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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 11:47

En ces jours qui précèdent la fête de Pessah, il n'est pas inopportun de relever certaines similitudes entre la sortie d'Egypte, premier départ de l'exil vers la Palestine, et celle d'Edom, dont celle de la France retient ces derniers temps l'attention. Les yeux de l'Etat d'Israël, où les autorités gouvernementales comme le public pressentent un prochain exode massif des Juifs de ce pays, se tournent vers eux. L'alya a d'ailleurs été multipliée par trois ce premier trimestre, comparé à l'année dernière.

Cependant, parmi ceux qui s'habituent progressivement à la dégradation de leur condition, certains se disent qu'une vague, même trois fois plus haute que la normale, ne présage pas toujours le raz-de-marée que l'on s'attend à voir noyer la rive, et qu'il ne pourrait s'agir que d'un mouvement ponctuel sans conséquences. Ainsi, le «bug informatique» de l'an 2000 qui avait fait place à un véritable cyclone, n'avait pas été unanimement considéré à sa juste valeur. D'aucuns prennent les tempêtes les plus dévastatrices pour des vagues qui se contentent d'être spectaculaires en restant inoffensives. Il suffit pour en apprécier l'ampleur de se remémorer les vents qui avaient soufflé fin décembre 1999 à près de deux cents km.h-1 sur la France, et les accidents terrifiants qui avaient touché des gens pourtant prévenus qui avaient juste voulu sortir afin de mieux en apprécier le phénomène. Le bug fut pour eux sans retour.

Mais revenons à la situation préoccupante de la France actuellement. S'agit-il de quelques remous pour lesquels il ne faut pas dramatiser, d'un début de faillite renouvelée de la sécurité que les Juifs sont censés pouvoir y trouver, ou encore d'une tempête sous-estimée ?

Les anciens philosophes grecs soutenaient qu'un homme né dans une prison ne voudrait pour rien au monde en sortir en cas de remise en liberté. Un penseur plus récent et scénariste de Bd mettait en scène (comme son métier l'indique) un prisonnier qui trouvait injuste d'être expulsé de son pénitencier alors qu'il n'y avait jamais fait de mal à personne. Un individu né dans un pays déterminé, même s'il s'agit d'un pays d'accueil, éprouvera toujours d'énormes difficultés à se considérer en terre étrangère, et n'entreprendra pas de rentrer au bercail. Et ce fut le cas y compris dans un pays comme l'Egypte, aussi surprenant que cela puisse paraître, sachant que l'esclavage égyptien consista dans l'une des conditions les plus terribles que l'humanité ait jamais connue, et que la libération du peuple hébreu n'a eu de cesse à travers les millénaires de servir de modèle à tous les défenseurs de la liberté.

Et pourtant… En se penchant sur le texte des premières sections de l'exode, nous lisons : «Expulser il (le pharaon) vous en expulsera» ; «Levez-vous et extirpez-vous du milieu de mon peuple.» Nous pouvons nous pencher sur les différents verbes présentant une synonymie évidente employés quant au départ du peuple d'Israël d'Egypte. Lorsque Moshé l'exige, le texte emploie la racine de challéah (שלח), renvoie. Pour lui, cette extraction implique par la suite un objectif : l'adoration de D. «afin d'adorer l'Eternel sur cette montagne.» Lorsqu'il en est question pour le pharaon, c'est le verbe garesh (גרש) qui intervient, et qui implique une expulsion pure et simple sans la moindre implication future. (En revanche, le pharaon peut employer lui aussi le verbe challéah, notamment en répondant spontanément à Moshé qu'il est hors de question pour lui de satisfaire sa demande.) En ce qui concerne le Rédempteur, cinq verbes se succèdent. Je vous sortirai, prendrai, sauverai, délivrerai, vous amènerai. Il reste surprenant que les intéressés, à savoir les membres du peuple d'Israël opprimés par les Egyptiens, n'en parlent pas. Nous apprenons juste qu'ils acceptent le message de Moshé après l'expérience du buisson ardent, avant de semble-t-il se rétracter suite au découragement : «Et ils n'écoutèrent point Moshé, à cause du manque de souffle et du travail éreintant.»

