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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 20:29

«Quelle est l'utilité d'un Etat d'Israël?» Cette question est étonnamment posée aussi bien dans des milieux israéliens anciennement sionistes que par des observateurs étrangers. La formulation de cette question est loin d'être fortuite. Ce n'est pas involontairement que le côté utile est mis en avant, et non le côté essentiel, ni que le «un » (l'article indéfini) ait pris la place du «le» (l'article défini) dont l'intervention désigne une entité unique et spécifique. La réponse à cette question qui reflète bien la vision d'un certain sionisme laïc et qui tient en très peu de mots dit qu'il faut que les Juifs aient un pays, même n'importe où, afin qu'ils ne soient plus les victimes sans défense menées tel un troupeau de moutons  à l'abattoir.

Dorénavant, le vaillant guerrier juif mettra en déroute tous ceux qui voudraient tenter leur chance. Ils se casseront les dents et comprendront que la formule « plus jamais ça» n'était pas une vaine phrase pour tout le monde. Aujourd'hui, le peuple d'Israël est un «peuple qui sied seul, et qui des humeurs des Goïm n'a cure». (Nombres XXIII, 9). Certes, Israël a su nouer des alliances, mais toujours, dans ses temps premiers, en séparant le bon grain de l'ivraie. Pas question de s'encombrer de faux amis et de risquer la vie de la nation à plus ou moins longue échéance pour faire plaisir à des alliés qui risqueraient de nous engourdir et de nous lâcher. C'est dans cet esprit qu'ont été menées les guerres d'Indépendance et des Six jours, et que, comme nous l'avons évoqué plus tôt, Israël a été le véritable gendarme du Moyen-Orient, en définissant les limites et les règles : non à des menaces nucléaires de pays musulmans. «Faites une ouverture de la taille du chas d'une aiguille, et Je vous ferai passer par la grande porte» (Midrash Cantique des Cantiques Raba 5b). En français, « aide-toi, le Ciel t'aidera!»

Seulement, cet esprit confiant et conquérant ne semble pas avoir résisté à l'épreuve d'un temps très court. La formidable motivation amorcée plus de soixante-dix ans avant la proclamation de l'indépendance d'Israël s'est émoussée, au moins chez les dirigeants, un quart de siècle après elle, sous les traits d'une vieille dame certes honorable, mais hésitante et fatiguée. Aujourd'hui, à la lumière de toutes les publications parues pour le quarantième anniversaire de la guerre de Kippour, tout le monde sait qu'Israël n'a pas été attaqué par surprise mais qu'il a plutôt voulu montrer au monde entier que l'instabilité régionale n'était pas due à des attaques de son crû, mais bien à des pays qui sont au moyen-âge de leur religion et de leur développement.

Mais pourquoi? Israël s'est-il laissé impressionné par l'autostoppeur de la flotte américaine du débarquement, juste pour ne pas se laisser injustement traité de peuple sûr de lui et dominateur? Pourquoi n'a-t-il pas choisi de prendre cet emportement d'un animateur radio militant pour un compliment? Eh oui, ce peuple ne baissera plus la tête et ne se laissera plus parquer comme du bétail. Il tiendra la dragée haute à ses ennemis et donnera autant de fois qu'il le faudra une bonne raclée aux Nasser, Sadat, et autres Hussein, de Jordanie ou d'ailleurs, qu'ils soient laïcs ou ayatollahs.

Les infidélités de la France ont réduit le cercle des amis d'Israël presqu'aux seuls Etats-Unis qui n'ont pas manqué de profiter de l'aubaine tout en ayant senti comme par instinct cette baisse de motivation.

En Israël, les dirigeants politiques, comme rattrapés par les spectres de l'exil, par ce faux naturel imposé pendant des siècles qui est revenu au galop, ont perdu confiance et ont eu honte de faire la guerre, de reconnaître l'ennemi et de le combattre. Or, même si ce syndrome n'a touché qu'une faible proportion de l'opinion, la majorité ayant retrouvé le véritable naturel des tribus d'Israël, c'est cette minorité qui, ayant investi la propagande et les tribunaux, donne le ton aujourd'hui. Car combien de temps faudrait-il techniquement à Israël d'une part pour se défaire de toutes les populations hostiles fomenteuses d'attentats, et d'autre part pour que l'on puisse se dire «plus jamais ça», mais en l'occurrence dans un contexte où on n'entendrait plus qu'un soldat de dix-huit a été tué non pas sur le front mais par un Arabe ingrat qui profitait de la confiance juive et du confort des transports modernes, qu'un autre a lâchement assassiné un père de famille à l'arme blanche, ou que d'autres ont anéanti dans une mare de sang toute une famille, sans épargner le bébé de quatre mois, tandis que leurs semblables, loin de les condamner, n'ont qu'exprimer le regret de ne pas faire subir à tous les Juifs le même sort?

