Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 21:48
Pourquoi Charlie Hebdo ne s'est pas protégé

La France de demain ? Quelle France de demain ?

Beaucoup estiment que le journal Charlie Hebdo aurait pu prévenir l'attaque soit en déménageant dans un lieu plus sûr, soit en blindant ses locaux. A l'instar des institutions israéliennes menacées sur le sol français, il aurait dû installer une entrée à double-porte blindée avec un sas où un garde campé de côté derrière une vitre pare-balles interroge et examine les arrivants. C'est ainsi que le volontariat civil a pu accueillir des citoyens on ne peut plus simples qui ont pu se sentir un instant plongés malgré eux dans une affaire d'espionnage.

Pas de discrimination chez les caricaturistes

Mais peut-être le journal se sentait-il à l'abri des attaques physiques, comme protégé par une sorte de neutralité qui le faisait s'attaquer à toutes les religions sans distinctions, sauf peut-être envers une religion assez particulière, dans la mesure où elle représente en sus d'un culte un peuple et un Etat. Ce léger déséquilibre au détriment des valeurs d'Israël aurait logiquement dû inciter certains caricaturés, qui auraient pu se délecter de dessins comiques allant jusqu'à donner raison à un mouvement terroriste adulé, le Hamas, au détriment d'Israël, à camper sur une position de non-agression. L'hebdo tape sur tout le monde, il n'y a donc pas de raison de se sentir particulièrement visé.

Penchons-nous à présent sur le cas des Juifs. S'ils sont haïs assez unanimement par l'i-slam ou en tout cas par ses représentants officiels, mais ouvertement largement moins par le catholicisme, leur pays l'est par les deux. L'antisionisme représente cette facette de l'antisémitisme en général qui est tout à fait tolérée aussi bien en Europe éclairée que dans le monde musulman. La France a tellement pris l'habitude de comprendre et cautionner la haine d'Israël – entendez le pays – qu'elle se montre on ne peut plus tolérante lorsque des manifestants aux tendances émeutières voire meurtrières, motivés par ce qui ne saurait être autre chose que de l'antisionisme, se laissent aller à des débordements d'abord verbaux qu'elle ne considère tout au plus que comme des écarts de langage, et que sa liberté d'expression légendaire autant que sélectivement débonnaire ne saurait interdire. Crier mort aux Juifs parce que l'on est énervé par ce qui se passe en Israël par identification au mouvement terroriste qui bombarde les civils jusqu'à Tel-Aviv et Jérusalem se conçoit tout à fait ; ce n'est pas un vrai «mort aux Juifs». Ce n'est pas ce qu'ils veulent dire. C'est tout au plus un lapsus non révélateur secondaire, circonstanciel, dicté par la conjoncture. C'est un «mort aux Juifs» tolérable, et puis Israël est un pays tellement méchant…

Qu'est-ce qui fait la différence entre le «mort aux Juifs» arabo-islamique et le «mort aux Juifs» classique ?

La culture qui marque la mémoire collective et met en exergue les traitements terrifiants subis par les Juifs en Europe ignore délibérément les exactions non moins terrifiantes perpétrées contre eux au Maghreb ou dans certaines contrées orientales. C'est ce qui établit une distinction entre un «mort aux Juifs» européen, considéré à raison comme extrêmement dangereux, et un «mort aux Juifs» bon enfant dont les personnes visées ont tort de s'alarmer.

Et pourtant, lorsque le second s'avère non moins meurtrier que le premier, quand moins de six mois séparent d'une part les slogans pro-Hamas et l'inquiétude bien réelle des fidèles de la rue de la Roquette, et d'autre part les tueries de l'hebdomadaire et du supermarché cachère, le président français ne trouve rien de plus urgent que de déclarer que les premiers à souffrir de la situation préoccupante ne seraient autres que les… musulmans, qui risquent d'être stigmatisés pour leur appartenance pourtant fortuite à la religion qui perpètre les crimes un peu partout dans le monde, sauf peut-être au Groenland.

Le premier ministre français, de son côté, ne sait pas non plus sur quel pied valser. Il invective les gardes de Netanyahou dans un lieu de culte où le moindre respect exige la retenue ; puis il se met à évoquer l'importance de la place des Juifs en France ; désigne sans peur ni reproche l'antisémitisme islamiste, reconnaît que la cause dite palestinienne alimente l'antisémitisme avant de confirmer pour finir que son pays n'éprouvera pas le moindre remord pour l'erreur ou la faute d'avoir soutenu encore une fois ladite cause par le vote de la France en faveur d'un Etat terroriste à la demande du patron du Fatah. Alors, M. le Premier ministre, en quoi la France sans ses Juifs ne serait plus la France ? Elle mourrait d'ennui, faute de pouvoir s'organiser en deux camps, dreyfusards et antidreyfusards, par exemple, ou pro sionistes et antisionistes ?

