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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 12:40

La marche d'Hollande sur les pas de Mitterrand a-t-elle de quoi rassurer?

1 Les points communs

a. Mitterrand

~~On ne peut s'empêcher à première vue d'établir un rapprochement entre la conduite du président Hollande et celle de son ancien prédécesseur, Mitterrand. Tous deux sont descendus dans la rue pour protester contre le terrorisme et les attaques antisémites. Si Mitterrand semble avoir suscité une mobilisation qui a mis un terme pour plusieurs décennies aux attaques néonazies les plus terrifiantes, on est en droit de se demander s'il en sera de même pour la marche d'un Hollande face aux attaques musulmanes. Hollande, certes, peut sembler s'inscrire dans la continuité de Mitterrand et passer pour son fidèle héritier. Comme lui, il représente la gauche socialiste, c'est-à-dire les classes populaires, et comme lui, il descend dans la rue conséquemment à une grave atteinte portée à la liberté de pensée mais aussi à la minorité juive de son pays. Le premier réagit à la profanation du cimetière juif de Carpentras, le second défile deux jours après la tuerie dans l'épicerie cachère de Vincennes. La première atteinte à la dignité humaine a quelque chose d'atroce.

En ce début mai 90, la profanation des tombes n'est pas ordinaire, s'il peut être permis de s'exprimer ainsi. Elle ne se contente pas de graffitis injurieux et de quelques faits de vandalisme. Le corps d'un homme dont les obsèques se sont déroulées quinze jours plus tôt est retrouvé exhumé et allongé sur une tombe voisine. L'émoi se propage jusqu'au sommet de la classe politique, tant et si bien que le président en fonction et ses ministres marchent au coude à coude dans la rue, de République à la Bastille. Alors que l'enquête ne fait que commencer et qu'elle piétine, l'aile droite du paysage politique, le FN, est désignée comme responsable. Le bruit autour de l'affaire est tellement fort qu'il peut sérieusement endiguer la progression de cette étoile politique montante. Elle est aussitôt identifiée dans un amalgame conjoncturel avec les vieux démons européens qui ne doivent en aucun cas remonter à la surface.

Or, bien que le dénouement tardif n'ait pu que le dédouaner, ce parti a tout de même été largement disqualifié et n'a pas pu sceller d'alliance avec la droite. Les responsables de Carpentras sont bien des autochtones, mais non affiliés à une formation politique. Leurs sympathies pour le nazisme et leur antisémitisme sont mis en exergue et dénoncés sans complexes par le pouvoir politique et médiatique. Quoi qu'il en fût, les élus n'étaient pas tombés loin, dans la mesure où ils ne s'étaient pas trompés en identifiant un motif antisémite et xénophobe made in France. La motivation de la marche de Mitterrand est à juste titre fondée sur la condamnation d'un racisme, d'un antisémitisme et d'une intolérance d'origine locale. De surcroît, le pouvoir étatique ne peut rien se reprocher sur le plan de la propagande médiatique. Il n'a pas montré de complaisance vis-à-vis de l'antisémitisme d'obédience néo-nazie. Le nazisme ne fait pas l'objet d'éloges, et les Juifs ne sont pas montrés du doigt.

b. Hollande

Quant à l'affaire de la supérette cachère, elle s'inscrit dans la continuité du massacre des enfants et du père de famille d'Ozar Hatora, à Toulouse. Il est permis de supposer que les exécutions à bout portant de citoyens désarmés par un musulman excité n'auraient pas provoqué un tel choc au sein du pouvoir et de l'opinion sans la douloureuse ouverture des yeux d'un public réveillé d'une longue hibernation par le carnage qui a vu succomber sous les balles de l'islam les caricaturistes qui comptent parmi les plus illustres du paysage culturel de la France.

Tant que la minorité juive servait de sacrifice expiatoire, le Français moyen pouvait se sentir protégé. Le Juif est son bouclier vivant ; il est courageux ou coupable de rester fidèle à son D. et à ses préceptes. L'adhésion du Juif à sa loi est une insulte pour l'islam. Le Français moyen n'adhère à rien d'autre qu'à son confort et sa tranquillité. Il sait qu'il reste représentatif des valeurs prônées par son pays depuis la révolution, qu'il reste attaché affectivement à quelques célébrations chrétiennes laïcisées autant que sans conséquences ; sa manière de vivre ne représente ni une religion, ni une idéologie.

