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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 12:20

Avons-nous la possibilité de redresser le cours de l'histoire, et de prendre le chemin qui nous fera vivre réellement et dès aujourd'hui la rédemption prévue pour les temps futurs par la Torah et les Prophètes, qui vont du rassemblement des exilés à la reconstruction du Beth-Ha-Mikdach (Troisième Temple de Jérusalem), dans la plénitude et la paix envisagées de très longue date? L'Etat d'Israël et ses gouvernements pourraient-ils décider de reprendre pleinement possession de la Terre Promise, et favoriser l'installation et la prospérité de villes et villages juifs paisibles, et non pas d'en abandonner des parties à un ennemi que seule la mort motive?

La dernière période d'indépendance qu'ait connue le peuple d'Israël, avant la renaissance de son Etat, dura tout de même trois ans. Et pourtant, à l'aube de cette période, il eût été possible de se dire que l'exil d'Edom n'allait pas excéder les soixante ans, et qu'il n'aurait duré au total qu'un peu moins de temps que l'exil de Babylone. Avec Shimon Bar Kokhba, l'espoir renaquit de ses cendres. Rabbi Aqiva, pilier incontournable du Talmud, coauteur de la Mishna et maître incontesté de ses principaux auteurs, avait vu en lui l'espoir d'une restauration relativement rapide de la royauté que la destruction du Second Temple avait anéantie. Bar Kokhba présentait en effet tous les signes avant-coureurs codifiés près d'un millénaire plus tard par Maïmonide, dans ses Lois des Rois, qui faisaient de lui un rédempteur présumé laissant présager que tout irait bien.

Du 9 au 10 av 3828 du calendrier hébraïque, voici 1946 ans, après un terrible siège, la splendeur de Jérusalem est réduite en cendres. Pourtant, un peu plus d'un demi-siècle plus tard, en l'an 3892, une lueur d'espoir réchauffa les cœurs. C'était il y a 1882 ans. Une logistique solide, un réseau impressionnant de refuges, une stratégie en sous-sol, une coordination infaillible entre les forces, comme l'atteste le professeur Hanan Eshel dans son article intitulé La datation adoptée en Judée pendant la révolte de Bar-Kokhba, tout cela conduisit à une première période victorieuse. L'ennemi fut chassé hors des frontières de la Judée. Mais l'innommable empereur romain, Hadrien, de sinistre mémoire, déplaça ses meilleures légions cantonnées en Bretagne pour écraser dans le sang les insurgés, exterminant ainsi toute présence juive d'une bonne partie des territoires que les nations nous contestent et cherchent à nous ravir à nouveau aujourd'hui.

La Grande Révolte commence donc moins de soixante-dix ans après la destruction du Temple. Le centre spirituel du judaïsme, avec Raban Yo'hanan Ben Zacaï, est transféré de la capitale assiégée pour s'installer à Yabné. Rabbi Yéochoua Ben Hananya, disciple du précédent, conjure les siens de ne pas se révolter, comparant la survie du peuple juif et son maintien sur sa terre à un homme qui serait resté en vie après être passé dans la gueule d'un lion. Pour lui, la Torah est sauvée, et, par la même occasion, l'âme du peuple. Le Temple, quant à lui, il sait qu'il sera reconstruit, même si sa génération risque fort de ne pas être de la partie. Personne, parmi tous les Sages, ne s'oppose à la reconstruction. Le clivage repose uniquement sur une question de temps. Pour tous, il finira par renaître, puisque tel est le programme divin, les dates restant la grande inconnue.

Bar Kokhba frappe même une monnaie, le tétra drachme, portant la mention: « Pour la liberté de Jérusalem ». Pas besoin d'être économiste pour savoir que l'une des composantes de la liberté politique consiste à détenir sa propre monnaie. Les décrets de l'oppresseur sont extrêmement pénibles. Motivés par une sinistre ironie, les Romains, avec le successeur de Titus, Domitien, exigent que les prélèvements financiers apportés comme offrandes pour le Temple, comme le demi-sicle, soient détournés et reconvertis en impôts pour renflouer leurs caisses.

Quant aux premiers signes tangibles de la révolte, ils se firent sentir environ vingt ans auparavant au sein des communautés d'Israël qui se trouvaient à la périphérie: en Cyrénaïque, à Chypre et en Egypte, alors que l'empereur Trajan se battait contre l'empire parthe. Pendant la révolte des Juifs de la diaspora, la situation était relativement calme en Judée, sous la domination du gouverneur intransigeant Lucius Quietus, le mal nommé.

Hadrien prend la place de Trajan, mais sans ressentir de prime abord un intérêt suprême en faveur de l'extension illimitée de l'Empire Romain. Il entreprend des travaux tendant à délimiter son territoire par une muraille, dont la muraille d'Hadrien en Bretagne. Il peut donc passer pour un modéré.

