Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 09:03
Quel antisémitisme menace-t-il Israël aujourd'hui ?

Réflexion sur les trois semaines de Pessah à l'Indépendance, en passant par le Yom Ha-Shoah et le jour du souvenir

Proximité de Pessah et du Yom Ha-Shoah :raison technique

De Pessah au jour de l'Indépendance d'Israël, presque trois semaines s'écoulent.

On pourrait pour un peu y voir l'accomplissement d'un processus : de la sortie d'Egypte à l'indépendance en terre d'Israël, une montée qui semble répondre à la descente, en trois semaines elle aussi, qui s'écoule sur trois semaines, de la brèche de la muraille à la destruction du Temple.

Nous l'écrivîmes tantôt, si le jour du 27 nissan a été désigné en Israël pour commémorer la Shoah, c'est que, en 1955, l'année où il a été adopté, la date européenne du déclenchement de la révolte du ghetto de Varsovie dans le calendrier européen a coïncidé avec cette date hébraïque, fixée à partir de ce jour. Et, bien qu'elle eût éclaté à la veille de Pessah 43, sa commémoration ne dépasse dès lors la fin de la fête que de quelques jours. Le travail de Yad Vachem est admirable d'exactitude et de rigueur : chroniques, dates, lieux, identité des victimes, documents officiels, etc., le centre du souvenir de la Shoah rassemble et édite en outre de nombreux ouvrages dès qu'ils touchent au peuple juif et à cette période sombre de son histoire. La créativité des institutions, des écoles, des mairies, des médias même, est intarissable : les cérémonies du souvenir se suivent d'année en année mais ne se ressemblent pas, et chaque fois des témoignages inédits interpellent l'intérêt et l'émotion.

Le Premier ministre, sensible à l'indifférence du monde libre vis-à-vis d'un Iran qui prépare sa bombe atomique, et dont les intentions génocidaires envers Israël ne sont inconnues de personne, exprime à la forme interrogative qu'il déplore que ce même Occident n'a pas retenu la leçon. De la Knesset au Congrès américain en passant par Yad Vachem, il n'a de cesse de prononcer des discours appelant le monde à une prise de conscience. Mais au lieu de se poser la question à l'endroit des autres nations, pourquoi ne pas l'adresser en premier lieu à nous-mêmes ? Qu'avons-nous, de retour sur notre terre, retenu des déboires de notre histoire ?

D'aucuns l'ont dit : la leçon que nous, peuple juif, devons retenir, c'est que personne ici-bas ne nous défendra contre la cruauté la plus diabolique, qui, là où elle ne rencontre pas de soutien ou d'accord tacite, pourra toujours tirer partie de l'indifférence. Forts de cette compréhension, cette leçon, sur le plan pratique, consiste à nous assurer nous-mêmes de notre défense, sans jamais compter sur qui que ce soit d'autre. Or, non seulement le pays d'Israël ne peut compter sur quelque civilisation humaine que ce soit pour être défendu, mais il protège de surcroît en se chargeant de son propre salut bien d'autres nations, à commencer par l'Occident garant en principe ne serait-ce que théoriquement sur son sol des droits de l'homme et du citoyen. En bombardant Osirak, Israël lui a effectivement permis de se mesurer à l'Irak de Saddam Hussein et d'en découdre au second round.

S'il a fallu qu'Israël intervienne pour soustraire l'Occident d'un Irak à l'iranienne, on peut comprendre aisément qu'a fortiori aucune coalition ne l'a jamais défendu. Il a toujours dû se débrouiller tout seul, y compris lorsque des clauses internationales devaient garantir sa sécurité : Nasser ne chassa-t-il pas d'un revers de la main les forces onusiennes, et n'avons-nous pas vu avec quelle facilité le Liban est passé outre la résolution 1701 qui devait garantir le non réarmement du Hezbollah ? Il se pourrait que l'Occident n'ait retenu aucune leçon, mais est-ce le plus important ? Si, aujourd'hui, quelqu'un peut faire évoluer les choses ici-bas, à part Israël, on ne voit pas : Osirak, Qom, Iran, même combat, et, qu'on le veuille ou non, même combattant. Le discours de Netanyahou est vrai et juste, mais notre leçon, c'est que le discours n'a de valeur que s'il sert de préambule aux actes : «Tout celui dont les actes sont plus nombreux que les paroles, ses paroles se réalisent». Le discours n'est à sa place que s'il justifie une action dans un avenir immédiat. Proximité de Pessah et de Yom Ha-Shoah : un message providentiel La proximité du Yom Ha-Shoah et de la Haggadah de Pessah devrait nous interpeler sous un angle nouveau. Laissons de côté l'aspect purement technique du choix de la date, évoqué plus haut. La commémoration de la Shoah, la richesse de la documentation et des témoignages, ainsi que la sanctuarisation et la numération de toutes ces données pour qu'elles ne tombent pas dans l'oubli, malgré leur aspect indispensable à la mémoire et à la prudence qu'elle doit inspirer, reste limitative. Le «plus jamais ça» qui l'accompagne a l'air de vouloir dire : «Il ne faudrait surtout pas qu'un parti nazi, voire portant un autre nom, prenne le pouvoir en Allemagne et remette ça» ; comme s'il s'agissait de la seule menace.

