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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 18:04

Attitudes et réactions face à l'objet d'un châtiment

La parabole du martinet

Certains animaux que l'on agace avec un bâton se défendent en s'attaquant au bâton. D'aucuns s'en amusent. L'homme aime mettre en exergue cette sorte d'aliénation qu'il pressent en l'animal. Quant à l'enfant, pour qui la limite entre l'éducation et le dressage est souvent trop subtile pour l'éducateur, il ne lui viendrait pas à l'idée, en principe, s'il s'apprête à se prendre une volée de coups, de projeter sa colère contenue, sa crainte ou son jugement sur l'outil du châtiment, mettons le martinet. Il peut tout au plus s'en émouvoir quand il est associé à la main correctrice.

Inoculation de la phobie et fixation de celle-ci sur l'objet

On peut se représenter, cependant, en cas de châtiments corporels violents et répétitifs, qu'une hantise investisse les sens d'une victime systématique désignée, de sorte qu'elle se mette réellement à se sentir somatiquement mal à la vue de tel ou tel ustensile, sans que le moindre utilisateur ne se profile à l'horizon. Bien qu'en principe il existe un monde entre l'exposition d'une armure moyenâgeuse ou d'instruments de torture dans un musée et leur présence entre les mains d'un forcené en un lieu obscure, ou entre la vue d'un révolver dans les mains d'un policier ou d'un braqueur, un traumatisme résultant d'un accident ou de sévices peut créer une phobie vis-à-vis d'un objet inanimé, y compris d'aspect totalement inoffensif, et pas seulement chez un enfant. On pourrait à titre d'exemple illustrer ce principe par le cas d'un certain président américain susceptible de perdre ses moyens à la vue d'un simple bretzel pour avoir presque été tué par l'un de ses complices. Il est vrai que dans ce dernier cas, aucune main invisible hostile n'a poussé le bretzel dans la gorge de Bush, hormis la sienne.

Inoculation du servilisme vis-à-vis de l'objet

Revenons à notre martinet. Nous allons à présent envisager un type de comportement pathologique bien plus préoccupant qu'une posture de peur ou de colère envers le simple objet, ou encore que la tentative de se battre restrictivement contre cet objet, c'est-à-dire, sans aspiration à désarmer celui qui se tient à l'autre bout.

Le comble, dans la perspective de la parabole du martinet, serait donc de l'humaniser, de lui prêter des sentiments et des intentions, et de se dire que si on se fait frapper par lui, c'est qu'on lui a sans doute manqué de respect, qu'on ne l'a pas assez considéré ou choyé. C'est tout pour la parabole.

Explication de la parabole

Le père qui emploie le martinet représente D., l'enfant Israël, et le martinet les souffrances subies par le peuple juif. Tous les rabbins vous le diront, et toute personne mue par une foi profonde le ressentira : le judaïsme voit dans les souffrances un avertissement de la Providence, et un appel à revenir vers D. Ce retour, ou ce rapprochement, n'est pas systématiquement provoqué par des fautes. «Heureux est l'homme que tu mets à l'épreuve, D.», nous disent les Psaumes (XCXIV, 12). La tradition orale explique, concernant la stérilité première des générations fondatrices, que D. recherche la prière des justes. «Isaac pria D. en présence de son épouse car elle était stérile ; D. l'exauça et son épouse conçut» (Genèse XXV, 21). Le Midrash explique sous le même angle la situation désespérée des Hébreux en Egypte puis dans le désert, juste avant la traversée de la mer, quand les guerriers égyptiens furent sur le point de les rattraper. «Et leur cri de détresse s'éleva jusqu'à D.» (Exode II, 23).

Le rapprochement escompté peut aussi provenir d'un délaissement des préceptes, ou de leur observation par routine démotivée, «des préceptes de gens qui les suivent par [la force de l'] apprentissage» (Isaïe XXIX, 13). Il n'est alors pas rare que les responsables religieux appellent au repentir. Le livre de Jonas nous montre comment une ville qui se reprend et se repent peut échapper à un décret d'anéantissement pourtant annoncé par un prophète.

Refuser la reconnaissance du lien traditionnel de cause à effet

Pour qui ne se met pas d'œillères ou n'enfonce pas sa tête dans le sable en ayant recours au truchement de toutes sortes d'émissaires, de faiseurs de pourparlers, il est clair que la population ennemie implantée dans le pays et qui produit sans relâche son lot quotidien d'assassins, fait office de fouet ou de martinet. Il suffit de parcourir les dépêches pour en être journellement informé.