Un témoignage numismatique révèle la fondation d'une ville idolâtre et helléniste, Aelia Capitolina, sur les ruines de la ville sainte. Cette pièce montre l'empereur Hadrien debout derrière un soc, labourant le sol de Jérusalem. Un autel voué au culte de Jupiter est érigé sur l'Esplanade du Temple.

Géographiquement, la révolte s'étend de Bet-Horon, Beitar et Beth-Gouvrin, du Nord au Sud ; de Ein-Guedi à Maalé Adoumim sur le front Est, les limites à l'Ouest s'étendant jusqu'au bas de la zone montagneuse. Sur toute cette zone, les insurgés ont encore une fois préparé une importante infrastructure de réseaux souterrains.

Osbius témoigne: « Au plus fort de la guerre, à la dix-huitième année du règne d'Hadrien, la ville de Beitar fut assiégée. C'était une imposante citée fortifiée, près de Jérusalem. À la longue, les insurgés ont succombé à la faim et à la soif. » On est loin d'un pouvoir qui continue de renforcer son ennemi qui le bombarde et endeuille ses citoyens en lui fournissant vivres et électricité. Beitar, affamée et assoiffée, tombera un 9 av. Et, trois années durant, les habitants de la ville resteront sans sépulture, les Romains en interdisant l'accès. Ce n'est qu'au terme de cette période qu'ils furent ensevelis. Ceux qui étaient entrés dans la ville en ruine furent témoins d'un fait miraculeux : les dépouilles étaient restées intactes. Et nous retrouvons là l'extraordinaire capacité propre au peuple d'Israël de toujours voir la main de la Providence, même dans les périodes où la Présence divine semble invisible, ce fait défiant la réalité étant à l'origine de la quatrième bénédiction des actions de grâce récitées après un repas : «Le Bon, parce qu'ils ne se sont pas décomposés, et le Bien, parce qu'ils ont pu être enterrés». (Talmud Berakhot, 48b).

985 villes et villages ont été rayés de la carte de la Judée. 585 000 soldats ont péri dans les combats, les épidémies et la faim, sans compter les millions de femmes, d'enfants et de vieillards que les Romains assassinaient sans distinction, c'est ce que rapporte l'historien Dion Cassius. Cet extrait du Talmud parle de lui-même: « Rabbi Yohanan a dit: " trois cents cerveaux de nourrissons avaient été répandus sur un seul rocher." »

Dans le livre des prières et lamentations du 9 av, un auteur, du nom de Samuel, rapporte le nombre effrayant de quatre millions de Juifs assassinés, entre la destruction du second Temple et les différentes campagnes de répression romaine (Lamentation commençant par les mots : שאי קינה במגינה: élève ta plainte dans l'affliction. « … quatre cents myriades, et la voix d'un homme droit, étouffée par le nuage, empêchée d'atteindre D. ; ils m'ont frappé et blessé… » ). Prendre en considération cette indescriptible hécatombe renforcerait les décideurs de la politique israélienne qui ne se réfèrent qu'aux tragédies de la seconde guerre mondiale pour faire valoir le bienfondé de l'existence d'un Etat juif souverain. La relation de cause à effet ne serait plus décalée, avec un éloignement de quelque trois mille kilomètres, mais convergerait au cœur du problème. Du même coup, le rapprochement entre l'aspect désertique de la région limitrophe de Jérusalem et les massacres perpétrés par l'occupant romain et d'autres éléments étrangers s'établirait plus facilement. Or, aujourd'hui encore, les cités juives de Judée-Samarie et les points de peuplements ne sont qu'une pâle ébauche de la splendeur effacée par la puissance européenne.

Mais les Juifs, malgré la cruauté de l'oppresseur, ont su résister à l'occupant. En effet, Hadrien, lors de son discours au Sénat, n'a pas employé la formule de rigueur qui ouvre tout discours en commençant par signaler que les légions romaines se portent bien. Des mesures antijuives draconiennes ont été prises par le pouvoir d'Hadrien: l'interdiction de la circoncision, de garder le shabbat, de nommer de nouveaux rabbins et d'étudier la Torah datent de cette époque.

C'est encore ce même empereur qui méprisa les Sages du Talmud, qui tortura et exécuta les Dix Martyrs: Rabbi Yichmaël Ben Elicha Cohen Gadol, Rabban Shimon Ben Gamliel Hazaken, Rabbi Hanina Ben Téradion, Rabbi Aqiva, Rabbi Yéhouda Ben Baba, Rabbi Houçpit Hamétourguéman, Rabbi Ychbav Hassofer, Rabbi Elazar Ben Chamoa, Rabbi Hanina Ben Hakhinaï, et Rabbi Yéhouda Ben Dema.

