Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 13:33

On peut ne pas être de gauche, dans le sens où ce mot s'entend, mais n'en être pas pour autant moins naïf. Nous désignerons en tant que gauche, dans les lignes qui vont suivre, non pas le souci et l'engagement pour les égalités sociales, les droits élémentaires ou des conditions de travail décentes, mais le mouvement de pensée et d'action qui lutte contre les droits des Juifs à leur réinstallation dans leur éternelle terre de Judée, connue aussi sous le nom de Palestine.

A première vue, la gauche, selon ses prises de positions populaires, devrait être une fervente partisane et défenseuse du sionisme, tout simplement parce qu'il répond au principe des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes, et a fortiori dans une situation où ledit peuple, Israël, est un peuple à caractère éternel dont les souffrances se sont perpétuées pendant près de deux millénaires. Or, comme ce peuple, qui vit et se bat depuis plus de trois mille trois cents ans, a souffert du refus de la reconnaissance de ce droit bien plus que tous les autres peuples, qui ont fini, quand ils ne disposaient pas d'eux-mêmes, par se fondre dans la masse du peuple dominant lui refusant ce droit, il conviendrait que les défenseurs des droits humanitaires se soucient de lui dans cette même mesure.

Seulement, la gauche est surtout une couverture supposée humanitariste permettant la promotion d'idées que l'on peut qualifier d'honteuses. On l'a vu en Europe, où des aides sociales destinées à venir en aide à des personnes en période de difficultés se transforment en rentes à vie, alors que les véritables travailleurs sont de plus en plus imposés pour soutenir le fardeau social ; et on le voit en Israël, quand un tout petit pays oppressé dans un océan de chaos et d'inhumanité est changé par cette gauche en oppresseur et qu'importe si le rôle de pseudo oppressé est tenu par quelqu'un qui, en l'occurrence, aura droit chez son oppresseur-protecteur-employeur à des conditions auxquelles aucune gauche qui se respecte n'aurait osé prétendre.

Le problème est que cette gauche internationale et immensément riche n'aurait aucune prise ou emprise sur Israël si elle n'avait pas ce bras long qui parvient jusque dans ses murs et sévit par l'organe des associations extra-parlementaires qui s'acharnent à saper le pays de l'intérieur. Le siège social de la «Paix Maintenant» occupe par exemple tout un immeuble dans l'un des endroits les plus chers du pays, et celui qui se trouve à sa tête n'a pas besoin de travailler et de cantonner ses occupations partisanes dans un maigre temps libre. Or, Oppenheimer, c'est son nom, engraissé par les ONG, ne déçoit pas ses sponsors. Dans la situation actuelle, où le pouvoir a priori fiable et fidèle aux aspirations nationales d'Israël se débine dès que la pression surtout américaine montre les crocs acérés d'un Kerry, il a eu beau jeu de se vanter d'avoir empêché le départ d'un grand projet à proximité de la ville de Ma'alé Adoumim, en zone E1. Pourtant, Netanyahou avait réagi courageusement à la reconnaissance des organisations terroristes Olp-Fatah comme Etat observateur à l'Onu. Soit dit en passant, il ne faudra pas s'étonner qu'un petit F3 vétuste puisse coûter plus d'1.5 millions de shekels, car la non construction juive à Jérusalem ou en Samarie rabat les potentiels acheteurs sur ce que l'on peut trouver. Rien qu'en 2013 (les chiffres sont publiés aujourd'hui), les appartements ont augmenté d'encore 8%.

Nous allons à présent voir où intervient la naïveté de l'observateur honnête. Un célèbre adage de nos sages stipule qu'un individu ne disqualifie son prochain que par projection sur ce dernier de ses propres défauts. Cette tendance est tellement vraie et répandue qu'elle se retrouve jusque dans le langage des enfants : «Celui qui l'a dit, c'est lui qui y est!» Il est permis cependant de se demander ce qu'il en est de l'inverse de cette proposition : est-ce que le peuple juif, par sa trop grande et profonde bonté, n'a-t-il pas tendance à penser que ce qui motive ses adversaires, à commencer par ceux de l'intérieur, ne dérive pas d'une position de traitres mais d'une volonté profonde de faire le bien, sauf qu'ils choisiraient très mal leurs méthodes ?