De toute façon, il peut se cacher derrière le Juif. Le massacre des auteurs du neuvième art a été pour lui une douche froide, un cinglant démenti à cette façon de voir ou de ne pas voir. Le Français classique ne représente rien de plus qu'une minorité chrétienne, analogue à celles de l'Orient, aux yeux d'une religion qui ne tait pas ses exigences.

On a longtemps tenté de minimiser l'impact des attaques de l'islam contre l'Europe. Le cri de guerre de la religion musulmane de ces dernières semaines a été considéré comme la preuve que les auteurs d'attentats à la voiture bélier ou au couteau ne seraient que des fous agissant seuls, et surtout ne s'inscrivant pas dans un large mouvement de déstabilisation de la paix des pays libres. Le déferlement d'attaques islamistes n'a été pris que pour un concours de circonstances, comme si plusieurs fous atteints d'une même défaillance avaient agi coup sur coup sans concertation aucune, et sans qu'une idéologie ne les ait rapprochés. La marginalisation des cas d'agressions est restée automatique, malgré leur prolifération. Mais lorsque dix-sept personnes sont exécutées par des tribunaux islamiques ambulants, et désignés on ne sait pas très bien par qui, lorsque tout ce qui n'est pas islam est attaquable par l'islam, la vertigineuse ampleur du danger devient brutalement tangible, perceptible. Et alors, le président descend dans la rue.

2. Les différences

Jusqu'à présent, nous avons vu ce qui rapproche les démarches des présidents précités. Passons à présent à ce qui les différencie. A l'époque des faits de Carpentras, le président s'en était pris à l'extrême droite française d'une façon si violente et intransigeante, et surtout au leadership lepéniste, que ce parti s'en est plaint et a organisé ses propres manifestations de protestation. Le pouvoir, dans sa dénonciation de l'intolérance, avait mis les bouchées doubles sans reculer devant l'extrême droite, même avant la moindre production de preuves incriminantes. Il n'a pas craint d'exagérer. La lutte entre partis politiques locaux est de bonne guerre, et l'extrême-droite n'est pour finir qu'une des facettes du paysage politique national. Elle représente donc un adversaire qu'il est légitime de combattre, quitte à le diaboliser tout en se disant qu'il n'est pas bien méchant.

Nous aurions pu nous attendre à un raisonnement par a fortiori chez Hollande. Ici, l'enquête n'a pas piétiné. La situation n'a été à aucun moment dans le flou. Les progrès de l'enquête ont été foudroyants, l'identité des tueurs, leur motif, leur idéologie ; tout a tout de suite été révélé si bien qu'à aucun moment il n'a été possible de se résigner à l'inactivité par manque de pistes ou de preuves. Au moment de la tuerie d'Ozar Hatorah, le réflexe consistant à condamner les idéologies même adoucies ou dormantes de l'extrême droite avait fonctionné, le temps d'identifier la bête islamique. Car il s'est avéré assez vite qu'on n'avait à faire en l'occurrence ni à un groupe néonazi apolitique, ni à une quelconque affiliation ou identification à l'extrême droite du FN. Le château de cartes FN s'est écroulé. Mais, comme par enchantement, toute l'énergie, l'indignation, la verve, et tous les principes, au lieu d'être redirigés contre la véritable motivation du tueur Mérah, c'est-à-dire l'islam, se sont tus, désamorcés, plongeant toute une catégorie de politiciens et de dirigeants dans un état chaotique semblable à celui qui touche certains soldats immobilisés et neutralisés par l'état de choc produit par des situations de guerre.

Le raisonnement bien rodé qui conduisait à dire : non à l'antisémitisme, non au FN, n'a pas aussi sec biffé la mention FN pour la remplacer par la mention islam ; pareil pour la tuerie du journal et de l'épicerie. Le pouvoir, les médias, l'opinion… tous se mettent des œillères, limitent leur champ de vision et de discernement. Coulibali redevient un cas isolé, exactement comme le fut Merah, ou Kelkal qui fit exploser le RER et tua sept innocents qui ne rentrèrent jamais chez eux dans la vallée de Chevreuse. Le cas est isolé. Il est social ; il résulte de toutes sortes de circonstances atténuantes pour les uns et exténuantes pour les autres. Au point que l'on en éprouve une profonde peine pour cette pauvre religion et ses malheureux adeptes, calomniés par le geste des assassins, et risquant une injuste diabolisation. Est-ce que, si la société avait eu maille à partir non pas avec des musulmans mais des néo-nazis, fussent-ils non affiliés au Fn, le nouveau président François aurait invité l'extrême-droite modérée, et les moins modérés néo-nazis de France et d'Allemagne, et des autres pays du monde, à marcher avec lui au coude-à-coude?

