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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 12:03

 

Europe, Israël, comment sortir de l'effet boomerang civilisationnel ?

Posons cet énoncé : Tout se positionne autour d'Israël et du peuple juif. Je ne me rappelle plus quel enseignant, dans le laïc, m'avait un jour qualifié d'ethnocentriste, quand, sollicité pour prendre position suite à une diatribe lyrico-politique de sa part, je me contentai d'exposer cet axiome. Le maître digresse, se focalise sur tel aspect moyen oriental, et c'est l'étudiant qui devient ethnocentrique.  

Cette notion a toujours taraudé l'Occident, obnubilé de près ou de loin par la vision assez floue qu'il s'en est forgée à travers les âges. Il a vaguement conscience encore aujourd'hui de l'empreinte d'une civilisation judéo-chrétienne qui étaye son existence, sans trop savoir de quoi il retourne. C'est ce judéo qui conforte notre première affirmation. Le problème c'est que souvent sa vision lui semble nette. Sa religion est largement admise comme la base de ses valeurs, même en situation laïcisée. Elle agit un peu à la manière de l'école qui forme un modèle humain qui persiste encore longtemps après la fin des apprentissages civiques. Elle inclut notre Livre qu'elle conserve comme une relique tout autant précieuse que désuète, comme un trésor protégé et dénigré, dont les préceptes, non contraignants, sont tout au plus allégoriques. Ses ouailles  planent hors des contingences terrestres, la vie spirituelle se réinvente virtuelle, et pourtant, le corps et sa matière sont bien présents.

Nous venons de le voir, la civilisation est suspendue et oscille tel un pendule entre l'obligation religieuse devenue morale, la ferme conviction d'une laïcité rédemptrice, l'aspiration à un monde sans contrainte aucune, mais aussi l'idée d'en avoir trop fait en matière de déni de toute spiritualité transcendante qui pourrait l'interpeler.

Or, qui dit spiritualité dit forcément confusion, ou amalgame. Une forte association d'idées voit une indivisible trinité sans tri. Admettre le principe de la création et de la Providence ne peut se penser sans que n'intervienne cet homme que la civilisation gallo-romaine a appris à vénérer en lui octroyant force de divinité. Donc, revenir à D., c'est revenir aux cultes chrétiens, fréquenter les églises, et ainsi de suite. D'où ce blocage, car la raison ne saurait l'entendre. On tourne en rond, on court en tous sens. Le libre penseur, en se détachant radicalement de toute notion de transcendance spirituelle, se refuse le droit de penser. Maïmonide, dans les articles de foi, rappelle le principe de la puissance humaine dont la réussite ne s'explique que par l'assistance divine. Le verset le dit : «Et tu te rappelleras que c'est l'Eternel ton D. qui te donne la force d'accéder à la gloire».

Tout être humain, juif ou non, gagnerait à y réfléchir. La véritable foi n'exclut ni la pensée ni l'action. Pourtant, la pensée occidentale tend à aller d'un extrême à l'autre. Le pendule. On peut être croyant et inactif, dépourvu totalement de tout sens d'initiative réfléchissante ou innovante ; ou actif mais alors incroyant ; d'où l'idée que la foi implique le fatalisme et le désœuvrement.

Quand le culte de l'impossible paix, étymologiquement parlant, déferle et s'étale sur l'Europe, on s'inquiète de la montée d'un obscurantisme importé. En quoi les Lumières, puis la Révolution auront-elles été utiles, si, après que fut supplanté un Clergé qui rapetissait les hommes et leur refusait le droit de penser, un système analogue et décapitant voit en tout blasphème et offense ?

Une certaine logique politique comprend que la nature humaine a horreur du vide, y compris cultuel, et c'est alors que s'opère, par réaction à l'invasion qui précède, un mouvement de machine arrière, et, alors que tout dogme, sans distinction de race et de religion, avait été systématiquement rejeté jusque là puisque destiné à assujettir le genre humain, lui interdisant toute liberté de critique ou de pensée, certains ne trouvent rien de plus sensé que de retomber, avec nostalgie, dans le dogme dont ils s'étaient affranchis et qui spoliait leurs ancêtres. Si le vide laissé par le christianisme et autres catholicismes provoque un phénomène d'aspiration qui fait s'implanter une autre religion venue d'Orient, pour laquelle l'infidèle par définition est susceptible au moindre écart d'être condamné à mort et de se faire exécuter par le premier tribunal terroriste ambulant à l'affut, autant reprendre l'ancien système et se laisser persécuter par lui. Personne ne vient à se demander si ce ne serait pas par hasard le manque de fermeté, d'intransigeance dans le respect de la loi et de la justice républicaines, la permissivité débonnaire vis-à-vis du crime, qui, en se gardant de remplir ce vide, auraient appelé cette réalité d'anarchie et de chaos.  

Et comme personne ne sacrifie sa vie pour la laïcité, on se confine dans la conception de la lutte des cultes, d'une guerre de religion dont l'un des antagonistes, moribond, n'aurait qu'à reprendre des forces pour être à nouveau d'attaque. Certains polémistes aspirants politiciens ou amuseurs publics se mêlent de cette guerre et vont jusqu'à se pavaner dans des églises, s'y faire allumeurs de cierges, ou à se convertir, fiers du contrepoids qu'ils revendiquent pour sauver la civilisation occidentale et lui rendre son ancienne et surannée gloire.

Cette oscillation entre le vieux culte oppresseur et le vide spirituel moderne ne permet pas à l'Europe d'aller de l'avant. Elle se balance entre l'obscurantisme clérical qui allait jusqu'à interdire à la terre de tourner, et une laïcité impossible car mise à mal par l'obscurantisme islamique. Elle se trouve incapable d'effectuer le juste tri qui s'impose entre tant d'éléments disparates conglomérés qui forment un tout trompeur. Parfois, une ébauche de discernement se fait quand certaines personnes sincères se disent croyantes mais non pratiquantes. D'un côté, elles pressentent une Autorité omniprésente et omnipotente, le monde ne s'étant pas fait tout seul, et, de l'autre, elles sentent que le dogme de l'enfant-dieu ne saurait aller de soi. On assiste en fait à l'une des plus anciennes associations d'idées, selon laquelle refuser le supposé héritier du canon biblique juif s'apparenterait à de l'hérésie.  Vous ne croyez pas en Jésus, vous refusez D., d'où les deux castes : celle qui ne saurait accepter d'être renégate, et celle qui s'est fait une raison, et qui préfère l'être plutôt que de renoncer à la dignité humaine et à l'intelligence qui ne demande qu'à être exploitée à bon escient et qui est d'ailleurs l'un des principaux éléments qui distingue l'homme du reste du règne animal, en dehors du discernement entre le bien et le mal.

Le rituel de la prière israélite le dit : «Il n'est nulle différence entre l'homme et l'animal, sinon l'âme pure qui aura des comptes à rendre devant le Saint béni soit-Il».

Il ne reste plus à l'homme qu'à faire la part des choses : profiter tout à la fois de ce que l'intelligence dont son espèce détient le privilège peut lui apporter, et reconnaître que D. est l'auteur de tout ce qu'il possède, en sachant l'en remercier. Le verset de la création conclut : «Que l'Eternel créa pour faire» (littéralement, sans effets de style). L'homme doit disposer de ce qui a été créé au départ pour le raffiner, ce qui concerne pour commencer les bases matérielles et créatrices. Par exemple, le blé se sème et se moud, puis il se fait pain.

A contrario, le refus de reconnaître non seulement la création divine au départ mais la constante implication providentielle qui assure le maintien de cette création, maintient les lois de la nature, comme la biologie, la physique, le système planétaire, ne conduit qu'à des angoisses existentielles : logiquement, la terre devrait quitter son orbite, la moindre variation de masse devrait modifier sa trajectoire, selon l'équation avérée de l'attraction universelle. Elle devrait être éjectée dans l'espace ou absorbée par le soleil. Ou alors, des météores géants devraient la cribler de profonds cratères. Quant au danger que représente l'homme pour lui-même, la folie dévastatrice ne peut prévoir que l'anéantissement de toute vie sur terre, la course à l'armement devenant un jeu selon lequel le plus fort est celui qui peut faire sauter le globe le plus grand nombre de fois. On peut aussi compter sur la mauvaise gestion des centrales nucléaires, dont Tchernobyl fut un terrifiant avant-goût. Donc, s'ils ne l'ont pas fait exprès, qu'est-ce que ça peut donner si ça devient intentionnel ? On peut aussi craindre une surpopulation mondiale, bien loin de l'approche spirituelle méconnue qui prend sa source dans le Zohar et qui veut que toutes les âmes potentielles soient passées par la vie terrestre avant l'avènement du salut généralisé de l'humanité. Les critères laïcs conduisent à toutes sortes de croyances qui ne restent pas seulement au pur niveau de l'idée. Le pessimisme instillé par la guerre froide a poussé de très forts pans de la population à refuser de procréer, produisant des hommes et des femmes vivant au jour le jour, chaque jour pouvant être le dernier. La société en est sortie vieillie, et c'est un autre vide qui aspire une autre présence. On parle de remplacement. Mais on pourrait peut-être parler d'une place laissée vacante et occupée par d'autres.

D. n'exige pas de l'homme qu'il se convertisse au judaïsme qui, pour sa part, incarne une nation de prêtres. Si, d'une certaine manière, un non-Juif peut se convertir et y accéder, un Juif né Israël ne pourra monter de niveau et accéder au titre de Cohen. Et de même qu'il serait ridicule pour un Israël de jalouser un Cohen, de même le natif des nations ne doit pas jalouser cette nation de prêtres, mais tout faire pour qu'elle accomplisse le plus pleinement possible sa vocation. Ce n'est pas le Juif qui se flatte de ne rien observer qui doit faire plaisir au non-Juif, mais le Juif qui est resté fidèle à sa vocation, où la matérialité s'habille de spirituel.

Le Juif qui se renie, ou le non-Juif qui lui renie le droit de sa présence légitime en ses frontières, tout cela agit contre la civilisation occidentale. Saborder les assises de la nation d'Israël implique par a fortiori son propre sabordage. La haine vouée à Israël, qu'il s'agisse de ses personnes physiques ou de la nation souveraine en ses frontières, donne des résultats amplifiés comme par une caisse de résonnance chez ses auteurs. Le non-Juif doit encourager le Juif à ne pas dévier de sa vocation.

A quoi cela ressemble-t-il ? Une ou des paraboles sont nécessaires pour en saisir le fonctionnement. Nous avons tous eu entre les mains cette étrange arme australienne, le boomerang. Utile à son utilisateur avisé, elle peut s'avérer dangereuse à qui ignore ce phénomène frappant dans tous les sens du terme de son retour à l'envoyeur.

Ailleurs, des terroristes, lors de la première guerre du Liban, avaient la sinistre particularité d'être unijambistes, à la manière du stoïque soldat de plomb d'Andersen. C'était en calant leur lance-missile RPG fermement sur leur cuisse qu'ils l'avaient arrachée.

Imaginons à présent une hutte de paille et son habitant. Il se met à tirer des flèches enflammées en direction des murs de brique de son voisin, qui habite le même village, et saute de joie quand il parvient à les impacter et les cribler de traces de charbon. Mais le feu qu'il alimente se trouve chez lui, et, alors que le voisin encaisse les coups de son injustice sans broncher, le lanceur de flèches voit que son terrain et sa maison s'enflamment. Mais, aliéné par sa haine, il est incapable de voir le rapprochement. Il continue.

Jusqu'en 64 du siècle dernier de l'ère vulgaire, les nations reconnaissaient la légitime association entre le Juif et sa Palestine. Certains antisémites, d'ailleurs, pour bien insister sur leur aversion envers cette présence étrangère, insistaient sur cette origine géographique. «Que font-ils chez nous, qu'ils retournent chez eux». S'il est par conséquent possible de considérer le Juif comme étranger partout ailleurs dans le monde, c'est bien qu'en principe, on reconnaît du moins tacitement qu'il est originaire de sa Palestine. (Ce principe ne tient pas compte de ceux qui le considèrent comme apatride). Mais c'est à cet instant, alors que précisément le Juif a de plus en plus tendance à rentrer chez lui, que germe l'idée de lui trouver un peuple de substitution, ce grossier tour de passe-passe inversant les rôles et faisant du Juif chez lui une puissance étrangère d'occupation. Sa terre n'est plus sa terre, et les circonstances les plus invraisemblables sont trouvées à l'actif des peuplades haineuses qui viennent l'assassiner sans distinctions de genre ou d'âge.

Et de se réjouir à la vue de zones entières rendues judenrein en plein cœur de la terre d'Israël. On se fâche des quelques centaines de Juifs qui vivent à Hébron, et on se félicite des dizaines de milliers de musulmans qui non seulement en occupent la majeur partie, mais qui y mettent en danger les enfants d'Israël. Ce que l'on aime ignorer, c'est que cette disproportion démographique est le résultat direct du pogrom de Hébron en 1929, perpétré par les voisins musulmans qui l'occupaient déjà mais en bien moindre proportion. Soixante-deux hommes, femmes, enfants, nourrissons et vieillards juifs sont massacrés à coups de haches et de tout objet tombé dans les mains des agresseurs musulmans. Les Britanniques, traîtres du mandat qui leur fut accordé par la Société Des Nations pour gérer dans les faits le bon déroulement du retour d'Israël, obligent les survivants à partir. Personne aujourd'hui ne reproche aux descendants ni aux représentants de ces peuplades hostiles et dangereuses le pourquoi de leur présence en ce lieu central du peuple hébreu, qui remonte au minimum à l'achat de la Mah'arat Hamakhpella par le patriarche Abraham, à qui le texte biblique promet déjà que ce sera en Isaac que sera reconnue sa descendance.

C'est la hutte de l'envoyeur qui brûle aujourd'hui. Sa haine agit comme un boomerang. La légitimité de la relation entre l'Européen moyen et son sol ancestral est gravement remise en question, et notamment par ses propres dirigeants. Un monarque moderne, élu démocratiquement par conditionnement des cerveaux électeurs, seul candidat libre des étiquettes traumatisantes qu'il colle sur les autres, a relativisé les notions de peuple et de culture de son pays, la France. Quand des policiers en faction ou en patrouille sont brûlés vifs dans leur véhicule de fonction, il leur est reproché d'avoir manifesté une présence par trop ostensible et provocatrice, tandis que les pouvoirs prennent en pitié une population dangereuse, assassine, et considèrent qu'elle n'est pas suffisamment inondée de fonds publics.

Soit dit en passant, c'est une méthode américaine : si une action ne marche pas, c'est qu'elle doit être intensifiée. Là, par contre, le reproche de la conduite des ancêtres intervient. Pauvres individus violents, leurs pères furent martyrisés en Afrique par les pères de ces Européens qui doivent payer pour leurs méfaits, à la manière de l'agneau de La Fontaine, «Si ce n'est toi, c'est donc ton frère», ou tout aussi bien ton ancêtre, puisque tu n'étais pas né.

Et ce même islam conquérant tellement adoré par l'Europe tant qu'il s'attaque à Israël voit sa vocation de califat mondial renforcée, légitimée, encouragée. En 1987, les médias traitaient en héros des lanceurs de pierres et de bouteilles incendiaires qui tenaient tête à la plus forte armée du monde. Les voyous de cités et de banlieues s'en sont trouvés flattés, avant de raisonner par a fortiori. Si de tels va-nu-pieds obtiennent des résultats, il n'y a qu'un pas pour s'identifier à eux (même langue, même religion), pour s'attaquer à de simples policiers loin d'avoir été formés au combat ou à la guerre.  

En parallèle, des nuées de migrants déferlent sur l'Europe, la rendent méconnaissable. Clandestins, hors-la-loi, ils forcent le passage, submergent les frontières. Sans passeports et sans visas, ni même une pièce d'identité, ils supplantent les natifs légitimes des pays qu'ils envahissent, hébergés coûte que coûte, voire au prix de réquisitions de biens immobiliers ancestraux, ou quand des villages de vacances sont transformés en refuges quand les autochtones sans logis meurent de faim et de froid sous les ponts.

Un comique antisémite moquait le peuple élu, s'indignant qu'il n'avait pas voté. Le problème de ce comique résume celui de la civilisation qu'il représente : il se prend pour le Créateur. La laïcisation totale de l'espace humain lui permet de balayer d'un revers de la main cette notion transcendante d'élection, biblique en fait, de prendre la place de D. et de changer son programme. Le comique n'a élu personne. Ce comique a affiché d'une manière à peine masquée sa rancœur, sa jalousie du Juif dans le symbole de sa croisade. Avec sa quenelle, il montre son bras vide, son bras discriminé qui n'a pas eu droit au précepte des tefillins. D'ailleurs, quenelle, c'est un jeu de mots, que la correction ne nous permet pas d'expliquer. Nous l'avions signifié à l'époque des grandes polémiques : on ne dit pas quenelle, on dit incirconcis complexé.