Ce qu'amadouer le martinet veut dire

Or, la quasi-totalité de la caste dirigeante cherche à caresser le martinet pour l'amadouer. Les gestes de «bonne volonté» sont une litanie lancinante dans la bouche des politiciens. On libère les pires assassins pour que les «modérés» parmi les organismes de la haine du Juif et d'Israël daignent accepter d'inconséquentes négociations, ou renoncent dans leurs illégitimes médias à l'incitation au meurtre sans laquelle les programmes seraient bien plats.

S'il faut des faits pour s'en convaincre, deux affaires parmi tant d'autres ont laissé les plus hautes personnalités politiques de l'heure déclarer avoir senti une accalmie :

1 Lorsque le Premier ministre israélien a déclaré que les Juifs seraient brimés et empêchés de se rendre sur le Mont du Temple dans un souci d'apaisement ;

2 Lorsque l'intéressé et son ministre de la Défense ont trouvé que la motivation aux agressions contre les Juifs aurait baissé suite à l'arrestation du bouc émissaire désigné comme coupable juif du premier incendie du village arabe de Douma.

C'est indéniable : les plus hauts responsables ne font rien de moins que chercher à apaiser le martinet. Ils se sentent envers lui coupable, et se mettent subconsciemment à considérer que si le Juif est haï, c'est nécessairement de sa faute. Cette considération se nuance sous deux variations :

1 Le Juif sait qu'il n'est pas coupable et considère que l'antijuif, qui le hait à tort, doit être convaincu par lui qu'il se trompe. Il est alors prêt à tous les compromis.

2 Ou alors, il en est lui-même convaincu, et dans ce cas il est prêt pour cesser de susciter cette haine à … tous les compromis.

S'il est une leçon à retenir de la Shoah

Et il ne sait pas que paradoxalement, ce sont tous ses renoncements qui rendront la haine encore plus irrationnelle. S'il est une leçon profonde que nous puissions retenir de la Shoah, c'est que, après avoir vu que les Allemands ne laissaient absolument pas tranquilles ceux qui ne revendiquaient depuis longtemps plus aucune caractéristique apparentée à un comportement lié à la foi ou à toute bribe de tradition d'Israël, et surtout après le terrifiant constat de la poursuite d'autres Allemands parce qu'ils pouvaient avoir un seizième d'ascendance juive, c'est bien que la haine du Juif ne dépend absolument pas de son aspect, de son accent, de son comportement, d'un caractère grégaire et/ou solidaire, ni de tout autre élément dont il pourrait se dire qu'il ferait bien de se dégager.

Tous ceux qui ont voulu se dérober, s'éclipser dans l'intention avouée ou non de s'attirer l'approbation ou la sympathie de la société non-juive en général en ont fait les frais : en hébreu, ça donne : amen tsipa yatsa, émancipation (אמנציפציה = אמן ציפה יצא).

Des généraux dont le cœur est en exil

Certains dirigeants vous diront ici qu'aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir. Nous sommes forts, nous avons l'une des armées les plus puissantes, et nous ne lâcherons pas prise jusqu'à ce que nos ennemis soient contraints de nous accepter. On voit ce que ça donne au bout de presque soixante-dix ans d'indépendance. Les généraux sont puissants mais leur mentalité d'exil leur ligote les mains derrière le dos. Le rabbin Léon Ashkénasy, énonçait un dicton simple, inspiré ou cité des enseignements du Rav Kook à peu près en ces termes : «Sortir de l'exil, c'est une chose ; faire sortir l'exil qui est en nous, c'en est une autre.»

Sur ce modèle, nous dirions : si la faute en Europe a été de ne pas nous extirper de ce lieu ennemi, la faute aujourd'hui en Israël est de ne pas extirper l'ennemi de notre lieu.

Ce parallélisme, n'en doutons pas, fera bondir les profonds penseurs moralistes qui ne l'ont pas fait quand les assassins d'Adèle Bitton n'ont pris que quinze ans de prison, ou quand l'assassin présenté comme tel de Khder a écopé de la prison à perpétuité ; les mêmes qui ont exprimé bruyamment leur incommensurable douleur et tout leur désarroi quand ce même Khder a été assassiné, mais sont restés bien silencieux pour la petite Adèle (à moins que les grandes douleurs ne soient muettes). Le sang d'un bébé juif ne pèse pas lourd…

On voit fuser l'objection : «Le présent exposé est truffé de contradictions ! Il faudrait savoir : on ne doit pas se bagarrer contre le martinet, ou alors il faut mettre le martinet hors d'état de nuire? Parce que si ont comprend bien la première partie de cet exposé, et si nous devons être châtiés, il se trouvera bien un autre martinet…»

Et si la faute consistait dans le martinet…

Afin de répondre à cette objection très pertinente, revenons à la problématique, car c'en est une, du repentir.

