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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 20:17
Corrida (Wikipedia)
Corrida (Wikipedia)

Netanyahou est un toréador. Il affiche toutes sortes de chiffons rouges en nous disant : «Allez-y, énervez-vous.» Et nous, dans tout ça? Nous sommes des bœufs.

Chiffons rouges américains

Nombreux sont ceux parmi nous qui, avec une impatience contenue, attendent la fin du mandat de la présidence américaine comme une délivrance. Vivrions-nous aux Etats-Unis pour nous sentir à ce point concernés par la campagne électorale américaine? Si nous nous sentons tellement impliqués, pourquoi alors ne pas demander le droit de vote, et, pendant que nous y sommes, l'annulation de notre indépendance pour devenir le cinquante-et-unième Etat, ce qui avait déjà été à l'ordre du jour dans le passé? En fait, nous nous sentons interpelés car nous attribuons toute démarche politique hésitante, illogique, dangereuse pour le citoyen israélien émanant de la position du Premier ministre à la pression américaine exercée en la personne d'Obama. Qu'Obama prenne sa retraite et que retentisse le shofar de la délivrance !

Pourtant, en réfléchissant un peu sur l'historique récent d'Israël, s'il est dans la généalogie américaine un président qu'il serait juste de considérer comme le plus hostile à Israël, il semble bien qu'il s'est agi de Clinton. Ce dernier est impliqué directement dans les accords d'Oslo qui ont fait des milliers de victimes innocentes parmi les Juifs, avec l'introduction notamment de l'attentat suicide au cœur de notre beau pays. Nous avons déjà traité de l'aspect nouveau de ce fléau quand, lors du double attentat à l'intersection de Bet-Lid, le 22 jan. 95, les médias étaient à la recherche de débris de voitures piégées, seule méthode dévastatrice connue à ce jour en matière de terrorisme. Des dizaines d'attentats de cette atrocité importés par les fatidiques accords n'allaient connaître un véritable frein que sept années plus tard, en mars 02, suite à l'opération Homat Maguen.

Pourtant, les institutions terroristes introduites par naïveté, bassesse, bêtise, ou intelligence avec l'ennemi au cœur de notre terre, n'en ont pas été éliminées pour autant, et elles continuent encore aujourd'hui à exercer toutes sortes de chantages, que le Premier ministre israélien compte toujours amadouer en soumettant le pays au racket institutionnalisé toujours par lesdits accords.

Alors que l'on s'attendait avec l'élection de Netanyahou en 96 à l'ouverture d'une commission d'enquête, à de lourdes condamnations des politiciens qui avaient abusé de leur pouvoir pour armer des assassins et leur accorder la liberté de mouvement, on a vu celui-ci poursuivre cette logique suicidaire. Donc, Cqfd, c'est bien la preuve que le président américain Clinton fut le plus acharné.

Bien entendu, chacun pourra soulever maintes considérations pour surenchérir et décidé du président américain le plus virulent. Plus simplement, nous pourrions nous dire que tout président américain est néfaste à Israël, auquel cas il n'y a rien à espérer quant aux prochaines élections américaines, ou à se leurrer quant au tournant que pourrait signifier le départ de la scène politique d'Obama… A moins que le problème ne soit chez nous, ou chez notre Premier ministre, Netanyahou, qui nous dira en toute circonstance : «Enervez-vous!»

Et cet espoir, quand tous les yeux se rivent avec espoir sur le prochain changement de locataire à la Maison Blanche, ce haut-lieu de la politique internationale (bama signifie autel soit dit en passant), montre donc bien que nous sommes des bœufs, puisque nous fixons continuellement nos yeux sur cette cape.

Chiffons rouges israéliens

Voyons à présent comment le principe fonctionne sur le plan de la politique intérieure, et nous pourrons constater que le principe de déresponsabilisation du Premier ministre qui agite à chaque occasion nouvelle un nouveau chiffon rouge fonctionne sans coup férir. Si sur le plan de la politique extérieure, ou, plus précisément, d'une politique intérieure justifiable par des pressions extérieures, il y a le chiffon rouge Obama, nous avons sur le plan de la politique intérieure successivement Barak, Livni, et, dernier en date, Ya'alon. La destruction des maisons des familles Guefen, Teitelbaum et Gutmann dans la village de Migron, en septembre 11 [1], avait surtout canalisé la colère populaire contre Ehoud Barak, alors ministre de la Défense de Netanyahou. Pour ce qui est des derniers pourparlers entre le gouvernement et les terroristes du Fatah d'Abbas, la colère de l'opinion s'était focalisée sur la ministre Livni, certes motivée par la démarche, mais qui n'aurait rien pu faire sans l'aval du chef du gouvernement. Et aujourd'hui, c'est sur le ministre de la Défense Ya'alon que l'attention est attirée dans diverses affaires, comme la destruction des maisons Dreinof en août dernier ou l'arrestation du soldat ayant neutralisé définitivement le terroriste qui venait de poignarder son compagnon d'armes.

