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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 13:21
Histoire d'un héros franco-israélien oublié, qui ne sera décoré ni par la France, ni par Israël

Synagogue du Rav Haïm, Beth-El, shabbat matin. Un kiddoush un peu particulier convie les fidèles à s'attarder à la sortie de l'office, sur le coup des dix heures et quart. En cette fin février, il fait doux, le soleil n'agresse pas les traits du visage. L'un des administrateurs communautaires m'avait prévenu qu'il y aurait de l'anisette et du whisky. Celui qui a invité l'assemblée est un peu timide. Il demande donc au rabbin, chantre unanimement apprécié, de dire le kiddoush.

Yossef B., pendant que le public se sustente, relate devant nos yeux sa descente aux enfers jeudi, il y a deux semaines. Habituellement, c'est son épouse qui se rend au supermarché régional, dans la zone industrielle de Cha'ar-Benyamin, à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. Comme elle éprouva le besoin de se reposer, il partit faire les courses du shabbat.

Yossef nous relate ces instants d'indicible horreur : «J'ai entendu un cri énorme, horrible. C'était la panique, les gens couraient et criaient. Et d'un coup, je vois un type debout en face de moi. Il tenait dans sa main un grand couteau plein de sang.» Il lève le bras, figurant le geste du poignard brandi. «Au même moment, j'ai vu un corps étendu par terre, entre les rayons. Je n'ai pas bien réalisé tout de suite ce qu'il se passait, et j'ai tiré deux balles sur le terroriste. Il est tombé. A ce moment, j'entends alors un appel derrière moi. Je me retourne, et je vois un autre terroriste juste à côté de moi. C'est un autre client du magasin, avant même que je n'aie eu le temps de bouger, qui lui a tiré dessus.»

Le rabbin, près de la ligne de tables dressées, s'adresse à l'épouse du héros du jour, la félicite, lui dit que c'est grâce à elle que la tragédie n'a pas pris plus d'ampleur.

C'est la deuxième fois en quelques mois que le public est retenu pour un motif qui sort des sentiers battus. C'est la deuxième fois qu'un fidèle de la synagogue neutralise un terroriste musulman fanatisé par un antisémitisme irrationnelle, galvanisé par les chefs terroristes de Ramallah. La première, c'était vers la période des fêtes de tichri. Shlomo Gananté, alors qu'une stupeur neutralisante avait tétanisé jusqu'aux gardes armés en faction pour assurer la sécurité des usagers, à la station du tramway de la Guiva Hatsarfatit, avait roué de coups un autre terroriste musulman. Ayant saisi en un éclair ce qui se tramait, Shlomo avait quitté le bus où il se trouvait pour se précipiter sur les lieux. Il avait réussi à mettre à terre l'agresseur, mais celui-ci était parvenu à se relever, tandis que Gananté sommait le garde armé de le neutraliser. Il dut administrer une seconde correction à l'agresseur pour qu'enfin on se décidât à réagir dans son entourage pour arrêter le forcené.

Le premier de nos héros a fait son alyah depuis la France. Nous nous sommes entretenus après le bref et humble discours qu'il a tenu devant l'assemblée, alors qu'il me versait une bonne rasade d'anisette, fort utile à l'écoute d'un pareil récit, d'autant que la victime du supermarché était le gendre d'une de mes connaissances, dont la fille s'était mariée voici deux ans. Il m'a raconté qu'il venait de Lyon, et que l'alyah signifiait pour lui la délivrance. Il s'est expliqué en exprimant son sentiment frustré en France, où il fallait toujours «s'en prendre plein la tête», subir, courber l'échine, serrer les dents. Hors de question que l'on se laisse faire ici, quand on n'est plus en exil.

Le second, bien que son histoire soit antérieure, est monté en Israël du Manipur, en tant que membre de la tribu perdue de Manassé, localisée notamment dans le cadre des travaux du rabbin Avihaïl.

Israël aurait-il besoin d'un sang neuf?

Si vous rendiez visite à des personnes âgées dans un hospice de vieillards, et que vous y entendiez de la bouche d'un pensionnaire un discours empathique et innocentant pour les antisémites, vous songeriez instantanément que le but de votre visite consistait à mettre un peu de baume au cœur auprès d'un public esseulé qui attend sereinement la mort. Vous n'iriez donc pas le contredire, puisque votre venue lui aura offert l'occasion de parler et de s'épancher.

Ce qui est en revanche effrayant, c'est de voir qu'un tel discours émane de la bouche d'une personne âgée qui tient les rênes d'une des positions les plus vitales de l'Etat. Le ministre de la Défense, Ya'alon, loin de féliciter et de décorer le courage de simples citoyens qui mettent fin à des situations d'état d'urgence, et au lieu de s'effarer de l'hypertrophie de la haine et de la violence d'une population fanatisée par la religion musulmane dont les assassins sont de plus en plus jeunes, se montre condescendant et exprime toute sa peine pour les jeunes tueurs.

«Nous ne devons pas perdre notre image», déclare-t-il publiquement. Le chef d'état major, Azenkot, loin de présenter ses regrets les plus plats à la population civile dont il devrait en principe être le garant de la sécurité, met en question la gâchette facile de ses propres citoyens. Même discours chez le faux faucon Netanyahou. Une population civile dynamique, saine d'esprit, se heurte à cette rengaine fatiguée, de personnes ravagées, en décalage inouï avec la réalité.

