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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 20:28

Une fois de plus, Israël est consterné par son gouvernement qui bafoue la justice et le bon sens ; une fois de plus, Netanyahou procède à un lâcher d'assassins en échange de rien. Il y a quelques semaines, j'ai lu dans Hamodia en français que la Shoah  n'avait jamais été aussi bien enseignée. Quels en sont les conclusions et les implications pratiques et morales à retenir pour notre génération ?

D'un côté, l'intérêt pour la question répond à un commandement de la Torah : «Rappelle-toi et n'oublie pas ce que t'a fait Amalek, en chemin, lors de ta sortie d'Egypte» (Deutéronome XXV, 17). Par extension, Amalek devient tout peuple non-juif ou individu qui haït viscéralement et irrationnellement le Juif au point de chercher à le détruire par tous les moyens : et cet ordre ne concernera plus la seule sortie d'Egypte, mais aussi bien celle de Babel ou encore de l'exil d'Edom, même si cette dernière est peut-être encore pour beaucoup de dirigeants surtout physique pour le moment, quand on constate le caractère d'esclave d'un Premier ministre qui n'a même plus la volonté et encore moins la force de faire respecter un minimum de justice lorsqu'il libère par trois fois une trentaine d'assassins, sachant également que la Cour suprême ne garantit ni la justice ni l'application du droit, comme nous l'avons envisagé précédemment.

Curieusement, c'est à l'occasion de chaque grande sortie de l'exil qu'Amalek se matérialise dans toute son horreur. Son grand-père, Esaü, lui montre le chemin en s'attaquant à Jacob au moment où il quitte son exil à Haran pour rentrer chez lui, en terre de Canaan (voir Genèse XXII, 23). Nous relevons donc trois attaques notoires d'Amalek à chacune des fins de nos exils que nous marquons à diverses périodes de l'année : Pessah, avec Amalek qui nous attaque à la sortie d'Egypte ; Pourim pour Aman, dont l'ancêtre Agag avait valu à Saül son bannissement de la royauté, et, s'il est permis de les placer sur un même plan, le jour de la commémoration de la Shoah ou encore le kaddish général du 10 tévet pour les victimes du nazisme et de régimes complices dont les dates de décès n'ont pu être retenues.

Mais quel devrait être pour nous, sur le plan pratique et moral, la grande leçon de la Shoah? A ce propos, nous en limitons les répercussions trop souvent aujourd'hui à une certaine idée de notre indépendance politique. C'est d'ailleurs le motif principal, voire unique, invoqué par nos représentants politiques, dans leurs discours solennels, aussi bien à la date de la veille de l'indépendance que lors des commémorations de la Shoah. Ils font allusion plus qu'ils ne revendiquent notre droit à la guerre pour empêcher que nous ne soyons, D. préserve! de nouveau semblables à des montons menés à l'abattoir, «considérés comme du menu bétail voué à être égorgé» (Psaumes, XLIV, 23).

 Notre grand tort en général en tant qu'Israéliens, sans rien diminuer bien entendu à la cruauté et à la culpabilité d'Amalek et de tous ses rejetons à travers les âges, c'est de ne pas savoir écouter. Mais que sommes-nous donc censés écouter? Si nous faisons attention à ce que disent nos textes, et aussi à ce que disent souvent tout haut nos ennemis, nous pourrons commencer par relever que la «différence entre l'exil et la rédemption consiste dans la soumission aux nations uniquement» (Talmud Shabbat 63a). Il s'agit donc d'une question d'esclavage et de libération. Il faut bien comprendre qu'un esclave, même affranchi physiquement, peut le rester dans sa tête encore longtemps. Il peut être souverain dans son pays et continuer à avoir une mentalité d'esclave ; il peut fuir et trébucher sans qu'il n'y ait de poursuivant ; et il peut enfin s'attacher à des chimères au lieu de marcher avec D. D'ailleurs, en ce moment, c'est un politicien américain qui incarne le rôle de cette chimère (en un seul mot, restons corrects), et qui va jusqu'à en porter le nom.

