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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 12:14

Connaissez-vous le principe du raisonnement pas l'absurde ? Très succinctement, on pourrait le résumer ainsi : dans certaines situations, lorsque l'on cherche à établir une vérité, on prouve que son contraire est faux, et c'est suffisant comme preuve. Il faut bien évidemment une absence totale de toute variante ou alternative qui ne feraient qu'écarter une réponse sans pour autant apporter de solution. S'il reste plusieurs terrains d'investigation, on se retrouverait dans une de ces situations absurdes décrites par Gotlib dans les enquêtes du commissaire Bougret, qui mettent inlassablement en scène deux suspects pour en confondre un en disculpant l'autre. Pour s'en tenir au raisonnement par l'absurde, il ne serait pas fautif de rapprocher le conseil énoncé dans les Psaumes, «Ecarte-toi du mal et fais le bien», qui peut être compris ainsi : «En comprenant que le mal n'est pas la bonne voie, tu arriveras à la conclusion qu'il ne te reste que le bien.»

Cette réflexion peut être envisagée comme prémisse dans notre approche de l'indépendance politique d'Israël. Afin de dissiper tout malentendu, il convient de faire la mise au point suivante : quand des Juifs orthodoxes ne sont pas considérés comme sionistes, ça ne veut absolument pas dire qu'ils ne reconnaîtraient pas la sainteté et la centralité de la terre d'Israël, l'idée du rassemblement des exilés en leurs frontières, avec comme couronnement l'avènement du Roi issu directement de la lignée de David, ou encore la primordialité de la vie terrestre en terre sainte y compris bien sûr à l'époque pré messianique. En revanche, certains peuvent ressentir une colère plus ou moins contenue contre les gouvernements à première vue d'obédience laïque, et, même dans le cas où ils ne sont pas insensibles au retour du peuple juif des quatre coins de la terre, ne pas considérer le jour du 5 yar, date de la proclamation de l'indépendance d'Israël, comme un jour particulier.

Or, que se passerait-il s'il n'y avait pas de souveraineté juive ici? Pour répondre à cette question, inutile de spéculer et de se dire : s'il n'y avait pas d'Etat politique juif, alors à ce moment-là on pourrait imaginer sans trop de risque de se tromper etc. Il suffit de constater les faits, qui nous apportent non pas une preuve tangible, mais plusieurs.

Concrètement, plusieurs régions de la terre d'Israël sont encore aujourd'hui sous occupation étrangère. L'un de ces pouvoirs locaux est connu sous le nom engageant et pompeux d'Autorité Palestinienne, le deuxième sous le nom de Hamas, le troisième de Jordanie, et le quatrième de Liban… Faut-il continuer ? Le Rav Ariel, de l'Institut du Temple, identifie la Liban comme étant la Haute-Galilée, où s'étendent les territoires des tribus de Dan et Acher. La Jordanie, outre l'engagement des nations relatif à la restitution de la Palestine au peuple juif, n'en usurpe pas moins les terres des tribus de Reuben, Gad et la moitié de celle de Ménaché.

Or, nul n'est besoins de s'attarder sur le dénominateur commun à toutes ces régions : elles sont interdites aux Juifs. Dans les pays et autres principautés musulmans, pas d'apartheid possible, les Juifs en sont tout simplement absents. Il est vrai que l'on nous parle souvent de la «communauté» juive de Tunisie, forte d'environ mille membres. Pourtant, on ne nous parle pas de la place qu'elle occupe démographiquement dans ce pays. Mille sur environ dix millions, ça fait 0,01 %.Il ne reste donc aucune illusion à se faire si, D. préserve ! nous ne disposions pas d'une souveraineté juive dans les frontières actuelles de l'Etat d'Israël.

Mais, nous dirions-nous, et si l'Angleterre était restée ici ? Là, on entre dans des suppositions. Mais là encore, la probabilité d'une vie prospère et heureuse tend vers zéro, et ce pour deux raisons : la première, c'est que ce pays a montré ce dont il était capable en promulguant le livre Blanc, interdisant l'arrivée de tout Juif n'étant pas encore habitant de la terre d'Israël. Et en ce qui concerne la protection à laquelle ces derniers auraient été en droit d'aspirer, alors le silence du pouvoir mandataire, voire sa complicité, notamment pendant le pogrom de 1929, quand 62 membres de la communauté juive avaient été massacrés, vieillards, femmes et enfants compris, alors que certains faisaient confiance en leurs voisins non-juifs, et dont un rescapé, bébé à cette époque, avait échappé à la haine musulmane qui le croyait mort, réduit à néant toute trace d'illusion. Non contents de ne pas être intervenus, les Anglais, pour toute réaction, avaient tout bonnement parachevé le nettoyage ethnique de la ville, et nous souffrons aujourd'hui encore des effets de l'attitude anglaise d'il y a presqu'un siècle.