L'attitude de Hollande aurait ressemblé à celle de Mitterrand si, à son époque, Mitterrand avait convié le Pen et les dirigeants de son parti à la marche contre l'antisémitisme et l'intolérance. Pourtant, il eût été de bon ton que Mitterrand l'invitât, le Pen ayant lui-même blâmé les profanateurs alors encore inconnus de Carpentras. A contrario, ce qu'aurait pu se dire Hollande, en raisonnant encore une fois par a fortiori, c'est que si Mitterrand n'a pas invité le Fn, alors que celui-ci ne prônait pas l'antisémitisme, ni la profanation de sépultures ou de tout autre élément rattaché au culte israélite, il ne devait quant à lui à plus forte raison pas inviter de personnalités politiques appelant au meurtre de Juifs ou d'Israéliens, ou menaçant et maudissant d'honnêtes caricaturistes.

Or, Hollande se rend coupable d'un terrifiant amalgame. Les tueurs de Charlie sont invités à se mélanger avec ceux qui s'identifient aux victimes de Charlie, à marcher côte à côte, main dans la main. On n'aurait certainement vu ni Mitterrand ni Hollande verser une larme pour le FN, murmurer une complainte lyrique du genre : «pauvre FN, pauvre parti de bonne foi qui ne veut que le bien des Français. Mais nous sommes solidaires, aucun cas social isolé qui a mal interprété les nobles intentions du Fn ne parviendra à nous pousser à le haïr.»

Par contre, une telle attitude devient normale si on remplace le concept de néo-nazi par celui de l'islam. «Hein que vous êtes une gentille religion de paix? Pauvre gentille religion et pauvres gentils adeptes. Mais nous sommes solidaires, et, même si les cas se multiplient, aucun cas isolé qui a mal compris les principes de cette gentille religion ne parviendra à nous pousser à la haïr.» C'est incroyable à quel point le jugement et la jugeote peuvent s'inverser selon l'auteur d'un acte. Je comprends maintenant pourquoi le bac se passe sous nom couvert. Sinon, à la question : «Il est bon ce devoir? Quelle note mérite-t-il?», on répondrait : «Attends voir le nom du candidat!»

Eh oui! Dès qu'il s'agit de l'islam, on est désarmé au sens littéral du terme. On perd le goût de se battre, et surtout, on veut à tout prix le rattacher à un concept de paix, «chalom, salam». Vous connaissez? Et comment! Pourtant, le préfixe i (i-slam) gêne un peu, tout autant que le in est gênant, quand ils sont placés avant des termes comme réversible, curable, possible… La marche de Hollande avait quelque chose de magique, de fabuleux, de plus fort que les contes de Grimm ou de Perrault réunis, qui n'auraient peut-être pas eu assez de fantaisie pour imaginer pareille situation. Il y a le président français et toute sa suite, le Juif israélien Netanyahou, un dirigeant terroriste roitelet d'un territoire interdit aux Juifs, Ramallah, un recteur de mosquée influent qui avait prédit la fin tragique de la liberté à la française.

Cette fresque de la république, qui semble avoir mis tout le monde d'accord, est digne du happy end d'une grande production américaine en technicolor. C'est peut-être ce qui justifie précisément l'absence des dirigeants américains. Depuis leur sortie d'Irak, ils savent que l'histoire avec tout ce qu'elle a de moins drôle commence après que le The End s'affiche. Pour mettre la dernière touche à l'absurde, il ne manquait à cette marche que les groupuscules avec leurs kalachnikovs. Mais cette touche aurait risqué d'être la goutte qui fait déborder le vase, le doux rêve aurait laissé place à un sursaut républicain de colère. En faisant participer des gens qui avaient dit «qu'ils crèvent» en parlant de l'équipe de l'hebdo, des gens qui avaient «compris» et justifié prémonitoirement la tuerie, sans être le moins du monde inquiétés par la justice pour incitation au meurtre et à la violence, on a laissé des noms emblématiques, tels Cabu et Wolinski, s'éteindre doublement. Ce ne sont pas seulement les hommes qui ont été privés définitivement de leur droit de pensée, de parler et de dessiner, mais ce sont les principes-mêmes de ce que la démocratie française veut dire qui ont cessé d'exister.