Deux erreurs de diagnostic dans la désignation des motifs sujets au repentir

Il se pourrait bien, dans le contexte de l'éminente thématique de la téchouva, qu'il y ait erreur sur le diagnostic. Certes, c'est indéniable, il est toujours bon de se renforcer dans ce que nous observons déjà : la nourriture cachère, la prière avec ferveur, le souci et le soutien honorable de son prochain… mais n'y aurait-il pas dans notre perception de la religion une limitation ?

L'indispensabilité du Temple : une constante brisée

Voyons ce que fit le peuple juif après soixante-dix ans d'exil. Il reconstruisit le Temple. Gageons que si Ezra avait été démotivé par les prophéties prévoyant la destruction du Deuxième Temple et la pérennité du Troisième, nous en serions encore aujourd'hui à attendre l'avènement de celui qu'il a bâti. L'empressement d'Ezra le poussa à faire mieux : il en réinstaura le service avant même que l'autel ne fût reconstruit. Mais en ce qui nous concerne aujourd'hui, deux mille ans d'exil, ou un peu plus de mille huit cents, si on en déduit les prémices du retour géographique tangible d'Israël et la proclamation de sa souveraineté retrouvée voici bientôt trois quarts de siècle, ça crée un éloignement.

Pourtant, le principe est simple : exil, pas de sacrifices, de Candélabre, de Saint des Saints ; pas d'exil : sacrifices, candélabre, Saint des Saints…

Des grands rabbins ont promu avec le retour à Sion le retour au Temple

Nous évoquons souvent ces grandes figures rabbiniques qui s'attachaient de toutes leurs forces à promouvoir le retour en Palestine, dans une tentative de contrebalancer la tendance tendant à inverser l'exigence religieuse du retour focalisée sur d'autres rabbins qui avaient trouvé l'exil trop confortable ou confortant pour ne pas avoir su interpréter les signes de l'imminence de la catastrophe. Certains disaient en 1933 que tout ce calmerait. Il aura fallu douze ans pour leur donner raison, et à quel prix…

Par contre, nous ne parlons que très peu de la détermination de ces premiers rabbins à ce que le retour s'accompagne tout naturellement du renouvellement de l'application des préceptes liés aux sacrifices dans le Temple. Le Rav Zwi Hirsch Kalischer, dans son livre Derichat Sion (l'Exigence de Sion), publié en 1862, traite des questions de la rédemption d'Israël, de sa réinstallation en terre d'Israël, et des aspects halakhiques du renouvellement du culte observé au Temple de Jérusalem. Le Rav Kalisher a organisé en 1860 un congrès pour l'installation en Palestine et dirigé la Société pour l'Installation en Terre d'Israël fondée un an plus tard à Francfort. Plus tôt, respectivement en 1836 et 39, il s'est adressé à Rothschild et à Montefiore pour les sensibiliser à la place prépondérante qu'occupe le Temple dans le judaïsme et dans le rétablissement d'Israël. Le retour à la souveraineté escompté doit être accompagné de la reconstruction du Temple. Dans les années 1860, il s'adresse à l'Alliance Israélite universelle et ne ménage pas ses efforts en parcourant l'Europe pour soutenir la promotion des idéaux qu'il défend. Il milite pour l'agriculture, la création de ligues d'autodéfense, le soutien aux pauvres, et est à l'origine notamment de la fondation de Mikvé Israël. Il devait, sous l'impulsion de Karl Néter et de l'Alliance, monter en terre d'Israël pour y exercer des fonctions religieuses dans cette dernière localité. Agé alors de 77 ans, il ne put réaliser son rêve.

D'autres éminentes figures du judaïsme, et non des moindres, comme Rabbi Yihiel de Paris, Tossaphiste du 13ème siècle, ont tenté de monter en Palestine pour y apporter des sacrifices à Jérusalem.

Problématiques liées au renouveau

Les questions relatives à l'authenticité de l'affiliation des prêtres, à l'impossibilité de se purifier (la problématique concernant l'impureté, si elle est annulée ou simplement repoussée en public, voir la position des Tossaphistes, traité Yoma, 7a, miclal), à la désignation exacte de l'emplacement du mizbéa'h, l'autel, sont soulevées dans le Drichat Sion du Rav Kalisher, qui rapporte en outre de nombreux échanges épistolaires avec d'autres autorités rabbiniques.

Un autre argument refroidit l'engouement pour le Temple : il n'est pas rare de s'entendre dire que la situation spirituelle du peuple n'est pas suffisamment prête. Pourtant, Ezra et Nehémia, au retour de Babel, ont été confrontés à une attitude répandue, quand nombreux furent les hommes qui avaient pris pour épouses des étrangères idolâtres. Les derniers représentants de la Grande Assemblée ont intimé aux contrevenants d'y remédier.