Ce même mal touche aussi l'une des figures en vue du capitalisme israélien : Rami Lévy, dont la chaîne de supermarchés porte le nom. Aucun regret, aucune excuse, ne sortent de sa bouche. L'individu nous parle de la nécessité de renforcer la cohabitation, le vivre-ensemble, et répond aux inquiétudes du public de ses acheteurs, puisque l'argent n'a pas d'odeur : «Je continuerai à faire travailler des Arabes», sous-entendu : avec le cortège d'assassins qui l'accompagne, et tant pis pour vous. Sa position est certes moins arrogante que sa réaction à une première attaque antisémite dans son supermarché de Michor Adoumim, lorsqu'il avait carrément qualifié de raciste sa clientèle qui réclamait un filtrage et un contrôle conséquent de sa clientèle arabo-musulmane. Ces derniers jours, et surtout jeudi soir dernier – le jour de la cohue des emplettes du shabbat – les rayons s'étaient vidés de leur foule. Mais il importe de manifester son mécontentement vis-à-vis de la négligence du commerçant non pas sur la base de la peur, mais d'une prise de position clairement affichée. Je lance périodiquement des appels à ne plus acheter chez lui tant qu'il n'aura pas d'une part fait de l'ordre dans ses magasins, mais surtout tant qu'il n'aura pas présenté ses plus plates excuses au public visé par la haine arabo-musulmane qu'il a de surcroît injurié.

Légion d'honneur et Tsioun Lechéva'h

De l'Hyper Cacher à Ramy Lévy

Le ministre israélien de l'Intérieur, Aryé Déry, comptait parmi les personnalités politiques présentes à la commémoration de l'attentat survenu à Paris voici un an, près de la porte de Vincennes. On peut sincèrement se demander s'il en fera de même dans son propre pays et s'il se rendra pareillement au supermarché de Ramy Lévy. La France a décoré de la légion d'honneur un employé de l'épicerie française qui s'est pourtant défendu d'être un héros, parce qu'il avait ou aurait permis à des clients de se cacher dans une chambre froide. Quatre innocents ont été tués de sang froid à Paris par le musulman extrémiste, et les autres clients présents ont été retenus en otage des heures durant, laissant à l'entrée du shabbat des familles prostrées, dans l'expectative et en proie à une terrible inquiétude.

Logiquement, on devrait s'attendre à ce que le franco-israélien, qui a mis fin au carnage dans le supermarché de Jérusalem soit doublement décoré, d'autant que, malgré une personne assassinée pour sa judéité, le bilan a été nettement moins lourd, le dénouement a pu être rapide, et la direction politique du pays n'a pas eu besoin de se réunir en cellule de crise et de dépêcher sur place le commando le plus aguerri. On ne saurait toutefois reprocher à Yossef B. de n'avoir pas eu la gâchette encore plus rapide, ce qui aurait permis à Touvi Yanaï de rentrer chez lui, ce 18 février.

Viendrait-il à l'idée d'un quelconque membre du gouvernement Netanyahou de trouver que le commando ayant pris l'assaut de l'Hyper Cacher aurait dû s'arranger pour prendre le tueur vivant, lui donner droit à un procès en mauvaise et indue forme? Malheureusement, le Premier ministre est bloqué par une seule mission : montrer au monde entier à quel point nous sommes gentils et à quel point nos ennemis sont méchants.

Aussi, les Juifs de France peuvent représenter pour Israël un élan nouveau, eux qui vivent au quotidien le renouveau de l'antisémitisme alimenté non plus par les vieux démons de l'Europe mais par la haine islamique qui ne fait que s'étendre et s'implanter dans un monde libre désormais colonisé. Bien sûr, nombre de héros israéliens sont natifs du pays, et il serait injuste de les oublier, mais le Juif de France n'est pas intoxiqué par une propagande incessante et insidieuse qui fait de la haine friande de sang juif une sorte d'aspiration nationale bafouée par le pouvoir et la présence juive, ce qui, même sans être directement énoncé, revient à faire du Juif le responsable de la haine de l'autre à son égard.

Jamais vous n'entendrez parler d'un attentat antisémite en Israël, mais toujours d'un attentat nationaliste. Certains extrémistes du monde politico-médiatique reprendront même la terminologie de la propagande arabe en faisant écho, sans se prendre la peine de les traduire, de termes tels que nacba ou intifada, catastrophe (le non anéantissement de la présence juive en Palestine par les nazis, l'échec de Rommel ayant permis la renaissance d'Israël), ou soulèvement (contre les prétendus méchants oppresseurs), sans se rendre compte (en principe) qu'ils jouent le jeu de nos ennemis.

Des idées claires, et un langage qui ne cherche ni excuses ni justificatifs complaisants, sont la base du ressaisissement du pouvoir israélien. Pour celui-ci, la différence entre l'antisémitisme en France et à Jérusalem – entre un Coulibaly ayant fait irruption dans un supermarché et un autre de la même trempe qui n'a heureusement pas eu le temps comme l'autre d'accéder à la célébrité – consiste à considérer qu'ici, en Israël, la situation n'échappe pas aux responsables politiques, et que le pays, pour peu qu'il mette le holà, est potentiellement capable de faire en sorte que l'antisémitisme disparaisse de l'intérieur de ses frontières. Mais c'est, dans les faits, cette même assurance en cette force en puissance qui pousse à cette condescendance envers l'ennemi, surtout si les pires sanguinaires peuvent n'avoir que douze ou treize ans, et qui produit cette faiblesse que des politiciens usés prennent pour de l'héroïsme, cet héroïsme dément et fautif de la retenue.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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commentaires

Ola Hadacha 12/03/2016 22:40

Une reponse a Trigano, en quelque sorte...Celui-ci se demande si Israel n'aurait pas "perdu l'envie de vaincre" depuis quelque temps...
Une analyse que je partage a 200%, merci !!