Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:21
La fin d'une civilisation victime de sa conception

Des idées reçues, qui peuvent être vraies dans certains contextes bien précis, deviennent dangereuses dès lors qu'elles obtiennent un large assentiment auprès d'une opinion non critique et qu'elles s'ancrent profondément en postulats. A l'instar de la guêpe fouisseuse, qui paralyse sa proie de son venin sans la tuer, afin que se développe en elle sa progéniture, les démocraties européennes se laissent dévorer sans réagir, paralysées par leurs idées.

Dictatures

Quoi de plus touchant que des citoyens privés de liberté par leur propre pouvoir ? Voilà bien une image profondément ancrée dans notre conception. Beaucoup éprouvent sans y penser une profonde empathie pour les populations civiles en régimes dictatoriaux. Même ceux qui n'éprouvent pas une immense peine, s'il leur arrive d'y penser, ne voudraient pour rien au monde se retrouver en pareille situation. Nombreux parmi nous ont connu, suite à la chute du régime libéral iranienne, des familles isolées de réfugiés politiques, réinstallés çà et là, dont les enfants étaient souvent brillants, et qui auraient eu peu de chances s'ils étaient restés de se soustraire aux griffes des fanatiques. Je me souviens d'un tel voisin qui m'avait raconté avoir fait partie de colloques irano-israéliens de développement. M'étant étonné : «Mais alors, vous parlez hébreu?!» Il me répondit : «Non, il y avait des interprètes».

Jusque là, il n'y a rien à redire. Seulement, la pensée s'arrête aujourd'hui là où tout se met en mouvement. Et une question qui devrait pourtant s'imposer est totalement absente du discours public. En cas de chute brutale d'un cadre coercitif, quelle risquerait d'être l'attitude d'un individu n'ayant jamais connu la liberté? Il ne faut pas perdre de vue que tout ce qui est interdit dans son pays fait courir au contrevenant de terribles risques. Un interdit n'est pas enfreint en raison sinon de la peine de mort, du moins de sévices, emprisonnements et autres confiscations arbitraires ; et non pas au nom d'un code moral collectif, de conventions comprises par tous en tant que garanties du bon-vivre ensemble dans une seule société, et le cas échéant d'une terrible honte.

Les sujets soumis aux dictatures respectent les normes sociales ou morales qu'à la suite d'un quasi dressage fortement répressif. Ce respect n'est rien d'autre qu'un réflexe, dans le meilleur des cas acquis au lieu d'être inné. On ne vole pas comme on ne saute pas du toit d'un immeuble. La dictature est omniprésente, visible dans la rue. Le voile prévient le viol. C'est à cette interversion entre le o et le i que tient tout l'ordre des sociétés sous régime dictatorial. Qui voit le voile ne viole pas, car qui dit voile dit avertissement, et qui dit viole dit suicide annoncé. Nous sommes-nous demandé comment réagirait un sujet dès qu'il serait extrait de son assujettissement à ce schéma? Nous sommes-nous un instant imaginé les graves problèmes de mœurs que pourraient engendrer de tels esclaves des dictatures une fois le joug retiré?

La médecine préconise de ne pas boire trop vite après une longue pénurie d'eau. Il en est de même pour une privation trop forte de nourriture. Chacun sait qu'il faut rééduquer les systèmes vitaux, les réhabituer progressivement, sans les brutaliser. S'il en est ainsi pour des gens qui avaient toujours eu l'habitude de se nourrir et de s'abreuver normalement, mais qui sur une période accidentelle ont subi des privations, n'en est-il pas a fortiori pour des gens qui n'ont jamais vécu en régime démocratique? Ne faudrait-il pas envisager un sas d'adaptation, surtout sur le plan civilisationnel et moral? Comment expliquer que ce n'est pas à cause d'un safsari que l'on ne se jette pas sur une femme, mais tout simplement parce que ça ne se fait pas? Or, ce simple «ça ne se fait pas» n'est pas universel, pas partout, en tout cas. La problématique se pose d'autant plus tragiquement que les sujets se refusent idéologiquement à cet apprentissage, méprisent la culture d'accueil, se soumettent volontairement à des phénomènes de groupe ou autres mouvements de foules et de plus ne viennent pas accompagnés de leurs familles. Une autre image, celle du choc des civilisations, qui en l'occurrence est loin d'être un simple slogan, ne vient pas se substituer à l'image précédente, quand bien même ce choc peut s'avérer choquant jusqu'à l'état de choc.

La morale à l'eau de rose

Les idées reçues peuvent venir en bloc. Il ne faut pas haïr l'étranger, ou encore : les chances au combat doivent être égales, etc. d'autant qu'elles s'appuient souvent sur des acquis historiques de la nuit des temps.

