

Cette formulation récurrente et insistante interpelle le jeune Israélite qui s'en étonne, écoutant l'énumération d'événements qui représentent pourtant tous, même isolés de leur récit, une condition sine qua none sans laquelle le dessein collectif de son peuple n'eût pu aboutir. Qu'à cela ne tienne, et qu'il en fasse part à son père : «Questionne ton père, il te le dira ; tes anciens, ils te le diront» (Chirat Haazinou). «Comment peut-on dire que l'on se serait contentés de voir la mer s'ouvrir? Si on ne l'avait pas traversée, les Egyptiens nous auraient réduits en pièces ? Et sur le plus long terme, comment serions-nous arrivés devant le mont Sinaï?» est-on en droit de se demander. L'une des réponses consiste à dire que ce qui nous aurait suffi dans chaque articulation du processus de délivrance nationale, c'est de comprendre que la Providence intervient à tout moment en notre faveur.

Le chant de «Dayénou», «Cela nous aurait suffi», voit loin. Il ne se cantonne pas dans l'événement du départ de l'Egypte : «S'il nous avait nourris de la manne sans nous gratifier du Chabbat etc. » «S'il nous avait octroyé la Torah sans nous introduire dans le pays d'Israël, cela nous aurait suffi.» La dernière phrase conclut ainsi : «S'Il nous avait introduits dans le pays d'Israël sans édifier pour nous le Temple, cela nous aurait suffi.» (Maguid idem.) Il est vrai au jour d'aujourd'hui, nous sommes dans l'a situation constatée à la fin des temps décrits par ce chant, une étape avant la fin, d'où le bouillonnement des nations : nous avons été introduits dans le pays d'Israël mais nous n'avons pas encore vu s'édifier pour nous le Temple. Mais cela nous suffit à appréhender l'imminence de la main de D., à nous conforter avec optimisme dans la foi que le chant sera entièrement réalisé, et à Le remercier et Le louer.

L'implication étroite entre la vie terrestre et spirituelle, de même qu'un raccourci de toute notre histoire, apparaît en filigrane tout au long du récit qui sera lu en comités familiaux et cercles conviviaux.

Pour la tradition, la Mer fut été ouverte en plusieurs passages et non en un seul. Chacune des douze tribus eut droit à son ouverture, comme le précise le verset des Psaumes : «Pour Celui qui découpe la Mer en morceaux» (Psaumes LXXVI).

Pour ce qui est de la richesse qui a littéralement métamorphosé les enfants d'Israël d'esclaves en rois, le Talmud (Sanhédrin 91) rapporte que sous le règne d'Alexandre de Macédoine, les descendants des Égyptiens portèrent plainte auprès de l'empereur pour tout cet or qui ne devait être qu'emprunté. Les Sages de Jérusalem dépêchèrent Guevia ben Pessissa.

« D. fit que le peuple trouva grâce aux yeux des Egyptiens, et ils leurs prêtèrent… » Les Egyptiens tenaient à récupérer le butin emporté par les Hébreux. Ce n'était qu'un prêt. Ben Pessissa, mandaté par les Sages après les avoir sollicités, se rendit au tribunal, devant lequel il fut prévenu que les arguments qu'il aurait à réfuter pour défendre la cause de son peuple proviendraient exclusivement de la Torah. Là encore, il ne se laissa pas impressionner. Avec une certaine ironie et beaucoup de détermination, il leur répondit qu'il n'avait pas l'intention d'organiser sa défense en cherchant des arguments ailleurs que dans la Torah.

« Le texte est formel, rétorqua-t-il : "Le séjour des enfants d'Israël en Egypte fut de quatre cent trente ans". Payez-nous le salaire que vous devez à six cent mille ouvriers que vous avez exploités pendant quatre cent trente ans. »

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