Les Sages d'Israël étaient des dirigeants profondément impliqués dans les destinées de leur peuple, bien déterminés à défendre le judaïsme au péril de leur vie, bravant la plus grande puissance de leur époque. La séparation entre les affaires religieuses et celles de l'Etat n'avait pas encore été inventée, et jamais, à cette époque, il n'eût été possible d'envisager que des religieux voire des rabbins pussent rester blasés ou insensibles à la constante profanation du lieu le plus saint par un culte étranger.

Rabbi Ychmaël, qui comptait parmi les sept hommes les plus beaux de la terre, plut à la fille de l'empereur qui l'aperçut au moment où il fut conduit sur le bûcher. Elle demanda la peau de son visage. Les Romains la lui arrachèrent alors qu'il était en vie. Elle la fit conserver afin de pouvoir toujours la contempler. D'autres souffrances atroces lui furent infligées jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Rabbi Hanina Ben Teradion fut brûlé dans un rouleau de la Torah. Pour prolonger le supplice, les Romains avaient entouré son corps d'éponges imbibées d'eau. Pendant que le parchemin était dévoré par les flammes, les lettres s'envolaient dans les airs.

Rabbi Aqiva fut écorché vif. Il proclama l'unicité de Dieu en rendant son âme au Créateur. Il s'était toujours demandé s'il aurait le courage et le mérite de pouvoir mourir en sanctifiant Son Nom.

Les Romains, malgré l'atrocité des massacres qu'ils ont perpétrés en Palestine – nouveau nom imposé par Hadrien dans le but de faire oublier la relation entre les Judéens et la Judée - , ne sont pas parvenus à en effacer définitivement la judéité - la clôture de la Mishna a pu y être réalisée environ deux cents ans plus tard. Aujourd'hui, les nations se liguent pour attaquer à nouveau Jérusalem, mais le peuple d'Israël se rétablit peu à peu, en attendant la restauration complète de son Etat et de sa ville, avec le Troisième Temple.

Le Talmud rapporte que Rabbi Aqiva se mit à rire, lorsqu'il vit un renard sortir de l'enceinte du Temple détruit. Aux autres Sages qui ne le comprirent pas, il expliqua que la réalisation des prophéties qui prévoyaient la destruction était la confirmation et l'introduction aux prophéties de la restauration. La ville de Beitar, rebâtie il y a vingt-huit ans, compte aujourd'hui près de trente mille habitants. Puissions-nous assister à la réédification du Temple de Jérusalem, et à la rédemption totale, même si notre mérite est insuffisant, au nom des souffrances endurées par Son peuple depuis 1946 ans.

Il importe de ne pas méconnaître trop son histoire. Seul un individu né de la dernière pluie peut ne pas ressentir l'absence cuisante et criante du Temple, et se laisser convaincre que Jérusalem serait banalement la «ville des trois religions», formule séduisante signifiant qu'Israël n'aurait définitivement plus droit à son lieu saint par excellence.

Des dirigeants malades de l'exil, dans la ligne tortueuse de Moshé Dayan, s'érigent contre les droits de leur propre nation et facilitent la perpétuation de l'état d'exil. La violence musulmane en fait fréquemment interdire aux Juifs l'accès par les autorités israéliennes, qui ne sentent pas le terrible manque, auquel elles sont habituées depuis leur berceau, mais qui n'est pas celui de leur civilisation. Un Juif ne devrait pas répondre à la question: «Quel âge avez-vous?» en disant qu'il a quinze, quarante ou quatre-vingt-dix ans, mais quatre mille.

Et il faut absurdement que ce soient des non-juifs qui proclament dans toute tribune qu'Israël veut reconstruire le Temple. Mais le malade s'étonne, il n'est plus sensible à sa douleur et à son profond besoin de guérir. La doctrine de la mémoire courte le persuade que le peuple juif n'est pas revenu d'un très long périple, dispersé entre les nations, pour restaurer sa souveraineté, mais pour végéter sans but, dans un Foyer national dépourvu d'âme.

Que «le quatrième jeûne, le cinquième jeûne, le septième jeûne et le dixième jeûne soient pour la maison de Juda jours de joie, d'allégresse et de fête ; et la vérité et la paix, chérissez-les» (Zacharie VIII, 19). Toutes ces dates, le 17 du mois de tamouz, quatrième mois en comptant de nissan, le 9 av, le 3 tichri et le 10 téveth sont liées à la destruction du Temple, à l'exil et à la perte de la liberté nationale. Et que de la même façon que nous voyons de nos yeux se réaliser les prophéties du rassemblement, puissions-nous assister à la réalisation du verset de notre lecture hebdomadaire: «… pour déposséder, à ton profit, des peuples plus grands et plus forts que toi » (Deutéronome, IV, 38) ; «… pour te donner des villes grandes et bonnes que tu n'as pas bâties ; des maisons débordantes de biens que tu n'as pas emplies etc.» (Idem VI, 10, 11). Et surtout, que ces prophéties se réalisent envers et contre tous, que les gouvernements en veuillent ou non.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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