 

Soit dit en passant, certaines blagues antijuives perdent de leur pertinente drôlerie. Si d'aucuns disent qu'à chaque antisémite ses Juifs, j'eus inversement à une époque le mien. J'étais son public. Me raconter ses blagues était pour lui délicieux. L'une d'elles revenait souvent. «Pourquoi les Juifs ont un gros nez ?» me questionnait-il, le plus drôle ayant été que le sien fut bien plus volumineux que le mien… mais bon, quand on est prisonnier d'une conception. «C'est parce que l'air est gratuit», enchaînait-il. Sans vouloir développer des conceptions par trop mystiques, il serait permis, blague à part, de voir ici aussi un effet boomerang. Il y a depuis la taxe carbone ; l'air a cessé d'être gratuit. Bientôt, le bâillement coûtera deux euros pour sa profonde inspiration, et l'éternuement tout autant parce qu'il pollue l'air des autres. La blague devient malvenue.

« Comment ça, gratuit ? » réagirait saisie d'offuscation la face de l'auditeur.

Si un peuple qui devient peuple en 2448 de l'ère judaïque ou plus simplement biblique, si le père fondateur de ce peuple naît en 1948 de cette ère, s'il se distingue par son attachement à une seule et unique terre promise dès les prémices et les prémisses de son existence, s'il possède une langue, une écriture et le Livre des Livres, et qu'il n'ait pas droit à ce que sa légitimité soit reconnue, ce ne sera alors pas l'Europe qui pourra se prévaloir de tout ce qu'elle refuse à Israël. Et ce n'est pas en lui volant dans l'idée et les tendances politiques sa terre qu'elle préservera la sienne. Elle allume les flèches incendiaires qui mettent le feu chez elle.

Le Retour à D. doit épurer la relation de l'homme à son Créateur de toutes les scories où s'est embourbée la foi dans sa plus simple acception, celle qui reconnaît le D. Un. Les natifs des soixante-dix nations devront rechercher la justice, adopter les sept préceptes des fils de Noé, que certains cercles rabbiniques israéliens s'efforcent aujourd'hui de rendre accessibles. Il faut parvenir à s'extirper de ce cercle vicieux, de cette révolution prise en étau entre le déni de D. et cet obscurantisme qui brûlait sur le bûcher tout poseur de questions susceptible de remettre en question l'évidence du pouvoir cultuel hégémonique imposée par l'ex Empire romain dont les séquelles tardent à disparaître. 

Reconnaître Israël en vue de sa propre reconnaissance.

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 20:20
On a vraiment cru bien faire en imposant la détresse

La propagande est une pratique dont l'homme moderne que nous sommes se démarque. Dès que nous appréhendons une tentative d'annihilation de nos capacités propres d'observation et de décision, nous sommes sur nos gardes. Et si, en sus de ce soupçon, un propagandiste annonce la couleur – «je viens vous dicter votre façon de penser» – nous le considérons comme un hurluberlu débarqué d'un autre âge. En hommes avisés, nous déclinerions son offre de nous instruire et lui dirions que nous n'en voulons pas. C'est pourquoi il nous semble que la propagande a disparu de notre paysage humain. En fait, elle s'est juste déguisée. Elle a changé de nom. On ne dit plus propagande ; on dit relations publiques. C'est plus joli. Et puisque nous sommes le public, ça nous fait plaisir que l'on s'intéresse à nous.

Il est difficile à première vue de saisir toute la mesure de l'influence de ces jeux ou guerres de mots sur le conditionnement des masses. Nous, êtres supérieurs incarnant l'aboutissement de l'évolution, hissés au sommet de l'échelle, éclairés et affranchis de tout obscurantisme, nous qui haussons les épaules en feuilletant un manuel d'histoire, considérons avec mépris les générations qui nous ont précédés, masses humaines primitives se jetant notamment tête baissée dans deux conflits mondiaux ; nous qui avons été instruits par l'école des méfaits destructeurs des influences nazies ou du stalinisme, devrions être suffisamment avertis pour ne pas tomber dans les pièges primaires de la manipulation, et certainement pas nous laisser enfermer dans un conformisme comportemental dérivé d'une obéissance servile.  

Il semblait encore impensable, il y a peu d'années, que nous serions capables par annihilation de notre esprit critique, de devenir nos propres persécuteurs, d'être les auteurs de notre oppression, suggérée par le pouvoir totalitaire encore et toujours protégé par l'ensemble des apparences et autres étiquettes d'un régime démocratique, qu'il suffirait de quelques ordres insinués, de mimiques entendues, de gestes convenus, pour nous faire marcher au pas. Et comme nous nous considérons comme des peuples libres, affranchis de toute domination, et tellement intelligents qu'il est superflu de réfléchir, nous sourions à l'idée que cette liberté pourrait ne pas être un acquis définitif, pour la défense duquel il ne serait plus impératif de ne jamais baisser notre garde.

Le livre des Proverbes nous met en garde contre la paresse et l'inactivité justifiées par la prudence. «Le paresseux dit : "Un lion est dehors ! Dans les rues je me ferai assassiner".» (XXII, 13). Le prétexte risible peut devenir une raison profonde. Non pas qu'un lion se soit réellement échappé d'un zoo, ou qu'il ait pris frauduleusement l'avion en passager clandestin depuis le cœur de l'Afrique, ni que le risque de se faire attaquer par des braqueurs soit devenu tangible, mais une angoisse véritable peut neutraliser toute capacité d'initiative, à commencer par celle de sortir de chez soi.

Si vous êtes propagandiste ou manipulateur, vous devez faire en sorte que les gens aient peur de ce lion hypothétique. Et si vous anticipez que le public puisse sortir malgré vos avertissements dans la rue, et se protéger en circulant dans des cages comme le suggéra Albert Cohen dans Mangeclous, il vous suffira de trouver un mal sournois, invisible, que les barreaux mobiles n'arrêtent pas, et qui fonde sur l'homme encore sain la minute d'avant telle l'humeur décrite par Gotlib. Il est plus difficile de faire croire à la population que – ça y est – les martiens ou vénusiens attaquent, ou encore les reptiliens, ou qu'il est l'heure de la planète des singes. Comme le disait dans les années quatre-vingt le professeur Joseph Kaufmann de l'université Bar-Ilan, la plus plausible des idées promues par la SF d'une éradication du genre humain supplanté par une autre espèce, reste celle de la prépondérance de l'invasion d'un microorganisme, microbe ou virus. Ne parlez pas des extra-terrestres car, à ce stade encore du moins, vous ne serez pas pris au sérieux.

Il est plus probable en revanche de miser sur l'hypocondrie, l'entité pathogène effrayant plus que le lion. Les personnes sensées, prudentes, resteront chez elles, et elles admettront que quiconque brave le danger n'aura qu'à s'en prendre qu'à lui-même. Du lion au virus, le procédé en profondeur reste le même. L'inactif, en restant chez lui, devient le plus grand des guerriers, son salon devient son Qg.

Nous ne valons pas mieux que nos prédécesseurs pour qui nous haussons les épaules. On enlève le mot propagande, on choisit la notion rassembleuse en apparence et flatteuse qui vient annihiler notre capacité de raisonnement, et le tour est joué. Nous tombons à notre tour dans les mêmes panneaux. Ce qu'il y a d'innovant dans le choix d'un microbe, c'est précisément son invisibilité. L'esprit frappeur frappe plus l'imagination que l'individu frappeur, précisément parce qu'il ne peut être vu. Certains endroits sont plus incertains de nuit que de jour, car précisément les malfaiteurs profitent de leur invisibilité.

Nous allons à présent passer en revue quelques uns de ces impératifs qui relèguent au dernier plan notre liberté, de réfléchir d'abord, et ensuite seulement de vivre comme bon nous semble. Commençons par la dernière en date.

D'aucuns nous ont cyniquement rappelé à l'ordre, au cas où nous aurions oublié que la liberté, si chère à nos sociétés, obéit au principe qui exige que celle de l'un s'arrête là où celle de son prochain commence. Or vu que celle de l'autre est celle de ne pas être contaminé par vous, votre liberté, pour ne pas empiéter sur la sienne, se limite aux cent pas vous autorisant à tourner en rond dans votre salon.

Et puis, par ailleurs, pourquoi, en tout état de cause, devrions-nous nous plaindre contre tel ou tel gouvernement, puisque nous sommes convaincus que l'idée vient de nous, même si on s'est fait un peu aider, tel ce candidat qui se fait souffler ses réponses au beau milieu d'un examen ?

Nous sommes, donc, des êtres supérieurs, pleins d'assurance, et nous sommes certains de l'impossibilité pour nous d'être manipulés. Il faut reconnaître que la force d'autosuggestion est d'une puissance extraordinaire, puisque si l'on se vaccine, c'est uniquement pour protéger les autres. Les autres, donc en l'occurrence les personnes dites à risques, les personnes âgées, ont pourtant été traités les premiers, mais peut-être que la nouvelle logique exige que deux précautions valent mieux qu'une. Et dire que nous pensions que, depuis le début de l'existence du principe vaccinal, que cette démarche sert principalement à se protéger soi-même, et très secondairement à ne pas propager telle ou telle maladie plus loin. Cette réflexion à elle-seule aurait dû nous laisser entendre que nous n'avons rien perdu de la propension qu'avaient nos aînés avant nous à se laisser manipuler.

Nous sommes encore et toujours des masses conditionnables à souhait, amenées à marcher comme un seul homme, ou comme une multitude qui n'aurait qu'un unique cerveau, selon l'orientation voulue par un pouvoir qui, s'il a été élu, n'en est pas moins totalitaire.

A présent, passons à d'autres grandes opérations de soumission. Le dénominateur commun de toute campagne de persuasion de grande envergure menée au sein du vaste royaume démocratique, c'est de convaincre les astreints que l'idée est la leur, comme dans cette parodie de la lutte entre la gastronomie et les industriels de l'agroalimentaire, qui oppose Duchemin à Tricatel[1].

Le confinement et le vaccin sont loin d'avoir été la première trouvaille. Mais il est vrai que sous cet angle, nous réagissons comme si nous étions nés de la dernière pluie, ignorants que nous sommes des autres précédents. Les motivations de ceux qui veulent nous faire croire que l'idée vient de nous (certains réclamaient l'enfermement dès les premières annonces d'épidémie), oscillent entre intérêts commerciaux et politiques. Et c'est au niveau des gouvernements ou des trusts que se concocte la méthode adaptée aux circonstances du moment.

Globalement, nous nous contentons de savoir, via l'école, les documentaires et les témoignages des personnes contemporaines à la deuxième Guerre mondiale, que le nazisme et le stalinisme ont usé et abusé des méthodes de persuasion. C'est de Goebbels, par exemple, que nous tenons l'idée du mensonge qui, plus il est répété, finit par passer pour une vérité.

Pourtant, l'idée mère n'est pas de lui. Avant l'endoctrinement pour le nazisme, ancré dans une certaine vision de la pureté du genre humain, de paix et de prospérité, valeurs auxquelles ce régime prétendait tendre, les premiers faits d'arme connus du monde moderne l'ont devancé d'une petite quinzaine d'années. Nous n'avons retenu le conditionnement des masses que dans la mesure où il incarne un danger majeur. Cette force de diviser pour rallier à la Cause, de mettre en minorité les opposants dont les cercles s'élargissent à mesure que progresse leur élimination,  chaque dernier cercle attaqué ayant été préalablement sinon satisfait du pouvoir, du moins pas importuné par lui, ne concerne pas uniquement les totalitarismes qui ont sévi de 1933 à la chute du rideau de fer.

Cette tactique se met aussi bien au service de la publicité commerciale que de l'incitation à l'enrôlement du simple citoyen américain à la Première guerre mondiale, ou que de la dénonciation d'un Etat pour mieux en prendre le contrôle en y insufflant un changement de régime ou en le détruisant.

L'auteur de ces méthodes n'est autre qu'Edward Bernays, le bien nommé. Neveu de Freud, il est le père de la propagande moderne, et qui veut vous berner s'adresse à ses services. Il peut agir sur vos habitudes les plus anodines, faire de vous un mangeur ou un fumeur, comme vous pousser à vous enrôler dans une guerre mondiale. Ce qu'il vous fera faire incarnera le bien ou lui sera associé. Bref, sa tactique vous endoctrine.  

Son génie diabolique a su rendre partisan de la participation active à la guerre en Europe un électorat dont le président élu avait axé sa campagne électorale sur la non-belligérance. Wilson, président des États-Unis de mars 1913 à mars 1921, avait investi tous les efforts possibles pour ne pas entrer en guerre, et ce fut grâce à son engagement à rester en dehors du conflit qu'il dut sa réélection en 1916. A l'unisson avec l'opinion publique, il se contenta de soutenir l'Angleterre et la France surtout par une aide économique, principalement sur la base de prêts. Il est vrai que l'Allemagne provoqua les Usa en s'attaquant à ses échanges maritimes et en leur coulant des paquebots. Par ailleurs, l'offre d'alliance au Mexique en janvier 17 par ce pays européen irrita l'opinion. Toujours est-il que pour s'assurer que le peuple le suivrait largement, le président américain mit en place la commission Creel, afin d'opérer un retournement radical de l'opinion. Bernays fut partie prenante de ce bureau agissant sur l'opinion.

Ce n'est qu'en 1919 qu'il ouvre une affaire indépendante. Il sait le poids des mots, et décide dès le départ de s'intéresser non pas à la propagande mais aux relations publiques, comme précité.

Par exemple, savez-vous pourquoi l'Américain moyen souffre d'obésité, alors que l'Européen, génétiquement proche, en souffre nettement moins ? Il y a peut-être une explication, dont les origines remontent au travail de ce Bernays. A cette époque, un secteur de l'industrie alimentaire se sent morose. Les producteurs de bacon aimeraient bien savoir comment pousser à la consommation, comment s'enrichir avec un aliment qui n'a vraiment rien pour lui. D'aspect repoussant, rien ne garantit qu'il soit bon, ni sur le plan du goût, ni sur le plan des valeurs nutritives ou sanitaires. C'est pourtant le tournant que va prendre cette énorme opération de persuasion. Bien sûr, Bernays ne va pas abonder dans le sens d'un plaidoyer protectionniste, ni faire appel à la bonté ou à la charité du citoyen américain en faveur d'une pauvre firme qui a du mal à survivre.

L'opération va être sanitaire. Ce sont alors quelque 4000 médecins qui sont soudoyés pour recommander scientifiquement un petit déjeuner copieux, le fameux breakfast de l'American Way of Life, petit déjeuner qui inclura, on s'en serait doutés, le fameux bacon. D'où l'obésité. Si, au lieu de prendre un café sur le pouce, on s'empiffre dès le réveil, en se gavant entre autres de bacon, avec la multiplication des repas qui s'ensuivront chaque jour, on ne risque pas de garder la ligne.

Néanmoins, la campagne qui suivra s'inquiétera de la ligne de l'Américaine moyenne. L'industrie du tabac est bien malheureuse. Seule la gente masculine est engoncée dans le tabagisme. Elle aimerait bien un peu d'égalité des sexes dans la propension à mettre la main au porte-monnaie pour l'enrichir.  Cette recherche d'égalité des dépenses entre les genres sera le terrain de bataille de Bernays, par le tabac sollicité.

Car, bien sûr, il ne va pas plaider pour une pauvre industrie avide de gains qui aimerait doubler sa mise, et qui aurait bien besoin que les femmes s'y mettent aussi. Le cheval de bataille sera l'émancipation des femmes, l'égalité. Les cigarettes sont rebaptisées les torches de la liberté. Si, après ça, les femmes ne vont pas se jeter comme un seul homme sur l'aubaine rédemptrice ! D'autant que cette campagne tend à remédier aux dégâts causés par la précédente, car la surconsommation de nourriture provoquée par la pub du bacon est compensée par le tabagisme qui empêche la femme qui fume de grignoter à longueur de journée …

Les batailles sur l'opinion de l'Amérique ont toujours un côté commercial, y compris dans les guerres. Nous l'avons vu, l'Allemagne lui coulait ses bateaux.  