France d'aujourd'hui ou France de demain ? La réaction à l'islamisation est-elle trop tardive ?

Mais contrairement à une classe dirigeante qui veut noyer le poisson, certains politiciens ou intellectuels semblent se réveiller, tirer la sonnette d'alarme, tels ces deux élus de gauche pour qui le laxisme envers la menace de l'islamisation était à mettre sur l'immense force d'absorption d'une France qui en une ou deux générations était habituellement capable de gommer les différences de cultures et de cultes pour que tout se fonde harmonieusement en ce seul et même creuset de la culture française démocratique et républicaine. On peut lire des phrases percutantes chez les défenseurs des valeurs de tolérance du type : «Si nous ne préservons pas la France d'aujourd'hui, nous ne pourrons garantir le caractère de la France de demain.» Mais il faut croire que la France d'aujourd'hui n'est autre que la France de demain, ou alors que la France a déjà un pied dans demain. Elle se divise en deux pays, la réaction à la tuerie de Charlie a agi comme un révélateur argentique. Il y a une France républicaine en gros préservée : celle des pancartes du «Je suis Charlie » ; et une autre France, celle des pancartes du « Je suis Kouachi » (que l'on pourrait lire sans rire : Quoi? Chie, sans rabaisser le niveau du présent exposé). Peut-être que les intellectuels précurseurs de l'avenir veulent-ils déjà dire que la France de demain pour laquelle ils s'inquiètent se réduit d'ores et déjà au territoire des «Je suis Charlie.»

La difficile condition des Juifs : sont-ils ou ne sont-ils pas Charlie ?

Et les Juifs, dans tout ça? Sont-ils Charlie, du moment qu'il est certain qu'ils ne sont pas Quoi… ? Qui n'a fait le rapprochement entre les anagrammes en lettres bibliques d'Israël et de Charlie ces derniers jours ? Qui n'a brandi la similitude des deux graphies hébraïques discernables même par les non-hébraïsants? Dans les circonstances particulières qui jettent les Français qui gardent la tête haute dans le même panier que les Juifs, dans cette théorie des ensembles, l'islam conquérant devient l'ennemi commun. Or, comme nous posions dans le passé la question, les ennemis de mes ennemis sont-ils nécessairement mes amis? Pourrions-nous sans risque d'erreur établir une théorie des ensembles qui mettrait sur un pied d'égalité Charlie et Israël? Charlie, détesté à mort par l'ennemi des Juifs, deviendrait-il l'ami des Juifs? D'ailleurs, les membres et sympathisants qui colonisent Gaza et prônent le génocide sont persuadés à plus de 80% qu'Israël est derrière Charlie Hebdo. Un député arabe a même joué les caïds en menaçant le libraire Steimatsky s'il ne retirait pas le journal français de la vente. Après tout, deux des victimes sont juives, bien que leurs corps n'aient pas été rapatriés à Jérusalem, mais c'est une autre question.

Quoi qu'il en soit, méfions-nous des apparences. Sur le plan de l'écriture, une graphie du même type rapproche, toujours en hébreu, des termes aussi éloignés sémantiquement que la tradition et l'enfer, la première (מנהג) devant préserver du second (גהנם) (excusez la différence provoquée par le ם final).

Sans Juifs, pas d'antisémitisme ?

Nous connaissons tous la théorie suivante sur la fin de l'antisémitisme comme l'a montré l'exemple de la Pologne. A partir de quel moment la Pologne a-t-elle cessé d'être antisémite? A partir du moment où non seulement ses trois millions de Juifs ont été anéantis, mais aussi après que les quelques rescapés revenus sur son sol en eurent été chassés. Pas de Juifs, pas d'antisémites! C'est d'une même démarche que relève la déresponsabilisation de l'islam en tant que religion par le président français Hollande. Pour lui, la principale menace consiste dans la dessillassions des yeux de l'opinion non musulmane qui pourrait ressentir un rejet généralisé contre tout ce qui se rattache à l'islam de près ou de loin.

C'est toujours la faute des victimes : des Juifs, nous l'avons vu, car sans Juifs pas d'antisémitisme ; et des Français blancs. Aujourd'hui, français ou juif sont des termes qui servent d'insultes dans les cours de récré des écoles largement fréquentées par la tierce partie de la population, autrement dit presque toutes les écoles publiques. Le Français de souche irrite l'islamiste. Pour éviter cette profonde et violente irritation, la solution serait que le Français de souche n'existe plus, ou qu'il se fasse à défaut tout petit. Pas de Français, pas d'anti-France! Hollande est certainement sincère dans son analyse. On ne saurait le soupçonner de lorgner sur les voix des islamistes pour 2017, car chacun sait que ce serait la dernière fois qu'un non-islamisant pourrait à ce rythme exponentiel être élu à la tête de la France, tant que le territoire «Charlie» et le territoire «Quoi etc.» restent étroitement jumelés. A moins de le soupçonner de courte vue, ce qui serait malhonnête. Ou alors de le soupçonner de vouloir suivre le modèle de Ben-Ali et de partir au dernier moment avec un maximum d'argent dès le jour où ça bardera… pour lui.

