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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 21:37

Une ère nouvelle souffle sur la France. Si la haine vouée aux Juifs par les pays totalitaires arabo-musulmans est admise non pas avec résignation mais comme allant de soi, on s'étonne en revanche de la résurgence de l'antisémitisme dans le monde libre. Pourtant, si notre attitude envers l'Europe est différente, puisque nous nous affligeons du changement que nous y observons, c'est que  nous avons trop pris au sérieux la formule: « plus jamais ça ». La preuve en est que nous n'entretenons envers le Maghreb tout au plus qu'une nostalgie dénuée de toute revendication pour un passé souvent glorieux mais spolié jusqu'à la racine, quand certains évoquent les grandes richesses passées de leur famille, tout en acceptant le dépouillement de leurs possessions comme un cataclysme naturel dévastateur.

Donc, nous avons été sevrés au «Plus jamais ça!» Bien qu'il ne s'agisse pas forcément d'un simple slogan alléchant et prometteur, la vérité de ce «jamais» n'est pas absolue mais à replacer dans le contexte de l'ouverture d'une parenthèse dans un monde qui n'aime pas plus les Juifs que ne les aiment les populations africaines et asiatiques s'étalant du Maroc à l'Iran.

Toujours reste-t-il que cette parenthèse est ouverte depuis trop longtemps et qu'il est temps de la fermer. D'ailleurs, un sujet occulté commence à faire surface, et la censure va bientôt se lever sur l'impressionnante masse de lettres de dénonciation qui ont guidé la police de Vichy. Cette quantité d'indications qui ont notamment rendu orphelin de père le célèbre Marcel Gotlib alors qu'il était enfant, va remonter à la surface comme un corps lesté et oublié au fond d'un canal. Certes, les dénonciateurs ne seront plus pour beaucoup de ce monde, mais les lieux de leur résidence au moment des faits, et par extension des villes respectables, pour ne citer que Paris, resteront  hantés par l'opprobre. Il urge donc de pouvoir relativiser la gravité du préjudice en remettant au goût du jour des phrases qui rassurent les bonnes consciences comme : «Oui, mais les Juifs, quand même, ils exagèrent.»

En attendant, on peut toujours dire: «Ah! Ces Israéliens! Ils se croient vraiment tout permis!» C'est déjà bien, mais on se sent étouffé par l'étau de cette restriction qui exige de distinguer entre l'antisémitisme, condamnable depuis le débarquement allié, et l'antisionisme, recommandable.

Il n'y a pas de souvenir assez récent de génocide perpétré contre les «sionistes», les Juifs palestiniens, pour qu'il soit interdit de les condamner tous ; mais le génocide juif européen est encore trop inscrit dans la mémoire collective pour abattre la barrière qui empêche de faire l'extension du sioniste au simple Juif. Rappelons au passage que le grand génocide sioniste remonte à l'époque partant de la destruction du Second Temple à la répression de la révolte de Bar-Kokhba.

Une période  de massacres qui a duré environ soixante-cinq ans, contre une plus courte d'environ cinq ans, mais achevée il y a plus de mille huit cents ans, ceci est trop ancien pour que la morale éclairée se fâche de la haine ressentie par les voisins d'Israël à son égard et de ses conséquences. Les crimes de guerre de Titus à Adrien (qui non content d'avoir éliminé physiquement une bonne partie de la présence judéenne, a imposé un nom étranger à la Iudæa pour faire oublier jusqu'au souvenir de la souveraineté de cette nation, la nation d'Israël), quant à eux, peuvent être répétés.

Certes, il suffirait de patienter encore un peu pour que l'anéantissement du judaïsme européen – où vient s'inscrire la trahison des Juifs de France par un gouvernement niant les principes d'une république protectrice – soit lui aussi oublié pour que l'antisémitisme reprenne ses droits, mais on commence à trouver le temps long. Pourtant, beaucoup travaillent d'arrache-pied pour y remédier. Les négationnistes ne veulent pas attendre que le temps fasse oublier la Shoah, et que personne n'en parle plus ni n'en ait plus connaissance. Ils s'attachent à prétendre qu'elle n'a pas eu lieu.  Par réaction, elle nous enferme dans une sorte de culture, ou de culte de la mort, et nous nous rendons frénétiquement en Pologne, afin que ce pays qui nous haït n'efface pas les preuves encore tangibles et hurlantes de ce qu'a subi notre nation. Mais quelques décennies suffiront pour que tout soit oublié. On pourrait se permettre, dans une certaine perspective, d'affirmer dès aujourd'hui que dans mille huit cents ans, plus personne n'en saura rien. Et il ne faudra plus passer par l'antisionisme pour s'en prendre aux Juifs.