Un débat curieux et artificiel s'est instillé, comme si on avait vraiment affaire à des idées politiques. Je regardai sur youtube un drôle de discours entre un journaliste de la télévision, dans un reportage sur les jeunes des collines, et un jeune homme de seize ans assigné à résidence. En deux mots, le différend qui animait leur discours était de savoir si, oui ou non, il fallait voir dans les Arabes qui circulent librement sur la terre d'Israël des ennemis. Il est bien évident que l'on aimerait être d'accord avec ce jovial journaliste. Mais s'agit-il vraiment d'un débat de sentiments, d'idées? Ne serait-il pas question ici de la différence entre une manière vraie, même effrayante, ou tronquée de considérer le monde qui nous entoure?

Au dix-neuvième siècle de l'ère vulgaire, beaucoup de Juifs se persuadaient que les Allemands avaient changé, étaient devenus pour eux bienveillants. Ils pensaient qu'il leur suffisait de faire montre de bonne volonté, d'être prêts à des concessions douloureuses sur le plan de la tradition, qu'il fallait apprendre leur langue et les côtoyer dans les universités pour qu'ils comprennent à quel point leur vision du judaïsme ne consistait qu'en une montagne de préjugés. D'aucuns n'hésitaient pas à fustiger les Juifs qui refusaient de s'engager dans les voies de l'émancipation, ou, ne mâchons pas les mots, de l'assimilation. N'étaient-ils pas pourtant dans une période éclairée, qui allait aboutir en 1869 à l'octroi des pleins droits à tous les Juifs de Prusse et de Bavière? Un seul, parmi tous les penseurs connus, a gardé la tête sur les épaules : Moses Hess. L'histoire lui a donné raison. Lui seul a su sinon regarder et comprendre la réalité réelle, du moins ne pas se laisser bercer d'illusions douces et réconfortantes.

Dans ce contexte, une histoire d'alyah vaut la peine d'être succinctement citée ici. Elle se situe à l'époque des premières vagues des grands retours des Juifs en Palestine. Un homme dit à sa femme: «L'heure de la rédemption a sonné. Partons pour notre terre.» «Mais pourquoi donc? Tout va très bien ici. Laisse nos frères de Russie fuir les pogroms.» Elle refusa de bouger. Son mari lui dit: «As-tu une bonne amie non juive? Etc. Demande-lui, si tu peux lui parler en toute sincérité, si, dans un contexte particulier, les siens ne risquent pas de se lever pour tous nous tuer?» Elle accepta. Son amie, honnête, lui confirma les craintes de son mari. Leur descendance vit aujourd'hui entre Tel-Aviv, Rehovot et Bet-El.

Pour revenir à la politique israélienne, la situation qui a prévalu aux accords d'Oslo, au retrait du Liban ou encore à l'expulsion des Juifs de Gaza relevait-elle d'une divergence d'opinion entre différentes obédiences – c'est votre point de vue, ce n'est pas le mien – ou d'une lecture juste ou fautive de la carte – vous pensez que le point d'arrivée est au Nord, et moi je pense qu'il est au Sud ? S'agissait-il vraiment d'un débat entre ceux qui pensaient que de tels changements apporteraient la paix et ceux qui pensaient le contraire? Pourtant, tous ceux qui ne savaient pas lire la carte avant ces agissements politiques dramatiques, devraient normalement y voir on ne peut plus clair aujourd'hui. Plus personne ne devrait soutenir que des concessions envers les ennemis seraient génératrices de paix. Et pourtant.

Certains, comme le politicien Amram Mitsna aujourd'hui, jouent sur les mots en faisant semblant de se repentir pour avoir cru dans une paix apportée par des accords. Celui-ci soutient qu'il aurait fallu se concentrer sur la thématique de la convergence des intérêts entre les parties, et non pas de la paix, mais uniquement en raison de l'incompréhension du public pour ses positions et celles de son camp politique. Il ne prône rien d'autre que de continuer à foncer tête baissée contre le mur, mais sous un autre titre.