3. Du Fabius de Mitterrand au Fabius de Hollande

Le Fabius de Hollande a une attitude bien frileuse. Il ne se contente pas de refuser de voir dans les actes de guerre contre des innocents un principe général de l'islam ; il va jusqu'à refuser que le nom de cette religion soit cité, même quand les tueurs revendiquent leurs tueries en son nom, de peur que l'opinion ne fasse le rapprochement. Pourtant, lorsqu'un rassemblement devait à Paris représenter les musulmans qui ne voient pas dans leur religion la poursuite et l'exécution de l'infidèle, il n'y a qu'un unique participant : son organisateur.

L'idée générale qui se dégage de l'islam semble plus proche des multiples citations de ses textes que de la tiède perception du nouveau Fabius. Des intellectuels cherchent à réveiller l'opinion. Les confréries musulmanes, les Hamas, Daesh, et autres, qui ne trouvent de sens à la vie que dans les persécutions de populations non-musulmanes, ou d'autres musulmans dont la vindicte à leur égard ne fait que renforcer chez l'observateur neutre l'appréhension de cette haine envers le monde non-musulman, semblent bien plus représentatives que le pieux Chalgoumi, dont la souplesse n'est plus à démontrer.

Pourtant, le même Fabius, qui ici minimise la gravité, l'avait fait monter d'un cran pour l'affaire du cimetière juif de Carpentras : les faits rapportés faisaient état d'un pieu de parasol posé à côté du corps. Il ne restait qu'un pas pour parler d'empalement, et c'est Fabius qui l'avait franchi. Faut-il une fois de plus considérer que ce changement soit dû au fait que le nom des candidats n'est pas caché? Ou alors faut-il mettre ce retournement sur le compte de l'âge, le vieillissement, la lassitude d'un politicien qui se fait du mauvais sang et qui a été contaminé par la phobie du piège du concept islamophobe?

Il est vrai qu'il n'existe pas de notion de lepenophobie, ou de frontnationalophobie, qui pourrait intimider un Fabius qui dérape jusqu'à l'empalement quand les circonstances le lui permettent. Il n'a de cesse de proclamer que l'islam est une religion de paix.

Mais il serait souhaitable pour lui que cette religion ne soit jamais une religion de paix dans sa contrée, tout simplement parce que c'est l'islam lui-même qui se qualifie de religion de guerre ou de paix, selon… Et cette nuance est déterminée par les forces dominantes. Le choix dépend de la situation politique (ou religieuse, c'est égal) sur le terrain. Le monde se subdivise d'une manière très manichéenne en deux parties : le monde de la guerre, qui couvre les territoires non soumis à l'hégémonie de l'islam, et le monde de la paix, soumis à l'islam.

Quand on connaît le type de «prospérité» à tous les niveaux des pays de cette religion quand elle est religion de paix, quand on connaît le statut et les souffrances des non-musulmans dans les contrées de la paix, voire de beaucoup de gens musulmans, on peut sincèrement souhaiter à Fabius que cette religion ne devienne pas une religion de paix chez lui. Quant au message de Hollande, on aimerait avoir tort en le voyant sous l'angle suivant : et si les chefs terroristes comme Abbas ont été conviés à sa marche, si des leaders et formateurs d'opinions en tous genres qui avaient fait part de toute leur haine à l'endroit du Grand Duduche, ont été invités à battre avec lui le pavé, c'est peut-être parce que ce dernier veut faire passer un message de paix, d'apaisement, de soumission : «Vous voyez, ceux qui vous faisaient rugir de rage ont été éliminés, comme vous l'aviez prévu. Les caricaturistes ne sont plus et les kalachnikovs courent toujours en grand nombre. Et nous n'avons aucun projet consistant à reprendre nos territoires perdus. Vous voyez bien que vous n'avez donc plus de raison de nous en vouloir.»

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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