La présence du Juif est-elle de la provocation ?

Les pro-islamistes ont dans leur arsenal un argument abasourdissant. Les accords d'Oslo, connus sous le nom largement admis d'accords de paix, ainsi que les concessions israéliennes, étaient à première vue le prix à payer par Israël pour la reconnaissance du droit à son existence par ses ennemis acharnés, qui étaient censés d'après Pérès et d'autres penseurs n'attendre que cela pour la paix. Mais pour certains, Israël aura toujours tort, et au lieu de blâmer ou au moins déplorer la terrible recrudescence de la promotion de la solution finale par l'Olp et ses islamistes qui brûlaient sans même les déporter les Israéliens par bus ou restaurant complet tous les deux jours, ils ont rétorqué : «Ils ont peut-être continué à se faire exploser au milieu des civils, mais les Juifs ont continué à construire.» Que signifie ce parallélisme ? A nouveau, le Juif, en existant, agresse l'antisémite. A la rigueur, en serrant les dents, l'antisémite aurait pu se contenter de la quantité de Juifs déjà existante ; mais la voir s'agrandir, s'affermir, s'étendre sur la terre d'Israël et la faire refleurir, alors qu'il l'avait cru définitivement désertifiée de la présence juive, c'est absolument insupportable.

~~Le mufti Husseini s'était plaint auprès d'Hitler du danger qu'il voyait dans le maintien en vie de 4500 enfants juifs de nationalité bulgare (il s'adresse en 43 à von Ribbentrop, nous y reviendrons b.n lors d'un prochain développement), qui devaient être rapatriés en Palestine munis de papiers en règle des autorités de ce pays. L'arrivée de ces enfants était selon lui une menace existentielle pour le monde musulman. Aujourd'hui, dans la même optique, certains ne supportent pas de voir des âmes, peut-être celles de ces enfants que le mufti avait réussi à remettre à l'ordre du jour et à faire exterminer, s'établir à Jérusalem et y vivre dans la paix et la sécurité.

Une caricature qui aurait dû apaiser les islamistes

Peut-être que Charlie, en se faisant le porte-drapeau, ou le porte-caricature de cette vision des choses, pensait-il échapper à la haine active de la religion doctrinale de Husseini. Un Juif qui veut vivre, croître, apporter des enfants qui une fois grands auront besoin de nouveaux appartements et constructions, est-ce du terrorisme? Selon Husseini et tous ceux qui allèguent que sans Juifs il n'y aurait pas d'antisémitisme, il faut croire que oui. Et les maisons dont les Juifs ont besoin pour s'établir, les jardins, les arbres, la reculée du désert, tout cela est assimilable à du terrorisme, au point d'être considéré comme bien plus préoccupant que les ceintures de bombes islamiques. Il suffit pour le constater de compter les résolutions anti-israéliennes chaque fois que les Juifs veulent construire une maison de plus chez eux, ce «chez soi» que d'aucuns voudraient voir rattaché au territoire infini de l'i-slam, et l'absence de résolutions contre ceux qui produisent les attentats contre ces mêmes Juifs.

Charlie, donc, il n'y a pas si longtemps, affichait sur la gauche de l'un de ses dessins un Juif, tel que le présentent les caricaturistes du monde arabe, avec barbe, papillotes, costume et chapeau, entouré d'une ceinture d'immeubles en miniature. Sur la droite, il dessinait un islamiste avec une ceinture de dynamite. Cet os conséquent jeté en pâture à l'islam n'a pourtant pas mis son quartier général hors d'atteinte de cette religion de… paix? Aurait-il fait le même dessin du Juif en remplaçant la ceinture d'immeuble par la ceinture des quatre mille enfants s'il avait été contemporain de Husseini ?

~~Mais n'enfonçons pas Charlie en ces jours terribles. L'exégèse qui précède de son dessin n'est certainement que celle qui doit être prise au premier degré: un Juif qui vit, qui peut s'étendre, c'est un crime qui éveille par réaction un autre crime qui, sans un manque total de choix, n'aurait pas été si terrible. Cette compréhension au premier degré est certainement celle que perçoivent les antisémites qui voient dans le Juif le responsable de leur haine. Mais au second degré, le message est le suivant : «Comment, vous oseriez mettre la vie, le bonheur, la prospérité, la paix, sur le même plan que ceux qui sèment la mort, la terreur et la désolation?»

Partager cet article

Repost 0
vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
commenter cet article

commentaires