En 1954, c'est un gros exploitant agricole qui a des problèmes. L'United Fruit Company (UFC), largement implantée au Guatemala. Vu qu'elle fait pousser notamment des bananes, on va voir comment est née l'appellation de république bananière. La dictature militaire est renversée par la révolution commencée en 1944. En 1951, Arbenz est le deuxième président élu démocratiquement. Il entreprend des réformes agraires, qui remettent en question la main-mise de l'UFC sur les terres et leur exploitation. Les réformes améliorent la condition paysanne. Des paysans sans terres se voient réattribuer des lots dont ils avaient été spoliés par de vieilles ententes entre la compagnie agricole américaine et les dictatures balayées depuis. Par ailleurs, la main d'œuvre agricole a un nouveau coût, déjà amorcé lors du mandat du prédécesseur du président élu, Juan José Arévalo, qui avait institué un salaire minimum. C'en est trop. L'UFC s'emploie à exercer un puissant lobbying et persuade le gouvernement et le président Truman qu'il faut renverser Arbenz.

Va-t-on avouer qu'Arbenz va se faire attaquer alors qu'il est soucieux de la démocratie et du droit des citoyens dans son pays ? Parce qu'il reprend au riche trust américain du Nord des terres dont il s'était emparé, habitué à exploiter une main d'œuvre dont les conditions rappellent le plus vil esclavage ? Bien sûr que non.

Pour le grand public des Usa, l'UFC est dans un juste combat. Le Guatemala serait sous influence communiste, et représenterait à ce titre un danger vital pour les Usa, vu ses accointances supposées et diabolisées avec l'Urss. C'est Bernays qui est encore une fois appelé à créer cette image, alors que le président du Guatemala opte, en dépit de la réforme sociale, pour le régime libéral. Eisenhower, qui succède à Truman, autorise un renversement armé en 1953, c'est l'opération PBSuccess. Une force de 480 hommes est armée et entraînée par la Cia, menée par Carlos Castillo Armas. Les Usa isolent le Guatemala, une propagande antigouvernementale est diffusée par la radio. La capitale est bombardée, puis c'est le blocus maritime. Arbenz et l'armée craignent une attaque directe de l'armée américaine. Cette déstabilisation suffit à provoquer la démission d'Arbenz le 27 juin 54. Armas n'a plus qu'à cueillir la présidence. Armas annule toutes les décisions en faveur de la justice sociale et les droits humains. Une répression sanglante règne sur le pays pendant 40 ans. Corruption, conflits d'intérêts, et amitiés intéressées douteuses sont les véritables moteurs de ce coup d'Etat : les frères Dulles entretiennent des liens étroits avec l'UFC. L'un, John Foster, est secrétaire d'Etat, l'autre Allen, est directeur de la CIA, cette CIA qui a armé Armas pour que l'UFC reprenne ses acquis. Les Dulles sont d'anciens avocats qui avaient eu pour cliente l'UFC, et, surtout, Allen Dulles était l'un des principaux actionnaires de l'UFC.

Récapitulons, en suivant l'ordre thématique ou chronologique des choses.

Les relations publiques permettent de faire passer une guerre non seulement pour admissible mais pour nécessaire, ce qui n'exclut pas la possibilité qu'une démarche puisse par ailleurs réellement s'imposer. Quoi qu'il en soit, la raison apparente, pour laquelle l'adhésion est acquise, n'est qu'un prétexte, un motif secondaire, voire sans relation aucune avec la motivation réelle de la démarche.

Car outre les actions purement politiques, où l'on vous demande simplement d'approuver, certains exercices de propagande vont influer sur votre comportement pour une raison fictive qui vous poussera à vous soumettre, vous persuadant que vous agissez pour le bien, alors que la motivation de vos manipulateurs est tout autre.

Vous avez pris un petit déjeuner copieux parce que vous prenez soin de votre santé, et par extension, c'est tout un pays qui est sain. Non monsieur. Vous vous êtes empiffré pour enrichir l'industrie agro-alimentaire.

Vous êtes devenue fumeuse parce que vous revendiquiez la reconnaissance de vos droits à l'égalité avec les hommes. Non, madame. Vous vous êtes esquinté les poumons pour enrichir l'industrie du tabac.

Vous êtes restés enfermés chez vous, avez perdu votre travail, fait dégringoler votre niveau de vie, frôlé la dépression nerveuse ou sombré dans la névrose, vous vous êtes fait injecter un produit aux effets encore incertains dans votre organisme tous les trois mois, parce que vous avez par votre (in)action sauvé la planète et le genre humain. Non, messieurs dames, vous avez risqué la thrombose pour enrichir l'industrie pharmaceutique, et tant d'actifs intermédiaires récompensés par elle.

Qui ne sait cela s'expose à se faire exploiter indéfiniment, chaque fois que l'occasion se présentera, et sera maintenu dans une naïveté sociale. Si Bernays n'est plus là pour vous berner, d'autres ont pris le relai. Ils ne reculent devant rien, et peuvent aussi bien recommander, pour un produit qui n'a pas marché, d'en reprendre encore, en conseillant au fournisseur de baisser le prix ou d'offrir un lot gratuit tous les quelques lots. C'est le cas des antidouleurs aux Usa, ou crise des opioïdes, qui ont provoqué la mort de plus d'un demi-million d'Américains en vingt ans, les véritables procès n'ayant démarré qu'ultérieurement. Le cabinet de conseil McKinsey, a été condamné à verser plus d'1/2 milliards de dollars de dommages. Le même a trempé dans le conseil de prendre une troisième dose d'un vaccin génique qui n'a pas fonctionné à deux reprises, comme si la multiplication des prises allait inverser la tendance.

Cessons de nous laisser berner, et méfions-nous des donneurs de leçons de portée universelle qui détournent notre attention pour s'enrichir sur notre dos et déclinent toute responsabilité, aucun problème n'étant lié au vaccin, au bacon ou à la cigarette. Nous ne valons pas plus pour eux que de simples kleenex jetables et remplaçables.

Yéochoua Sultan ©

 

[1] L'aile ou la cuisse, 76.

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7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 18:18
Synagogue spéciale pour confinement

Je ne me remettrai jamais de cet avertissement affiché à l'entrée des lieux de prière pendant le corona. «Entrée strictement réservée aux détenteurs de la verte distinction». Alors que je m'apprêtais dans la résignation à prier seul jusqu'à ce que colère se passe, un voisin fit montre d'une juste réactivité. Sans discourir, il mit en place, et ce jusqu'à la levée de cette mesure ignoble et discriminatoire, des offices en plein air, avec chaises, tables, rouleau de la Torah dont il assurait lui-même la lecture, guirlande de lampes pour l'éclairage nocturne, parasols spéciaux pour apporter de l'ombre, en sus de celle des grands arbres qui bordent la rue de notre quartier, puis, comme la situation s'éternisait, une large toile imperméable portée par des piliers de bois au-dessus de l'élargissement de la fin de notre rue sans issue. Bref, une synagogue sans murs ; une synagogue sans synagogue.

Là, nul besoin de ce vert emblème. Non seulement personne n'exigeait rien de personne, ni ne se mêlait de données strictement personnelles protégées en des temps plus cléments par le secret médical, mais là se rassemblaient tous les contrastes de la société : vaccinés, doublement, triplement ou quadruplement, rétablis, ni l'un ni l'autre, partisans, neutres ou opposants, de l'enrichissement d'industriels déjà multimilliardaires mais jamais rassasiés de fortune. Ce terrain neutre permit donc à la fraternité de ne pas disparaître.

Et puisque les impératifs dictatoriaux invoquaient le danger de la promiscuité en milieu fermé, même en situation de fenêtres ouvertes, et de la promiscuité entre personnes à maintenir impérativement éloignées les unes des autres d'un espace tampon de deux mètres (un mètre en France), la police, peut-être prise au dépourvu, ne trouva rien à redire, en dépit du regard pesant d'un drone aux allures de grosse mouche probablement équipé d'un compas de géomètre, que j'aurais bien été tenté de dégommer en jouant au tir-aux-pigeons si j'avais eu une carabine.

Puis les décrets connurent un durcissement, comme si le but inavoué du pouvoir eût été d'interdire tout rassemblement, y compris dans un lieu de prière. On interdit qu'il se trouvât sur la voie publique en simultané plus de vingt personnes à la fois, puis dix…

Notre avisé voisin fit remarquer que cette mesure ne pouvait s'appliquer à un pays entier, ni même à une ville entière, voire une rue. Il fallait comprendre que vingt ou dix hommes ne devaient pas s'agglutiner, mais que rien ne les empêchât de se trouver au même moment sur un même terrain public. Ce fut alors qu'il délimita sur le sol plusieurs zones correspondant à vingt puis dix fidèles, en tenant compte dans son quadrillage  de l'impératif de ce rayon mesurant deux mètres de distance.

Cette solution cultuelle attira même des fidèles d'autres quartiers, dont les motivations les plus radicalement diverses se firent pour finir rassembleuses. L'apeuré comme l'incrédule priaient côte-à-côte sous une même toile.

Il est vrai que d'autres quorums s'organisèrent en d'autres lieux, mais peu bénéficiaient de conditions de terrain tellement propices : surface plane, goudronnée, vaste et de surcroît en impasse pour les véhicules, puisque le prolongement de la rue devenait piétonnier. Paradoxalement, beaucoup n'ont jamais passé autant de temps dehors qu'en cette époque d'enfermement à répétitions, de confinements et autres infantilisations d'un public adulte aux heures de sorties restreintes.

Comme je le signalais plus haut, il était hors de question de jouer le jeu de cette discrimination, d'accepter que certains membres de notre communauté fussent relégués au rang de sous-catégories gamma, delta, ou encore epsilon, programmés pour être petits et laids, comme dans le roman dystopique du meilleur des mondes, d'Aldous Huxley, pour ne pas se référer à cette dystopie qui fut quant à elle bien réelle, et où un certificat d'aryanité devenait nécessaire pour continuer à vivre librement.

Certes, je disposais de ce statut privilégié, ayant été coup sur coup testé positif à chaque expiration de la validité de mon attestation, au prix d'un enfermement policier (rester chez soi et répondre aux appels fréquents et aléatoires de la surveillance) de quatorze, dix puis cinq jours, donc zéro pour la dernière revalidation de l'insigne vert, la réponse ayant tardé à venir (La dictature, clémente par endroits, n'exigeait pas de s'enfermer tant qu'on n'avait pas reçu sa réponse), mais on sait maintenant trop bien que le premier atout du pouvoir est cette masse obéissante, trop contente de se retrouver avant rétrécissement progressif en possession de ce statut privilégié.

Je refusais cet anoblissement faisant des autres des gueux interdits d'accès aux Temples confortables. Et puis, outre l'ignominie indigne d'un être humain qui se respecte, une intuition saine appréhende la mainmise totale qui s'étend par étapes sur l'ensemble des citoyens par la division et la flatterie, lorsque, dans un premier temps, seule une minorité aux caractéristiques arbitrairement définies est discriminée, les autres strates populaires ne perdant rien pour attendre, provisoirement tranquilles.

Les derniers touchés se trouveront minoritaires et sans force pour se rebiffer, quand, par exemple, en l'occurrence, les réfractaires à la troisième injection, comprenant soudain qu'ils ont été grugés dès le départ, perdront d'un seul coup tous les privilèges attribués en contrepartie des deux premières qui devaient être les seules.

Puis ce sera l'abonnement à vie ou à mort, quand il sera de toute façon trop tard pour compter sur l'aide solidaire d'anciens hommes dont la liberté n'est qu'un lointain souvenir, la dernière caste de privilégiés sera la risée du pouvoir tout comme les premiers opposants avaient été la risée des premiers obéissants.

Néanmoins, nous signalerons au crédit des responsables synagogaux – dont les temples ont de véritables murs, s'entend – qu'à aucun moment ils n'ont exigé de présenter le vert insigne, et qu'ils n'ont jamais posé de question en ce sens à quiconque s'est approché.

Terminons notre évocation de souvenirs par une anecdote pour le peu insolite

Un jour, je rencontre une connaissance respectable à l'office de notre rue. Comme cet homme est convaincu du bienfondé de toutes les directives gouvernementales – pourquoi voudriez-vous que le pouvoir ne recherche pas strictement votre bien – y compris la racisation de la société – il faut bien ennuyer les fortes têtes – son arrivée m'interloque. Bref, ce qui l'amène, ce sont deux motivations. D'abord, la synagogue en plein air est plus proche de chez lui que la synagogue fermée (dans tous les sens du terme), et puis, sait-on jamais, les mesures du pouvoir sont peut-être trop légères.

Avant le début de l'office, nous avons eu à peu près la conversation suivante :

«Comment vas-tu? On ne te voit plus à la synagogue? Tu n'as pas le pass vert?

  • Si, si. Mais pas par soumission aux injections expérimentales, ratées par ailleurs. J'ai simplement été testé positif.
  • Ah, tu fais bien de ne pas venir. On ne sait jamais, rien ne vaut les piqûres de Pf...
  • Je ne suis pas d'accord. L'immunité naturelle est bien plus protectrice, aussi bien pour moi que pour mon entourage. De toute façon, quand quelqu'un se fait vacciner contre quelque chose, c'est uniquement dans le but de protéger sa propre petite personne. il ne le fait pas pour les autres. Tout ça, c'est insensé.
  • N'en sois pas si certain. Ce n'est pas l'avis d'éminents spécialistes.
  • Corrompus?
  • Allons, allons, n'accuse pas sans preuves.
  • Si un praticien risque son poste en contredisant la position de force, ou s'il soigne un malade et montre clairement l'inutilité de cette vaste opération, est-ce que son salaire ne peut pas a posteriori être considéré comme un présent corrupteur?
  • Mais alors, si tu n'es pas d'accord. Enfin, si tu penses que le rétabli n'est pas plus dangereux que le vacciné, pourquoi est-ce que tu ne viens pas?
  • J'attends la levée de l'apartheid.
  • Ah, mais là, tu y vas fort! L'apartheid discrimine des gens qui n'y peuvent rien, qui n'ont pas le pouvoir de changer pour ne plus être victime de discrimination. Là, il est très facile d'aller se faire vacciner pour que tout rentre dans l'ordre.
  • Et si on refuse?
  • Si on refuse, qu'on n'aille pas se plaindre.
  • Mais, au fait, tu sais qu'ils ont trouvé une pilule qui fait changer la couleur de la peau? C'est-à-dire que si un individu noir en prend, il devient blanc. Donc, s'il ne veut pas en prendre, dans un cas de discrimination de couleur, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, si on l'oblige à s'asseoir derrière, dans les transports!
  • Comment ça? Une pilule! Ah, non, je n'en ai pas entendu parler… Mais, non, tu plaisantes, en fait?
  • Mais pas du tout, ça sort tout droit de chez Pf...»

Quelques secondes plus tard, mon interlocuteur reste sceptique, quand je mets fin au supplice, et lui avoue que cette affirmation n'était qu'allégorique, et qu'une mesure discriminatoire reste gravissime y compris lorsque l'individu visé peut changer volontairement de camp, s'il le désire.

Je le questionne encore :

«Et l'anathème, c'est bien l'anathème?

  • Tu veux dire l'excommunication? De toute façon, si quelqu'un refuse de suivre la religion, il ne vient pas à la synagogue parce que ça ne l'intéresse pas.
  • Et s'il vient à Kippour?
  • Il est le bienvenu.
  • Donc, cette mesure n'est pas en vigueur, du moins à notre époque.
  • Exactement!
  • Et pourtant, il pourrait changer de camp en reprenant de lui-même le chemin de l'observance des préceptes religieux».

Mon interlocuteur est dubitatif. La prière commence.

Autre souvenir du corona. Une autre discussion me valut au début de la discussion l'injure de négationniste du corona. «Ce n'est pas très gentil, vu l'association d'idée que ça évoque», protestai-je. Il est vrai que je venais de soutenir que cette épidémie n'était que médiatique, ce à quoi mon interlocuteur m'avait rétorqué que cette légèreté mettait des vies en danger. Pas en reste, je soutins alors que les décès étaient provoqués par le refus de soigner, par l'injonction de prendre un doliprane et d'aller dormir, notamment, pour reprendre ce qui se passa en France. Je campai sur mes positions, expliquant que, D. préserve, en cas d'épidémie, dans le sens où elle représente un danger mortel de grande envergure (pas dans le sens d'une multitude de tests positifs prélevés sur des sujets sains), on n'a pas besoin que les médias nous en informent. Je résumai sa position, puisqu'il n'en démordit à aucun moment :

«Donc, tu regardes la télé, et d'éminents spécialistes sont interviewés. Ils expliquent qu'une importante épidémie sévit sur le pays. Tu te dis : "Eh ben ça par exemple! S'ils ne me l'avaient pas dit, jamais je ne l'aurais deviné tout seul. Il faut vite que j'aille prévenir les autres. Il ne faut pas les laisser dans l'ignorance et continuer à vivre dans l'insouciance". C'est bien ça?»