Depuis la guerre des Six jours, le principe de l'échange de territoires contre la paix a été le leitmotiv du bourrage de crâne politico-médiatique en Israël. L'aberration, le mensonge, s'ils ne sont pas convaincants, ne perdent rien de leur effet neutralisant, à forte dose et à la longue. Le problème de la droite israélienne, c'est qu'elle n'a pas compris, ou alors a déconsidéré la force d'impact des médias d'Etat qui sont une des armes du pouvoir. Une fois de plus, une roquette a été tirée sur Eilat, ce shabbat. Et le Sinaï grouille plus que jamais des pires organisations, voire de la pire désorganisation, terroristes, que l'Egypte le veuille ou non. Lorsque Begin a pris le pouvoir, et que le monde entier avait parlé d'une révolution, ou au moins d'un renversement, il n'a pas cru bon de faire le ménage dans les locaux des mass-médias israéliens.

Par conséquent, il n'a pas désamorcé la bombe politique mise en place par Dayan, et a fini par s'asseoir sur le détonateur quand il a lancé les fameuses paroles rhétoriques prises au mot, en invitant Sadat à la Knesset. Du coup, l'accord avec l'Egypte a permis de produire le film hollywoodien qui a remporté le plus grand succès de l'histoire du cinéma américain. Le problème, justement, c'est que c'est du cinéma. Un simple coup d'œil sur la carte sinaïtique actuelle montrera aux plus sceptiques que l'accord de paix le plus historique ne se contente pas de ne plus faire partie du présent, puisqu'il n'a en fait jamais non plus appartenu au passé. Si, en Israël, cet accord n'a jamais débloqué le blocus économique, routier, touristique, etc., qui le serre dans cet étau arabo-musulman, la suite qui en a été donnée en Egypte, si on veut voir la chose du bon côté, s'est soldée par un lamentable assassinat et une belle envolée lyrique et pathétique d'un chanteur exalté, certainement à juste titre, par ailleurs, là n'est pas le sujet.

Puis s'ouvrit l'ère Shamir. Lui non plus n'a pas jugé bon de mettre à la retraite anticipée tous les soutiens de l'ex Mapaï, puis parti travailliste, qui avaient pourtant joué un rôle important dans la préparation de l'opinion à toutes les décisions d'un pouvoir s'étant retrouvé désormais dans l'opposition. Il suffisait de suivre le journal télévisé pour se rendre compte à quel point le Premier ministre avait les poings liés. Des délégués et représentants indirects de l'Olp – à l'époque l'organisation qui voulait jeter les Juifs à la mer ne faisait pas encore partie d'un décor anormalement normal – étaient interviewés d'une manière disproportionnée, avec un sourire tellement grand qu'il était perceptible même à la radio, et sans aucune question à rebrousse-poil, comme cette Hanan Aschraoui, riche habitante d'une somptueuse villa de Bet-Jalla. Vous connaissez? C'est la localité d'où le quartier Guilo de Jérusalem était bombardé à l'arme automatique lourde, à l'époque du Premier ministre Barak. La rue Hanafa avait été pratiquement désertée de ses habitants. Bien sûr, aucun journaliste ne s'est inquiété de ces familles qui se sont retrouvées sans foyer, au contraire, certains ont même attribué un prix au terrorisme, en parlant de la «colonie» de Guilo.

Mais revenons à l'époque de Shamir. Il n'est pas exagéré d'affirmer aujourd'hui que, s'il accepta de se prêter à la mascarade des pourparlers de Madrid, d'où jamais rien de bon n'est sorti pour les Juifs, ce fut en raison de la pression exercée par les médias, résumable dans la formule toute faite : «Shamir va-t-il se montrer ouvert et œuvrer en faveur de la paix (à savoir la légitimation du terrorisme et de leurs dirigeants), ou va-t-il par son entêtement perpétuer à jamais cette situation de guerre?» Il va sans dire que le jour où il céda fut un jour de fête pour la clique journalistique jamais destituée du pouvoir médiatique.