Les idéologues de toutes tendances sont en règle générale très affirmatifs : un esclave rêve de liberté. La réalité est pourtant moins exaltante. Un esclave aspire surtout à un peu de repos et à ce qu'on lui permette de ne penser à rien : «Vous nous avez mis en mauvaise odeur devant le pharaon et ses serviteurs». Le tyran égyptien augmente la pression et les esclaves, au lieu de se fâcher de son attitude, alors qu'il sent que l'heure de leur liberté a sonné, retournent leur courroux contre le messager de leur rédemption. Si le peuple avait été à l'affut de la première occasion pour revendiquer sa liberté, il n'aurait pas eu besoin que le pharaon les presse à partir et les expulse pour les faire bouger. Quand la classe est finie, les élèves n'ont pas besoin de se faire entendre dire : «Alors, partez d'ici! Vous n'avez donc pas entendu la sonnerie?»

Littéralement, le texte témoigne du fait que la pâte n'avait pas eu le temps de lever au moment de la sortie d'Egypte. Un homme sur le départ ne se met pas à se lancer dans de longs projets là où il est, pas même à préparer une pâte qui devra encore gonfler. Le plus remarquable reste le sens donné au verset qui relève que les enfants d'Israël montèrent armés d'Egypte. Rashi signale que le terme hamouchim signifie également le cinquième, voire le cinquantième. Selon cette interprétation, seuls 20% des Hébreux seraient sortis d'Egypte. Les autres, fermement déterminés à ne pas en partir, seraient donc morts pendant la plaie de l'obscurité. D'aucuns objecteront aujourd'hui qu'ils ne sont pas nés en France pour répondre aux critères de natifs d'un pays qu'ils ne voudraient quitter pour rien au monde. Et pourtant…

Nous considérerons à présent une attitude propre à la génération de la sortie d'Egypte qui se répercute encore aujourd'hui sur les enfants du peuple d'Israël dès qu'il s'agit de rentrer au pays. En principe, la sortie d'Egypte comporte deux objectifs : recevoir la Torah et rentrer en Palestine : «Car la Torah sort de Sion et la voix de l'Eternel de Jérusalem.» L'objectif du fils d'Israël, d'où qu'il revienne, consiste à aboutir en terre d'Israël. Observons à présent quels fut le dénominateur commun des échecs de la sortie d'Egypte. «Ils me mirent à l'épreuve par dix fois». (Nombres, XIV, 22, cité dans le Traité Aboth 5, 4). Les défaillances sont au nombre de dix. Avant le passage de la mer Rouge, quand la tension est à son comble, nous lisons : «N'y avait-il pas suffisamment de tombeaux en Egypte?» (Exode XIV, 11). La seconde, à Mara, est une plainte contre le manque d'eau. La troisième : « Pourquoi ne sommes-nous pas morts frappés de la main de l'Eternel en Egypte, quand nous étions installés près du chaudron de viande.» (XVI, 3). La dixième épreuve, la plus cruciale, consiste dans le refus d'entrer en terre d'Israël, suite à la faute des explorateurs qui ont «vilipendé la terre d'Israël.» (Michna Kihati, VIII, page 401).

Ce fut cet attachement à la terre de l'exil qui empêcha le peuple d'apprécier pleinement son avancée vers sa nouvelle condition. Ils n'ont cessé de regarder en arrière. Si la femme de Loth s'est changée en statue de sel pour s'être retournée vers le lieu voué à la destruction d'où elle devait s'extraire parce qu'ils tournait toujours la tête vers l'Egypte. La génération du désert n'a pu pour finir entrer en possession de la terre promise, et seuls leurs descendants, qui n'éprouvaient pour l'exil plus aucune attache, furent capables de mériter et surtout d'apprécier à sa juste valeur l'aboutissement de la traversée du désert.