Cette supposition n'est pas vaine : l'Europe reste sensible à toute possibilité de recrudescence du nazisme ou de son extrême droite, alors qu'elle regarde d'un œil condescendant voire bienveillant le nouvel antisémitisme qui frappe sur son sol. A la limite, la menace peut se décliner en : « Attention, l'Iran prend le relai et menace les six millions de Juifs qui vivent en Israël. »

Essayons de nous arrêter un instant sur une phrase que tout Israël a lue à la table du Seder : «En fait, à chaque génération, on se lève contre nous pour nous exterminer, mais le Saint béni soit-Il nous sauve de leurs mains.» Les tentatives de l'époque biblique sont consignées comme leur nom l'indique dans la Bible. Toutes ne font pas l'objet d'une commémoration. Si la délivrance de l'oppression pharaonique et la tentative d'Aman sont célébrées à Pessah ou à Pourim, voire quotidiennement pour la première dont le récit est chanté à l'office du matin, l'annulation de la menace de Sennachérib, à l'époque du roi Ezéchias, se confine dans le texte. Les Sages du Talmud le regrettent, car ce dernier roi aurait bien pu, s'il avait entonné un cantique, mériter d'accéder au niveau de roi rédempteur, et répondre à l'aspiration messianique d'Israël. D'autres tentatives retiennent moins l'attention de l'opinion israélienne, bien qu'elles soient profondément ancrées dans la conscience collective nationale. Contentons-nous de citer la terrible épreuve des croisades et de l'inquisition. Il apparaît donc que la leçon que nous avons à tirer des vicissitudes de l'exil n'est pas de nous méfier en particulier de l'Espagne ou du Portugal, de l'Allemagne ou de l'Ukraine, mais d'identifier sans nous tromper d'où vient le danger : la Haggadah nous enseigne qu'à chaque génération, on se dresse contre nous.

A nous de trouver à quoi ce pronom indéterminé se rattache. Ensuite, il nous faut ne pas oublier la proposition principale. «A chaque génération», on peut aussi traduire «époque», c'est le complément circonstanciel de lieu. L'essentiel, c'est que D. tire les ficelles de l'histoire, sans quoi «la brebis ne pourrait survivre au milieu de soixante-dix loups». Aujourd'hui, le Portugal propose la nationalité de son pays aux descendants des Juifs martyrisés par ses ancêtres. Juan Carlos, en 1992, soit cinq cents ans après l'expulsion des Juifs d'Espagne, a officiellement demandé pardon à l'Etat d'Israël. L'Allemagne lui verse des indemnités, et fait tout pour éduquer ses jeunes générations pour qu'elles prennent conscience du terrible chaos provoqué par ses crimes. Bien entendu, tout cela n'enlève rien au devoir de mémoire. Et il est tout aussi évident qu'il ne faudrait pas se laisser attendrir, en se figurant qu'aujourd'hui tout le monde est gentil, et que l'on pourrait remettre ça comme en l'an quarante, en se réinstallant dans ces pays qui ont (ou auraient) définitivement compris qu'ils n'ont aucune raison d'en vouloir en Juifs. (Or, quel pays opte pour une toute autre attitude ? le Maroc. Son souverain vient de se déclarer prêt à supprimer la nationalité marocaine aux Juifs repartis de son pays pour Israël. Ce pays n'a en effet jamais renoncé à ses vues sur la capitale éternelle du peuple juif. )