Il est a priori mal aisé de critiquer cette première affirmation, d'autant qu'elle est d'origine biblique. «Vous aimerez l'étranger, car étrangers vous avez été…» (Deutéronome X, 19). Il faut cependant savoir que l'intention d'un verset peut parfois être tellement éloignée de ce qu'il laisse entendre que les exégètes ont mis au point la formulation suivante : «Le sens de la phrase équivaut (ou n'équivaut pas) au sens des mots» (פשוטו כמשמעו \ אין פשוטו כמשמעו), familière au langage de Rachi. Ce principe est tellement central que l'interdiction de faire un croche-pied à un aveugle ne peut être déduite de «devant un aveugle, ne mets pas d'obstacle» (Lévitique XIX, 14) – qui signifie qu'il ne faut pas faciliter à son prochain la transgression de la Loi – mais devrait plutôt être cherchée du côté de «blessure pour blessure», verset charnière des lois sur le dédommagement.

Le roi Saül a perdu la royauté parce qu'il avait éprouvé de la pitié pour un étranger. Donc, un conseil, pour bien comprendre la Torah, mieux vaut aller dans une yéchiva ou s'adresser à un rabbin. (Fin de l'aperçu biblique).

Quand la relativisation de la dignité humaine croit se baser sur des considérations humanistes

Un grand danger est encouru par le citoyen honnête, et en particulier par la citoyenne honnête, quand sa protection est relativisée. Si vous êtes attaqué par un individu armé et qu'un policier armé se trouve dans les parages, vous avez en principe, pour peu que le policier soit plus habile et rapide que l'agresseur, la vie sauve. Mais que se passe-t-il si votre agresseur porte juste une matraque, ou s'il ne porte rien, et qu'importe que son poids égale trois fois le vôtre, ou qu'il soit accompagné d'autres individus louches?

Une morale qui a évolué du catholicisme aux westerns, de la seconde joue tendue au cow-boy qui se déleste de son arme pour finir un méchant sans «quincaillerie» avec ses poings, avant d'atterrir dans tous les commissariats et ministères (in)compétents du monde occidental, et qui a, c'est bien effarant, été perçue parfaitement par les antagonistes, paralyse tous les systèmes de défense occidentaux, tétanise le monde libre. On vient de voir en Allemagne et dans d'autres pays une multitude de femmes se faire agresser sans que la police ne leur vienne en aide. Elle était pourtant présente et dument armée. Un haut responsable a même avoué avoir craint qu'une partie des victimes ne soient tuées. La conscience du danger imminent n'a pourtant pas empêché les représentants de l'ordre de ne rien faire. Si les policiers, écartés par un cordon de complices des agressions des colonisateurs de Cologne, ne sont pas restés inactifs de leur propre chef, mais en raison de consignes précises, c'est encore plus grave, car alors tous les rouages du système sont corrompus.

Une inversion des données insidieuse

Ce qui précède ne se limite pas à la protection de la personne physique, mais aussi des pays. Nous avons tous, profondément ancrée dans notre mémoire immémoriale et collective, une seule façon d'identifier une agression ennemie. Si elle ne revêt pas les atours que nous lui connaissons, nous n'y verrons que du feu.

Pour nous, les invasions se font par voie de bataillons armés qui se massent aux frontières, dans un contexte où leurs dirigeants nous ont préalablement déclaré la guerre – bien que cette dernière condition ne soit pas sine qua non – quand ils attaquent nos propres troupes qui se défendent au minimum, mais peuvent aussi contre-attaquer. Les ressortissants extrinsèques l'ont si bien compris que leurs troupes attaquent désormais sans armes, car ils ne prendraient pas le risque de s'attaquer en une guerre conventionnelle à un Occident suffisamment fort, surtout après avoir mis fin à toutes ses guerres intestines, et capable de débouter toute attaque en provenance du Sud ou de l'Est dès les portes de l'Europe.

Nous sommes donc soumis à un mal asymptomatique qui prend de l'ampleur sans que nous ayons à ce jour su l'identifier, telles ces espèces du règne animal qui savent contrefaire les codes olfactifs ou comportementaux des colonies qu'elles investissent pour en dévorer les sujets, quand ces agresseurs-envahisseurs seront tout au plus reconnus comme des cas sociaux, des déséquilibrés, pour lesquels il est évident qu'il n'est pas question de procéder à la déchéance nationale.

A la différence des guerres apprises consciencieusement dans les leçons de nos manuels scolaire, quand les envahisseurs attaquaient armés pour déposer les armes une fois le terrain conquis, l'invasion présente de l'Occident se démarche sans armes à la frontière, celles-ci n'entrant en scène qu'une fois la place investie.

Les attaques de janvier ou de novembre 15 en France se sont faites à main armée par des agresseurs arrivés sans armes. Pire, ces derniers peuvent agir comme des bombes à retardement sur le long terme, et ne devenir actifs qu'après deux, voire trois, générations après leur inoculation sur le terrain. Plus forts que le cheval de Troie, les tueurs sont nés dans les murs de Paris.

D'aucuns spécialistes de service, qui pourraient nous rappeler Goscinny s'ils s'élevaient au-dessus du premier degré, viennent nous expliquer que l'invasion démographique est une chance pour un vieux continent désormais incapable de retenir la fuite de ses élites vers d'autres horizons (le phénomène de l'exil non-juif n'attire que peu les projecteurs), qu'elle présente une natalité décuplée en comparaison du taux autochtone négatif. Ils ferment les yeux sans rire sur les véritables problèmes, et de la menace ils font un remède. La civilisation occidentale, qui s'est forgée sur la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, après avoir subi des siècles durant la mainmise d'une religion ayant connu ses heures tortionnaires, brûleuse du Talmud et de la science, semble devoir s'éclipser pour laisser une autre religion non moins totalitaire et basée sur la razzia la charrier en dehors de ses frontières.