Si la première vague de protestation mentionnant l'Egypte semble dire : «mourir pour mourir, on aurait pu rester là-bas, ce n'était pas la peine de se donner tout ce mal», le regret d'un supposé confort perdu reste fort surprenant. Comment un peuple asservi et mal nourri, qui avait vu dans la plaie qui avait changé l'eau du Nil en sang le cri du sang des enfants hébreux jetés à leur naissance dans le Nil, avait-il pu s'imaginer qu'il avait abandonné un statut social d'opulence et d'oisiveté, confortablement attablé à une riche table ? Nehama Leibovitch, auteur d'une série de livres, dans ses réflexions sur la paracha, disait que la maladie de l'exil consiste entre autres à prendre le confort du pays dont on ne profite pas pour le sien propre, un peu comme un pauvre qui passe devant une somptueuse vitrine sans pouvoir s'acheter le moindre de ses articles. Le chaudron de viande, ils l'avaient peut-être vu, mais ils n'en avaient pas mangé.

Pour réussir pleinement sa sortie de l'exil, et ne pas y rester enfermé quand les portes sont ouvertes, en ce temps où le monarque par le choix et l'orientation de la propagande de ses médias proclame en quelque sorte : «Levez-vous, et sortez du milieu de mon peuple», le candidat à l'alya devra surtout éviter de se dire : «Donnons notre tête et retournons en Egypte France» ; ou de penser : « Si ça ne marche pas, je retourne en France, comme la vie y était confortable » et ainsi de suite. La situation sécuritaire et économique n'a rien d'enviable sur le vieux continent, ni sur le nouveau d'ailleurs. La tempête gronde.

L'ancien-nouveau pays quant à lui voit son chômage se réduire et se résorber. De plus, même si le Juif en exil parvient à tirer son épingle du jeu entre l'enclume d'une certaine France qui ne veut pas de lui et le marteau de minorités hostiles et massives, qu'il avait connues lui-même minoritaire s'il avait vécu auparavant en Afrique du Nord, il n'aura contribué par ses efforts si tout s'arrange qu'à consolider les assises d'une autre nation, et qu'il serait peut-être temps qu'il se dise : «Quand œuvrerai-je moi aussi pour ma maison?» (Genèse XXX, 30), à l'instar de Jacob quittant la maison de Laban.

Qu'un cœur neuf batte pour tous nos frères rentrés de l'exil ou sur le point de franchir le pas. Lorsque chacun se dira qu'il est natif de la terre d'Israël, que son cœur sera redevenu de chair, alors il ne cherchera plus à chaque obstacle ou défi à reprendre le chemin de l'exil.

En ces jours qui précèdent la fête de Pessah, il n'est pas inopportun de relever certaines similitudes entre la sortie d'Egypte, premier départ de l'exil vers la Palestine, et celle d'Edom, dont celle de la France retient ces derniers temps l'attention. Les yeux de l'Etat d'Israël, où les autorités gouvernementales comme le public pressentent un prochain exode massif des Juifs de ce pays, se tournent vers eux. L'alya a d'ailleurs été multipliée par trois ce premier trimestre, comparé à l'année dernière.

Cependant, parmi ceux qui s'habituent progressivement à la dégradation de leur condition, certains se disent qu'une vague, même trois fois plus haute que la normale, ne présage pas toujours le raz-de-marée que l'on s'attend à voir noyer la rive, et qu'il ne pourrait s'agir que d'un mouvement ponctuel sans conséquences. Ainsi, le «bug informatique» de l'an 2000 qui avait fait place à un véritable cyclone, n'avait pas été unanimement considéré à sa juste valeur. D'aucuns prennent les tempêtes les plus dévastatrices pour des vagues qui se contentent d'être spectaculaires en restant inoffensives. Il suffit pour en apprécier l'ampleur de se remémorer les vents qui avaient soufflé fin décembre 1999 à près de deux cents km.h-1 sur la France, et les accidents terrifiants qui avaient touché des gens pourtant prévenus qui avaient juste voulu sortir afin de mieux en apprécier le phénomène. Le bug fut pour eux sans retour.

Mais revenons à la situation préoccupante de la France actuellement. S'agit-il de quelques remous pour lesquels il ne faut pas dramatiser, d'un début de faillite renouvelée de la sécurité que les Juifs sont censés pouvoir y trouver, ou encore d'une tempête sous-estimée ?