Sans chercher à se faire l'avocat de toutes ces nations qui ont persécuté les Juifs, on peut se poser la question suivante : à quand remonte la dernière fois qu'un nazi a tué un Juif, qu'un Espagnol a fait monter un Juif sur le bûcher ? Il ne s'agit bien entendu pas d'être trop confiant, mais le danger aujourd'hui est-il identifié réellement ? Les Allemands ont tout fait pour exterminer les Juifs jusqu'en 1945, mais en 1948 ils ont reconnu l'Etat d'Israël. Les crapules les plus dures qui se trouvaient à leur tête ont été tuées pendant la guerre, jugées et condamnées au procès de Nuremberg, ou se sont enfuies pour continuer à faire le mal en Amérique latine. Si Eichmann y a été arrêté, d'autres y ont fait de vieux os. Elles sévissent encore aujourd'hui : c'est à Buenos Aires qu'a été perpétré l'un des attentats antisémites les plus destructeurs de l'époque post-armistice, en 94, et c'est toujours en Argentine que le pouvoir n'a pas la conscience tranquille quand à l'assassinat tout récent du juge Nisman qui diligentait l'enquête et devait mettre en cause la présidente Kirchner. Plus de vingt ans après les faits, il semble bien que l'Iran impliqué profite d'une complicité tacite en Amérique latine, ce qui abonde dans le sens du passage des disciples du nazisme sous d'autres cieux.

Les Arabes, qui ont prêté main forte aux Allemands de l'époque hitlérienne, n'ont à aucun moment exprimé le moindre regret, ni en 48, ni encore aujourd'hui. Avec 31 victimes en Israël, entre le soixante-sixième et le soixante-septième anniversaire de son Indépendance, l'antisémitisme y reste le plus virulent dans le monde. Le danger n'a pas décru, et leur position reste globalement la même depuis l'entente entre le mufti Amin Husseini et le leader nazi. Aujourd'hui encore, le leadership arabo-musulman est partagé entre le déni de la Shoah – pas question de faire ressortir la déshumanisation des antijuifs – et la jubilation – quelle réussite admirable ! Et un Iran d'obédience musulmane peut simultanément nier la Shoah et lancer un concours de caricatures sur le sujet.

Le danger antisémite aujourd'hui

Si le dernier assassinat d'un Juif par un Allemand peut remonter à soixante-dix ans en arrière, le dernier assassinat d'un Juif par un Arabe remonte quant à lui à moins d'une semaine. Mais les yeux restent fermés sur l'avertissement pourtant clair de la Haggadah: il y a deux générations, le «on» qui cherchait à nous détruire était l'Allemand, aujourd'hui, il s'agit de l'Arabe. Dès que celui-ci en a eu les moyens, il n'a pas eu besoin de chambres à gaz pour tuer des Juifs : il a suffi du relâchement de la vigilance, due à l'euphorie hallucinatoire des accords d'Oslo, pour que des autobus ou des salles de restaurant fassent l'affaire. Pourquoi faut-il que le danger menace six millions de Juifs pour que nous commencions à nous réveiller ?

Les Allemands ont anéanti six millions de Juifs, l'Iran menace d'en faire autant. Pourquoi un jeune Juif assassiné parce qu'il est juif n'émeut pas plus que ça l'Etat d'Israël? Les valeurs de notre morale ne nous enseignent-elles pas qu'un seul être humain vaut tout un monde ? Si même chez les nations l'on proclame : «Qui vole un œuf vole un bœuf», qu'est-ce qui empêche Israël de proclamer : «Qui vole la vie d'un Juif vole la vie de six millions de Juifs»? La fixation quasi exclusive sur l'Allemand des années quarante, et le silence au regard de la considération de la haine du monde arabe contre Israël, nous montre une fois encore que nous ne sommes pas prêts à comprendre le message de la Haggadah sur chacune des générations de notre histoire. Tel chasseur de nazis ou gouvernement démocratique a réussi à rattraper tel nazi âgé de près d'un siècle, et on le félicite, au moment même où des tueurs de Juifs d'aujourd'hui obtiennent en masse la grâce présidentielle. où ? Au sein même de l'Etat juif.