Le troisième motif

Le repentir aujourd'hui ne semble guère s'oriente vers la reconstruction et le renouveau du Temple. En admettant que les autorités religieuses compétentes considèrent que le temps n'est pas encore venu, que des empêchements concrets d'ordre halakhique diffèrent cet accomplissement, on aurait pu s'attendre au minimum à un vibrant amour et une profonde émotion et aspiration du fond du cœur pour un fondement qui représente plus de la moitié des préceptes de la Torah. Et on se serait attendu à une vive et visible douleur quant à la profanation qui n'en finit pas du lieu le plus saint d'Israël. On aurait pu s'attendre à ce que des personnalités religieuses de premier ordre exigent que ce lieu ne soit plus foulé par quiconque, sans distinction de sexe ou de religion, jusqu'à l'avènement du Troisième Temple.

Malheureusement, nous assistons à la même tendance que les éminents politiciens précités : on caresse le bâton, on amadoue le martinet. Aux deux arguments qui font pencher pour l'interdiction de visiter le Mont du Temple, ce qui est très loin de sa reconstruction et/ou de la pratique des sacrifices, à savoir le risque de fouler des zones interdites ou d'y manquer de révérence, on a pu entendre qu'une troisième raison a été ajoutée : ne pas surexciter les musulmans, ce qui revient une fois encore à désigner le Juif comme coupable de la haine qui lui est vouée.

Si le présent ajout n'a provoqué aucun remous auprès de l'opinion, le journal Mishpaha s'est fait remarquer avec une lettre suppliante adressée aux musulmans en général pour leur demander de ne pas s'attaquer dans leurs attentats quotidiens aux orthodoxes, qui ne se rendent pas coupables de les irriter puisqu'ils ne foulent pas selon ce courrier l'esplanade du Temple. Un autre journal, Hamodia, du moins dans sa version française, qui a trouvé lui aussi en quoi le Juif est coupable, s'est fait remarquer en publiant sur sa une de couverture la photo d'un présumé «jeune des collines» grossis à l'extrême et faisant tournoyer une fronde au-dessus de sa tête. Là, avec cette mise en exergue du bouc émissaire par qui le scandale arrive, coupable de toute la haine subie par le Juif, on retombe dans le syndrome Khder évoqué plus haut.

La halakha nous demande de nous affliger de la destruction du Temple. Nous ne devons pas faire du 9 av un culte abstrait. «Toute génération qui n'a pas vu en son temps la construction du Temple, c'est comme si elle avait assisté de son temps à sa destruction » (Talmud de Jérusalem).

Seconde discordance du diagnostic

Les enfants d'Israël reçoivent l'ordre d'anéantir les sept peuplades cananéennes au cours de la prise de possession de leur terre. Une question qui revient de temps à autres consiste à mettre mal à l'aise le religieux qui défendrait que le même sort doit être appliqué aux néo-cananéens. Une question plus profonde avait été posée en France au GR Sitruk. Contrairement à la question posée ici : «comment pourrait-on oser dire que les ennemis d'aujourd'hui présents sur notre terre devraient subir le sort de l'habitant de Jéricho ou de Aï de l'époque de Josué?», on lui a demandé plus directement comment ses ancêtres ont pu ainsi traiter les peuplades qui ne demandaient qu'à vivre en paix. Dans sa réponse, il a mis en avant la perte de leur degré moral d'êtres humains.

Pourtant, la Torah, qui parle au présent, et dont les prophètes portant un message pour toutes les générations futures ont été mentionnés dans la Bible, alors que plusieurs milliers d'autres n'y figurent pas (voir Rabbi Yéhouda Halévy, Kouzari), nous avertit clairement de ce qui peut nous attendre en cas de maintien de populations hostiles sur notre terre une fois reconquise, même s'il n'est pas explicitement ordonné de les anéantir : «Or, si vous ne dépossédez pas à votre profit tous les habitants de ce pays, ceux que vous aurez épargnés seront comme des épines dans vos yeux et des aiguillons à vos flancs : ils vous harcèleront sur le territoire que vous occuperez ; et alors, ce que j'ai résolu de leur faire, je le ferai à vous-mêmes.» (Nombres XXXIII, 55, traduction dirigée par le GR Zadoc Kahn, 1899).

Ce texte criant d'actualité établit donc que le péché et le maintien du martinet ne font qu'un. Débarrassez-vous du martinet, nous dis le texte, et instantanément il ne sera plus question de remplacer le moyen de châtier puisque la raison aura simultanément disparu.

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