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 13:16
Mme Bachelot, ancienne ministre de la Santé, dont la tentative de vacciner toute la population a échoué

A l'époque, l'achat est nain (clin d'œil). Aujourd'hui, l'industrie se fait des milliards de dollars de bénéfices.

Un proverbe disait : «Si tu ne réussis pas la première fois, essaie et essaie encore jusqu'à ce que tu réussisses». Cette phrase populaire était enseignée aux enfants sous les traits d'un proverbe chinois.

Du refus de la connaissance ; ou du substrat de la maniabilité à souhait

L'enfant, l'adulte, tous se révoltent contre la contrainte, avant de l'accepter, sous l'inspiration de la sagesse. Le premier se fait gronder quand il rechigne à apprendre ses leçons, à retenir par cœur, disons, la liste des monarques mérovingiens, carolingiens ou encore capétiens, truffée de nombreuses dates. Même la série simplifiée des Louis où seuls sont à retenir les numéros le répugne. Au fondateur de la dynastie capétienne, le public préfère de loin le divertissement du western ou de la bd, ou un hugh est bien plus attrayant qu'un Hugues (Capet).

L'Institution tient bon. Vous recopierez dans votre cahier pour mardi les noms et dates des rois etc. Les personnes, les esprits, les efforts et les énergies sont domptés et canalisés par le système scolaire. L'instruction est obligatoire et on se félicite du recul de l'analphabétisme. Il en sort des gens civilisés, disciplinés, mesurés. Mais, en même temps, ils sont dignes. Ils réfléchissent, et toute nouvelle directive à même de faire tache sur les valeurs inculquées depuis la plus tendre enfance, dont bien entendu toutes les règles de bienséance et de respect du voisinage, est passée au prisme de la critique et peut provoquer un vent de protestation ou de révolte. C'est peut-être un paradoxe. Le pouvoir forme, voire formate le peuple, mais, après l'avoir civilisé,  il lui est difficile de le manipuler.

Puis le pouvoir révise sa copie. Haby dépouille le savoir. Hugh ! On respire ! Ce n'est pas le peuple avide de loisirs qui s'en plaindrait. De réformes en allègements, la France subit un raccourci historique. D'une épopée qui démarre encore à l'ère des Etrusques au milieu des années 70 du siècle dernier, on aboutit au milieu des années 80 à un programme au lycée fort bien résumé par le titre des manuels scolaires : «L'histoire de 1945 à nos jours». L'histoire n'a plus que quarante ans. D'aucuns parlent de nivellement par le bas, d'égalisation des malchances. Un peuple né de la dernière pluie perd de sa consistance, de sa résilience nationale. Il deviendra bien plus malléable et manipulable. D'une part, cela permettra à un certain président de la République française de déclarer qu'il n'y aurait pas à proprement parler de peuple français ou de culture française, ces dernières notions ayant besoin d'une certaine longueur de temps pour s'étayer. D'autre part, il sera plus aisé, face à un peuple vidé de substance intellectuelle, culturelle et morale, de faire passer pour des nouveautés absolues des stratagèmes déjà exploités dans le passé et de s'en servir pour l'asservir.

De l'association artificielle des valeurs et des idées

Quand on veut provoquer un phénomène de masse, on peut soit expliquer en quoi la chose est bonne, soit lui associer une valeur quelconque. (Il reste par ailleurs un autre procédé, celui de la force de frappe de l'image, qui permet d'endoctriner fort, mais c'est une autre question).

C'est aux États-Unis que le spécialiste des comportements humains, Edward Bernays, mit au point le principe des relations publiques. Jolie tournure, pour ne pas employer le mot propagande, qui, trop crument nommée, rend les gens réticents. Trop avisés pour se laisser berner, il fallut que Bernays enrobât la pilule pour la faire avaler. Ainsi, il vous fit acheter du tabac, non plus pour enrichir les firmes concernées, mais en suggérant à la gente féminine que fumer exprimerait l'émancipation de la domination masculine et la liberté retrouvée. «Non, ma grande, tu fumes pour doubler les profits des marchands de cigarettes».

Cent ans plus tard, on se laisse piquer pour sauver son prochain d'une épidémie resurgie de l'obscur moyen-âge, surgie pour sonner le glas de l'humanité, et non pas pour enrichir les laboratoires pharmaceutiques qui entretiennent d'étroites relations de copinage avec des chefs d'Etat ou d'UE. L'un de leurs plus grands chefs échange des tapes sur l'épaule et des accolades avec des Premiers ministres, le chef d'Etat français, la présidente de l'UE, et va même jusqu'à échanger des sms privés. Mais quiconque vous dira : «Non, mon grand, tu te laisses piquer pour enrichir les trusts déjà multimilliardaires du médicament», sera un complotiste. Evidemment, ça passe plus facilement si on n'a jamais entendu parler de Bernays et de ses combines de manipulation mentale. Donc, tout va bien quand l'histoire dure un nombre d'années comptables sur les doigts de la main.

Laissez-nous vivre l'instant. Nous ne sommes pas le produit d'une évolution civilisationnelle. Il est bien entendu tentant de vivre dans une béatitude dénuée de tout effort de réflexion exigeant un peu de jugeote. Donc, même dix ans, c'est une période qui dépasse de beaucoup les capacités de notre mémoire. De 2009 à 2019, de la farce H1N1 à l'affaire du covid (19), le temps a été trop long pour que chat échaudé craigne encore l'eau froide.

Premier essai

Et pourtant, la même stratégie avait été mise en œuvre. Un virus terrible fait son apparition. La vaccination de masse prend l'allure d'une course contre la montre de la mort. On commande des millions de dose. En octobre 2009, en France, la ministre Roselyne Bachelot, du gouvernement Sarkozy, use de son pouvoir pour promouvoir «la vaccination de l'ensemble de la population». Un dispositif gouvernemental est mis en place.

Bachelot fait peur[1] : «Nous avons des taux d'attaque (…) extrêmement important. Par exemple, en Nouvelle-Calédonie, 17%. Nous avons un taux d'attaque à la Réunion trois fois supérieur au taux d'attaque de la grippe saisonnière. » Interrogée quant à la métropole, elle reconnaît qu'il est difficile de faire des prévisions claires. Cependant, le terme de pandémie est déjà à l'ordre du jour : «Ce que nous constatons, c'est que la pandémie progresse régulièrement. Nous mesurons cette pandémie par le nombre de consultations liée à la grippe pour cent mille habitants.» De 37 par semaine, le nombre d'infectés grimpe à 45 en quelques jours. A 74 consultations pour cent mille habitants, elle considéra que l'urgence pandémique sera atteinte en métropole. Le vocable si nouveau à nos oreilles en 2020/21/22 avait été déjà lancé par Bachelot : «… une période particulièrement sensible, ça va être évidemment la rentrée scolaire, parce que la rentrée scolaire ce sont des enfants, des enfants qui connaissent mal les gestes-barrière (sic), (…) et qu'ils vivent dans une relative promiscuité dans les lieux scolaires. Il va falloir surveiller avec beaucoup d'attention, le ministre de l'Education nationale [et de la Jeunesse] Luc Chatel s'y emploie, avec une communication et une information intense(s) (sic), auprès des familles, des associations, et bien sûr des syndicats d'enseignants». La pyramide allant de l'alignement des positions à la transmission des directives impliquait déjà tous les rouages de l'autorité et de ses ramifications.

Et déjà, les ingrédients de la psychologie de masse commençaient à être soupesés, ou le juste équilibre entre la carotte et le bâton : «Il s'agit de céder ni au catastrophisme, ni à un optimisme qui ne serait pas étayé finalement sur des fondements précis», poursuit Bachelot. Obéissez, et vous éviterez la catastrophe et bénéficierez de l'optimisme que vous pourrez alors mériter. Elle insiste ensuite sur l'impérativité de la transparence et prononce une phrase bien curieuse dans ce contexte, qu'elle définit comme premièrement : «On n'a pas le droit de mentir aux Français».

Et là encore, le pouvoir comprend qu'il faut faire croire au peuple que toutes les contraintes et/ou restrictions dont il est susceptible de souffrir découlent de sa propre décision, libre et éclairée : «Deuxièmement, une communication compréhensible. Parce que la lutte contre le virus H1N1, on ne la mène pas tout seuls au gouvernement. Vous comprenez bien qu'on la mène avec l'ensemble des Français qui utilisent les gestes barrière. Se laver les mains, se moucher, éternuer dans un mouchoir en papier, et qu'on jette.» Bien que le bon sens de ces dernières mesures d'hygiène soit évident, on ne peut pas ne pas voir dans ce discours une infantilisation du public adulte. Pour finir, la ministre parle de l'importance de la cohésion entre les différents éléments du pouvoir : «Et une communication qui doit être cohérente. C'est pour cela que la cellule interministérielle de crise (sic) est placée sous la direction du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, et que nous travaillons véritablement en totale coordination. Ça, c'est la façon  de ne pas faire une communication anxiogène et catastrophiste etc.»

Mais n'exprimerait-elle pas le contraire de ce qui est recherché ? Pourquoi tant insister sur la peur, alors que rien de tel ne semblait devoir se profiler dans les mentalités ?  Pour conclure, Mme Bachelot pense que la stratégie est au point, que le peuple est mûr pour se laisser faire : «Deux Français sur trois pensent que la communication du gouvernement est à la hauteur des enjeux. » Bien entendu, elle craint encore un relâchement du sérieux concédé à la démarche du pouvoir : «Il ne faut pas que les Français soient démobilisés, parce que le plus dur est devant nous, puisque le taux d'attaque du virus H1N1 sera évidemment beaucoup plus fort lors de la période hivernale.»

Le politicien professionnel sait dire tout et son contraire dans un seul discours de cinq minutes : affirmer qu'il ne faut pas avoir peur et en même temps distiller la peur de la menace de l'hiver qui est à nos portes ; dire qu'il est trop tôt pour savoir si la menace est tangible pour la métropole puis déclarer qu'elle le sera évidemment.

Bien sûr, la ministre connaît les enjeux de la propagande et de l'indispensabilité de l'enrôlement des médias, qui ne doivent donner qu'un seul son de cloche. Elle n'hésite pas à utiliser un glossaire un tantinet dictatorial ou martial : «Nous déployons de nouveaux moyens, en particulier avec la réquisition (sic) d'un certain nombre de moyens d'information pour diffuser les messages de mobilisation (re-sic). Il y a une saisine du CSA pour que l'ensemble des chaînes de télévisions hertziennes, Radio-France, et je dois dire d'une manière volontariste, beaucoup d'autres médias se mobilisent pour diffuser ces messages d'information etc. un numéro azur pour avoir des renseignements…» Son mot d'ordre reste le calme et la détermination, ou, en un mot, l'obéissance.

Dans les faits, le ministère de la Santé et des Sports engage 700 000 € dans l'achat de masques et de doses de vaccins. Bachelot se livre à un haut fait de propagande médiatique : elle se fait vacciner devant les caméras contre la grippe H1N1[2].

Couac

Alors que tous les préparatifs sont en place, et qu'il ne reste plus qu'à injecter les doses, on se dirige tout droit vers un grand flop. Le taux de la population qui se fait vacciner reste très bas, dans les 8%. Un rapport est rapidement diligenté par le Sénat. Il sera publié au Journal Officiel du 30 juillet 2010[3]. Il informe entre autres que, sur 94 millions de doses commandées, seules 7.8 sont utilisées. Puis, malgré des rapports chiffrés qui auraient pu commencer à faire vraiment peur, quand 312 décès sont imputés au virus, jusqu'en avril 2010, et que 1334 cas graves sont recensés. Sur le plan international, l'Oms compte 18 311 décès, ce qui n'empêche pas le rapport n°685 de mettre sévèrement en cause ladite organisation, dans la troisième partie du chapitre I, et d'évoquer la «fausse pandémie» et l'«opacité de l'Oms et [de] son incapacité à gérer les conflits d'intérêt».

Il n'en demeure pas moins que ce rapport n'est pas dénué d'une certaine ambigüité. Jusqu'à la page 103 (d'un rapport de 163 pages), le gouvernement français, l'Oms et les marchands de vaccins se font tirer les oreilles. Il est question pour ces derniers de «contrats déséquilibrés et rigides», d'«exigences démesurées des fournisseurs et de garanties insuffisantes pour les acquéreurs.»

Mais soudain, les préoccupations du rapport changent de sens. Tout à coup, les préposés du Sénat s'interrogent sur l'échec de l'opération. Tout avait pourtant si bien commencé. De la page 120 à la page 130, le rapport cherche à comprendre les raisons de l'échec. Le titre (page 120) est éloquent : «Le résultat décevant de la campagne de vaccination». C'est un peu comme si on reprochait dans une seule tirade à un braqueur d'être malhonnête et d'avoir raté son coup. Le terme décevant dénote d'un parti-pris. Il n'est pas question d'un faible résultat, ou d'un résultat peu probant ou de toute autre formule globalement neutre. Sinon, pourquoi ne pas titrer : «La société française échappe in extremis à la campagne de vaccination » ? Soit, c'est un fait, la propagande n'a pas fonctionné.

Mais il ne faut pas se décourager. Il faut comprendre pourquoi ça n'a pas marché, et ce qu'il faudra rectifier au prochain coup. Le titre suivant parle de lui-même : «Les leçons à tirer de la première campagne de vaccination pandémique».

Eh oui, chers amis, ce n'était qu'un coup d'essai. Raté, d'accord, mais ce n'est que partie remise. Nul doute que les gouvernements actuels et les «fournisseurs de vaccins» ont planché sur leur copie, tandis que, dans un rapport inversement proportionnel, le public oubliait cette histoire. Les uns bachotaient quand les autres oubliaient Bachelot.

J'invite tout un chacun à chercher les différences entre les discours de Bachelot d'octobre 2009 et de Véran dès février 2020. Mais la réponse est en fait déjà suggérée par ledit rapport, page 122 : «Les conséquences du défaut d'association à la campagne de vaccination des professionnels de santé». En 2019, le virus fait une timide apparition médiatique. En 2020, il sert de motif au blocage total de la liberté de circuler, travailler, se distraire… Mais là, les professionnels de santé sont tout de suite enrôlés, «associés à la campagne de vaccination», et malheur aux déserteurs. Certes, d'autres différences sont à prendre en considération, comme la promesse fallacieuse du «Tous vaccinés tous protégés», à l'effet convaincant garanti sur les plus effarés, ou cette autre promesse de revenir à la normale sitôt piqués…

Deuxième essai

Cet essai est encore neuf dans nos mémoires

 

[1] https://www.dailymotion.com/video/xc7yst

[2] https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/grippe-h1n1-quand-la-france-s-etait-trop-preparee-a-une-pandemie-183984

[3] https://www.senat.fr/rap/r09-685-1/r09-685-11.pdf

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 16:03

Dans un premier temps, j'avais pensé que les injections de la thérapie génique (Arn messager) étaient une expérience scientifique médicale. Je m'étais trompé. En fait, sur les quatre doses, seule la première répondait à cette définition.

Ces injections dont le consentement des cobayes avait été extorqué sous la pression, le harcèlement, le chantage et la menace, sous peine de perdre leur emploi et leur gagne-pain, ainsi que toute dignité sociale et de se retrouver à la rue, sans le sou, n'entrent dans le cadre d'une expérimentation que pour la première dose.

Dans une atmosphère délétère où le débat est proscrit, où toute remise en question, voire toute interrogation, met en branle le tribunal inquisitoire qui voit en tout élément contradictoire presqu'un blasphème, une information fausse marquée par le label d'appellation incontrôlée du «fake-news », il peut être pertinent de citer une instance au-dessus de tout soupçon, puisqu'elle est de surcroît pour beaucoup dans ces campagnes de discrédit social. J'ai nommé : le ministère israélien de la Santé.

Voici les chiffres officiels que n'importe quel quidam peut consulter, qui présentent le nombre d'injectés selon les quatre doses inoculées au grand public :

Dose 1 : 6 717 050 injectés

Dose 2 : 6 152 182 injectés

Dose 3 : 4 509 275 injectés

Dose 4 : 843 450 injectés[1]

Il n'est même pas question de lire entre les lignes ; les chiffres parlent d'eux-mêmes. Souvenons-nous : poussés par la peur de mourir, le devoir citoyen, la cession au chantage (dès qu'on aura terminé, on reviendra à la vie normale), les citoyens partants pour la vaccination avaient accepté d'emblée de prendre deux injections. Les autorités avaient été honnêtes, si l'on peut dire, et avaient prévenu qu'il s'agissait d'un traitement préventif s'opérant eu deux temps. Le produit est expérimental, mais on accepte de prendre le risque, convaincus de l'urgence et d'être sous le coup d'une épidémie venant faucher la vie aveuglément et à un rythme effréné, comme à Marseille en 1720. On est bien d'accord : on va gentiment recevoir la première dose et attendre patiemment la seconde.