Les anciens philosophes grecs soutenaient qu'un homme né dans une prison ne voudrait pour rien au monde en sortir en cas de remise en liberté. Un penseur plus récent et scénariste de Bd mettait en scène (comme son métier l'indique) un prisonnier qui trouvait injuste d'être expulsé de son pénitencier alors qu'il n'y avait jamais fait de mal à personne. Un individu né dans un pays déterminé, même s'il s'agit d'un pays d'accueil, éprouvera toujours d'énormes difficultés à se considérer en terre étrangère, et n'entreprendra pas de rentrer au bercail. Et ce fut le cas y compris dans un pays comme l'Egypte, aussi surprenant que cela puisse paraître, sachant que l'esclavage égyptien consista dans l'une des conditions les plus terribles que l'humanité ait jamais connue, et que la libération du peuple hébreu n'a eu de cesse à travers les millénaires de servir de modèle à tous les défenseurs de la liberté.

Et pourtant… En se penchant sur le texte des premières sections de l'exode, nous lisons : «Expulser il (le pharaon) vous en expulsera» ; «Levez-vous et extirpez-vous du milieu de mon peuple.» Nous pouvons nous pencher sur les différents verbes présentant une synonymie évidente employés quant au départ du peuple d'Israël d'Egypte. Lorsque Moshé l'exige, le texte emploie la racine de challéah (שלח), renvoie. Pour lui, cette extraction implique par la suite un objectif : l'adoration de D. «afin d'adorer l'Eternel sur cette montagne.» Lorsqu'il en est question pour le pharaon, c'est le verbe garesh (גרש) qui intervient, et qui implique une expulsion pure et simple sans la moindre implication future. (En revanche, le pharaon peut employer lui aussi le verbe challéah, notamment en répondant spontanément à Moshé qu'il est hors de question pour lui de satisfaire sa demande.) En ce qui concerne le Rédempteur, cinq verbes se succèdent. Je vous sortirai, prendrai, sauverai, délivrerai, vous amènerai. Il reste surprenant que les intéressés, à savoir les membres du peuple d'Israël opprimés par les Egyptiens, n'en parlent pas. Nous apprenons juste qu'ils acceptent le message de Moshé après l'expérience du buisson ardent, avant de semble-t-il se rétracter suite au découragement : «Et ils n'écoutèrent point Moshé, à cause du manque de souffle et du travail éreintant.»

Les idéologues de toutes tendances sont en règle générale très affirmatifs : un esclave rêve de liberté. La réalité est pourtant moins exaltante. Un esclave aspire surtout à un peu de repos et à ce qu'on lui permette de ne penser à rien : «Vous nous avez mis en mauvaise odeur devant le pharaon et ses serviteurs». Le tyran égyptien augmente la pression et les esclaves, au lieu de se fâcher de son attitude, alors qu'il sent que l'heure de leur liberté a sonné, retournent leur courroux contre le messager de leur rédemption. Si le peuple avait été à l'affut de la première occasion pour revendiquer sa liberté, il n'aurait pas eu besoin que le pharaon les presse à partir et les expulse pour les faire bouger. Quand la classe est finie, les élèves n'ont pas besoin de se faire entendre dire : «Alors, partez d'ici! Vous n'avez donc pas entendu la sonnerie?»

Littéralement, le texte témoigne du fait que la pâte n'avait pas eu le temps de lever au moment de la sortie d'Egypte. Un homme sur le départ ne se met pas à se lancer dans de longs projets là où il est, pas même à préparer une pâte qui devra encore gonfler. Le plus remarquable reste le sens donné au verset qui relève que les enfants d'Israël montèrent armés d'Egypte. Rashi signale que le terme hamouchim signifie également le cinquième, voire le cinquantième. Selon cette interprétation, seuls 20% des Hébreux seraient sortis d'Egypte. Les autres, fermement déterminés à ne pas en partir, seraient donc morts pendant la plaie de l'obscurité. D'aucuns objecteront aujourd'hui qu'ils ne sont pas nés en France pour répondre aux critères de natifs d'un pays qu'ils ne voudraient quitter pour rien au monde. Et pourtant…