Les plus grièvement atteints par l'idée de la paix idyllique à tout prix ont l'air de se trouver sous l'effet de substances hallucinogènes fortes. Dans leur délire, ils voient un avenir radieux, avec normalisation économique régionale, pourvu qu'Israël, D. préserve! s'ampute de toute sa région centrale au profit d'un nouvel Etat dirigé par des organisations terroristes qui, comme par enchantement, seraient tellement ravies de ce geste qu'elles n'en ressentiraient plus la moindre animosité envers les Juifs. Cet argument, basé sur du rêve hallucinatoire qui ne repose sur aucune tradition attestée, et qui a été soutenu aux veilles d'Oslo, du retrait du Sud-Liban et de l'amputation de Gaza, conforte encore des tendances qui semblent avoir vécu à l'extérieur de la galaxie depuis l'annulation de la loi interdisant l'intelligence avec l'ennemi terroriste, quand un Ezer Weitzmann hors-la-loi passait pour un héros.

Le problème, c'est qu'il s'avère plus sûr que ce soit l'argent et non une substance stupéfiante qui pousse les militants des ONG à répéter encore et encore les mêmes litanies anesthésiantes. Avec les décennies, elles parviennent à annihiler tout sentiment de révolte et d'offuscation de la population israélienne face aux exactions et assassinats les plus ignobles commis par un ennemi qui évolue en toute liberté à l'intérieur du pays.

Et cette voix est aussi celle qui nie les droits des Juifs au nom des droits de l'homme. Elle exige dans des termes adoucis, embellis, le «gel de la construction», le «redéploiement» de l'armée ou des civils, alors qu'il s'agit tout simplement d'une atteinte ségrégative qui vise spécifiquement les Juifs de Judée-Samarie. Il y eut d'autres concepts doux et avenants pour s'attaquer à d'autres Juifs: il fallait préserver la pureté de la race et du sol aryens. Sauf que, à l'heure actuelle, ni le «gel» ni le «redéploiement», pas plus que le «colon juif», ne sont affectés de cette connotation négative qui s'est attachée rétrospectivement et surtout après coup aux notions de «pureté» ou de «souillure», de «judenrein», ou plus anciennement de «Juif perfide», dans le sens où les Juifs doivent être respectés.

Aux accords de Munich de Chamberlain, la pureté aryenne ne posait pas de problèmes de conscience. Ni le sort de la Tchécoslovaquie, ni celui des Juifs ne valaient la peine de remettre en question un accord de paix salutaire dans les esprits pour toute la planète.  Tout le monde en était reparti avec un grand sourire. La guerre était évitée, et Daladier n'aurait pas aimé que l'on en fasse une salade.

Aux accords de novembre 13, ni le concept de colon juif ni même le principe de l'existence de l'Etat d'Israël ne posent de problèmes de conscience. Les deux fusionnent dans un même corps étranger qui dérange. Et on aimerait que le plus petit des deux se résorbe pour mieux crier haro sur le baudet sur l'autre. Les sourires radieux des «cinq plus un» ne méritent pas d'être perturbés. L'embrasement régional puis mondial est évité. Les appels à la destruction d'Israël du partenaire de Genève ne valent pas plus que l'on s'émeuve que ne le furent les appels au génocide du partenaire  de Munich.

Mais alors, quelle différence y a-t-il de l'accord de Chamberlain à celui imposé plus par Obama que par l'Iran?

La différence, c'est précisément la possibilité des Juifs qu'ils ont de se battre, de redevenir les vaillants guerriers des expéditions de Joab, général de David, de la conquête de la terre promise sous le commandement de Josué-Yéochoua, successeur et disciple de Moïse-Moché. Il faut arrêter de penser avec une tête encore en exil, de calculs mesquins qui font que les dirigeants s'imaginent qu'en ne froissant pas les «alliés» tout relatifs que sont les démocraties occidentales, ceux-ci feront la guerre à notre place, car ils ne la font que pour défendre leurs intérêts propres et immédiats qui peuvent selon les circonstances converger avec ceux d'Israël, comme la guerre contre Hussein d'Irak.