Et ces sermons assénés à coups de grands médias sont d'autant plus crédibles et réceptifs auprès d'une mentalité qui n'interprète pas toujours à bon escient des sentences clichés.

L'histoire se répète. Oui, mais comment ?

L'une des craintes de notre société consiste dans la répétition supposée ou non de l'histoire. Il ne faut pas répéter les erreurs historiques de nos ancêtres, peut-on entendre fréquemment dire et penser, idée louable en soi. Aussi, le bon Européen se dira qu'il ne faut pas être hostile aux étrangers d'aujourd'hui comme le fut son père vis-à-vis d'autres étrangers. Il doit faire pénitence, s'amender. Ne dit-on pas que le véritable repenti est celui qui ne récidive pas quand les mêmes conditions qui l'ont vu tomber se représentent? Or, puisque nous avons été insensibles au sort des Juifs, et puisqu'aujourd'hui des étrangers vraisemblablement en détresse affluent de nouveau, nous devons les laisser entrer.

Au lieu de réfléchir, d'analyser la situation en en démembrant les composantes avant de les synthétiser, de les agencer en une relation logique et pertinente, on met tout dans le même panier. On amalgame, le sujet islamiste fauteur de troubles est confondu avec le Juif respectueux des régimes d'accueil. Les signes qui n'étaient pas tolérables chez le Juif (kippa, taleth, cacherout, shabbat etc.) nous ont permis – poursuit-il en son raisonnement – en mûrissant de trouver tolérables ceux des envahisseurs. De l'intolérable par pure animosité, on en est venus à trouver tolérable le véritable intolérable. Du taleth qu'on ne pouvait voir chez le Juif sans s'étrangler, l'Occident a évolué pour en arriver à fermer les yeux sur les agressions de masse, les crimes sexuels organisés. La France a accepté par ouverture d'esprit qu'environ sept cents puis mille de ses villes et quartiers soient vidés de tout ce qui sent le terroir, que son école publique devienne musulmane et que les autres se rabattent sur des écoles payantes et privées. Comme s'il s'agissait d'un juste châtiment destiné à réparer les erreurs du passé.

Nous ne nous attarderons pas ici sur une autre auto flagellation qui pour sa part frise l'irrationnel. Puisque vous avez été colonisés par nous, colonisez-nous à votre tour. Le bon sens aurait exigé un : puisque vous n'avez plus voulu de nous chez vous et que nous sommes partis, ne venez pas nous retrouver chez nous. Et pour ce qui est de l'exploitation des ressources, en ne prenant que l'exemple de l'Algérie, ce grenier à blé et autres richesses de la terre s'est bien appauvri depuis que ceux qui l'avaient exploitée sont partis. Il est chez le mesquin un regard qui fait du laborieux non pas le créateur de son produit, mais le voleur de l'oisif.

Pourtant, si on veut se contenter d'analogies, de relations symétriques ou transitives sans jamais traiter le fond des questions, d'autres recoupements et rapprochements sont plus appropriés. Les Juifs sont contraints de quitter la France. Si l'histoire se répète, c'est bien de la façon suivante : de même que les Juifs ont dû quitter tout le littoral sud de la méditerranée, parce que la présence musulmane était devenue trop massive et de fait trop agressive, de même ils doivent aujourd'hui en quitter la partie nord. Et si on veut établir des vérités, des axiomes valables pour toute époque, ce sera plutôt en ce sens, dans la mesure où dès qu'une civilisation arabo-musulmane devient trop prépondérante en un lieu donné, la vie juive devient précaire en ce même lieu. Seul un rapport de force inflexible, ou une minimisation, une jugulation de ce travers expansif de l'islam peut permettre à une société juive de s'épanouir.

C'est un principe qui, soit dit en passant, est à méditer pour les dirigeants d'Israël qui s'entêtent à imposer à leur population un vivre ensemble qui n'a marché ni en Afrique du Nord, ni en Syrie, et qui commence à ne plus pouvoir l'être en Europe. Cette cohabitation forcée ne fait que trop de victimes au cœur même des frontières d'Israël, là où le Juif devrait être en sécurité totale.

Et pour terminer sur une dernière idée irréfléchie qui ne déconcerte que trop les civilisations éclairées, on n'avait jamais envisagé auparavant que la relation de la détestation puisse un jour s'inverser, et qu'un étranger puisse haïr un natif. On a toujours pensé qu'il pouvait tout au plus exister une rancœur, un ressentiment dû à un manque d'amour de l'accueillant (au participe présent dans le texte). Et on avait toujours considéré l'étranger comme inoffensif et sans défense, puisqu'il était désarmé…

Partager cet article

Repost 0
vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
commenter cet article

commentaires