Cet émissaire de la Maison de Couleur (donc blanche, puisque le blanc est la réunion de toutes les couleurs, alors que le noir n'en est pas une), qui ne cesse de faire des allées venues et auquel notre Premier ministre se soumet sans conditions ni combattre, se nomme par extraordinaire Kerry. Et c'est exactement ce que le verset enjoint de ne pas faire : «Si vous vous conduisez avec Moi en vous attachant à des chimères» (Lévitique XXVI, 21), ce dernier mot dans la version originale se lit : Kerry. Sans vouloir faire remonter le terme à une étymologie protosémitique, on retrouve étrangement que le Š de chimère peut très bien remonter à un [c] et que le [r] se maintienne. Le [m] a pu se glisser, comme on le retrouve dans beaucoup de termes que l'on fait remonter étymologiquement à d'autres. Or, cet avertissement est répété plusieurs fois dans le texte, autant de fois peut-être que la direction politique israélienne cherche un appui chimérique au lieu de faire confiance à leur D. qui les fait remonter de tous les exils.

L'esclave est par définition l'homme qui préfère se soumettre à un tiers qu'à se remettre à son Créateur. La Loi l'autorise à opter a posteriori pour ce statut pendant six ans. S'il récidive, on lui percera l'oreille, et il sera un «esclave perforé» (Talmud Kidouchin 21), et il ne sortira qu'au jubilée. Rachi explique le rapport entre la volonté de rester esclave et le percement de l'oreille : «Cette oreille, qui a entendu "C'est pour Moi que les Enfants d'Israël seront esclaves", et qui s'est faite esclave d'un esclave, sera percée.» Israël doit être esclave de l'absolu, ni de l'Egypte, ni de Babylone, ni d'Edom. S'il obéit à l'ordre divin de reprendre possession de son sol, il ne doit pas demander la permission aux Américains. Bien sûr, quand il ne peut pas faire autrement, il ne peut non plus accélérer l'échéance de sa libération, mais quand la porte de la geôle est ouverte, il ne doit pas y rester une minute de trop.

Autre règle générale que nous trouvons commode de ne pas écouter : «C'est un axiome, Esaü hait Israël». Le patriarche le savait. Quand Esaü lui a proposé de vivre en bonne intelligence, en bons voisinage, en paix, Jacob a répondu : «Avance, je te rejoins!» (voir Genèse XXXIII, 14). Une fois de plus, notre problème se focalise sur l'écoute. Reprenons le cas de l'Allemagne. Est-ce un pays réellement attaché à la valeur humaine, fût-elle juive, qui a malencontreusement failli et dont la réputation s'est entachée par l'indescriptible, ou est-ce au contraire un pays «dont on ne comprendra pas la langue» profondément dangereux surtout pour les Juifs mais qui n'a des droits de l'homme que l'apparence extérieure quand ça l'arrange? Quel est son naturel ? Doit-on considérer l'Allemagne comme un pays éminemment sage qui a traversé une crise ponctuelle de folie meurtrière, ou alors faut-il s'interroger davantage sur une tendance caractéristique à la haine de l'Hébreu d'un pays se trouvant encore sous l'effet apaisant d'une curée qui l'a rassasiée pour un temps? Les indemnités que l'Allemagne verse à Israël n'agissent-elles pas comme un neutralisant qui corrompt notre capacité de jugement? La réinstallation massive de Juifs en Allemagne, en provenance de Russie mais aussi d'Israël, confirme-t-elle la première hypothèse ou ne serait-elle qu'un réapprovisionnement de ce pays en vue du prochain holocauste? «Non! Absolument pas! L'Allemagne, et tous les autres d'ailleurs, est un pays très bien qui a momentanément trébuché», préférons-nous trancher.

Le souvenir de la Shoah ne se limite pas à nous faire prendre conscience qu'en tant que Juifs, et plus précisément en tant que peuple juif, l'indispensabilité de vivre dans notre propre pays ; il doit aussi nous inciter à prendre au sérieux les menaces de nos ennemis. Lorsque les nazis ont pris le pouvoir, d'aucuns ont dû se dire qu'on avait eu tort de trop dramatiser, que les nationaux socialistes avaient pris le pouvoir mais qu'il ne s'était rien passé de spécial. Or, récemment encore, le débat public ou médiatisé se demandait si le président iranien pensait réellement à ce qu'il disait, et s'il voulait réellement exterminer notre pays. On peut émettre l'hypothèse que le même débat à dû exister en Allemagne et dans les pays limitrophes pendant la période de l'entre-deux-guerres.

Une troisième leçon doit être l'action. Ne pas se contenter de comprendre que l'Iran est dangereux, et ne pas se contenter de le faire comprendre à d'autres Etats, qui pourraient ne pas l'avoir compris. Personne n'intervient pour sauver les Juifs, pas même en bombardant les chemins de fer de la solution finale.