Netanyahou parle avec les négationnistes des organisations terroristes, en liberté malgré toutes les exigences les plus banales de la justice, brime ses citoyens, les met en danger en lâchant des assassins jamais rassasiés de sang, et le tout pour que les Américains «comprennent» les inquiétudes de son pays, et œuvrent contre un Iran nucléaire. Cette attitude conciliante de la tête baissée, de l'acceptation dans la douleur, des prédispositions à subir et supporter des concessions autant inutiles que douloureuses, ont donné au monde l'impression que, depuis Munich, rien n'a changé. Les Juifs sont toujours aussi dociles, aussi pacifiques dans le sens de l'inaction et de l'impossibilité de se soulever.

Cette politique – qui a fait taire toute l'aile dite de droite pour qui une véritable paix ne peut s'obtenir que par le transferts des populations hostiles et inadéquates, et n'a laissé que les extrémistes qui hurlent en toute quiétude leur mépris des droits des Juifs pour commencer en Judée-Samarie mais par la suite, s'ils obtiennent gain de cause, de toute la Palestine – a donné de l'Etat juif l'image de ce genre de garçon géant et un peu gauche qui fait peur au début mais que l'on sait inoffensif dès que l'on considère qu'il est incapable de se décider à se servir de sa force.

Les dirigeants israéliens peuvent-ils encore comprendre que ce n'est pas en se montrant bêlant et conciliant que l'on se fait respecter, que ce n'est pas en se montrant souriant et mielleux envers les terroristes de l'Olp et du Fatah que l'on s'attirera leurs faveur et qu'ils «comprendront en essuyant une larme de gratitude qu'ils n'ont aucune raison de nous en vouloir», pour reprendre le ton des rapports des ONG. Tant que Netanyahou jouera au jeu du «regarde, Obama, ce que je fais contre mes citoyens. Donc, toi, en échange, tu bloques le nucléaire iranien», Obama continuera à considérer Israël comme quantité négligeable, et à le voir comme un ghetto juif moderne dont le représentant rend des comptes à ses maîtres du dehors.

Si Israël détruit les centrales d'Iran, sans s'attarder sur les centrales factices visitées par les experts occidentaux, alors la communauté internationale, pour autant que cette notion soit réelle, le remerciera, même si ça prendra du temps, comme pour Osirak. Et il ferait mieux de se ressaisir aussi au sujet des pourparlers avec les «libérateurs de la Palestine», qui cherchent à ramener les Juifs à leur statut d'apatrides. Il faut savoir écouter le langage de l'ennemi, qui n'a jamais considéré que la Palestine qu'il vise ne se limiterait qu'aux hauteurs de la Judée, et n'a jamais admis qu'un partage serait admissible à la longue. Israël doit exploiter sa position de force et revendiquer à son compte toute la Palestine, sa patrie de toujours, atemporelle, qui n'est pas divisible, avant que ce ne soient les organisations terroristes qui revendiquent pour elles-mêmes, avec l'appui d'un Occident qui ne respecte que la force, cette indivisibilité.

Israël doit avant tout également s'assumer dans sa spiritualité, ne pas avoir honte de vivre la réalisation des prophéties du Retour, et reconnaître la primordialité de ses lieux saints qui ne sont pas une monnaie d'échange, en admettant comme réalité première le seul et unique sol qui peut et doit lui servir de patrie, en redevenant le vaillant combattant qu'il a cessé d'être pendant un temps par la force de l'exil.

Mais qui connait réellement les desseins de l'histoire? Exceptée la finalité du Retour dont l'issue est connue, peut-être qu'un Iran nucléaire poussera ses dirigeants à exhorter les colons arabo-musulmans de la Palestine juive à déserter le pays pour officiellement leur permettre d'en découdre avec l'«ennemi sioniste», mais pour que, malgré eux et en coulisse, soit facilitée la réinstallation du peuple juif, comme il est écrit: «Vous habiterez des maisons que vous n'aurez pas construites». Et, à ce moment-là, les appartements, au lieu de coûter un demi-million de shekels la pièce, ne coûteront qu'un shekel par mois. Le travail serait repris là où il s'est arrêté en 48. Du rêve? Peut-être, mais du rêve qui va dans le sens des droits d'Israël sur sa terre, et surtout dans le sens de l'aspiration multimillénaire juive attestée par la Bible.

L'ennui, c'est que si la bombe de l'Iran leur éclate à la figure, sommes-nous assez loin en cas de retombées radioactives?

Yéochoua Sultan : traductions hébreu-français, français-hébreu. Contact: yeochouasultan91@gmail.com

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