Or, les chiffres sont formels : deux simples opérations, une soustraction puis une division, viennent nous montrer respectivement qu'ils sont 564 868 à ne pas s'être présentés pour la suite du traitement, soit 8.41% ; et encore, on ne sait encore rien sur les dégâts à longue échéance. Que leur est-il arrivé ? Pourquoi le Premier ministre, le ministre de la Santé, le PDG vaccinateur, etc., ne montent-ils pas au créneau pour avouer leur erreur et demander pardon au peuple ? Que font les médias ? Pourquoi ce silence ? En outre, quand des civils prennent l'initiative de récolter des témoignages de personnes gravement touchées par les effets a priori indésirables, leur documentaire, «le Projet des témoignages», est dénoncé comme fausse information et très vite censuré sur toutes les plateformes censées rééquilibrer l'information.

Il ne fait aucun doute que les personnes qui se sont abstenues la seconde fois ont été gravement affectées par la première. Ce qui veut dire que dès la seconde qui deviendra vite la deuxième, il s'est simplement agi d'une énorme machine à produire des gains et à graisser tous les rouages qui ont recommandé le produit et usé d'abus de pouvoir pour mieux soumettre.

Comme nous venons de le voir, ces données ne mettent en évidence que les victimes d'effets néfastes immédiats. Aujourd'hui, les victimes du moyen terme, ou leurs proches et connaissances, ne font plus aucun rapprochement entre les injections et les nombreux cas de décès intervenus subitement.

On sait que pour convaincre une population d'une espèce animale que le poison mis à sa disposition n'a rien à voir avec l'hécatombe subie en ses rangs, il faut que son effet soit reporté dans le temps. Algernon s'étonnera de la mort subite de sujets bien portants, si elle est différée. Ce n'est pas l'auteur de ces lignes qui compare les humains aux rats, mais bien les promoteurs de la vaccination.

Qui plus est, le nombre de décès imputables au covid 19 (et non pas au vaccin), s'élèverait selon le ministère de la Santé à 11 620[2].

Aparté : Il convient de répondre à l'accusation sous-jacente de manque de bonne foi : «Pourquoi les chiffres sont-ils considérés comme du solide pour les doses, et présentés au conditionnel pour les décès dus au coronavirus ?» La réponse est assez simple : le ministère sait combien de personnes il a injectées chaque fois, tout est comptabilisé ($$$). Mais de là à affirmer que les personnes sont décédées du covid, quand on connaît les accusations «complotistes» jamais démenties qui allèguent que cette comptabilité inclut des personnes dont la cause du décès est autre mais qui avaient été testées positives au corona sans en souffrir, il n'y a qu'un pas. Par ailleurs, certaines personnes ont en effet pu mourir des suites du corona, du fait que les autorités leur avaient interdit tout accès aux soins, en dehors d'une agonie en hôpital, quand des patients en détresse respiratoire n'ont pas eu droit à un apport d'oxygène insufflé via la bouche et le nez mais juste une sorte de tuyau à bulles d'aquarium. En France, en parallèle, ça avait donné : «Prenez un doliprane et allez dormir», et on avait assisté aux poursuites, suspensions et autres traitements de choc à l'encontre des médecins qui avaient osé porter utilement secours à leurs patients (protocle Zelenko ou Pr Didier Raoult, ou le traitement de cheval).

Une autre réalité est venue établir le fiasco de l'expérience. Bon, se disaient certains, au moins, ceux qui n'ont pas subi d'effets secondaires mortels ou invalidants, eh bien, ils sont protégés, et c'est toujours ça de gagné !

En juin 21, de très nombreux doublement dosés ont été non seulement positifs au covid mais passablement malades. Mais, à la grande surprise de quiconque possédait encore ses facultés les plus basiques de raisonner, les pouvoirs ont préconisé une troisième dose, un «buster», qu'ils disaient. C'est comme si on faisait une ordonnance d'aspirine à quelqu'un qui aurait mal supporté ce produit dans un premier temps. Le médicament ne vous a pas fait du bien? C'est que vous n'en avez pas pris assez.

Mais là, le réveil commence à s'opérer. Pour la troisième dose, les partants ne sont plus que 4 509 275. Ce sont donc 1 642 907, plus d'un million et demi de citoyens, qui ont l'intelligence et/ou le courage de dire non, car il ne faut pas oublier l'odieux chantage du gouvernement Netanyahou, qui allait considérer comme non-vaccinés et privés de leurs droits les plus élémentaires, tous les preneurs des deux premières doses.

Continuant sur sa lancée de la logique du «Si ça ne marche pas, c'est qu'on n'en a pas pris assez», les preneurs de la quatrième ne sont plus que 843 450, ce qui signifie qu'ils sont 87.44 %, soit près de 90 %, à refuser de continuer à se faire avoir.

Certains mensonges finissent pas s'épuiser, quelle que soit l'intensité du bourrage de crâne. En tout cas, c'est ce qui est arrivé au culte d'une injection devenue pour beaucoup sacrée, à un moment ou à un autre.

Et le comble de l'endoctrinement va être illustré par le cas (réel) suivant :

Un individu avait pris ses deux doses, avant de tomber peu après gravement malade du covid et de passer une bonne dizaine de jours à l'hôpital entre la vie et la mort.

Que constaterait tout individu normalement constitué ? De deux choses l'une : soit le traitement n'a pas été efficace, soit, puisqu'il n'était pas malade, c'est le traitement qui a provoqué la maladie.

Or, quelle a été la réaction de l'adepte du culte intéressé ? «Heureusement que je me suis fait vacciner. Parce que si, en étant vacciné, j'ai tellement souffert de cette maladie, qu'est-ce que ça aurait été si je ne l'avais pas été ? Je ne m'en serais pas sorti vivant»…  

 

[2] Données en ligne au 4 sept.-22(idem pour le lien).

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 17:30

La thématique du souvenir de la Shoah pour Israël

Pendant quatre mois, les pèlerinages en Pologne au départ d'Israël ont été suspendus. Malheureusement, ils viennent semble-t-il de reprendre, grâce au talentueux diplomate Herzog, président d'Israël.

Alors, malheureusement, ou grâce à…? Synthétisons eu deux mots la version officielle, celle qui s'acharne sans discontinuité sur notre personne, du cerveau à l'inconscient, en passant par notre profil émotionnel. Bien entendu, elle prend appui sur le consensus indiscutable : plus jamais ça. Qui voudrait que ça revienne ? Personne, bien entendu, à commencer par nos propres rangs. La méthode est bien connue : on prend une base solide et consensuelle, et surtout factuelle, avant d'échafauder par-dessus tout un édifice qui passera pour le prolongement naturel de cette dernière.

Si a est le consensus, b en est l'implication. Si on admet a, on admet b. Inversement, si on n'admet pas b, on est accusé de contester le consensus a. En règle générale, c'est plus simple : chacun s'interdit sans y penser de remettre b en doute.

En l'occurrence, l'aspiration à ce que de tels crimes contre l'humanité en général et contre le peuple juif en particulier, imputables à une sauvagerie humaine toujours latente, ne se répètent pas, sert de prétexte à une nouvelle tradition, qualifiable de morbide.

Tout d'abord, il est plus qu'incertain que les voyages à Auschwitz aient une quelconque incidence sur la protection du genre humain au sens large ou du genre juif au sens plus restrictif. Car sous cette optique, on pourrait aussi bien, à l'aune des exils, voyager dans le sillage des crimes de l'Inquisition en Espagne ou au Portugal, des Croisades en Frances, ou encore de l'Égypte, où tout nouveau-né mâle fut jeté dans le Nil.

En fait, la leçon du «plus jamais ça», qui compte sur le travail de mémoire, s'adresse surtout aux Juifs, puisque la Pologne, pour ne citer qu'elle, n'avait pas encore eu suffisamment de temps pour la perdre, dès le lendemain de la guerre, lorsqu'elle renouvela la pratique des pogroms sur la personne des rescapés des camps, qui pensaient pouvoir réintégrer leur domicile polonais.

Effectivement, le message véhiculé s'adresse surtout aux jeunes générations juives, ou plus précisément à celles qui ont vu le jour il y a moins de quatre-vingts ans. Redevenus souverains et détenteurs de la nationalité d'Israël, leur conscience leur signale : «N'oubliez pas de vous sentir très heureux de vivre dans vos frontières, dans votre pays qui vous protège et dont vous assurez vous-mêmes la défense».

Seulement, est-il vraiment pertinent de focaliser le regard de notre mémoire exclusivement sur cette période, bien qu'il soit évidemment hors de question d'en minimiser l'indicible gravité ?

Aujourd'hui, la haine contre les Juifs qui fait le plus de victimes agit d'une manière absurde et paradoxale en Israël. La matérialisation de cette haine n'est due qu'à la présence massive de populations hostiles et à leur libre-circulation au cœur même du pays d'Israël, là où le bon sens eût exigé qu'ils ne s'y trouvassent pas. La question qui se posait, suite à la lapidation par des Arabes de l'adolescente juive Tirza Porat, en 1988, par exemple, ou encore à la tuerie d'Itamar, en mars 2011, quand des musulmans sont venus égorger une famille juive qui goûtait chez elle la douce quiétude du Chabbat, n'est pas de se demander pourquoi l'Etat d'Israël n'a pas rasé les villages qui ont produit de tels bouchers, mais pourquoi il a leur a permis de se maintenir après le recouvrement de sa souveraineté.

La rengaine lancinante des moralisateurs du camp du mal (octroyons-nous le droit, à notre tour, une fois n'est pas coutume, de distribuer des prix et jugements de valeur) est connue, tant elle est rabâchée. Pour le propos qui précède, toutes les étiquettes de la stigmatisation destructrice sont tirées à vue pour qui les distribue. On devrait s'étonner que protéger des hommes, des femmes et des enfants juifs des pires assassins, soit négligeable aux yeux de certains pour qui le mal absolu consiste à refuser ne serait-ce qu'idéologiquement la présence de cette boîte de pétri qui alimente le lot des crimes antijuifs. Aujourd'hui encore, il arrive que l'on entende : «Nos ennemis n'ont pas de place sur notre terre, c'est indiscutable. A présent, s'ils sont prêts à accepter notre présence et à reconnaître notre souveraineté, alors ils peuvent rester là sans problème.» Ce vœu pieux est un pur déni de réalité. Si nous disons qu'il faut être un sombre crétin pour tenir de pareils propos, ou être perturbé par de telles considérations, ce n'est pas un oxymore. Par contre, si nous parlons de sombres illuminés, c'en est un.

De fait, on nous demande, afin que nous restions vigilants et d'empêcher le retour de l'horreur indicible, de nous concentrer constamment et sélectivement sur l'une des générations de l'histoire. On détourne notre attention du danger d'aujourd'hui, quand la haine antijuive ne porte jamais de nom, même aux heures les plus sombres de notre histoire contemporaine, des bombardements de civils juifs aux transports en commun dont les passagers périssent par les bombes et les flammes.

La plus grande neutralité médiatique évoquera des attentats terroristes. Une moins grande neutralité inversera la relation du bourreau à la victime. C'est assez insidieux, et peu sont ceux qui y sont attentifs. La quasi-totalité des organes de presse évoquent des «attentats nationalistes». Ce qui veut dire : tel ressortissant d'une nation occupée et opprimée exprime par la violence – il n'a pas d'autre choix le pauvre – sa résistance. L'innocent assassiné, devient sinon le bourreau de son agresseur à qui il n'a rien fait, du moins le responsable de son propre malheur.

Pourtant, chaque année, dans la Haggadah de Pessah, nous entonnons :

«Il n'y en a pas eu qu'un seul, ♫ à s'être dressé contre nous pour tenter de nous anéantir, ♪♫ car à chaque génération ♫, on se dresse contre nous pour nous anéantir ♫, mais le Saint béni soit-Il nous sauve de leurs mains ♫».

Le danger aujourd'hui n'est plus en Allemagne ou en Autriche-Hongrie, ou encore en Pologne, ce qui ne veut pas dire que les loups se seraient changés en moutons. Sans oublier aucune des périodes de l'histoire ni des exactions perpétrées contre les Juifs, nous devrions nommer les choses par leur nom et secouer la tête pour nous dégager des œillères qui réduisent dangereusement notre champ de vision. Nous ne devons avoir d'yeux et de réflexions qu'en ce qui concerne la Pologne, l'Allemagne, l'Ukraine, etc., et le nazisme ; ce qui, soit dit en passant, a quelque chose d'irritant pour le Polonais moyen qui s'insurge de voir que seule sa haine du Juif attire encore et toujours l'attention générale, alors qu'il n'est pas le seul.

La thématique de la Shoah telle qu'elle est adressée aux autres nations

Ce qui va suivre n'a échappé à aucun observateur : toute visite officielle en Israël d'un diplomate de l'étranger commence par un passage à Yad Vachem, le mémorial de la Shoah. L'avantage, c'est le message sous-jacent qui vient prévenir toute réticence antisioniste ou sémite, au cas où, dans l'une des couches cognitives, émotives ou subconscientes de l'intéressé, un certain blocage rendrait difficile pour lui l'acceptation de l'idée de la souveraineté et de l'indépendance du peuple Juif. Il perce donc le message qui suit : «A cause de ce que vous nous avez fait, ou de ce que vous avez laissé faire contre nous, la moindre des repentances vous concernant est de reconnaître l'indispensabilité de l'existence de notre Etat, qui préviendra vos prochains égarements. »

Le premier inconvénient, c'est la porte que nous ouvrons aux objections du monde arabe, qui fait comme s'il n'avait pas été le complice actif du nazisme, et qui se présente tel un innocent spolié qui doit payer pour la faute des autres : «Mais pourquoi ici ? Pourquoi sur notre compte ?» Comme s'il était évident que leur hégémonie doive s'étaler sur tous les continents. Cette objection entraîne dans son sillage un vaste mouvement d'imbéciles haineux, y compris et surtout en dehors du monde arabe ou musulman ou les deux, qui éprouvent un devoir sacré de repartir en croisade contre les Juifs infidèles.

Inconvénient éducatif pas seulement pour la jeunesse

L'autre inconvénient, c'est que, puisque cette leçon de portée éducative, morale, historique, etc., opère une simplification de l'histoire d'Israël en la faisant démarrer au lendemain de la Shoah, tout ce qui est antérieur étant enfoui dans les annales de la préhistoire, les visites extrascolaires en Pologne deviennent un véritable devoir, mi-civique, mi-religieux. Elles sont inscrites au programme et gare à qui n'effectuerait pas son pèlerinage, car ce serait une entrave au bon respect de la pratique du culte.

Cette nouvelle obligation vient contredire la tradition halakhique fondamentale, qui proscrit toute sortie de la terre sainte, hormis pour une liste de motifs exhaustive.

Considérer la mort comme essentielle pour le judaïsme résulte d'une confusion

Donc, on s'habitue à voir dans la renaissance de l'Etat juif la conséquence sine qua none de la Shoah. Cette démarche n'est pas la nôtre. Elle est le lot d'une autre religion. C'est dans la civilisation chrétienne qu'elle est saillante et perceptible, car son culte est tout entier fondé sur l'idée de mort. Sans martyr, point de religion chrétienne. Sous toutes ses conjugaisons et déclinaisons, elle serait privée d'essence donc d'existence sans la mise à mort de cet homme déifié.  

En son temps, en France, un téléfilm eut pour objectif d'exposer cette équation, cette implication de cause à effet[1]. Pour une raison qui échappe à la raison, au lieu d'être admise comme l'évidence même, cette équation basique, cette relation de cause à effet, donc, avait déclenché de vives polémiques. En fait, disait le message, vous êtes bien contents que votre personnage a été condamné et exécuté, et peu importe qu'il l'ait été par les Juifs ou par les Romains, car sans cela, vous auriez été privés de cette religion que vous chérissez tant.

Nous arrivons donc au parallèle qui fait l'objet de la rédaction de ce papier numérique. Il est spirituellement malsain, pour ne pas dire mal-saint, que la néo-éducation juive fasse sienne une telle démarche : si la Shoah n'avait pas eu lieu, vous n'auriez pas eu votre Etat.

Pourtant, cette implication (Shoah-Etat juif) est la profession de foi d'un public qui se fait de moins en moins négligeable. On oublie que la déclaration Balfour précède de plus de vingt ans les lois de Nuremberg, et que la désignation du Royaume Uni, à qui la Société des Nations confie le mandat qui consiste à œuvrer pour la restauration du Foyer Juif en Palestine, date de la conférence de S Remo.