Mais comment avancer en besogne, quand une image reste, comme une apparition, fixée devant les yeux d'un Occident qui voudrait bien refermer au plus vite cette parenthèse, envoyer un bon coup de sifflet pour mettre fin à la récréation? Cette image,  celle de la haine gratuite d'une civilisation qui abuse de sa force, est incarnée par cet enfant juif désemparé, qui lève les mains devant la haine nazie. Il a donc fallu brouiller cette image. Et pour l'effacer, la rendre définitivement obsolète, rien de mieux que de la remplacer par une autre image qui fasse contrepoids. Et que fait-on en l'absence d'une telle image? On la fabrique. 

Et pour la fabriquer, sciemment ou sans le savoir, on reprend des méthodes honteuses, employées par des monarques dont l'abus de pouvoir et la haine du genre humain resteront gravés dans les annales de l'histoire pour ce qu'ils sont. Attardons-nous un court instant sur ce procédé.

Fontana, un chroniqueur moyenâgeux d'expression latine, écrivait il y a cinq cents ans:

« En l'an 1492, la victoire écrasante une fois rapportée contre les Maures, les souverains glorieux, Ferdinand et Isabelle, entreprirent d'expulser tous les Hébreux impies du royaume d'Espagne après que ces derniers eussent crucifié un an auparavant un enfant innocent ».

Donc, pour s'attaquer sans être rattrapé par sa conscience, si conscience il y a, au Juif, à l'Hébreu, plus tard à l'Israélien, et pour que le crime devienne justice, le monde à l'envers changera les victimes en bourreaux. Espagnols, nazis ou antisionistes, tous doivent attiser la haine contre la communauté d'Israël pour qu'elle tombe tout entière sous la houlette de la soif de la justice et de la vengeance. Le thème de l'enfant est efficace, bref, et n'a pas besoin d'être explicité. Un seul enfant suffit pour que tous les Juifs perdent leur assurance et se retrouvent poursuivis, traqués, en danger, bref: délégitimisés. Le crime imaginaire de l'enfant, sacrifié sur fond de fable rituelle au moyen-âge, militaire quelques siècles plus tard. Le progrès influe la forme mais n'affecte pas les mentalités figées.

Donc, si l'image de l'enfant a fonctionné pendant l'Inquisition, mais que, par la force des choses, un formidable retournement de la situation a apporté un enfant juif qui a dénoncé toutes les supercheries de la haine, il suffit d'en créer une nouvelle. Ce besoin de la cause contre Israël sous toutes ses appellations a été défini avec une frappante lucidité par une éditorialiste  répondant au nom de Nay, qui déclarait : «la mort de (…) Al Dura annule, efface, celle de l'enfant juif les mains en l'air, mis en joue par un SS dans le Ghetto de Varsovie». Il ne manquait plus que : «et réhabilite le sacrifice de l'enfant de Fontana».

Cette tirade de la journaliste entame sérieusement le mur qui assurait encore la différentiation entre l'antisémitisme et l'antisionisme et n'oblige plus personne à se réclamer de ce dernier seulement. Le grand public, l'opinion interpelée n'est dès lors plus seulement autorisée à haïr, mais moralement contrainte d'haïr.

Mais une question, et non des moindres, se pose. La parole tellement pertinente de l'éditorialiste a-t-elle été suscitée par une intuition ou est-elle à prendre pour une «fuite», pour la révélation d'une machination remontant aux plus hautes sphères du pouvoir politique, juridique et journalistique?

La condamnation de Philippe Karsenty a cela d'effrayant qu'il aura fallu attendre plusieurs années avant de pouvoir se risquer à opter pour la deuxième solution. Le report de la décision de la Cour, survenu coup sur coup, pouvait laisser entendre que les juges lui donneraient raison, l'image de l'enfant non-juif venu chasser celle de l'enfant juif étant, comme chacun le sait aujourd'hui, une supercherie. Or, est-il inapproprié de rappeler que la date prévue pour le verdict correspondait à la reprise des élections de la Huitième circonscription? Serait-il malaisé de se dire que l'iniquité flagrante aurait fâché l'électorat des Juifs de France d'Israël et l'aurait poussé à se mobiliser au point de rendre bien plus évidente la victoire de Meyer Habib et de donner pour perdante une politicienne plus conformiste?

Quoi qu'il en soit, la trilogie médias-pouvoir-tribunaux, instances qui se serrent les coudes, du faux scoop à l'octroi de la légion d'honneur pour aboutir à la condamnation de la vérité, laisse entendre que la raison d'Etat sait avoir raison d'un combat entre la vérité et la falsification qui ne l'intéresse pas, puisque l'heure est celle de la fermeture de la parenthèse. S'il fut un temps où l'on pouvait se sentir heureux comme un Juif en France, il faut bien comprendre aujourd'hui que la récréation est terminée.

Voir la démonstration flagrante de la supercherie  par Philippe Karsenty

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vu-sous-cet-angle Yéochoua Sultan
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