Par deux fois, à ce stade, les Premiers ministres de la droite ont été pris au piège et ont conduit à la perte des élections de leur camp. On eût pu penser qu'à la troisième reprise, la leçon allait être comprise, et que l'on verrait à la télévision une image fixe accompagnée d'une petite musique et de la petite phrase : «Dans quelques instants, la suite de notre programme». Mais il n'en fut rien, et quand les conseillers de Netanyahou lui eurent parlé de l'urgence de faire le ménage et de faire taire ceux qui l'avaient identifié à l'assassin de Rabin pendant toute la campagne électorale, il répondit qu'ils avaient compris la gravité de leur démarche et qu'il devait quant à lui considérer qu'ils avaient des familles à nourrir. La veille du résultat des élections, pourtant, Pérès avait été proclamé gagnant sur la base des estimations. A quatre heures du matin, le message diffusé sur les ondes était que même s'il l'emportait d'une voie, le camp de la gauche mènerait à cent pour cent sa politique, car tel est le principe de la démocratie. A cinq heures, le journaliste chargé des informations était très alarmé, il gémissait en direct, disant qu'un tel retournement n'était pas possible, et qu'il fallait attendre un peu pour que cette tendance désastreuse fût infirmée. Puis ils ont préparé leurs bagages, puis ils ne l'ont pas raté.

Le premier effet de la naïveté dictée par un fond trop bon, a été pour plus d'un de s'imaginer sincèrement, au moment où la signature des accords d'Oslo devenait inéluctable, que la réalité vraie apporterait un démenti cinglant qui ramènerait à la raison tous ceux qui avaient cru que des ennemis jurés se transformeraient en amis en leur faisant des concessions, que des accords de paix apporteraient la paix, et qu'ils seraient définitivement guéris de leur erreur de conception. Or, il n'en fut rien. Les Ong sont plus prospères que jamais, et les politiciens, dont une ministre qui est payée depuis le début de son mandat uniquement pour se trouver en compagnie des terroristes avec qui les rencontres et autres pourparlers tombaient encore avant Oslo sous le coup de la loi, parlent aujourd'hui de Jérusalem alors que Yossi Sarid, l'homme le plus extrémiste de l'échiquier politique, voici deux décennies, s'offusquait quand on lui demandait s'il était favorable à un retrait d'Israël jusqu'aux frontières d'avant la guerre des Six jours.

Le second concerne le rapport entre l'antisémitisme et l'antisionisme. La bonne foi voudrait pourtant que, dès que cette relation sera établie sans ambiguïté, l'antisionisme soit considéré comme aussi honteux que tous les prétextes qui ont, pendant des siècles, nourri la haine du Juif. Insidieusement, l'antisionisme est le nouveau carburant de la haine, il apporte de nouvelles sources d'énergie. Si l'enfant chrétien égorgé pour Pessah n'est plus un mensonge autorisé, il sera remplacé par celui de l'enfant Doura ; s'il ne sied plus de dire que le Juif veut s'emparer du monde, ce monde sera réduit à une Palestine plus réduite géographiquement mais tout aussi efficace ; si on se fait montrer du doigt en soutenant que le Juif s'empare des richesses de la planète, on mettra les loups et autres hyènes rieuses de son côté en le faisant exploiteur et tortionnaire du travailleur ayant fui les pays arabes et bientôt l'Afrique noire pour gagner correctement sa vie.

Donc, a priori, il suffirait de montrer aux bons et honnêtes penseurs libres que les allégations antisionistes risquent de conduire le monde à la même compréhension vis-à-vis du terrorisme arabe ou iranien que tantôt envers le régime qui pourchassait les Juifs à partir de l'Allemagne. Si dans les années 70/80, on se demandait comment le monde libre pouvait rester indifférent devant l'assassinat des enfants juifs, on en a eu la réponse dans les années 2000/2010 quand le massacre d'une famille une douce nuit de shabbat, dont leur nouveau-né de quatre mois, a pu susciter sous la plume ou le clavier des commentateurs l'expression du bébé colon.

Or, l'erreur de pensée, si l'on peut dire, a consisté à considérer que réussir à faire reconnaître que l'antisionisme est une forme tremplin de l'antisémitisme traditionnel et moribond, réussirait à le rendre aussi abject que le premier. Le monde d'ici-bas, avec les derniers rebondissements de l'antisémitisme en France, a au contraire montré que, puisque l'antisionisme est considéré comme louable, alors, si l'antisémitisme lui ressemble, il devient lui aussi digne de la plus élogieuse des considérations.

Partager cet article

Repost 0
vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
commenter cet article

commentaires