Cependant, assez rapidement, les Anglais s'en dédisent et trahissent leur engagement. Ils sont loin d'être de confiance. Ils cèdent à la violence et à la pression musulmane. Dans le contexte de la Seconde guerre mondiale, ils capitulent devant la menace de mettre à feu et à sang toutes les contrées du Soleil Levant. Ils retournent leur veste et se mettent à promulguer des décrets. La série de Livres blancs ne se contente pas de limiter le nombre de Juifs autorisés à rentrer de l'exil en Palestine. Elle emprisonne de surcroît les Juifs d'Europe comme des rats. Il ne reste plus aux nazis qu'à les exterminer. 

Ce raccourci va plus loin. Il tend à rendre fortuite et profane l'histoire. La dimension profondément religieuse et para-historique de l'identité d'Israël est exclue. D. n'a plus sa place dans le retour d'Israël. Pourtant, parmi les précurseurs de ce mouvement du Retour, nous retrouvons le Rav Kalischer qui avait clairement défini cette dimension, bien avant l'indépendance : le peuple juif doit rentrer en terre d'Israël et y rebâtir le Temple, le Troisième Temple.

La première sortie de l'exil, d'Égypte, aboutit à la construction du Premier temple ; la suivante, de Babel, du Deuxième ; et la dernière, qui boucle l'exil d'Edom, conduit à l'édification du Troisième Temple, qui ne sera plus détruit, et qui exprimera le règne de D. sur toute la terre.

Faire dépendre le retour d'Israël moralement et spirituellement de la Shoah est terriblement réducteur. C'est une sorte de règlement de compte entre Israël et les Nations, principalement européennes, mais où D. n'a plus sa place.

Les visites officielles doivent commencer par un passage obligatoire dans la Cité de David, ou alors par la Maharat Hamakhpella, le tombeau des Patriarches et des Matriarches, où David régna sept années durant avant de transférer sa résidence à Jérusalem. Ah ! nous objectera-t-on. Mais alors, vous aussi vous prenez comme pilier de votre existence et de votre raison d'être un tombeau ! D'où la nuance dont la clarification s'impose. Il ne s'agit pas de mettre en avant la mort des Patriarches, mais leur vie. Ce n'est pas la mort d'Isaac à la ligature qui nous fait vivre, mais précisément le fait qu'il a échappé au sacrifice, dès que D. eut éprouvé l'inébranlabilité de la fidélité d'Abraham à son égard. Pour nous, Abraham, Isaac, Jacob, Sarah Rebecca, Rachel et Léa auraient pu être vivants en ce monde-ci aujourd'hui encore que cela n'aurait rien changé à notre foi. Par contre, un autre maintien en vie qui n'a pas eu lieu aurait posé quelques petits problèmes aux adeptes d'une autre religion imposée à l'empire romain par l'un de ses empereurs, un certain Constantin, dit le grand.

D'autant que, par ailleurs, ce culte basé sur le martyr et la mort présente un autre inconvénient. En faisant passer la jeunesse israélienne par les fourgons plombés et les cendres d'Auschwitz, on risque de briser son élan vital, et semer la peur et la dissuasion en leur cœur, comme pour leur dire : si vous irritez les Nations, regardez ce qu'il risque de vous arrivez.

La spiritualité d'Israël doit renforcer le lien à la vie et surtout ne pas réduire une histoire quatre fois millénaire. Les présidents, les rois, les ministres et autres délégations de ce vaste monde, doivent entamer leur visite officielle par la Cité de David, la Cité des Patriarches, et par une vue sur le Mont du Temple avec les franches explications qui s'imposent. Ce n'est pas en suivant la politique de l'autruche, en niant le lien avec le centre de notre terre, celle qui exige toujours un mouvement d'élévation, puisque la prière dit : «Rassemble-nous ensemble rapidement vers notre terre», avec la lettre Lamed ל' du mouvement et non pas la lettre Beth ב' du stationnement, en mettant fin au maintien de la gestion du Lieu par excellence par un Waqf profanateur et étranger, que la paix universelle s'installera enfin en ce bas-monde.

Entre le 17 tamouz et le 9 av, cette période de restriction des réjouissances, de jeûnes, de lamentations et de prières, en souvenir de la désolation de la Montagne de Jérusalem, ne se résume pas en de vaines pratiques pieuses, mais en un véritable espoir qui vise la Restauration. Une fois encore, le judaïsme n'est pas un culte d'affliction pour l'affliction, et le souvenir du Temple, détruit en 3828 de notre ère, soit il y a 1 954 ans, n'est pas une fixation morbide ou obsessionnelle dans le passé mais l'expression d'un futur messianique prometteur. Continuons à prier pour la paix et la construction du Temple, sans nous laisser embrouiller par de fausses idées.

Yéochoua Sultan ©

 


[1] Un grand merci à qui me fournira les références exactes du téléfilm en question. J'avais pensé qu'il s'agissait du film de Jean l'hôte, sorti en 1985, mais apparemment, ce n'est pas ça.

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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 19:10

Quand les droits fondamentaux sont criminalisés

Nous ne saurions quitter ce sujet du classement de valeurs, de l'impensable qui se transforme en impérativité de notoriété publique, des défenseurs du droit et de la morale qui sont poussés au-delà du point de bascule pour devenir exécrables, sans un aperçu de l'avilissement de populations transformées en rats de laboratoires pour le profit de sociétés pharmaceutiques aux aspirations lucratives. Un extrait du jugement pénal rendu les 19-20 août 1947 par le Tribunal militaire américain dans le procès des médecins[1] est formel. Le code de Nuremberg exige, dans le cadre d'expériences médicales sur l'être humain, ce qui suit :

«Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel (…) sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d'autres formes sournoises de contrainte ou de coercition (…) de façon à lui permettre de prendre une décision éclairée.» (Extrait de l'article 1).

«L'expérience doit [produire] des résultats (…) impossibles à obtenir par d'autres méthodes ou moyens d'étude…» (Extrait de l'article 2).

Transposons-nous en pensée vers fin 2019. Quelles pensées ou impressions notre ajustement à la fenêtre d'Overton éveille-t-il en nous ? À ce moment précis, ces affirmations relevaient tellement de l'évidence qu'il est à la limite agaçant d'en faire la lecture.

Or, la pression, le chantage, l'instillation de la peur de terrifiantes hécatombes à l'échelle mondiale va progressivement inverser la vision des choses dans l'esprit de 70 à 80% de l'opinion. Des mois de contraintes, d'oppression, d'interdiction de rencontrer ses proches, de circuler, de sortir de chez soi, de gagner sa vie, etc., vont pousser les valeurs morales jusqu'au point de bascule, de l'inversion. Car ceux qui cèderont au chantage (faites-vous piquer pour retrouver votre liberté), entreront dans une colère aussi violente qu'irrationnelle à l'endroit des résistants à la pression totalitaire. Les réfractaires passeront à leurs yeux pour des trouble-fêtes, pour les responsables de l'échec de l'opération de sauvetage du messianisme pharmaceutique.

Les menaces de mort qui planaient selon les médias sur 4% au moins de la population par pandémie non maîtrisée, au lieu d'être rejetées quand il s'avéra que, tout au plus, la létalité serait de 0.02%, n'en ont pas moins été oubliées en laissant une profonde impression de terreur qui a laissé la population obéissante sans qu'elle ne se rappelle pourquoi. Que se passera-t-il si on ne se fait pas piquer ? Qu'arrivera-t-il si on ne porte pas de masque ? La question n'est plus là. Dans une approche antérieure, sans que la population ait été changée par une autre, ou par une nouvelle génération, c'est tout un chacun qui risquait de mourir si jamais il ne se conformait pas à la lettre aux dispositions qui changeaient tous les jours.

La pandémie médiatique n'est pas la peste de Marseille de 1720, entre autres, on s'en remet six fois plus facilement que de la grippe saisonnière[2], les traitements existent et ont fait leurs preuves, sans compter qu'une bonne hygiène de vie reste efficacement préventive.

A présent, supposez que vous soyez juge. L'une des parties, charitable, veut vous mettre en garde : tous les arguments de la partie adverse sont des fausses nouvelles, des théories de complot, et, s'ils sont allégués par d'éminentes personnalités de la recherche médicale, il faudra comprendre que ces dernières ont sombré dans la folie. Trop heureux du conseil, vous vous mettez à prendre de haut le second plaideur.

L'obéissance annonce les prochaines persécutions, tels ces individus au cerveau délavé qui se remettent à porter le masque parce qu'on ne sait jamais. Le plus inouï est de voir des penseurs, des gens instruits, se comporter comme les plus vils consommateurs de télévision, cette télévision qui, comme nous l'avons vu plus haut, ne peut qu'énoncer la pure vérité. Les médecins de plateau sont crédibles, les autres, qui doivent sauver dans l'ombre leurs patients pour ne pas être radiés, tel ce docteur Benoît Ochs qui a osé braver le décret de l'ordre des médecins de laisser grimper la statistique des victimes du coronavirus, et qui, après une mesure disciplinaire de terreur suspendant son droit d'exercer la médecine pendant un an, a fait appel. Ce docteur comprend les jeunes médecins qui préfèrent se taire, dont la carrière pourrait être étouffée dans l'œuf.

Un réajustement de la fenêtre d'Overton, ou une attitude autonome de l'exercice du droit à réfléchir, est à même de scandaliser tout observateur neutre, lorsqu'il assiste à l'incroyable rencontre entre le PDG multimilliardaire d'un trust maintes fois condamné, et entre des personnalités haut-placées de l'échiquier politique. Quelle preuve pourrait-elle être plus flagrante du lobbying des marchands de remèdes et de leurs arrangements avec des gouvernants qu'une photo mettant en scène une accolade chaleureuse entre un industriel et un chef d'Etat, ou que la déclaration de l'homme qui fut Premier ministre au moment des faits (démission de la commission Helsinki et commande d'un produit expérimental) selon laquelle il se réjouit de recevoir son «ami»?

La fenêtre ou les sphères doivent être terriblement restrictives pour qu'un produit qui, au premier abord, devait être expérimental jusqu'en 2023, mais qui montre son inefficacité dès Juin 21, et sa nocivité dès janvier-février 21 (quand 600 000 convaincus ayant eu une première injection ne se présentent pas pour la seconde, alors qu'il était clair que le traitement préventif devait se faire en deux temps), continue à être promus comme un remède qui aurait sauvé un nombre très important de personnes (bien que ce nombre si exalté soit périodiquement revu à la baisse).

Yéochoua Sultan ©

 

[1] Inserm, document en 11 pages, consultable sur le lien : https://www.inserm.fr/wp-content/uploads/2017-11/inserm-codenuremberg-tradamiel.pdf .

[2] Constat sans équivoque de l'épidémiologiste Toubiana, France. 

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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 19:08

Sujet tabou : la mise en difficulté du droit du peuple juif à disposer de lui-même

En 96, l'autorité israélienne ajoute au vote législatif le choix du Premier ministre. L'Etat juif souverain, indépendant, qui demande un roi, désigne pour le gouverner Netanyahou. Le peuple juif donc, à raison de 55%, a rendu son verdict. Or, le résultat des élections n'aura été que de 50.5% contre 49.5% (pour Pérès). Dans le clivage gauche/droite[1], la quasi-unanimité du vote arabe a soutenu Pérès. La question évidente qui survient automatiquement consiste à se demander pourquoi le peuple juif partage avec des intervenants extrinsèques son droit pourtant incontestable et absolu de désigner ses propres dirigeants. Comment une majorité si écrasante, doit-elle être au minimum sérieusement minorée, et au pire courir le risque d'être ineffective ?

Cet enjeu pourtant si pondérable fait pourtant partie de ce qui se trouve selon la fenêtre d'Overton au niveau de l'impensable, l'indiscutable, ou de la sphère de la déviance chez Hallin.

Vous êtes désireux d'en parler quand même, de placer cette problématique au centre du débat, sous la fenêtre ? Essayez, vous allez voir ! En 88, le rabbin Meir Cahana qui, non seulement se permettait, sacrilège, de remettre en question ce manque d'indépendance électorale du peuple juif, mais qui exigeait en outre le déplacement des populations hostiles vers la vingtaine de pays adéquats, s'y est essayé et en a fait les frais. Déjà député, il était candidat à sa réélection, et ses préoccupations, face au racisme, à l'antisémitisme et à l'insécurité qui menacent les Juifs dans leur propre pays, commençaient à sensibiliser une opinion qui commençait à se dire que ce que l'on prenait pour la fatalité pourrait être discuté, voire solutionné à la longue. Ni une, ni deux, il a été disqualifié et interdit de se présenter.

Pareillement, il est strictement interdit de faire tout rapprochement entre la présence arabe en Israël et les attentats. Un slogan simple, en 2001, devenait célèbre, diffusé via des autocollants. Il énonçait une logique simple : «Pas d'Arabes, pas d'attentats». On aurait pu s'attendre à un débat public, où les opposants à cet énoncé auraient soutenu : «Tous les Arabes ne sont pas des terroristes» ; tandis que les partisans en auraient relevé la subtilité : «Précisément, ce dicton ne les accuse pas tous. Tous les Arabes ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont arabes.» Peine perdue. Le 10 janvier 2002, un arrêt de la police l'interdit, suite à la plainte de la députée Zahava Galon, adressée au ministère de la Sécurité intérieure[2].

Ayant été au même moment en période de service militaire comme réserviste, je demande à mon supérieur hiérarchique ce qu'il en pense. Il me répond : «Il y a quand même énormément d'Arabes qui se tiennent correctement, et c'est assez vexant pour eux.» J'insiste : «Cette phrase ne l'exclut pas. C'est pourtant une vérité simple, non?» «Peut-être, mais ça peut froisser des gens.» Quoi qu'il en fût, le débat, que l'on soit pour ou contre, venait d'être interdit. Ce n'est pas au simple soldat de décider sur quoi s'ouvrira la fenêtre d'Overton. 

Les détenteurs des règles et des rênes vont plus loin : si vous êtes Juif et Israélien, vous devez avoir honte de votre victoire sur un monde arabe qui a voulu vous détruire, parachever la solution finale bloquée en 1945. Un terme du vocabulaire de l'ennemi vous sera imposé : la nakba, la catastrophe. Les maîtres à penser occulteront les éléments essentiels du contexte. Les Arabes n'attendaient pas Rommel, ils ne s'apprêtaient pas à frapper plus efficacement les Juifs vers lesquels ils les dirigeraient dès leur arrivée aux portes du pays. Ils n'avaient pas l'intention d'égorger les Juifs ou de les jeter à la mer, ou les deux, en se conformant notamment fidèlement aux termes de l'alliance contractée entre Hitler et Husseini, leur mufti… Oubliez tout ça… Et pourtant, leur catastrophe, pour finir, c'est la défaite des blindés allemands à El Alamein, qui fera qu'il n'y aura pas de curée, qu'il n'y aura pas de bain de sang, et que de fil en aiguille les Juifs réussiront à proclamer leur indépendance, et à vivre pleinement et fièrement leur identité.

Il serait insensé d'effectuer un sondage d'opinions sur la gravitation universelle, le géotropisme ou la pesanteur. On ne saurait accuser la terre de cruauté en cas de chute volontaire ou accidentelle d'un parachutiste qui aurait par exemple oublié son équipement à bord et ne se serait rendu compte de sa bévue qu'une fois propulsé par son saut dans les airs. On n'en voudrait pas plus à l'irréversibilité du temps l'empêchant de revenir ne serait-ce qu'une ou deux minutes en arrière, bien que cette impossibilité nourrisse une partie non négligeable de la science fiction, avec ses innombrables machines à remonter le temps et autres super-héros voltigeurs.

S'interroger sur la pertinence du vote arabe en Israël est tellement hors-sujet que cette démarche ferait d'un tel contestataire un individu déconnecté des réalités terrestres. Cette question a été suffisamment travaillée pour entrer dans la case de l'impensable, dans la sphère de la déviance, à tel point que la poser serait amusant et ne provoquerait tout au plus que de l'agacement ou de la colère.

Ces dernières années, la gouvernance est devenue ingérable. Les élections se suivent et se ressemblent. Il est quasi impossible de permettre à une majorité claire de se dégager. D'où les chantages, les motions de censure, et les gouvernements qui ne parviennent plus à mener leur mandat à terme, le dernier n'ayant tenu qu'une année.