Donc, Netanyahou réussit constamment à passer pour la droite saine d'Israël, pour l'homme attaché aux valeurs multimillénaires de son peuple, et tout ce qui contredit son discours engagé ne provient que de contretemps, d'impondérables regrettables. Il voudrait bien traduire sur le terrain les droits de son peuple à son sol et à considérer l'antisémitisme comme un lointain cauchemar, mais il ne peut point.

De Betselem à la Cour suprême

Cependant, son public n'est pas le seul à le prendre pour un dirigeant honnête dépassé par la puissance du contrecourant. Et puisqu'il y aura toujours un Obama, un Barak (Ehoud), une Livni ou un Ya'alon, tiers sur la touche qui draine l'attention sur lui quant à la responsabilité encourue pour tout ce qui ne tourne pas rond, d'autres, non plus désignés par Netanyahou, pourraient bien se porter volontaires a priori pour jouer ce rôle.

Dans l'affaire du soldat appréhendé et menotté, qui a fait bondir l'opinion israélienne bien moins coupée de la réalité que les dirigeants, le meneur de jeu a imposé sa doctrine à tout le système. Cette fois, le chiffon rouge, la cape agitée pour nous énerver, a totalement échappé au contrôle du matador. Cette association extrémiste dont l'idéologie consiste à ligoter les mains de l'armée et des civils face à la forme d'antisémitisme la plus virulente qui sévisse aujourd'hui, est une cape qui s'est d'elle-même mise en mouvement, tel le golem échappant à son maître.

Betselem a ainsi mis en avant sa doctrine. Un héros a été traîné dans la boue, humilié. L'agenda idéologique du groupuscule a fait la une de toute l'actualité, et n'a été éclipsée que par un ras-le-bol du peuple, qui s'est écrié : «trop c'est trop!» Il n'en demeure pas moins que les opinions ubuesques mises en avant parlaient de concepts fantasmagoriques tels le «meurtre de terroristes» ou encore l'«exécution extra judiciaire» de tueurs de Juifs. Après tout, si Eichmann a eu droit à un procès, pourquoi des antisémites à plus petite échelle n'y auraient-ils pas droit, eux aussi? A la différence près qu'Eichmann a été condamné à mort, que son patron et tout son régime ont été anéantis, là où les assassins qui envahissent le sol d'Israël sont relâchés, tandis que le système qui les incite à la violence depuis Ramallah ne s'est jamais aussi bien porté.

Et le pouvoir élu s'est soumis à une petite association arrosée à coups de millions d'euros généreusement distribués par l'Eu et le Fatah. Une association connue pour son animosité envers le pays a donc relégué non pas au second plan mais aux oubliettes des questions qui s'imposent pourtant :

Aucune enquête ni interrogatoire n'ont suivi ou poursuivi le caméraman présent comme par enchantement sur les lieux où l'attentat était en train d'être perpétré. Aucune inquiétude non plus pour les parents d'un assassin qui ont pu le pousser à la haine et au crime. Des détenteurs de médias qui hurlent à l'incitation à la haine et à la violence en allant jusqu'à mettre au point des mises en scène dans des célébrations privées, comme la deuxième chaîne, offrent une tribune à des parents de criminels réels qui crient à l'injustice lorsque leur rejeton ne parvient pas à massacrer un maximum de Juifs sans se faire éliminer

De l'arrestation spontanée d'un héros à l'annulation du plus gros contrat économique jamais signé par l'Etat d'Israël

Or, quelque riche que cette association puisse l'être, il n'en demeure pas moins qu'elle se cantonne au statut d'association. De la défense d'un tueur qui a tout de même réussi à blesser un soldat de Tsahal avant d'être liquidé, à l'annulation d'un contrat décisif pour l'avenir économique du pays, il n'y a qu'un pas. On peut se demander en effet, comment en l'espace de trois jours, on est passé de l'arrestation d'un défenseur d'Israël à l'annulation d'un des plus gros contrats jamais contractés par l'Etat d'Israël, qui par la même occasion a fait son entrée (ou aurait dû) dans la famille des nations productrices de sources d'énergie fossile.

La coïncidence est tellement frappante qu'on en vient à se dire que les juges, jusque là en dehors du coup, on pu dans l'expectative se faire le raisonnement suivant : «Si une simple association peut décider de l'agenda du pays, et imposer ses vues aux plus hautes instances du pouvoir, il en est ainsi a fortiori pour le Tribunal». L'effet ne s'est pas fait attendre, et la décision de juguler le pouvoir démocratique est tombée. Le contrat n'est plus à jour, et advienne que pourra. Quitte à ce que le gaz reste là où il est.

Entre les chiffons rouges désignés par le pouvoir et les chiffons rouges qui se portent d'eux-mêmes volontaires, entre les chiffons Obama-Barak-Livni-Ya'alon, et les chiffons Rubinstein-Naor-Radjoub, pardon, Djoubran, notre position reste celle de ce bovidé qui s'irrite après les chiffons. Et les banderilles, ce sont tous ces terroristes arabes qui dardent notre chair. Et ainsi le matador nous endort, en faisant comme si la cape qu'il agite ou dont il attire l'apparition serait d'abord son propre ennemi.

[1] http://www.inn.co.il/News/News.aspx/271985

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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