Cette deuxième leçon, celle de l'écoute de nos ennemis, on refuse encore de la comprendre aujourd'hui. Cela fait près de cinq décennies que nous sommes gavés de la dialectique des territoires contre la paix, ou en échange d'un accord politique incluant la reconnaissance d'Israël par ses ennemis, la Palestine, tout le monde la veut, alors on fait «fifty-fifty et on est tranquilles .» Cette vision encore une fois chimérique nous bloque dans un système qui nous empêche d'écouter et de prendre au sérieux les revendications de nos ennemis. On a trop tendance à se dire que ceux qui déclarent vouloir détruire Israël ne le pensent pas vraiment. Et on leur trouve tous sortes de raisons, d'excuses, pour «comprendre» leur ressentiment. Si on parlait avec eux, si on les reconnaissait, si on les écoutait, alors ils en seraient nettement moins belliqueux.

On se borne à réfléchir à leur place en se convainquant, comble d'ironie, que cette compassion découle directement de notre attention envers ce qu'ils ont à dire. Ainsi, même si on veut bien admettre qu'ils ont vraiment l'intention de rendre toute la terre d'Israël interdite aux Juifs, on décide à leur place qu'ils vont changer d'avis, que la vie est faite de compromis et qu'ils finiront pas être raisonnables et à se contenter d'une partie de notre terre. Qui a dit que le Liban n'aimait pas Israël à cause de la présence militaire israélienne au sud dudit pays? Il fallait fortement ignorer et être sourds à tout ce qui se disait dans l'entourage du Hezbollah pour ne pas prévoir le déclenchement de la seconde guerre du Liban et s'en étonner. On a dit qu'à Gaza, les populations musulmanes n'avaient absolument rien contre Israël, et qu'il suffirait d'en retirer tous les Juifs, pour qu'ils deviennent des plus paisibles. Certains aussi s'imaginent (naïvement vraiment?) que les secourir en cas de tempête les rendrait philosémites. On a aussi signé les accords d'Oslo. Or, non seulement les résultats sont tangibles, logiques, prévisibles, mais la direction politique s'entête à reprendre des pourparlers, comme si l'idée était nouvelle, et libère aujourd'hui pour la troisième fois de véritables assassins de Juifs, sachant très bien que ce fâcheux précédent autorisera toutes les juridictions du monde à ne plus poursuivre les antisémites évoluant sous leur autorité.

Tout est question d'oreille, externe ou interne, d'équilibre donc. Ecouter la voix qui nous guide depuis la nuit des temps nous évitera de rêver «à côté de la plaque». Le rêve d'Israël n'est pas de retourner vivre en Allemagne, d'aller manger du houmous à Damas ou de renoncer à la terre d'Israël avant même de n'y s'être complètement réinstallés juste pour que les pires terroristes nous fassent un sourire.

«Aligne ta volonté sur la Sienne, afin qu'Il aligne sa volonté sur la tienne», lisons-nous dans les Maximes de nos Pères, et plus particulièrement dans la période qui relie Pessah à Shavouoth, la sortie d'Egypte au don de la Torah. « Sache que ton émancipation physique est le prélude de ton émancipation spirituelle », et que les contingences de ton refus de ta pleine libération te rabaissent aux yeux des nations alors que tu crois ainsi éveiller leur bienveillance. «Aussi, la pérennité d'Israël ne sera pas démentie ni sujette au renoncement, car il ne s'agit pas d'un homme  pour se démentir» (I Samuel XV, 29). L'ère des dirigeants rétractiles et démissionnaires qui ne renoncent en rien pourtant à leur siège, avec un Netanyahou qui semble s'être figé depuis près de vingt ans et qui poursuit les accords d'Oslo non plus, comme ses prédécesseurs et détracteurs, en affichant une mine réjouie d'inspirateur d'un quelconque nouveau Moyen-Orient, mais la mine déconfite d'un perdant, n'affecte en rien la lucidité du peuple, bien plus déterminé et confiant que lui en l'avenir et dans le Rocher d'Israël, et qui n'a pas oublié d'ouvrir «l'oreille et la bonne». Si le mouvement global de protestation contre l'humiliation que le dirigeant fait subir aux citoyens n'a que peu de chances d'aboutir, il n'en montre pas moins que les gens ne sont pas dupes.

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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