Ainsi, entre le 9 avril 2019 et le 23 mars 2021, ce ne sont pas moins de quatre scrutins qui ont appelé les électeurs à se déplacer, à tel point que certains commencent à devenir allergiques à la démocratie. Voter tous les six mois commence à harceler l'opinion. Pourtant, si on considère les aspirations politiques du peuple juif souverain, il n'est pas difficile de comprendre où penche la majorité. Considérons à titre d'illustration un phénomène suffisamment prépondérant pour être relevé : les sièges qui, à la Knesset, représentent les électeurs du peuple d'Israël, ne sont plus au maximum que 110. Les élections pour la 21ème Knesset, le 9 avril 2019, concèdent six sièges aux partis Hadash-Ta'al, entre les mains d'Ayman Oudeh, et quatre entre celles de Mansour Abbas, de la liste Ra'am-Balad. La majorité des électeurs juifs qui n'en conservent pour leur gouverne que 110 est de 56 sièges. Mais elle ne peut être effective que si elle rassemble encore 5 sièges. Or, Netanyahou, qui est chargé de mettre en place le nouveau gouvernement, échoue. La majorité juive ne dirige plus le pays.

Le 17 septembre 2019 se déroulent les élections de la 22ème Knesset. Eman Oudeh dirige alors une liste arabe commune. Il rafle 13 sièges. La représentation des Juifs descend à 107 mandats. La majorité juive est de 54 députés, mais elle ne peut prendre le pouvoir. Le gouvernement reste un gouvernement de transition, puisque personne ne parvient plus à réunir le minimum requis de 61 parlementaires prêts à en soutenir un nouveau. Le 2 mars 2020, il faut donc revoter. Cette fois, un nouveau gouvernement prend forme, le 16 mars 20. Mais ce n'est que partie remise, car l'échec de la validation du budget de l'Etat en provoque automatiquement la dissolution le 23 déc. 2020. Techniquement, le gouvernement ne peut quitter la place jusqu'à la relève qui doit être assurée suite aux prochaines élections, celles de la 24ème Knesset. Le résultat conduit à la configuration suivante, après que, notamment, un membre du Likoud, découragé de ne pas être élu chef à la place de Netanyahou, proclame une nouvelle liste. Guidon Saar obtient 4 sièges avec son «Nouvel Espoir».

En suivant les schémas de pensée politique admis par le consensus, le bloc de droite réunit 56 sièges, les religieux, qui sont leur alliés naturels (les valeurs de la droite étant globalement sinon identiques du moins proches de la tradition juive), 16. A première vue, c'est une belle victoire du public qui défend les valeurs nationales, morales et religieuses du peuple d'Israël, puisque, dans le camp adverse, les partis de gauche (25 sièges pour les modérés et 13 pour les extrémistes), ne font qu'un score insuffisant, même s'ils parviennent à rallier à leur cause – ou à se rallier à la cause, selon – du bloc arabe.

C'est là que se produit un scénario inouï. Après l'échec de Netanyahou, Rivlin, alors président de l'Etat, passe la main au chef de la liste Yech Atid, qui est arrivée deuxième, avec 17 sièges (contre 30 pour le Likoud). Yaïr Lapid, fin stratège en psychologie instinctive et manœuvres politiques acrobatiques, s'unit avec Naftali Beneth, qui a obtenu 7 mandats, pour mettre au point un système de leadership à deux têtes rotatives. Beneth ne se sent pas de joie, obnubilé par son ambition de devenir Premier ministre, perd le sens de l'orientation, et son parti, Yémina, que les circonstances, promesses et autres motivations électorales, nous autorisent à traduire par «A droite, toute!» opère sans le comprendre ou en refusant de comprendre, un virement à 180° vers la plus extrême des gauches quand, violant tous les consensus tacites, se vend et vend la pays aux Frères musulmans, et se montre prêt à s'abaisser devant tous les chantages (légalisation de constructions illégales, y compris sur des propriétés juives, raccords au réseau national électrique desdites constructions, 53 milliards rackettés à la caisse publique etc.).

Ce changement de direction va le ramener à la case départ, en y ajoutant son total discrédit, mais de sorte qu'il ressemble à ce marin qui, ayant au beau milieu de l'océan opéré à son insu un demi-tour, a cru en revenant sur son port de départ découvrir un nouveau monde identique au sien. Certes, d'autres partis a priori de droite n'ont pas voulu laisser passer l'aubaine trop belle, tel ce Liebermann qui, des décennies durant, était en apparence l'homme dur de la droite.

La démarche du retournement de veste est une pratique assez courante. On dit que, en France, Mitterrand ne resta de gauche que deux ans. C'est assez courant quand vous aspirez à devenir ou rester dirigeant mais que vous retrouvez minoritaire. Qu'à cela ne tienne, vous pourrez vous arranger avec les élus oppositionnels et adapter vos choix politiques.

A présent, fondamentalement, on est en droit de s'interroger. Que faut-y blâmer ? Un politicien émotif et benêt qui agit comme un affamé à qui on n'aurait laissé sur sa table qu'un succulent repas non casher ; ou un système qui aboutit sur une impasse, quand des ingérences étrangères s'insinuent dans le système électoral de l'Etat juif tel un marchand qui agirait sur le plateau de sa balance de Roberval où sont placés les fruits qu'il doit vendre, car il juge qu'il y en a déjà bien assez comme ça ?

Tout dépend du principe sur lequel la fenêtre d'Overton s'arrêtera.

 

[1] Voir l'article : Netanyahou, c'est la gauche.

[2] https://news.walla.co.il/item/167536

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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 19:06

Les faiseurs de guerres : Kosovo, Russie, Lybie… 

La guerre occupe à première vue, à l'aune de la fenêtre d'Overton, la place de l'impensable. La vie a quelque chose de sacré, et le souci humanitaire est aux antipodes de la belligérance. L'union doit prévaloir entre les hommes, et on admet vite, en considérant qu'hier était une autre ère, que les deux générations impliquées dans les deux guerres mondiales, pour ne citer que les traumatismes les plus intenses et les plus récents qui aient touché de façon si meurtrière notre planète, étaient tout simplement sauvages, quasi préhistoriques, tandis que l'homme par excellence, dans lequel chacun se retrouve volontiers, n'est pas seulement foncièrement pacifique. Il ne conçoit pas comment les autres, ses prédécesseurs archaïques, ont pu se laisser entraîner dans des conflits si ravageurs.

Pourtant, en ces temps que l'on a trop tendance à considérer comme sauvages et reculés, la guerre n'allait pas de soi. La propagande pour la guerre était nécessaire. Elle avait déjà recours à des artifices. Il n'est pas certain que l'homme de 1914 fût un colosse en quête d'action violente, ravi à la vue d'effusion de sang. Des formules devaient donc être trouvées pour la bonne cause. En ce temps-là, pour motiver les foules, on parla en France d'union sacrée, ou comment désigner la chose par son contraire. L'inversion des éléments et des sens ne voit plus dans la vie le sacré, mais dans la destruction.

Dans une Europe lasse et pacifiée, pour justifier la guerre, on affectionne ce clair-obscur syntaxique où le qualificatif s'oppose au nom qu'il seconde. On peut bombarder des gens, à condition de les faire passer préalablement pour des criminels, de préférence de guerre. Il ne manque plus que l'intervention de l'oxymore adéquat : la «guerre humanitaire» est là. Elle s'inscrit dans la famille de la douce amertume, du bien connu silence assourdissant, de l'amour cruel, la tape amicale, passons-en et des meilleures. Le concept nouveau, cinquante ans après le deuxième conflit mondial, et au risque pas si négligeable de provoquer un nouveau désordre, est mis au point pour l'Otan. Douloureux calembour, cinglant humour. Pour un peu, on aurait eu envie de s'engager pour casser du Serbe. La fenêtre a été durement éprouvée et aurait bien pu se briser. En un temps record, la guerre passe de la case impensable à la case au minimum raisonnable. Et gare à quiconque eût contesté les bombardements otanesques. On lui aurait rappelé que les Serbes en voulaient aux Albanais du Kosovo et qu'il fallait bien leur infliger une bonne leçon. Néanmoins, évitons de mettre tout le monde dans le même sac. Le Conseil de Sécurité n'a pas approuvé la manœuvre.

Dans le même ordre d'idées, le nationalisme est de manière consensuelle identifié à l'intolérance et à la xénophobie. Ce jugement de valeur paralysant a permis à l'Europe de se laisser submerger par une immigration hostile, conquérante, avec le sourire. Mais quand la Russie franchit la frontière ukrainienne, il faut très vite inverser la vapeur, car il ne faudrait surtout pas que l'Ukraine se laisse envahir elle aussi avec le sourire, au cas où le travail en Europe occidentale aurait fait des petits plus à l'Est. Le bon citoyen bien élevé ne comprend pas. Il interroge ses tuteurs politiques. «Mais, le nationalisme, c'est mal ?!» On lui répond : «Bravo, le bon élève. Mais attention, il y a un bon nationalisme et un mauvais nationalisme. Le mauvais nationalisme, c'est le nationalisme mettons français, (car il doit rester de bon ton que les agresseurs qui investissent rues et quartiers continuent à passer pour des victimes sans être dérangés). Le bon nationalisme, c'est le nationalisme ukrainien (parce qu'il ne faudrait pas que la Russie s'étende trop)». «Ah, merci, maître. Je n'y aurais jamais pensé tout seul».

Ni les contradictions, ni les paradoxes ne retiennent les faiseurs de guerres. D'ailleurs, il serait erroné de considérer qu'ils se contredisent. Non, ce qu'ils font, c'est juste une reconfiguration de la fenêtre d'Overton en fonction des politiques à promouvoir. L'agression et la déstabilisation du régime de Kadhafi interviennent dans le contexte de mea culpa qui conditionne depuis longtemps le quidam occidental. Si un ressortissant d'un pays anciennement colonisé, fût-il de troisième ou quatrième génération, vous détrousse et vous assomme, ne lui tenez pas rigueur. C'est parce que vous exploitâtes injustement son pays. «Mais la fin de la dernière colonisation remonte à soixante ans en arrière, pourrait-il objecter. Je n'étais pas né». «Eh bien, si ce n'est toi, c'est donc ton frère». Le quidam s'éduque, et, dans les meilleurs cas, il accepte avec soulagement sa voiture incendiée, son passage à tabac à dix contre un, son ITT et sa convalescence, qui l'aident à faire pénitence. Après tout, certains ancêtres du quidam n'ont-ils pas trouvé juste qu'un peuple en exil souffre éternellement parce que l'on reproche à ses ancêtres d'avoir supposément condamné l'un des leurs ?

Certains intérêts pourraient donc choquer le bon citoyen d'Europe. Comment, alors que la colonisation, bien qu'imposée aux autochtones, a pu connaître de longs épisodes de paix et de prospérité dont profitaient aussi ces derniers, pourrait-on attaquer violemment, avec force bombardements, un Etat souverain fraîchement décolonisé ? On pourrait en outre s'indigner que, contrairement à la colonisation, comparable peut-être à un carnivore qui tue pour se nourrir, les guerres d'Irak ou de Lybie, américaines ou françaises, ne frappent que pour laisser derrière elles le chaos, comme un animal qui mettrait à mort une autre bête sans la moindre intention de s'en nourrir. C'est pourquoi il est primordial que des gens qui pensent à votre place mettent au point une conceptualisation justificatrice de l'agression. On ne va pas attaquer un pays africain ou moyen-oriental souverain. On va, entre oxymores et euphémismes, vous parler d'une guerre salvatrice, qui veut «sauver le peuple libyen». Quiconque a cru voir qu'on le bombardait s'est fait une mauvaise idée de la situation. C'est une illusion d'optique. On ne le bombarde pas, ce peuple, on le sauve. Ce n'est pas un forcené qui s'acharne sur la porte de la maison de sa victime que vous voyez ; c'est un pompier bénévole qui vient sauver l'habitant de l'incendie qui en condamne les issues.

BHL, le penseur engagé, philosophe, donc amoureux de la sagesse, vétéran de la paix, n'a négocié avant de bombarder que «pour aider la Libye à sortir de la tyrannie de Mouammar Kadhafi»[1]. D'ailleurs, quand on parle d'un conflit violent, dans notre époque postérieure à la seconde Guerre mondiale, l'Otan n'est jamais très loin.

En ex Yougoslavie comme en Libye, le dénominateur commun est qu'il y a certes un conflit local, entre Serbes et ressortissants albanais, ou entre Kadhafi et les insurgés, mais que des observateurs étrangers décident qui en sera le gagnant, et lui prêtent main forte.

En revanche, les intentions pacificatrices ne sont pas toujours fondamentalement désintéressées. Le média Blast, une dizaine d'année après le début du chaos libyen, accuse BHL d'avoir touché 9 millions d'euros du Qatar pour sa propagande belliqueuse. L'intéressé crie à la diffamation. Prendrait-on le militant pour un débutant qui se laisserait faire sans réagir ? Manque de chance, il est débouté. Qu'à cela ne tienne, il fait appel. Mais rebelote, la décision est confirmée en appel, le 29 juin 22.

En tout état de cause, agir sur la fenêtre d'Overton n'est pas impossible, surtout si on y met les moyens financiers. Les poses intellectualistes et le bourrage de crâne médiatique feront le reste. L'impensable, l'agression d'un Etat souverain, qui plus est africain, devient politique publique, nécessaire et incontournable. 

Avec la Libye, c'est l'un des derniers remparts protecteur de l'Europe d'une invasion en règle qui tombe. Demandez aux habitants de Lampedusa. Ils les ont vus passer.

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12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 19:01

Comment expliquer que des principes indiscutables, des piliers de la morale, se retrouvent périodiquement relativisés par les formateurs de la pensée, voire rejetés ? Comment une abomination se transforme-t-elle en fierté ?

Dans la société humaine, tout est variable ; tout est susceptible d'être relativisé. Une même conception, un même comportement, peuvent être tantôt sévèrement condamnés, tantôt jugés tolérables, puis progressivement souhaitables et enfin normaux. En conséquence de ce schéma, les gardiens de la morale, s'ils ne changent pas au gré des vents fluctuants des idées et de la mode, perdront toute respectabilité avant de se retrouver au ban de la société. Les principes ne sont pas intouchables. Ils sont mous, malléables. On observera alors un point de bascule, caractérisé par ce double mouvement contradictoire : l'inacceptable deviendra le bien, donc le gardien devra se faire permissif.

Cette question sociologique a été examinée par des penseurs, même s'ils ne portent pas explicitement le titre de philosophes. La fenêtre d'Overton, qui porte le nom de son concepteur, ou fenêtre du discours, observe les idées reçues, appelées aussi génériquement la sagesse conventionnelle, et les ordonne selon une échelle de valeurs, allant de l'inadmissible à l'incontournable. Les qualificatifs graduels sont : impensable, radical, acceptable, raisonnable (sensible en anglais), populaire, politique publique. La fenêtre, autrement dit la perception du public, va se déplacer, tel un curseur, sur cette échelle. Telles les œillères du cheval de trait, elle orientera les regards et par voie de conséquence les esprits. Le moteur de cette orientation fournira sa force d'inertie au curseur, et focalisera l'entendement au gré des intentions dirigeantes.

Ainsi, l'inadmissible deviendra incontournable, non sans passer par la case nécessaire. Tout pouvoir en place fera usage d'un moyen de préparation de l'opinion : ce moyen n'aura pas de nom particulier, puisque média signifie moyen. D'ailleurs, la télévision étatique a été mise en place pour servir d'outil à la caste dirigeante. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le détenteur du média est motivé par des idées opposées à celles du système en place, l'interaction peut voir le rapport de force s'inverser, et ce sera le dirigeant, soucieux de l'image que forge de lui le média, qui s'alignera pour apparaître au centre de la fenêtre positionnée par ses maîtres à penser donc à agir ou à rester tranquille.

D'autres penseurs ont parlé de cercles concentriques, ce sont les sphères de Hallin, où l'on progresse, du centre à la périphérie, du consensus à la déviance, en passant par la controverse ; ou la conception du pied-dans-la-porte, technique de manipulation et d'avilissement qui procède par paliers, qui exige du sujet d'accepter une contrainte légère pour passer progressivement à des demandes de plus en plus lourdes qui le conditionnent et lui font passer pour acceptable ce qui était au départ impensable, l'esclave se sentant alors fier d'être un bon citoyen bien discipliné.

Nous avions évoqué lors d'un précédent développement le défaut de parallaxe. Nous avons une réalité donnée, mais nous l'observons par le biais d'une lentille, qui nous rapporte une vision décalée, exactement comme dans les appareils photographiques non réflex : la fenêtre du viseur ne vous rapporte pas réellement ce qui est placé devant l'axe de la prise de vue, celui qui fixera l'image, puisque les jeux de lentilles sont au nombre de deux, et qu'ils sont éloignés l'un de l'autre.