La seconde raison, c'est qu'il est improbable de se figurer que l'Angleterre eût pu maintenir sa mainmise sur la terre d'Israël alors que l'Europe tout entière était en plein processus de décolonisation. Quoi qu'il en soit, elle éprouve des difficultés de plus en plus graves à assurer la sécurité des populations non musulmanes sur son sol.

Ayant compris ce qu'est le mal, il ne nous reste plus qu'à reconnaître que l'Etat d'Israël est le bien, et à entreprendre au lieu de le bouder de le sanctifier. Que des politiciens s'efforcent de s'en prendre à des lois qui garantissent le repos du shabbat, qu'ils cherchent à légaliser toutes sortes de principes qui vont à l'encontre de la Torah, en sélectionnant lesquels des mœurs en vogue à l'étranger ils tendront à privilégier, ne doit pas laisser le public religieux en reste. Il ne convient pas à un public fidèle aux valeurs d'Israël, qui a survécu à l'érosion des millénaires de l'histoire, de se conforter dans la position de malheureux en cherchant à prouver que le pouvoir est antireligieux, hostile fondamentalement au judaïsme.

D'abord, rien n'est moins sûr. Si certains tentent d'imposer le service militaire à tous par la force, en menaçant d'emprisonnement ceux qui s'esquiveraient, ils ne cherchent en aucun cas à fermer les centres d'étude de la Torah, ni a empêcher la population de garder le shabbat et les impératifs familiaux ou alimentaires. Certes, ils peuvent d'une manière détournée – et c'est d'autant plus étonnant quand des religieux se laissent prendre au piège – chercher à diminuer l'importance du shabbat quand certains prétextent que dans ce monde des marchés mondiaux il faudrait faire du dimanche un jour de congé, mais ils ne se prennent pas physiquement aux Juifs observant en toute liberté et sans la moindre menace la tradition d'Israël.

Quant à elle, la population israélienne est nettement plus affiliée à sa tradition naturelle que le pouvoir. Une majorité quasi absolue observe la circoncision et le jeûne de Kippour, plus de 60% des Israéliens s'abstiennent à tout prix de consommer du levain à Pessah. Lorsque des politiciens s'insurgent contre les religieux qui chercheraient selon eux à imposer leurs vues au pays, ils devraient en tenir compte pour reconsidérer la réalité dans de plus justes proportions. La dictature laïque reste plus menaçante que le risque de dictature religieuse. Des abus dans ce sens ont laissé des séquelles indélébiles dans l'inconscient politique, comme l'affaire des «enfants du Yémen» (relatif au décès présumé de nouveau-nés au début des années cinquante), où l'intervention du rabbin Méchoulam et de ses recherches a fait de lui un paria et un hors-la-loi, ou encore la coupe des péoth de jeunes immigrés.

Une attitude non conforme à la halakha du pouvoir ou de certaines personnes disposant d'une autorité ne doit pas impliquer l'éloignement de l'idéal de la rédemption d'Israël.

On ne jette pas un lingot d'or parce qu'il y a dessus de la boue. On le nettoie et le fait briller, et on récupère la boue comme engrais fructifiant. Le public religieux sous toutes ses variantes sait déjà pas encore suffisamment largement qu'il doit s'impliquer davantage dans la direction politique du pays, même si ce n'est pas une mince affaire, et ne pas écouter les conseils de tendances très minoritaires et disproportionnellement médiatisées qui font passer pour précepte religieux la non participation aux élections, avec force renforts d'affiches géantes. La société s'affine, on ne coupe plus les péoth des religieux, et on ne cherche plus à répartir l'«excédent de natalité» dans d'autres familles à l'insu des parents. Le monde des yéchivot est plus florissant en Israël non seulement que dans le reste du monde, mais que celui des générations passées avant le cataclysme européen.

Il ne faut pas trop s'étonner de voir la rédemption d'Israël passer par une direction politique non religieuse, même si cette incompréhension est somme toute légitime. Le prophète chargé de se rendre dans la maison d'Ichaï pour oindre le futur roi s'est fait présenter tous les fils de la maison. Chaque fois qu'il s'apprêtait à verser sur lui le contenu sanctificateur de la fiole, Samuel renonça et retint l'huile d'onction, l'intuition prophétique lui révélant que ce n'était pas de lui qu'il s'agissait. En désespoir de cause, il demande au maître de la maison s'il n'a pas d'autre fils. Et c'est en effet le descendant de Ruth, originaire du peuple de Moab, qui sera à la tête de la lignée royale rattachée à la tribu de Yéhouda de qui le sceptre ne s'éloignera pas jusqu'à la rédemption finale.

N'hésitons pas à chanter les louanges du Halel pour le soixante-sixième anniversaire de la confirmation politique de notre retour en nos frontières.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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