Nous considérerons à présent une attitude propre à la génération de la sortie d'Egypte qui se répercute encore aujourd'hui sur les enfants du peuple d'Israël dès qu'il s'agit de rentrer au pays. En principe, la sortie d'Egypte comporte deux objectifs : recevoir la Torah et rentrer en Palestine : «Car la Torah sort de Sion et la voix de l'Eternel de Jérusalem.» L'objectif du fils d'Israël, d'où qu'il revienne, consiste à aboutir en terre d'Israël. Observons à présent quels fut le dénominateur commun des échecs de la sortie d'Egypte. «Ils me mirent à l'épreuve par dix fois». (Nombres, XIV, 22, cité dans le Traité Aboth 5, 4). Les défaillances sont au nombre de dix. Avant le passage de la mer Rouge, quand la tension est à son comble, nous lisons : «N'y avait-il pas suffisamment de tombeaux en Egypte?» (Exode XIV, 11). La seconde, à Mara, est une plainte contre le manque d'eau. La troisième : « Pourquoi ne sommes-nous pas morts frappés de la main de l'Eternel en Egypte, quand nous étions installés près du chaudron de viande.» (XVI, 3). La dixième épreuve, la plus cruciale, consiste dans le refus d'entrer en terre d'Israël, suite à la faute des explorateurs qui ont «vilipendé la terre d'Israël.» (Michna Kihati, VIII, page 401).

Ce fut cet attachement à la terre de l'exil qui empêcha le peuple d'apprécier pleinement son avancée vers sa nouvelle condition. Ils n'ont cessé de regarder en arrière. Si la femme de Loth s'est changée en statue de sel pour s'être retournée vers le lieu voué à la destruction d'où elle devait s'extraire parce qu'ils tournait toujours la tête vers l'Egypte. La génération du désert n'a pu pour finir entrer en possession de la terre promise, et seuls leurs descendants, qui n'éprouvaient pour l'exil plus aucune attache, furent capables de mériter et surtout d'apprécier à sa juste valeur l'aboutissement de la traversée du désert.

Si la première vague de protestation mentionnant l'Egypte semble dire : «mourir pour mourir, on aurait pu rester là-bas, ce n'était pas la peine de se donner tout ce mal», le regret d'un supposé confort perdu reste fort surprenant. Comment un peuple asservi et mal nourri, qui avait vu dans la plaie qui avait changé l'eau du Nil en sang le cri du sang des enfants hébreux jetés à leur naissance dans le Nil, avait-il pu s'imaginer qu'il avait abandonné un statut social d'opulence et d'oisiveté, confortablement attablé à une riche table ? Nehama Leibovitch, auteur d'une série de livres, dans ses réflexions sur la paracha, disait que la maladie de l'exil consiste entre autres à prendre le confort du pays dont on ne profite pas pour le sien propre, un peu comme un pauvre qui passe devant une somptueuse vitrine sans pouvoir s'acheter le moindre de ses articles. Le chaudron de viande, ils l'avaient peut-être vu, mais ils n'en avaient pas mangé.

Pour réussir pleinement sa sortie de l'exil, et ne pas y rester enfermé quand les portes sont ouvertes, en ce temps où le monarque par le choix et l'orientation de la propagande de ses médias proclame en quelque sorte : «Levez-vous, et sortez du milieu de mon peuple», le candidat à l'alya devra surtout éviter de se dire : «Donnons notre tête et retournons en Egypte France» ; ou de penser : « Si ça ne marche pas, je retourne en France, comme la vie y était confortable » et ainsi de suite. La situation sécuritaire et économique n'a rien d'enviable sur le vieux continent, ni sur le nouveau d'ailleurs. La tempête gronde.

L'ancien-nouveau pays quant à lui voit son chômage se réduire et se résorber. De plus, même si le Juif en exil parvient à tirer son épingle du jeu entre l'enclume d'une certaine France qui ne veut pas de lui et le marteau de minorités hostiles et massives, qu'il avait connues lui-même minoritaire s'il avait vécu auparavant en Afrique du Nord, il n'aura contribué par ses efforts si tout s'arrange qu'à consolider les assises d'une autre nation, et qu'il serait peut-être temps qu'il se dise : «Quand œuvrerai-je moi aussi pour ma maison?» (Genèse XXX, 30), à l'instar de Jacob quittant la maison de Laban.

Qu'un cœur neuf batte pour tous nos frères rentrés de l'exil ou sur le point de franchir le pas. Lorsque chacun se dira qu'il est natif de la terre d'Israël, que son cœur sera redevenu de chair, alors il ne cherchera plus à chaque obstacle ou défi à reprendre le chemin de l'exil.

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