Selon cette parabole, vous n'êtes autorisé par les médias qu'à regarder dans le viseur. En l'occurrence, nous avions établi un classement de personnalités politiques, de la gauche – mettons extrême – à la droite – mettons aussi extrême. Puis nous avons placé une fenêtre, un viseur au champ limité, qui, toujours à la manière des œillères du cheval, n'autorise la considération que d'une partie de la réalité. Par effet d'illusion optique, un personnage du centre-gauche se retrouvait alors à la droite de l'image perçue, et un autre politicien de l'extrême-gauche quant à lui passait à la gauche, voire au centre-gauche, toute personnalité située en dehors du champ (couvert par le viseur) étant relégué au rang de l'inexistant. Ainsi, Netanyahou incarnait la droite, et Mme Livni (qui s'en souvient?), dont la politique interdit aujourd'hui encore aux Juifs d'être acceptés à l'université ou dans la fonction publique au-delà d'un certain quota (puisqu'un 1/5 des places revient d'office à des Arabes, quelles que soient leurs compétences), était perçue comme une gauche modérée.

En France, par exemple, outre le média, un autre procédé limite le champ : les 500 signatures. Quiconque ne les obtient pas ne sera pas candidat. Il sera hors champ. C'est encore plus radical. Il ne sera pas inexistant parce que personne ne le regarde, mais parce qu'il devient littéralement invisible : c'est le cas de tout objecteur de conscience qui remettrait en question les principes de Maastricht, de l'€, de la dépendance de son pays assujetti à l'Union européenne sujette à son tour à l'Otan et aux Usa.

 D'ailleurs, le double-sens du mot objectif est parfaitement approprié ici : l'objectif, la lunette de la prise de vue sélectionne ce que vous avez le droit de regarder, de considérer, d'utiliser comme matériau de réflexion, de débat, de tout ce qui vous permettra de vous forger votre propre opinion. L'autre sens est la tendance vers laquelle ceux qui pensent pour vous cherchent à vous orienter. L'objectif sert un objectif, rien n'est anodin. Tout ce qui est hors champ est hors débat. L'art du pouvoir est donc de rendre l'indiscutable discutable, et le discutable valeur absolue, en bien comme en mal. Il chamboulera les principes et vous bousculera (en douce ou non), pour atteindre le point de bascule. L'esclave se sentira homme libre, et vice versa.

Nous allons observer quelques exemples notoires du fonctionnement de cette fenêtre, de ces sphères, ou de cette objectivisation, de cette exploitation du phénomène de parallaxe, et de leur action sur l'entendement et le comportement collectifs, sans oublier bien sûr le travail de soumission et d'alignement de penseurs qui retournent leur veste, sans quoi ils risqueraient d'agir comme le grain de sable dans l'engrenage, et remettraient en cause la pensée mâchée que le peuple n'a plus qu'à déglutir.

Principe religieux inébranlable… et pourtant

La Torah est catégorique : Elle met d'abord en garde : «Et avec le mâle tu ne copuleras pas comme avec une femme, c'est une abomination» (Lévitique XVIII, 22), puis énonce le châtiment encouru : «Et l'homme qui copulera avec un mâle ; ils ont commis une abomination, tous deux seront mis à mort…» (Lévitique XX, 13). Selon l'échelle d'appréciation de la Torah, cet acte se situe dans la catégorie de l'impensable. C'est un consensus. Il est hors débat. Le curseur sera néanmoins mis en mouvement, l'objectif placera au centre de l'image ce qui était hors-champ.

Le bélier entame son travail. Il scinde progressivement le bois massif du portail. Le supplice chinois se met alors en place. C'est cette goutte lancinante qui tombe sur la tête sans que l'on s'en aperçoive au départ, mais que la répétition rend intenable ; c'est ce butoir qui n'a au départ aucun effet sur la solide porte de la forteresse…

L'impensable, en mettant en avant le principe du libre-choix, intervertit les principes du naturel et du contre-nature, du déviant. Ils sont supplantés par une autre dialectique, celle des goûts qui ne se discutent pas, car, si certains préfèrent la femme, d'aucuns penchent pour l'homme. Cette binarité opportuniste travestie en a priori sera validée quand des formulaires faussement anodins remplaceront «nom du père / de la mère» par «parent 1/parent 2».

Religieusement parlant, l'Eternel a ordonné au genre humain de se perpétuer, de se reproduire, de se multiplier et de conquérir la terre. Il accorde donc une multiple récompense : celle du bonheur de l'union, de la plénitude dans le couple qui travaille son jardin, et plus trivialement des sensations d'ivresse physique. Les parents fourniront la matière du corps, et D. l'âme de la vie.

Considérons la parabole suivante. Vous connaissez les bons points, ces petits carrés colorés de papier qui portaient la mention : «bon point». Il est clair pour tout le monde que seul l'élève méritant en récoltera le plus grand nombre à la hauteur de son assiduité et de ses résultats. Il serait inconcevable, impensable sur l'échelle d'Overton, d'obtenir cette gratification tout en restant délibérément cancre.

Pareillement, se satisfaire sexuellement en s'abstenant de l'action procréatrice est réprouvé, ce qui n'implique pas nécessairement toute interdiction de limitation des naissances, tout n'étant pas résolument manichéen, mais c'est une autre discussion.

Globalement, on ne saurait aspirer au salaire, ou récompense, sans avoir apporté sa propre contrepartie.

Prenons une autre parabole, qu'inspire une anecdote remontant à un souvenir d'adolescence. Un producteur de yaourts offrait, via une publicité dans un illustré, en échange de cent autocollants découpés dans les emballages de ses produits, un modèle réduit de camion de la marque. Avec un ami, en exploration dans une zone industrielle, nous tombâmes sur la benne à ordures d'une imprimerie spécialisée dans la production d'autocollants. Or, quelle découverte ne fîmes-nous pas en y farfouillant un peu : un rouleau entier d'autocollants des fameux yaourts Ch. Nous rapportâmes le précieux trophée, y comptâmes deux fois cent bons points, les pliâmes délicatement pour les introduire dans deux enveloppes distinctes en papier kraft, avec deux demandes manuscrites du prix promis par la réclame, à nos deux adresses. Nous nous attendions naïvement à recevoir chacun notre colis. Mais que pensez-vous qu'il arriva ? Eh bien rien, précisément. Quarante ans après, toujours rien. Bien sûr, comprîmes-nous beaucoup plus tard, nous n'avions pas rempli notre part du contrat. D'abord, vous vous empiffrez en ingurgitant chacun quatre cents yaourts (sauf erreur c'étaient des cartons de quatre), et alors, seulement, vous pourrez aspirer à vous amuser avec votre jouet.

Il ne s'agit pas de comparer à l'Eternel un maître d'école ou un vendeur de yaourts. Mais les microcosmes de la société humaine ont non seulement le droit mais aussi le devoir de s'inspirer du schéma d'un sujet considérant une autorité qui établit des systèmes et des règles.

Bien entendu, les mouvements qui cherchent à faire passer le non respect du contrat, de l'assurance de la pérennité de la vie sur terre pour une simple question de goûts qui ne se discutent pas, est une acrobatie qui permet au contraire de discuter l'indiscutable, l'impensable, donc. Le religieux qui refuse de se laisser prendre recadrera à minima sa vision générale de la chose. Il se contentera d'exprimer, si on le lui demande, son choix personnel qui l'oblige à opter pour le tandem de la disparité, ladite parité lui étant interdite, les autres pouvant pour leur part opter pour ce qu'ils veulent, ou pour ce que l'on attend d'eux. Cette approche existe déjà : un Juif non pratiquant dira au pratiquant que telle nourriture non-cachère est interdite à ce dernier, puisqu'il a fait le choix de la religion, comme si le premier était d'office dispensé des prescriptions religieuses.

De fil en aiguille, ou sur des marches parallèles, si elles ne sont pas imbriquées, la tactique du pied-dans-la-porte rendra acceptable pour la paire d'hommes en ménage l'adoption, le droit à élever une famille, d'accéder à toutes ces désignations nobles en en balayant sous le tapis d'autres, moins nobles, tel le trafic d'êtres humains. La mère porteuse ne sera plus que mère biologique, si le gamète est le sien. Elle fait ce qu'elle veut de son corps, et le fruit de ses entrailles devient commercialisable. Si, à une étape donnée, l'un des pères de la paire devra prouver que la semence provient de lui, cette exigence deviendra superflue à l'étape suivante, où il suffira de trouver une femme pauvre, une pauvre fille, encombrée d'un nourrisson qu'elle ne peut nourrir, et de lui acheter son rejeton. La paire d'homos aura l'affaire belle : sortir la femme de sa rude condition (c'est un monde, 8 000 ou 10 000 € dans son cas), et offrir au fils adoptif une éducation occidentale qu'envient les 3/4 de la planète. Quant au droit de l'embryon sur son corps, sur sa personne, sur son devenir, voire sur son droit à l'existence dans cette autre question qu'est l'avortement, il n'entre pas en considération. C'est normal, il ne dit rien, et qui ne dit mot consent. Quant à ceux qui persistent à s'y opposer, ils entreront bientôt à leur tour dans la catégorie de l'impensable. Ils ne perdent rien pour attendre.

Les campagnes publicitaires dont le prix n'est pas divulgué, la mise en avant du bonheur enviable qui règne au sein de la paire d'hommes (cf. la distinction entre les notions de paire et de couple), les parades répétitives présentées sous l'angle de festivals de la tolérance, de l'acceptation (paradoxale, puisque le genre masculin ne tolère pas le partage avec le féminin), auront à la longue usé les opposants. Mieux, qu'un défenseur de l'ex-impensable se rebiffe violemment, en butant par son extrémisme qui met en péril la société un membre du défilé, et il en sera fait de lui et de ce qu'il défend. Les homos seront durablement les gentils et les opposants les méchants. Le tué sera un martyre et servira la cause. Bien entendu, l'opposition doit être modérée, car si elle est généralisée, la tenue de défilés sera simplement hors-sujet, et les opposants seront respectés. Par exemple, y a-t-il de tels défilés à la Marsa ou à Ramallah? Non. Et est-ce que quelqu'un s'adonne à un travail de sape pour faire passer leurs habitants pour de dangereux extrémistes? Non plus.

Ce travail de décalage des valeurs n'est pas dépourvu d'une certaine influence sur des intellectuels, des religieux, qui mettront de l'eau dans leur vin, éprouveront sans s'y adonner personnellement de la compassion pour les homos, et de l'aversion pour leurs semblables. Dans un minable périodique (c'est ainsi qu'il se définissait lui-même, à quelques synonymes près), un auteur au prestige de gardien de la morale, de rabbin, n'ayons pas peur des mots, s'enfonçait dans ce piège. Après une quarantaine de ligne où il rappelait tout de même notamment que l'homme a été créé homme et femme dans un dessein bien précis, il parvenait au point de bascule, s'attaquant en ligne au grand rabbin de Jérusalem, en pleine polémique lancée agressivement par un mouvement qui ne saurait être respectueux de valeurs dont ils n'ont que faire et qui bannit la discrétion de son vocabulaire. En cet été 2018, donc, il prenait de très haut le Rav Arié Stern, et arguait, afin de les désolidariser de lui, que les 250 cosignataires de sa lettre ne l'auraient pas bien lue, quand il fut question précisément de maintenir l'abomination précitée face à la fenêtre de l'impensable d'Overton, ou dans la sphère de la déviance, de Hallin.

Dans cette précédente démarche, le constat de la soumission morale et intellectuelle à une force supérieure est indéniable. Le penseur, en voulant se montrer ouvert, aimant, conciliant, mielleux, dégoulinant de fraternité universaliste, et en tançant amèrement dans son pamphlet les résistants, qui refusent que l'impensable fasse banalement partie de la vie de la cité, montre qu'il ne peut ou ne veut résister au courant qui déplace le curseur et reconfigure l'échelle des valeurs.

Le même, à une autre occasion, lors d'un bras de fer où une série télévisée[1] d'une chaîne de fort audimat tourne en dérision les princes de l'humanité, les personnalités bibliques de l'envergure d'Abraham ou Moshé, rendant une fois de plus l'impensable discutable, se met à reprocher au camps idéologique auquel il se rattache son manque d'humour, d'ouverture et de tolérance.

Quoi qu'il en soit, tout manipulateur a besoin de fortifier ses positions afin de s'assurer la crédibilité. Il doit bénéficier a priori d'un certain degré de confiance de la part du public. Il lui faut un label. Certaines publicités, dans les illustrés destinés à la jeunesse, mentionnaient : «Vu à la télé». Candidement, j'avais pensé que cette remarque voulait simplement dire, si on voulait en savoir plus sur le produit de consommation, qu'il serait utile de consulter ce support qui ajoute en prime son et mouvement. En fait, cette précision ajoutait prestige et sérieux aux industriels qui s'adressaient à vous.

Nous avons sans doute déjà rapporté cette anecdote. Un ami, lors de la campagne électorale qui opposa en 96 Pérès et Netanyahou, fit du porte à porte. Il s'agissait de soutenir ce dernier candidat. Une dame dans la force de l'âge soutint que Pérès sonnerait l'avènement de la paix globale, universelle, que l'autre était belliqueux. «Qu'est-ce qui vous faire croire ça?» avait-il demandé. «Comment pourrait-il en être autrement? Ils l'ont dit à la télé». La puissance et/ou l'autorité jouent un rôle décisif dans l'influence. Si, à la télé, on vous fait la promotion d'un produit pharmaceutique, le laïus étant débité par un professionnel de la santé ou un acteur qui en revêt la parure, ils feront mouche à tous les coups, puisqu'ils ont fait coup double.

Souvenir d'école : quelques camarades avaient du mal à résoudre un problème de maths. Je me proposai de leur donner un coup de main, un jour, en salle de permanence. L'un d'eux eut un sourire dépité : «Ecoute, t'es sympa, mais si on ne comprend pas ce que dit la prof, alors c'est sûr qu'à plus forte raison, on ne va pas te comprendre, puisque tu n'es pas prof». Je me retins de le traiter de pauvre crétin, et répondis avec beaucoup de retenue : «D'accord, d'un côté, la prof a un très haut niveau, je veux bien. Elle peut résoudre des problèmes de terminale ou de math sup ou spé, et c'est justement pour ça qu'elle peut ne pas comprendre ce qui pose problème à notre niveau. Par contre, ce que j'ai compris avec mon faible bagage, je peux arriver à te le faire comprendre.»

Exercer une influence peut nécessiter un ascendant. Un gouvernement, un médecin, une riche société industrielle, tout ce qui incarne l'autorité ou suscite l'admiration, s'imposeront dans les esprits sans nul besoin d'argumenter, ou alors ils induiront des raisonnements abondant dans leur sens.

Je cite souvent le fait suivant : deux projets de constructions progressaient en parallèle, le premier était entre les mains de promoteurs. Il s'agissait d'une résidence clé en main dont le chantier proposait une cinquantaine de logements. L'autre concernait un terrain divisé en parcelles où chaque futur habitant gérait individuellement son projet, du plan à la fameuse clé, en passant par toutes les démarches administratives. Il pouvait engager un maître d'œuvre ou directement des ouvriers, voire construire de ses propres mains. L'un des clients du premier chantier me dit un jour à peu près en ces termes : «Serais-tu entrepreneur ou constructeur, pour te lancer dans cette aventure ? Tu es bien imprudent. Il faut vraiment être spécialiste et avoir l'œil exercé si on veut être certain que la structure soit assez solide et que le toit ne s'écroule pas.» Bref, nous emménageons. Quelques années plus tard, par un hiver de forte neige, sept toits du projet clé en main s'effondrent. Certes, la société prend ses responsabilités et les reconstruits en plus solides. Doit-on se demander la raison pour laquelle une résidence qui est le fruit du travail d'architectes, d'ingénieurs et de tant de professionnels, ne vaut pas plus qu'un travail dont l'auteur ne peut se prévaloir de toute cette autorité et de toute cette science ? À moins que le problème ne se trouve ailleurs, au point où l'objectif se focalise, où la fenêtre d'Overton s'ouvre en indiquant au minimum le degré raisonnable, et au maximum la politique publique, l'indiscutable.

Un observateur neutre et ne bénéficiant d'aucune considération particulière aurait-il pu attirer l'attention pendant le chantier en disant : «Vous ne pensez pas que la structure est un peu faible, que la pente du toit n'est pas assez prononcée pour faire glisser d'éventuelles masses de neige, que le matériau des briques est trop rugueux pour qu'elle n'adhère pas?»

 

[1] Les Juifs débarquent.

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