Penchons-nous à présent sur le traitement radicalement opposé, chez les victimes potentielles, des milieux desquels proviennent les assassins de Juifs. Il arrive certes que tel assassin haineux soit tué au moment où il perpètre son forfait. Mais que devient le terreau qui le fait pousser, comment considère-t-on la nébuleuse ou l'eau savonneuse d'où les tueurs s'échappent tels de nouvelles planètes ou des bulles de savon ? Cette population est inlassablement mise hors de cause, choyée, dorlotée, plainte à l'avance d'avoir à subir l'image que ne manquent pas de projeter sur eux les tueurs de Juifs. On traite l'Allemagne des années 30 et 40 en expliquant comme de bons sociologues comment le contexte de propagande et de haine a produit des individus inhumains prêts à achever à coups de crosse des civils épuisés dans des camps. Mais jamais on ne soulève le problème analogue qui fait qu'un Arabe peut aujourd'hui prendre un couteau ou une voiture et se précipiter sur un jeune couple sur le point de se marier, à Tel-Aviv ou à Jérusalem, avec non seulement l'intention de semer le malheur mais également de limiter la natalité des Juifs.

Les victimes et leur entourage sont transformés maladivement en responsables de la haine qui les touche. «Si vous ne les haïssiez pas autant, jamais ils n'en viendrait à de telles extrémité». Cette allégation, l'entend-on aujourd'hui vis-à-vis des Allemands de la période 33-45 :«Si vous, les Juifs, ne les aviez pas autant haïs et méprisés, jamais ils n'auraient projeté la solution finale»? La position unanime des médias dans le déni de l'antisémitisme actuel D'une victime du nazisme, tous les médias sont à l'unisson pour dire ou écrire : «Untel, assassiné par les Allemands.» D'une victime de l'islam, on dira et écrira : «Untel, mort dans un attentat». Perpétré par qui ? «Chut… pas de provocation.» Pour le premier on ajoutera la mention : «Que D. venge son sang» ; et pour le second : «Que son souvenir soit béni.» En principe, dans la tradition rabbinique, la première formule suit le nom d'un Juif assassiné pour sa judéité, la seconde en cas de décès provoqué par un autre facteur. Or, si malgré tout on se conforme à ce principe et que l'on dise ou écrive : «Untel, assassiné par les Arabes, que D. venge son sang», on entendra s'insurger et se rengorger les moralisateurs de service : «Il ne faut pas généraliser, il y a parmi eux des gens très bien».

Et le comble, l'auteur de la formulation pourra même être accusé de racisme !!! Autre formule qui vient endormir les cerveaux : si, partout dans le monde, les actes antisémites sont dénoncés comme tels, on fera en sorte en Israël de donner l'impression qu'il ne saurait en être question. Les journaux, toutes tendances politiques confondues, titreront : «attentat de motivation nationaliste». Mais au nom de quelle nationalité ? Les tueurs de Chalom Cherki הי"ד et des hommes en prière à Har Nof n'avaient-ils pas été acceptés les bras ouverts par Israël, qui leur a accordé dès leur naissance la nationalité et tous les droits que ça implique ? Et pourtant, les mêmes accusateurs qui n'hésitent pas à qualifier de racistes ceux qui appellent un chat un chat acceptent paradoxalement peut-être que l'on accuse toute l'Allemagne dans un même amalgame. Certains diront qu'ils ne supportent pas la langue allemande, en raison de ce qu'il s'y est passé, mais ils n'auront rien à redire contre l'arabe, l'espagnol, le portugais, l'italien petit-fils du latin de Titus ou encore le français de Laval et des croisés. La question peut et doit être posée : qu'est-ce qui fait que le contexte arabe qui produit les assassins les plus abjects de notre époque est tellement ménagé, alors que l'on considère n'importe quel Allemand d'un regard lourd de sens ?

Pourtant, il y a eu en Allemagne des gens qui ont caché des Juifs, et des citoyens allemands qui ont été pourchassés par le régime nazi tout comme aujourd'hui des Arabes sont pourchassés, torturés et exécutés par d'autres Arabes. Quand le tribunal décide que les Juifs ont tout à fait le droit de prier sur leur lieu le plus saint, la police enfreint sa décision pour éviter l'embrasement. Serait-ce à dire que l'on obtiendrait tout avec la violence ? en d'autres termes, aurions-nous appréhendé la nation allemande avec plus de respect et de circonspection, si le dernier assassinat d'un Juif par un Allemand s'était produit avant-hier ?

Partager cet article

Repost 0
vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
commenter cet article

commentaires